Vu le film Silent Movie (La Dernière Folie de Mel Brooks) de Mel Brooks (1976) avec Mel Brooks Dom de Luise Marty Feldman Harry Gould Sid Caesar Anne Bancroft
Bernadette Peters Burt Reynolds Liza Minelli James Caan Marcel Marceau Paul Newman
Mel Funn (Mel Brooks), un cinéaste hollywoodien sorti d'une cure de désintoxication, tente de convaincre les responsables d'un studio de cinéma de produire le premier film muet réalisé depuis quarante ans. Pour ce faire, Funn et ses amis (Marty Feldman et Dom DeLuise) vont se mettre en contact avec plusieurs acteurs connus afin que ceux-ci jouent dans leur film.
Merde !
Non, je ne vous insulte pas et je ne suis pas atteint du syndrome de Gilles de la Tourette. « Merde ! », c'est tout simplement le seul mot prononcé dans Silent Movie (La Dernière Folie de Mel Brooks), et l'ironie suprême veut qu'il soit lâché par le plus grand mime du XXe siècle : Marcel Marceau. Rien que cette trouvaille résume parfaitement l'esprit du film. Une idée absurde, géniale et totalement brooksienne.
Au milieu des années 70, alors que le cinéma parlant règne sans partage depuis près d'un demi-siècle, Mel Brooks a l'idée folle de réaliser un film muet. Pas un hommage timide ou nostalgique, non : un véritable film muet moderne, tourné comme s'il débarquait tout droit de l'âge d'or de Hollywood.
Mel Funn, réalisateur au bord du naufrage interprété par Mel Brooks lui-même, entraîne avec lui ses deux acolytes, Marty Eggs (Marty Feldman) et Dom Bell (Dom DeLuise), dans une mission impossible. Le trio parcourt Los Angeles, les collines d'Hollywood, les studios et les luxueuses propriétés des vedettes afin de convaincre les plus grandes stars de participer à leur futur film muet. Un film sans scénario, sans argent ou presque, mais avec une montagne d'enthousiasme.
Leur périple les amène à croiser une galerie de célébrités qui jouent leur propre rôle avec un plaisir communicatif : Burt Reynolds, James Caan, Liza Minnelli, Paul Newman, Anne Bancroft – Madame Mel Brooks à la ville –, sans oublier le légendaire Marcel Marceau. Tous acceptent de se moquer de leur image avec une autodérision qui fait merveille.
Impossible de ne pas évoquer la fameuse séquence avec Paul Newman. Les cinéphiles attentifs comprendront immédiatement où Michel Hazanavicius est allé puiser certaines inspirations pour Rio ne répond plus, notamment lors de la scène de l'ascenseur. Le clin d'œil saute aux yeux.
Quant au reste, c'est un feu d'artifice ininterrompu. Pendant 96 minutes, Mel Brooks envoie les gags à la cadence d'une mitrailleuse. Les dialogues sont aux petits oignons... ce qui est déjà un exploit pour un film muet. Les situations s'enchaînent avec une logique de rêve éveillé où tout devient possible. On pense souvent à Laurel et Hardy, parfois aux Marx Brothers, toujours à cette tradition du burlesque qui transforme la moindre porte ou le moindre escalier en arme de destruction massive du sérieux.
C'est souvent en dessous de la ceinture, parfois au-dessus aussi, mais personnellement cela me fait rire du début à la fin. Brooks ne cherche jamais à être subtil ; il cherche à être drôle, et il l'est.
Dom DeLuise est irrésistible. Sid Caesar et Harold Gould apportent leur talent à l'ensemble. Mais celui qui emporte tout sur son passage reste Marty Feldman. Avec ses yeux impossibles, son sens du timing et sa capacité à rendre crédible les situations les plus délirantes, il est tout simplement monstrueux de drôlerie. Chaque apparition est un gag à elle seule.
Pour moi, Silent Movie demeure le meilleur film de Mel Brooks. C'est une déclaration d'amour au cinéma muet, une satire de Hollywood, une succession de trouvailles absurdes et surtout une machine à rire quasiment parfaite. On passe 96 minutes à se vider la vessie tant les éclats de rire sont nombreux.
Et quand on pense que Mel Brooks va fêter ses 100 ans à la fin du mois, on se dit qu'il méritait bien cet hommage. Peu de cinéastes auront autant célébré le rire sous toutes ses formes. Avec Silent Movie, il a réussi l'impossible : faire un film muet moderne qui continue, cinquante ans plus tard, à provoquer le même effet. Une folie. Une merveille. Une sacrée leçon de comédie.
NOTE- 14.90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Mel Brooks
- Photographie : Paul Lohmann
- Montage : Stanford C. Allen, John C. Howard
- Musique : John Morris
- Direction artistique : Albert Brenner
- Décors : Rick Simpson
- Costumes : Patricia Norris
- Casting : Mary Goldberg
- Producteur : Michael Hertzberg
- Société de production : Crossbow Productions
- Société de distribution : 20th Century Fox
- Pays de production :
États-Unis - Langue : cinéma muet (un mot en français)
DISTRIBUTION
- Mel Brooks : Mel Funn
- Marty Feldman : Marty Eggs
- Dom DeLuise : Dom Bell
- Sid Caesar : chef de studio
- Harold Gould : Engulf
- Ron Carey : Devour
- Bernadette Peters : Vilma Kaplan
- Carol DeLuise : une femme enceinte (Carol Arthur)
- Liam Dunn : Le marchand de journaux
- Fritz Feld : Le maitre d'hôtel
- Chuck McCann : Le gardien du studio
- Valerie Curtin : L'infirmière
- Burt Reynolds : lui-même
- James Caan : lui-même
- Liza Minnelli : elle-même
- Anne Bancroft : elle-même
- Marcel Marceau : lui-même (paradoxalement le seul personnage parlant de ce film muet)
- Paul Newman : lui-même


