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mercredi 29 juillet 2026

15.30 - MON AVIS SUR LE FILM VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE DE HENRY LEVIN (1959)

 


Vu le Film Voyage au Centre de la Terre de Henry Levin (1959) avec James Mason, Arlène Dahl, Pat Boone, Diane Baker, Peter Ronson et Thayer David.


Il y a des films que l'on aime pour leurs qualités, d'autres pour les souvenirs qu'ils réveillent. Voyage au centre de la Terre fait partie des deux catégories. Quatre raisons m'y ramènent toujours.

D'abord parce que c'est un formidable film d'aventures. Passionnant, spectaculaire, intelligent, il possède cette faculté rare de faire rêver sans avoir besoin d'en mettre plein les yeux toutes les cinq minutes. Ensuite parce qu'il y a James Mason. Je vous ai déjà parlé de lui ici : il fait partie de ces acteurs qui ont accompagné mes premières émotions de cinéphile. Sa seule présence donne immédiatement de la crédibilité à n'importe quel personnage.

Troisième raison, le roman de Jules Verne. Quand j'étais jeune, je dévorais ses livres, et Voyage au centre de la Terre était probablement celui qui alimentait le plus mon imagination. L'idée de pénétrer dans les entrailles de la Terre pour découvrir un monde oublié avait quelque chose de magique.

Mais il y a surtout une quatrième raison, bien plus personnelle. J'ai vu ce film le jour de mes vingt ans, en 1977, au Grand Rex à Paris, avec mon petit frère et ma mère qui m'avait invité pour mon anniversaire. Avant la séance, nous avions déjeuné dans une brasserie alsacienne des Grands Boulevards. Je ne pouvais évidemment pas savoir que ce repas serait le dernier que je partagerais avec elle. Depuis, chaque visionnage du film fait remonter ce souvenir. Je ne sais toujours pas pourquoi le film était ressorti cette année-là. Était-il couplé avec une autre production ? Impossible de m'en souvenir. Ce dont je me souviens, en revanche, c'est de cette journée.

L'histoire est connue. Le professeur Oliver Lindenbrook, brillant géologue écossais de l'université d'Édimbourg, découvre dans une roche volcanique un mystérieux message laissé par un ancien explorateur. Convaincu qu'il existe un passage menant au centre de la Terre, il entraîne dans son incroyable expédition son élève Alec McEwen, la veuve Carla Göteborg et le robuste islandais Hans Belker. Ensemble, ils vont traverser des galeries souterraines, des mers inconnues, affronter des dangers innombrables, croiser des animaux préhistoriques et découvrir un monde que personne n'aurait cru possible.

Le film prend évidemment quelques libertés avec le roman. La plus connue reste la découverte de l'Atlantide, qui appartient davantage à Vingt mille lieues sous les mers qu'à Voyage au centre de la Terre. Tous les animaux préhistoriques imaginés par Verne ne sont pas présents non plus. Mais franchement, est-ce bien grave ? Avec un budget d'environ trois millions de dollars, Henry Levin réussit à créer un univers qui continue encore aujourd'hui à émerveiller. Et il y a même de quoi faire sursauter dans son fauteuil... surtout quand il est aussi confortable que celui du Grand Rex !

À la différence du remake des années 2000 avec Brendan Fraser, davantage pensé pour les ados accros aux jeux vidéo, le film de Levin respire l'humanité. On y parle de science, d'éthique, du refus de la peine de mort, de courage et de solidarité. Bon... sauf peut-être pour la pauvre Gertrude, la cane, qui sert malgré elle les expériences de Lindenbrook. Elle, on ne lui demande jamais son avis !

Le casting participe énormément au charme du film. James Mason est impérial, mélange d'autorité, d'humour pince-sans-rire et de curiosité scientifique. Pat Boone apporte l'enthousiasme de la jeunesse, Peter Ronson impressionne par sa carrure presque démesurée, tandis que Diane Baker et la toujours élégante Arlene Dahl apportent intelligence, charme et tempérament. Sans oublier le traître de service, indispensable dans ce genre de récit, qui rappelle une fois de plus que le plus dangereux des prédateurs reste souvent l'homme lui-même, bien avant les monstres préhistoriques.

Et puis il y a cette formidable sensation d'enfermement. Les cavernes, les gouffres, les tunnels interminables... Moi qui suis claustrophobe, certaines séquences me mettent toujours aussi mal à l'aise. C'est bien la preuve que le film fonctionne encore.

Henry Levin dirige tout cela avec un vrai sens de l'aventure. On lui doit près d'une soixantaine de films, des Matt Helm à Robin des Bois, et cela se sent : le rythme ne faiblit jamais, l'émerveillement reste intact et l'on retrouve ce savoir-faire du grand cinéma populaire hollywoodien.

Les trois nominations aux Oscars — décors, effets spéciaux et effets sonores — ne doivent rien au hasard. Elles récompensent un véritable travail d'artisans qui, avec des moyens limités, ont créé un spectacle capable de traverser les décennies.

Voyage au centre de la Terre appartient à cette époque où le cinéma d'aventures savait faire voyager sans oublier les personnages, où l'on racontait une histoire avant de chercher à impressionner le spectateur. C'est typiquement le genre de film qu'il faut voir sur grand écran ou, à défaut, dans les meilleures conditions possibles chez soi. Du grand cinéma fantastique et d'aventures pour les petits comme pour les grands... celui qui donne encore envie, en sortant de la salle, de croire qu'il existe peut-être un passage secret sous nos pieds.

NOTE : 15.30

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

Acteurs non cédités  

mercredi 10 juin 2026

8.90 - MON AVIS SUR LE FILM LA NUIT DES ESPIONS DE ROBERT HOSSEIN (1959)


Vu le Film La Nuit des espions de Robert Hossein (1959) avec Marina Vlady Robert Hossein Michel Etcheverry Robert LeBeal Michel Dufour Roger Crouzet Clément Harari Georges Vitaly

 La Nuit des Espions est typiquement le genre de film que Robert Hossein affectionnait au début de sa carrière : un cinéma minimaliste, presque théâtral, reposant davantage sur une atmosphère et un duel psychologique que sur les moyens. Ici, pas de grandes fresques comme celles qu'il réalisera plus tard, mais un huis clos intégral dans un chalet isolé en pleine guerre où deux inconnus se retrouvent bloqués par les événements.

D'un côté Helen Gordon (Marina Vlady), de l'autre Philip Davis (Robert Hossein), retrouvé vêtu d'un uniforme d'officier allemand. Dès lors, une seule question occupe le film : qui est réellement qui ? Davis est-il un espion allié infiltré ou un nazi authentique ? Helen travaille-t-elle pour les Britanniques ou pour l'ennemi ? Chacun avance masqué, chaque confidence semble pouvoir être un mensonge et chaque geste cache peut-être une manipulation.

En attendant l'arrivée hypothétique de secours allemands ou britanniques, les deux personnages se tournent autour comme des fauves. Ils se méfient, se provoquent, se testent sans cesse. Puis l'attirance s'en mêle. Ils vont s'aimer sensuellement, se détester aussitôt après, se soupçonner à nouveau. Le film repose presque entièrement sur cette relation ambiguë où le désir ne fait jamais disparaître la méfiance.

Le problème est que Hossein, comme souvent à cette époque, semble davantage préoccupé par sa propre présence à l'écran que par la solidité de son scénario. Il se met en vedette — trop parfois — et oublie de rendre son intrigue réellement limpide. À force de vouloir maintenir le mystère jusqu'au bout, le récit finit par devenir confus. On sent pourtant un vrai potentiel. La réalisation reste sobre mais efficace, et montre déjà le cinéaste qu'il deviendra plus tard. Certaines compositions d'images et l'utilisation de l'espace clos témoignent d'un réel savoir-faire naissant.

Malheureusement, toute cette mécanique finit par se dégonfler. Ma fin se finit en eau de boudin. Après avoir entretenu le suspense pendant toute la durée du film, Hossein semble incapable d'apporter une conclusion à la hauteur des interrogations qu'il a lui-même installées. On reste avec l'impression d'un exercice intéressant mais inachevé.

Reste Marina Vlady. Magnétique du début à la fin, elle apporte à son personnage une présence, une sensualité et une ambiguïté qui captivent constamment le regard. Et finalement, dans un film qui tourne parfois à vide, bon il y a Marina Vlady, cela suffit à notre bonheur.

NOTE : 8.90

FICHE TECHNIQUE



DISTRIBUTION

mardi 7 octobre 2025

15.80 - MON AVIS SUR LE FILM LE GENERAL DELLA ROVERE DE ROBERTO ROSSELINI (1959)


 Vu le film Le Général Della Rovere de Roberto Rosselini (1959) avec Vittorio de Sica  Hannes Messemer Anne Vernon Mary Greco Giovanna Ralli Vittorio Caprioli Herbert Fisher NandoAngelini 

A Gênes, en 1943, Bertone, un quinquagénaire sans scrupules, extorque de l'argent aux familles des prisonniers et des déportés en leur faisant espérer des faveurs qu'il prétend pouvoir obtenir en haut lieu. Quand les Allemands tuent accidentellement le général Della Rovere, venu prendre la direction d'un maquis, ils ont l'idée de le remplacer en prison par ce petit escroc dans l'espoir que les chefs de la Résistance prendront contact avec lui. 

Chef-d’œuvre de la maturité de Roberto Rossellini, Le Général Della Rovere demeure l’un des sommets du cinéma italien d’après-guerre, à la croisée de l’humanisme, de la foi chrétienne et d’un idéal moral hérité de la Résistance. Sorti à la fin des années 1950, il marque un moment de bascule : Rossellini y quitte le néoréalisme strict de Rome, ville ouverte pour une forme plus intérieure, plus spirituelle, mais toujours engagée dans la dénonciation du mensonge et la recherche de vérité. Le film, tourné dans un noir et blanc aussi oppressant que lumineux par Carlo Carlini, s’impose comme une parabole sur la rédemption, la dignité et la fragilité de l’homme face à l’Histoire. 

L’action se situe à Gênes, pendant l’occupation allemande. Emanuele Bardone, joué par un Vittorio De Sica exceptionnel, est un escroc sans scrupules. Il survit en trompant des familles italiennes désespérées : il leur promet d’obtenir la libération de prisonniers, moyennant argent, grâce à des contacts fictifs avec les Allemands. Lorsque ses manigances sont découvertes, il est arrêté par la Gestapo. Plutôt que de le fusiller, les Allemands décident de l’utiliser : Bardone devra se faire passer pour le général Della Rovere, héros de la Résistance récemment abattu, afin de démasquer les véritables résistants dans la prison de San Vittore. C’est là que commence pour lui une lente et bouleversante métamorphose. 

Rossellini filme cette imposture comme une expérience morale. Bardone, d’abord cynique et lâche, se laisse peu à peu envahir par la noblesse du rôle qu’il joue. À force d’incarner un héros, il finit par en devenir un, jusqu’à accepter la mort dans un acte de vérité et de courage. Ce basculement intérieur, De Sica l’interprète avec une intensité rare. Son jeu, tout en retenue, oscille entre mensonge, peur et élévation. Il y a chez lui une dimension presque schizophrénique : l’escroc et le général s’entrelacent jusqu’à ne plus faire qu’un. On sent le poids de la culpabilité, le besoin de croire à nouveau, la possibilité du salut dans l’acte de foi. 

Hannes Messemer, en officier allemand, impose une présence glaciale et ambiguë. Ces personnages forment un triangle de forces morales où chacun, à sa manière, se confronte à la vérité. La mise en scène de Rossellini, souvent jugée désordonnée, participe pourtant de cette tension : décors minimalistes, visages filmés frontalement, cadres parfois instables, comme si la caméra elle-même vacillait devant la conscience humaine. Il y a des moments d’imperfection — un figurant qui regarde l’objectif, des raccords brusques, des archives mal intégrées — mais ces maladresses contribuent paradoxalement à l’authenticité du film, à son urgence. 

Certains détails du scénario prêtent à confusion : comment les Allemands savent-ils qu’ils ont capturé Fabrizio, le véritable résistant ? Comment Bardone obtient-il du papier et un stylo dans sa cellule ? Ces zones d’ombre ne gâchent pourtant pas la puissance du récit. Elles rappellent plutôt que Rossellini cherche la vérité morale, non la perfection dramaturgique. Ce qui l’intéresse, c’est le passage de l’homme à la conscience, l’instant où le menteur comprend que la dignité n’est pas un rôle, mais un choix. 

La photographie de Carlo Carlini, toute en contrastes, amplifie ce combat intérieur : la lumière baigne les visages au milieu de la nuit du fascisme. La production de Manolo Bolognini, solide, parvient à allier rigueur historique et souffle spirituel. On sent dans chaque plan l’amour du réalisateur pour l’humain, sa foi dans la possibilité du rachat, son regard à la fois chrétien et profondément politique. 

Le Général Della Rovere est un film sur la vérité, la peur et le courage. C’est aussi un film sur le mensonge — celui que l’on invente pour vivre, celui que l’on détruit pour renaître. Rossellini filme le moment où l’homme cesse de tricher, où le jeu devient vie. Cette tension, cette lente ascension morale, fait de Bardone un personnage universel, reflet de nos propres contradictions. 

Malgré ses maladresses formelles, ce film demeure d’une intensité rare. Il unit le regard d’un croyant, la lucidité d’un humaniste et la ferveur d’un cinéaste profondément engagé. Vittorio De Sica y est tout simplement bouleversant — à la fois minable et sublime, menteur et martyr. Ce n’est pas seulement un grand rôle, c’est un miroir de l’âme. 

Le Général Della Rovere reste l’un des grands films de la période d’or du cinéma italien, celle des années 50 à 70, quand l’art et la morale ne faisaient qu’un. Un film imparfait, mais nécessaire, qui interroge sans relâche : qu’est-ce qu’un héros ? qu’est-ce qu’un homme ? Et surtout, jusqu’où peut-on aller pour devenir vrai ? 

 NOTE : 15.80

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