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vendredi 18 septembre 2026

13.10 - MON AVIS SUR LE FILM DE L'EAU TIEDE SOUS UN POT ROUGE DE SHOHEI IMAMURA (2001)

 


Vu le Film De l'eau tiède sous un pont rouge de Shohei Imamura (2001) avec Kōji Yakusho Misa Shimizu Mitsuko Baishō Mansaku Fuwa Isao Natsuyagi 


Découverte pour ma part du cinéma de Shōhei Imamura, pourtant double Palme d’Or avec La Ballade de Narayama et L’Anguille, et je dois dire que le gaillard ne choisit pas vraiment la facilité pour me faire découvrir son univers. Avec De l’eau tiède sous un pont rouge, Imamura part d’un vieux mythe autour de la femme fontaine, non, ni Anne ni Brigitte, mais d’une réalité physiologique qu’il transforme en conte philosophique, érotique, burlesque et parfois franchement surréaliste.


L’histoire commence avec Yosuke Sasano, un quadragénaire joué par Kōji Yakusho, qui vient de perdre son travail et dont la femme est partie. Un vieux vagabond lui révèle avant de mourir l’existence d’un Bouddha en or caché dans une maison d’un village lointain, trésor qui va évidemment attirer notre homme jusqu’à cette étrange demeure. Mais le Bouddha va rapidement passer au second plan lorsqu’il rencontre Saeko, interprétée par Misa Shimizu, une jeune femme pour le moins particulière qui vit avec sa grand-mère Mitsu, jouée par Mitsuko Baishō.


Et là, Imamura nous emmène ailleurs, très ailleurs même, puisque Saeko possède un secret qui transforme son plaisir sexuel en véritable phénomène naturel : lorsqu’elle atteint l’orgasme, l’eau jaillit de son corps comme un geyser et cette eau a même la particularité de faire pousser les fleurs et d’attirer les poissons. Voilà donc notre quadragénaire embarqué dans une histoire où l’on vient chercher un Bouddha en or et où l’on découvre finalement une femme fontaine. On ne pouvait pas rêver meilleur détour.


Le film joue évidemment avec cette idée de plaisir féminin, de désir et de liberté, mais derrière cette apparente fantaisie sexuelle, Imamura parle aussi de la condition de la femme, de son rapport au corps, au désir et à la dignité humaine. Saeko n’est pas simplement une curiosité ambulante destinée à faire rire le spectateur, elle porte quelque chose de beaucoup plus profond sur une société qui cherche toujours à enfermer ce qui sort de la norme.


Le secret passe d’ailleurs d’une génération à l’autre, tandis que le Bouddha en or circule lui aussi comme une sorte de fil conducteur entre les personnages. Et autour de Yosuke et Saeko, Imamura fait graviter toute une galerie de personnages curieux, pêcheurs, habitants du village et autres figures improbables qui donnent au récit cette atmosphère de fable où le réalisme côtoie constamment le fantastique.


Kōji Yakusho est formidable en homme ordinaire complètement dépassé par ce qui lui arrive, avec cette naïveté qui permet au spectateur de découvrir cette histoire en même temps que lui. Misa Shimizu, elle, est totalement investie dans ce personnage de femme mystérieuse, libre et prisonnière à la fois de ce pouvoir étrange qu’elle porte en elle. On retrouve d’ailleurs les deux acteurs de L’Anguille, autre film d’Imamura qui avait obtenu la Palme d’Or en 1997, et il y a effectivement quelque chose de commun dans la manière dont le réalisateur laisse ses personnages évoluer dans une forme presque théâtrale.


Imamura se lâche donc avec un sujet totalement libre, mais jamais gratuitement. Il mélange le sexe, la nature, la religion, l’argent, le désir, la solitude et la recherche du bonheur avec une mise en scène qui privilégie les personnages et les situations plutôt que les effets faciles. Sa photographie est particulièrement belle, avec cette nature omniprésente et cette eau qui devient presque un personnage du film.


Il faut cependant accepter le rythme, car le film n’est pas exactement une Ferrari. Certaines séquences sont longues, très longues même, et Imamura prend son temps pour installer ses personnages et son étrange univers. Ce n’est pas toujours simple à regarder, surtout lorsque l’on attend une progression plus classique, mais peu à peu on se laisse happer par ce voyage extraordinaire.


Au fond, De l’eau tiède sous un pont rouge est un film qui raconte beaucoup de choses avec une histoire qui pourrait passer pour une énorme plaisanterie : un homme recherche un Bouddha en or et tombe sur une femme qui déclenche un geyser à chaque orgasme. Dit comme cela, on pourrait croire à une mauvaise blague, mais Imamura transforme cette situation improbable en réflexion sur le désir, la liberté, la femme et la dignité humaine.


Une découverte pour ma part d’un réalisateur dont je comprends mieux ici pourquoi il a obtenu deux Palmes d’Or. Un cinéma étrange, sensuel, poétique, parfois déroutant, avec une vraie beauté esthétique et une liberté de ton qui fait plaisir. Il faut simplement accepter de monter dans le train Imamura sans trop chercher à savoir où il va nous emmener. Et manifestement, avec lui, le terminus n’est pas forcément celui auquel on pense.

NOTE : 13.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION



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