Vu le film Quand Vient la Nuit de Michael R.Roskam (2014) avec Tom Hardy Noomi Rapace Matthias Schoenaerts James Gandolfini John Ortiz Elizabeth Rodriguez Morgan Spector James Frechville
Il semble toujours difficile pour un réalisateur européen, après un premier film réussi comme Bullhead, de faire ses premiers pas dans l’univers d’Hollywood. On lui permet souvent de faire ses gammes en tant que filmmaker, mais avec cette curieuse impression qu’il doit quand même rester à sa place. Et bien Michael R. Roskam, lui, arrive avec ses habitudes européennes et surtout avec des acteurs qui le sont tout autant, Noomi Rapace, Tom Hardy et Matthias Schoenaerts, pour adapter une œuvre de Dennis Lehane, l’auteur de Mystic River. Et le résultat est un vrai thriller, qui peut rappeler le film déjà cité ou certains films réalisés par Ben Affleck.
On est pourtant davantage dans le thriller que dans le film d’action, car malgré les personnages et le milieu dans lequel ils évoluent, il ne se passe finalement pas énormément de choses. Mais ce n’est absolument pas gênant, car Quand vient la nuit est avant tout un film d’ambiance, dans lequel Roskam prend son temps pour nous permettre de découvrir petit à petit la véritable nature des personnages.
Bob Saginowski, barman solitaire interprété par Tom Hardy, travaille dans un bar de Brooklyn appartenant à son cousin Marv, joué par James Gandolfini, ancien caïd qui a perdu beaucoup de son pouvoir. Le bar sert également de « Drop Bar », ces établissements utilisés par la mafia pour blanchir son argent. Lorsque le bar est braqué, Bob se retrouve malgré lui au centre d’une histoire qui va faire remonter à la surface de vieux drames et surtout réveiller des personnages qui n’ont pas grand-chose à perdre.
Car ici, tout le monde ment et personne n’est vraiment celui qu’il prétend être. Certains se donnent plus de pouvoir qu’ils n’en ont réellement, d’autres jouent les salauds alors qu’ils sont beaucoup plus fragiles qu’ils veulent le laisser croire. Et puis il y a ceux qui sont transparents, comme le dit finalement un flic, capables de manipuler leur petit monde pour parvenir à leur propre quête.
Bob est justement de ceux-là. Un homme solitaire, presque effacé, qui semble vivre en marge des autres et dont le seul véritable lien avec l’extérieur passe par un chien battu qu’il recueille. Un chien que BB aurait probablement apprivoisé depuis longtemps, mais Tom est déjà sur le coup.
Roskam filme d’ailleurs souvent comme James Gray, en s’intéressant à l’animalité des personnages, à leurs instincts, à leur violence contenue et à cette manière qu’ils ont de se regarder avant de passer à l’acte. Et le chien devient presque le représentant de cette animalité, miroir de personnages qui essaient tant bien que mal de rester humains.
Tout est filmé au plus près des acteurs, sur leurs visages, leurs regards, leurs silences et leurs expressions. La femme est ici presque laissée pour compte, voire légèrement sacrifiée, ne servant finalement qu’à garder le chien et à créer un lien avec Bob. Le film est surtout une affaire d’hommes, de solitude, de violence et de rapports de domination.
Tom Hardy confirme ici, après treize ans de carrière et surtout depuis Bronson, qu’il est un grand acteur. Il possède cette faculté assez rare de faire passer énormément de choses sans avoir besoin d’en faire des tonnes. Même sans expression, il est parfois plus expressif que la majorité des acteurs français, n’est-ce pas Guillaume !
À l’écran, Roskam nous offre également un duo féroce entre Tom Hardy et Matthias Schoenaerts, deux hommes qui semblent constamment se mesurer, avec une violence à fleur de peau et des sous-entendus à peine voilés. L’absence presque totale de femmes dans leur cercle renforce encore cette impression de confrontation permanente, comme si chacun cherchait à savoir jusqu’où l’autre est capable d’aller.
La violence, justement, surgit de manière aussi inattendue que prévisible, parce que Roskam nous fait comprendre dès le début que tout cela finira forcément par exploser. Il ne cherche pas l’action permanente, il préfère installer une tension qui monte lentement, jusqu’au moment où les masques tombent.
Quand vient la nuit est donc un thriller sombre, froid et surtout très humain dans ce qu’il montre de ses personnages, avec un réalisateur européen qui semble avoir parfaitement compris qu’Hollywood ne l’obligeait pas forcément à abandonner sa manière de filmer. Il garde cette proximité avec les acteurs, cette attention aux silences et cette fascination pour des hommes qui cachent beaucoup plus qu’ils ne veulent bien le montrer.
Et finalement, dans ce bar où circule l’argent sale, où chacun ment et où personne ne fait vraiment confiance à personne, le plus honnête de toute l’histoire est peut-être encore le chien. Ce qui, dans ce genre de film, est déjà un sacré compliment.
NOTE : 15.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Michaël R. Roskam
- Scénario : Dennis Lehane d'après sa nouvelle Sauve qui peut et de son roman Quand vient la nuit
- Direction artistique : Thérèse DePrez
- Décors :
- Costumes : David C. Robinson
- Montage : Christopher Tellefsen
- Musique : Marco Beltrami et Raf Keunen
- Photographie : Nicolas Karakatsanis
- Son :
- Production : Peter Chernin, Dylan Clark et Mike Larocca
- Sociétés de production : Chernin Entertainment et Fox Searchlight Pictures
- Société de distribution : Fox Searchlight Pictures (États-Unis)
- Budget : 12 600 000 $[
DISTRIBUTION
- Tom Hardy (VF : Boris Rehlinger) : Bob Saginowski
- Noomi Rapace (VF : Julie Dumas) : Nadia
- James Gandolfini (VF : Patrick Raynal) : Marvin Stepler « le cousin Marv »
- Matthias Schoenaerts (VF : Jérôme Pauwels) : Eric Deeds
- John Ortiz (VF : Stefan Godin) : l'inspecteur Alejandro Torres
- Elizabeth Rodriguez (VF : Ethel Houbiers) : l'inspecteur Romsey
- Morgan Spector (VF : Jean Rieffel) : Andre
- Michael Esper (VF : Sébastien Ossard) : Rardy
- Michael Aronov (en) : Chovka
- Ross Bickell (VF : Philippe Ariotti) : le père Regan
- James Frecheville (VF : Damien Ferrette) : Fitz
- Ann Dowd : Dottie
- Chris Sullivan : Jimmy Sullivan
- James Colby (en) : Sully
- Michael O'Hara (VF : Jean Rieffel) : Sean


