Vu le Film Les Saveurs du palais de Christian Vincent (2012) avec Jean d’Ormesson Catherine Frot Hyppolyte Girardot Arthur Dupont Jean Marc Roulot Brice Fournier Joe Sheridan Philippe Uchan Laurent Poitrenaux
Hortense Laborie est une cuisinière réputée qui vit dans le Périgord. À sa grande surprise, le président de la République la nomme responsable de ses repas personnels au palais de l'Élysée. Malgré les jalousies des chefs de la cuisine centrale, Hortense s'impose avec son caractère bien trempé. L’authenticité de sa cuisine séduit rapidement le président de la République mais, dans les coulisses du pouvoir, les obstacles sont nombreux.
Les séquences à l'Élysée alternent avec celles en Antarctique, sur la base Alfred-Faure des îles Crozet, où Hortense dispense sa cuisine aux résidents de la base.
Les Saveurs du Palais de Christian Vincent, c’est un film qui se regarde comme on s’assoit à une bonne table : avec curiosité, avec gourmandise… et parfois avec un petit regret de ne pas avoir eu un plat plus relevé.
Les ingrédients principaux sont là : les goûts, les couleurs, les odeurs, les saveurs de cette bonne cuisine de nos villages. Cette petite touche qui fait qu’on se met à table avec plaisir et qu’on fait durer le plaisir au-delà du raisonnable. Le film est une ode aux produits simples, au terroir, au beurre qui chante dans la poêle et aux légumes qui ont encore le goût de la terre.
L’histoire s’inspire de la trajectoire de Danièle Mazet-Delpeuch, ici devenue Hortense Laborie, cuisinière périgourdine appelée à l’Élysée pour devenir la responsable des repas privés du Président de la République. Une femme de caractère parachutée dans un monde codifié, hiérarchisé, feutré. Le contraste fait tout le sel du scénario.
Car le plat principal, celui qui attire d’abord la curiosité, c’est la présence au générique de Jean d’Ormesson. Pensionnaire de l’Académie française franchissant pour l’occasion les portes de l’Élysée. Oui, je sais, il ne lui ressemble pas vraiment. Mais d’Ormesson s’en amuse, et il prend manifestement un plaisir gourmand à incarner ce Président inspiré de François Mitterrand. Remplaçant au pied levé l’immense Claude Rich, il apporte une légèreté aristocratique, un sourire en coin, une élégance un peu malicieuse.
Mais l’importance n’est pas là.
Elle est dans la découverte des petits plaisirs de la vie de la table par ce Président contraint à des repas stricts, surveillés, normés. Hortense arrive avec son bon sens, son accent, son exigence de produit vrai. Elle bouscule les codes, impose le goût contre la diététique politique.
Catherine Frot est évidemment le cœur battant du film. Elle excelle dans ces rôles de femmes déterminées, droites, légèrement décalées. Son jeu est précis, nuancé, jamais caricatural. Elle fait exister chaque geste culinaire : couper, goûter, dresser devient presque chorégraphique. Elle ne joue pas la cuisine, elle la vit.
À ses côtés, Arthur Dupont apporte une touche de fraîcheur
Christian Vincent filme la cuisine avec sensualité mais sans excès. Pas de démonstration tape-à-l’œil. La mise en scène reste sobre, élégante, à l’image de ses personnages. Les plats sont filmés avec respect, presque comme des œuvres d’art modestes.
Des odeurs semblent envahir notre palais à chaque cuillère. Alors que le Palais, lui, se laisse envahir par les saveurs de nos campagnes. Le jeu de mots est facile, mais le film s’y prête.
Le scénario, en revanche, reste sage. Trop sage peut-être. On aurait aimé en apprendre davantage sur les coulisses politiques, sur les tensions, sur le pourquoi du comment. Le conflit reste feutré, presque poli. On reste en cuisine, on ne franchit jamais vraiment la porte des secrets.
Et c’est peut-être là ma réserve.
Globalement, le film ne m’emballe pas spécialement. Il est agréable, oui. Délicat, certainement. Mais il ne surprend pas. Il ne renverse pas la table. Il nous sert un bon repas traditionnel, bien exécuté, sans fausse note… mais sans plat signature inoubliable.
On reste donc à table. On apprécie les acteurs. On savoure les petits plats préparés pour nous… pardon, pour le Président.
À déguster modérément. Mais avec un bon verre.
NOTE : 13.40
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Christian Vincent
- Scénario : Étienne Comar et Christian Vincent
- Musique : Gabriel Yared
- Photographie : Laurent Dailland
- Montage : Monica Coleman
- Décors : Patrick Durand
- Costumes : Fabienne Katany et Sandrine Douat
- Production : Philippe Rousselet et Étienne Comar
- Sociétés de production : Armada Films et Vendôme Production
- Distribution : Wild Bunch Distribution
- Pays d'origine :
France - Budget : 8 530 000 euros
- Catherine Frot : Hortense Laborie
- Jean d'Ormesson : le président de la République
- Hippolyte Girardot : David Azoulay, le conseiller
- Arthur Dupont : Nicolas Bauvois, le jeune assistant pâtissier
- Jean-Marc Roulot : Jean-Marc Luchet, le maître d'hôtel au service du président
- Brice Fournier : Pascal Le Piq, le chef de la cuisine centrale
- Arly Jover : Mary, la réalisatrice australienne
- Joe Sheridan : John, le cadreur de Mary
- Philippe Uchan : Coche-Dury, l'intendant
- Laurent Poitrenaux : Jean-Michel Salomé, le successeur d'Azoulay
- Hervé Pierre : Perrières, le chef de cabinet
- Manuel Le Lièvre : Loïc, le nouveau cuisinier de la base Alfred-Faure
- Roch Leibovici : Olivier Moncoulon
- Thomas Chabrol : le directeur de cabinet du préfet
- Louis-Emmanuel Blanc : Arnaud Fremier
- David Houri : David Epenot, un interprète de la pièce sur la base
- Nicolas Chupin : Anthony, un interprète de la pièce sur la base
- Catherine Davenier : madame Arvelet
- Steve Tran : Gregory, un cuisinier de la base
- Hugo Malpeyre : le chef de rang de l'Élysée
- Nathalie Vignes : la fleuriste du palais
- Fabrice Colson : un invité du cocktail
- Nicolas Beaucaire : le docteur Kramer
- Lionel Tavera : l'aide de camp du président de la République
- Nassim Boutelis : Abdel, Le 1er commis
- Arthur Orcier : Jonathan, le 2e commis
- Charles Tesnière : un scientifique

