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jeudi 20 août 2026

14.90 - MON AVIS SUR LE FILM LES NAUFRAGEURS DES MERS DU SUD DE CECIL B.DE MILLE (1942)

 


Vu le Film Les Naufrageurs des Mers du Sud de Cecil B .de Mille (1942) avec Ray Milland Paulette Godard John Wayne Susan Hayward Raymond Massey Robert Preston Louise Beavers


Un grand film d’aventures comme on savait encore en faire, et signé par le grand Cecil B. DeMille, qui nous embarque en pleine guerre dans une histoire de marins, de navires, de récifs et de naufrages. Inspiré d’un récit de Thelma Strabel, le film nous raconte ces hommes qui affrontent les mers les plus dangereuses pour faire passer leurs marchandises à travers les océans, en contournant les terres et surtout les récifs qui ne demandent qu’à transformer un bateau en épave.

Et c’est là que débarquent nos marins d’eau pas très douce : entre les sauveteurs qui risquent leur vie, les négligents qui provoquent parfois les catastrophes et les pilleurs qui profitent des bateaux échoués, on finit par se demander si les uns ne seraient pas un peu liés aux autres ! De quoi alimenter une intrigue qui mélange aventure, suspense, enquête et procès.

DeMille ne lésine évidemment pas sur le spectacle. Les grandes scènes de naufrages sont impressionnantes, avec des navires malmenés par des mers démontées, des récifs qui ne pardonnent rien, des pieuvres, des scaphandres et tout un attirail qui nous rappelle que nous ne sommes pas chez Jules Verne, mais que DeMille entend bien nous en mettre plein les yeux. Et il réussit son coup puisqu’il recevra un Oscar pour les effets spéciaux.

Au milieu de tout cela, deux histoires d’amour vont s’entremêler avec l’action, sans que le réalisateur oublie son fameux procès, véritable morceau de bravoure qui vient donner une autre dimension à l’aventure.

Et quel casting ! Ray Milland, Paulette Goddard et Susan Hayward apportent tout leur talent à cette histoire mouvementée. Mais la curiosité vient aussi d’un certain John Wayne, encore loin d’être la star du western qu’il deviendra. Il n’est ici qu’un second rôle, mais il bénéficie d’un véritable rôle d’acteur, preuve que le « Duke » avait déjà autre chose à faire que regarder passer les cactus.

En résumé, un bon film d’aventure, spectaculaire, solide et généreux, avec des bateaux dans des mers démontées — comme chez Ikea, mais avec beaucoup moins de chances de retrouver les pièces manquantes — des pieuvres, des scaphandres, des naufrages et des histoires de sauveteurs pas toujours aussi innocents qu’ils en ont l’air. Bref, du grand DeMille : on embarque, on s’accroche et surtout, on évite de tomber à l’eau

NOTE : 14.90

FICHE TECHNIQUE


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mercredi 15 juillet 2026

14.10 - MON AVIS SUR LE FILM LES INCONNUS DANS LA MAISON DE HENRI DECOIN (1942)

 


Vu le Film Les Inconnus dans la Maison de Henri Decoin (1942) avec Raimu Juliette Faber Noel Roquevert Gabrielle Fontan Héléna Manson Jean Tissier Tanja Fédor Marguerite Ducouret Jazcques Baumer André Reybaz Marcel Mouloudji


Hector Loursat est un avocat déchu. Alcoolique depuis le départ de sa femme, il est incapable de s'occuper de sa fille Nicole qui est élevée par Fine, sa fidèle servante. Un soir, il trouve Gros-Louis, un repris de justice, assassiné dans son grenier. L'enquête fait apparaître que Nicole appartient à une bande de jeunes gens qui se réunissaient chaque soir dans ces combles.

Avant de découvrir cette version de 1942, je ne connaissais que le remake réalisé par Georges Lautner avec Jean-Paul Belmondo. Je dois reconnaître que l'original lui est nettement supérieur. Plus sombre, plus ambigu, plus dérangeant, il possède cette atmosphère si particulière des films français tournés sous l'Occupation, où tout semble peser sur les personnages sans que rien ne soit jamais totalement explicite.

Adapté du roman de Georges Simenon, avec un scénario signé par l'écrivain lui-même et Henri-Georges Clouzot, L'Inconnu dans la maison est un polar noir dans toute la noblesse du terme. On y retrouve immédiatement la patte de Simenon : des gens ordinaires qui cachent des abîmes, des coupables qui ont des visages d'innocents, des crimes qui ne naissent pas d'un vaste complot mais de la médiocrité humaine, de la lâcheté ou d'un mobile sordide. Chez Simenon, le mal ne porte jamais un masque démoniaque ; il se cache derrière le voisin d'en face.

Henri Decoin met parfaitement en valeur cette écriture en construisant une tension qui ne faiblit jamais. L'enquête progresse par petites touches, chaque personnage dévoile peu à peu une nouvelle facette de sa personnalité, et l'on ne découvre réellement le coupable que lors de la scène finale du procès. Un magnifique retournement de situation, parfaitement dans l'esprit de Simenon, qui oblige le spectateur à revoir tout ce qu'il croyait avoir compris.

Le film raconte l'histoire d'Hector Loursat, ancien avocat brillant devenu l'ombre de lui-même. Depuis le départ de son épouse, il s'est réfugié dans l'alcool, laissant sa fille Nicole grandir pratiquement sans lui, sous la protection de Fine, la fidèle domestique. Lorsqu'un repris de justice, Gros-Louis, est retrouvé assassiné dans le grenier de sa maison, l'enquête révèle que Nicole fréquente une bande de jeunes qui se réunissent clandestinement dans ces combles. Peu à peu, Loursat est contraint de sortir de sa torpeur pour défendre sa fille et surtout faire éclater une vérité bien plus complexe qu'il n'y paraît.

J'ai également beaucoup apprécié un détail lié à l'époque du tournage. L'un des personnages, interprété par Mouloudji, est appelé Amédée dans le film. Pourtant, son véritable nom est Ephraïm Luska. En 1942, en pleine Occupation, ce changement de prénom n'a évidemment rien d'anodin et rappelle le climat pesant dans lequel le film a été réalisé.

Ici, pas de Maigret. Simenon laisse de côté son célèbre commissaire pour nous offrir un autre personnage tout aussi fascinant : Loursat. Un avocat alcoolique... et le mot est faible ! Un immense avocat autrefois respecté, désormais détruit par ses échecs conjugaux et familiaux. Sa maison tombe en ruine comme sa vie, les bouteilles remplacent les dossiers, et tout semble annoncer une lente descente vers le néant. Pourtant, lorsque la vérité devient plus importante que son propre désespoir, il parvient à reprendre ses esprits, à mettre ses neurones au sec et à redevenir, l'espace d'un procès, le formidable avocat qu'il avait été.

Et c'est peut-être ce qui rend le film aussi fort. Il ne raconte pas seulement une enquête criminelle ; il montre aussi la renaissance d'un homme que tout le monde croyait définitivement perdu.

Il ne faut surtout pas chercher ici une histoire de complot. C'est justement tout le contraire. Une simple histoire de coupable dépassé par sa vie agitée. Simenon savait mieux que personne que les plus grands drames naissent souvent des plus petites faiblesses humaines.

Côté interprétation, Raimu livre une prestation absolument magistrale. Comme d'habitude, il occupe l'écran avec une évidence incroyable, alternant le désespoir, l'ivresse, l'ironie et la puissance lors des scènes du procès. À ses côtés, Mouloudji est remarquable de justesse, tandis que Noël Roquevert, Jean Tissier et Juliette Faber composent une galerie de personnages particulièrement crédibles. Les spectateurs les plus attentifs reconnaîtront également la voix de Pierre Fresnay en narrateur ainsi qu'une toute jeune Martine Carol dans un rôle de spectatrice.

Henri Decoin signe un polar d'une efficacité redoutable. Pas d'effets spectaculaires, pas de démonstration inutile, simplement une mise en scène élégante au service d'un scénario remarquablement construit. Pendant quatre-vingt-douze minutes, le suspense ne faiblit jamais et l'on se laisse entraîner dans cette affaire où chacun semble cacher une part de vérité.

Pour moi, L'Inconnu dans la maison est bien plus qu'un excellent polar : c'est l'une des plus belles adaptations de Simenon portées à l'écran. Une œuvre sombre, humaine, remarquablement écrite et interprétée, qui prouve une fois de plus que les meilleurs films policiers ne sont pas ceux où l'on cherche le coupable, mais ceux où l'on cherche à comprendre les hommes.

NOTE ; 14.10

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DISTRIBUTION

vendredi 20 février 2026

12.90 - LA FOLLE HISTOIRE DE ROXIE HART DE WILLIAM A.WELLMAN (1942)

 


 Vu le Film La Folle Histoire de Roxie Hart de William A.Wellman (1942) avec Ginger Rogers George Montgommery Adolphe Menjou Lynne Overman Nigel Bruce Sara Allgood Phil Silvers h2L7NE rEYNOLDS 

Dans un bar, un journaliste relate à son nouveau partenaire, un débutant, une affaire policière vieille de quinze ans qui l'a marquée : l'histoire de Roxie Hart. Flash back et retour dans le Chicago de 1927. Pendant son absence, un meurtre est commis dans l'appartement de Roxie, une danseuse de vaudeville, peu raffinée. Le coupable est en réalité son mari, lequel est rapidement arrêté par la police. 

Vu La Folle Histoire de Roxie Hart (1942) de William A. Wellman, j’ai enfin découvert le film d’origine qui donnera bien plus tard Chicago de Rob Marshall. La curiosité était trop forte, et je dois dire que le voyage en valait la peine. Décidément, mon William A. Wellman aura exploré tous les genres, et ici il s’essaie avec une belle audace à la comédie satirique teintée de musical. Il est tout de même à l’origine, avec A Star Is Born, de deux œuvres qui deviendront parmi les comédies musicales les plus jouées sur scène et au cinéma — ce n’est pas rien. 

L’histoire est déjà là dans toute sa modernité : Roxie Hart, petite ambitieuse fascinée par la célébrité, se retrouve mêlée à un meurtre et comprend très vite que son procès peut devenir un formidable tremplin médiatique. La justice devient spectacle, le tribunal une scène, la presse un chef d’orchestre. Le principe et la trame sont exactement ceux que l’on retrouvera plus tard dans Chicago : manipulation des médias, fabrication d’une star à partir d’un scandale, fascination du public pour le sensationnel. Seul le livret musical change réellement. Là où le film de Marshall assume pleinement la comédie musicale spectaculaire, ici on est plus proche du burlesque hérité du muet, avec une énergie excentrique, des numéros enjoués et des claquettes qui surgissent comme des clins d’œil au vaudeville. 

La mise en scène de Wellman est menée de main de maître. Il impose un rythme vif, nerveux, presque insolent. On sent l’influence du cinéma muet dans la précision des gestes, l’exagération savoureuse des attitudes, le tempo des situations comiques. Rien ne traîne, tout fuse. Wellman ne filme pas seulement une satire judiciaire, il orchestre un véritable ballet de l’absurde où chacun joue sa partition avec gourmandise. 

Le film repose évidemment sur les épaules de la formidable Ginger Rogers. On connaît ses talents de danseuse, mais ici elle révèle pleinement ses qualités de comédienne comique. Elle a le rythme, le sens du timing, la vivacité du regard. Elle peut passer de la fausse ingénuité à la manipulation assumée en une fraction de seconde. Elle a ce ressort comique, cette énergie qui me fait penser à Lucille Ball : une capacité à faire exister le burlesque tout en restant profondément humaine. Roxie n’est jamais une simple caricature, elle est à la fois naïve, opportuniste et lucide sur le pouvoir de son image. 

Autour d’elle, le casting soutient parfaitement la mécanique. Le journaliste prêt à exploiter l’affaire, l’avocat qui transforme le procès en numéro de scène, tout ce petit monde gravite autour de Roxie comme des satellites attirés par la lumière médiatique. Le scénario est acéré, drôle, mais aussi mordant dans sa critique de la presse et du goût du public pour le scandale. Déjà en 1942, Wellman pointe du doigt la fabrication artificielle des idoles. 

Alors oui, la comparaison avec Chicago vient naturellement. Les mentalités ont évolué, la forme musicale est plus flamboyante dans la version moderne, mais la colonne vertébrale est identique. Ce qui change, c’est le degré d’ironie et le style du spectacle. Ici, l’enjouement prime, la satire passe par le burlesque et la vivacité. 

En tout cas, je suis content d’avoir enfin vu ce film. C’est fascinant de découvrir la matrice d’une œuvre devenue culte, et de constater que Wellman, encore une fois, avait une longueur d’avance. Une comédie vive, intelligente, portée par une Ginger Rogers éblouissante, et un réalisateur qui prouve qu’il savait décidément tout faire. 

NOTE : 12.90

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Acteurs non crédités :