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vendredi 6 février 2026

17.20 - MON AVIS SUR LE FILM MARATHON MAN DE JOHN SCHLESINGER (1976)


 Vu le Film Marathon Man de John Schlesinger (1976) avec Dustin Hoffman Laurence Olivier Roy Scheider Jacques Marin Willam Devane Marthe Keller Richard Bright Marc Lawrence Fritz Weaver 

Thomas Babington « Babe » Levy, étudiant en histoire et coureur de marathon, cherche à réhabiliter la mémoire de son père, qui s'est suicidé pendant le MacCarthysme. Un accident de voiture mortel coûte la vie à Klaus Szell, frère du criminel de guerre nazi Christian Szell. Henry (« Doc »). Le frère de Babe, que ce dernier croit cadre dans une compagnie pétrolière, est en réalité un agent du gouvernement travaillant pour une agence secrète dirigée par Peter Janeway. Doc est un coursier chargé du transport de diamants appartenant à Szell et conservés dans un coffre-fort à New York. Lors d'un déjeuner avec Babe et sa petite amie suisse, Elsa Opel, Doc amène Elsa à révéler qu'elle est en réalité allemande et qu'elle a menti sur ses origines. 

Avis sur Marathon Man de John Schlesinger. Il court, il court notre Thomas Levy, incarné par un Dustin Hoffman habité, nerveux, presque fiévreux, qui court d’abord pour le plaisir, pour l’illusion d’un marathon new-yorkais qui donnerait un sens à sa vie, puis qui court pour comprendre, après le meurtre brutal de son frère Doc, joué par un Roy Scheider parfait en homme trouble, ambigu jusqu’au bout, enfin il court pour survivre, traqué par les hommes de Szell, ce Szell glaçant interprété par Laurence Olivier, immense acteur de cinéma et de théâtre, qui distille la terreur avec une économie de gestes et une froideur clinique. 

 Pendant deux heures, Schlesinger installe une tension continue, presque suffocante, et signe l’un des plus grands thrillers politiques des années 70, un film qui fête aujourd’hui ses 50 ans et qui n’a pas pris une ride, tant sa noirceur et son pessimisme restent d’une actualité troublante.  

Ici, la vérité n’est jamais bonne à connaître, surtout pour ce pauvre Thomas Levy, constamment embarqué dans des affaires qui le dépassent, dans un monde où personne ne défend réellement une cause, mais seulement des intérêts, de l’argent ou sa propre survie. Tous sont achetés, compromis, manipulés, sauf Szell, ancien nazi — pourquoi ancien d’ailleurs ? — qui continue d’incarner le mal à l’état pur, provocateur jusqu’à l’indécence, venant vendre à New York les diamants arrachés aux Juifs qu’il a fait torturer et massacrer, dans un quartier où les diamantaires pullulent à chaque coin de rue. Des années ont passé, les visages ont changé, les costumes aussi, mais la mémoire visuelle de ses victimes reste là, incrustée dans son regard et dans celui de ceux qui le reconnaissent.  

La scène de la torture dentaire infligée à Thomas Levy est un choc absolu, une des plus traumatisantes de l’histoire du cinéma : chaque geste est sec, précis, brutal, et le spectateur reçoit la douleur comme un coup dans la mâchoire, avec ces frissons qui remontent le long de la colonne vertébrale. Schlesinger démontre ici tout son génie de metteur en scène, jouant avec les silences, les regards, la paranoïa, utilisant New York comme un piège urbain oppressant et Paris comme décor feutré et trompeur autour de la vente des diamants.  

La mise en scène est tendue, élégante, implacable, le scénario avance sans jamais relâcher la pression, et la direction d’acteurs est exemplaire. Dustin Hoffman court, encore et encore, dans l’un de ses plus grands rôles, vulnérable, humain, dépassé, tandis que Laurence Olivier, terrifiant de retenue, offre une leçon de jeu et d’effroi pur.  

Et il ne faut pas oublier Marthe Keller, magnifique et troublante, parfaite figure d’ambiguïté amoureuse et politique, ainsi que le frenchie Jacques Marin, silhouette discrète mais savoureuse, qui apporte cette touche européenne si typique du cinéma paranoïaque des années 70. 

Marathon Man, c’est du thriller sec, tendu, sans graisse, un film qui serre la gorge et ne la lâche plus, un sommet du cinéma des années 70, et un rappel brutal que certaines vérités, une fois découvertes, ne vous laissent aucune chance de revenir en arrière. 

 NOTE ; 17.20

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION



14.90 - MON AVIS SUR LE FILM L'ENNEMI PUBLIC DE WILLIAM A.WELLMAN (1931)


 Vu l’Ennemi Public de William A.Wellman (1931) avec James Cagney Jean Harlow Edward Woods Donald Cook Leslie Fenton Beryl Mercer Mae Clarke Robert Homans Sam McDaniel 

Tommy et Matt sont deux amis d'enfance inséparables. Tommy se livre a de petits larcins au lieu d'aller à l'école alors que Mike, son frère aîné prends une voie de bon garçon, il éveille ainsi la jalousie de Tommy qui croît que sa mère le préfère à lui. Jeune homme, toujours avec Matt, ils prennent du grade dans la pègre, entraînés par des gangsters chevronnés. Mike n'arrive pas à remettre son frère dans la bonne voie. Quelques années plus tard, à Chicago, durant la Prohibition, ils mènent la belle vie, mais Matt est tué par un gang rival. Tommy veut se venger, il exécute ses ennemis mais est blessé, il est emmené à l'hôpital. Sa mère et son frère viennent le voir pour se réconcilier. Malheureusement, le gang qui l'a blessé le retrouve et l'exécute. 

Avis sur L’Ennemi Public de William A. Wellman. Ce n’est pas la taille qui compte, et James Cagney en est la preuve éclatante : sa petite stature, loin de le freiner, a fait de lui une bombe à retardement à l’écran, une boule de nerfs, de violence et d’énergie brute, et c’est bien ce film qui a fait de lui la star qu’il méritait d’être. 


L’Ennemi Public est un film pré-code, donc réalisé avant que le code Hays ne vienne brider, surveiller et moraliser toute l’industrie hollywoodienne, et ça se sent à chaque plan, à chaque réplique, à chaque coup porté. Wellman transforme l’ascension et la chute de Tom Powers en un uppercut cinématographique, un film de gangsters sec, brutal, sans fioritures, où la mâchoire serrée de Cagney devient une arme à part entière, symbole d’un truand impulsif, violent, incapable de contrôler ses pulsions. Le scénario épouse le parcours classique du gangster — la rue, l’argent facile, la montée en puissance, l’illusion de l’invincibilité — mais Wellman refuse toute glorification facile : ici, le crime mène droit au mur, et les fameux cartons d’avertissement au début et à la fin du film viennent rappeler au spectateur que cette histoire est un exemple à ne pas suivre, une mise en garde morale imposée, certes, mais paradoxalement renforcée par la noirceur du récit. La mise en scène est nerveuse, tendue, d’une efficacité redoutable, chaque scène avançant comme une balle tirée sans sommation, et Wellman prouve qu’il est à l’aise dans tous les genres, capable de faire du cinéma d’action pur tout en dessinant un portrait social glaçant de l’Amérique de la Prohibition.

 James Cagney est tout simplement saisissant, animal, imprévisible, passant de la séduction au sadisme en un regard, et sa relation avec sa mère, glaciale et aveugle, ajoute une dimension tragique à son personnage. Face à lui, Jean Harlow apporte son glamour incendiaire, sa sensualité insolente, contrepoint parfait à cette violence masculine brute, incarnant déjà cette modernité féminine qui dérange et fascine. Le film va vite, frappe fort, ne s’excuse jamais, et quand arrive le carton final, glaçant, qui referme le destin de Tom Powers comme un cercueil claqué à la figure du public, Wellman signe une fin d’une audace folle pour l’époque. Martin Scorsese considère L’Ennemi Public comme un chef-d’œuvre, et on comprend pourquoi : tout le cinéma de gangsters moderne est déjà là, dans cette rage, cette frontalité, cette manière de filmer la violence sans la romantiser. Du grand cinéma, virulent, tendu, sans graisse, porté par un Cagney incandescent, et preuve éclatante que William A. Wellman était l’un des plus grands réalisateurs du cinéma américain classique. 

NOTE : 14.90

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

Acteurs non crédités


7.10 - MON AVIS SUR LE FILM LA FEMME DE MENAGE DE PAUL FEIG (2025)

 


Vu le Film La Femme de Ménage de Paul Feig (2025) avec Sydney Sweeney Amanda Seyfried Brandon Sklenar Michele Morrone Elizabeth Perkins Indiana Elle Mark Grossman 

Pendant sa période de liberté conditionnelle, Millie Calloway devient la domestique de la riche famille Winchester à Great Neck, Long Island. Sa chambre, située dans les combles, est dotée d'une fenêtre condamnée et d'une porte verrouillable de l'extérieur. Nina, la mère et épouse de la famille, présente des signes de graves troubles mentaux et place régulièrement Millie dans des situations inextricables. Millie apprend par des voisins que, des années auparavant, Nina a tenté de noyer sa fille Cecelia et a également tenté de se suicider par overdose. 

Avis sur La Femme de Ménage de Paul Feig. À la réalisation, aucune surprise : on retrouve le metteur en scène de L’Ombre d’Emily ou de Last Christmas, du même tonneau, ce cinéma lisse, emballé, faussement élégant, qui se regarde fonctionner sans jamais vraiment vivre. 

 Film vu entre mecs avec un pote, idéalement dans une salle remplie exclusivement de femmes de tous âges, clairement en appétit à chaque apparition du fessier d’Andrew Winchester, incarné par Brandon Sklenar, corps parfait avant d’être personnage, pendant que Millie et Nina sont encouragées dans leurs perversités feutrées. Nous, les hommes, on se regarde en silence en se demandant très sérieusement dans quelle galère on s’est fourrés. 

 Le roman de Freida McFadden, énorme succès en librairie, faisait du pied et des mains pour être adapté au cinéma, et l’opération est réussie uniquement sur le plan industriel : le film cartonne à travers le monde, non pas grâce à sa qualité mais grâce à la notoriété du matériau de départ.  

Car artistiquement, c’est le vide absolu, aussi creux que le cerveau d’une star de télé-réalité. La mise en scène est réalisée à la truelle, sans idée, sans regard, sans tension, et surtout très mal jouée. On me dira que les spectatrices ne sont pas venues voir du Shakespeare, mais quand même : un minimum de crédibilité et de direction d’acteurs n’aurait pas fait de mal.  

Le scénario aligne coucheries, meurtres et manipulations, tente d’imiter une quantité impressionnante de thrillers domestiques sans jamais en comprendre l’essence, et le résultat est brouillon, confus, sans identité propre.  

Et que c’est long… Deux heures treize qui paraissent interminables, chaque scène semblant étirer artificiellement un suspense qui n’existe pas. À la sortie, retrouver l’air ambiant et la pluie devient presque un soulagement physique : on respire enfin. Un film qui marche, oui, mais un film qui ne pense pas, ne trouble pas, ne laisse rien, sinon l’impression d’avoir perdu du temps. 

NOTE : 7.10

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisateur : Paul Feig
  • Scénario : Rebecca Sonnenshine, d'après le roman The Housemaid de Freida McFadden
  • Musique : Theodore Shapiro
  • Décors : Elizabeth J. Jones
  • Costumes : Renee Ehrlich Kalfus
  • Photographie : John Schwartzman
  • Production : Paul Feig, Laura Allen Fischer, Carly Kleinbart et Todd Lieberman
Producteurs délégués : Will Greenfield, Freida McFaddenAmanda SeyfriedSydney Sweeney et Alexander Young

  • Sociétés de production : Hidden Pictures et Feigco Entertainment
  • Sociétés de distribution : Lionsgate (États-Unis), Metropolitan Filmexport (France)
  • Budget : 35 millions de dollars

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