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mardi 26 mai 2026

7.10 - MON AVIS SUR LE FILM LA VIE A L'ENVERS DE ALAIN JESSUA (1964)

 


Vu le Film La Vie à lEnvers de Alain Jessua (1964) avec Charles Denner Anna Gaylor Guy Saint Jean Nicole Gueden Jean Yanne Yvonne Clech Robert Bousquet André Thorent


Jacques Valin, employé dans une agence immobilière de Montmartre, mène une vie sans problème en compagnie de son amie cover-girl. Il décide de l'épouser sur un coup de tête. Incapable de supporter les invités de la noce, dont ses patrons, il quitte le restaurant et déambule dans Paris avec sa femme, ce qui lui vaut de perdre son emploi.

Coupé de la routine, il s'enferme dans la solitude et plonge peu à peu dans une folie heureuse.

Premier long-métrage d’Alain Jessua, La Vie à l’envers est un film à part dans sa filmographie. Quand on connaît les coups de poing qu’il assénera plus tard avec Les Chiens ou d’autres œuvres plus nerveuses et féroces, on est presque surpris de découvrir ce récit intimiste, hésitant parfois, mais déjà habité par une profonde inquiétude sur la place de l’individu dans la société. Il faut bien commencer quelque part, et Jessua pose ici les premières pierres de ses obsessions futures.

Le film suit Jacques Valin, interprété par un remarquable Charles Denner — plus simplement Denner pour tous ceux qui admirent cet acteur trop rarement mis en avant. Employé dans une agence immobilière, Jacques mène une existence grise, mécanique, sans véritable passion ni horizon. Un homme ordinaire qui semble avoir renoncé à toute forme d’élan avant même d’avoir commencé à vivre. Et c’est bien là toute la force du personnage : il n’est ni antipathique ni inintéressant, mais il prolonge son pessimisme et sa solitude jusque dans le fauteuil du spectateur.

Denner porte le film sur ses épaules. Presque de tous les plans, il compose un homme qui se détache progressivement du monde, comme s’il observait la vie derrière une vitre de plus en plus épaisse. Son regard, ses silences, sa manière d’habiter les décors racontent souvent davantage que les dialogues. On aimerait parfois lui tendre la main, lui dire que tout n’est peut-être pas perdu, mais la vie, la vraie, ce n’est pas aussi simple.

Malheureusement, si l’interprétation demeure solide, la réalisation d’Alain Jessua manque encore de peps. Le cinéaste semble chercher son ton, son rythme, sa manière de raconter. Certaines scènes s’étirent, d’autres paraissent inachevées, et l’ensemble souffre d’un scénario qui peine à transformer son idée de départ en véritable trajectoire dramatique. J’ai souvent eu l’impression que le sujet le dépassait, comme si le film voulait explorer les profondeurs d’un mal-être moderne sans toujours trouver les outils nécessaires pour y parvenir.

Cela ne rend pas La Vie à l’envers inintéressant, loin de là. On y aperçoit même par moments ce qui fera plus tard la singularité de Jessua : son regard inquiet sur l’aliénation, la difficulté de communiquer, la solitude qui gagne du terrain dans un monde pourtant rempli de monde. Mais ces thèmes restent ici à l’état d’ébauche.

Le film vaut donc surtout pour son personnage principal et pour l’occasion rare qu’il offre à Denner d’occuper le centre de l’écran. Une occasion dont il profite pleinement, rappelant quel grand acteur il était lorsque le cinéma lui donnait enfin la place qu’il méritait.

La Vie à l’envers ressemble à un premier essai honnête mais imparfait. Un film qui intrigue davantage qu’il ne passionne, qui séduit davantage par son acteur que par sa mise en scène. On en retient surtout le visage fatigué de Jacques Valin, perdu dans une existence sans âme, et cette étrange sensation d’avoir passé une heure et demie aux côtés d’un homme dont on aurait aimé alléger un peu le fardeau. Mais la vie, la vraie, ce n’est décidément pas aussi simple.

NOTE : 7.10

FICHE TECHNIQUE



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18.50 - MON AVIS SUR LE FILM ALL THAT JAZZ DE BOB FOSSE (1979)

 


Vu le Film All That Jazz de Bob Fosse (1979) avec Roy Scheider Jessica Lange Leland Palmer AZnn Reinking Cliff Gorman Ben Vereen Michael Tolan John Lighgow Joanna Merlin


Chorégraphe, metteur en scène drogué aux amphétamines et fumeur invétéré, Joe Gideon mène une existence entièrement absorbée par le spectacle. Sa vie privée elle-même est un spectacle. Alors qu'il monte une nouvelle revue à Broadway, Joe est victime d'un infarctus. Pendant l'opération qui s'ensuit, il dialogue avec la Mort et voit sa vie tumultueuse défiler.

Avec All That Jazz, Bob Fosse ne réalise pas seulement un film, il s’ouvre le thorax devant le spectateur et laisse son cœur battre au rythme des projecteurs de Broadway. Quand on est l’un des plus grands chorégraphes de son époque et qu’on a déjà signé un chef-d’œuvre comme Cabaret, on pourrait se contenter de vivre sur sa légende. Fosse préfère, lui, se disséquer.

On suit Joe Gideon, chorégraphe de génie, metteur en scène adulé, séducteur compulsif, bourreau de travail et surtout double à peine masqué de Bob Fosse lui-même. Chaque matin commence par le même rituel : les yeux rougis, les médicaments, les cigarettes, le miroir et cette certitude que le spectacle doit continuer coûte que coûte. Gideon dirige les répétitions d’un nouveau spectacle de Broadway tout en montant un film. Deux vies professionnelles pour un seul homme déjà au bord de la rupture.

Et quelles répétitions ! Comme dans A Chorus Line ou plus tard dans Jo Jo Dancer, Your Life Is Calling, on découvre les coulisses impitoyables du spectacle. Les danseurs y laissent leur sueur, leur énergie et parfois leur dignité. Gideon ne distribue ni compliments ni consolation. À Broadway, il ne doit rester que les meilleurs. Une faiblesse ? La sortie est par là. Une douleur ? Tant pis. Un état d’épuisement ? Encore quelques heures de répétition.

Le plus ironique est que cet homme qui exige tout des autres se montre infiniment moins sévère avec lui-même. Son corps lui envoie des signaux d’alarme, mais Gideon n’en a cure. Il flirte avec la mort comme d’autres flirtent avec une jolie danseuse. Jusqu’au jour où la mort décide de répondre à ses avances.

Ce qui frappe dans All That Jazz, c’est cette fusion miraculeuse entre le divertissement et l’autopsie. On y trouve du fun, des paillettes, de la lumière, des costumes étincelants, des numéros musicaux à couper le souffle. Mais derrière les strass se cache une violence physique permanente. Les corps souffrent, s’usent, se cassent presque sous nos yeux. Le spectacle est magnifique, mais son prix est exorbitant.

Les chorégraphies sont tout simplement sidérantes. Fosse filme la danse comme personne. Chaque mouvement raconte quelque chose. Chaque regard, chaque geste, chaque coup de bassin porte sa signature. On ne regarde pas un numéro musical : on assiste à une déclaration d’amour et de guerre au monde du spectacle.

Et puis il y a la musique de Ralph Burns, qui accompagne cette folie créatrice avec une élégance folle. La bande originale sublime encore davantage un film déjà ivre de cinéma et de scène.

Pour porter un tel monument, il fallait un acteur exceptionnel. Et quel coup de génie que d’avoir choisi Roy Scheider. Beaucoup le connaissent pour Jaws, mais ici il accomplit quelque chose de rare : il ne joue pas Bob Fosse, il devient Bob Fosse. Comme un caméléon, il absorbe ses tics, son énergie nerveuse, son charme fatigué et son autodestruction permanente. Sa performance est immense.

Le plus troublant reste le caractère prémonitoire de l’œuvre. En racontant l’histoire d’un artiste consumé par son propre génie, Fosse signe presque son testament. Huit ans plus tard, en 1987, il disparaîtra brutalement. En revoyant le film aujourd’hui, difficile de ne pas ressentir un frisson.

Récompensé par quatre Oscars et une Palme d’Or au Festival de Cannes 1980, All That Jazz n’est pas seulement une grande comédie musicale. C’est un spectacle total, une confession, un cri de douleur transformé en feu d’artifice.

Bob Fosse était probablement l’un des plus grands chorégraphes de l’histoire. Il fallait donc un film à sa mesure. All That Jazz est grand. Immense même. Un film qui danse jusqu’au bord du précipice en souriant.

Que le spectacle commence.

NOTE : 18.50

FICHE TECHNIQUE


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