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lundi 25 mai 2026

13.00 - MON AVIS SUR LE FILM LE VOLEUR DE LOUIS MALLE (1967)

 


Vu le Film Le Voleur de Louis Malle (1967) avec Jean Paul Belmondo Genevieve Bujold Paul le Person Charles Denner Christian Lude Berndette Lafont Monique Mélinand Julien Guiomar Marie Dubois Françoise Fabian Marlène Jobert Martine Sarcey 


L'action principale se déroule au début des années 1890. Une nuit, Georges Randal, alors qu'il cambriole une villa, revient sur sa carrière de voleur. Orphelin sous la tutelle de son oncle, il revient à Paris une fois ses études terminées, où il pense épouser Charlotte, sa cousine. Ne l'attendent que des désillusions : l'oncle a détourné sa fortune et sa cousine est promise à un autre. Lors de la soirée des fiançailles, par dépit et par vengeance, il vole les bijoux de la famille du fiancé et s'enfui 


Il y a des acteurs qu’on aime pour ce qu’ils dégagent naturellement. Et puis il y a les réalisateurs qui prennent un malin plaisir à casser le jouet. Avec Le Voleur, Louis Malle prend Jean-Paul Belmondo à contre-emploi total. Ici, pas de flingue qui claque, pas de cascade sur un toit de voiture, pas de galipettes à la Lautner, non. Randall est un type froid, introverti, presque absent au monde, sauf quand il s’agit des affaires des autres. Les bijoux, les tableaux, les coffres, les petites pacotilles bourgeoises accumulées par des gens qui ne savent même plus pourquoi ils les possèdent. Lui, au moins, ça l’intéresse.


Le film suit Georges Randall, orphelin élevé par une famille bourgeoise qui lui vole son héritage avant même qu’il comprenne comment fonctionne le monde. Alors il devient voleur. D’abord par rancœur, ensuite par plaisir, enfin presque par philosophie. Pas un Arsène Lupin romantique en monocle, non. Randall aime salir derrière lui. Il aime provoquer. Il laisse des traces comme un crachat sur les bonnes manières. Ce n’est pas un gentleman-cambrioleur, c’est un cynique élégant. 


Et Belmondo joue ça remarquablement bien. On sent qu’il se retient sans cesse. Le regard est vide puis ironique, le sourire jamais vraiment chaleureux. Un Bebel différent, dégraissé de tout son côté cabotin populaire. On comprend pourquoi certains adorent cette performance : elle est tout en intérieur. Mais justement, ce côté fermé finit aussi par créer une distance. Personnellement, je regarde Randall vivre, voler, séduire, manipuler… sans jamais vraiment m’intéresser à son parcours. Il glisse dans le film comme un fantôme bien habillé. 


Autour de lui, il y a pourtant du beau monde : Paul Le Person en fidèle Roger la Honte, silhouette magnifique de compagnon discret, Geneviève Bujold, Marie Dubois, Julien Guiomar ou encore Charles Denner qui apportent chacun une présence étrange à cet univers feutré où tout le monde semble mentir poliment. 


Et puis visuellement, difficile de nier la beauté du film. Les costumes de Ghislain Uhry, les décors, les salons étouffants, les rues sombres, et surtout la photographie sublime de Henri Decaë. On a parfois l’impression que l’électricité n’existait pas encore tant tout semble éclairé à la bougie, dans une pénombre noble et poussiéreuse. C’est magnifique à regarder. 


Mais voilà : le rythme est lent. Très lent. Louis Malle prend son temps, énormément de temps. Il observe Randall comme un entomologiste regarde un insecte rare. Certains y verront une élégance romanesque, d’autres décrocheront franchement. Et je dois reconnaître que malgré la beauté du film, je me suis un peu ennuyé. Ce n’est pas le genre de lenteur hypnotique qui vous aspire ; c’est une lenteur qui laisse parfois le spectateur sur le quai pendant que le film continue sans lui. 


Reste une œuvre curieuse, presque froide, mais singulière dans la carrière de Belmondo. Un film pour les amateurs de Louis Malle, les amoureux du cinéma d’époque et les fans de Bebel qui veulent le voir ailleurs que dans ses numéros de charme habituels. Les autres risquent de regarder ce voleur faire les poches du bourgeois… en vérifiant discrètement leur montre. 

NOTE : 13/00

FICHE TECHNIQUE



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mardi 9 décembre 2025

12.20 - MON AVIS SUR LE FILM BELLE DE JOUR DE LUIS BUNUEL (1967)


Vu le Film Belle de Jour de Luis Bunuel (1967) avec Catherine Deneuve Michel Piccoli Pierre Clémenti Geneviève Page Jean Sorel Maria Latour Françoise Fabian Macha Méril Francis Blanche Francisco Rabal Iska Khan Bernard Musson François Maistre 

Epouse d'un jeune interne des hopitaux, Pierre, Severine n'a jamais trouvé un véritable plaisir auprès de lui. Un des amis du ménage, play-boy amateur de call-girls, lui glisse un jour l'adresse d'une maison clandestine. Troublée, Severine ne résiste pas à l'envie de s'y rendre et ne tarde pas à devenir la troisieme pensionnaire de Mme Anais. Elle y est appelée Belle de jour car ses visites surviennent chaque après-midi de deux à cinq heures. 

Belle de Jour, c’est un peu le genre de film qui ressemble tellement à son époque qu’on pourrait y sentir la fumée des cafés parisiens et la morale élastique d’une France qui découvre que la « libération des mœurs » pouvait rapidement virer aux terrains glissants… voire boueux. On y trouve ce climat où, tant que ça faisait du fric et que ça choquait juste ce qu’il faut, rien n’était vraiment interdit. Et dans ce cadre-là, Buñuel plante une histoire qui peut aujourd’hui provoquer autant de malaise que de fascination. 

Le film suit Séverine Serizy, jeune bourgeoise glacée en apparence, mariée à un homme qui n’est pourtant « pas moche du tout », mais qui semble aussi transparent que son intérieur bourgeois. Pour tenter de combler un vide intérieur – ou un gouffre, c’est selon – elle glisse doucement mais sûrement dans une maison de passe où elle devient « Belle de Jour », cette fleur qui n’éclot qu’à certaines heures, de 14h à 17h, comme l’annonce fièrement la patronne. Une call-girl de l’après-midi, presque un symbole horticole du refoulé. 

Et c’est là que le film déraille volontairement : voir cette femme profondément perdue s’humilier, se faire malmener, frapper parfois par des pervers notoires, ça a forcément une dimension dérangeante. Même sans être femme ni féministe, il y a un moment où le respect de soi-même et des autres devrait être la base. Mais Séverine, pour se sentir plus vivante, plus épanouie peut-être, croit devoir passer par la prostitution. Drôle de film, si on peut dire. On navigue entre fantasmes, rêves éveillés et pulsions que Buñuel traite avec son ironie presque perfide. 

Et pourtant… ça passe. Ça passe « crème », grâce au talent immense des comédiens et à cette mise en scène prodigieuse. Catherine Deneuve, sensuelle, glacée, soumise, mystérieuse, prend tellement cher que parfois on veut lui tendre un café et lui dire : « Séverine, respire un peu ! » Mais elle est magnifique, de jour comme de nuit, et ses silences sont presque plus parlants que tous les dialogues. Face à elle, Pierre Clémenti, avec ses yeux qui pourraient hypnotiser un lampadaire, irradie un charme dangereux, électrique, presque trop beau pour être vrai. Et Jean Sorel, impeccable dans son rôle de mari aimant mais aveuglé, complète le triangle avec une sobriété désarmante. 

L’histoire, bien que simple dans son déroulé, provoque constamment un vertige : rêve ou réalité ? désir assumé ou pulsion honteuse ? Buñuel ne juge pas, il observe. Et dans ce climat, certains personnages pourraient effectivement migrer sans effort dans d’autres films français de la même époque, où la sexualité devenait le terrain de jeu favori des cinéastes. Par moments, on sent presque le réalisateur se moquer gentiment de la bourgeoisie, de ses frustrations et de ses tabous qui finissent toujours par exploser. 

Alors oui, Belle de Jour n’est clairement pas un film féministe. Il peut mettre mal à l’aise, parfois profondément. On peut se sentir en décalage devant certaines scènes, se dire que cette époque ne reculait devant rien. Mais entre les fulgurances visuelles de Buñuel, les acteurs au sommet et ce mélange étrange de provocation et d’élégance, il y a quelque chose qui reste, quelque chose d’inclassable. Un film dérangeant, brillant, baroque, qui n’a pas fini de faire parler – même si, personnellement, je garde un petit pincement pour Clémenti (ah, ces yeux…). 

Un film que je regarde « mitigé », fasciné d’un œil, gêné de l’autre, mais impossible à oublier. Et c’est peut-être ça, la vraie marque de Buñuel. 

NOTE : 12.20

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DISTRIBUTION


lundi 17 novembre 2025

14.20 - MON AVIS SUR LE FILM LA MEGERE APPRIVOISEE DE FRANCO ZEFIRELLI (1967)

 


Vu le Film La Mégère Apprivoisée de Franco Zeffirelli (1967) avec Elizabeth Taylor Richard Burton John Cusack Michael Hordern Alfred Lynch Michael York Victor Spinetti Alan Webb Vernon Dobtcheff 

À Padoue, le signore Baptista désespère de trouver un mari qui puisse résister au caractère colérique de sa fille aînée Catharina. Car d'autre part il se refuse à chercher un mari pour sa fille cadette Bianca avant d'avoir trouvé un mari pour la première des deux sœurs. L'un des soupirants de Bianca, Hortensio, reçoit bientôt la visite de Petruchio, un marchand ruiné originaire de Vérone qui lui confie qu'il est venu à Padoue chercher richesse et femmeHortensio lui met alors dans la tête de conquérir le cœur de Catharina, ce qui lui donnerait l'occasion de mettre la main sur une dot de 20 000 couronnes d'or. 

Adapté de la célèbre pièce de Shakespeare, La Mégère Apprivoisée ouvre ses portes sur une Italie renaissante où les nobles troquent la vertu contre les intrigues et les alliances arrangées, un beau panier de pommes où « il y a peu à choisir entre des pommes pourries ». Zeffirelli, avant de faire chavirer le monde avec Roméo et Juliette, s’amuse déjà à disséquer les mœurs de cette aristocratie bourdonnante, ces godelureaux toujours prêts à s’autocongratuler en oubliant que la sophistication n’exclut pas la bêtise. 

Le vieux Baptista doit marier ses filles, mais l’affaire se complique. Certes, la douce Bianca attire les prétendants « comme les abeilles attirées par le miel », mais voilà : selon la règle familiale, impossible de la marier avant sa sœur aînée, Catarina. Et Catarina, c’est autre chose : beauté incendiaire, répartie acérée, et tempérament volcanique. Elizabeth Taylor l’incarne avec une gourmandise palpable, mélange de féline blessée et de reine offensée, une Catarina qui ne se contente pas de mordre : elle dévore, elle griffe, elle renverse tout ce qui ose la contraindre. Mais bien sûr, dans la cour où tout est pourri ou presque, même une femme forte devient problème à résoudre. 

Entre alors Petrucchio. Richard Burton, que l’on devine sans peine très inspiré par sa vie réelle, arrive en conquérant insolent, aussi arrogant qu’imprévisible. Il ne cherche pas une épouse, encore moins l’amour, mais un défi à sa hauteur, et Catarina tombe à point nommé. Zeffirelli capte cette étincelle électrique entre Burton et Taylor : un duel, non pas « à fleuret moucheté », mais à coups de répliques tranchantes et de joutes verbales qui semblent parfois sortir directement de leur propre foyer. Le cinéma devient alors un ring presque intime où la fiction frôle la réalité. 

Le scénario respecte la structure shakespearienne mais Zeffirelli y ajoute une ampleur visuelle. Les décors sont somptueux, les costumes fastueux, le film chatoyant comme un opéra comique où les couleurs éclatent et les tissus bruissent à chaque geste. C’est l’Italie rêvée, l’Italie théâtrale, celle qui ne s’excuse pas d’être excessive. Et ce faste soutient intelligemment ce que Shakespeare a de plus mordant : la guerre des sexes, la satire sociale, l’éternelle comédie du mariage. 

La scène où Petrucchio, revenant de chasse, débarque ivre, mal fagoté, acclamé par la foule le jour même de son mariage est, un moment divin. Un pur cadeau burlesque, à regarder presque en boucle, tant Burton y déploie un sens du chaos maîtrisé. 

Peu à peu, la tigresse s’adoucit. Catarina ne devient pas soumise comme on dresse un cheval sauvage, mais comme une femme qui comprend que ce monde ne lui offrira jamais l’indépendance moderne dont elle aurait eu besoin. Elle apprend la stratégie, la nuance : mieux vaut apprivoiser la cage que la briser, si la cage peut au moins être redécorée selon ses désirs. Zeffirelli glisse une forme de tendresse dans cette « conquête » : à mesure que Catarina se dévoile, Petrucchio cesse lui-même d’être le barbare triomphant. Il découvre qu’aimer demande plus que dompter. 

Et puis il y a ce sourire final, ce nouveau sourire , celui d’une femme qui, consciente de l’époque et de ses règles, choisit l’intelligence plutôt que la solitude. Un sourire de négociation, de complicité peut-être, un sourire qui dit autant « je cède » que « je gagne autrement ». 

Burton et Taylor forment ici un couple mythique, dont la tempête privée trouve un écho parfait dans cette comédie shakespearienne de l’amour vache. Zeffirelli, en maestro, orchestre leurs éclats, leurs colères, leurs regards assassins, leurs silences incendiaires. Le film doit beaucoup à leur présence : lui avec sa grandeur cabossée, elle avec sa beauté fulgurante, tous deux avec cette capacité à faire du cinéma une arène vivante. 

La Mégère Apprivoisée devient une fresque joyeuse, acidulée, épicurienne, drôle et théâtrale. Zeffirelli transforme la pièce en spectacle total où l’on rit autant qu’on admire, où le verbe de Shakespeare ne laisse personne sans armes. Et sous le faste, un portrait piquant de l’amour, celui qui chamaille, qui provoque, qui joue, celui qui griffe avant de caresser. Shakespeare savait tout cela ; Burton et Taylor l’incarnent avec un naturel stupéfiant. 

Une comédie pétillante, un duel délicieux, un décor somptueux : un film à déguster, comme Petrucchio, « presque en boucle ». 

 NOTE : 14.20

FICHE TECHNIQUE

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