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mercredi 8 avril 2026

16.00 - MON AVIS SUR LE FILM BLOODY MAMA DE ROGER CORMAN (1970)

 


Vu le Film Bloody Mama de Roger Corman (1970) avec Shelley Winters Bruce Dern Don Stroud Robert de Niro Pat Hingle Clint Kimbrough Diane Varsi Robert Walden 

Elevée dans les immondices et la saleté au milieu de la pauvreté d'Ozask et privée de toute chance d'éducation ou de progrès, Kate Barber grandit en nourrissant une haine amère pour la société, et la loi du système. 

Quand Boney M. la chante, c’est presque une blague. Quand Roger Corman la filme, ça devient une gifle. Ma Barker n’est pas une légende de juke-box ici, c’est une présence poisseuse, une mère dévorante, une ogresse domestique qui transforme la cellule familiale en terrain miné. 

Inspiré d’une histoire vraie — et ça fait froid dans le dos de se dire que ce n’est pas un conte — le film suit Kate “Ma” Barker, matriarche d’une tribu déglinguée : Herman, Arthur, George et surtout Lloyd, pauvre gosse fracassé avant même d’avoir compris le monde. Élevés dans la crasse la plus monstrueuse, humiliés, déformés moralement, ces fils sont les produits directs d’un amour toxique, étouffant, et franchement dérangeant. Oui, Corman ose là où beaucoup détourneraient le regard : l’ambiguïté incestueuse n’est pas suggérée, elle pèse, elle gêne, elle colle à la peau du film. J’imagine les censeurs… ils ont dû avaler leur chapeau. 

Et puis Ma décide de quitter son “château de conte de fées” (sic) — comprendre un taudis — pour prendre la route avec ses quatre gamins. Pas pour cueillir fleurette, non. Pour braquer. Braquer dur. Braquer sale. Là, le film bascule dans une cavale crasseuse, violente, où ça flingue à tout va, sans panache, sans romantisme. Corman ne filme pas des gangsters glamour, il filme une famille malade qui se délite à mesure qu’elle avance. 

Au centre de tout ça, il y a Shelley Winters. Monumentale. Magnifique de présence et de disponibilité,. Elle bouffe l’écran sans jamais chercher à séduire. Elle impose. Elle écrase. Elle est Ma, tout simplement. Une de ces performances qu’on oublie trop facilement quand on fait les comptes des grandes actrices. 

À ses côtés, Bruce Dern (Les CowsBoys) apporte sa nervosité habituelle, ce mélange d’instabilité et de tension qui colle parfaitement à l’univers. Et puis il y a Robert De Niro, encore brut, déjà fascinant. Ce n’est pas encore le monstre sacré, mais il y a quelque chose dans le regard, dans le corps, dans cette manière d’habiter un type à moitié éteint de l’intérieur. Amusant — et presque ironique — de penser qu’il croisera plus tard un certain Leonardo DiCaprio dans un rôle d’attardé… le cinéma est un éternel recommencement. 

La mise en scène de Corman, elle, ne fait pas dans la dentelle. Il filme vite, frontal, sans fioritures, mais avec une vraie intelligence du malaise. Ce n’est pas l’horreur au sens classique, c’est une horreur humaine, sensorielle, presque organique. Ça sent la sueur, la peur, la folie. Dès que la censure s’efface, lui met les petits plats dans les grands, et on comprend pourquoi il est devenu le père spirituel de Brian De Palma, Martin Scorsese ou Quentin Tarantino. 

Le scénario ne cherche jamais à excuser ses personnages. Il les expose. Il les laisse s’enfoncer. Et nous avec. Terrain glissant, oui. Très glissant. Parce qu’on rit parfois — nerveusement — avant de se rendre compte qu’on ne devrait pas. 

Est-ce que la Mamma va mourir ? Est-ce que les fils vont finir autrement que mal ? Je vous laisse cette liberté. Mais une chose est sûre : on ne sort pas de Bloody Mama propre. C’est un film choc, un film sale, un film qui dérange — et qui, pour ça, mérite d’être vu.

NOTE : 16.00

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12.20 - VU LE FILM DEMENTIA 13 DE FRANCIS FORD COPPOLA (1963)


  vu le Film Démentia 13 de Francis Ford Coppola (1963) avec William Campbell Luana Anders Bard Patton Mary Mitchell Patrick Magee Peter Read 

(Production de Roger Corman avec un Budget de 30 000 $ plus dans les productions de Corman que les mégas projets de Coppola) 

La famille Haloran a hérité d'un château ancestral mais l'héritage inclut l'avarice, la tromperie et la mort. Louise passe quelques jours avec son mari, John, dans le manoir de sa belle-famille. Au cours d'une promenade en barque, elle se plaint à son mari de ce que sa belle-mère ait légué presque toute sa fortune à des œuvres de charité, en hommage à sa fille cadette, morte noyée dans l'étang quelques années auparavant. 

Voilà, c’est fait. J’ai comblé le trou. Le seul film qui manquait dans la carrière du maître Coppola. Et quel drôle de point de départ quand on connaît la suite… Depuis plus de 60 ans, ce type nous abreuve d’un cinéma démesuré, parfois mégalo, souvent génial. Mais ici, en 1963, sur Dementia 13, il apprend encore à marcher… et il le fait dans l’ombre d’un autre ogre : Roger Corman. 

L’histoire est simple, presque sèche : Louise, manipulatrice en diable, balance le corps de son mari dans un lac pour ne pas perdre l’héritage familial. Rien que ça. Elle débarque ensuite dans une grande demeure irlandaise, peuplée d’une famille déjà bien fissurée, pour jouer la veuve éplorée. Mauvaise pioche. Ici, les morts ne restent pas tranquilles et les vivants disparaissent les uns après les autres. Pas de mort naturelle, que du tranchant, du brutal, du malsain. 

On est clairement dans un film de commande, presque un exercice. Et pourtant, Coppola injecte déjà quelque chose. Pas encore la flamboyance qu’on lui connaîtra, mais une vraie envie de cinéma. Une mise en scène plus “light” en apparence, mais qui cherche constamment à créer une atmosphère. Et quand il filme cet étang la nuit, ce n’est pas pour faire joli : c’est pour faire émerger la lumière des ténèbres. Là, oui, on sent déjà le futur monstre sacré. 

Mais ne nous trompons pas : Dementia 13, c’est aussi du pur jus Corman. Petit budget, tournage rapide, efficacité avant tout. Et Coppola joue le jeu. Il apprend. Il observe. Il exécute. Par moments, on a même l’impression qu’il s’efface derrière le cahier des charges. Comme un apprenti qui sait qu’il doit d’abord prouver avant de créer. 

Côté casting, on retrouve William Campbell, Luana Anders ou encore Bart Patton, déjà vus dans The Young Racers de Corman. Et ça se sent : il y a comme un passage de témoin, une petite troupe qui suit le maître Corman d’un film à l’autre. Le jeu est parfois brut, parfois approximatif, mais il colle parfaitement à l’ambiance. Pas de glamour ici, que du visage inquiet, du regard fuyant, de la tension à fleur de peau. 

Luana Anders, surtout, impose quelque chose. Une présence étrange, presque dérangeante. Elle ne joue pas, elle s’infiltre dans le film. À l’inverse, certains partenaires semblent un peu perdus, mais ça renforce presque le malaise général. Comme si personne ne maîtrisait vraiment ce qui est en train de se passer. 

L’histoire, elle, est plus “hard” que la mise en scène. Une mécanique froide, implacable, où la famille devient un terrain de chasse. L’héritage, la folie, la mort… tout est déjà là, mais encore à l’état brut. Coppola ne cherche pas à lisser, il laisse les angles. Et c’est parfois bancal, mais jamais inintéressant. 

Visuellement, le noir et blanc fait le boulot sans jamais atteindre la splendeur. Sauf dans ces fameux plans sous-marins. Là, il y a une vraie idée, une vraie image. Comme si, déjà, Coppola voulait plonger sous la surface, aller chercher autre chose. L’origine. La mort comme essence même de l’image. 

Dementia 13, ce n’est pas encore Coppola… mais c’est déjà lui. Coincé entre l’école Corman et ses propres obsessions. Une curiosité, oui. Mais une curiosité qui vaut largement le détour, surtout quand on sait ce que ce “petit” film va engendrer derrière. 

Un passage de témoin entre deux maîtres. L’un fabrique, l’autre apprend… avant de tout explose

NOTE : 12.20

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11.90 - MON AVIS SUR LE FILM L'EMPIRE DE LA TERREUR DE ROGER CORMAN (1962)



 

Vu le Film L’Empire de la Terreur de Roger Corman (1962) avec Vincent Price Peter Loore Maggie Pierce Jaime Jameson Basil Rahtbone Debra Paget 

  • Morella : Une jeune femme sortie de pension rend visite à son père qui a refusé de la connaître, la tenant responsable de la mort de sa mère, morte en couches ... 

  • Le Chat noir : Un incorrigible alcoolique dilapide l'argent du foyer dans ses virées nocturnes, au grand dam de sa belle et tendre épouse et de leur chat noir. 

Voilà, on est en plein cœur du triptyque gothique que Roger Corman consacre à Edgar Allan Poe, et ici, il ne fait pas semblant. Trois histoires, trois descentes aux enfers, trois façons de rappeler que chez Poe, la folie n’est jamais loin… et que chez Corman, elle est déjà installée, confortablement assise dans le fauteuil. 

On commence avec Morella. Un père (Vincent Price, évidemment, impérial) enfermé dans son deuil, dans sa maison qui pue la mort et la culpabilité. Sa fille revient, et là, ça sent tout de suite le roussi, pas besoin d’allumer une bougie. Price joue ça comme un possédé contenu, une élégance morbide, un regard qui dit déjà « je suis foutu mais je vais t’embarquer avec moi ». C’est du théâtre macabre, et ça fonctionne à plein régime. 

Puis Le Chat noir, probablement le segment le plus jouissif. Là, Peter Lorre débarque, et rien que sa tronche suffit à foutre le malaise. Face à lui, Vincent Price en rival décadent, et entre les deux, une guerre d’ego, d’alcool et de femmes. On est entre la farce noire et la tragédie alcoolisée. Et quand ça bascule… enfermés son ennemi héréditaire avec sa femme, dans un mur, comme un bricolage de l’horreur version artisanale. Là, Corman s’amuse, mais il serre la vis quand il faut. Le chat noir, lui, c’est le juge silencieux. Mauvaise idée de le sous-estimer. 

Dernier segment : La Vérité sur le cas de M. Valdemar. Là, on ralentit, on hypnotise. Une histoire de mort suspendue, de corps qui refuse de partir. Encore Vincent Price, mais cette fois-ci presque déjà cadavérique. Le magnétisme, la manipulation, la science qui joue avec l’au-delà… et évidemment, ça dérape. Toujours. Parce que chez Poe, on ne triche pas avec la mort, et chez Corman, on le paie cash. 

Ce qui frappe, c’est cette ambiance. Corman sait mettre l’ambiance, par ses plans serrés, sa mise en scène certes minimaliste mais tellement anxiogène avec ses ombres, ses lumières, ses bruits venant de l’au-delà. Ça bruime, ça claque des dents. On est enfermés avec ces personnages, dans leurs obsessions, leurs névroses, leurs délires. Pas d’échappatoire. 

Sans Vincent Price et Peter Lorre, un Corman ne nous ferait pas peur. Ils portent tout. Price, c’est la noblesse en décomposition. Lorre, c’est la folie à visage humain. Ensemble, c’est un carnaval de la démence. 

Corman ne cherche pas la subtilité moderne. Il va droit dans la psyché malade, dans l’obsession, dans la vengeance. C’est frontal, presque brutal, mais fidèle à l’esprit de Edgar Allan Poe. Pas une adaptation sage, non, une adaptation vécue comme un cauchemar. 

C’est exactement ce que je me faisais des films de Corman adaptés de Poe. Ceux qu’on découvrait au Brady, ou sur l’écran noir de nos nuits blanches. Et après ça, forcément… nos nuits deviennent agitées, peuplées de fous furieux qui la seule réserve qu’ils ont est qu’ils n’en ont pas. 

Un film à l’ancienne, bricolé, imparfait, mais habité. Et surtout : inoubliable dans ses visions. 

NOTE : 11.90

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