Vu le film Footloose de Herbert Ross (1982) avec Kevin Bacon Lori Singer Chris Penn Sarah Jessica Parker John Lightgow Dianne Wiest John Laughlin Jim Youngs
Herbert Ross, grand connaisseur du film musical, nous offre avec Footloose une sorte de version masculine de Flashdance, avec un peu d'imagination et surtout beaucoup de mouvements de bassin. Après la séquence géniale des pieds qui dansent sur le tube éponyme, le réalisateur semble avoir trouvé son nouveau centre d'intérêt : le déhanché et les petites fesses d'un jeune acteur encore relativement inconnu à l'époque, mais qui allait sortir de cette aventure avec un tout autre statut, celui de star mondiale. Et quarante ans après, Kevin Bacon est toujours là, magnifique et talentueux, avec une carrière qui ne s'est certainement pas arrêtée au bout de quelques pas de danse.
L'histoire nous entraîne à Bomont, une petite ville américaine où la musique rock et la danse sont interdites par une réglementation municipale particulièrement sévère. Une situation qui ne fait évidemment pas les affaires de Ren McCormack (Kevin Bacon), adolescent venu de Chicago avec sa mère pour s'installer chez sa tante et son oncle. Habitué à une existence beaucoup plus libre, le jeune homme découvre rapidement que les habitants vivent sous la coupe du révérend Shaw Moore (John Lithgow), qui a fait de l'interdiction de danser son cheval de bataille depuis un terrible accident ayant coûté la vie à plusieurs jeunes de la communauté.
Ren va donc devoir apprendre à vivre dans cette petite ville où les adultes ont décidé de protéger la jeunesse en lui supprimant une bonne partie des plaisirs de l'existence, ce qui constitue évidemment une excellente manière de donner aux adolescents l'envie de faire exactement le contraire. Il fait la connaissance d'Ariel Moore (Lori Singer), la fille du révérend, une jeune femme au caractère bien trempé qui supporte difficilement l'autorité paternelle et entretient des relations compliquées avec son entourage. Entre les deux, l'attirance ne tarde pas à se manifester, même si le père de la demoiselle ne voit pas forcément d'un très bon œil l'arrivée de ce garçon qui semble avoir quelques difficultés avec les règlements.
Ren se lie également d'amitié avec Willard Hewitt (Chris Penn), un garçon sympathique mais particulièrement maladroit dès qu'il s'agit de danser, ainsi qu'avec Rusty (Sarah Jessica Parker), qui apporte sa petite touche de fantaisie à cette bande de jeunes. Notre héros va alors entreprendre de faire évoluer les mentalités, avec pour objectif de convaincre les autorités de lever cette interdiction et de permettre aux adolescents d'organiser leur bal de fin d'année.
Car derrière cette histoire de musique et de chorégraphies se cache une révolte adolescente, et oui, chacun ses révoltes ! Certains veulent refaire le monde, d'autres veulent simplement pouvoir danser sans avoir à demander l'autorisation au conseil municipal. On peut comprendre leur frustration, même si le sujet aurait mérité un traitement un peu plus consistant que quelques affrontements entre générations et des discussions moralisatrices.
Le film joue évidemment sur le contraste entre la rigueur des adultes et l'énergie de cette jeunesse qui ne demande qu'à s'exprimer, avec un révérend qui confond parfois éducation et interdiction générale. John Lithgow donne une certaine épaisseur à ce père autoritaire, tandis que Dianne Wiest, dans le rôle de son épouse Vi, apporte une présence plus nuancée, coincée entre son mari et sa fille. Kevin Bacon, lui, n'a pas vraiment besoin de forcer son talent pour occuper l'écran, car il possède déjà cette aisance physique qui fait une bonne partie du spectacle.
Musicalement, on navigue entre Grease, auquel je pense particulièrement, et La Fièvre du samedi soir, avec quelques séquences chorégraphiées qui font leur petit effet. La musique de Kenny Loggins, notamment le fameux morceau Footloose, reste l'un des grands atouts du film, et la séquence d'ouverture avec ces pieds qui s'agitent au rythme de la chanson est une excellente entrée en matière. Il y a aussi les scènes de danse qui permettent à Kevin Bacon de démontrer qu'il possède bien autre chose qu'une jolie frimousse, même si le réalisateur semble parfois avoir oublié qu'il avait également des acteurs autour de lui.
Chris Penn est assez réjouissant dans son apprentissage de la danse, et sa complicité avec Ren donne quelques moments amusants, notamment lorsque celui-ci tente de lui transmettre les rudiments du déhanchement. Sarah Jessica Parker est encore loin de l'image qu'elle aura plus tard à la télévision, mais elle trouve sa place dans cette petite troupe, tandis que Lori Singer accompagne correctement les tourments sentimentaux d'Ariel.
Reste que, si le fond du film repose sur une révolte adolescente et sur le droit de danser, le traitement passe assez largement à côté de son sujet à mes yeux. On aurait pu espérer une véritable réflexion sur l'autorité, le poids de la religion dans la vie quotidienne ou la difficulté pour une jeunesse de s'émanciper des principes imposés par ses aînés, mais le scénario préfère multiplier les scènes de danse et les petites histoires sentimentales. La révolte se résume finalement à quelques coups de gueule, une pétition et beaucoup de mouvements de jambes.
Alors, ne soyons pas trop sévères, car Footloose possède une énergie communicative, une bande originale qui reste dans les mémoires et un Kevin Bacon qui crève l'écran avec une facilité assez insolente. Le garçon avait du talent, du charme et une sacrée présence physique, et le film lui a offert le tremplin idéal pour devenir une vedette internationale. Il faut reconnaître que certains ont des débuts de carrière plus difficiles.
Pour le reste, je ne vais pas prétendre que le scénario m'a bouleversé ou que cette histoire d'interdiction de danser restera gravée dans les annales du cinéma. Il y a quelques bons moments, de jolies chorégraphies et suffisamment de musique pour donner envie de bouger un peu dans son fauteuil, mais pas grand-chose de plus à se mettre sous la dent.
Alors, contentons-nous de Kevin Bacon, à qui on se paierait bien une tranche sur des œufs !
NOTE : 12.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Herbert Ross
- Scénario : Dean Pitchford
- Musique : Kenny Loggins
- Photographie : Ric Waite
- Montage : Paul Hirsch
- Décors : Ron Hobbs
- Costumes : Gloria Gresham
- Production : Lewis J. Rachmil, Craig Zadan et Daniel Melnick (en)
- Sociétés de production : Phoenix Pictures, Silver Screen Partners et IndieProd Company Productions
- Distribution : United International Pictures (France), Paramount Pictures (États-Unis)
- Budget : 8,2 millions de dollars
- Kevin Bacon (VF : Éric Legrand) : Ren McCormack
- Lori Singer (VF : Christine Verger) : Ariel Moore
- John Lithgow (VF : Sady Rebbot) : le révérend Shaw Moore
- Dianne Wiest (VF : Christine Delaroche) : Vi Moore
- Chris Penn (VF : Éric Baugin) : Willard Hewitt
- Sarah Jessica Parker (VF : Françoise Dasque) : Rusty
- Frances Lee McCain : Ethel McCormack
- John Laughlin (en) (VF : Richard Darbois) : Woody
- Elizabeth Gorcey (VF : Dorothée Jemma) : Wendy Jo
- Jim Youngs (VF : Joël Martineau) : Chuck Cranston
- Arthur Rosenberg (VF : Julien Thomast) : Wes Warnicker
- Linda McEwen (VF : Pauline Larrieu) : Eleanor Dunbar
- Kim Jensen (VF : Joëlle Fossier) : Edna
- Leo Geter (VF : Christian Bénard) : Rich
- Douglas Dirkson (VF : Henry Djanik) : Burlington Cranston
- Lynne Marta (VF : Régine Blaess) : Lulu Warnicker
- Timothy Scott (VF : Mario Santini) : Andy Beamis
- Alan Haufrect (VF : Jacques Chevalier) : l'entraîneur Roger Dunbar



