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lundi 15 juin 2026

14.10 - MON AVIS SUR LE FILM LE PONT DES ESPIONS DE STEVEN SPIELBERG (2015)


Vu le Film
Le Pont des Espions de Steven Spielberg (2015) avec Tom Hanks Mark Rylance Amy Ryan Alan Alda Eve Hewson Austin Stowell

"En pleine guerre froide, un avocat américain accepte de défendre Rudolf Abel, un espion soviétique oeuvrant sur le sol américain. A cause de la crainte des Soviétiques, il subit des rejets, tant par la population que par le système judiciaire. Par la suite, il accepte de négocier l'échange de Francis Gary Powers, un pilote de la CIA dont l'avion espion a été abattu au dessus de l'Union Soviétique. L'avocat doit cependant se rendre à Berlin-Est, contrôlé par Soviétiques, sans protection diplomatique.

 Paradoxalement, alors que je suis un immense admirateur de Steven Spielberg, Le Pont des Espions fait partie des très rares films de sa filmographie que j'apprécie moins. La raison principale tient à son esthétique numérique qui me laisse une impression de froideur permanente. Là où Spielberg a souvent su insuffler de la chair, de l'émotion et de la vie à ses images, ici je vois surtout la technique, parfois même le trucage, notamment dans les reconstitutions de Berlin-Est où chaque mouvement semble passer par un écran de mise au point numérique.

D'ailleurs, malgré son titre, de l'espionnage il ne reste finalement pas grand-chose. Le véritable héros est l'avocat James B. Donovan, incarné par Tom Hanks, présent dans pratiquement tous les plans. L'autre vedette du film, ce sont les ponts eux-mêmes, ces lieux de passage où s'échangent hommes, secrets et idéologies. Un dispositif qui rappelle fortement Le Serpent de Henri Verneuil, lequel racontait déjà une histoire similaire, mais sous une forme plus romancée.

C'est d'autant plus dommage que la meilleure scène du film se situe dès l'ouverture. Spielberg retrouve alors une légèreté et une virtuosité dignes d'Arrête-moi si tu peux. On suit l'espion soviétique Rudolf Abel dans les rues et le métro de New York, tandis qu'il tente, croit-on, de se débarrasser de ses futurs geôliers. Cette séquence possède une tension, une fluidité et un sens du suspense que le reste du film ne retrouvera que rarement.

L'autre grand moment arrive lors de l'échange final des prisonniers sur le pont. Là, Spielberg retrouve enfin le malaise et la tension que l'on attendait. Les regards, les silences, l'incertitude sur l'issue de la négociation prennent véritablement possession des personnages.

Pour le reste, j'avoue être resté davantage à distance. Les longues scènes de procès m'ont paru étirées, comme c'était déjà le cas dans Lincoln. Quant aux interminables négociations entre Berlin-Est, l'ambassade soviétique et les différents intermédiaires, elles manquent à mes yeux de complexité et surtout de violence. On a parfois l'impression d'assister à une négociation du Medef avec des patrons plutôt qu'à un affrontement diplomatique au cœur de la Guerre froide.

Pourtant, les thèmes spielbergiens sont bien là. C'est encore une histoire d'hommes confrontés à leurs convictions. Le réalisateur oppose une fois de plus l'intégrité morale aux compromissions du pouvoir. Il rappelle également les dérives de l'anticommunisme primaire de l'époque et la psychose nucléaire qui traversait les deux blocs. Spielberg, démocrate assumé, n'oublie pas non plus de souligner que si les Américains craignent la bombe soviétique, ce sont eux qui ont utilisé l'arme atomique les premiers.

Autre particularité du film : les vingt premières minutes quasiment dépourvues de musique. John Williams étant souffrant, Spielberg a confié la partition à Thomas Newman. Les deux hommes ont choisi de retarder l'arrivée de la musique. L'idée se défend, mais l'absence du maître se ressent. On sent un manque, une respiration qui n'est pas tout à fait la même sans le fidèle compagnon du réalisateur.

Spielberg force également un peu sur le registre lacrymal. Les visions aperçues depuis la vitre du train, avec ces Berlinois tentant de franchir le mur fraîchement construit, cherchent manifestement l'émotion. Mais elles me paraissent appuyées, presque démonstratives.

Côté interprétation, Tom Hanks est comme toujours irréprochable. Dans une période pourtant difficile de sa carrière, il compose un Donovan solide, digne et mesuré, sans jamais chercher à transformer son personnage en héros plus grand que nature. Mais celui qui emporte véritablement le film est Mark Rylance dans le rôle de Rudolf Abel. Avec très peu de dialogues, quelques regards et une économie de moyens remarquable, il parvient à donner une âme et une humanité à cet espion soviétique. Il est, pour moi, le seul acteur absolument parfait du film.

Le problème vient peut-être aussi des personnages eux-mêmes. Aucun ne suscite une véritable empathie, aucun ne provoque non plus une réelle détestation. On ne choisit jamais vraiment son camp, ce qui est assez inhabituel chez Spielberg, qui sait généralement créer un lien émotionnel très fort entre le spectateur et ses protagonistes.

 Le Pont des Espions reste un film honorable, porté par une mise en scène toujours élégante et par deux grands acteurs. Mais il me semble appartenir davantage au Spielberg appliqué qu'au Spielberg inspiré. Un film d'un autre temps réalisé avec des moyens modernes. Une œuvre sérieuse, respectable, mais qui manque de souffle, d'émotion et de cette magie qui transforme habituellement les bons Spielberg en grands Spielberg. Pour moi, cela reste clairement un Spielberg mineur.

NOTE : 14.10

FICHE TECHNIQUE

Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Matt Charman et Joel et Ethan Cohen
Direction Artistique : Anja Muller et Marco Bittner Rosser
Décors : Adam Stockhausen
Photographie : Janusz Kaminski
Costumes : Kasia Walicka-Maimone
Montage : Michael Kahn
Musique : Thomas Newman
Production : Kristie Macosko Krieger, Marc Platt et Steven Spielberg
Co-Producteur : Christoph Fisser, Henning Molfenter et Charlie Woebcken
Durée : 141 minutes
Budget : 40 millions de Dollars

DISTRIBUTION

13.80 - MON AVIS SUR LE FILM LE MAGNIFIQUE DE PHILIPPE DE BROCA (1973)

 


Vu le Film Le Magnifique de Philippe de Broca (1973) avec Jean Paul Belmondo Jacqueline Bisset Jean Lefebvre Vittorio Vaprioli Bernard Musson Monique Tarbes Mario David Jose Parl Raymond Jérôme


Un requin dévore un prisonnier enfermé dans une cabine téléphonique jetée à la mer. La police enquête sur cet événement et demande à l'agent français Bob Saint Clar (Belmondo), le top dans son métier de le faire. Il va sur place avec la magnifique Tatiana (Bisset) un autre agent. Ils vont être attaqués par Karpov le chef des services secrets d'un pays de l'Est et ennemi de Bob ...
Parmi eux, une femme passe l'aspirateur dans le sable ... !!!! Car non hélas on n’est pas dans la réalité mais chez François Merlin (Belmondo) qui est dérangé par sa femme de ménage, il écrit les nouvelles aventures de Saint Clar, mais il est toujours dérangé, l'électricien, le plombier, petit à petit les personnes proches vont en prendre pour leur grade dans son roman sous d'autres personnages.

Alors oui, avec un peu d’ego (oups), tant qu’on parle de moi. Certes, Philippe est ici le personnage le plus vil de l’histoire, mais comme c’est lui qui finit par décider du sort des autres, cela m’amuse finalement beaucoup.

Et puis il y a surtout Philippe de Broca, ce merveilleux artisan du cinéma populaire français qui a toujours su insuffler à ses films du rythme, de la fantaisie et une bonne dose de folie. Avec lui, on passe presque toujours un bon moment. Le cinéma est aussi fait pour cela : le plaisir, même parfois un peu coupable, loin des tourments existentiels d’un Bergman.

L’histoire est celle de François Merlin, auteur de romans d’espionnage alimentaires qui fait vivre son héros Bob Saint-Clair dans des aventures extravagantes. Mais dans son petit appartement parisien, la réalité est bien moins glamour. Son imagination débordante lui permet alors de transformer son entourage en personnages de fiction. Son éditeur devient l’infâme Karpoff, sa voisine la sublime Tatiana, et lui-même le plus grand agent secret de la planète. Les frontières entre le réel et l’imaginaire se brouillent jusqu’à ne plus faire qu’un.

Dans un double rôle particulièrement savoureux, la charmante Jacqueline Bisset, alors véritable star internationale, vient s’amuser en France et apporte toute son élégance au film. Face à elle, Jean-Paul Belmondo est en état de grâce. Il court, saute, se bagarre, accumule les cascades, roule dans le sable, multiplie les œillades, roucoule auprès de la belle Tatiana, amuse la galerie et le spectateur sans jamais reprendre son souffle. Bref, il fait du Belmondo tel qu’on l’aime.

Mais ce qui rend sa prestation encore plus réjouissante, c’est le contraste entre Bob Saint-Clar, héros invincible et séducteur absolu, et François Merlin, écrivain maladroit, fauché, rêveur et perpétuellement contrarié. Deux personnages opposés qui permettent à Belmondo de déployer tout son registre comique, ses grimaces, son sens du rythme et son incroyable capital sympathie.

Le Magnifique est une parodie d’espionnage particulièrement réussie. Tout y passe : les gadgets absurdes, les méchants mégalomanes, les enlèvements improbables, les poursuites invraisemblables et les décors exotiques. C’est presque l’anti-James Bond avant l’heure. D’une certaine manière, les OSS 117 avec Jean Dujardin lui doivent beaucoup, notamment lorsque Rio ne répond plus s’amuse à reprendre certains codes avec une tendresse évidente.

Pourtant, derrière les éclats de rire, les coulisses furent nettement moins joyeuses. Une importante brouille opposa Francis Veber à Philippe de Broca. Le réalisateur souhaitait étoffer davantage le personnage féminin, ce qui entraîna l’intervention de Jean-Paul Rappeneau et Daniel Boulanger sur le scénario. Fâché, Veber demanda que son nom ne figure pas au générique lors de la sortie du film.

Il y a également beaucoup de Belmondo dans François Merlin. Tous deux sont nés en 1933 et lorsque Merlin rêve de se retirer en Auvergne, difficile de ne pas penser à Bebel lui-même, qui a grandi dans cette région et y est resté profondément attaché.

Le succès fut au rendez-vous avec près de trois millions d’entrées en France et autant à travers l’Europe. Depuis, le film n’a jamais vraiment quitté les écrans de télévision. Il occupe une place idéale entre l’exotisme bondissant de L’Homme de Rio et le burlesque assumé de L’Incorrigible.

On notera également qu’en 1998, Marc Angelo proposa une variation télévisée avec Bob le Magnifique, tandis que le DJ Bob Sinclar choisit son pseudonyme en hommage à ce héros de jeunesse qui l’avait marqué.

Et pour les spectateurs attentifs, un petit clin d’œil amusant se cache dans le film : le fils de François Merlin, visible dans l’histoire, est interprété par José Paul, futur metteur en scène de théâtre, comédien reconnu et ancien pensionnaire de l’émission La Classe.

Drôle, inventif, rythmé et porté par un Belmondo au sommet de son art, Le Magnifique reste l’une des plus belles réussites de Philippe de Broca. Une fantaisie irrésistible où l’imagination triomphe du quotidien, et où Bebel rappelle qu’avant d’être une star, il était surtout un extraordinaire amuseur public.

NOTE : 13.80

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION