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dimanche 11 octobre 2026

11.20 - MON AVIS SUR LE FILM LES AVENTURES DE TILL L'ESPIEGLE DE GERARD PHILIPPE ET JORI IVESN (1956)

 


Vu le film Les Aventures de Till l'Espiègle de Gérard Philipe et Jori Ivens (1956) avec Gérard Philipe Nicole Berger Fernand Ledoux Jean Debucourt Jean Carmet François Fabian Jean Vilar Erwin Geschonneck


Adapté du roman de Charles De Coster, La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au pays de Flandres et ailleurs. Sacré titre, qui aurait pris toute la place sur l’affiche de cinéma, quitte à obliger les exploitants à pousser les murs du hall pour accueillir les spectateurs. Autre particularité, ce film est une coproduction franco-est-allemande avec la RDA, ce qui en fait une rareté dans le paysage cinématographique français de l’époque.

Cette association n’est pas le fruit du hasard, puisque la DEFA, le studio d’État est-allemand, participe au financement du film, dans le cadre d’une volonté de développer les échanges culturels avec la France pendant la période de déstalinisation. Le sujet permet aussi de mettre en scène un peuple qui résiste à un envahisseur étranger, ce qui n’était pas sans intérêt politique pour le régime est-allemand. La coopération ne durera d’ailleurs pas éternellement, puisque la RDA finira par reprocher à ces films de ne pas suffisamment défendre ses idées.

Nous voici donc plongés dans un film d’aventure comme on en faisait dans les années 50, destiné à distraire un public qui sortait encore des années de guerre et retrouvait le goût des grandes histoires populaires. Avec son héros insolent, ses déguisements, ses ruses et ses combats, le film ressemble à une sorte de Robin des Bois à la française, et l’on pense évidemment à Fanfan la Tulipe, pas uniquement en raison de la présence de Gérard Philipe, mais aussi grâce à la fantaisie du personnage et à celle des combattants flamands qui lui donnent la réplique.

Pourtant, derrière les plaisanteries et les facéties de notre héros, le sujet est loin d’être léger. Au XVIe siècle, la Flandre subit l’occupation espagnole, avec son cortège de massacres, de pillages et de persécutions. Lorsque Till perd son père, Claes, brûlé sur le bûcher, sa bonne humeur ne suffit plus à masquer sa colère et son désir de vengeance. Le joyeux drille devient alors un combattant de la liberté, décidé à lutter contre le duc d’Albe et ses troupes, quitte à employer la ruse plutôt que la force.

Till va même réussir à s’introduire à la cour de son ennemi en se faisant passer pour un bouffon, ce qui lui permet d’espionner les Espagnols et de préparer la résistance de l’intérieur. Une belle idée sur le papier, avec ce personnage qui fait rire ses adversaires pendant qu’il prépare leurs ennuis, mais le film donne parfois l’impression de courir dans toutes les directions à la fois, sans parvenir à choisir entre la comédie, le récit historique et le grand spectacle.

Gérard Philipe, dont c’est l’unique réalisation, enchaîne les cascades, les pitreries et les acrobaties avec l’énergie d’un acteur qui connaît parfaitement son personnage. On sent qu’il s’amuse à jouer les trublions, mais on a aussi le sentiment que ses ambitions de réalisateur sont dépassées par l’ampleur du projet, qui aurait mérité un récit mieux maîtrisé et des scènes de bataille plus convaincantes. Les combats, pourtant indispensables à cette histoire de résistance, passent trop souvent au second plan, alors que le film prétend nous raconter une véritable lutte pour la liberté.

Joris Ivens, le grand documentariste néerlandais, devait initialement partager la réalisation avec Philipe, mais il se retire très tôt du tournage et reste essentiellement un conseiller. Autant dire que notre Gérard se retrouve avec une sacrée responsabilité sur les épaules, entre les décors, les figurants, les chevaux, les cascades et une production internationale qui ne lui facilite pas nécessairement la tâche.

Le casting apporte heureusement son lot de retrouvailles réjouissantes, avec Fernand Ledoux, Jean Debucourt, Alexandre Rignault, Jean Carmet et Raymond Souplex, sans oublier Nicole Berger et Françoise Fabian. Et puis il y a Jean Vilar, immense homme de théâtre, qui incarne ici le duc d’Albe, face à celui qui fut l’un de ses grands interprètes sur les planches. Un plaisir de voir ces comédiens réunis dans une aventure qui ne manque pas de moyens, même si elle manque parfois de souffle.

On peut donc regarder Les Aventures de Till l’Espiègle avec une certaine indulgence, en appréciant la couleur, les costumes, les paysages et l’enthousiasme de Gérard Philipe, qui voulait manifestement se lancer dans une nouvelle aventure artistique. Malheureusement, le résultat reste assez fouillis, avec de bonnes idées qui se bousculent sans toujours trouver leur place.

Le film se laisse voir sans déplaisir, mais il ne suffit pas d’avoir un Gérard Philipe bondissant, une armée d’Espagnols à combattre et un peuple flamand à libérer pour fabriquer un grand film d’aventure. On passe le temps, on retrouve quelques acteurs que l’on aime revoir, mais on reste un peu sur sa faim. Gérard Philipe avait décidément bien des talents, mais la mise en scène n’était peut-être pas celui qui lui allait le mieux. On ne peut pas être doué sur tous les plans !

NOTE : 11.20

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

samedi 10 octobre 2026

8.80 - MON AVIS SUR LE FILM ANIMALS DE BEN AFFLECK (2026)


 Vu le film Animals de Ben Affleck (2026) avec Ben Affleck Gillian Anderson Kerry Washington Steven Yeun Luis Gerardo Méndez Adriana Paz Ray Fisher Christopher Woodley


Un film de Ben Affleck qui finit sur Prime Video, ce n'était pas forcément bon signe, même si le bonhomme est tout de même un réalisateur qui nous a déjà offert quelques belles réussites, à commencer par Gone Baby Gone. Il faut dire que ce projet traînait en longueur depuis 2024, avec Matt Damon et Jennifer Garner initialement prévus au casting. Je pense que le film aurait gagné en profondeur avec Matt, mais le copain de Ben avait une Odyssée à finir, ce qui est tout de même une bonne excuse pour ne pas être disponible.


N'ayant pas trouvé de Matt à son pied (chaussure), Ben a donc décidé de se servir lui-même, en passant derrière la caméra et devant, pour interpréter un candidat à la mairie de Los Angeles dont le fils est kidnappé lors d'une sortie avec le fils de son jardinier. Enfin, c'est ce que l'on croit au départ, car les ravisseurs se sont trompés de gamin et ont enlevé celui du jardinier. Il faut reconnaître que ce n'est pas vraiment le genre de confusion que l'on souhaite rencontrer en organisant une sortie familiale.


Jusque-là, on peut encore y croire, avec un point de départ qui rappelle un peu La Rançon de Ron Howard avec Mel Gibson, où l'enlèvement d'un enfant sert de moteur à un thriller sous haute tension. Sauf qu'ici, une fois le coup de théâtre révélé, le scénario commence sérieusement à prendre l'eau, et ce qui aurait pu devenir un suspense efficace se transforme progressivement en une succession de situations auxquelles j'ai de plus en plus de mal à croire.


Notre candidat à la mairie, qui devrait avoir d'autres préoccupations que de jouer les héros, cherche alors à réunir l'argent de la rançon grâce à une âme charitable incarnée par Gillian Anderson. Mais franchement, même avec une élection municipale en ligne de mire, j'ai du mal à imaginer que les choses puissent se dérouler de cette manière, tant les réactions des personnages semblent parfois dictées par les besoins d'un scénario qui ne sait plus très bien où il va.


Du côté des ravisseurs, on nous sert une voix caverneuse destinée à faire trembler tout le monde, mais qui semble surtout impressionner le couple de riches parents, pendant que le pauvre jardinier se transforme progressivement en Rambo. Il faut croire que les espaces verts ne sont pas toujours aussi paisibles qu'on pourrait le penser, surtout lorsqu'un enlèvement vient bouleverser le programme de la journée.


Ben Affleck tente pourtant de maintenir la pression, et il sait parfaitement installer une atmosphère inquiétante, avec cette confrontation entre argent, pouvoir et violence qui aurait pu donner quelque chose de bien plus solide. Mais à force de vouloir multiplier les rebondissements, le film finit par perdre sa crédibilité, et l'on regarde les événements s'enchaîner sans retrouver cette tension qui devrait nous tenir en haleine jusqu'au bout.


La dernière partie nous réserve un véritable carnage, dont les conséquences deviennent aussi difficiles à comprendre que les décisions qui y conduisent. Le titre Animals prend alors tout son sens, mais pas nécessairement de la manière la plus convaincante, tant les personnages semblent abandonner toute logique pour foncer droit dans le mur, quitte à laisser derrière eux un sacré champ de ruines.


Si Ben Affleck reste un réalisateur efficace dans le thriller, comme il l'avait démontré avec Gone Baby Gone, il n'est pas forcément l'acteur idéal pour porter lui-même une histoire de ce genre. Son interprétation ne parvient pas toujours à donner à son personnage l'épaisseur nécessaire, et cette faiblesse devient d'autant plus visible lorsque le scénario lui demande de traverser des situations qui auraient mérité davantage de nuances.


Animals reste un petit thriller qui possède quelques bonnes idées, mais qui se perd dans une mécanique narrative de moins en moins convaincante. Le film aurait pu nous offrir une belle montée en tension autour d'un enlèvement et de ses conséquences, mais les invraisemblances finissent par prendre le dessus, jusqu'à cette conclusion qui transforme le suspense en grand n'importe quoi.


NOTE : 8.80

FICHE TECHNIQUE


Producteurs délégués : Michael Beugg, Lucy Damon, Kevin Halloran, Michael Joe
Coproducteurs : Lisa C. Satriano et Sasha Veneziano
  • Sociétés de production : Artists Equity, Makeready et Fifth Season
  • Société de distribution : Netflix

DISTRIBUTION


Un thriller qui avait de quoi faire rugir, mais dont la fin gâche sérieusement le plaisir. Ben Affleck ferait peut-être mieux de laisser Matt Damon terminer son Odyssée avant de se lancer dans la prochaine aventure, surtout si c'est pour nous conduire dans une impasse pareille.

15.70 - MON AVIS SUR LE FILM 3 JOURS A MANHATTAN DE MARCEL CARNE (1965)

 


Vu le Film 3 Jours à Manhattan de Marcel Carné (1965) avec Jeanne Moreau Maurice Ronet Roland Lesaffre O.E Hasse Gabrielle Ferzetti Geneviève Page Margaret Nolan Virginia Vee et Robert de Niro


Georges Simenon, New York en noir et blanc, Brooklyn Village, du jazz pour nos oreilles, de la fumée de cigarettes pour notre nez et Maurice Ronet et Jeanne Moreau pour nos papilles, on se croirait dans un film noir, mais loin de là, Marcel Carné nous sert un drame psychologique qui n’a rien à envier aux meilleures productions américaines de l’époque.

Le film suit François Combe, un comédien français installé à New York, qui vient de se séparer de sa femme, tandis que Kay, une jeune femme rencontrée dans un bar, traîne elle aussi derrière elle les débris d’une histoire d’amour. Deux êtres abandonnés par leurs amours précédentes, qui vont tenter de se reconstruire ensemble, ou du moins de se tenir chaud dans une existence qui prend l’eau de toutes parts. Ils s’accrochent l’un à l’autre comme une branche à son arbre, avec cette peur permanente de voir le dernier refuge disparaître.

Carné filme ces deux solitudes sans chercher à nous vendre une romance à l’eau de rose, car derrière les gestes tendres et les rapprochements se cachent les blessures, les doutes et les rancœurs de ceux qui ont déjà pris quelques coups dans la vie. L’amour devient ici une bouée de sauvetage, mais encore faut-il savoir nager à deux quand chacun risque de couler de son côté.

Voilà un film anti-Nouvelle Vague, où l’on prend son temps, de bar de nuit en bar de nuit, de whisky en whisky, de cigarettes en cigarettes, sans courir après le spectateur pour lui expliquer ce qu’il doit ressentir. On s’installe, on observe, on écoute, et l’on se laisse gagner par cette atmosphère enfumée où les silences ont parfois plus de poids que les dialogues. Il y a du Robert Rossen ou du Martin Ritt dans cette manière de raconter les êtres cabossés, avec un billard en plus, et l’on se sent tout de suite en terrain connu.

Maurice Ronet et Jeanne Moreau, déjà réunis dans Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle, nous offrent un couple hypnotique, sensuel et mystérieux, qui capte notre attention sans avoir besoin d'en faire des tonnes. Ronet, avec son élégance fatiguée et son air d’homme qui a déjà perdu quelques batailles, trouve en Moreau une partenaire à sa mesure. Quant à Jeanne Moreau, elle possède cette présence magnétique qui vous accroche le regard, même lorsqu’elle semble simplement attendre que la nuit passe.

Leur relation avance à coups d’approches, de reculs et de petites explosions, car ces deux-là ont beau chercher un peu de chaleur humaine, ils ne sont pas forcément prêts à faire les concessions nécessaires pour vivre ensemble. Carné connaît son sujet et ne transforme jamais ses personnages en marionnettes destinées à servir une belle histoire. Il préfère les laisser vivre, se tromper et se débrouiller avec leurs contradictions, ce qui rend le film d’autant plus attachant.

Bien sûr, on retrouve l’indispensable Roland Lesaffre, fidèle parmi les fidèles de Carné, ainsi que Gabriele Ferzetti, que les amateurs de western italien retrouveront quelques années plus tard chez Sergio Leone dans Il était une fois dans l’Ouest. Et puis, dans un coin de bar, presque incognito, apparaît un certain Robert De Niro, pour sa toute première apparition au cinéma, dans un film français, messieurs ! Il remettra d’ailleurs le couvert avec Marcel Carné dans Les Jeunes Loups, en 1968.

Rien que pour ce petit morceau d’histoire du cinéma, le détour vaut déjà la peine, même si De Niro n’est évidemment pas encore la star que l’on connaît aujourd’hui. On imagine mal le jeune homme se douter qu’il deviendra l’un des grands noms du cinéma américain, alors qu’il fait ses premiers pas devant la caméra d’un réalisateur français dont la carrière appartient déjà à une autre époque.

Avec 3 Chambres à Manhattan, Marcel Carné retrouve une histoire de solitudes, de rencontres et de destins contrariés, dans une Amérique nocturne qui semble faite pour accueillir les âmes perdues. Le film prend son temps, respire au rythme du jazz et laisse ses personnages exister sans les enfermer dans des explications inutiles. Ce n’est peut-être pas le Carné que le grand public cite spontanément, mais c’est un film profondément humain, porté par deux acteurs qui donnent à cette errance sentimentale une intensité peu commune.

On commande un dernier whisky, on écrase sa cigarette et l’on reste encore un peu avec François et Kay, parce que quitter ces deux-là, c’est finalement retrouver trop vite la solitude que le film nous avait permis d’oublier.

NOTE : 15.70

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION