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lundi 30 juin 2025

16.80 - MON AVIS SUR LE FILM PINK FLOYD A POMPEI DE ADRIAN MABEN (1972)


 Vu le film Pink Floyd à Pompéi de Adrian Maben (1972) Pink Floyd : Live at Pompéi (1972) est pour tant d’âmes sensibles : un voyage mystique, une expérience sensorielle suspendue entre ciel antique et distorsion électrique, où l’œil devient oreille et l’oreille, rétine. Le film d’Adrian Maben n’est pas un simple « documentaire musical » : c’est un rituel païen filmé, une offrande à la beauté du son dans un décor de pierre et de cendres. Ce concert sans public devient un autel du rock progressif, un théâtre d’apparitions où les dieux sont en jean et jouent de la Stratocaster sous les ruines. 

Filmé dans l'amphithéâtre vide de Pompéi, ville figée par l’éruption du Vésuve, ce concert devient une sorte de nécropole vivante. La musique s’enroule autour des colonnes brisées, se répand dans les travées abandonnées, résonne sur les gradins vides, comme si les morts eux-mêmes écoutaient. L’absence de public n’est pas un manque : elle est la clé de voûte. Elle permet un dialogue entre l’architecture antique et le son psychédélique, entre la pierre et la vapeur. 

Adrian Maben, d’ailleurs, a eu cette idée par accident. Il raconte qu’il visitait Pompéi avec sa petite amie quand il a perdu son passeport. En revenant de nuit le chercher, il a été frappé par le silence étrange du lieu. Il s’est dit : « Il faut y faire jouer Pink Floyd. » Une intuition folle, devenue une œuvre. 

Le groupe est alors à l’apogée de sa créativité : entre Meddle (1971) et The Dark Side of the Moon (1973), ils cherchent déjà à explorer des formes qui dépassent la scène. Ce n’est pas un concert, mais un état d’âme filmé. « Echoes », pièce centrale du film, en est le cœur battant : lente montée hypnotique, rupture rythmique, envolées planantes, grognements organiques. On a l’impression d’assister à la naissance de quelque chose de plus grand que la musique. 

Moi qui étais nourri de Berthe Sylva et de l'accordéon maternel, j’ai ressenti ce choc frontal entre deux mondes. L’éducateur hippie, sorte de passeur, ma ouvert une brèche sensorielle en 1970 en colo avec des danses psychédéliques. Et voilà qu’un demi-siècle plus tard, Je mets des images sur ces sons. C’est bouleversant : la mémoire affective rejoint enfin l’expérience visuelle.  « Il y a des sons qui s’écoutent avec les yeux et se regardent avec les oreilles. » C’est exactement ça, Pompéi. 

Le film ne se contente pas de capter des performances : il filme aussi les moments d’intimité, les discussions entre les membres du groupe dans un studio parisien, les prises de son, les doutes, les rires. On y voit Roger Waters froncer les sourcils, David Gilmour concentré, Rick Wright sourire timidement. Nick Mason, imperturbable, semble déjà dans une autre dimension. Tous en quête d’un son pur, d’un moment parfait. 

Ce contraste entre la monumentalité du lieu et la fragilité des corps humains est d’une beauté tragique. Les plans fixes sur les volcans fumants, les fragments de statues, les mosaïques, puis ces jeunes musiciens pieds nus, perdus dans leurs improvisations cosmiques… Cela crée un sentiment de sacré païen. C’est autant Le Décalogue de Kieslowski que Woodstock, autant Les Morts de Joyce que le Trip de Ken Russell. 

le réalisateur voulait un plan où le son des enceintes faisait trembler les pierres de Pompéi. Ce fut impossible techniquement, mais l’intention dit tout. Le rêve était de réveiller les dieux antiques avec une basse de Roger Waters. 

Et cette image inoubliable : le soleil rasant sur la batterie de Mason, les cymbales se mettent à briller comme des disques solaires, le vent passe dans les câbles, Gilmour entame les premiers accords de A Saucerful of Secrets... Le temps s'arrête. 

Le film a longtemps été difficile à voir en bonne qualité. Moi, comme beaucoup, l’ai connu par fragments, par bandes audio, par les récits. Aujourd’hui, j’ai enfin l’ensemble : le son, l’image, le souffle. Et c’est comme retrouver une part de moi que je n’avais jamais vue. 

Pink Floyd à Pompéi n’est pas seulement un film. C’est une capsule temporelle. Une épiphanie. Un cri d’éternité au cœur d’une ville figée par la lave. Une invitation à danser, encore une fois, comme cet été 70, les yeux clos, le corps libre. 

 NOTE : 16.80

FICHE TECHNIQUE


Morceaux joués

 

Version de 1972 (60 minutes)

 

Ajouts dans le director's cut

 



4.10 - MON AVIS SUR LE FILM SHADOW FORCE DE JOE CARNAHAN (2025)


 Vu le Film Shadow Force de Joe Carnahan (2025) avec Omar Sy Kerry Washington Marvin Krondon Jones Mark Strong Nathalie Reyes Method Man Da’Vine Joy Randolph 

Kyrah et Isaac étaient les chefs d'une unité spéciale internationale nommée Shadow Force. Brisant les règles, ils tombent amoureux et, pour protéger leur fils, ils disparaissent dans la clandestinité. 

Il fallait s’attendre à une série B, mais Shadow Force ne mérite même pas la lettre. C’est une Z majuscule, zébrée de clichés, de bourrinage creux et de nullité assumée. Joe Carnahan, qui jadis signait Narc ou The Grey, semble avoir laissé toute ambition au vestiaire pour réaliser ici un téléfilm d’action flasque, sans idée ni tension, un mauvais patchwork de ce que le cinéma d’action américain produit de plus paresseux quand il croit que « baston + musique épique = film ». Sauf qu’ici, la baston est molle, la musique est envahissante, et le film est une punition de 90 minutes. 

L’histoire ? Une ligne dans une brochure d’aéroport. Sy joue Isaac, un ancien tueur d'élite planqué avec son ex-femme (jouée par Kerry Washington, en mode automatique), et leur fils. Bien sûr, l’organisation secrète à laquelle ils appartenaient veut les éliminer. Course-poursuite, fusillades, « retournements » (tous prévisibles), dialogues d’une bêtise atterrante, et punchlines qui n’en sont pas. On dirait une mauvaise copie de Mr. & Mrs. Smith sans la classe, l’humour ou la mise en scène. C’est un mix raté entre les pires heures de Taken 3 et un épisode bas de gamme de NCIS : Mexique. 

Et Omar Sy dans tout ça ? Il est censé être un genre de super soldat reconverti, barbu, musclé, regard intense. Mais son jeu est absent, son accent inadapté, ses scènes d’action téléphonées. Il se bat comme dans une pub pour une boisson énergétique, sans rage, sans impact. Pire : il est constamment sous-éclairé, mal dirigé, mal filmé. Son duo avec Washington ne prend jamais, leur complicité est mort-née, leurs scènes « familiales » font lever les yeux au ciel. 

Ce film avait peut-être l’ambition de repositionner Sy dans le paysage hollywoodien en le vendant comme une alternative à Idris Elba. Le problème, c’est que Sy n’a ni la voix, ni la physicalité, ni la prestance pour porter ce genre de rôle dans ce genre de film. Et encore moins sans un scénario digne de ce nom. Résultat : un flop monumental au box-office US, ignoré en France, et un atterrissage discret sur Prime Video. Même Gulli aurait hésité à programmer ça en pleine nuit, entre un épisode de Pokémon et une rediff de Scooby-Doo. 

Les dialogues sont d’une indigence rare. Il faut les entendre pour le croire : 
– « Tu sais que tu m’as manqué ? » 
– « Je sais. » 
(Pause, regard intense, explosion en arrière-plan.) 
On est en dessous des standards de M6 des années 2000. Même Le Transporteur 3 semble être du Shakespeare en comparaison. 

La réalisation de Carnahan ? On cherche encore. Caméra tremblante, cuts illisibles, décors génériques (zone portuaire, entrepôts, jungle en carton), plans drones inutiles, et bruitage à saturation. Rien ne dépasse. Rien ne vit. On dirait que même l’équipe technique s’ennuyait. 

Un mot sur le « méchant », au cas où vous auriez l’illusion d’une intrigue : il est interchangeable, fade, aux motivations nulles (« Tu m’as trahi » = moteur narratif). Aucun enjeu, aucune tension. Le film est un couloir plat de scènes copiées/collées de meilleurs films d’action. 

C’est un désastre industriel. Pas même divertissant dans sa nullité. Pas de second degré, pas de scène à sauver, pas un seul éclat de style. Tout est mécanique, téléphoné, exsangue. À la fin, on se demande si ce n’était pas une IA qui a écrit, tourné, monté ce machin. 

 
Shadow Force n’est pas un ratage, c’est une gifle au spectateur. Une de plus dans cette tendance cynique qui pense qu’un poster avec deux têtes connues suffit à justifier l’existence d’un film. On nous prend pour des cons, et à force, on le devient un peu — ou on zappe. À ce niveau, mieux vaut revoir un vieux Walker Texas Ranger, au moins Chuck Norris avait l’élégance d’y croire. 

NOTE : 4.10

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Joe Carnahan
  • Scénario : Joe Carnahan et Leon Chills
  • Musique : Craig DeLeon
  • Décors : P. Erik Carlson
  • Costumes : Tiffany Hasbourne
  • Photographie : Juan Miguel Azpiroz
  • Montage : Kevin Hale
  • Production : Sterling K. Brown, Stephen "Dr" Love et Kerry Washington
Producteurs délégués : B. Quinn Curry, K. Blaine Johnston et Christopher Woodrow


DISTRIBUTION