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lundi 16 mars 2026

16.10 - MON AVIS SUR LE FILM SICARIO DE DENIS VILLENEUVE (2015)

 


Vu le Film Sicario de Denis Villeneuve (2015) avec Emily Blunt Josh Brolin Benicio del Toro Victor Gerber Jion Berthal Daniel Kaluuya Jeffrey Donovan Raul Trupillo Julio Cedello 

(Hildur Guðnadóttir joue du Violon dans la BO de Johann Johansson= 

Kate Macer et Reggie Wayne sont agents du FBI, membres de l'unité HRT, opérant dans la région de Phoenix, proche de la frontière avec le Mexique où les cartels ont transformé la zone en zone de non-droit. Au cours d'une intervention dans une maison en construction, ils découvrent des dizaines de cadavres emmurés, des victimes des cartels. Dans l'opération, deux de leurs collègues meurent en déclenchant accidentellement un piège. Devant ses états de services, les patrons de Kate lui demandent de rejoindre une Joint Task Force (force opérationnelle conjointe) dirigée par Matt Graver de la CIA et le mystérieux Alejandro Gillick. Leur mission est d'appréhender Manuel Díaz, un des lieutenants du Cartel Sonora. 

Le cinéma de Denis Villeneuve a toujours eu ce mélange étrange de rigueur et de tension sourde, mais avec Sicario il franchit un cap décisif. Septième film du réalisateur québécois, c’est celui qui va véritablement le propulser vers le panthéon des grands metteurs en scène contemporains, et préparer presque naturellement l’ampleur de Dune. Mais ici, pas de désert mystique ni de prophétie galactique : seulement la poussière, la sueur et la poudre des cartels. 

L’histoire suit Kate Macer, agente idéaliste du FBI incarnée par une formidable Emily Blunt. Lors d’une opération brutale dans une maison piégée par la drogue et la mort, elle est repérée pour intégrer une mystérieuse task-force gouvernementale chargée de lutter contre les cartels mexicains. Une promotion en apparence. En réalité, une plongée dans une zone grise où la morale se dissout plus vite que la poudre dans l’air brûlant. 

Car ce film sent la testostérone. On y respire la sueur, la poussière, et l’odeur animale de ces mâles alpha qui occupent l’écran. Du côté du soi-disant bon camp, l’opération est dirigée par un cow-boy gouvernemental interprété avec un calme presque ironique par Josh Brolin. À ses côtés, silhouette opaque et inquiétante, l’énigmatique Alejandro, incarné par Benicio del Toro, homme de peu de mots mais de beaucoup de mystère. 

Face à eux, les cartels mexicains. Même brutalité. Même logique de guerre. Villeneuve filme ce face-à-face comme un duel permanent où personne n’est vraiment propre. On pense parfois au climat moral de Traffic de Steven Soderbergh : la frontière entre le bien et le mal n’est pas une ligne, c’est un brouillard. 

Kate Macer devient alors notre boussole morale. Elle croit encore aux règles, aux procédures, à la justice. Mauvaise pioche. Dans cet univers, les méthodes sont « ultra musclées », pour rester poli, et les bons ne sont pas forcément aussi bons qu’elle l’imaginait. Très vite, sa survie dépendra moins de son courage que de sa capacité à comprendre le jeu… et surtout à éviter de gêner ceux qui le contrôlent. 

Villeneuve orchestre tout cela avec une mise en scène d’une tension remarquable. Chaque trajet en convoi devient une scène de western moderne. Chaque silence annonce la violence. Les explosions et les fusillades ne sont jamais gratuites : elles surgissent comme une fatalité. 

Et puis il y a l’image. La photographie du maître Roger Deakins enveloppe le film d’une lumière brûlante. Les ciels orangés, les paysages poussiéreux et les crépuscules mexicains donnent l’impression que l’écran lui-même transpire de chaleur. 

Les acteurs, eux, sont tout simplement formidables. Emily Blunt impose une fragilité courageuse, Josh Brolin joue le pragmatisme cynique avec un sourire presque nonchalant, et Benicio del Toro compose une présence hypnotique qui plane sur tout le film. 

Comme souvent chez Villeneuve, on sent un réalisateur qui sait diriger ses comédiens et leur offrir des rôles taillés sur mesure. Personne ne joue faux, personne ne cabotine. 

Au finalSicario est un thriller moderne d’une efficacité redoutable. Tendu, brûlant, moralement trouble et porté par une mise en scène d’une précision chirurgicale. 

Monsieur Villeneuve signe ici un grand thriller de notre temps. Et on comprend très bien pourquoi Hollywood lui a ensuite confié des univers… beaucoup plus grands. 🎬 

NOTE ; 16.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

 

8.40 - MON AVIS SUR LE FILM.OXANA DE CHARLENE FAVIER (2024)


 Vu le Film Oxana de Charlène Favier (2024) avec Albina Korzh   Maryna KoshkinaLada Korovai Yohann Zimmer Noée Abita 

L’histoire d’Oksana Chatchko et de la naissance du mouvement FEMEN en Ukraine. Oksana et les autres militantes organisent des manifestations provocatrices contre une société patriarcale ukrainienne soutenant l’exploitation sexuelle des femmes dans leur pays ainsi que contre l’influence politique Russe dans les pays frontaliers, jusqu’à ce que les violences de la répression poussent les jeunes femmes à s'exiler à Paris. 

Avec ce film, la réalisatrice tente de s’attaquer à une figure réelle et explosive : Oksana Chatchko, artiste et militante ukrainienne qui participa à la création du mouvement Femen. Né en Ukraine à la fin des années 2000, ce collectif féministe se fit connaître par ses actions spectaculaires : happenings seins nus, slogans peints sur le corps, provocations politiques et médiatiques. Au départ, le mouvement s’inscrivait notamment contre l’influence russe et certaines dérives politiques de l’espace post-soviétique, avant de devenir une machine militante internationale, multipliant les coups d’éclat à travers le monde. 

Sur le papier, la matière est formidable. Une jeunesse révoltée, un pays sous tension, une militante radicale, des performances politiques brutales et médiatiques. Tout cela aurait dû donner un film nerveux, fiévreux, presque électrique. Un cinéma de l’urgence, de la colère, de la crispation. 

Trois fois hélas. 

Le film ressemble davantage à une colonie de vacances pour jeunes filles qui hurlent qu’à une plongée dans la naissance d’un mouvement politique radical. Les slogans fusent, les corps se dressent, mais la fièvre ne vient jamais. On attend l’embrasement, on espère la tension… et l’on reste devant un récit étonnamment sage. 

La mise en scène de Charlène Favier semble hésiter entre biographie intime et chronique militante. Résultat : le film flotte. Il ne tranche jamais. Les scènes qui devraient être des explosions politiques deviennent de simples tableaux, presque décoratifs. Là où l’histoire réelle d’Oksana Chatchko déborde de rage et de contradictions, le film reste curieusement tiède. 

La question se pose alors presque naturellement : la réalisatrice avait-elle les armes pour parler de ce sujet ? Son précédent film, Slalom, montrait déjà une certaine sensibilité aux corps et aux traumatismes, mais rien qui annonçait la capacité de filmer un mouvement politique aussi radical et théâtral que Femen. Ici, le cinéma aurait dû transpirer la tension politique et la rage militante. On ne sent finalement qu’un récit appliqué. 

Le scénario est sans doute la grande faiblesse. Un film sur Femen aurait dû expliquer, contextualiser, faire comprendre l’idéologie, les fractures internes, les contradictions du mouvement. Si au moins il y en avait… mais les explications restent maigres, presque esquissées. Les motivations politiques apparaissent en surface, comme si l’on craignait d’entrer trop profondément dans le sujet. 

Heureusement, il reste les acteurs. La jeune Albina Korzh, dans le rôle d’Oksana, donne ce qu’elle peut. Elle tente d’insuffler une fragilité et une intensité qui parfois percent à travers l’écriture trop fragile du personnage. Mais quand un film est mal écrit, l’espoir reste mince. L’actrice se débat courageusement dans un rôle qui manque de chair. 

Les personnages secondaires souffrent du même problème : ils apparaissent, crient, manifestent, mais restent souvent des silhouettes plutôt que des êtres vivants. On devine la sororité, la radicalité, la camaraderie militante, mais le film ne leur laisse jamais assez d’espace pour exister vraiment. 

Oxana passe à côté de ce qui aurait dû être sa force : la rage politique et artistique d’une femme et d’un mouvement. L’histoire réelle brûle, le film, lui, se contente de tiédir. 

Et l’on ressort avec une impression étrange : la cause méritait peut-être plus de fièvre, plus d’explications, plus de cinéma. 

Alors oui, allons seins nus faire notre révolution cinématographique… mais avec un peu plus de scénario, un peu plus de mise en scène, et surtout un peu plus de feu. 

NOTE : 8.40

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Charlène Favier
  • Scénario : Charlène Favier, Diane Brasseur et Antoine Lacomblez
  • Musique : Delphine Malaussena
  • Photographie : Éric Dumont
  • Décors : Florian Sanson
  • 1er assistant à la Réalisation: Clément Comet
  • Costumes : Judith de Luze
  • Montage : Monica Coleman
  • Production : Alice Girard, Jonathan Halperyn, Daniel Kresmery et Marc-Antoine Robert
  • Société de production : Rectangle Productions, 2.4.7. Films et Hero Squared
  • Société de distribution : Diaphana Distribution
  • Pays de production : Drapeau de la France France

DISTRIBUTION