Pages

vendredi 13 février 2026

13.40 - LES SAVEURS DU PALAIS DE CHRISTIAN VINCENT (2012)


 Vu le Film Les Saveurs du palais de Christian Vincent (2012) avec Jean d’Ormesson Catherine Frot Hyppolyte Girardot Arthur Dupont Jean Marc Roulot Brice Fournier Joe Sheridan Philippe Uchan Laurent Poitrenaux 

Hortense Laborie est une cuisinière réputée qui vit dans le Périgord. À sa grande surprise, le président de la République la nomme responsable de ses repas personnels au palais de l'Élysée. Malgré les jalousies des chefs de la cuisine centrale, Hortense s'impose avec son caractère bien trempé. L’authenticité de sa cuisine séduit rapidement le président de la République mais, dans les coulisses du pouvoir, les obstacles sont nombreux. 

Les séquences à l'Élysée alternent avec celles en Antarctique, sur la base Alfred-Faure des îles Crozet, où Hortense dispense sa cuisine aux résidents de la base. 

Les Saveurs du Palais de Christian Vincent, c’est un film qui se regarde comme on s’assoit à une bonne table : avec curiosité, avec gourmandise… et parfois avec un petit regret de ne pas avoir eu un plat plus relevé. 

Les ingrédients principaux sont là : les goûts, les couleurs, les odeurs, les saveurs de cette bonne cuisine de nos villages. Cette petite touche qui fait qu’on se met à table avec plaisir et qu’on fait durer le plaisir au-delà du raisonnable. Le film est une ode aux produits simples, au terroir, au beurre qui chante dans la poêle et aux légumes qui ont encore le goût de la terre. 

L’histoire s’inspire de la trajectoire de Danièle Mazet-Delpeuch, ici devenue Hortense Laborie, cuisinière périgourdine appelée à l’Élysée pour devenir la responsable des repas privés du Président de la République. Une femme de caractère parachutée dans un monde codifié, hiérarchisé, feutré. Le contraste fait tout le sel du scénario. 

Car le plat principal, celui qui attire d’abord la curiosité, c’est la présence au générique de Jean d’Ormesson. Pensionnaire de l’Académie française franchissant pour l’occasion les portes de l’Élysée. Oui, je sais, il ne lui ressemble pas vraiment. Mais d’Ormesson s’en amuse, et il prend manifestement un plaisir gourmand à incarner ce Président inspiré de François Mitterrand. Remplaçant au pied levé l’immense Claude Rich, il apporte une légèreté aristocratique, un sourire en coin, une élégance un peu malicieuse. 

Mais l’importance n’est pas là. 

Elle est dans la découverte des petits plaisirs de la vie de la table par ce Président contraint à des repas stricts, surveillés, normés. Hortense arrive avec son bon sens, son accent, son exigence de produit vrai. Elle bouscule les codes, impose le goût contre la diététique politique. 

Catherine Frot est évidemment le cœur battant du film. Elle excelle dans ces rôles de femmes déterminées, droites, légèrement décalées. Son jeu est précis, nuancé, jamais caricatural. Elle fait exister chaque geste culinaire : couper, goûter, dresser devient presque chorégraphique. Elle ne joue pas la cuisine, elle la vit. 

À ses côtés, Arthur Dupont apporte une touche de fraîcheur  

Christian Vincent filme la cuisine avec sensualité mais sans excès. Pas de démonstration tape-à-l’œil. La mise en scène reste sobre, élégante, à l’image de ses personnages. Les plats sont filmés avec respect, presque comme des œuvres d’art modestes. 

Des odeurs semblent envahir notre palais à chaque cuillère. Alors que le Palais, lui, se laisse envahir par les saveurs de nos campagnes. Le jeu de mots est facile, mais le film s’y prête. 

Le scénario, en revanche, reste sage. Trop sage peut-être. On aurait aimé en apprendre davantage sur les coulisses politiques, sur les tensions, sur le pourquoi du comment. Le conflit reste feutré, presque poli. On reste en cuisine, on ne franchit jamais vraiment la porte des secrets. 

Et c’est peut-être là ma réserve. 

Globalement, le film ne m’emballe pas spécialement. Il est agréable, oui. Délicat, certainement. Mais il ne surprend pas. Il ne renverse pas la table. Il nous sert un bon repas traditionnel, bien exécuté, sans fausse note… mais sans plat signature inoubliable. 

On reste donc à table. On apprécie les acteurs. On savoure les petits plats préparés pour nous… pardon, pour le Président. 

À déguster modérément. Mais avec un bon verre. 

NOTE : 13.40

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

14.10 - MON AVIS SUR LE FILM BUFFALO BILL DE WILLIAM A.WELLMAN (1944)

 


 Vu le film Buffalo Bill de William A.Wellman (1944) avec  Joel McRea Maureen O’Hara Linda Darnell Thomas Mitchell Edgar Buchanan Moroni Olsen Anthony Quinn Frank Fenton Matt Briggs 

Après son mariage avec la fille d'un sénateur, Louisa Frederici, dans l'ouest des États-Unis, Buffalo Bill se voit forcé de combattre ses amis cheyennes dépossédés par la construction du chemin de fer et la destruction de leurs bisons. Après la mort de son ami cheyenne Yellow Hand qu'il affronta en duel contraint et forcé en duel (il venait d'avoir un bébé avec Louisa mais devait empêcher une deuxième défaite du 7ème de cavalerie après son écrasement au Little Big Horn) il se lance à la recherche de sa femme dans l'Est des États-Unis. Après l'avoir retrouvée il apprend la mort de leur fils de la diphtérie, maladie inconnue dans l'ouest. Il se révolte alors contre la civilisation blanche, malgré l'offre d'une médaille présidentielle et une réputation littéraire de héros des guerres indiennes, forgée par le journaliste Ned Buntline. 

Voilà un western comme on les aime, ample, romanesque, bigger than life, et signé par un cinéaste qui n’a jamais eu peur des grands espaces ni des grandes contradictions : Buffalo Bill de William A. Wellman. 

On connaît tous Buffalo Bill. L’icône. La chevelure blonde, la carabine, le Wild West Show. Mais soyons honnêtes : combien d’entre nous auraient su citer le réalisateur du film ? Eh bien voilà, c’est fait. C’est Wellman. Notre réalisateur multi-cartes. L’homme capable de filmer la guerre, les bas-fonds, l’aviation, le mélodrame… et l’Ouest avec la même énergie sèche et virile. 

Le film retrace la trajectoire de William F. Cody, figure mythique de la conquête de l’Ouest. Héros sur la fin de sa vie, figure célébrée et romancée, mais personnage infiniment plus contradictoire à ses débuts. Chasseur de bisons impitoyable – participant malgré lui à l’extermination qui affame les nations indiennes – puis défenseur des Cheyennes. Oui, Buffalo Bill est tout sauf un saint d’icône. 

Et c’est là que le film est fort : il assume cette dualité. 

Héros d’un temps brutal, il change d’avis quand il le faut. Il comprend. Il évolue. Ami des Cheyennes, il sera pourtant contraint de les combattre pour plaire au père de sa bien-aimée, sénateur ambitieux et incarnation d’une Amérique politique prête à tout sacrifier pour la respectabilité. La tension est là : entre conscience morale et ambition sociale. 

La mort de son ami Yellow Hand marque un basculement. Ce n’est plus seulement l’homme d’action, c’est l’homme face à sa responsabilité. À partir de là, il combat ceux qu’il servait. Les Blancs. Le système. Et devient une légende littéraire, un héros de papier que tout jeune de mon époque a lu, fasciné par ses aventures romancées. 

Véritable biopic ? Oui. Mais comme tout biopic, on écrit la légende au-delà de la vérité. Et alors ? Le cinéma n’est pas un acte notarié. C’est une épopée. Et Wellman l’a bien compris. 

Sa mise en scène est impressionnante. Large, ample, sans jamais être pesante. Les combats ont de grandes envolées, les charges sont puissantes, les paysages respirent. Il filme l’Ouest comme un territoire moral autant que géographique. Du cinéma du vrai. Du souffle. Du cadre. Du mouvement. 

Et puis il y a les acteurs. Joel McCrea est parfait. Calme, droit, charismatique sans cabotinage. Il incarne cette Amérique pionnière avec une noblesse naturelle. On croit à ses hésitations, à ses élans, à ses remords. Il ne surjoue jamais la légende, il la laisse venir à lui. 

Face à lui, Maureen O’Hara, splendide Louisa. Force, beauté, tempérament. Elle ne se contente pas d’être “la femme de”. Elle existe. Elle impose sa présence. Son regard, sa dignité, son feu intérieur. 

Linda Darnell apporte une touche de sensualité et de complexité supplémentaire, incarnant une autre facette du destin sentimental de Cody. 

Et puis Anthony Quinn. Yellow Hand. Déjà une légende en devenir. Présence magnétique. Fierté, gravité. Il donne à son personnage une humanité qui dépasse le simple rôle secondaire. Sa mort n’est pas qu’un ressort dramatique : c’est une blessure. 

Le scénario épouse cette trajectoire sans la simplifier outrageusement. Il y a du romanesque, oui. De l’héroïsation, évidemment. Mais aussi une volonté de montrer les contradictions d’un homme pris dans la marche brutale de l’Histoire. 

Wellman ne juge pas. Il montre. Il cadre. Il fait respirer l’action. 

Buffalo Bill, c’est le mythe américain dans toute sa splendeur et toutes ses ambiguïtés. Une Amérique qui se construit dans la poudre, le sang et le spectacle. Et qui finit par transformer ses propres acteurs en figures de légende. 

On écrit la légende ? Oui. Mais quand elle est filmée comme ça, avec cette ampleur, ce respect des personnages et cette énergie, on se laisse emporter. 

Un grand western classique. Un vrai. Pas une relecture ironique. Pas une déconstruction. Une épopée assumée. 

Et signé William A. Wellman. Rien que pour ça, ça mérite d’être rappelé. 

NOTE : 14.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION