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jeudi 9 juillet 2026

17.00 - MON AVIS SUR LE FILM LE CLAN DES SICILIENS DE HENRI VERNEUIL (1969)


 Vu le film Le Clan de Siciliens de Henri Verneuil (1969) avec Jean Gabin Alain Delon Lino Ventura Irina Demick Amadeo Nazzari Danielle Volle Marc Porel Sydney Chaplin Edward Meeks Jacques Duby Yves Lefevre André Pousse


S'il y a un film policier français qui mérite de figurer au panthéon du Cinéma, toutes catégories confondues, c'est bien Le Clan des Siciliens. Un monument. Une pierre angulaire. Un de ces films qui résument à eux seuls ce que le polar français a produit de plus élégant, de plus intelligent et de plus impressionnant à la fin des années 60.

Quand on aligne sur une même affiche Jean Gabin, Lino Ventura et Alain Delon, on pourrait croire que le plus difficile est fait. Erreur. Encore faut-il parvenir à leur donner chacun une véritable place, un personnage à leur mesure et éviter que l'un ne fasse de l'ombre aux deux autres. C'est pourtant l'exploit qu'accomplit Henri Verneuil. Trois monstres sacrés. Trois tempéraments. Trois façons de jouer. Trois présences qui se complètent au lieu de s'annuler.

À la baguette, Henri Verneuil, l'un des grands maîtres du cinéma populaire français, dirige son monde avec une assurance insolente. Rien ne dépasse. Tout semble couler de source alors que chaque scène est construite comme un mécanisme d'horlogerie. Derrière cette précision, on retrouve José Giovanni au scénario. Et quand José Giovanni écrit des truands, il sait de quoi il parle. Son univers transpire la vérité, l'honneur, les codes, la loyauté, les trahisons et les règlements de comptes.

L'histoire est d'une efficacité redoutable. Roger Sartet (Alain Delon), dangereux criminel, réussit une spectaculaire évasion avec l'aide du puissant clan sicilien dirigé par Vittorio Manalese (Jean Gabin). En échange de cette liberté retrouvée, Sartet devra participer à un coup exceptionnel : le vol des bijoux d'une prestigieuse exposition internationale transportés en avion. Face à eux, le commissaire Le Goff (Lino Ventura) comprend rapidement qu'il n'a pas affaire à des malfrats ordinaires. Patient, méthodique, il installe peu à peu son piège, persuadé que le moindre faux pas fera éclater les rivalités au sein du clan.

Le scénario est en béton armé. Chaque détail compte. Chaque dialogue prépare la suite. Pas une scène ne paraît inutile. Verneuil déroule son récit avec une maîtrise qui force encore aujourd'hui le respect. Plus de cinquante ans après sa sortie, le film n'a pas pris une ride. Pas une seule.

Jean Gabin est absolument impérial. Sans doute l'un de ses plus beaux rôles de la fin de sa carrière. Son Vittorio Manalese impose le silence d'un simple regard. Il est le patriarche, le chef de famille, l'homme d'honneur qui protège les siens selon des règles immuables. Chez lui, la parole donnée vaut contrat. La famille passe avant tout. Et lorsqu'on touche à cet équilibre, la vengeance devient une évidence. Gabin joue cela avec une autorité tranquille absolument fascinante.

Face à lui, Alain Delon incarne Roger Sartet avec tout ce qui faisait son charisme. Grande gueule. Beau gosse. Insolent. Il sait parfaitement que la vie qu'il mène ne lui promet pas une longue retraite au soleil. Alors autant vivre vite, intensément, quitte à brûler la chandelle par les deux bouts. Delon apporte cette arrogance presque animale qui fait merveille face à la froide autorité de Gabin.

Et puis il y a Lino Ventura. Son inspecteur Le Goff est l'exact opposé des deux truands. Pas d'esbroufe. Pas d'effets de manche. Juste une intelligence froide, une obstination sans faille et cette manière presque flegmatique — comme dans Garde à vue quelques années plus tard — de compter les points, d'observer, d'attendre le bon moment. Il ne court pas après les criminels ; il referme lentement mais sûrement la tenaille. Et lorsque celle-ci se referme, il devient évident que les ennemis d'hier vont finir par s'affronter entre eux.

La dernière partie possède même quelque chose d'un western moderne. Impossible de ne pas penser, par instants, à Sergio Leone dans cette manière de laisser monter la tension avant l'inévitable confrontation. Les regards parlent autant que les armes.

Et puis il y a Ennio Morricone.

Que demander de plus ?

Sa partition fait partie des musiques les plus célèbres de toute l'histoire du cinéma français. Quelques notes suffisent pour reconnaître immédiatement le film. Elle accompagne chaque scène sans jamais l'écraser. Elle installe une atmosphère unique, élégante, inquiétante, presque hypnotique. Vous connaissez la musique... Gabin, Delon et Ventura vous en donnent le ton.

Les dialogues de José Giovanni font également beaucoup. Ils sonnent juste, ils claquent, ils caractérisent les personnages en quelques mots. Pas besoin de longs discours lorsqu'une simple réplique suffit à résumer un homme.

Autour des trois vedettes gravite en plus cette formidable galerie de seconds rôles qui faisait la richesse du cinéma français de cette époque. Personne n'est là pour faire de la figuration. Chacun apporte sa pierre à un édifice qui semble inébranlable.

L'adaptation du roman d'Auguste Le Breton est une réussite absolue. Le suspense ne faiblit jamais durant près de deux heures, malgré les coupes imposées à l'époque par la Fox qui ont privé le film de plusieurs minutes. Même ainsi, l'ensemble conserve une puissance narrative exceptionnelle.

Ce film rappelle surtout une évidence : le cinéma policier français des années 60 et 70 faisait partie des meilleurs du monde. Et j'ai même envie de retirer le "parmi". Il était peut-être tout simplement le meilleur. Les Américains avaient leurs gangsters, les Italiens leurs polars nerveux, mais nous avions cette classe, cette écriture, cette élégance, cette science du casting qui rendaient nos grands polars immédiatement reconnaissables.

L'ambiance, les dialogues de José Giovanni, la mise en scène chirurgicale de Verneuil et la partition mythique de Morricone y sont pour beaucoup. Gabin, Delon et Ventura, eux, vous servent sur un plateau des numéros d'acteurs — n'ayons pas peur des mots — brillantissimes.

Oui, cette partition à trois est bel et bien un incontournable du cinéma français. Un classique absolu. Un film qui traverse les décennies avec une facilité insolente et qui continue de donner une leçon de cinéma à bien des productions actuelles.

Merci Messieurs.

NOTE : 17.00

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

mercredi 8 juillet 2026

12.80 : MON AVIS SUR LE FILM RRR DE KODURI SRISAILA SRI RAJAMOULI (2022)

 


Mon avis sur le Film RRR (acronyme de Roudram Ranam Rudhiram) de Koduri Srisaila Sri Rajamouli (2022) avec N. T. Rama Rao Jr. Ram Charan Alla Bath Ajay Devgn Olivia Morris Ray Stevenson Shriya Saran


L'intrigue du film se situe en Inde dans les années 1920, durant la période du Raj britannique. Lorsque l'administrateur Scott Buxton et son épouse enlèvent Malli, une jeune fille du peuple Gond, son frère Komaram Bheem imagine un plan pour pouvoir la sauver. Sachant cela, les Britanniques décident de lancer un avis de recherche contre lui. Parallèlement, Alluri Sitarama Raju, un homme de la police impériale indienne est envoyé pour l'arrêter. Lorsque les deux hommes se rencontrent par hasard, tout va changer


Le film-événement indien qui a fait découvrir au monde entier une autre facette du cinéma indien et qui a même décroché un Oscar grâce à sa chanson Naatu Naatu. Pourtant, contrairement à ce que beaucoup imaginent, RRR n'est pas vraiment un Bollywood dans sa forme. Certes, il y a bien une scène musicale spectaculaire, mais le film est avant tout une immense fresque d'aventure, de guerre et d'action. Un film avec beaucoup d'Air... et pas seulement parce que le héros semble passer plus de temps dans les airs que sur le plancher des vaches.


Car si Rajamouli possède un sens du spectacle absolument indéniable, il possède aussi une passion débordante pour le ralenti. Ici, pratiquement chaque scène d'action est filmée comme une publicité pour shampoing : les cheveux flottent au vent, les capes virevoltent, les héros bondissent sur plusieurs mètres, les coups semblent suspendus dans le temps. Au début, on admire la maîtrise visuelle. Au bout de trois heures, les pupilles commencent sérieusement à demander une pause. À force de ralentis, cela finit même par donner soif.


Le réalisateur choisit de raconter une histoire entièrement romancée autour de deux véritables figures de la résistance indienne : Alluri Sitarama Raju et Komaram Bheem, deux révolutionnaires ayant réellement combattu la domination britannique mais qui ne se sont jamais rencontrés. Rajamouli imagine pourtant leur amitié, leurs destins qui se croisent et leurs combats communs. Pour nous, ces noms évoquent à peu près autant de souvenirs que Mandrin ou Vidocq pourraient en évoquer à un spectateur indien. Là-bas, ce sont de véritables héros populaires.


L'histoire suit d'un côté Raju, policier indien infiltré dans l'administration coloniale britannique afin de préparer une future insurrection, et de l'autre Bheem, venu secrètement à Delhi pour retrouver une jeune fille de sa tribu enlevée par le gouverneur anglais Scott Buxton et son épouse Catherine. Sans connaître leurs véritables identités, les deux hommes se lient d'une amitié indestructible avant que leurs missions respectives ne les obligent à s'affronter. Le scénario repose essentiellement sur cette fraternité impossible avant de basculer progressivement vers une immense revanche contre l'occupant britannique.


Il ne faut évidemment pas chercher ici une reconstitution historique rigoureuse. Rajamouli préfère largement fabriquer une légende moderne. Il n'est pas David Lean et ses deux héros ne sont pas Gandhi. Leur arme principale n'est ni la diplomatie ni la désobéissance civile : c'est la bagarre. Une bagarre gigantesque, chorégraphiée avec une énergie folle où tout devient projectile : poings, pieds, bâtons, chaînes, torches, arcs, flèches, motos, chevaux et même les animaux finissent par participer à la fête. Et tout cela... au ralenti bien sûr.


Comme il s'agit d'un film profondément patriotique, n'attendez aucune indulgence envers les colonisateurs britanniques. Ils prennent absolument tout sur la tête. Coups de poing, coups de pied, explosions, humiliations publiques, attaques animales, pluies de flèches... les Anglais servent de punching-ball géant pendant plus de trois heures. Le film assume totalement cette vision très manichéenne de son histoire et ressemble parfois davantage à une légende nationale qu'à un récit historique. Oui, c'est de la propagande. Mais c'est une propagande tellement généreuse dans son spectacle qu'elle finit souvent par emporter l'adhésion.


Il faut reconnaître que Rajamouli déborde d'idées de mise en scène. Chaque combat cherche à surpasser le précédent, les décors explosent de couleurs, la photographie est chatoyante, les mouvements de caméra sont permanents et l'énergie des acteurs semble inépuisable. Le film accorde également une place intéressante aux différentes langues parlées en Inde, rappelant la diversité culturelle du pays plutôt que de tout uniformiser. En revanche, derrière cette démonstration de force technique, le scénario reste finalement assez simple et parfois un peu faible. Les personnages sont davantage des symboles que des êtres de chair, et les rebondissements ne réservent finalement que peu de surprises.


Quant à Naatu Naatu, la fameuse chanson oscarisée, elle est effectivement spectaculaire. La chorégraphie est impressionnante, les danseurs semblent défier les lois de la gravité et l'énergie est communicative. Pourtant, une fois replacée dans le contexte du film, je l'ai trouvée moins extraordinaire que la réputation qui l'avait précédée. En revanche, j'ai davantage apprécié la chanson finale, Sholay, qui rend hommage à huit grandes figures révolutionnaires, indépendantistes et héroïques de l'histoire de l'Inde, chacune représentant une région du pays. Elle apporte finalement plus au récit que le numéro musical devenu mondialement célèbre.


RRR est donc une œuvre totalement décomplexée, patriotique, spectaculaire, parfois épuisante mais constamment généreuse. On peut sourire devant ses invraisemblances, lever les yeux au ciel devant ses ralentis omniprésents et regretter un scénario un peu faible, mais impossible de nier la formidable énergie qui traverse chaque image. C'est un cinéma qui ose tout, quitte à en faire beaucoup... parfois beaucoup trop. Et lorsque le générique arrive enfin après 3 h 07 de chevauchées, de combats, d'explosions, de chorégraphies, de chevelures flottant au vent et de ralentis à répétition, ce ne sont plus seulement les pupilles qui sont fatiguées... le fessier aussi commence sérieusement à réclamer son indépendance.

NOTE : 12.80

FICHE TECHNIQUE


  • Réalisation S. S. Rajamouli[]
  • Scénario : S. S. Rajamouli, Vijayendra Prasad, Sai Madhav Burra, Madhan Karky et Riya Mukherjee
  • Musique M. M. Keeravani (en) (crédité sous le nom de M M Kreem)
  • Direction artistique : Nikolai Kirilov et Anil Jadhav
  • Décors Sabu Cyril (en)
  • Costumes Rama Rajamouli (en)
  • Photographie K. K. Senthil Kumar (en) (crédité sous le nom de Senthil Kumar)
  • Montage A. Sreekar Prasad (en)
  • Production D. V. V. Danayya (en) et M. M. Srivalli
  • Société de production : DVV Entertainment
  • Sociétés de distribution : Desi Entertainment Paris / Friday Entertainment (France) ; N&N Creations (Suisse) ; Pen Marudhar Entertainment (Inde) ; Phars Film (monde)
  • Pays de production Drapeau de l'Inde Inde
  • Langues originales télougou et anglais[

DISTRIBUTION