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jeudi 16 avril 2026

12.80 - MON AVIS SUR LE COURT METRAFGE LA PETITE MORT DE FRANCOIS OZON (1993)


 Vu le Court-Métrage La Petite Mort de François Ozon (1993) avec François Delaive Camille Japy Michel Beaujard Jacques Martial 

Paul, qui est photographe, a rompu tout lien avec sa famille. Il vit avec Martial, qui est à la fois son modèle et son compagnon. L'hospitalisation de son père précipite les retrouvailles organisées par sa sœur Camille. Malheureusement, le père ne reconnaît pas son fils 

(Un défi qui donne l’occasion de voir un des premiers courts de François Ozon et cela ne se loupe pas) 

Avant de passer au long métrage, Ozon s’est forgé une identité à travers une série de courts qui intriguent autant qu’ils dérangent parfois. Il tourne vite, beaucoup, mais surtout avec une précision qui montre déjà une vraie maîtrise de son art. Rien n’est laissé au hasard. 

Avec La Petite Mort, il s’attaque à un sujet délicat, presque inconfortable, qu’un autre réalisateur aurait pu rendre lourd ou provocateur. Mais chez Ozon, cela passe. Parce qu’il dose. Parce qu’il suggère plus qu’il ne montre. 

Le film repose beaucoup sur son traitement visuel. 
Le bleu domine dans les scènes liées à la froideur du personnage de Paul — ses échanges avec Martial, et surtout cette relation suspendue avec un père qu’il retrouve à l’hôpital dans ses dernières heures. Une distance émotionnelle presque clinique. 

À l’inverse, le rouge envahit les moments d’excitation, de pulsion, lorsque Paul se livre à ses plaisirs. Une opposition simple, mais terriblement efficace. 

Paul, incarné par François Delaive, est un personnage en apparence timide, presque effacé. Mais derrière cette façade se cache une obsession : photographier ses amants, capturer cet instant fragile et troublant qui suit l’orgasme. 
Une idée qui fait écho à la célèbre formule de Ambroise Paré, évoquant cette sensation post-orgasmique proche de la mort. 

Ozon, fidèle à lui-même, ose… mais reste ici étonnamment sobre. Il montre peu, suggère beaucoup, laissant le malaise s’installer sans jamais tomber dans la démonstration. 

On retrouve également Camille Japy dans le rôle de la mère, apportant une présence discrète mais essentielle à l’équilibre du récit. 

Quant à François Delaive, son visage n’est pas totalement inconnu : on a pu l’apercevoir dans The Walking Dead: Daryl Dixon ou encore The New Look, preuve d’un parcours qui dépasse largement ce court métrage. 

La Petite Mort est un film court, mais déjà très révélateur du cinéma d’Ozon : 
un mélange de maîtrise technique, d’audace narrative et de retenue dans la provocation. 

Un exercice de style… qui annonce déjà un cinéaste sûr de lui.

NOTE : 12.80

DISTRIBUTION


  • François Delaive : Paul
  • Camille Japy : Camille
  • Martial Jacques : Martial
  • Michel Beaujard : le père

mercredi 15 avril 2026

9.90 - MON AVIS SUR LE FILM KNOX DE MICHAEL KEATON (2023)

 


Vu le Film Knox de Michael Keaton (2023) avec Michael Keaton Michael Madsen Al Pacino Suzy Nakamura Joanna Kulig Ray McKinnon Lela Loren Marcia Gay Harden 

John Knox est un tueur à gages expérimenté travaillant pour le compte d'un certain Jericho. Cependant, il voit ses capacités peu à peu diminuer. Il passe alors des examens médicaux. Le docteur lui diagnostique une forme de démence à évolution rapide : la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Le docteur Burns le prévient qu'il ne lui reste que quelques semaines et lui conseille de se rapprocher de sa famille. 

On n’est jamais si bien servi que par soi-même. Et Keaton l’a bien compris. Quinze ans après The Merry Gentleman, il repasse derrière la caméra… mais surtout devant. Et pas pour faire de la figuration. Non. Il s’offre un rôle à contre-emploi : un tueur à gages. Lui, l’ancien sauveur de Gotham dans Batman, qui troque la cape pour une conscience qui s’effriteForcément, il y a un petit goût de revanche -dedans, ou au moins une frustration assumée de ne pas avoir assez joué dans ce registre. 

John « Aristotle » Knox, c’est un professionnel. Méthodique, froid, précis. Mais voilà, le corps lâche. Le cerveau surtout. Diagnostic brutal : la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Et pour un homme dont le métier repose sur la mémoire, les détails, la rigueur… c’est comme demander à un pianiste d’oublier ses notes. 

Alors Knox s’organise. Il met de l’ordre dans sa vie, comme on nettoie une scène de crime. Il s’appuie sur Xavier Crane, escroc élégant joué par Al Pacino. Mentor, amipeut-être un peu les deux. Et puis cette idée qui surgit : un dernier contrat. Mais pas un contrat comme les autres. Un contrat personnel. Trop personnel. Celui qui ne laisse pas de place au retour en arrière. 

Le film avance alors comme une mécanique connue. Très connue. Un thriller classique, presque scolaire par moments. On pense à des figures comme Mr. Wolf dans Pulp Fiction, ce genre de personnages qui règlent les problèmes avec efficacité et détachement. Sauf qu’ici, la machine grippe. La mémoire flanche. Et c’est là que le film trouve son petit supplément d’âme. 

La mise en scène de Keaton est sobre. Trop peut-êtreIl ne cherche jamais à en faire trop, mais du coup, il ne marque pas vraiment non plusC’est propre, appliqué, mais sans éclat. On sent un réalisateur qui contrôlemais qui n’ose pas déborder. Pas de vraie prise de risque visuelle, pas de tension qui exploseÇa reste contenupresque trop sage pour un sujet aussi brutal. 

 
Keaton suit une ligne droite, avec ses étapes attendues. La maladie comme compte à rebours, le dernier acte comme rédemption, et cette sensation permanente d’avoir déjà vu ça ailleurs. Mais il tient grâce à son idée centrale : la perte de mémoire comme ennemi intérieur. Et ça, ça fonctionne. 

Mais soyons honnêtes : le cœur du film, ce sont les acteurs. Keaton est fatiguéusépresque déjà ailleurs. Et c’est exactement ce qu’il faut. Il joue sur la retenue, sur les silences, sur les trous. Il ne surjoue jamais la maladie, il la laisse s’installer doucementcomme une ombre. 

Face à lui, Pacino… c’est Pacino. Moins flamboyant qu’avant, plus posépresque crépusculaire. On sent la légendemais aussi le poids des années. Et quelque part, ça colle parfaitement au film. Deux icônes, un peu loin de leur gloire d’antan, qui se retrouvent dans une histoire de fin de parcours. Presque un miroir. 

Et puis il y a ce final. Celui qui relève le tout. Celui qui donne du sens à ce voyage un peu trop balisé. Sans lui, le film serait resté un thriller efficace mais anecdotique. Avec lui, il gagne une dimension plus humaine, plus amère. 

Knox Goes Away est un thriller efficaceoui. Mais qui manque de jus. De folie. De cette étincelle qui fait passer d’un bon film à quelque chose de mémorable. 

Reste un Keaton solideun Pacino fidèle, et cette idée simple : 
quand la mémoire s’efface, il ne reste plus que les choix. Et parfois, un dernier. 

NOTE : 9.90

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Michael Keaton
  • Scénario : Gregory Poirier
  • Musique : Alex Heffes
  • Directeur artistique : Glen Hall
  • Décors : William Arnold
  • Costumes : Debra Hanson
  • Photographie : Marshall Adams
  • Montage : Jessica Hernández
  • Production : Nick Gordon, Trevor Matthews, Michael Sugar et Ashley Zalta
  • Sociétés de production : Brookstreet Pictures et Sugar 23
  • Sociétés de distribution : Elevation Pictures (Canada), Saban Films (États-Unis)


DISTRIBUTION