Vu le Film Iphigénie de Michel Cacoyanis (1977) avec Tatiána Papamóschou Irène Papas Kóstas Kazákos Kosta Karras Christos Tsagas Panos Mihalopoulos Dimitri Aronis
Dire que la tragédie grecque n’est pas mon monde, c’est un euphémisme, mais depuis la sortie de L’Odyssée de Christopher Nolan, on commence à s’intéresser à cette période finalement peu apprise à l’école, et ce n’est peut-être pas plus mal, car derrière tous ces noms qui semblaient réservés aux cours de grec ancien, il y a quand même de sacrées histoires. On y retrouve d’ailleurs deux personnages importants chez Homère, Achille et Ulysse, même si ici ils ne sont pas encore dans leurs grandes aventures.
Iphigénie de Michel Cacoyannis est le dernier volet de sa trilogie consacrée à la tragédie grecque, après Électre et Les Troyennes, et s’inspire d’Iphigénie à Aulis d’Euripide. Ici, les Dieux de l’Olympe exigent le sacrifice d’Iphigénie, fille d’Agamemnon et de Clytemnestre, afin que les vents permettent enfin à la flotte grecque de partir vers Troie. Rien que ça, et nous qui nous plaignons parfois des problèmes de circulation !
Iphigénie, interprétée par Tatiana Papamóschou, arrive pourtant dans cette histoire comme une jeune fille qui ne se doute absolument pas du destin qui l’attend. Son père Agamemnon, chef de l’armée grecque, est pris entre son rôle de père et celui de commandant, tandis que Ménélas, son frère, n’est pas franchement là pour arranger les choses. Il faut dire que toute cette guerre de Troie est quand même partie d’une histoire de femme, Hélène, et qu’il faut maintenant sacrifier une autre femme pour pouvoir aller la récupérer : chez les Grecs anciens, les femmes ne sont décidément pas très bien loties.
Et si vous voulez voir Iphigénie, notamment dans sa relation avec sa mère Clytemnestre, vous allez surtout comprendre que le véritable drame est là. Irène Papas est formidable dans ce rôle de mère qui découvre progressivement que sa fille doit être sacrifiée et qui refuse évidemment d’accepter cette décision. Face à elle, Tatiana Papamóschou est remarquable, passant de l’insouciance à la compréhension de ce qui l’attend, avec cette innocence qui rend son destin encore plus terrible.
Mais le plus important pour Cacoyannis reste aussi les hommes, Agamemnon et Ménélas, ces deux frères qui parlent de guerre, de pouvoir, de devoir et de gloire pendant que le sacrifice d’une jeune fille devient une nécessité militaire. Comme dans la Grèce antique, les femmes ne sont finalement que des vases pour faire beau, même lorsqu’elles sont au centre de toute l’histoire. Et j’avais déjà eu cette impression dans le film de Nolan, où les hommes occupent encore largement le devant de la scène.
C’est pourtant Clytemnestre qui apporte toute la dimension humaine au film, car derrière les Dieux, les héros et les grandes destinées, il y a simplement une mère qui comprend qu’on veut lui prendre sa fille. Cacoyannis ne cherche pas à faire de cette tragédie un spectacle artificiel, il filme les visages, les corps, les regards et cette tension qui s’installe progressivement jusqu’à rendre presque étouffante cette attente du sacrifice.
Les décors sont magnifiques, les costumes également, et le travail sur le son participe énormément à l’atmosphère du film, tout comme les scènes de bataille qui donnent une véritable ampleur à cette histoire sans jamais faire oublier que derrière les armées et les navires se trouve une famille complètement déchirée.
Achille est lui aussi présent dans cette histoire, puisqu’il se retrouve mêlé malgré lui au destin d’Iphigénie, tandis qu’Ulysse participe aux décisions qui doivent permettre à l’expédition grecque de se mettre enfin en route. Mais là encore, ce ne sont pas forcément les héros que l’on retient le plus, car le véritable affrontement se joue entre Agamemnon, Clytemnestre et Iphigénie.
C’est très tragique à suivre sans des fiches, parce qu’il faut parfois s’y retrouver entre les noms, les liens de parenté, les Dieux, les histoires précédentes et cette guerre qui n’a même pas encore commencé. Mais une fois que l’on accepte de se laisser embarquer, on découvre et on apprécie, parce que Cacoyannis réussit à rendre cette vieille tragédie d’Euripide étonnamment vivante.
Et puis il y a Irène Papas, qui n’a franchement pas besoin de beaucoup de choses pour imposer sa présence, avec ce visage et ce regard capables de faire comprendre toute la douleur d’une mère sans avoir besoin de nous réciter trois pages de dialogue.
Moi qui ne suis vraiment pas un spécialiste de la tragédie grecque, j’ai donc fini par me laisser prendre par cette histoire de sacrifice, de guerre, de pouvoir et de famille. Cacoyannis ne cherche pas à faire oublier que nous sommes dans la Grèce antique, il assume au contraire pleinement cette époque, ses croyances et ses codes, mais il parvient surtout à nous faire comprendre les personnages.
Iphigénie est donc un film puissant, magnifique dans ses décors et ses costumes, porté par une distribution remarquable et surtout par ce duo entre Iphigénie et sa mère qui donne au récit toute sa dimension émotionnelle. Une tragédie grecque qui n’est toujours pas vraiment mon monde, mais quand elle est racontée avec autant de force, je veux bien faire
NOTE : 12.00
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Michael Cacoyannis
- Scénario : Michael Cacoyannis d'après Euripide
- Sociétés de production : Centre du cinéma grec, Finos Film
- Budget : 25 millions de drachmes[]
- Directeur de la photographie : Giorgos Arvanitis
- Montage : Takis Yannopoulos et Michael Cacoyannis
- Direction artistique : Dionyssis Fotopoulos
- Costumes : Dionyssis Fotopoulos
- Son : Mimis Kassimatis
- Musique : Mikis Theodorakis
- Pays d'origine :
Grèce
DISTRIBUTION


