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lundi 20 avril 2026

12.00 - MON AVIS SUR LE FILM LA MACHINE A TUER LES MECHANTS DE ROBERTO ROSSELINI (1952)


 Vu le Film La Machine à Tuer les Méchants de Roberto Rosselinni (1952) avec Gennaro Pisano Marilyn Buferd William Tubbs Helen Tubbs Clara Bundi 

 

Dans une petite ville de la Côte amalfitaine, le photographe Celestino rencontre un personnage qui se fait passer pour un Saint et qui dote son appareil photo d'un pouvoir magique, celui de tuer. Celestino l'utilise pour faire disparaître les villageois qui se montrent méchants, hypocrites, vils. Finalement, il rend compte de l'arbitraire dangereux de ses actions et revient à la Raison, s'apercevant par ailleurs que le saint était en réalité un diable. 

La Machine à tuer les méchants de Roberto Rossellini est une curiosité magnifique, une fable grinçante qui semble presque légère au premier regard mais qui s’inscrit pourtant pleinement dans cette période néoréaliste italienne où le cinéma cherchait à capter le réel tout en le fissurant de l’intérieur. On est loin ici de la rigueur quasi documentaire de Rome ville ouverte ou de Paisà, mais Rossellini ne trahit rien, il déplace simplement son regard.  

Il s’autorise une fantaisie, presque un conte moral, tout en conservant cette attention aux visages, aux gestes, à la petitesse humaine qui fait le sel du néoréalisme. Ce photographe de village, Candido, interprété par Gennaro Pisano avec une naïveté désarmante, devient le révélateur au sens propre comme au figuré d’une humanité médiocre, mesquine, hypocrite.  

L’idée de cet appareil photo capable de faire disparaître les méchants est d’une simplicité presque enfantine, mais elle ouvre une réflexion vertigineuse sur le bien et le mal, sur le jugement, sur la tentation de jouer à Dieu. Rossellini filme cela sans lourdeur, avec une ironie constante, presque moqueuse, comme s’il observait ses personnages avec une tendresse mêlée de lucidité.  

Le village devient un microcosme où chacun révèle sa part d’ombre dès qu’il est confronté à ce pouvoir étrange. Candido commence avec de bonnes intentions, mais très vite le doute s’installe, car qui est réellement méchant, et selon quels critères. Le film glisse alors vers une satire sociale, presque cruelle, où les notables, les religieux, les figures d’autorité ne sont pas épargnés 

Rossellini démonte les illusions morales avec une élégance désarmante. Et puis il y a cette copie abîmée, ce grain rugueux, presque sale, qui donne au film une texture particulière, comme si l’image elle-même était contaminée par le propos. Cette altération renforce la mise en abyme, car on regarde un film sur un appareil qui capte et détruit l’image, et cette image nous parvient déjà fragilisée, imparfaite, marquée par le temps.  

Cela crée une distance étrange, presque fantomatique, qui colle parfaitement à l’idée que toute tentative de purifier le monde est vouée à l’échec. Le néoréalisme n’est pas abandonné, il est détourné, utilisé comme base pour une réflexion plus large, presque philosophique.  

Rossellini montre que la réalité n’est pas seulement sociale, elle est aussi morale, et profondément ambiguë. Gennaro Pisano porte cela avec une simplicité incroyable, sans jamais surjouer, incarnant un Candido qui passe de l’innocence à la désillusion sans jamais perdre une forme de pureté.  

Le film avance comme une parabole, chaque scène ajoutant une couche à cette interrogation sur la justice et la responsabilité. La caméra reste humble, proche des corps, des rues, des décors naturels, fidèle à l’esthétique néoréaliste, mais le récit bascule vers quelque chose de plus abstrait, presque métaphysique. Et c’est là toute la force du film, cette capacité à mêler le concret et l’allégorique sans jamais rompre l’équilibre.  

Rossellini semble dire que le réel ne suffit pas à comprendre le monde, qu’il faut aussi accepter sa part d’irrationnel. La Machine à tuer les méchants devient alors une œuvre charnière, un pont entre deux façons de faire du cinéma. Il y a encore la trace de la guerre, des ruines morales, mais déjà une envie d’aller ailleurs, de questionner autrement.  

Le rire n’est jamais loin, mais c’est un rire amer, un rire qui dérange. Le dispositif fantastique révèle en réalité une vérité très humaine, celle de notre incapacité à juger sans nous tromper. Et cette fin, presque désenchantée, vient rappeler que vouloir éliminer le mal revient souvent à le reproduire autrement. Rossellini signe ici un film à part, moins cité que ses grands classiques, mais tout aussi essentiel pour comprendre l’évolution de son regard.  

Une œuvre fragile, imparfaite peut-être, mais profondément vivante, comme ce grain abîmé qui la traverse et lui donne une âme supplémentaire.

NOTE : 12.00

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11.90 - MON AVIS SUR LE FILM MANIPULATIONBS DE SHINTARO SHIMOSAWA (2016)


 Vu le Film Manipulations de Shintaro Shimosawa (2016) avec Josh Duhamel Anthony Hopkins Al Pacino Alice Eve Malin Ackerman Glen Powell Julia Styles Chris Marquette 

Un médicament produit par une société pharmaceutique américaine provoque de nombreux morts dans le monde et conduit à un scandale médiatique. Cette société est dirigée par Arthur Denning (Anthony Hopkins) qui a pour compagne Emily Hynes (Malin Åkerman). Emily insiste pour qu'ils quittent les États-Unis, Arthur se défile. Emily contrariée, part à pied. Peu après, Arthur reçoit des messages l'informant qu'Emily a été enlevée. Il engage des enquêteurs et des conseillers privés. Il doit remettre aux ravisseurs une importante somme dans les 12 heures, sinon Emily sera tuée. La remise de rançon doit se dérouler dans une galerie d'art. 

Manipulations de Shintaro Shimosawa se présente comme un thriller médico-juridique aux dents longues, mais qui finit par mordre un peu dans le vide, porté avant tout par un casting trois étoiles qui semble parfois jouer chacun dans son propre film.  

L’histoire suit ce jeune et ambitieux avocat, Ben Cahill, incarné par un Josh Duhamel transparent comme une vitre propre — on voit à travers lui, ce qui est embêtant pour un personnage censé porter toute la tension morale du récit — qui décide de s’attaquer à un mastodonte pharmaceutique dirigé par le Dr Arthur Denning, un Anthony Hopkins en roue libre, cabotin assumé, presque en pilote automatique mais avec ce plaisir de jouer qui sauve toujours un peu la mise.  

En face, Al Pacino, dans le rôle de Charles Abrams, mentor trouble et patron aux méthodes disons… flexibles, injecte une énergie qu’on connaît par cœur, entre regards appuyés et silences lourds de sous-entendus, comme s’il attendait une scène à la hauteur de son aura qui ne viendra jamais vraiment.  

Le film repose sur une mécanique classique : un jeune loup qui veut plaire à son patron, prêt à tout, même à franchir la ligne rouge, persuadé de maîtriser le jeu, sauf que dans la justice américaine, le moindre faux pas peut transformer une stratégie en suicide professionnel.  

Et forcément, à force de ne s’écouter que soi-même, on oublie d’écouter les pièges qui se referment. Car piège il y a, et chute aussi, brutale, presque ironique, puisque ce jeune avocat ambitieux va tomber de haut, très haut même, découvrant que dans ce monde-là, l’argent est plus fort que la foi en soi-même — et ça, le film le martèle sans grande subtilité mais avec une certaine constance. La mise en scène de Shimosawa reste fonctionnelle, presque télévisuelle, sans véritable identité visuelle, comme si elle refusait de prendre des risques à l’image de son héros qui croit en prendre mais se fait manipuler de bout en bout.  

Le rythme est correct, jamais ennuyeux mais rarement palpitant, on suit l’intrigue plus par curiosité pour les acteurs que pour le suspense en lui-même. Le scénario, lui, donne l’impression d’avoir été écrit à plusieurs mains sans qu’aucune ne prenne réellement le dessus : des idées intéressantes sur la corruption, l’éthique, les dérives pharmaceutiques, mais traitées de manière trop scolaire, presque timide, alors que le sujet appelait quelque chose de plus mordant, de plus dangereux.  

On sent bien la volonté de créer un jeu de dupes, mais les ficelles sont visibles, et le spectateur comprend assez vite qu’il assiste moins à une partie d’échecs qu’à une démonstration un peu appliquée. Reste ce plaisir coupable de voir Hopkins et Pacino cabotiner tranquillement, comme deux vieux lions qui n’ont plus rien à prouver et qui s’amusent dans l’arène pendant que les autres essaient de suivre.  

Et ça passe crème, effectivement, parce que leur présence suffit à maintenir un certain intérêt, même quand le film patine. Mais pas plus. Car au final, Manipulations est un thriller qui promet beaucoup, joue sur ses noms prestigieux, mais qui manque de tranchant, de folie, de véritable prise de risque, un film qui parle de manipulation sans jamais vraiment manipuler son spectateur, et c’est peut-être là son plus gros défaut. 

NOTE ; 11.90

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18.10 - MON AVIS SUR LE FILM SUR LA ROUTE DE MADISON DE CLINT EASTWOOD (1995)

 


Vu le Film Sur la Route de Madison de Clint Eastwood (1995) avec Meryl Streep Clint Eastwood Victor Slezak Chirstopher Kroon Annie Corley Sarah Kathryn Schmitt Jim Payne Phyliss Lyon Debra Mok 

Michael et Carolyn Johnson arrivent à la ferme de leur mère décédée, Francesca, dans l'Iowa, pour régler sa succession. Ils sont choqués d'apprendre que Francesca désire être incinérée et que ses cendres soient dispersées du haut du pont Roseman plutôt que d'être enterrée avec son mari, Richard. 

Avis sur Sur la route de Madison de Clint Eastwood : pour moi, et sans discussion possible, c’est le plus grand film romantique de l’histoire du cinéma. Oui, je le dis comme ça, sans trembler, sans nuance, sans débat — parce que tout, absolument tout, dans ce film respire l’amour à l’état pur, brut, incandescent. 

Il suffit de voir Meryl Streep dans la peau de Francesca Johnson. Le cœur qui s’emballe, les mains moites, le regard qui vacille, le corps qui trahit… et nous, devant l’écran, on n’est pas mieux. Elle ne joue pas, elle vit. Elle irradie. Chaque frémissement, chaque silence, chaque hésitation devient une déclaration d’amour. Et quand elle croise le regard de Robert Lincaid, ce photographe viril, solitaire, incarné par un Eastwood savoureux, tout bascule. Quatre jours. Pas plus. Quatre jours qui valent une vie entière. Quatre jours où deux âmes se reconnaissent, se comprennent, s’aiment comme si le monde autour n’existait plus. 

Et c’est ça le miracle : faire croire que quelques jours peuvent contenir l’éternité. Eastwood, loin de ses figures mythiques — adieu Inspecteur Harry, adieu le Blondin — devient un homme, un vrai, rugueux mais tendre, taiseux mais brûlant. Il filme l’Amérique rurale avec une délicatesse infinie, donne une âme aux paysages, aux silences, aux gestes simples. C’est du grand art, pudique, sans esbroufe, d’une élégance folle. 

Et puis il y a cette construction magnifique : les enfants, Michael et Carolyn, qui découvrent après la mort de Francesca ces journaux intimes, cette passion cachée, cette vie parallèle qu’ils n’ont jamais soupçonnée. Ce n’est pas juste une histoire d’amour, c’est une onde de choc qui traverse le temps, qui interroge leurs propres existences, leurs choix, leurs rigidités. Michael, surtout, droit comme un piquet, en prend plein la figure. Comme nous. 

Mais revenons à Meryl. Parce que tout passe par elle. Tout. Elle est la flamme, elle est la douleur, elle est le renoncement. Elle nous brise le cœur quand elle hésite, quand elle espère, quand elle comprend. On veut qu’elle parte, qu’elle claque cette portière, qu’elle quitte Richard — qui n’est pas un mauvais homme, loin de là — mais avec lui, il n’y a plus d’étincelle. Avec Robert, elle brûle. Et elle brûlera toujours, même dans l’absence. 

Comment n’a-t-elle pas eu l’Oscar ? Mystère absolu. Injustice presque indécente. Parce que chaque scène avec elle prend une ampleur démesurée, une vérité rare. Elle est, ici, la plus grande. Sans discussion. 

Eastwood, lui, fait preuve d’une classe monumentale : il s’efface, il laisse la lumière à Meryl, il accompagne, il soutient. Sa mise en scène est d’une douceur infinie, la musique de Lennie Niehaus enveloppe le tout d’une mélancolie jazzy irrésistible. Rien ne dépasse, tout est juste. 

2h15 de pur bonheur. De pur amour. Et quand le film s’arrête, notre cœur bat encore plus fort qu’au début. 

Parce que oui, le cinéma, c’est aussi ça : aimer. Et rarement un film l’aura montré avec une telle évidence. 

NOTE : 18.10

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