Vu le film Keeper de Guillaume Senez, avec Kacey Mottet Klein et Galatéa Bellugi Catherine Salée Sam Louwyck Laetitia Dosch Cédric Vieira
Maxime et Mélanie ont quinze ans, ils s’aiment et découvrent ensemble leur sexualité avec cette maladresse propre à l’adolescence, quand les sentiments sont bien réels mais que l’on ne sait pas encore toujours quoi en faire. Leur vie va pourtant basculer lorsque Mélanie découvre qu’elle est enceinte. Maxime accueille très mal la nouvelle, avant de se faire peu à peu à l’idée de devenir père. À quinze ans, les voilà donc confrontés à une décision qui dépasse largement leur âge : avorter ou garder l’enfant, continuer leur vie d’adolescents ou devenir parents.
Et c’est justement là que Keeper réussit son pari, en faisant de cette décision un véritable suspense sans jamais transformer cette histoire intime en feuilleton. On se demande quelle sera la décision finale, mais le film ne cherche jamais à manipuler le spectateur avec des grosses ficelles ou des leçons de morale. Guillaume Senez raconte simplement deux adolescents confrontés brutalement au monde des adultes, avec leurs hésitations, leurs contradictions, leurs peurs et leurs envies.
Le réalisateur réussit surtout le tour de force d’assumer les codes de la fiction à l’intérieur d’un naturalisme pur et dur. On est dans une chronique d’aujourd’hui, parfois âpre, parfois tendre, qui observe ses personnages sans les juger et sans leur chercher des excuses. Cette manière de filmer l’adolescence, avec ses paradoxes et ses blessures, rappelle forcément un certain cinéma social, celui de Ken Loach, de Bruno Dumont ou encore des frères Dardenne, avec cette volonté de regarder les êtres humains tels qu’ils sont, sans leur coller une étiquette sur le front.
Et puis il y a les deux comédiens qui portent cette histoire avec une justesse remarquable. Kacey Mottet Klein est sublimement tragique, avec cette façon de faire passer le doute, la peur et cette envie presque désespérée de devenir adulte alors qu’il est encore un gamin. Galatéa Bellugi porte admirablement un rôle ô combien difficile, sans jamais tomber dans le pathos ou la caricature.
Cette âpreté du cinéma, qui regarde les adolescents autrement que comme de simples personnages de comédie ou de jolies silhouettes, est une absolue nécessité. Keeper parle de l’adolescence, mais surtout de cette période étrange où l’on vous considère encore comme un enfant alors que certaines décisions peuvent déjà engager toute une vie. Il y a chez Guillaume Senez un véritable talent, une maîtrise, une attention aux autres et surtout une confiance dans le cinéma qui donnent envie de suivre son parcours. Avec Keeper, on se disait déjà qu’on allait reparler de lui, et la suite avec Nos Batailles puis Une Part Manquante aura confirmé qu’il n’était certainement pas là par hasard.
NOTE : 12.30
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Guillaume Senez
- Scénario : Guillaume Senez, David Lambert
- Photographie : Denis Jutzeler
- Son : Eric Ghersinu
- Assistant réalisateur : Arnaud Kervyn
- Décors : Florin Dima
- Costumes : Françoise Nicolet
- Maquillage : Martine Felber
- Montage : Julie Brenta
- Montage Son : Virginie Messiaen
- Mixage : Franco Piscopo
- Scripte : Gaelle Debaisieux
- Casting : Laure Cochener
- Directrice de production : Anne-Laure Guégan
- Producteur exécutif : Olivier Abrassart
- Producteurs délégués : Isabelle Truc, Elisa Garbar
- Coproducteurs : Fabrice Préel-Cléach, Bart Van Langendonck
DISTRIBUTION
- Kacey Mottet-Klein : Maxime
- Galatéa Bellugi : Mélanie
- Catherine Salée : la mère de Maxime
- Sam Louwyck : le père de Maxime
- Lætitia Dosch : la mère de Mélanie
- Cédric Vieira : le coach




