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lundi 23 février 2026

13.20 - MON AVIS SUR LE FILM BILLY LE MENTEUR DE JOH SCHLESINGER (1963)


 Vu le Film Billy le Menteur de John Schlesinger (1963) avec Tom Courtenay Julie Christie Gwendolyn Watts Helen Fraser Wilfred Pickels Mona Washbourne Ethel Griffies 

 

Billy Fisher vit dans le Yorkshire avec ses parents et sa grand-mère. Il souhaite s'éloigner de son travail étouffant et de sa vie de famille ennuyeuse. Pour échapper à cette monotonie, il ne cesse de rêver et de fantasmer en s'imaginant être le dirigeant et le héros militaire d'un pays appelé Ambrosia. Dans ses fantasmes, il prononce des discours devant de grandes foules et invente des histoires sur lui-même et sa famille, ce qui lui vaut le surnom de Billy le menteur. 

 

Billy le menteur de John Schlesinger est une comédie très british, douce-amère, qui observe son héros avec tendresse… mais sans complaisance. 

Billy Fisher (Tom Courtenay), c’est un peu notre Tanguy à nous — il ne danse pas, mais il habite toujours chez ses parents. Et eux sont désespérés de le voir aussi passif dans sa vie, même à l’intérieur de la maison. Toujours là, jamais vraiment présent. 

Il travaille aux pompes funèbres. Rien que ça. Un décor idéal pour un garçon qui refuse d’entrer dans le monde des adultes. Ce boulot ne le rend pas heureux, évidemment. Alors il s’évade. Il ment. Beaucoup. Trop. 

Pour ponctuer ses journées, il s’invente une vie. Dans ses fantasmes, il devient chef d’État d’un pays imaginaire, Ambrosia. Il harangue les foules qui le vénèrent. Il prononce des discours enflammés. Il est admiré, puissant, charismatique. Dans la réalité ? Il accumule les fiançailles et les lâchetés. 

Car Billy est fiancé à deux jeunes femmes à la fois, sans jamais oser trancher. Jusqu’à l’arrivée de Liz, incarnée par Julie Christie, libre, moderne, lumineuse. Elle représente Londres, l’élan, le mouvement. Tout ce que Billy rêve d’être — sans jamais vraiment oser le devenir. 

Tom Courtenay tient son rôle avec perfection. Il est souvent drôle, parfois poétique, toujours fragile. Il donne à Billy cette énergie adolescente coincée dans un corps d’adulte. On rit de ses mensonges, mais on perçoit vite le malaise. Car derrière le fabulateur se cache un jeune homme terrifié par le réel. 

Billy refuse le monde des adultes : mariage, travail, responsabilité, conformisme. Il préfère la confortable bulle fantaisiste qu’il s’est fabriquée. Le problème, c’est que les deux mondes — fantasme et réalité — se révèlent incompatibles. Et Billy, en plus d’être un menteur, est un lâche. 

Le scénario, adapté du roman de Keith Waterhouse, joue subtilement sur cette oscillation permanente entre imaginaire flamboyant et quotidien grisâtre. Schlesinger filme les séquences de rêve avec une ironie presque satirique, tandis que la réalité est captée avec un naturalisme très britannique, presque documentaire. 

La famille de Billy est formidablement campée. Les accents, les intonations, les silences à table : tout sonne juste. On sent le poids du foyer provincial, l’Angleterre encore corsetée du début des années 60. 

Et puis il y a Londres. Schlesinger profite du film pour montrer une capitale en pleine métamorphose. On sent déjà le vent du Swinging London qui arrive. Liz en est le symbole : indépendante, en mouvement, tournée vers demain. 

La mise en scène est fluide, jamais démonstrative. Schlesinger observe son personnage sans le juger frontalement, mais le constat est clair : à force de rêver sa vie, Billy finit par la rater. 

La dernière séquence résume tout. Le choix est possible. L’échappée est là. Mais encore faut-il avoir le courage de monter dans le train. 

Film très sympathique british qui donne le sourire — un sourire mélancolique. On rit des mensonges de Billy, mais on comprend qu’ils sont le symptôme d’un malaise générationnel. 

Une comédie douce-amère sur l’immaturité, le refus de grandir, et la difficulté d’oser vivre vraiment. Et Tom Courtenay, magnifique funambule entre drôlerie et tristesse, en est l’âme fragile.

NOTE : 13.20

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

11.10 - MON AVIS SUR LE FILM LA JOYEUSE SUICIDEE DE WILLIAM A.WELLMAN (1938)

 


Vu le Film La Joyeue Suicidée de William A.Wellman (1938) avec Frédric March Carole Lombard Charles Winniger Waler Connoly Sig Ruman Alex Schoenberg Montry Wooley Alex Novisky Frank Fay 

Wallace Cook, journaliste au Morning Star, est sanctionné par son patron, qui lui propose, pour revenir en grâce, d'écrire une série d'histoires sur la malchanceuse Hazel Flagg. Miss Hazel Flagg fait partie des Radium Girls : elle a travaillé pour les montres Paragon, qui font vivre la petite ville (fictive) de Warsaw dans l'État du Vermont dans le Nord-Est des États-Unis. Quand, à la suite d'un épisode d'asthénie, son médecin, l'incapable Dr Downer, diagnostique un empoisonnement par le radium, son cas s'ébruite malgré la consigne de silence qui pèse sur Warsaw, et le journaliste Wally Cook vient enquêter. En fait, la jeune femme n'est pas malade, mais elle accepte de se rendre à New York pour y vivre, aux frais du Morning Star, ses dernières semaines de « victime de la course à la prospérité américaine. » 

La Joyeuse Suicidée de William A. Wellman (titre original Nothing Sacred) est classé dans cette délicieuse case qu’on appelle la screwball comedy — ce moment bénit des années 30 où Hollywood décidait que la crise économique se combattrait à coups de répliques cinglantes et de quiproquos absurdes. 

L’histoire est aussi simple qu’efficace. Wallace Cook (Fredric March), jeune journaliste impétueux, sûr de lui, un peu trop d’ailleurs, se retrouve éclaboussé par un scandale après avoir publié un faux scoop. Pour redorer son blason, il part en quête d’une histoire « humaine ». Il croit la trouver en la personne de Hazel Flagg (Carole Lombard), modeste habitante du Vermont prétendument condamnée par un empoisonnement au radium. 

Sauf que — tragico/comique oblige — Hazel n’est pas du tout mourante. Elle apprend qu’elle est en parfaite santé… mais décide de jouer le jeu. Direction New York, où elle devient la coqueluche médiatique, l’icône tragique que l’Amérique veut embrasser avant sa « fin » annoncée. 

On est en plein dans la comédie typique des années 30 : faire sourire un public qui en avait bien besoin. Wellman découvre ici l’humour potache, presque burlesque, loin de ses fresques plus rugueuses. Il s’amuse avec la satire des médias, la fabrication du sensationnel, la compassion de façade. 

Mais le cœur du film, c’est le duo. 

Carole Lombard s’amuse beaucoup — et ça se voit. Elle cabotine avec grâce, joue les ingénues rouées, passe de la fausse fragilité à la malice pure en un battement de cils. Elle comprend parfaitement le tempo screwball : débit rapide, regards qui pétillent, ironie permanente. Elle tient le film à elle seule par son énergie. 

Fredric March, lui, me paraît moins joueur. Il est solide, professionnel, mais moins dans la fantaisie. Son Wallace Cook est plus raide, plus ancré dans une comédie de mœurs classique que dans la folie douce que Lombard embrasse pleinement. Le déséquilibre fait parfois partie du charme, mais on sent qu’elle s’en donne à cœur joie pendant qu’il garde un pied dans le sérieux. 

Le scénario joue sur un thème sensible — la tromperie et la mort imminente d’une personne — mais sans véritable ressort dramatique. On frôle la noirceur sans jamais s’y engager. Pas de vraie gravité, donc pas de grande tension comique non plus. La mécanique repose davantage sur la situation que sur un crescendo dramatique. 

La mise en scène de Wellman est efficace, nerveuse, sans esbroufe. Il filme les foules new-yorkaises, l’agitation des rédactions, les réceptions mondaines avec un sens du rythme certain. Ce n’est pas son terrain de prédilection, mais il s’y promène avec curiosité. On sent le cinéaste explorer un autre registre, tester une légèreté nouvelle. 

La satire des médias est d’ailleurs étonnamment moderne : fabrication d’émotion, emballement collectif, besoin de héros sacrificiels. Sous les rires, il y a une petite pique bien sentie. 

Est-ce le meilleur de Wellman ? Peut-être pas dans l’absolu. Mais c’est un Wellman, donc cela se regarde avec plaisir et curiosité. Même lorsqu’il s’essaie à la comédie mondaine, il garde une tenue, une précision. 

Sympathique comédie, portée surtout par une Carole Lombard rayonnante. Un film qui ne bouleverse pas, mais qui sourit — et parfois, dans les années 30 comme aujourd’hui, c’est déjà beaucoup.

NOTE : 11.10

FICHE TECHNIQUE


NOTE : 11.10

FICHE TECHNIQUE

Acteurs non crédités