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jeudi 22 mai 2025

13.00 - MON AVIS SUR LE FILM TONI DE JEAN RENOIR (1935)


 Vu le film Toni de Jean Renoir (1935) avec Charles Blavette Jenny Hélia Celia Montalvan Paul Bozzi Max Dalban Jacques Levert Edouard Delmont Mihailo Kovacevic  

Immigré italien, Antonio, dit `Toni', a trouvé du travail à Martigues. Il y vit d'abord auprès de Marie, mais il tombe amoureux de la belle Josépha, d'origine espagnole, dont l'oncle est un petit propriétaire prospère. Josépha se marie avec un Parisien, Albert, qui a surtout des vues sur la fortune de l'oncle. 

Toni (1935) est un film singulier dans l’œuvre de Jean Renoir, souvent salué comme l’un des premiers jalons du néo-réalisme avant l’heure, et qui, malgré ses qualités indéniables, laisse aussi un goût d’inabouti. C’est un film à la fois fascinant par son contexte, sa volonté de vérité, ses partis-pris de mise en scène très modernes pour l’époque — et un peu frustrant dans son exécution dramatique. On y sent tout le talent de Renoir, mais aussi ses tâtonnements. On devine ce que le film veut être, sans toujours parvenir à l’être pleinement. 

L’histoire, inspirée d’un fait divers réel, se déroule dans le sud de la France, près de Martigues. Toni (Charles Blavette), un immigré italien, travaille dans une carrière. Il est hébergé chez Marie, une Française qui l’aime, mais il tombe amoureux de Josefa, une jeune Espagnole. Celle-ci est mariée de force à Albert, un contremaître brutal. Des années plus tard, Toni est ruiné, mal marié, et Josefa est prisonnière d’un mari violent. Dans un geste désespéré, Toni tue Albert pour délivrer Josefa. C’est le drame d’un homme qui, ayant fui la misère pour la France, y retrouve l’humiliation, la solitude, et la tragédie. 

Tourné en décors naturels, avec des acteurs non professionnels, dans un langage très quotidien, Toni est un film pionnier. Renoir s’y essaie à une esthétique quasi-documentaire, sans maquillage ni fard, pour capter le réel des travailleurs immigrés, leur condition, leurs drames ordinaires. C’est là que le film impressionne : par son authenticité, par ses paysages vrais, par la poussière, le mistral, les silences, les regards. La photographie de Claude Renoir donne au sud une teinte âpre et mélancolique, très loin du folklore provençal. Le réalisme est voulu, assumé, profond. 

Mais voilà : ce que Pagnol, quelques années plus tôt ou plus tard, parvient à transcender par le verbe, l’humour, la tendresse, Renoir ne l’atteint ici que par moments. Le film souffre d’un certain mutisme. On perçoit la mélancolie, oui, mais elle semble se diluer dans une mise en scène parfois trop neutre. Les dialogues, rares et parfois plats, peinent à installer une véritable tension dramatique. La mécanique du récit reste visible, et les acteurs, pour la plupart non professionnels, manquent de souffle pour incarner des passions aussi fortes. 

Charles Blavette, dans le rôle-titre, a un physique émouvant, une gueule de labeur et de fatigue, mais son jeu reste souvent intérieur, presque atone. Cela crée une pudeur intéressante, mais il manque un peu de feu, d’élan tragique. Il en va de même pour Celia Montalvan (Josefa), dont la présence est plus fragile que magnétique. Le film aurait gagné à oser plus dans l’émotion, à forcer parfois le trait — comme le fera plus tard Visconti dans Ossessione, très redevable à Toni. 

Cela dit, il serait injuste de sous-estimer la modernité du film, son attention aux laissés-pour-compte, aux exilés de l’intérieur, aux petites gens dont les désirs se heurtent à la fatalité sociale. Toni est un film profondément politique sans être militant, un film sur la violence sociale, la misère sentimentale, les chemins de l’échec. Il touche là une vérité rarement explorée à l’époque. La fin, avec ce meurtre au bord du canal, cette tension silencieuse, cette résignation tragique, est l’un des grands moments du film — une épure remarquable, tout en pudeur. 

On sort de Toni avec une impression de sincérité brute, d’esquisse puissante mais incomplète. Il ne manque pas grand-chose pour que le film devienne bouleversant, mais ce petit « pas de côté » — un jeu plus incarné, un récit un peu plus nourri — l’aurait hissé à la hauteur de ses ambitions. Renoir y est déjà immense dans sa manière de filmer l’humanité sans jugement, mais pas encore au sommet de son art. Toni reste un film important, mais plus pour ce qu’il annonce que pour ce qu’il accomplit pleinement. 

Un film précieux, donc, mais un film de transition. Un brouillon de génie. 

NOTE : 13.00

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

Avec le concours d'agents de police de la région.

 

samedi 17 août 2024

14.10 - MON AVIS SUR LE FILM LES 39 MARCHES DE ALFRED HITCHCOCK (1935)


 Vu le film Les 39 Marches de Alfred Hitchcock (1935) avec Robert Donat Madeleine Carroll John Laurie Wylie Watson Peggy Ashcroft Helen Haye Peggy Simpson Godrey Tearle Frank Cellier

À Londres, le Canadien Richard Hannay rencontre, au terme d'un spectacle musical interrompu bien singulièrement, une demoiselle, Annabella Smith, qui se prétend poursuivie. Il accepte de la cacher chez lui, où l'on assassine cette dernière. Craignant d'être accusé, il comprend qu'il ne pourra prouver son innocence de ce meurtre que s'il s'implique dans une intrigue d'espionnage. Il n'a que deux indices, une phrase qu'elle lui a dite sur une société secrète, « les 39 marches » et le nom d'un lieu en Écosse. Il décide de se rendre là où la disparue devait aller, dans les Highlands. Et il est poursuivi par cette mystérieuse société criminelle évoquée par la victime, et par la police. En route, dans le train, il croise Pamela, une blonde qui envisage d'abord de le livrer aux autorités avant de l'aider

Les 39 marches (1935) est un classique d'Alfred Hitchcock, souvent considéré comme l'un des films qui ont défini le genre de l'espionnage. Adapté du roman de John Buchan, ce film nous plonge dans un récit haletant où le suspense se mêle habilement à l'intrigue d'espionnage. Contrairement aux thrillers psychologiques pour lesquels Hitchcock est souvent reconnu, Les 39 marches se concentre davantage sur l'action et le mystère, tout en explorant les thèmes de la trahison et de l'identité.

Le film suit Richard Hannay, un homme ordinaire joué par Robert Donat, qui se retrouve accidentellement mêlé à un complot d'espionnage après avoir croisé la route d'une femme mystérieuse. Dès le début, Hitchcock place le spectateur dans une situation de tension constante, où chaque mouvement de Hannay pourrait être son dernier. L'homme devient une sorte de fugitif à la poursuite de la vérité, tout en étant pourchassé par des ennemis inconnus.

L'une des forces du film réside dans la manière dont Hitchcock manipule le spectateur, en lui fournissant juste assez d'informations pour maintenir l'intrigue, tout en laissant suffisamment de zones d'ombre pour alimenter le suspense. Les "39 marches", qui donnent leur titre au film, sont au cœur de ce mystère. Il s'agit d'une organisation secrète dont l'identité et les objectifs ne sont révélés que progressivement, créant une tension narrative captivante.

Les paysages écossais, avec leurs vastes étendues et leurs recoins isolés, servent de toile de fond à cette chasse à l'homme. Hitchcock utilise le cadre rural pour accentuer le sentiment de désorientation et d'impuissance de Hannay, tout en jouant avec les attentes du public. Chaque rencontre, chaque personnage que Hannay croise sur son chemin pourrait être un allié ou un ennemi, ajoutant à la paranoïa ambiante.

La scène la plus emblématique du film, où Hannay prononce un discours dans une salle bondée, est un parfait exemple de la maîtrise de Hitchcock. Sans avoir toutes les cartes en main, Hannay se retrouve contraint d'improviser, tout comme le spectateur essaie de démêler le vrai du faux. C'est un moment de tension pure, où le personnage principal doit faire preuve de ruse pour échapper à ses poursuivants, tout en révélant au passage des éléments cruciaux de l'intrigue.

La révélation finale du film, où le mystère des "39 marches" est enfin élucidé, est typique du style hitchcockien. Ce n'était pas un élément caché physiquement, mais un secret qui se trouvait sous nos yeux depuis le début, bien dissimulé dans les méandres de l'intrigue. Hitchcock joue avec l'idée que le danger n'est pas toujours là où on l'attend, et que la solution aux problèmes peut parfois résider dans une simple réalisation, plutôt que dans une découverte physique.

NOTE : 14.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

mercredi 2 juin 2021

FILMS DU PASSE : UN OISEAU RARE DE RICHARD POTTIER (1935)

Vu (découverte) le film Un Oiseau Rare de Richard Pottier (1935) avec Max Dearly, Jean Tissier, Pierre Brasseur , Monique Rolland , Madeleine Suffel, Pierre Larquey, Léon Arvel, Charles Deschamps, Marcel Duhamel, Henri Vilbert et le perroquet Ravaillac.

Le valet de chambre du milliardaire Melleville gagne un séjour aux sports d’hiver. Ne pouvant s’en séparer, il part avec lui et se fait passer pour le domestique. La substitution réussit jusqu’à ce qu’un autre gagnant se fasse à son tour passer pour le vrai milliardaire.  

Jacques Prévert, d'après le roman Trois hommes dans la neige d'Erich Kästner et qui donne évidement des dialogues savoureux par des acteurs habitués des pièces de boulevard, car comme dans celle-ci les portes claquent comme les différences de classe.

Tout commence par la présence de Ravaillac le perroquet de Melville, dont le secrétaire va connaitre de son langage fleurie le dicton efficace pour gagner un jeu que sont patro à organisé, d'où le titre du film

Même si les personnages sont tous aussi des oiseaux rares, où chaque personnage, joue un jeu qui n'est pas le sien, du richissime Melleville (joué par un étonnant Max Dearly) de Fortichet son valet (Larquey) qui va gagner le prix sans le savoir et prendre la place de Melleville avec son acquiescement, Berthier un employé qui lui a vraiment gagner (Brasseur) mais qui s'est fait léser qui va tomber amoureux de la fille de Melville sans savoir que celui-ci est son patron.

Cela va dans tous les sens et les employés et clients de l'hôtel sont embrouillés dans cette histoire rocambolesque, où chacun dans sa classe sociale bien à lui, voit qu’il n’est pas beaucoup possible de vivre une vie qui n'est pas la sienne.

Melville joue un jeu dangereux, car les employés ne sachant pas qui il est la traite comme un simple client sans sous, et Melville pour se venger achète l'hôtel qui lui appartenait déjà, la morale est sauve.

J'ai trouvé le rythme sympa avec des comédiens qui s'en donnent à cœur jouie sur des dialogues savoureux.

NOTE : 10.70
FICHE TECHNIQUE

DISTRIBUTION