Vu le Court-Métrage La Petite Mort de François Ozon (1993) avec François Delaive Camille Japy Michel Beaujard Jacques Martial
Paul, qui est photographe, a rompu tout lien avec sa famille. Il vit avec Martial, qui est à la fois son modèle et son compagnon. L'hospitalisation de son père précipite les retrouvailles organisées par sa sœur Camille. Malheureusement, le père ne reconnaît pas son fils
(Un défi qui donne l’occasion de voir un des premiers courts de François Ozon et cela ne se loupe pas)
Avant de passer au long métrage, Ozon s’est forgé une identité à travers une série de courts qui intriguent autant qu’ils dérangent parfois. Il tourne vite, beaucoup, mais surtout avec une précision qui montre déjà une vraie maîtrise de son art. Rien n’est laissé au hasard.
Avec La Petite Mort, il s’attaque à un sujet délicat, presque inconfortable, qu’un autre réalisateur aurait pu rendre lourd ou provocateur. Mais chez Ozon, cela passe. Parce qu’il dose. Parce qu’il suggère plus qu’il ne montre.
Le film repose beaucoup sur son traitement visuel.
Le bleu domine dans les scènes liées à la froideur du personnage de Paul — ses échanges avec Martial, et surtout cette relation suspendue avec un père qu’il retrouve à l’hôpital dans ses dernières heures. Une distance émotionnelle presque clinique.
À l’inverse, le rouge envahit les moments d’excitation, de pulsion, lorsque Paul se livre à ses plaisirs. Une opposition simple, mais terriblement efficace.
Paul, incarné par François Delaive, est un personnage en apparence timide, presque effacé. Mais derrière cette façade se cache une obsession : photographier ses amants, capturer cet instant fragile et troublant qui suit l’orgasme.
Une idée qui fait écho à la célèbre formule de Ambroise Paré, évoquant cette sensation post-orgasmique proche de la mort.
Ozon, fidèle à lui-même, ose… mais reste ici étonnamment sobre. Il montre peu, suggère beaucoup, laissant le malaise s’installer sans jamais tomber dans la démonstration.
On retrouve également Camille Japy dans le rôle de la mère, apportant une présence discrète mais essentielle à l’équilibre du récit.
Quant à François Delaive, son visage n’est pas totalement inconnu : on a pu l’apercevoir dans The Walking Dead: Daryl Dixon ou encore The New Look, preuve d’un parcours qui dépasse largement ce court métrage.
La Petite Mort est un film court, mais déjà très révélateur du cinéma d’Ozon :
un mélange de maîtrise technique, d’audace narrative et de retenue dans la provocation.
Un exercice de style… qui annonce déjà un cinéaste sûr de lui.
NOTE : 12.80
DISTRIBUTION
- François Delaive : Paul
- Camille Japy : Camille
- Martial Jacques : Martial
- Michel Beaujard : le père

