Pages

lundi 7 septembre 2026

14.10 - MON AVIS SUR LE FILM LE CHRIST S'EST ARRETE A EBOLI (1979)

 


Vu le Film Le Christ s'est Arrêté à Eboli de Francesco Rosi (1979) avec Gian Maria Volonté Léa Massari Irène Papas Alain Cuny Accursio Di Léo Paolo Bonacelli Stavros Tornes


Avoir au générique Francesco Rosi, Gian Maria Volonté, Irène Papas, Alain Cuny et Léa Massari, c’est déjà une sacrée promesse de cinéma. Alors certes, Francesco Rosi ne fait pas grimper ses héros sur le pont Bir-Hakeim ou descendre les tours de New York sur un fil, mais cela reste néanmoins un grand moment de cinéma, adapté du roman autobiographique de Carlo Levi. Et quand on voit l’actualité actuelle, on devrait presque faire voir ou lire cette histoire à tout le monde.

En 1935, Carlo Levi, médecin et peintre antifasciste, est condamné à l’exil intérieur par le pouvoir de Mussolini et envoyé dans un petit village de Basilicate, dans le sud de l’Italie. Il n’a pas le droit d’exercer officiellement la médecine, mais il va mettre les quelques libertés qui lui restent au profit des paysans et des habitants de cette terre oubliée. Pour eux, cet homme venu d’ailleurs va peu à peu devenir bien plus qu’un médecin, presque un sauveur, dans un monde où le pouvoir de Rome semble avoir oublié jusqu’à leur existence.

Rosi a eu l’intelligence de tourner dans la région même où Carlo Levi avait vécu son exil, donnant au film une authenticité magnifique. Ces villages, ces paysages, ces pierres, ces visages semblent conserver les couleurs, les odeurs et les souvenirs que Levi avait emportés avec lui. Le réalisateur prend son temps, et c’est justement ce temps qui permet au film de respirer, de montrer à la fois la beauté et la misère de cette population abandonnée par le pouvoir fasciste, parce que le pouvoir n’aime jamais beaucoup les petites gens lorsqu’elles deviennent trop visibles.

On assiste alors au contraste entre deux mondes qui ne poursuivent absolument pas les mêmes objectifs : d’un côté, celui des paysans, attachés à leurs traditions, à leur terre et à une forme de solidarité protectrice ; de l’autre, celui du pouvoir fasciste qui veut imposer sa modernité, sa vision de l’Italie et son autorité jusque dans les endroits les plus reculés. Rome parle de progrès, mais pour ceux qui vivent ici, le progrès ressemble surtout à quelque chose qui se passe très loin d’eux.

Mais Le Christ s’est arrêté à Eboli est aussi le portrait d’un homme qui va découvrir pendant deux années d’exil la solitude, l’injustice, mais également une forme d’inspiration et une autre manière de regarder le monde. Carlo Levi arrive en étranger et repartira profondément marqué par ces hommes et ces femmes qu’il était pourtant censé simplement subir pendant son éloignement.

Et pour faire un grand film, il faut aussi de grands acteurs. Alain Cuny est formidable en baron Rotundo, Irène Papas est sublime en Giulia, Léa Massari apporte toute sa présence à Luisa Levi, mais surtout Gian Maria Volonté est exceptionnel dans le rôle de Carlo Levi. Il porte littéralement le film sur ses épaules, avec une grâce presque christienne, sans jamais en faire trop, simplement avec ce regard, cette présence et cette manière de laisser parler le personnage avant même qu’il ouvre la bouche.

Rosi signe donc un film magnifique, profondément humain et politique sans jamais avoir besoin de hurler son message. Une histoire d’hommes oubliés, de pouvoir, de liberté et de résistance qui, malheureusement, n’a pas pris une ride. Et quand on regarde autour de nous aujourd’hui, cette vieille histoire de 1935 finit par prendre un drôle de goût de présent : Le Christ s’est arrêté à Eboli, mais il ferait peut-être bien de reprendre la route avant que certains pouvoirs ne décident à nouveau de l’arrêter ailleurs.

NOTE : 14.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire