Pages

Affichage des articles dont le libellé est FILMS 1936. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est FILMS 1936. Afficher tous les articles

mardi 17 février 2026

13.10 - MON AVIS SUR LE FILM ROBIN DES DOIS D'EL DORADO DE WILLIAM A.WELLMAN (1936)

 


 Vu le Film Robin des Bois d’El Dorado (1936) avec Warner Baxter BrucCabot Ann Loring J.Carol Nash Soledad Jilmenez Eic Linden Edgar Kennedy et Margo 

En 1848, en CalifornieJoaquin Murrieta vit heureux avec sa femme Rosita dans la vallée de San Joaquin. Mais de l'or est découvert sur leur domaine et des hommes cherchent à s'en emparer. Rosita est tuée lorsque Joaquin essaie de défendre le domaine. Il traque alors les meurtriers, qu'il retrouve et tue, devenant ainsi hors-la-loi. 

Avec Robin Hood of El DoradoWilliam A. Wellman signe en 1936 un western singulier, antérieur à la grande codification du genre mais déjà traversé par ses tensions morales et ses figures mythiques. Adapté du livre The Robin Hood of El Dorado de Walter Noble Burns, le film s’inspire de la figure de Joaquin Murrieta, personnage semi-légendaire de la Californie post-ruée vers l’or. 

Ce qui frappe d’emblée, c’est son statut de film-charnière. On y trouve les éléments fondateurs du western classique : un homme droit, une injustice, la perte de l’innocence, la vengeance, la traque. Pourtant, l’ensemble ne relève pas encore de la mythologie flamboyante que consacreront les années 40 et 50. Wellman reste plus âpre, plus direct, presque brutal. 

Le film débute comme une idylle. Murrieta est un jeune homme prospère, intégré, amoureux. Puis la violence raciale et l’humiliation systémique viennent fissurer ce monde. L’Amérique qu’il découvre n’est pas celle de la promesse, mais celle du rejet. Ce basculement est le véritable cœur du film : la naissance d’un hors-la-loi non par goût du crime, mais par réaction à l’injustice. En cela, Wellman adopte un regard étonnamment critique pour l’époque. Le bandit n’est pas une menace pour l’ordre, il en est la conséquence. 

La mise en scène trahit encore l’héritage du muet, domaine dans lequel Wellman fut un maître — on pense évidemment à Wings. Les visages portent le drame, les silences pèsent autant que les dialogues, et l’action reste sèche, sans lyrisme inutile. Il y a chez lui une efficacité presque physique : les coups partent vite, les décisions sont tranchées, la violence ne cherche pas l’esthétique. 

Mais ce qui distingue vraiment le film, c’est sa mélancolie. Ce “Robin des Bois” n’a rien du héros triomphant redistribuant joyeusement l’or aux opprimés. La vengeance n’y est jamais libératrice ; elle enferme. À mesure que Murrieta devient symbole, il perd son humanité première. Wellman filme moins l’ascension d’un justicier que la dégradation d’un homme broyé par l’Histoire. 

On sent déjà poindre les préoccupations que le cinéaste développera plus frontalement dans The Ox-Bow Incident : la foule, la justice expéditive, la violence collective, la culpabilité morale. Ici, la critique est encore enchâssée dans le récit d’aventure, mais elle est bien présente. 

Certes, le film porte aussi les limites de son époque — notamment dans son casting et certaines simplifications dramatiques. Pourtant, son regard sur le racisme et sur la fabrication des hors-la-loi lui confère une modernité inattendue. 

Dans Robin Hood of El Dorado, le rôle de Joaquin Murrieta est confié à Warner Baxter, choix à la fois prestigieux et révélateur d’une transition d’époque. 

Baxter n’est pas un acteur ordinaire en 1936 : il est l’une des grandes figures du cinéma muet finissant, star consacrée, premier lauréat de l’Oscar du meilleur acteur pour In Old Arizona. Son image s’est construite sur des rôles d’aventuriers romantiques, de séducteurs exotiques, de héros charismatiques — une virilité élégante, presque aristocratique. 

Or, dans le film de Wellman, cette aura est comme déplacée. Baxter n’incarne pas un héros flamboyant mais un homme brisé par l’injustice, progressivement défiguré par la vengeance. Le panache cède la place à la gravité. Le sourire sûr de lui se ferme. La posture héroïque devient raideur morale. On sent chez lui l’ombre de ses grands rôles passés, mais comme assombrie, fatiguée. 

Il y a là quelque chose de presque méta-cinématographique : une star du muet, symbole d’un âge héroïque du cinéma, interprète un personnage dont l’idéalisme se dissout dans la violence. Baxter apporte au rôle une intensité intérieure, un jeu encore très expressif, hérité du muet — regards appuyés, silences lourds, tension corporelle — qui s’accorde parfaitement à la mise en scène sèche de Wellman. 

Autour de lui, Ann Loring incarne l’épouse aimée, figure lumineuse dont la disparition précipite la tragédie, tandis que Bruce Cabot apporte une présence plus rugueuse, annonçant déjà les antagonistes plus modernes du western classique. 

Mais c’est bien Baxter qui porte le film, loin des rôles qui ont fait sa gloire. Ici, il ne s’agit plus d’incarner un mythe triomphant, mais un homme que l’Histoire transforme en légende malgré lui. Une performance moins spectaculaire, peut-être, mais plus sombre — et finalement plus complexe. 

Robin des Bois d’El Dorado n’est peut-être pas un sommet spectaculaire du western, mais c’est un jalon essentiel. Un film de transition, à la fois classique et encore brut, où Wellman affirme déjà sa vision : l’Ouest n’est pas un terrain de gloire, c’est un champ de fractures. 

NOTE : 13.10

FICHE TECHNIQUE



DISTRIBUTION

Acteurs non crédités

lundi 8 décembre 2025

13.80 - MON AVIS SUR LE FILM LA GUERRE DES GOSSES DE JACQUES DAROY (1936)

 


Vu le Film La Guerre des Gosses de Jacques Daroy (1936) avec Serge Grave Marcel Mouloudji Jean Murat Claude May Saturnin Fabre Raymond Rognoni Charles Aznavour Jacques Tavoli André Mouloudji Vera Pharès Clairette Fournier Gabriel Farguette Lucien Callemand 

Depuis toujours, deux petits villages du Midi voient leur population enfantine se livrer à une guerre sans fin, alors que l'institutrice et le maire s'aiment. 

Ces derniers parviennent à faire signer la paix, mais les adultes réunis au cours d'un banquet de réconciliation n'ont pas la sagesse des enfants. 

Avant que Petit Gibus ne fasse entrer La Guerre des Boutons dans le panthéon des films de récré en 1962, il y avait déjà eu une première bataille filmée : La Guerre des Gosses de Jacques Daroy, sorti en 1936, et qui adaptait déjà le roman culte de Louis Pergaud. On a souvent tendance à l’oublier, mais le film de Yves Robert n’est, au fond, qu’un brillant remake d’un film qui, lui, portait encore l’odeur du celluloïd d’avant-guerre et l’insouciance des enfants filmés comme on les voyait à l’époque : libres, turbulents… mais pas trop quand les adultes arrivaient. 

Ce qui frappe d’abord dans La Guerre des Gosses, c’est cette fraîcheur spontanée des gamins, le même esprit frondeur et solaire que dans le film de Robert, avec la chaleur du Midi, les courses dans les chemins poussiéreux et, bien sûr, les fameux boutons qui disparaissent mystérieusement des habits. Sauf qu’ici, les adultes n’ont rien des figures tendres des sixties : ce sont des adultes d’avant-guerre, moralisateurs, un peu sévères, l’autorité dans toute sa raideur, toujours prêts à brandir une punition comme un drapeau. Et c’est ce contraste qui donne au film cette saveur très années 30, où l’enfance est joyeuse, mais surveillée du coin de l’œil. 

Le scénario reprend fidèlement la guerre entre deux bandes rivales, comme un petit théâtre social en miniature où l’on règle des comptes à coups de ficelles et de pantalons dénudés. Tigibus (interprété par le très jeune Gabriel Farguette) est ici beaucoup moins au centre de l’intrigue que ne le deviendront ses héritiers. Il n’a pas encore le statut de légende de cour de récré : il traverse l’histoire en silhouette, comme un petit frère de cinéma que l’on aperçoit sans qu’il prenne tout l’espace. 

Mais ce sont surtout les gosses eux-mêmes qui donnent au film son énergie. On reconnaît deux futurs héros des Disparus de Saint Agil : Serge Grave, déjà leader naturel avec cette autorité tranquille qui deviendra sa signature, et Mouloudji, complice, vif, toujours un demi-sourire prêt à exploser. Les voir tous les deux si jeunes, encore au bord de leur future carrière, donne au film un charme supplémentaire. Et si on ouvre bien les yeux : oui, on y aperçoit un certain Charles Aznavour, en miniature, avant qu’il ne devienne la voix de tout un siècle. 

La mise en scène de Jacques Daroy, simple mais efficace, capte avec beaucoup de naturel les jeux, les cris et les petites trahisons de l’enfance. Pas d’effets inutiles : juste une caméra qui suit, qui observe, qui laisse vivre ces bataillons miniatures. On sent dans sa direction d’acteurs une réelle affection pour ces gamins qui jouent presque comme ils respirent, et cette spontanéité donne au film sa personnalité. Le rythme, très années 30, prend son temps mais ne s’endort jamais : chaque scène nourrit un petit morceau de cette bataille d’honneur où les adultes deviennent presque les antagonistes secondaires, bien malgré eux. 

La Guerre des Gosses conserve encore aujourd’hui un charme authentique, celui d’un cinéma français qui savait filmer l’enfance sans la surjouer, avec cette innocence prête à éclater et ce sens de la camaraderie qui fait sourire. Le film de Yves Robert deviendra un classique, mais celui de Daroy pose déjà toutes les bases : les rivalités enfantines, l’esprit de troupe, les boutons sacrifiés au nom de la guerilla miniature, et ce mélange de tendresse et de discipline d’un autre temps. Un film qui rappelle que, dans l’histoire du cinéma français, les guerres les plus mémorables ne sont pas toujours celles des adultes. 

Souvent oublié, mais jamais indigne, La Guerre des Gosses mérite qu’on y retourne, ne serait-ce que pour revoir ces futurs grands — Graves, Mouloudji, Aznavour — avant qu’ils ne deviennent des monuments, et pour replonger dans cette lumière intemporelle où les enfants mènent la guerre avec une gravité très sérieuse… sauf quand leurs boutons en font les frais. 

NOTE : 13.80

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION