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mercredi 22 avril 2026

17.20 - MON AVIS SUR LE FILM NETWORK MAIN BASSE SUR LA VILLE DE SIDNEY LUMET (1976)


 Vu le Film Network Main Basse sur la Télévision de Sidney Lumet (1976) avec Faye Dunaway Peter Finch William Holden Robert DuvalL Ned Beatty Wesley Addy Jordan Chaney Darryl Hickman Michael Parker Lance Henriksen 

Le réseau UBS est racheté par le conglomérat CCA. Franck Hackett décide alors de renvoyer Howard Beale, présentateur du journal télévisé depuis 20 ans et en perte d'audimat, malgré les protestations de Max Schumacher, rédacteur en chef. Lors de ses dernières émissions, Beale devient de plus en plus offensant, menaçant de se suicider et jurant en direct à la télévision. Flairant le bon coup médiatique, Diana Christensen, directrice des programmes, donne carte blanche à Beale. Lorsque Beale hurle à des millions de téléspectateurs de se rebeller contre le système, 

Impossible de parler de télévision sans passer par Network, tant ce film a disséqué avant tout le monde les dérives d’un média devenu ogre. Sidney Lumet, qu’on associe souvent au judiciaire avec 12 Hommes en colère, signe ici peut-être son œuvre la plus visionnaire, la plus acide, la plus terriblement lucide. 

On plonge dans les méandres d’une chaîne de télévision américaine où le fond n’a plus aucune importance : seul compte l’audimat, rien que l’audimat. Rachetée par un conglomérat, la chaîne devient une machine froide, industrielle, où l’humain est une variable d’ajustement. La patronne, Diana Christensen, incarnée par une Faye Dunaway glaçante, décide de virer sans tambour ni trompette le journaliste vedette Howard Beale, joué par un Peter Finch littéralement en fusion. Même le soutien de son supérieur, le désabusé William Holden, n’y changera rien. 

Et là, tout bascule. 

Beale, acculé, humilié, annonce en direct qu’il va se suicider à l’antenne. Coup de folie ? Non. Coup de génie… pour ces vampires de l’audience. Car Diana Christensen, elle, voit immédiatement le potentiel. Plus c’est malsain, plus ça fait de l’audience. Plus ça fait de l’audience, plus c’est bon. Cynisme absolu, télévision cannibale qui dévore ses propres créatures. 

Ce qui devait être un drame devient un spectacle. 

Et quel spectacle. 

Paddy Chayefsky livre un scénario d’une précision chirurgicale, où chaque dialogue claque comme une sentence. La fameuse tirade “I’m as mad as hell…” n’est pas qu’un moment de cinéma, c’est un cri, un manifeste, une prophétie. Lumet filme ça sans fioritures, avec une mise en scène sèche, quasi documentaire, qui renforce encore le malaise. Aucun effet inutile, tout est au service du propos. 

Et les acteurs… quelle claque. 

Peter Finch est monumental. Il explose littéralement à l’écran, oscillant entre lucidité et folie, martyr moderne sacrifié sur l’autel de l’audimat. Impossible de détourner le regard. Son Oscar posthume n’est pas une récompense, c’est une évidence. 

Faye Dunaway livre probablement le rôle le plus antipathique de sa carrière. Une femme sans affect, sans morale, sans limite. Elle ne voit pas des humains, elle voit des parts de marché. Terrifiante de froideur. 

William Holden apporte une humanité désespérée, celle d’un homme qui comprend que tout lui échappe. Et autour, des seconds rôles impeccables comme Robert Duvall viennent compléter cette mécanique infernale. 

Ce film m’avait marqué à la première vision. À l’époque, vu d’ici, de l’autre côté de l’Atlantique, on pouvait se dire : intéressant, mais fiction. Une satire, poussée, exagérée. 

Erreur. 

Avec le temps, la télé poubelle est arrivée. Puis les chaînes d’info en continu. Et aujourd’hui ? Le buzz permanent, la conflictualisation de tout, les fake news sur fake news. Ce que montrait Network n’était pas une dérive… c’était un mode d’emploi. 

On rit jaune. On frissonne surtout. 

Parce que le film va loin, très loin, presque à l’extrême (on pense à Live!), mais la vraie question reste : est-ce qu’on n’y est pas déjà ? 

C’est ça qui fait peur. 

Network est une machine de guerre, une mécanique implacable, d’une noirceur totale. Aucun retour en arrière possible, le destin est scellé. Une tragédie moderne où l’audience remplace Dieu. 

4 Oscars, 4 Golden Globes, des BAFTA… mais au-delà des récompenses, c’est un film qui a infiltré la mémoire collective. Et comment ne pas évoquer cette ironie tragique : Peter Finch, récompensé à titre posthume, disparu quelques jours avant de recevoir son Oscar. Comme si le film avait dévoré son propre prophète. 

Un chef-d’œuvre. Le plus grand film sur la télévision, sans discussion. Et quand Sidney Lumet est aux commandes, on parle d’orfèvrerie, pas de cinéma ordinaire. 

Aujourd’hui encore, ce n’est pas un film qu’on regarde. 

C’est un miroir.

NOTE : 17.20

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

Acteurs non crédités


9.40 - MON AVIS SUR LE FILM THE HUMBLING DE BARRY LEVINSON (2014)


 Vu le Film The Humbling de Barry Levinson (2014)T avec Al Pacino Greta Gerwig Diane Wiest Charles Grondin Dan Hedaya Nina Arianda 

Célèbre comédien de théâtre, Simon Axler a perdu sa joie de vivre et sa passion pour la comédie. Cependant, tout change lorsqu'il rencontre Pegeen, une jeune et provocante admiratrice avec laquelle il entame une liaison fougueuse. Alors que leur relation commence à s'intensifier, Simon a de plus en plus de mal à suivre le rythme effréné de la jeune femme qui épuise sa santé, ainsi que ses finances. 

Il y a des films qui ressemblent à un chant du cygne, et d’autres à une répétition qui n’en finit plus. The Humbling, signé Barry Levinson, se situe quelque part entre les deux, et ce n’est pas forcément un compliment. Hollywood adore recycler ses mythes, leur offrir une dernière danse sous les projecteurs, et après Birdman de Alejandro González Iñárritu qui redonnait une seconde jeunesse à Michael Keaton, voilà Al Pacino en vieux lion fatigué, errant sur scène comme dans sa propre légende. 

L’histoire est simple, presque trop. Simon Axler, immense acteur de théâtre, perd soudainement son talent. Plus rien ne vient, plus rien ne tient. Sur scène, c’est le vide, le trou noir, l’effondrement. Lui qui dominait William Shakespeare se retrouve à lutter avec lui-même, avec sa mémoire, avec son corps qui ne suit plus. Interné, brisé, il tente de revenir à la vie grâce à une relation improbable avec Pegeen Stapleford, incarnée par Greta Gerwig, jeune femme instable, fille d’amis, qui devient autant une béquille qu’un miroir cruel de sa déchéance. 

Sur le papier, il y a de quoi faire un grand film. Une réflexion sur le vieillissement, la perte de soi, le théâtre comme dernière illusion. Mais voilà, Levinson n’est pas Iñárritu, et ça se voit. Là où Birdman virevoltait, ici tout est lourd, presque englué. La mise en scène manque d’élan, de folie, de ce petit grain de démence qui aurait pu rendre la chute d’Axler vertigineuse. On reste à distance, comme si le film lui-même n’osait pas plonger dans la tête de son personnage. 

Et pourtant, Pacino est là. Toujours là. Cabotin, oui, clairement, mais c’est presque le sujet. Il joue un acteur qui ne sait plus jouer, alors il surjoue, il grimace, il force, il trébuche. Par moments, c’est bouleversant, parce qu’on ne sait plus si c’est Axler qui s’écroule ou Pacino qui fatigue. À 70 ans passés, il porte le film sur ses épaules usées, et ça craque de partout. Mais même fatigué, même à bout de souffle, il reste ce monstre sacré capable d’un regard, d’un silence, d’un frisson. 

Face à lui, Greta Gerwig apporte une énergie étrange, presque décalée. Elle n’est pas là pour sauver le héros, au contraire, elle accentue son déséquilibre. Leur relation est bancale, parfois dérangeante, souvent improbable, mais elle donne au film ses rares moments de vie. On pense à Frances Ha, mais ici la légèreté a disparu, remplacée par une mélancolie un peu appuyée. 

Entre drame existentiel et satire du milieu artistique, il ne choisit jamais vraiment son camp. Du coup, il flotte. Certaines idées sont bonnes, notamment cette frontière floue entre l’homme et le comédien, entre la scène et la réalité, mais elles restent à l’état d’ébauche. On aurait voulu que ça morde, que ça griffe, que ça fasse mal. Au lieu de ça, le film s’installe dans une forme de confort un peu mièvre. 

Et c’est là le problème. The Humbling aurait dû être cruel, acide, presque impitoyable. Il se contente d’être triste. Levinson regarde son acteur comme on regarde une vieille photo : avec tendresse, mais sans lucidité tranchante. Résultat, le film manque de nerf, de rythme, de nécessité. 

Reste cette sensation étrange : voir une légende se débattre avec le temps. Pacino malmène son image, se montre vulnérable, presque pathétique, et c’est sans doute ce qu’il y a de plus intéressant. Là où Keaton cherchait à renaître, Pacino semble accepter la chute. Et quelque part, c’est plus honnête, mais aussi plus douloureux. 

Alors oui, film mineur, clairement. Un Levinson en roue libre, un scénario qui tourne en rond, une mise en scène trop sage. Mais au milieu de tout ça, il y a Pacino. Fatigué, cabotin, usé… et malgré tout, encore immense. On espère juste qu’il lui reste quelques grandes scènes à jouer, parce que celle-ci ressemble plus à une répétition qu’à un final. 

NOTE : 9.40

FICHE TECHNIQUE


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