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mardi 7 juillet 2026

16.20 - MON AVIS SUR LE FILM JAMIE MARKS IS DEAD DE CARTER SMITH (2014)


 Vu le Film Jamie Marks is Dead de Carter Smith (2014) avec Noah Silver Cameron Monaghan Judy Greer Morgan Saylor Madisen Betty Liv Tyler


Dans une petite ville, un adolescent apprend que le corps d'un camarade a été retrouvé dans une rivière. Le fantôme de la victime lui apparaît.

Il y a des films qui vendent une histoire, puis qui, au bout de quelques minutes, bifurquent complètement pour nous emmener là où on ne les attendait pas. Jamie Marks Is Dead de Carter Smith, avec Cameron Monaghan, Noah Silver, Morgan Saylor et Liv Tyler, fait partie de ces œuvres qui prennent un malin plaisir à tromper les attentes du spectateur. Et c'est précisément ce qui fait tout leur charme.

En général, lorsqu'un réalisateur vient présenter son film dans un festival, il est accompagné de ses comédiens ou de son producteur. Carter Smith, lui, était venu avec une admiratrice absolue, une jeune femme qui suivait son travail depuis les premières photos publiées sur Internet. Une entrée en matière assez atypique, finalement à l'image de son film.

Tout commence pourtant comme un polar des plus classiques. Une jeune fille, au tempérament plutôt volage – disons-le franchement, un peu nymphomane – se promène près d'une rivière lorsqu'elle découvre le corps d'un adolescent presque nu, en état de décomposition. L'image est saisissante, dérangeante, et tout laisse penser que le récit va s'orienter vers une enquête criminelle. Les rumeurs parlent même d'un viol. Tous les ingrédients semblent réunis pour un thriller sordide.

Au fil des scènes, on apprend que le jeune homme s'appelait Jamie Marks. Élève discret, solitaire, introverti, il était surtout le souffre-douleur de son lycée. Invisible pour la plupart de ses camarades, humilié pour les autres, il faisait partie de ces adolescents qui traversent les couloirs sans que personne ne prenne réellement la peine de les regarder.

Parmi les élèves, Adam McCormick est lui aussi profondément bouleversé par cette mort. Pourquoi une telle émotion ? Avait-il un lien particulier avec Jamie ? Est-il simplement choqué par la violence du drame ? Peu à peu, Adam se rapproche de Gracie, la jeune fille qui a découvert le corps, et tous deux reviennent régulièrement sur les lieux où Jamie a été retrouvé, comme s'ils accomplissaient un étrange pèlerinage.

C'est à ce moment-là que le film prend une direction totalement inattendue.

Tout ce que l'on croyait avoir compris vole en éclats. Carter Smith refuse le thriller policier traditionnel et évite tous les clichés du serial killer ou de l'enquête à rebondissements. Le film bascule progressivement vers un fantastique intimiste, presque gothique. On pense parfois aux Contes de la Crypte, parfois à Edgar Allan Poe, tant l'ambiance devient étrange, brumeuse et irréelle.

Un soir, Adam ouvre le placard de sa chambre et y découvre Jamie. Pas un souvenir. Pas une hallucination. Jamie est là, debout devant lui, exactement dans l'état où son corps a été retrouvé : presque nu, trempé, meurtri, les yeux blanchâtres, les blessures encore visibles. Le mort est revenu. Mais il ne cherche pas à effrayer Adam. Il lui parle. Il le suit. Il veut rester auprès de lui. Il semble surtout vouloir lui raconter son histoire.

Certains retrouvent E.T. dans leur placard. Adam, lui, se contente d'un mort. Cela peut gâcher quelques soirées...

À partir de cet instant, Jamie devient omniprésent. Où qu'aille Adam, le jeune garçon apparaît. Dans sa chambre. Dans les bois. Dans les couloirs du lycée. À la rivière. Impossible de lui échapper. Cette présence permanente finit presque par devenir naturelle, comme si la frontière entre les vivants et les morts n'existait plus.

Peu à peu se noue entre les deux adolescents une relation aussi étrange que bouleversante. Pour Adam, c'est d'abord de la fascination, de la curiosité, puis une forme d'attachement. Pour Jamie, les sentiments semblent beaucoup plus profonds. Tout laisse penser qu'il était amoureux d'Adam de son vivant, alors que celui-ci, comme tous les autres élèves, ne l'avait pratiquement jamais remarqué.

Le plus beau dans le scénario est sans doute cette manière de transformer une histoire de fantôme en histoire d'amour impossible, de solitude et de regrets. Jamie ne cherche pas seulement à révéler son passé ; il cherche aussi quelqu'un qui, enfin, le regarde, l'écoute et reconnaisse qu'il a existé.

On se demande alors pourquoi il harcèle ainsi Adam de sa présence. Veut-il désigner son meurtrier ? Obtenir justice ? Le conduire jusqu'à la vérité ? Ou cherche-t-il tout simplement à entraîner Adam de l'autre côté ?

Le film matérialise même ce passage par un véritable tunnel où attendent d'autres morts, comme une antichambre silencieuse entre deux mondes. Cette image, très simple, est d'une efficacité redoutable.

Et lorsque la vérité éclate, Carter Smith prend encore le contre-pied de tout ce que le spectateur imaginait. Il n'y a pas de tueur machiavélique tapi dans l'ombre. Pas de complot. Pas de révélation spectaculaire. Seulement un adolescent perdu, incapable de trouver sa place dans un monde qui l'avait déjà condamné à l'indifférence.

Cette révélation donne une toute autre dimension au film.

Derrière son apparence de récit fantastique, Jamie Marks Is Dead parle avant tout de l'isolement, du harcèlement scolaire, de la différence, de la difficulté d'exister lorsqu'on est adolescent et que personne ne semble vous voir. Même dans la mort, Jamie continue de chercher une place.

J'aime énormément ce genre de cinéma. Des films où l'atmosphère compte autant que le scénario. Où tout est humide, gris, poisseux, presque étouffant. Où les personnages cachent bien davantage qu'ils ne montrent. Où le fantastique ne sert pas uniquement à faire peur, mais devient un révélateur des blessures humaines.

On pourrait croire assister à une simple histoire de fantôme, alors qu'il s'agit en réalité d'un drame psychologique profondément émouvant. Les scènes fantastiques ne sont jamais gratuites ; elles prolongent les émotions des personnages et donnent corps à leurs souffrances.

Visuellement, Carter Smith réalise un très beau travail. Les décors semblent constamment enveloppés de brouillard, les couleurs sont froides, presque maladives, et la photographie renforce cette impression que les vivants évoluent déjà dans un monde à moitié disparu.

La musique participe également énormément à cette sensation d'inconfort permanent. Elle accompagne les personnages sans jamais chercher à provoquer des sursauts faciles. Au contraire, elle installe une tension sourde qui ne quitte jamais vraiment le spectateur.

Côté interprétation, c'est également une très belle surprise.

Je me suis même amusé à un petit concours de sosies.

Cameron Monaghan ressemble énormément à un jeune Ben Foster. Même regard, même intensité, même manière de laisser exploser les émotions sans jamais en faire trop.

Quant à Noah Silver, difficile de ne pas penser à un jeune Daniel Radcliffe, surtout avec ses lunettes cassées. On dirait un improbable croisement entre Harry Potter et La Dame en noir.

Mais au-delà de cette ressemblance amusante, Noah Silver livre surtout une prestation absolument remarquable. Il parvient à rendre Jamie à la fois inquiétant, fragile, touchant, presque lumineux malgré son apparence cadavérique. Il hante littéralement le film, mais aussi le spectateur. Son regard reste longtemps en mémoire.

Pour un acteur aussi jeune, c'est une performance impressionnante de maîtrise et de sensibilité.

Le grand public l'a surtout découvert dans la série Borgia, avant de le retrouver dans Tyrant ou encore The Circle. Les plus observateurs auront même remarqué sa présence dans un épisode d'Une famille formidable. Son parcours est discret, mais son talent, lui, saute aux yeux.

Face à lui, Cameron Monaghan compose un Adam tout en retenue, un adolescent perdu entre la culpabilité, la compassion et une attirance qu'il ne comprend pas toujours lui-même. Les deux jeunes acteurs portent le film sur leurs épaules avec une justesse remarquable.

Jamie Marks Is Dead est tout sauf le film que sa bande-annonce laisse imaginer. Ce n'est ni un polar, ni un film de serial killer, ni un simple film d'épouvante. C'est un conte fantastique mélancolique, une histoire de fantômes où les vivants sont parfois plus perdus que les morts.

Un film qui parle de ceux que personne ne regarde, de ceux qui disparaissent dans le silence, et de ces blessures adolescentes qui continuent parfois de nous poursuivre bien après la fin du lycée.

Les amateurs de frissons y trouveront leur compte. Ceux qui aiment les histoires d'adolescents cabossés y verront un drame profondément humain. Quant à moi, j'y ai trouvé un film singulier, délicat, d'une tristesse infinie, qui préfère l'émotion aux effets faciles et qui, une fois terminé, continue longtemps à hanter les pensées… un peu comme Jamie continue de hanter le placard d'Adam.

NOTE : 16.20

FICHE TECNHNIQUE

  • Réalisation Carter Smith
  • Scénario Carter Smith d'après One For Sorrow de Christopher Barzak
  • Direction artistique : Amy Williams
  • Décors : Steven Phan
  • Costumes : Rachel Dainer-Best
  • Montage : Eric Nagy
  • Musique François-Eudes Chanfrault
  • Photographie : Darren Lew
  • Son : Jeffrey Roy, Cory Melious et Dan Flosdorf
  • Production : Omri Bezalel, Hunter Gray, Jacob Jaffke et Alex Orlovsky
  • Sociétés de production : Verisimilitude
  • Sociétés de distribution :

DISTRIBUTION

lundi 6 juillet 2026

13.90 - MON AVIS SUR LE FILM LES ANCIENS DE SAINT LOUP DE GEORGES LAMPIN (1950)

 


Vu le Film Les Anciens de Saint Loup de Georges Lampin (1950) avec Bernard Blier Serge Reggiani Johnny Chambot François Périer Monique Mélinant Odile Versois Maurice Regamey Georgette Anys Pierre Larquey Gabriel Gobin René Berthier Pierre Mondy Bernard Noel Dominique Marcas


Je me suis replongé dans Les Anciens de Saint-Loup un peu par curiosité, et je dois dire que ce petit polar des années 50 mérite bien mieux que son relatif oubli. Sans faire de bruit, il nous entraîne dans une France d'après-guerre où les souvenirs d'enfance ne sont jamais aussi innocents qu'ils en ont l'air.

L'histoire débute lorsque plusieurs anciens élèves du collège de Saint-Loup se retrouvent des années après avoir quitté les bancs de l'école. Les retrouvailles ont tout du repas des anciens combattants de la jeunesse : les plaisanteries reviennent, les souvenirs remontent à la surface, chacun raconte le chemin parcouru depuis l'adolescence. Certains ont réussi, d'autres beaucoup moins, et forcément, derrière les sourires polis, les vieilles jalousies n'ont jamais totalement disparu.

Puis un meurtre vient faire voler en éclats cette réunion nostalgique. Les anciens camarades deviennent autant de suspects potentiels, chacun semblant cacher une part de son passé. Georges Lampin construit alors un véritable polar de campagne où chaque confidence peut devenir un mensonge et où chaque souvenir peut cacher un secret soigneusement enfoui depuis l'enfance.

Ce qui fait tout le charme du film, c'est cette ambiance si particulière. On pense inévitablement au Corbeau de Clouzot, avec cette petite communauté où chacun observe son voisin avec méfiance, où les apparences sont trompeuses et où les rancœurs empoisonnent les relations.

On pense aussi aux Disparus de Saint-Agil, et ce n'est pas un hasard puisque Pierre Véry, auteur du roman Les Anciens de Saint-Loup, est également celui des Disparus de Saint-Agil. On retrouve cette même manière de mêler les souvenirs d'école, le mystère et une galerie de personnages profondément humains.

Au-delà de l'intrigue policière, le film est aussi une plongée dans cette France profonde de l'après-guerre. Une France encore marquée par le conflit, où les blessures sont discrètes mais toujours présentes, où chacun tente de reprendre une vie normale sans avoir complètement tourné la page. Les relents de la guerre flottent encore dans les mémoires, même lorsqu'on parle des bêtises d'autrefois.

Le casting est un véritable bonheur. Pierre Larquey, Bernard Blier, Serge Reggiani, François Périer et un tout jeune Pierre Mondy composent une galerie de personnages parfaitement crédibles. Aucun ne cherche à tirer la couverture à lui ; chacun apporte sa personnalité à cette enquête où les faux-semblants règnent en maîtres.

Et puis il y a les enfants. Ah, ces gamins ! Ils ont des gueules de vrais poulbots des campagnes, tristes, désabusés, déjà marqués par la vie alors qu'ils devraient encore courir après les papillons. Johnny Chambot est particulièrement marquant, mais tous dégagent une authenticité qui fait aujourd'hui un bien fou.

Les voir marcher en chantant "Un éléphant, ça trompe..." m'a ramené des années en arrière. Impossible de ne pas penser aux chansons de scouts que je chantais, une décennie plus tard. Ce sont de petits détails comme celui-là qui donnent au film une saveur toute particulière. Pendant quelques instants, le polar s'efface presque pour laisser place aux souvenirs de notre propre jeunesse.

Les cinéphiles s'amuseront aussi à reconnaître quelques futurs visages familiers parmi les enfants. On aperçoit Serge Grave, que l'on connaissait déjà dans Les Disparus de Saint-Agil, Serge Lecointe, vu notamment dans Le Rouge est mis, mais surtout un minuscule Patrick Dewaere... âgé de seulement trois ans ! C'est le genre de détail qui fait toujours sourire lorsqu'on revoit ces vieux classiques.

Georges Lampin ne cherche jamais les effets spectaculaires. Sa mise en scène est sobre, élégante, au service des personnages et de l'atmosphère. Ici, pas de poursuites interminables ni de coups de théâtre artificiels. Le suspense naît des regards, des silences et de cette impression que chacun cache quelque chose.

J'aime aussi cette façon qu'a le film de faire comprendre que l'enfance n'est jamais totalement derrière nous. Les années passent, les carrières évoluent, les visages changent, mais certains secrets restent enfermés dans la cour d'une école comme s'ils attendaient patiemment qu'on vienne les réveiller.

Les Anciens de Saint-Loup est finalement un polar nostalgique autant qu'une chronique de la France d'après-guerre. Un film où l'enquête importe presque autant que les souvenirs qu'elle fait remonter à la surface. Un petit film, peut-être, mais un petit film avec une âme, porté par une distribution remarquable, une belle écriture et une ambiance qui évoque les meilleurs mystères de Pierre Véry. Comme quoi, il suffit parfois d'un ancien collège, de quelques vieux copains... et d'un cadavre pour faire ressurgir tout un passé que l'on croyait définitivement enterré.

NOTE : 13.90

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

Et acteurs et actrices non crédités