Vu le Film L’Espion de Dieu de Todd Tomarnicki (2024) avec Jonas Dassler August Diehl Flula Borg David Jonsson Morite Bleibtreu Clarke Peters
Dans les années 1940, un pasteur allemand rejoint les rangs de la résistance en s'opposant publiquement au régime nazi.
Il y avait matière à grand film.
Raconter la vie de Dietrich Bonhoeffer, pasteur luthérien engagé dans la résistance au nazisme, théologien brillant, homme de foi traversé par le doute, exécuté en 1945 pour avoir participé au complot contre Hitler… Sur le papier, c’est du solide. Du tragique. Du vertigineux.
Le film s’attaque donc à cette figure complexe, membre de l’« Église confessante », opposant au régime, pris dans les réseaux de résistance allemande et lié aux conjurés du 20 juillet. Un homme qui tenta, à sa manière, de résister à l’emprise de la barbarie en Allemagne. Rien que ça.
Mais voilà.
La réalisation de Komarnicki manque cruellement de lyrisme. On aurait attendu une mise en scène habitée, traversée par le doute moral, par la tension spirituelle. Or tout semble un peu sage, un peu plat, presque scolaire. La caméra ne cherche jamais vraiment la mise en abyme entre la foi et l’action politique, entre la parole théologique et le geste clandestin. C’est propre, mais figé.
Le scénario, lui, survole trop les personnages. On effleure les dilemmes sans jamais les creuser. Bonhoeffer n’est pas un saint figé dans le marbre, c’était un homme traversé par des contradictions — le film aurait pu s’y engouffrer. À la place, on avance par tableaux successifs, parfois illustratifs, parfois simplificateurs.
Et il y a ces approximations historiques, pour ne pas dire des erreurs. C’est toujours délicat quand on manipule l’Histoire pour fabriquer une dramaturgie plus percutante. On sent par moments une volonté d’en faire presque un petit brûlot contemporain, susceptible de servir certaines idéologies. C’est dommage. L’histoire réelle était déjà suffisamment puissante, nul besoin de la tordre.
Là où le film tient, en revanche, c’est dans son casting.
Jonas Dassler, dans le rôle de Bonhoeffer, apporte une intensité fragile, une intériorité crédible. Il ne surjoue jamais la sainteté, il incarne un homme habité. Son regard fait passer plus de choses que certains dialogues explicatifs.
Face à lui, August Diehl fait le job — plus que nécessaire. Présence magnétique, retenue, précision. Chaque scène où il apparaît gagne en densité. On sent l’acteur rompu aux rôles ambigus, capables d’habiter les zones grises de l’Histoire.
C’est d’ailleurs paradoxal : les acteurs apportent une profondeur que la mise en scène ne creuse pas. Comme si le film était en permanence en dessous de son propre sujet.
On aurait aimé que le réalisateur et producteur respecte davantage l’histoire de ce héros allemand qui a osé s’élever contre le fascisme. Il y avait des choses à dire — sur la foi confrontée au mal absolu, sur la responsabilité individuelle, sur la résistance intérieure avant la résistance politique — mais elles restent en surface.
Cela reste superficiel. Dommage.
Parce que Bonhoeffer méritait mieux qu’une réalisation d’une platitude qui défie le temps.
Un film intéressant sur le fond, frustrant dans la forme.
Un biopic qui informe, mais n’élève pas.
Et quand on parle d’un homme qui a choisi la hauteur morale face à la barbarie, c’est un peu ironique.
NOTE : 13.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation et scénario : Todd Komarnicki
- Musique : Antonio Pinto et Gabriel Ferreira
- Décors : John Beard
- Costumes : Chouchane Tcherpachian
- Photographie : John Mathieson
- Montage : Blu Murray
- Production : Camille Kampouris, Emmanuel Kampouris, Chloe Kassis-Crowe, Todd Komarnicki, Mark O'Sullivan et John B. Scanlon
- Producteurs délégués : Richard Caleel, Vivienne De Courcy, John Hubbard, Ros Hubbard, Sarada McDermott, Lars P. Winther
- Sociétés de production : Crow's Nest Productions, Fontana, In Plain Sight Group et Guy Walks into a Bar Productions
- Sociétés de distribution : Angel Studios, Saje distributio
- Jonas Dassler (VF : Adrien Caminada) : Dietrich Bonhoeffer
- August Diehl (VF : Martin Girard) : Martin Niemöller
- David Jonsson (VF : Guillaume Escaffre) : Frank Fisher
- Flula Borg (VF : Alex Pinault) : Hans von Dohnanyi
- Moritz Bleibtreu (VF : Éric Cuvelier) : Karl Bonhoeffer (en)
- William Robinson (VF : Gabriel Delmas) : Eberhard Bethge
- Clarke Peters (VF : Jean-Albert Margaine) : le révérend Adam Clayton Powell Sr.
- Patrick Mölleken (VF : Antoine Pinault) : Walter Bonhoeffer
- Tim Hudson : Winston Churchill
- Marc Bessant : Adolf Hitler
- John Keogh : Pr Fosdick
- Jean-Michel Vovk : un prisonnier
- Jacky Nercessian : un pasteur

