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mercredi 21 octobre 2026

14.20 - MON AVIS SUR LE FILM PETIT PAYSAN DE HUBERT CHARUEL (2017)


 Vu le Film Petit Paysan de Hubert Charuel (2017) avec Swann Arlaud Sara Giraudeau Isabelle Candelier Bouli Lanners Jean Paul Charuel Marc Barbé Clément Bresson


Hubert Charuel connaît bien son sujet, puisqu’il a grandi dans le milieu de l’élevage laitier avant de suivre les cours de la Fémis, comme François Ozon, et de réaliser avec Petit Paysan son premier long métrage. Une première œuvre qui a rencontré son public malgré un sujet difficile et un jeune acteur encore peu connu du grand public, avec en prime le Swann d’or au Festival du film francophone d’Angoulême. Comme quoi, il n’est pas nécessaire d’avoir des millions de spectateurs pour qu’un film trouve sa place et fasse parler de lui.


En apparence, le film nous parle de la maladie de la vache folle, mais le réalisateur n’a pas voulu nous montrer des animaux tremblants pour appuyer artificiellement le côté dramatique de son histoire. Il s’est plutôt inspiré d’une maladie bovine touchant notamment les veaux, avec des symptômes pouvant provoquer des saignements, pour construire un récit où la peur de la contamination devient une véritable obsession. On est loin des images Disney avec des animaux qui gambadent dans les prés en attendant que le fermier vienne leur distribuer des caresses, car ici, la vie agricole peut être aussi belle que terrible, avec des moments de naissance qui côtoient la maladie et la mort.


Pierre, jeune éleveur laitier, vit presque exclusivement pour son exploitation, ses bêtes constituant à la fois son gagne-pain, sa responsabilité quotidienne et une grande partie de son existence. Sa sœur Pascale, vétérinaire, représente un autre regard sur cette profession, même si leurs relations ne sont pas toujours simples. Entre ses difficultés personnelles, ses sentiments qu’il peine à gérer et les contraintes d’une exploitation qui ne s’arrête jamais, Pierre est un jeune homme qui porte beaucoup sur ses épaules, sans toujours savoir comment faire face aux événements lorsqu’ils prennent une tournure inattendue.


Car être paysan, ce n’est pas seulement regarder pousser l’herbe et attendre que les vaches donnent du lait, contrairement à ce que pourraient imaginer ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans une ferme. Il faut être disponible jour et nuit, surveiller les bêtes, intervenir lorsqu’une vache met bas et assumer des responsabilités qui ne prennent pas de vacances. Quand une naissance survient au milieu de la nuit, il n’est pas question de remettre le travail au lendemain, même si le réveil a sonné depuis longtemps dans la tête du pauvre éleveur.


Le film prend toute sa dimension lorsque Pierre découvre qu’une première bête est malade. Son visage, sa manière de regarder l’animal et de comprendre peu à peu ce qui risque d’arriver en disent long sur son attachement à son troupeau, mais aussi sur la peur qui commence à l’envahir. Il sait que les conséquences peuvent être catastrophiques pour son exploitation et que les règles sanitaires ne lui laisseront guère de marge de manœuvre. Pourtant, il va commettre l’irréparable, une décision qu’il prend à ses dépens, en sachant qu’il franchit une limite aussi bien morale que juridique.


Cette connerie va le poursuivre, car lorsqu’une deuxième vache présente à son tour des signes inquiétants, Pierre perd progressivement pied. Il ne s’agit plus seulement de sauver son exploitation, mais de faire face à une situation qui le dépasse, avec cette angoisse de voir disparaître tout ce pour quoi il s’est battu. Son comportement devient de plus en plus désespéré, et l’on assiste à la crise d’un jeune homme qui ne parvient plus à maîtriser les événements. La jeunesse explique peut-être une partie de sa réaction, mais elle ne suffit pas à effacer les conséquences de ses actes.


Hubert Charuel prend son temps pour installer son histoire, observer les gestes du métier et filmer les animaux sans chercher à enjoliver la réalité. Il connaît ce monde de l’intérieur et cela se ressent dans sa manière de cadrer les personnages, de montrer le travail quotidien et de laisser les situations s'installer jusqu’à devenir presque insupportables. Les scènes de maladie comme celles des mises bas ne sont pas là pour faire joli dans le décor, elles rappellent que la vie d’un éleveur est faite de responsabilités permanentes, de joies véritables et parfois d’horreurs auxquelles il faut bien se confronter.


On sent la formation du réalisateur, qui soigne sa mise en scène et ne se précipite pas pour nous expliquer ce que nous devons penser. Cette lenteur peut rebuter certains spectateurs, d’autant que plusieurs scènes sont crues et que l’histoire ne nous épargne pas les aspects les plus difficiles de la vie agricole. Mais elle participe aussi à cette atmosphère oppressante, où chaque nouvelle découverte devient une menace et où l’on finit par partager l’angoisse de Pierre, même lorsque ses décisions nous mettent profondément mal à l’aise.


Il faut dire que le réalisateur a trouvé en Swann Arlaud un acteur extraordinaire, dont la présence magnétique porte presque tout le film. Son visage, ses silences, ses gestes et son regard traduisent une inquiétude permanente, sans qu’il ait besoin d’en rajouter dans le pathos. Il possède cette vérité qui fait oublier le comédien derrière le personnage, avec une gueule qui n’aurait pas dépareillé dans le cinéma français des années 1960, quand certains acteurs pouvaient exprimer une foule de sentiments sans avoir besoin de prononcer trois pages de dialogue. Sa prestation est remarquable et l’on comprend pourquoi le film repose autant sur ses épaules.


À côté de lui, Ana Girardot, Isabelle Candelier et Bouli Lanners apportent leur talent à cette histoire, même si j’ai parfois eu le sentiment que les seconds rôles restaient un peu trop dans l’ombre de leur personnage principal. Charuel a peut-être tellement concentré son attention sur Pierre qu’il en oublie par moments de donner davantage d’épaisseur à son entourage. Quant aux vaches, elles n’ont pas vraiment pris le taureau par les cornes, mais elles ont au moins le mérite de nous rappeler que, dans cette histoire, les premières victimes ne sont pas toujours celles que l’on croit.


Une mention spéciale à Angélique, qui mérite elle aussi qu’on s’attarde sur sa présence dans cette aventure humaine, même si le regard reste largement capté par l’incroyable composition de Swann Arlaud.


Petit Paysan est donc un film difficile, autant par certaines scènes crues que par son rythme volontairement lent, mais qui finit par nous hypnotiser grâce à ses personnages et à la justesse de son interprétation. Hubert Charuel nous plonge dans un univers qu’il connaît parfaitement, sans le transformer en carte postale champêtre ni chercher à nous faire croire que les animaux sont là uniquement pour attendrir le spectateur. Derrière cette histoire de contamination, il raconte la solitude d’un homme, son attachement à son métier et sa peur de tout perdre, jusqu’au moment où il franchit une limite dont il ne mesure pas immédiatement toute la portée.


Un premier long métrage impressionnant, porté par un Swann Arlaud d’une vérité saisissante, qui nous fait regarder le monde paysan autrement. Et si, après cette séance, vous trouvez que vos journées de travail sont difficiles, pensez donc à Pierre, qui doit gérer ses vaches, son exploitation, sa sœur vétérinaire et une catastrophe sanitaire, le tout sans pouvoir appuyer sur le bouton pause. À côté, nos petites contrariétés quotidiennes ont parfois l’air d’un séjour à la campagne dans une publicité pour le lait !

NOTE : 14.20

FICHE TECHNIQUE

Réalisation ; Hubert Charuel
Scénario : Claude le Pape et Hubert Charuel
Musique ; Quentin Lepoutre
Producteur : Stéphanie Bermann, Alexis Dulguerian et Valérie Boyer 
Son : Marc-Olivier Brullé, Emmanuel Augeard et Vincent Cosson
Montage : Lilian Corbeille et Grégoire Pontécaille et Julie Léna
Photographie ; Sebastien Goepfert 

DISTRIBUTION


17.30 - MON AVIS SUR LE FILM SI VERSAILLES M'ETAIT CONTE DE SACHA GUITRY (1954)

 


Vu le Film Si Versailles m'Etait Conté de Sacha Guitry (1954) avec Sacha Guitry Jean Marais Claudette Colbert Orson Welles Jean Pierre Aumont Marie Mansart Edith Piaf Gérard Philipe Bourvil Jean Louis Barrault Pauline Carton (évidement) Micheline Presle


Plus de trois heures de petits moments de notre Histoire de France, racontés par un réalisateur unique, Sacha Guitry, dans le plus célèbre château de notre pays, le château de Versailles, avec les petites histoires de la grande Histoire, depuis sa création jusqu’à sa modernisation au fil des siècles, sans oublier ses habitants, rois, reines et petits marquis prêts à tout pour obtenir les faveurs royales, car ce qui se passe dans les chambres est parfois aussi intéressant que ce qui se décide dans les salons !


J’ai visité deux fois le château de Versailles, avec des souvenirs assez différents de ces deux expériences. La première fois, c’était au pas de charge, au milieu d’une multitude de touristes qui m’empêchaient de prendre le temps de regarder, d’admirer et de m’imprégner de ce lieu exceptionnel. On avançait avec la foule, et il fallait presque suivre le mouvement sous peine de se retrouver séparé du troupeau. Difficile, dans ces conditions, de savourer pleinement un endroit qui mérite pourtant qu’on s’y attarde.


La seconde fois, j’avais pris une chambre dans le coin, avec la chance de pouvoir profiter d’une journée sans ces fameux touristes, ce qui change absolument tout. J’ai pu découvrir le château à mon rythme, m’arrêter devant les détails, prendre le temps de regarder les jardins, les fontaines et le Petit Trianon, sans avoir l’impression de participer à une course contre la montre. Ce fut un moment magique, une véritable parenthèse, où l’on peut enfin mesurer la beauté et la démesure de ce patrimoine exceptionnel. J’aurais simplement aimé avoir Sacha Guitry à mes côtés pour me guider, avec sa voix, son humour et ses anecdotes, car je n’avais malheureusement pas ses mots pour accompagner ma visite !


C’est précisément ce que réussit ce film, en nous faisant découvrir Versailles autrement qu’à travers ses dorures, ses tableaux et ses kilomètres de galeries, puisque Guitry nous raconte aussi les hommes et les femmes qui ont façonné le lieu, habité ses appartements et participé à ses intrigues. On y retrouve les ambitions, les amours, les jalousies, les rivalités et les petits arrangements qui ont accompagné les grandes décisions politiques, car derrière la majesté des décors, les puissants restent des êtres humains avec leurs qualités, leurs défauts et leurs petites faiblesses.


L’histoire commence avec Louis XIII et se poursuit avec Louis XIV, le Roi-Soleil, qui transforme le domaine en un instrument de pouvoir et de représentation de la monarchie. Versailles devient alors bien davantage qu’une résidence royale, puisqu’il sert à contrôler la noblesse, à afficher la puissance du royaume et à imposer une certaine idée de la grandeur française. Guitry traverse ensuite les règnes et les époques, jusqu’aux bouleversements qui conduiront à la Révolution française, sans oublier les personnages qui ont marqué cette longue histoire.


Le réalisateur ne se contente pas d’aligner les dates et les événements comme dans un manuel scolaire, il préfère nous faire entrer dans les coulisses, avec cette manière si particulière de mêler la petite histoire à la grande, de raconter une anecdote avec malice avant de nous rappeler qu’elle appartient à un ensemble historique bien plus vaste. On apprend plein de petites choses, on découvre des personnages parfois oubliés et l’on se surprend à sourire devant les habitudes d’une cour où obtenir les bonnes grâces du souverain pouvait devenir une véritable occupation à plein temps.


Sacha Guitry est un conteur incomparable, dont la voix accompagne le film avec une élégance et une personnalité que personne ne pourrait lui emprunter sans risquer de faire pâle figure. Son phrasé, son ironie et son goût pour les formules donnent à cette fresque historique une saveur particulière, car il ne raconte pas seulement Versailles, il nous fait entendre sa propre vision de l’Histoire. C’est un cinéma de la parole, mais aussi un cinéma du spectacle, où les dialogues, les décors et les personnages participent à une même célébration de notre patrimoine.


Le casting est à la hauteur de cette entreprise monumentale, avec Michel Auclair, Jean Marais, Georges Marchal, Jean-Louis Barrault, Jean-Pierre Aumont, Gino Cervi et une multitude d’acteurs qui viennent incarner les figures de cette histoire mouvementée. Sacha Guitry lui-même est évidemment au rendez-vous, puisqu’il assure la narration et apparaît également à l’écran. Le film rassemble une véritable constellation de comédiens, dont les interventions donnent à cette traversée des siècles une richesse qui aurait été impossible avec une distribution ordinaire.


On croise ainsi les souverains, les courtisans et les figures historiques qui ont fait vivre Versailles, avec leurs ambitions et leurs contradictions, sans que le réalisateur perde son fil conducteur. Le château devient presque un personnage à part entière, témoin silencieux des règnes qui se succèdent, des fêtes somptueuses et des drames qui finiront par bouleverser l’ordre établi. Les murs restent debout, tandis que ceux qui se croyaient indispensables passent à leur tour dans les livres d’histoire.


Il y a aussi cette fierté française que le film réveille avec une gourmandise évidente, sans qu’il soit nécessaire de sortir le drapeau tricolore à chaque changement de règne. On regarde ces décors, ces jardins, cette architecture et cette organisation du pouvoir avec une admiration qui ne dispense pas de sourire devant les travers de ceux qui les ont occupés. Ça ira, ça ira, même si certains personnages auraient probablement préféré que la chanson ne soit jamais écrite !


Plus de trois heures pour raconter tout cela, ce n’est pas rien, mais Guitry possède suffisamment de matière et de talent pour éviter que cette longue promenade ne se transforme en visite guidée interminable. Son film donne envie de revoir les lieux, de s’intéresser aux personnages et de prolonger la découverte, ce qui est déjà une belle réussite pour une œuvre qui embrasse plusieurs siècles d’histoire.


La scène finale est tout simplement grandiose, avec cette procession de personnages qui descendent le grand escalier, réunissant symboliquement les habitants de Versailles au fil des siècles. L’effet est saisissant, car tous ces personnages semblent revenir habiter les lieux, comme si le château retrouvait soudain la mémoire de ceux qui ont fait sa grandeur, avant de disparaître dans les méandres du temps. C’est une conclusion spectaculaire, à la fois élégante et émouvante, qui donne à cette fresque une dimension presque magique.


Lorsque je repense à mes deux visites, je mesure encore davantage ce que le film apporte à la découverte du château. La première fois, la foule m’avait empêché de profiter pleinement des lieux, tandis que la seconde m’avait permis de savourer chaque instant, du Petit Trianon aux jardins et aux fontaines. Mais avec Guitry, il y a quelque chose en plus, cette voix qui nous raconte les histoires cachées derrière les pierres, les intrigues derrière les dorures et les hommes derrière les personnages officiels.


Si Versailles m’était conté est un film unique, généreux et magique, porté par un cinéaste qui savait raconter notre histoire comme personne. Une œuvre qui donne envie de retourner à Versailles, de préférence un jour sans touristes, avec suffisamment de temps devant soi et, si possible, Sacha Guitry dans les oreilles. Pour l’ego du Français que je suis, je dois reconnaître que cette promenade a de quoi satisfaire quelques fiertés nationales, sans oublier que derrière la splendeur du château se cache une histoire humaine aussi fascinante que mouvementée.

NOTE : 17.30

FICHE TECHNIQUE


  • Réalisation : Sacha Guitry
  • Scénario et dialogue : Sacha Guitry
  • Directeurs de la photographie : Pierre Montazel et Roger Dormoy (non crédité)
  • Cadreur : Louis Née, assisté de Raymond Mairesse
  • Costumes : Maggy Rouff et Alex Papin, d'après les maquettes de Monique Dunan
  • Décors : René Renoux
  • Son : Joseph de Bretagne
  • Montage : Raymond Lamy
  • Assistants réalisateur : François Gir, Gérard Renateau
  • Scripte : Francine Corteggiani
  • Musique originale : Jean Françaix
  • Musiques additionnelles : Frères Andrieu, Alexandre Artus, Albert Gossez, Marius Joseph Millot
  • Direction musicale de Marc Lanjean (éditions Ray Ventura, Claveau Pleyel)
  • Maquillage : Marcel Rey
  • Chef perruquier : Alex Archambault
  • Régisseur général : André Chabrol
  • Ensemblier : Roger Bar
  • Production : Clément Duhour (producteur exécutif), Ignace Morgenstern, Sacha Guitry
  • Sociétés de production : Cocinex, C.L.M
  • Pays de production : Drapeau de la France France
  • Éclairage des prises de vues : Son et Lumière et Luxtone
  • Enregistrement système Western Electric
  • Mixages faits aux studios de la Métro-Goldwyn-Mayer
  • Caméra de location Chevereau
  • Distribution : Cocinor
  • Laboratoire G.T.C Joinville
  • Tournage : du  au 
  • Format : Couleurs (Eastmancolor) - 35 mm - 1,37:1 - Mono
  • Genre : fresque historique
  • Durée : 165 minutes (France) ; 158 minutes (Royaume-Uni) ; 152 minutes (États-Unis, Orson Welles étant le narrateur des deux versions anglo-saxonnes)

DISTRIBUTION