Vu le Film Bessie de Dee Rees (2015) avec Queen Latifah Mo’Nique Michael K.Williams Tory Kittle Bryan Greenberg Tika Sumpter Khandi Alexander
Bessie Smith est une jeune chanteuse de Chattanooga, dans le Tennessee. À la mort de leurs parents, William et Laura, elle et ses frères et sœurs deviennent orphelins. Leur sœur aînée, Viola, va les élever. Viola est sévère avec eux et l'enfance de Bessie est malheureuse. Elle et son frère Clarence cherchent à travailler pour des spectacles de vaudeville locaux. Ses ambitions scéniques sont frustrées par les producteurs qui ne veulent pas en vedette des femmes noires à la peau foncée dans leurs spectacles. Bessie se faufile dans le train de l'interprète Ma Rainey et lui demande de se joindre à son spectacle. Ma Rainey prend Bessie sous son aile et l'aide à développer ses capacités jusqu'à ce que la popularité de Bessie provoque la séparation des deux femmes. Bessie laisse aussi Clarence pour lancer sa propre carrière.
On dit souvent que le “cinéma black” n’existe pas, mais quand il se raconte lui-même, comme avec Moonlight, il devient immédiatement plus incarné, plus nécessaire. Bessie s’inscrit là-dedans : pas un film communautaire, mais un film vécu.
Ici, on plonge dans la vie de Bessie Smith, “l’impératrice du Blues”, une figure que vous ne connaissiez pas forcément — et le film fait justement le boulot. Une voix, une présence, une vie cabossée qui va influencer des monstres comme Billie Holiday, Nina Simone ou Janis Joplin. Rien que ça.
On suit son ascension passant par les humiliations raciales, les excès, les amours destructrices. Une trajectoire classique de biopic ? Oui. Mais avec une matière brute qui empêche toute tiédeur.
Et puis il y a cette fin. Dans la réalité, Bessie Smith meurt à 43 ans dans des circonstances marquées par la ségrégation médicale. Le film, lui, choisit de rester sur une note plus lumineuse. Choix discutable, mais compréhensible : on célèbre ici une vie plus qu’on ne dissèque une mort.
Mais soyons clairs : le film repose avant tout sur Queen Latifah. Elle ne joue pas, elle habite le rôle. Elle met tout : la voix, le corps, la rage, la fragilité. Elle se met à nu, littéralement et émotionnellement. Et là, on est loin du souvenir un peu gênant de son passage dans Taxi. Ici, elle est immense.
Mo'Nique apporte une réplique tout aussi puissante. Deux femmes, deux tempéraments, deux volcans. Leur relation donne au film ses moments les plus électriques. Ça cogne, ça aime, ça détruit — bref, ça vit.
Dee Rees filme solide, sans esbroufe. Elle laisse respirer les personnages, capte les regards, les silences, les excès. On sent une volonté de ne pas styliser à outrance, mais de coller à une réalité rugueuse.
Côté production, HBO fait le travail — et même plus. Comme dans Ma vie avec Liberace, on a une reconstitution impeccable : costumes, décors, ambiance. Rien ne sonne faux. On est dans l’époque, sans jamais avoir l’impression d’un musée.
Et puis il y a la musique. Le blues, évidemment. Quand le jazz est là, le film respire autrement. Il s’élève. Il trouve sa vraie voix. Ce n’est plus un biopic, c’est une incarnation.
Alors oui, le film reste classique dans sa structure. Oui, il évite certaines zones d’ombre. Mais quand il est porté par une interprétation aussi habitée, ça devient secondaire.
Bessie, c’est un destin hors norme dans une Amérique blanche et raciste. C’est une femme qui refuse de plier. Et surtout, c’est un rôle que Queen Latifah transforme en démonstration.
Un biopic qui a du coffre. Et du cœur.
NOTE : 12.40
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Dee Rees
- Production : HBO
- Photographie : Jeff Jur
- Musique : Rachel Portman
- Montage : Brian A. Kates
- Pays de production : États-Unis
- Queen Latifah (VF : Marie-Christine Darah) : Bessie Smith
- Mo'Nique (VF : Cathy Amazo) : Ma Rainey
- Michael K. Williams (VF : Jean-Paul Pitolin) : Jack Gee, mari de Bessie
- Tory Kittles (VF : Anatole de Bodinat) : Clarence Smith, frère aîné de Bessie
- Bryan Greenberg (VF : Laurent Morteau) : John Hammond, producteur de disques et critique
- Tika Sumpter (VF : Fily Keita) : Lucille (personnage fictif)
- Khandi Alexander (VF : Annie Milon) : Viola, sœur aînée de Bessie
- Mike Epps (VF : Mohad Sanou) : Richard, amant de Bessie
- Joe Knezevich (VF : Charles Borg) : Frank Walker
- Oliver Platt (VF : Denis Boileau) : Carl Van Vechten, photographe
- (VF : Jean-Baptiste Anoumon) : James
- Charles S. Dutton (VF : Ériq Ebouaney) : William "Pa" Rainey
- Todd Allen Durkin (VF : Christophe Peyroux) : propriétaire d'un Club
- Sylvester Ambrose James II (VF : Léa Gabriele) : Jack Gee junior

