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dimanche 25 octobre 2026

11.90 - MON AVIS SUR LE FILM UNE JEUNESSE INDIENNE DE NEERAJ GHAYWAN (2025)

 




Vu le Film Une Jeunesse Indienne de Neeraj Ghaywan '2025) avec Ishaan Khatter Vishal Jethwa Janhvi Kapoor Shalani Vatsa Pankaj Dubey


Le film trouve un écho particulier dans les colères de la jeunesse qui s’expriment aujourd’hui à travers le monde, car derrière les frontières et les différences de culture, les mêmes frustrations reviennent, celles de jeunes qui veulent vivre dignement, trouver leur place dans la société et ne pas être condamnés d’avance par leur naissance. Avec Une jeunesse indienne, Neeraj Ghaywan nous emmène dans le nord de l’Inde, loin de nos habitudes et de nos repères, pour raconter une histoire d’amitié qui se heurte de plein fouet aux injustices d’un système profondément enraciné.


Shoaib (Ishaan Khatter) et Chandan (Vishal Jethwa) sont deux amis d’enfance qui partagent le même rêve : intégrer la police afin de sortir de la pauvreté et d’obtenir enfin une reconnaissance sociale. Pourtant, si leur ambition est commune, leur parcours est compliqué par leur origine, puisque Shoaib est musulman tandis que Chandan appartient à la communauté des dalits, longtemps désignés sous le nom d’intouchables, tout en bas de la hiérarchie des castes. Dans une société où l’on pourrait croire que les compétences et le mérite suffisent à ouvrir les portes, les deux garçons découvrent que leur religion et leur naissance pèsent encore lourd dans la balance.


Le concours de police représente pour eux bien davantage qu’un simple examen, puisqu’il constitue la promesse d’un avenir meilleur, d’un emploi stable et d’une dignité qu’ils ont du mal à obtenir dans leur vie quotidienne. Mais les obstacles s’accumulent, les résultats tardent, les occasions de s’en sortir se font rares et les difficultés matérielles finissent par mettre à l’épreuve cette amitié construite depuis l’enfance. Lorsque la pandémie de Covid-19 bouleverse le pays et que le confinement vient encore aggraver la situation des plus pauvres, leurs espoirs se heurtent à une réalité qui ne leur fait aucun cadeau.


Neeraj Ghaywan a le courage de dénoncer les discriminations liées au système des castes, l’islamophobie, la corruption et les violences policières, sans chercher à dissimuler les contradictions de son pays derrière une carte postale touristique. Son film a d’ailleurs suscité des débats en Inde en raison de sa critique des institutions et des violences commises durant la période du confinement. Il faut reconnaître au réalisateur le mérite de ne pas détourner les yeux devant des réalités dérangeantes, même lorsque celles-ci risquent de diviser le public et de bousculer les discours officiels.


La caméra nous plonge dans une Inde rurale où la pauvreté n’est pas un décor destiné à faire pleurer dans les chaumières, mais une condition quotidienne qui limite les choix et réduit les possibilités. La lumière crue, les cadrages au plus près des personnages et la caméra à l’épaule donnent au récit une impression d’urgence, comme si les protagonistes n’avaient jamais vraiment le temps de souffler. Le cinéaste filme l’étouffement de la crise sanitaire et les difficultés de ses personnages sans les réduire à leur misère, car ces jeunes gens ont aussi leurs rêves, leurs plaisanteries, leurs moments de joie et cette énergie qui permet de continuer à avancer lorsque tout semble se liguer contre eux.


Ishaan Khatter et Vishal Jethwa forment un duo particulièrement convaincant, donnant à Shoaib et Chandan une véritable épaisseur humaine. Leur amitié n’a rien d’une relation idéale de cinéma, puisqu’elle est traversée par les déceptions, les tensions et les blessures d’une existence où chacun doit lutter pour sa propre survie. Les deux comédiens s’éloignent de leurs images habituelles pour offrir des interprétations d’une grande intensité, tandis que Janhvi Kapoor apporte beaucoup de justesse à Sudha, une jeune femme courageuse qui doit elle aussi composer avec les traditions et les contraintes sociales.


Ce qui frappe, c’est que le film ne se contente pas de montrer deux garçons victimes d’un système injuste, mais s’intéresse aussi à la manière dont les difficultés finissent par fragiliser les liens les plus solides. Quand on doit lutter pour manger, travailler et assurer son avenir, l’amitié peut devenir un refuge, mais aussi subir les conséquences de la fatigue, de la frustration et des occasions manquées. Le réalisateur ne distribue pas les bons et les mauvais points avec facilité, car il montre surtout des êtres humains qui tentent de trouver leur chemin dans une société où les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde.


Cette histoire indienne nous rappelle que les inégalités ne se présentent pas partout sous les mêmes formes, même si leurs conséquences se ressemblent souvent. Chez nous, les problèmes sont différents, les traditions ne sont pas les mêmes et les obstacles ne portent pas nécessairement le même nom, mais cela ne signifie pas que nous ayons trouvé toutes les solutions. Le cinéma permet justement de découvrir d’autres coutumes, d’autres façons de vivre et des injustices que nous connaissons parfois mal, sans avoir besoin de transformer chaque film venu de l’étranger en leçon destinée à nous donner bonne conscience.


Avec Une jeunesse indienne, Neeraj Ghaywan signe un film engagé, humain et nécessaire, qui donne un visage à ceux que la société préfère trop souvent oublier. Son regard sur la jeunesse, la discrimination et la dignité dépasse largement le seul cadre indien, car les rêves de Shoaib et de Chandan sont finalement assez simples : pouvoir travailler, vivre librement et être jugés pour ce qu’ils sont plutôt que pour leur religion ou leur naissance. Encore faudrait-il que le monde leur en laisse la possibilité, ce qui n’est malheureusement pas gagné, en Inde comme ailleurs.

NOTE : 11.90

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10.30 - MON AVIS SUR LE FILM LES CAPRICES DE L'ENFANT ROI DE MICHEL LECLERCQ (2026)

 


Vu le Film Les Caprices de l'Enfant Roi de Michel Leclercq (2026) avec Artus Franck Dubosc Julia Piaton Nemo Schiffman Doria Tillier Niels Hamel-Brochen Xavier Robic Suzanne de Baecque Damien Jouillerot Agnès Jaoui (la voix)


Michel Leclerc, le réalisateur de Télé Gaucho et du Nom des gens, dont les sujets penchent très à gauche, penche cette fois à 90° pour suivre les aventures du jeune Louis XIV (Niels Hamel-Brochen), confronté à son sosie, une référence au célèbre mystère du Masque de fer. À leurs côtés, on retrouve un certain d’Artagnan (Franck Dubosc), mais sans ses trois compères, ce qui nous donne un « un pour tous, tous pour lui seul », ainsi qu’un certain Savinien de Cyrano de Bergerac (Artus), bien avant qu’il ne devienne le héros immortalisé par Edmond Rostand.

L’histoire nous entraîne dans une époque où les personnages historiques et littéraires se croisent au gré d’une aventure qui entend jouer avec les événements et les figures du XVIIe siècle. Le jeune Louis XIV, encore loin du Roi-Soleil installé dans toute sa splendeur versaillaise, se retrouve au cœur d’une intrigue où les identités, les ressemblances et les rencontres improbables servent de moteur à la comédie. Le réalisateur mélange les références historiques, les personnages célèbres et les situations burlesques, dans l’espoir de proposer une aventure en costumes qui ne se contente pas de réciter les pages de nos manuels scolaires.

Oui, vous allez me dire que le cinéma a parfaitement le droit de prendre des libertés avec l’Histoire, et je ne suis pas le dernier à accepter qu’un film s’autorise quelques écarts pour raconter une bonne histoire. Encore faut-il que le résultat soit convaincant, ce qui est loin d’être le cas ici. La présence de Molière pose notamment question, puisqu’il n’était pas encore installé à Paris à l’époque où se déroule cette histoire. Certes, les personnages historiques et littéraires ont parfois vécu des existences parallèles qui ne se sont jamais croisées, mais la fiction peut les réunir si elle possède suffisamment d’imagination pour justifier ces rencontres. Paul Féval fils, qui a prolongé à sa manière les aventures des héros d’Alexandre Dumas, avait d’ailleurs déjà joué avec ces univers et leurs personnages. Il ne suffit donc pas d’aligner des noms célèbres pour obtenir une aventure digne de ce patrimoine littéraire.

Est-ce cette accumulation de libertés qui a dérouté le public ? Après le succès des aventures des mousquetaires sur grand écran, on pouvait espérer retrouver un peu de cet esprit de cape et d’épée, avec des personnages hauts en couleur, des intrigues mouvementées et des dialogues qui claquent comme une lame contre une autre. Mais les spectateurs semblent avoir préféré rester chez eux, car le film n’a manifestement pas soulevé les foules. Les mousquetaires avaient pourtant encore quelques beaux coups à tirer, mais les voilà remplacés par une troupe qui peine à trouver sa place dans cette reconstitution fantaisiste.

Le réalisateur ne se contente pas de bousculer l’Histoire, puisqu’il ajoute également une petite dose de wokisme avec un Cyrano présenté comme un peu gay (!!). Pourquoi pas, après tout, la sexualité des personnages peut parfaitement nourrir une fiction, à condition que cela apporte quelque chose au récit plutôt que de donner l’impression qu’on a ajouté cet élément pour cocher une case. Le problème est que le film ne convainc ni dans sa parodie historique ni dans son éventuel discours social, comme si Michel Leclerc avait voulu courir plusieurs lièvres à la fois sans parvenir à en attraper un seul.

Franck Dubosc, qui aurait pu constituer un argument commercial intéressant pour attirer le public, est quasiment aux abonnés absents. On se demande même s’il ne croise pas le fer dans d’autres lieux pendant que l’intrigue se déroule, tant son personnage paraît manquer de présence. Celui qui pouvait servir de locomotive comique laisse finalement Artus se débrouiller tout seul dans la peau de Cyrano, ce qui est une autre histoire. Désolé, mais Artus n’est pas Gérard Depardieu, malgré les rondeurs, et il n’a pas un quart du talent de son orteil pour donner au personnage cette démesure, cette puissance et cette présence qui ont marqué l'interprétation de Depardieu. Le nez peut être différent, mais le talent ne se greffe pas avec une prothèse.

Heureusement, le jeune Niels Hamel-Brochen apporte un peu de fraîcheur à l’ensemble en interprétant les deux Louis XIV. Il possède une présence qui permet de sauver quelques scènes, et l’idée de faire intervenir deux versions du souverain aurait pu donner lieu à un jeu de miroirs assez amusant. Encore aurait-il fallu que l’écriture soit à la hauteur de cette idée, car un bon concept ne suffit pas à faire un bon film lorsque les dialogues manquent de mordant et que les personnages semblent avancer sans véritable direction.

On peut toujours chercher à voir dans cette fantaisie une satire de l’époque, des privilèges, des classes sociales et des rapports de domination, thèmes qui correspondent bien aux préoccupations de Michel Leclerc. Le cinéma a souvent utilisé le passé pour parler du présent, et les costumes d’époque n’empêchent nullement de faire passer des idées contemporaines. Mais encore faut-il que la satire soit drôle, que la parodie fonctionne et que le propos social ne se perde pas dans une succession de situations qui ne vont pas jusqu’au bout de leurs intentions. Ici, les dialogues ne suivent ni dans la comédie ni dans le message politique, et le spectateur reste devant une œuvre qui semble hésiter constamment entre plusieurs directions.

Le plus gênant reste cette impression d’un film qui ne s’assume jamais vraiment, incapable de choisir entre la fantaisie historique, la comédie populaire et la satire sociale. À vouloir détourner l’Histoire sans construire une véritable aventure, le réalisateur finit par affaiblir les personnages qu’il emprunte à notre patrimoine. Louis XIV, d’Artagnan et Cyrano méritaient mieux qu’un défilé de références qui ne débouche sur rien de véritablement enthousiasmant. On peut rire de l’Histoire, la détourner et même lui faire subir quelques contorsions, mais encore faut-il avoir quelque chose à raconter et ne pas confondre liberté artistique et désinvolture.

Quant au scénario, on en vient à se demander si son auteur ne l’aurait pas écrit avec une mauvaise IA, tant certaines idées semblent juxtaposées sans que l’ensemble trouve sa cohérence. Je ne prétends pas que ce soit le cas, mais le résultat donne parfois cette impression désagréable d’un assemblage d’éléments qui auraient pu fonctionner séparément sans jamais parvenir à former un tout convaincant.

Au bout du compte, Les Caprices de l’Enfant Roi porte bien son titre, mais pas forcément pour les raisons espérées. Le film se permet des caprices avec l’Histoire, avec la littérature et avec ses personnages, sans parvenir à transformer ces libertés en véritable plaisir de cinéma. Il reste le jeune Niels Hamel-Brochen, qui apporte un peu de fraîcheur, mais cela ne suffit pas à sauver cette entreprise qui malmène notre histoire et notre littérature sans leur offrir une contrepartie à la hauteur. Les caprices d'un enfant peuvent attendrir, ceux d'un réalisateur devraient au moins nous faire rire.

NOTE : 10.30

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samedi 24 octobre 2026

14.40 - MON AVIS SUR LE FILM SHAUNE LE MOUTON LA BEEETE D'HALLOWEEN DE STEVE COX ET MATTHEW WALKER (2026)


 Vu le film Shaun le mouton : La Bêêête d'Halloween film d'animation en volume britannique réalisé par Steve Cox et Matthew Walker. produit par Aardman Animations (2026)


Quel plaisir d'aller voir le nouveau film des studios Aardman, à condition de ne pas raconter des conneries au gamin qu'on emmène, car avec Shaun le mouton, inutile de se demander si la séance est en VO ou en VF, nos amis les animaux ne parlent pas, ils bêlent, grognent et s'expriment avec leurs mimiques, ce qui est autrement plus drôle que certains dialogues entendus dans des films qui se prennent très au sérieux. Oui, je ne suis pas parfait, mais Shaun, lui, s'approche dangereusement de la perfection !

Les studios Aardman, spécialistes de l'animation en volume, nous offrent une nouvelle merveille d'inventivité, avec ce mouton qui n'a décidément pas inventé l'eau chaude, mais qui sait parfaitement mettre le feu à la ferme. Cette fois, Shaun se retrouve encore en conflit avec son fermier préféré, Bitzer, et la situation prend une tournure catastrophique lorsque le fermier, qui n'a visiblement pas le gaz à tous les étages, détruit le champ de citrouilles. Comment fêter Halloween dans ces conditions, alors que les potirons sont aussi indispensables à la fête que les bonbons aux gamins ?

À partir de là, les catastrophes vont s'additionner comme 2 + 2 font 5, car Shaun n'est pas du genre à accepter tranquillement les conséquences de ses bêtises. Entre les courses-poursuites, une mystérieuse créature dans les bois et notre mouton préféré qui se prend pour un savant frapadingue, il n'y a qu'un pas de mouton pour que la situation dégénère et que les éclats de rire se multiplient. Quand Shaun décide de réparer les dégâts à sa manière, on peut s'attendre à tout, sauf à une opération menée dans les règles de l'art.

La grande force d'Aardman reste cette animation en volume, réalisée avec des personnages en pâte à modeler dont les expressions, les gestes et les mimiques sont un régal. Chaque détail compte, chaque mouvement possède son petit effet comique et les gags visuels s'enchaînent avec une précision qui ferait pâlir quelques productions utilisant des ordinateurs autrement plus puissants. Ici, pas besoin d'en mettre plein les yeux avec des effets numériques à la pelle, puisque quelques moutons, des décors minutieusement fabriqués et une imagination débordante suffisent à faire des merveilles.

Le film joue aussi sur plusieurs tableaux, car les gamins se régalent des aventures de Shaun tandis que les adultes s'amusent des références, des clins d'œil et de cet humour qui fonctionne sans avoir besoin de longues explications. C'est toute la magie de ces productions britanniques, capables de faire rire plusieurs générations avec une inventivité qui ne prend jamais les enfants pour des imbéciles et les parents pour des distributeurs de pop-corn.

Aucun ragoût dans cette aventure, à la rigueur une bonne soupe de potiron, mais certainement pas de quoi nous couper l'appétit cinématographique. L'ambiance d'Halloween apporte son lot de frissons gentiment malmenés, de créatures inquiétantes et de situations absurdes, sans jamais oublier que nous sommes là pour nous amuser. Même les moutons peuvent avoir leurs histoires de monstres, surtout lorsqu'ils ont Shaun dans les parages pour transformer une petite difficulté en catastrophe agricole.

Drôle, inventif et plein de fantaisie, ce nouvel épisode marche sur les traces de ses illustres prédécesseurs, et on ne va certainement pas s'en plaindre. Les studios Aardman savent préserver leur identité tout en renouvelant leurs gags, sans chercher à rivaliser avec les grosses machines hollywoodiennes qui confondent parfois animation et concours de pixels. Ici, le savoir-faire artisanal est une véritable richesse, et l'on retrouve ce plaisir simple de voir des personnages prendre vie sous nos yeux.

Du bonheur, tout simplement, avec des moutons qui n'ont pas besoin de parler pour nous faire comprendre ce qu'ils ont derrière la tête, ce qui est parfois un avantage considérable sur certains humains. Shaun peut bien semer la pagaille, détruire quelques citrouilles et jouer les apprentis scientifiques, on lui pardonne volontiers ses écarts, car il nous offre une bonne dose de rire et de tendresse.

Quant à Shaun, il peut continuer ses expériences, même si je lui déconseille de toucher aux installations électriques du fermier. Avec lui, Halloween risque encore de finir en catastrophe, mais au moins, nous aurons passé un excellent moment de cinéma. Et ça, pour un mouton qui ne sait même pas compter jusqu'à cinq sans provoquer un incident, c'est déjà une sacrée performance !

NOTE : 14.40

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HISTOIRE D'UNE CHANSON : MA POMME DE MAURICE CHEVALIER

 


#HistoiredUneChanson
, aujourd"hui la chanson Ma Pomme de Maurice Chevalier , Il y a des chansons qui restent accrochées à un interprète, au point qu'on a du mal à imaginer quelqu'un d'autre les chanter, et « Ma pomme » fait partie de celles-là. Quand on évoque Maurice Chevalier, on retrouve aussitôt son canotier, son accent de titi parisien, sa gouaille et cette façon de chanter qui donne l'impression qu'il vous raconte ses petites histoires au comptoir d'un bistrot. Pour moi, cette chanson est aussi liée à ma maman, qui l'adorait, et ces refrains qui traversent les générations ont parfois le pouvoir de faire revenir les souvenirs sans prévenir.


J'associe naturellement Maurice Chevalier à Ménilmontant, ce Paris populaire dont il est devenu l'un des ambassadeurs les plus célèbres, même si « Ma pomme » nous emmène davantage du côté des petits bars, des copains et de la vie sans chichis que dans une promenade touristique du vieux Paris. Ici, pas besoin de fréquenter les salons de la noblesse ni de faire des courbettes aux snobs, notre homme se contente de ce qu'il a et s'en porte très bien.

La chanson est créée en 1936 et enregistrée le 20 octobre de la même année, sur une musique de Charles Borel-Clerc et des paroles de Georges Fronsac et Lucien Rigot. Elle est destinée au film L'Homme du jour, réalisé par Julien Duvivier, qui sort en 1937. On retrouve donc derrière cette rengaine populaire une équipe de professionnels de la chanson et du cinéma, avec Maurice Chevalier au centre du dispositif, puisque son personnage et son talent de chanteur font partie intégrante de l'histoire.

Dans le film, Chevalier incarne Alfred Boulard, un électricien qui chante à ses heures perdues et rêve de devenir une vedette du music-hall. Après avoir sauvé la vie d'une célèbre artiste en lui donnant son sang, il se retrouve propulsé sous les projecteurs, découvre les joies de la célébrité et ses revers, avant que cette gloire ne se révèle bien éphémère. Le film ne rencontre pas le succès espéré, mais sa chanson, elle, va poursuivre son chemin bien au-delà des images.

Car notre homme préfère la tranquillité aux complications, les copains aux mondanités et le repos aux ambitions démesurées. Il ne comprend pas ces gens qui se donnent un mal fou pour gagner davantage, alors que la vie est déjà suffisamment compliquée comme ça. Il revendique sa simplicité avec une bonne dose d'autodérision et cette assurance du bon vivant qui n'a pas besoin d'un compte en banque bien garni pour se sentir heureux.

Le personnage n'est pas un grand philosophe, mais il possède une sagesse populaire qui n'est pas forcément la plus mauvaise des écoles. Pourquoi courir après la réussite si l'on passe son existence à travailler pour en profiter le moins possible ? Pourquoi vouloir impressionner les autres quand on se trouve très bien dans ses propres chaussures ? Notre titi parisien a choisi son camp, celui de la tranquillité, et il ne semble pas disposé à en changer pour faire plaisir aux ambitieux.

L'expression « ma pomme », employée pour parler de soi-même, trouve avec cette chanson un formidable porte-parole. Chevalier ne se contente pas de la chanter, il l'incarne, avec cette manière de se mettre lui-même en scène, de jouer avec son personnage et de transformer une formule familière en refrain que tout le monde peut reprendre. La chanson contribue ainsi à populariser durablement cette expression dans la culture populaire française.

Une anecdote mérite d'être retenue : si L'Homme du jour n'a pas marqué les mémoires comme l'un des grands succès de Julien Duvivier, « Ma pomme » a connu une seconde jeunesse sur les planches du Casino de Paris en 1938, où elle a remporté un véritable triomphe. Le film n'avait donc pas réussi à faire décoller la chanson comme on aurait pu l'espérer, mais la scène allait lui offrir une nouvelle vie.

Autre curiosité, Maurice Chevalier reviendra au cinéma dans un film portant précisément le titre Ma pomme, réalisé par Marc-Gilbert Sauvajon en 1950. Le titre était donc suffisamment attaché à sa personnalité pour devenir, quatorze ans après la création de la chanson, celui d'un nouveau film avec lui en vedette.

« Ma pomme », c'est un peu Maurice Chevalier en concentré, avec son accent, sa bonhomie, son art de raconter les choses et cette façon de faire passer une philosophie de comptoir pour une leçon de bonheur. On peut sourire de son personnage, mais il possède une qualité devenue rare : il n'a pas besoin de se prendre au sérieux pour être convaincant.

Et quand je repense à ma maman qui aimait tant cette chanson, je me dis que certaines rengaines ont une valeur qui dépasse largement leur date de création. Elles nous ramènent à des visages, à des moments et à des souvenirs que l'on garde précieusement. Alors, même si les temps ont changé et que les soucis ne se règlent pas toujours avec un refrain, je veux bien reprendre un peu de cette philosophie à mon compte : après tout, pourquoi se compliquer la vie quand on peut encore fredonner Maurice Chevalier ?

Ma pomme, c'est moi ! Et pour une fois, voilà une chanson qui ne cherche pas à nous vendre du rêve : elle nous rappelle simplement que le bonheur n'a pas forcément besoin d'un costume trois-pièces, d'une limousine et d'un carnet d'adresses mondain. Un canotier, quelques copains et un bon refrain, ça peut déjà faire l'affaire.