Avis sur le film La Bouche du Diable de Jeff Wadlow (2026) avec Kathryn Newton Gavin Casalegno Lana Condor Tommi Rose Nico Hiraga Tayme Tapthimthon
Il faut reconnaître une chose à Jeff Wadlow : l'idée de départ est excellente. Faire un film d'horreur dans des eaux vaseuses, au milieu de grottes interminables, de tunnels noyés et de couloirs aquatiques où l'on ne distingue jamais vraiment ce qui se cache à deux mètres devant soi, c'est un décor qui possède un vrai potentiel. Cette sensation d'étouffement, l'obscurité permanente, les parois qui se resserrent, l'impossibilité de remonter à la surface... tout cela offre naturellement de très belles images et une tension qui pourrait être permanente.
Pour compléter le tableau, on ajoute un groupe de jeunes explorateurs. Évidemment, ils sont tous beaux comme dans une publicité pour le dentifrice. De jolies filles, de beaux mecs, des corps sculptés qui passent leur temps à plonger dans une eau qui ferait hésiter un canard. Il faut reconnaître que le cinéma adore ce genre de casting : plus les jeunes sont séduisants, plus le spectateur attend de voir lequel servira de menu principal.
Et justement, voilà qu'arrive la vedette. Un requin. Dans une grotte. Pourquoi pas après tout ? Après tout, le cinéma nous a déjà vendu des serpents dans des avions, des crocodiles géants dans des lacs et des pieuvres sur des paquebots. Celui-ci semble surtout avoir raté le casting des Dents de la Mer et décide de venir se faire un déjeuner de jeunes croupes alléchantes au fond d'une caverne oubliée du monde.
Là où le film commence à prendre l'eau, c'est que le concept suffit rarement à faire un bon long métrage. Une bonne idée n'est qu'un point de départ. Encore faut-il la développer, construire une montée de tension, donner un peu d'épaisseur aux personnages et éviter de céder à la facilité.
Ici, on a surtout l'impression que le scénario fait le strict minimum. Le requin est sous amphet, il traverse les galeries à une vitesse improbable, surgit de partout, disparaît aussitôt, revient sans logique et semble avoir développé un GPS intégré capable de retrouver n'importe quel étudiant perdu dans un véritable labyrinthe souterrain. On ne sait plus très bien si l'on regarde un squale ou un missile téléguidé.
Quant aux personnages... difficile de s'y attacher. Ils passent leur temps à prendre les pires décisions possibles, comme si leur unique objectif était de faciliter le travail du prédateur. Ils ont trois lignes de dialogue chacun, incapables de les rendre plausibles, et l'on finit par attendre davantage la prochaine apparition du requin que leurs prochaines répliques. Ce ne sont plus des héros, ce sont du poisson pané en attente de cuisson.
Le film accumule alors les invraisemblances, les incohérences, les faux raccords et les raccourcis scénaristiques. Les personnages survivent quand le scénario l'exige, meurent quand il faut relancer l'action et retrouvent miraculeusement leur chemin dans un réseau de galeries où le commun des mortels tournerait en rond pendant trois semaines.
C'est dommage, parce que la photographie exploite plutôt bien cet univers oppressant. Certaines séquences sous-marines fonctionnent réellement, la lumière filtrant difficilement dans l'eau trouble crée quelques images réussies et l'idée d'être coincé sous terre avec un prédateur reste une peur très efficace.
Jeff Wadlow possédait donc un décor original, une vraie idée de cinéma et un terrain de jeu parfait pour construire un huis clos aquatique étouffant. Mais il préfère multiplier les attaques spectaculaires plutôt que le suspense, les réactions absurdes plutôt que des personnages crédibles, et les facilités plutôt qu'une véritable montée de la peur.
Au final, La Bouche du Diable ressemble à un concept prometteur abandonné en cours de route. On y trouve quelques bonnes séquences, un environnement rarement vu dans ce genre de production et un monstre qui ne manque pas d'appétit, mais tout cela reste noyé sous une avalanche de clichés.
Bref, un film bourré d'invraisemblances, d'incohérences, de faux raccords... mais qui peut parfaitement faire l'affaire un soir à minuit avec des potes, un pot de pop-corn...
NOTE : 7.80
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Jeff Wadlow
- Scénario : Aja Gabel et Myung Joh Wesner
- Musique : Bear McCreary
- Direction artistique : Warakarn Waruttamangkoon
- Décors : Alec Hammond
- Costumes : Kelli Jones
- Photographie : James Kniest
- Montage : Sean Albertson
- Production : Jeff Wadlow, Basil Iwanyk et Erica Lee
- Sociétés de production : Thunder Road Pictures et Lionsgate Films
- Société de distribution : Amazon MGM Studios
DISTRIBUTION
- Kathryn Newton (VF : Camille Donda) : Sara
- Lana Condor (VF : Elsa Bougerie) : Max
- Gavin Casalegno (VF : Jean-Stan Du Pac) : Greg
- Nico Hiraga (VF : Arthur Khong) : James
- Tommi Rose (VF : Sophie Ouaknine) : Adrienne
- Tayme Thapthimthong (en) : Wat


