Vu le Film Unabomber de Janus Metz Pedersen (2026) avec Jacob Tremblay Russel Crowe Shailene Woodley Annabelle Wallis Steven Ogg Alexander Ludwig Alexander Ludwig Matthew Kevin Anderson
Unabomber est un film qui raconte la jeunesse et la traque de Theodore Kaczynski, l’un des hommes les plus recherchés des États-Unis pendant près de deux décennies. Entre 1978 et 1995, ses attentats à la bombe feront trois morts et vingt-trois blessés avant son arrestation en 1996.
Pedersen ne cherche pas vraiment à expliquer le comment du pourquoi de la transformation de Kaczynski en Unabomber, et certains le regretteront certainement. Pour cela, il aurait sans doute fallu une série plutôt qu’un film de 97 minutes. Il choisit de raconter deux périodes de sa vie qui vont progressivement se rejoindre : le jeune prodige de Harvard et, des années plus tard, l’homme traqué par le FBI.
Le jeune Theodore Kaczynski est un adolescent d’une intelligence remarquable, entré à Harvard à seulement 16 ans, mais totalement introverti et peu à l’aise avec les autres. Il va participer à une étude menée par le professeur Henry Murray, interprété par Russell Crowe, autour de la personnalité et du stress. Les expériences auxquelles il est soumis, notamment les débats et interrogatoires répétés destinés à mettre ses convictions à rude épreuve, vont profondément le marquer. Le film montre alors la naissance d’une révolte chez ce jeune homme qui commence à voir derrière le progrès scientifique une forme de manipulation de l’individu.
Dans cette partie de sa jeunesse, Theodore est joué par le génial Jacob Tremblay, que j’avais déjà remarqué dans Room et Ma vie avec John F. Donovan. J’attendais de voir comment un acteur aussi jeune allait faire progresser un personnage aussi complexe et la réponse est plutôt convaincante. À une vingtaine d’années, Tremblay montre une véritable capacité d’explosivité tout en gardant cette introversion indispensable au personnage. Il ne joue pas simplement un génie asocial, il montre progressivement un garçon qui se referme sur lui-même et dont les certitudes vont devenir de plus en plus radicales.
Après avoir obtenu son doctorat et enseigné les mathématiques à Berkeley, Kaczynski abandonne finalement cette vie et part vivre dans une cabane au Montana, où il mène une existence solitaire. Il ne s’installe pourtant pas dans les bois pour contempler les écureuils : il commence à fabriquer des bombes et à les envoyer à travers les États-Unis à des cibles qu’il choisit en fonction de ce qu’elles représentent pour lui. Pendant dix-sept ans, le FBI va chercher à identifier cet homme qui semble ne laisser presque aucune trace.
Et c’est là que le film passe de la jeunesse de Kaczynski à la gigantesque traque policière menée pour retrouver l’Unabomber. Une enquête qui va durer près de deux décennies et mobiliser des centaines d’enquêteurs avant que ses propres écrits ne finissent par conduire les autorités jusqu’à lui. Son frère David reconnaîtra certains éléments de son écriture dans le manifeste publié en 1995 et transmettra des documents au FBI, permettant finalement de faire le rapprochement. Kaczynski sera arrêté dans sa cabane du Montana le 3 avril 1996.
Le film entretient donc un parallèle intéressant entre le jeune homme qui commence à rejeter une société qu’il considère comme manipulatrice et l’ermite qui finira par transformer cette révolte en une véritable croisade personnelle contre le monde moderne. Et forcément, avec le progrès de l’intelligence artificielle aujourd’hui, on peut se demander ce que notre pauvre Theodore penserait de notre époque. Avec l’IA partout, il serait probablement déjà sur les barricades de la révolution numérique, avec sa machine à écrire sous le bras !
Janus Metz Pedersen choisit cependant de ne pas entrer dans tous les détails de la justice, de la psychologie de Kaczynski ou des innombrables étapes de l’enquête. C’est à la fois la force et la limite du film. Il évite de transformer l’Unabomber en sujet de documentaire encyclopédique, mais il laisse forcément le spectateur avec l’envie d’en savoir davantage sur certains aspects de cette histoire hors normes.
Russell Crowe, dans le rôle du professeur Henry Murray, apporte une présence solide à la partie consacrée à Harvard, même si le personnage reste davantage un élément de la trajectoire de Kaczynski qu’un véritable protagoniste. Shailene Woodley, dans le rôle de l’agente du FBI Joanne Miller, sert quant à elle de point d’entrée dans la traque et dans les interrogations autour de l’identité de l’Unabomber.
J’ai bien aimé ce film, même si j’aurais certainement voulu en savoir davantage, que ce soit sur la justice, sur la traque ou sur la psychologie de Ted Kaczynski. Mais il faut aussi accepter le choix du réalisateur : il ne prétend pas raconter toute l’affaire, il en sélectionne les moments qui lui permettent de montrer comment un jeune prodige de Harvard a progressivement basculé vers une existence d’ermite puis vers une violence meurtrière.
Unabomber reste donc un film intéressant parce qu’il raconte moins la folie d’un homme qu’une trajectoire de radicalisation, sans chercher à tout justifier ni à tout expliquer. Et finalement, on en ressort avec l’envie d’en savoir plus, ce qui est peut-être le principal défaut du film mais aussi la preuve que son sujet avait largement de quoi remplir une série entière. Ici, en 97 minutes, Pedersen nous donne le parcours, la traque et l’arrestation ; pour le reste, il faudra aller fouiller ailleurs.
NOTE : 13.90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Janus Metz Pedersen
- Scénario : Sam Chalsen et Nelson Greaves
- Musique : Marco Beltrami
- Direction artistique : Mathieu Giguère
- Décors : Suzanne Cloutier
- Costumes : Véronique Marchessault
- Photographie : N/A
- Montage : Zach Staenberg
- Production : Sophie Cassidy
- Producteurs délégués : Sam Chalsen, Nelson Greaves et Donald J. Lee Jr.
DISTRIBUTION
- Jacob Tremblay (VF : Tom Trouffier) : Theodore « Ted » Kaczynski
- Russell Crowe (VF : Emmanuel Jacomy) : Pr Henry Murray
- Shailene Woodley (VF : Jessica Monceau) : l'agent fédéral Joanne Miller
- Annabelle Wallis (VF : Laura Blanc) : Christiana Morgan
- Alexander Ludwig (VF : Donald Reignoux) : Leo Driver
- Steven Ogg (VF : Éric Aubrahn) : Dean Kaplan
- Marc Menchaca : Eddie Turrell
- Matthew Kevin Anderson (VF : Matthieu Albertini) : David Kaczynski
- Bruce Ramsay (VF : Laurent Morteau) : Turk Kaczynski
- Mark Camacho (VF : Jean-François Aupied) : Bill Ford


