Vu le Film Billy le Menteur de John Schlesinger (1963) avec Tom Courtenay Julie Christie Gwendolyn Watts Helen Fraser Wilfred Pickels Mona Washbourne Ethel Griffies
Billy Fisher vit dans le Yorkshire avec ses parents et sa grand-mère. Il souhaite s'éloigner de son travail étouffant et de sa vie de famille ennuyeuse. Pour échapper à cette monotonie, il ne cesse de rêver et de fantasmer en s'imaginant être le dirigeant et le héros militaire d'un pays appelé Ambrosia. Dans ses fantasmes, il prononce des discours devant de grandes foules et invente des histoires sur lui-même et sa famille, ce qui lui vaut le surnom de Billy le menteur.
Billy le menteur de John Schlesinger est une comédie très british, douce-amère, qui observe son héros avec tendresse… mais sans complaisance.
Billy Fisher (Tom Courtenay), c’est un peu notre Tanguy à nous — il ne danse pas, mais il habite toujours chez ses parents. Et eux sont désespérés de le voir aussi passif dans sa vie, même à l’intérieur de la maison. Toujours là, jamais vraiment présent.
Il travaille aux pompes funèbres. Rien que ça. Un décor idéal pour un garçon qui refuse d’entrer dans le monde des adultes. Ce boulot ne le rend pas heureux, évidemment. Alors il s’évade. Il ment. Beaucoup. Trop.
Pour ponctuer ses journées, il s’invente une vie. Dans ses fantasmes, il devient chef d’État d’un pays imaginaire, Ambrosia. Il harangue les foules qui le vénèrent. Il prononce des discours enflammés. Il est admiré, puissant, charismatique. Dans la réalité ? Il accumule les fiançailles et les lâchetés.
Car Billy est fiancé à deux jeunes femmes à la fois, sans jamais oser trancher. Jusqu’à l’arrivée de Liz, incarnée par Julie Christie, libre, moderne, lumineuse. Elle représente Londres, l’élan, le mouvement. Tout ce que Billy rêve d’être — sans jamais vraiment oser le devenir.
Tom Courtenay tient son rôle avec perfection. Il est souvent drôle, parfois poétique, toujours fragile. Il donne à Billy cette énergie adolescente coincée dans un corps d’adulte. On rit de ses mensonges, mais on perçoit vite le malaise. Car derrière le fabulateur se cache un jeune homme terrifié par le réel.
Billy refuse le monde des adultes : mariage, travail, responsabilité, conformisme. Il préfère la confortable bulle fantaisiste qu’il s’est fabriquée. Le problème, c’est que les deux mondes — fantasme et réalité — se révèlent incompatibles. Et Billy, en plus d’être un menteur, est un lâche.
Le scénario, adapté du roman de Keith Waterhouse, joue subtilement sur cette oscillation permanente entre imaginaire flamboyant et quotidien grisâtre. Schlesinger filme les séquences de rêve avec une ironie presque satirique, tandis que la réalité est captée avec un naturalisme très britannique, presque documentaire.
La famille de Billy est formidablement campée. Les accents, les intonations, les silences à table : tout sonne juste. On sent le poids du foyer provincial, l’Angleterre encore corsetée du début des années 60.
Et puis il y a Londres. Schlesinger profite du film pour montrer une capitale en pleine métamorphose. On sent déjà le vent du Swinging London qui arrive. Liz en est le symbole : indépendante, en mouvement, tournée vers demain.
La mise en scène est fluide, jamais démonstrative. Schlesinger observe son personnage sans le juger frontalement, mais le constat est clair : à force de rêver sa vie, Billy finit par la rater.
La dernière séquence résume tout. Le choix est possible. L’échappée est là. Mais encore faut-il avoir le courage de monter dans le train.
Film très sympathique british qui donne le sourire — un sourire mélancolique. On rit des mensonges de Billy, mais on comprend qu’ils sont le symptôme d’un malaise générationnel.
Une comédie douce-amère sur l’immaturité, le refus de grandir, et la difficulté d’oser vivre vraiment. Et Tom Courtenay, magnifique funambule entre drôlerie et tristesse, en est l’âme fragile.
NOTE : 13.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : John Schlesinger
- Scénario : Willis Hall et Keith Waterhouse d'après son roman Billy Liar
- Musique : Richard Rodney Bennett, dirigée par John Hollingsworth
- Direction de la photographie : Denys N. Coop
- Montage : Roger Cherrill
- Décors : Ray Simm
- Son : Peter Handford
- Production: Joseph Janni
- Sociétés de production : Vic Films, an association avec Waterhall Productions
- Société de distribution en Grande-Bretagne : Anglo-Amalgamated
- Pays de production : Grande-Bretagne
- Tom Courtenay : William Terrence 'Billy' Fisher, employé d'une entreprise de pompes funèbres, menteur impénitent
- Julie Christie : Liz, la seule fille qui comprend Billy
- Gwendolyn Watts (en) : Rita, une barmaid à qui Billy a promis le mariage
- Helen Fraser (en) : Barbara, la deuxième fiancée de Billy, une fille nunuche et popote
- Wilfred Pickles : Geoffrey Fisher, le père de Billy
- Mona Washbourne : Alice Fisher, la mère de Billy
- Ethel Griffies : Florence Fisher, la grand-mère de Billy
- Leonard Rossiter : Emmanuel Shadrack, copropriétaire de l'entreprise de pompes funèbres
- Finlay Currie : le conseiller Duxbury, copropriétaire de l'entreprise de pompes funèbres
- Rodney Bewes (en) : Arthur Crabtree, collègue et ami de Billy
- George Innes (en) : Stamp, collègue de Billy
- Patrick Barr : l'inspecteur MacDonald
- Leslie Randall (en) : Danny Boon, un comique célèbre
- Ernest Clark : le directeur de la prison
- John Schlesinger : un officier en rêve

