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jeudi 21 mai 2026

14.90 - MON AVIS SUR LE FILM BORN TO BE BLUE DE ROBERT BUDREAU (2015)

 


Vu le Film Born To Be Blue de Robert Budreau (2015) avec Ethan Hawke Carmen Ejogo Callum Keith Rennie Kedar Brown Janet Laine Green Kevin Hanchard Katie Boland Tony Nardi


En 1966, Chet Baker fait l'objet d'une agression à la sortie d'un club de San Francisco où il s'était produit. Ses mâchoires et ses dents sont fracassées et sa carrière de trompettiste de jazz est alors mise en sommeil.



Traversant une période de lente reconstruction, en prise avec les affres de la dépendance et de la dépression, utilisant un dentier, il se concentre à nouveau sur l'exercice de son instrument et, peu à peu, parvient à renaître comme musicien. Il finira par revenir sur scène au mythique du Birdland, avant sa replongée dans la dépendance de drogue.

Born to Be Blue, le film de Robert Budreau, c’est une claque de velours dans la gueule. Un biopic sur Chet Baker, le prince cool du jazz, celui dont la trompette murmurait des secrets que les autres hurlaient. Pas de super-héros ici, juste un homme qui a vécu avec l’héroïne comme compagne la plus fidèle, bien plus que n’importe quelle femme. La poudre, cette saloperie blanche, qui le berçait et le détruisait en même temps.

Le film ne triche pas avec ça. On suit Chet dans les années 60, après le drame : l’agression où on lui fracasse les dents. Pour un trompettiste, c’est comme couper les mains d’un pianiste. Imaginez la douleur, la peur de ne plus jamais souffler dans cet embout. Pourtant il remonte la pente, reconstruit son jeu, retrouve cette sonorité unique, presque vocale, cette intimité qui fait frissonner. Et puis il replonge, parce que la vie de Chet, c’est une spirale de velours et de lames de rasoir. Ethan Hawke est monstrueux. Caméléon absolu.

Il ne joue pas Baker, il devient Baker. Le regard perdu, la voix traînante, le corps qui porte toute la lassitude du monde. Quand il embouche la trompette, il lui manque juste la parole… le reste est là, dans les notes, dans le souffle, dans le silence entre les notes. Une performance qui te colle à la peau. Le père, ce vieux con raciste sur les bords, qui ne supporte pas la compagne noire de son fils. Les conflits familiaux sont crus, sans filtre, comme dans la vraie vie. On sent la tension, les non-dits, l’amour tordu qui cohabite avec le mépris.

Budreau respecte l’histoire : pas de sucre, pas de happy end hollywoodien. On reste dans la fumée, les clubs enfumés, les hôtels miteux et les scènes où la musique sauve tout… jusqu’à la prochaine descente. Ce film, tu le regardes avec les oreilles et tu l’entends avec les yeux. C’est ça la magie. Tu t’installes dans ton fauteuil, un feu de bois qui crépite, un verre de whisky qui réchauffe la gorge, une bonne cigarette dont la fumée danse dans la pièce comme les solos de Chet. La bande-son envahit tout, les images vibrent en rythme.

Chaque plan est une note, chaque coupe un silence chargé. Pas d’héroïne de cinéma qui vient tout arranger. Juste la vraie héroïne, celle qui tue à petit feu. Et pourtant, quelle beauté tragique. On sort du film avec cette mélancolie douce, cette envie d’écouter « My Funny Valentine » en boucle en se demandant comment un homme peut être à la fois si fragile et si immense.

Robert Budreau a compris l’essence de Baker : un génie qui n’a jamais su se sauver lui-même. Le casting est parfait, les seconds rôles collent à la peau de l’époque, les décors sentent le tabac froid et le cuir usé. Rien de gratuit.

Tout sert la légende et la chute. Franchement, c’est un très beau film. Un des meilleurs biopics jazz que j’ai vus. Il ne juge pas, il accompagne. Il te laisse avec cette phrase qui résonne : la musique est plus forte que la vie, mais la vie finit toujours par gagner.

Et toi, après le générique, tu restes là, le verre vide, la cigarette éteinte, le feu qui baisse… et tu sais que tu viens de passer deux heures en compagnie d’un géant. Merci Ethan. Merci Chet. Merci Budreau. Un pur joyau.

NOTE : 14.90
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13.50 - MON AVIS SUR LE FILM LA PREMIERE FOIS DE CLAUDE BERRI (1976)

 


Vu la Première Fois de Claude Berri (1976) avec Alain Cohen Charles Denner Delphine Levy Zorica Lozic Claude Lubicki Philippe Teboul Roland Blanche Danielle Minazolli


1952. Claude a seize ans et c'est la fin de l'année scolaire. Pour son père, la seule chose qui compte vraiment ce sont les examens. Pour Claude et ses copains, René, Sammy et Bernard, les filles passent avant tout. Ils désirent ardemment passer aux actes. Après une première expérience avec une prostituée, ce dernier tombe amoureux d'une jolie Canadienne.

Putain, quelle belle découverte ce La Première Fois ! Un film charmant, autobiographique, le deuxième volet du « cinéma de papa » de Claude Berri après Le Cinéma de Papa. On sent direct que c’est du vécu, du vrai, pas du truc fabriqué.

L’histoire ? On suit Claude, ado juif dans les années 50-60, et sa bande de quatre copains qui ne pensent qu’à une seule chose : la bagatelle. Sauf que pour y arriver, il faut la toute première fois. Et là, ça devient compliqué, drôle, maladroit, touchant. Claude, c’est Alain Cohen, encore une fois le double parfait de Berri – après Le Vieil Homme et l’Enfant et Le Cinéma de Papa, il est chez lui dans ce rôle.

Il porte le film avec une fraîcheur incroyable, ce mélange d’arrogance adolescente et de trouille pure. Les quatre potes forment une petite meute en rut permanent. Ils parlent filles, ils fantasment, ils préparent leur coup comme des stratèges de bac à sable.

Et puis il y a « elle », la pauvre jeune fille peu farouche qui va servir de passage vers l’âge adulte. Le film ne la juge pas, il la montre avec tendresse et un peu de réalisme cru des années 70. C’est ça qui fait du bien : on est loin des comédies romantiques lisses. Ici on transpire, on bafouille, on rate, on recommence. Charles Denner est génial en père de Claude. Encore ancré dans l’ancienne France, avec ses principes, sa culture juive, son autorité un peu dépassée. Les scènes père-fils sont savoureuses, pleines de ce fossé générationnel qui faisait déjà trembler les années 70.

Religion, éducation, émancipation sexuelle : tout est balayé avec une liberté de ton folle. On rigole, on est un peu gêné, on se souvient que c’était ça, être ado à l’époque. Berri filme avec simplicité et justesse. Pas de grands effets, juste la vie, les rues, les appartements parisiens, les colonies de vacances, les premiers flirts. Ça sent le vrai, ça sent l’enfance qui finit et l’adolescence qui cogne à la porte.

On rit beaucoup devant les plans foireux des gamins, mais on ressent aussi cette mélancolie douce de la première fois – celle qui ne reviendra jamais. Bref, un film typique des seventies par sa franchise sur la sexualité et le désir d’émancipation, mais jamais vulgaire.
Charmant, drôle, un peu cru, terriblement humain. Alain Cohen est parfait, Denner impeccable, et toute la bande donne envie de replonger dans cette époque où tout semblait possible et terrifiant à la fois.

La Première Fois, c’est du cinéma de papa qui fait du bien. Une pépite à redécouvrir. Merci Claude Berri pour ce bout d’enfance éternelle.

NOTE : 13.50

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mardi 19 mai 2026

6.20 - MON AVIS SUR LE FILM JEUNES MERES DE JEAN PIERRE ET LUC DARDENNE (2025)


 Vu le Film Jeunes Mères de Jean Pierre et Luc Dardenne (2025) avec Babette Verbeeck Helsa Houben India Hair Christelle Cornir Claire Bodson Janaina Holly


Jessica, Perla, Julie, Ariane et Naïma sont hébergées dans une maison maternelle qui les aide dans leur vie de jeune mère. Cinq adolescentes qui ont l'espoir de parvenir à une vie meilleure pour elles-mêmes et pour leur enfant.

Il y a des cinéastes chez qui le naturalisme devient un art. Et puis il y a des moments où le naturalisme devient une punition. Avec Jeunes Mères, Jean-Pierre Dardenne et Luc Dardenne semblent avoir poussé leur cinéma jusqu’à l’os. Le problème, c’est qu’à force d’enlever tout ce qui ressemble à de la mise en scène, il ne reste plus grand-chose. On finit presque par se demander si on regarde un film… ou un documentaire sur un Ehpad. Pardon, un foyer de jeunes mères !

Car oui, officiellement c’est une fiction. Mais la différence entre un documentaire où l’on pose une caméra en espérant qu’un événement arrive, et ce film où l’on attend désespérément qu’il se passe quelque chose… la différence est à la marge. Pendant près de deux heures, les Dardenne suivent plusieurs adolescentes enceintes ou déjà mères dans un foyer d’accueil. Des jeunes filles paumées, abandonnées par des compagnons de passage, rejetées par des familles incapables d’assumer leurs propres responsabilités, essayant malgré tout de tenir debout avec un bébé dans les bras et une vie déjà cabossée avant même d’avoir commencé.

Sur le papier, le sujet était fort. Il y avait matière à faire un grand film social, dur, humain, bouleversant. Et les Dardenne ont déjà prouvé qu’ils savaient faire ça mieux que personne. Même sans grands moyens, ils ont souvent réussi à transformer une rue, un appartement ou un visage fatigué en moment de cinéma. Et quand ils veulent, notamment avec leur acteur fétiche Jérémie Renier dans leurs grands films passés, les frangins peuvent toucher juste.

Mais ici, rien. Rien du début à la fin. Aucun souffle. Aucune tension. Aucune scène qui reste. On regarde ces jeunes femmes errer de rendez-vous sociaux en discussions tristes, de chambres fades en couloirs grisâtres, avec cette caméra portée devenue chez eux une religion. Sauf qu’à force de filmer le vide du quotidien, ils finissent par filmer le vide tout court.

Les actrices, pour la plupart amateurs, sont laissées totalement à l’abandon. Le naturel ne veut pas dire absence de direction. Même avec des non-professionnels, il y a un minimum à respecter. Ici, les dialogues tombent à plat, les regards semblent attendre le “coupez”, et les scènes donnent parfois l’impression d’être des répétitions gardées par erreur au montage.

Et c’est dommage parce que le propos méritait mieux. Ces jeunes filles mères, cassées avant l’âge adulte, auraient pu nous bouleverser. Mais le film les enferme dans une tristesse mécanique où chaque séquence ressemble à la précédente. On comprend vite que personne ne va vraiment évoluer, que rien ne va décoller, et que les Dardenne confondent sobriété et absence totale de cinéma.

Le plus ironique, c’est que le film semble tellement persuadé d’être important qu’il oublie d’être vivant. On finit par regarder sa montre plus souvent que l’écran. “Voyage au bout de l’ennui” aurait presque fait un meilleur titre.

Alors oui, certains y verront sans doute une œuvre d’une grande pudeur sociale. Moi j’y vois surtout un film qui regarde la misère sans jamais réussir à la transformer en émotion ou en cinéma. Et quand un drame social vous donne l’impression d’attendre le bus sous la pluie pendant deux heures, il y a peut-être un problème quelque part.

Bon, si vous êtes dépressifs, c’est pas le bon film après une journée de travail.

NOTE : 6.20

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