Pages

dimanche 1 novembre 2026

HISTOIRE D'UNE CHANSON - OVER THE ARAINBOW PAR JUDY GARLAND (LE MAGICIEN D'OZ)

 


#HistoireChansondeFilm , Auourd'hui le top mythique Over the Rainbow du film Le Magicien d'Oz.


Over the Rainbow est l'une des chansons les plus connues de la fin des années 1930. Incarnant les espoirs et les rêves d'une jeunesse aspirant à un monde idéal d'amour et de joie, la chanson fut écrite en une nuit par Harold Arlen pour Judy Garland qui l'interpréta dans le film Le Magicien d'Oz, et elle devint le thème musical qui devait bercer toute sa vie. En effet, on lui demanda de l'interpréter à presque toutes ses apparitions publiques.

La mélodie plaintive et les paroles simples de la chanson racontent le désir d'une adolescente de s'échapper du « désordre sans espoir » de ce monde (hopeless jumble), de la tristesse des gouttes de pluie, vers un nouveau monde plein de couleurs « par-delà l'arc-en-ciel » (over the rainbow). Cette chanson exprime aussi la croyance enfantine selon laquelle les cieux ouvriront un passage vers un lieu où « les soucis fondent comme des bonbons au citron » (troubles melt like lemon-drops).

De la même manière que White Christmas de Irving Berlin, cette chanson fut adoptée par les troupes américaines combattant en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale, comme un symbole des États-Unis, la terre lointaine qui, après de longues années de guerre, apparaissait comme un rêve derrière un arc-en-ciel. Dans les années 1970, cette chanson a aussi été le déclencheur de la révolution homosexuelle et de la Gay Pride dans les émeutes de Stonewall, l'arc-en-ciel étant le signe de la communauté LGBT. Aujourd'hui, il peut nous échapper que la chanson avait un long couplet d'introduction, puisque celui-ci ne fut pas chanté dans le film par Judy Garland.

En 2004, la chanson est 1re au classement AFI's 100 Years... 100 Songs des 100 plus grandes chansons de films du cinéma américain.

Dans l'ensemble, la musique du film est assez énergique, ce qui contraste avec cette mélodie calme et posée. Cette chanson est très fortement inspirée du Chant à la Lune de l'opéra Rusalka (Dvořák), une œuvre jouée pour la première fois aux Etats-Unis en 1935.

Cette chanson, en tous cas, était l'une des préférées du producteur associé, Arthur Freed.Une partie de la chanson fut bel et bien coupée du film. Un couplet supplémentaire aurait dû être chanté au moment où Dorothée est enfermée dans une salle du château de la sorcière.

Un enregistrement de démo subsista, et fut inclus dans le coffret CD Deluxe. Dans cette édition, Dorothée chante en pleurant, mais incapable de finir, conclut, en larmes, « J'ai peur, Tante Em, j'ai peur ! » (I'm frightened, Auntie Em, I'm frightened!).

Cette phrase fut gardée dans le film, suivie immédiatement d'une apparition de Tante Em dans la boule de cristal de la sorcière, puis remplacée par une image de la sorcière se moquant de Dorothée, puis se tournant vers la caméra et riant de façon effrayante à l'intention du public.

On parle souvent de cette chanson sous le titre Somewhere Over the Rainbow, alors que la chanson n'est en fait intitulée que sobrement Over the Rainbow.

L'introduction ne fut jamais utilisée dans le film, il ne fut d'ailleurs jamais question de l'utiliser. Elle fut plus souvent jouée lors d'adaptations théâtrales du Magicien d'Oz. Cependant, les chanteurs contemporains l'utilisent souvent pour rallonger le titre sur leur album.

Le second couplet aurait dû être interprété par Dorothée quand elle est enfermée dans une salle du château de la sorcière. Pourtant, cette décision ne fut jamais appliquée, et Dorothée ne fit que reprendre le couplet principal.

La seule fois où le second couplet fut utilisé fut pendant l'enregistrement de The Wizard of Oz In Concert (Le Magicien d'Oz en concert), au cours duquel elle fut interprétée par la chanteuse et parolière Jewel. Le second couplet est chanté occasionnellement dans des productions théâtrales, il est le moins connu de la chanson.

En 1939, la chanteuse Léo Marjane reprend la chanson originale du film Le Magicien d'Oz dans une version française.

En 1958, le chanteur Gene Vincent reprend le titre pour Capitol Records

En 1980, le chanteur Jerry Lee Lewis en sort une reprise country sur son album Killer Country et elle devient par la suite un standard de l'artiste.

En 1981, le chanteur Phil Collins interprète Over the Rainbow à voix basse et insérée dans son tout premier album Face Value à la fin de la reprise des Beatles Tomorrow Never Knows en morceau caché.

En 1981, le chanteur Willie Nelson sort un album éponyme. Sur la face 2, il interprète en version country Over the Rainbow. l'album se classe 31 dans l'US chart.

En 1991, la chanteuse Shanice reprend la mélodie du refrain de Over the Rainbow dans l'intro de la chanson You Didn't Think I'd Come Back This Hard sortie sur l'album Inner Child.

En 1992, le groupe britannique Erasure reprend Over the Rainbow durant toute sa tournée The Phantasmagorical Entertainment. Le DVD The Tank, The Swan and The Balloon rééditait en 2004 l'un des concerts de cette tournée (initialement filmé le 8 juin 1992), incluant la reprise de la chanson.

En 1993, le chanteur Israel Kamakawiwo'ole, aussi connu sous le nom de IZ, doit sa renommée internationale grâce au pot-pourri qu'il a fait de cette chanson avec What a Wonderful World : Over the Rainbow / What a Wonderful World, qu'on retrouve dans de nombreux films. Cette version de la chanson est d'ailleurs la plus populaire.

En 1999, le chanteur Calvin Russell, reprend la chanson dans une version folky/bluesy sur l'album SAM

La version de Harry Nilsson est également largement diffusée, au cinéma, comme sur des compilations. La réalisatrice Nora Ephron a utilisé deux versions différentes de la chanson dans ses films Nuits blanches à Seattle (Sleepless in Seattle) (1993) et Vous avez un message (You've Got Mail) (1998). Les versions utilisées sont interprétées par Ray Charles puis Harry Nilsson, mais seulement cette dernière est incluse sur la « bande originale » (B.O.) à la sortie des films.

En 2017, la jeune chanteuse Grace VanderWaal reprend la chanson sur la version japonaise de son premier album Just the Beginning.

En juin 2017, la chanteuse Ariana Grande reprend la chanson lors de son concert « One Love Manchester » en hommage aux victimes de l'attentat survenu dans cette même ville le 22 mai 2017. La reprise[3] a tellement ému ses fans qu'elle décide trois jours après le concert d'en faire un single dont les bénéfices seront reversés aux familles des victimes.

En janvier 2024, la chanteuse norvégienne AURORA reprend la chanson lors d'un live Queer Sounds, projet visant à sensibiliser les gens aux discriminations subies par les personnes de la communauté LGBTQIA+

https://www.youtube.com/watch?v=cUvLUAKfN20

10.40 - MON AVIS SUR LE FILM FIFI MARTINGALE DE JACQUES ROZIER (2001)


Vu le film Fifi Martingale de Jacques Rozier (2001) avec Lydia Feld Jean Lefebvre Luis Rego Jacques Petitjean Mike Marshall Yves Afonso Alexandra Stewart Jacques François Roger Trapp


Fifi Martingale est typiquement un film de Rozier dans sa phase la plus décontractée et digressive. Le côté branquignole y est très marqué : on a l’impression d’une bande de gens qui bricolent ensemble, où les répétitions dérapent, les digressions s’installent, et où le chaos n’est pas seulement un thème mais aussi une manière de tourner.

Ce n’est pas du chaos calculé à la manière d’un film de studio ; c’est plutôt celui d’une troupe qui s’adapte en direct, avec des acteurs qui semblent parfois jouer leurs propres hésitations. Rozier aime ce flottement, ce moment où la scène n’est pas encore calée et où quelque chose d’imprévu (un accident, un acteur qui débarque, un texte qui change) vient tout décaler.

L’effet de troupe dans les répétitions est sans doute le cœur du film. On y voit une compagnie de boulevard qui doit répéter L’Œuf de Pâques tout en intégrant les modifications de l’auteur (Mike Marshall), convaincu qu’une cabale se monte contre lui après un Molière.

Les répétitions deviennent un théâtre dans le théâtre : les acteurs reprennent leurs rôles, se corrigent, s’interrompent, commentent le texte, et le film les filme souvent comme une bande en train de chercher. On sent le plaisir (et parfois l’ennui) de la répétition elle-même, avec ses temps morts, ses blagues internes, ses façons de se parler.

C’est très « troupe » : chacun a son tempérament, ses habitudes, et le metteur en scène n’est pas vraiment au-dessus de la mêlée. Le film-dans-le-film de Rozier fonctionne ici comme une mise en abyme assez directe : le cinéma observe le théâtre qui se fabrique, avec la même désinvolture apparente. Rozier filme ces moments comme s’il était presque à l’intérieur de la répétition, sans chercher à tout lisser.

Jean Lefebvre y est vraiment à sa place. Il joue Gaston Manzanarès, un type un peu en marge, ami de Fifi, qui débarque avec sa mémoire photographique et qui se retrouve à prendre un rôle en catastrophe. Lefebvre apporte ce mélange très particulier de gentillesse un peu naïve, de débrouillardise un peu limite, et de cette façon de parler qui donne l’impression qu’il invente à moitié ses répliques.

Ce n’est pas un grand rôle « dramatique » ; c’est plutôt le personnage qui incarne le branquignol sympathique, celui qui arrive, qui s’incruste, qui a un plan à côté (sa propre compagnie, le flamenco, le jeu…), et qui finit par déstabiliser un peu plus le dispositif. C’est d’ailleurs son dernier film, et on y retrouve bien ce côté d’acteur populaire qui sait tenir une scène sans forcer, avec une présence à la fois discrète et très identifiable. Il s’intègre naturellement dans cette ambiance de troupe un peu paumée, ce qui renforce l’impression d’ensemble.

Dans l’ensemble, le film marche surtout si on accepte son rythme un peu flottant et ses digressions (le casino, le flamenco, les histoires de mémoire et de jeu). Ce n’est pas un film « propre » ; c’est un objet un peu bancal, un peu trop long par moments, mais qui garde ce charme très Rozier d’une vie de troupe qui déborde, avec le théâtre comme prétexte et comme miroir. Lefebvre y est un des éléments les plus attachants de ce bricolage.

NOTE : 10.40
DISTRIBUTION




11.50 - MON AVIS SUR LE FILM MA POMME DE MARC GILBERT SAUVAJON (1950)

 


Vu le film Ma Pomme de Marc Gilbert Sauvajon (1950) avec Maurice Chevalier Raymond Bussières Jacques Baumer Jean Wall Sophie Desmarest Jane Marken Jean Hebey François Joux Félix Paquet Jaques Dynam Dominique Davray


Il y a des chansons qui restent tellement accrochées à un interprète qu'on a du mal à imaginer quelqu'un d'autre les chanter, et « Ma pomme » fait incontestablement partie de celles-là. Quand on évoque Maurice Chevalier, on retrouve aussitôt son canotier, son accent de titi parisien, sa gouaille et cette façon bien à lui de chanter qui donne l'impression qu'il vous raconte ses petites histoires au comptoir d'un bistrot. Pourtant, cette chanson n'est pas née avec le film qui porte son nom, puisqu'elle avait été créée en 1931 pour L'Homme du jour de Julien Duvivier, déjà interprétée par Chevalier. Sa reprise dans Ma Pomme montre à quel point elle était devenue indissociable de son interprète, bien davantage que d'une œuvre cinématographique.


Réalisé par Marc-Gilbert Sauvajon, ce film tourné en 1950 nous raconte l'histoire d'un vagabond surnommé « Ma Pomme », qui mène une existence sans grandes prétentions, jusqu'au jour où il apprend qu'il vient d'hériter d'une fortune considérable. Seulement voilà, notre homme n'est pas particulièrement emballé par cette perspective et se demande si tous ces millions vont réellement améliorer son existence. Le problème, c'est que les autres héritiers ne pourront toucher leur part que si lui-même accepte la sienne. Le voilà donc devenu la cible de toutes les pressions, entre ceux qui cherchent à le convaincre et ceux qui voient déjà leur fortune leur échapper. Une situation qui ne manque pas de possibilités comiques, surtout lorsqu'on oppose la simplicité d'un vagabond à l'appétit financier de ceux qui l'entourent.


C'est le grand Maurice Chevalier que l'on retrouve ici dans une comédie dramatique qui possède encore ce parfum des productions françaises des années 30, alors que nous sommes pourtant en 1950. Il pousse la chansonnette à quatre reprises, avec naturellement le morceau vedette « Ma Pomme », qu'il interprète avec cette gouaille de Ménilmontant qui a fait sa réputation. Son personnage lui va comme un gant, même si l'on sent que le film repose énormément sur sa personnalité et son immense popularité.


Mais il ne faudrait pas oublier les autres comédiens, car cette distribution réserve également de belles satisfactions, avec notamment un très grand Raymond Bussières, qui apporte sa présence, son naturel et cette truculence dont il avait le secret. On retrouve également autour de Chevalier des seconds rôles qui donnent à cette petite histoire d'héritage toute sa saveur, sans chercher à transformer l'affaire en grande comédie à effets.


Ma Pomme est un film charmant, drôle et sans prétention, qui nous replonge dans un cinéma populaire où l'on savait encore raconter une histoire avec quelques personnages bien dessinés, des situations amusantes et des chansons qui faisaient partie du spectacle. Ce n'est certes pas le film qui aura laissé la plus grande empreinte dans l'histoire du septième art, mais il permet de retrouver un Maurice Chevalier en pleine possession de ses moyens, et un Raymond Bussières particulièrement réjouissant. On passe un bon moment en compagnie de ces deux-là, et finalement, si la chanson a largement survécu au film, celui-ci mérite tout de même qu'on lui accorde une petite visite. Ma pomme, ce n'est peut-être pas grand-chose, mais avec Maurice Chevalier, ça a tout de même de la gueule !


Il y a des chansons qui restent tellement accrochées à un interprète qu'on a du mal à imaginer quelqu'un d'autre les chanter, et « Ma pomme » fait incontestablement partie de celles-là. Quand on évoque Maurice Chevalier, on retrouve aussitôt son canotier, son accent de titi parisien, sa gouaille et cette façon bien à lui de chanter qui donne l'impression qu'il vous raconte ses petites histoires au comptoir d'un bistrot. Pourtant, cette chanson n'est pas née avec le film qui porte son nom, puisqu'elle avait été créée en 1931 pour L'Homme du jour de Julien Duvivier, déjà interprétée par Chevalier. Sa reprise dans Ma Pomme montre à quel point elle était devenue indissociable de son interprète, bien davantage que d'une œuvre cinématographique.


Réalisé par Marc-Gilbert Sauvajon, ce film tourné en 1950 nous raconte l'histoire d'un vagabond surnommé « Ma Pomme », qui mène une existence sans grandes prétentions, jusqu'au jour où il apprend qu'il vient d'hériter d'une fortune considérable. Seulement voilà, notre homme n'est pas particulièrement emballé par cette perspective et se demande si tous ces millions vont réellement améliorer son existence. Le problème, c'est que les autres héritiers ne pourront toucher leur part que si lui-même accepte la sienne. Le voilà donc devenu la cible de toutes les pressions, entre ceux qui cherchent à le convaincre et ceux qui voient déjà leur fortune leur échapper. Une situation qui ne manque pas de possibilités comiques, surtout lorsqu'on oppose la simplicité d'un vagabond à l'appétit financier de ceux qui l'entourent.


C'est le grand Maurice Chevalier que l'on retrouve ici dans une comédie dramatique qui possède encore ce parfum des productions françaises des années 30, alors que nous sommes pourtant en 1950. Il pousse la chansonnette à quatre reprises, avec naturellement le morceau vedette « Ma Pomme », qu'il interprète avec cette gouaille de Ménilmontant qui a fait sa réputation. Son personnage lui va comme un gant, même si l'on sent que le film repose énormément sur sa personnalité et son immense popularité.


Mais il ne faudrait pas oublier les autres comédiens, car cette distribution réserve également de belles satisfactions, avec notamment un très grand Raymond Bussières, qui apporte sa présence, son naturel et cette truculence dont il avait le secret. On retrouve également autour de Chevalier des seconds rôles qui donnent à cette petite histoire d'héritage toute sa saveur, sans chercher à transformer l'affaire en grande comédie à effets.


Ma Pomme est un film charmant, drôle et sans prétention, qui nous replonge dans un cinéma populaire où l'on savait encore raconter une histoire avec quelques personnages bien dessinés, des situations amusantes et des chansons qui faisaient partie du spectacle. Ce n'est certes pas le film qui aura laissé la plus grande empreinte dans l'histoire du septième art, mais il permet de retrouver un Maurice Chevalier en pleine possession de ses moyens, et un Raymond Bussières particulièrement réjouissant. On passe un bon moment en compagnie de ces deux-là, et finalement, si la chanson a largement survécu au film, celui-ci mérite tout de même qu'on lui accorde une petite visite. Ma pomme, ce n'est peut-être pas grand-chose, mais avec Maurice Chevalier, ça a tout de même de la gueule 


https://www.youtube.com/watch?v=UjCODmD88Ic


NOTE : 11.50

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION



samedi 31 octobre 2026

14.10 - MON AVIS SUR LE FILM LE PASSAGE DE BRANDT ANDERSEN (2024)

 


Vu le film Le Passage (I was a Stranger) de Brandt Andersen (2024) avec Yasmine Al Massri Omar Sy Ziad Bakri Yasmine Al Massri Constantine Markoulakis Jason Beghe Angelikí Papoúlia Saleh Bakri


Voilà donc un film qui aura mis plus de deux ans à arriver sur nos écrans après sa présentation à Berlin en février 2024, et l'on peut légitimement se demander pourquoi une telle attente. La seule présence d'Omar Sy, même dans un registre très éloigné de celui de Lupin, aurait pourtant dû éveiller la curiosité des distributeurs. Il faut dire que l'acteur s'aventure ici sur un terrain autrement plus dramatique, dans une histoire qui ne cherche pas vraiment à nous divertir, mais plutôt à nous confronter à une réalité particulièrement douloureuse.

Pour son premier long-métrage, Brandt Andersen, producteur devenu réalisateur, développe son court-métrage Refugee, qui avait figuré sur la shortlist des Oscars. Il s'attaque à un sujet immense, celui de l'exil des populations syriennes, avec une histoire qui nous entraîne dans une succession de destins humains liés par les circonstances et la nécessité de survivre.

Le film s'ouvre sur une citation de Shakespeare, tirée de The Stranger's Case, avant de nous présenter Amira, interprétée par Yasmine Al Massri, une médecin installée à Chicago en 2023. Un message reçu à l'occasion de son anniversaire fait remonter à la surface les souvenirs de son existence passée à Alep, en Syrie, lorsque la guerre a bouleversé sa vie et celle de sa fille. À partir de là, le récit remonte le temps et nous entraîne dans une construction en cinq chapitres qui vont progressivement se rejoindre.

Nous découvrons ainsi le parcours d'Amira, celui de Mustafa, un soldat interprété par Yahya Mahayni, de Marwan, un passeur incarné par Omar Sy, de Fathi, un poète joué par Ziad Bakri, et enfin de Stavros, capitaine des garde-côtes grecs interprété par Constantine Markoulakis. Cinq personnages, cinq situations différentes, mais un même horizon qui se dessine, celui d'une traversée où chaque décision peut avoir des conséquences irréversibles.

La construction rappelle certains films choraux comme Crash ou Babel, avec cette volonté de montrer comment des événements apparemment indépendants finissent par se rejoindre et modifier le destin de chacun. Brandt Andersen joue sur les chevauchements temporels, nous faisant découvrir progressivement les circonstances qui ont conduit ces personnages à se retrouver au même endroit, au même moment, dans une nuit où la survie de plusieurs personnes reste incertaine.

La force principale du film réside dans sa tension nerveuse, avec une caméra portée qui nous plonge au cœur de l'action et des cliffhangers qui entretiennent un rythme de thriller malgré la gravité du sujet. La photographie de Jonathan Sela et le montage participent pleinement à cette sensation de chaos et d'urgence. Plusieurs séquences fonctionnent comme de véritables coups de poing sensoriels et émotionnels, le réalisateur parvenant souvent à nous faire ressentir les événements plutôt qu'à nous les expliquer. Yasmine Al Massri est particulièrement convaincante et donne à son personnage une dimension humaine qui évite de le réduire à une simple victime de la tragédie syrienne.

Le cinéaste ne cherche pas seulement à raconter une traversée de la Méditerranée, mais à montrer toute la chaîne humaine qui se cache derrière le phénomène migratoire. Il ne distribue pas les bons et les mauvais points de manière aussi simpliste que l'on pourrait le craindre. Le soldat est confronté à sa conscience, le capitaine à ses responsabilités et les familles à des choix que personne ne devrait avoir à faire. Chacun est enfermé dans une situation où la frontière entre le devoir, l'intérêt personnel et l'humanité devient particulièrement fragile.

Mais il y a tout de même un bémol, et il concerne justement Omar Sy. Son personnage de Marwan constitue un contre-emploi assez radical pour le comédien. À Izmir, ce passeur cynique et impitoyable organise les départs des migrants sans se soucier réellement de leur sort, avec cette philosophie commerciale assez glaçante : qu'ils s'en sortent ou pas, ils payent pareil ! Il traite les êtres humains comme une marchandise, mais derrière cette façade de trafiquant sans scrupules se cache aussi un père tendre qui économise pour son fils malade, lequel rêve de partir à Chicago. L'intention de Brandt Andersen est évidente : montrer que même celui qui exploite la misère des autres reste un être humain, pris lui aussi dans une logique de survie et de sacrifice familial.

Seulement, le résultat ne fonctionne pas toujours. Le personnage paraît parfois trop caricatural, et le contraste entre le cynisme du passeur et la tendresse du père manque de naturel. Omar Sy semble même parfois forcer son interprétation, ce qui affaiblit une séquence pourtant importante dans l'économie du récit. C'est dommage, car ce personnage devait apporter une ambiguïté morale intéressante, mais son écriture et son interprétation ne permettent pas toujours de dépasser le procédé. On peut comprendre ce que le réalisateur cherche à nous montrer sans être totalement convaincu par la manière dont il s'y prend.

On pourra également reprocher au film quelques passages un peu appuyés dans leur recherche d'émotion, avec cette volonté de souligner les situations les plus dramatiques, notamment lorsque des enfants sont directement menacés. Mais le sujet ne prête guère à la légèreté et le réalisateur veut manifestement nous faire comprendre le coût humain de cette tragédie, sans se réfugier derrière les chiffres et les statistiques que l'on entend quotidiennement.

Avec Le Passage, Brandt Andersen signe un premier long-métrage ambitieux, parfois démonstratif et inégal dans le traitement de ses personnages, mais qui possède une vraie puissance dans ses séquences de tension et sa construction chorale. Le film parvient souvent à nous faire ressentir l'urgence et la détresse de ceux qui n'ont plus d'autre choix que de fuir, même si tout n'est pas également convaincant. Un film coup de poing, nécessaire et souvent puissant, qui humanise une réalité trop souvent réduite à des débats politiques et à des images de journaux télévisés. Reste cette curieuse question de sa distribution française tardive : deux ans pour arriver jusqu'à nous, alors qu'il y avait tout de même Omar Sy à l'affiche !

NOTE : 14.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION