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mercredi 4 novembre 2026

16.20 - MON AVIS SUR LE FILM PRIMETIME DE LANCE OPPENHEIM (2026)


 Vu le Film Primetime de Lance Oppenheim (2026) avec Robert Pattinson Merrit Weaver Skyler Gisondo Phoebe Bridgers Matthew Maher Anna Faris Jonathan Lipnicki Bokeem Woodbine


Il fut une époque où la télévision commençait à découvrir les joies de la télé-réalité, avec en France les premières émissions Trash qui allaient fouiller dans l'intimité des uns et des autres, entre complices consentants et pauvres cobayes prêts à raconter leurs t pour obtenir leurs cinq minutes de célébrité. Mais les Américains avaient déjà pris une bonne longueur d'avance dans le domaine du mauvais goût, puisque NBC diffusait en prime time une émission intitulée To Catch a Predator, animée par Chris Hansen, un journaliste qui avait trouvé un filon particulièrement lucratif pour faire grimper l'audimat.

C'est cette aventure télévisuelle que raconte Primetime de Lance Oppenheim, en revenant sur les méthodes d'une émission qui prétendait lutter contre les prédateurs sexuels en organisant de véritables pièges filmés. Si le combat contre la pédophilie est évidemment une cause qui ne souffre aucune discussion, la manière de procéder laisse franchement songeur. On installe une maison spécialement aménagée pour attirer les candidats, on leur fait croire qu'ils vont rencontrer un adolescent, on place des caméras un peu partout et l'on attend tranquillement que le gibier entre dans la souricière. Le tout sous les yeux du téléspectateur qui peut savourer son petit spectacle de justice expéditive devant son écran.

Le film nous entraîne dans les coulisses de cette organisation où Chris Hansen, interprété par Robert Pattinson, prépare ses opérations avec son équipe, notamment sa productrice Andie Bender, jouée par Merritt Wever, et Xavier Von Erck, le responsable du groupe qui participe à ces opérations. Pour attirer les hommes dans le piège, ils utilisent notamment Dan Plumb, un jeune comédien qui se fait passer pour un adolescent de treize ans sur Internet. Skyler Gisondo incarne ce garçon de vingt-trois ans qui espère avant tout obtenir sa carte de la Guilde des acteurs, une perspective professionnelle qui lui semble suffisamment intéressante pour accepter ce travail assez particulier.

Et c'est là que le film devient particulièrement dérangeant, car on assiste à toute cette mécanique bien huilée qui consiste à attirer les suspects, les laisser se compromettre, puis faire entrer Hansen dans la pièce pour les confronter devant les caméras. La police attend à proximité pour procéder aux arrestations, mais le véritable spectacle se déroule devant l'objectif, avec notre présentateur qui joue les justiciers devant des millions de téléspectateurs. Enfin, journaliste est peut-être un grand mot, car on a parfois davantage l'impression d'assister à une représentation soigneusement répétée qu'à un véritable travail d'information.

Robert Pattinson compose un Chris Hansen particulièrement imbu de sa personne, dont pas une mèche de cheveux ni une rides, ne semble vouloir bouger, même lorsque le monde commence à s'écrouler autour de lui. Son personnage est dévoré par son émission, par les audiences et par cette envie permanente de devenir celui dont tout le monde parlera. Il ne lui suffit plus de piéger des hommes coupables ou suspects, il lui faut désormais le gros morceau, le trophée qui fera exploser les audiences et installera définitivement son nom dans l'histoire de la télévision.

Son ego est tellement surdimensionné qu'il finit par ne plus voir les limites de ce qu'il entreprend, quitte à sacrifier toute prudence pour obtenir une confrontation encore plus spectaculaire. Même lorsqu'il réussit à attirer dans ses filets des personnalités importantes, dont un sénateur, cela ne semble jamais suffire à satisfaire son appétit de reconnaissance. La justice devient presque secondaire derrière la nécessité de produire une bonne séquence télévisée, celle qui fera parler le lendemain matin dans les bureaux et les foyers américains.

Mais la grande découverte du film reste pour moi Skyler Gisondo, absolument remarquable dans le rôle de Dan Plumb. Derrière son apparence de jeune homme un peu naïf, il laisse progressivement apparaître un malaise profond face à ce qu'on lui demande de faire. Au départ, il voit surtout une occasion de mettre un pied dans le métier d'acteur et de décrocher cette fameuse carte professionnelle qui lui manque. Mais se retrouver au milieu de ces opérations, participer à des pièges dont les conséquences peuvent dépasser largement le cadre d'une émission de télévision, finit par lui poser de sérieuses questions.

Le film montre très bien ce conflit entre celui qui cherche ses cinq minutes de gloire et celui qui commence à comprendre qu'il participe à une machine dont il ne maîtrise absolument pas les conséquences. Que peut-on accepter pour réussir dans un métier où des milliers de candidats attendent leur chance ? Et jusqu'où peut-on aller pour obtenir une petite reconnaissance professionnelle ? Voilà un sujet autrement plus intéressant que les habituelles histoires de célébrité et de petits arrangements avec la morale.

Lance Oppenheim pousse d'ailleurs son récit vers une situation dramatique particulièrement éprouvante, inspirée d'une véritable opération qui s'est terminée par la mort de Bill Conradt, un procureur texan qui s'est suicidé lorsque la police est venue l'interpeller. Les caméras de l'émission étaient présentes à proximité, et cette affaire a soulevé de nombreuses questions sur les responsabilités de chacun. On comprend alors que le jeu télévisuel n'est plus simplement une affaire de mauvais goût, mais qu'il peut avoir des conséquences humaines absolument terribles.

Il faut également rappeler que le personnage de Dan Plumb s'inspire de Dan Schrack, un véritable ancien comédien devenu appât dans l'émission originale. Après cette expérience, il s'est tourné vers le journalisme audiovisuel et a poursuivi une carrière dans les informations télévisées. Une reconversion assez étonnante lorsqu'on connaît les circonstances de ses débuts devant les caméras. L'expérience de ces opérations a laissé des traces psychologiques, et on comprend parfaitement pourquoi il n'a pas conservé un souvenir particulièrement réjouissant de cette période.

Robert Pattinson fait le travail, mais je dois reconnaître que sa prestation m'a moins impressionné que celle de son partenaire. Peut-être que le personnage de Hansen, avec sa suffisance et son obsession de la réussite, ne demandait pas davantage de subtilité dans son interprétation. Il reste néanmoins convaincant dans cette incarnation d'un homme qui finit par confondre sa propre importance avec celle de la cause qu'il prétend défendre.

La mise en scène de Lance Oppenheim entretient une atmosphère assez artificielle, presque clinique, qui correspond parfaitement à cette télévision où tout doit être préparé, éclairé et organisé pour produire le maximum d'effet devant le public. On ne regarde plus vraiment des hommes pris dans une affaire judiciaire, mais des participants à une émission dont chaque minute doit rapporter quelque chose en termes d'audience.

Ce qui me plaît surtout dans Primetime, c'est cette manière de nous renvoyer à notre propre curiosité malsaine. Car si l'émission n'avait pas trouvé son public, elle n'aurait certainement pas duré aussi longtemps. Nous pouvons condamner les méthodes de Hansen, nous indigner devant ses procédés et trouver son comportement parfaitement écœurant, mais il faudrait aussi se demander pourquoi tant de téléspectateurs étaient installés devant leur écran pour assister à ces humiliations publiques. Le voyeurisme n'est pas seulement derrière la caméra, il est aussi confortablement installé dans notre salon.

On peut évidemment défendre la nécessité de dénoncer les prédateurs sexuels et de protéger les mineurs, mais cela ne donne pas tous les droits à ceux qui transforment cette mission en divertissement de grande audience. La justice doit faire son travail, la police aussi, et la télévision ferait parfois bien de se souvenir qu'elle n'est ni un tribunal ni un tribunal populaire.

Un film terrifiant sur le fonctionnement d'une émission Trash, sur les ambitions dévorantes d'un présentateur et sur ces petites compromissions que l'on accepte pour obtenir quelques minutes de célébrité. Je retiens surtout l'excellente prestation de Skyler Gisondo, qui donne au récit sa dimension humaine et son véritable malaise. Quant à Chris Hansen, il aura au moins réussi une chose : nous faire comprendre que le spectacle peut parfois être bien plus inquiétant que ceux qu'il prétend dénoncer.

NOTE : 16.20

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Lance Oppenheim
  • Scénario : Ajon Singh
  • Musique : Ari Balouzian
  • Décors : Alex DiGerlando
  • Costumes : Alex Bovaird
  • Photographie : David Bolen
  • Montage : Daniel Garber
  • Production : Robert Pattinson, Ari Aster, Lars Knudsen, Brighton McCloskey, Tyler Campellone, Fred Berger et Brian Kavanaugh-Jones
  • Sociétés de production : A24, Icki Eneo Arlo, Range Media Partners et Square Peg
  • Sociétés de distribution : A24 (États-Unis), Metropolitan (France)[]
  • Budget : 14 500 000 $[]
  • Pays de production : Drapeau des États-Unis États-Unis

DISTRIBUTION

11.50 - MON AVIS SUR LE FILM GHOST IN THE CELL DE JOKO ANWAR (2026)

 


Vu le Film Ghost in the Cell de Joko Anwar (2026) avec Aming Endy Arfian Abimana Arasytya Yoga Pratama Bront Palarae


Pas vraiment habitué à regarder des films venant d'Indonésie, je me suis laissé tenter par ce Ghost in the Cell de Joko Anwar, avec un titre plutôt trompeur qui semble vouloir attirer le chaland en jouant sur la ressemblance avec Ghost in the Shell. De quoi attirer l'œil du cinéphile qui pourrait croire à une autre aventure de science-fiction, mais il va rapidement comprendre qu'il a mis les pieds dans un tout autre établissement, et que les conditions de détention ne sont pas franchement celles d'un hôtel trois étoiles.

Nous voilà plongés dans une prison indonésienne de haute sécurité, un établissement où la violence fait partie du règlement intérieur et où les détenus ont tout intérêt à surveiller leurs fréquentations. Les rivalités entre bandes, les règlements de comptes et les gardiens qui abusent largement de leur autorité composent le quotidien de cette petite communauté qui n'a rien d'un club de vacances. Le directeur de l'établissement, Jefri, interprété par Bront Palarae, règne sur son petit royaume avec une brutalité qui ferait passer certains surveillants pour des animateurs de colonies de vacances.

L'arrivée de Dimas, un journaliste accusé du meurtre de son patron et incarné par Endy Arfian, va pourtant bouleverser cette organisation déjà passablement délabrée. Il se retrouve notamment au contact d'Anggoro, joué par Abimana Aryasatya, un détenu particulièrement maltraité par le directeur de la prison, mais qui possède une personnalité autrement plus solide que les murs de son établissement. Autour d'eux gravitent des personnages hauts en couleur, des prisonniers qui ont chacun leur caractère, leurs petites combines et leurs raisons de ne pas vouloir mourir entre quatre murs.

Seulement voilà, les ennuis vont prendre une tournure nettement plus surnaturelle lorsque des détenus commencent à être retrouvés morts dans des circonstances particulièrement atroces. Six, un prisonnier doté d'une étrange faculté lui permettant de percevoir les auras annonçant la mort, va contribuer à comprendre ce qui se passe. Une présence invisible semble s'en prendre aux pensionnaires les plus malfaisants, transformant progressivement la prison en véritable abattoir.

Et là, le bonhomme Joko Anwar ne fait vraiment pas dans la demi-mesure, car ça tranche, ça gicle, ça découpe et ça transforme les corps en compositions macabres, sans toujours laisser les boyaux à l'air comme on pourrait le craindre. On est dans le gore spectaculaire, parfois tellement excessif qu'il en devient presque burlesque, avec une imagination qui ne semble connaître aucune limite lorsqu'il s'agit de trouver une nouvelle manière de faire passer un détenu de vie à trépas.

Les murs et les sols poisseux, dans leurs teintes de vert-de-gris, finissent par prendre des couleurs autrement moins sympathiques, puisque le rouge sang devient progressivement la décoration dominante de cet établissement pénitentiaire. On est loin du petit séjour en maison d'arrêt avec promenade quotidienne et plateau-repas, et les pensionnaires auraient certainement préféré être condamnés à quelques travaux d'intérêt général.

Mais derrière ce déluge de violence et ces scènes franchement gratinées, Joko Anwar ne se contente pas de faire fonctionner sa machine à découper. Il utilise cette prison comme une miniature de la société indonésienne, avec ses puissants, ses corrompus, ses petits arrangements, ses injustices et ses individus qui se croient au-dessus des lois. La corruption ne s'arrête évidemment pas à la porte de l'établissement, elle se retrouve aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur, dans un système où l'argent et les relations permettent à certains de vivre confortablement pendant que les autres trinquent.

Le fond politique, d'abord présent en sourdine, finit ainsi par envahir l'écran, sans que le réalisateur ait besoin de ranger ses effets horrifiques au placard. La satire sociale se mêle à la comédie noire, aux règlements de comptes et à cette succession de situations complètement déjantées qui donnent au film une personnalité assez particulière. Les personnages doivent même apprendre à dépasser leurs rivalités pour tenter de comprendre ce qui les menace, ce qui donne lieu à quelques situations aussi absurdes que réjouissantes.

Le casting participe largement à cette réussite, avec Abimana Aryasatya qui apporte une vraie présence à Anggoro, Endy Arfian en journaliste pris dans un engrenage qui le dépasse et Bront Palarae en gardien tyrannique que l'on aurait volontiers envie d'envoyer lui-même derrière les barreaux. Chacun trouve sa place dans cette galerie de prisonniers et de personnages peu recommandables.

Alors, soyons honnêtes, nous ne sommes pas devant le film du siècle, ni devant une œuvre qui va révolutionner le septième art et bouleverser les dissertations des étudiants en cinéma. Mais ce n'est manifestement pas la prétention de Joko Anwar, qui préfère nous servir une généreuse assiette de violence, de fantastique et de satire politique, avec une bonne dose d'humour noir pour faire passer le tout.

Une découverte indonésienne plutôt réjouissante, qui ne fait pas dans la dentelle et qui assume parfaitement ses excès, quitte à pousser le bouchon un peu loin dans certaines séquences. Pour les amateurs du genre, c'est une dégustation qui mérite le détour, mais surtout à savourer loin du repas, car entre les tripes, les morceaux de viande et les compositions macabres, on risque de perdre définitivement l'appétit.

NOTE : 11.50

Directed byJoko Anwar
Written byJoko Anwar
Produced byTia Hasibuan
Starring
CinematographyIcal Tanjung
Edited byJoko Anwar
Music byAghi Narottama
Production
companies
Come and See Pictures
Rapi Films
Legacy Pictures
Distributed byWell Go USA (America)
Release dates
  • February 13, 2026 (Berlinale)
  • April 16, 2026 (Indonesia)
  • April 30, 2026 (Malaysia)
Running time
106 minutes
CountryIndonesia

HISTOIRE D'UNE CHANSON - SOUS LE CIEL DE PARIS DE JEAN BRETONNIERE

 


#HistoireChansonsFilms , aujourd'hui la chanson #SousleCieldeParis de Jean Bretonnière , La chanson « Sous le ciel de Paris » est l’un des plus grands hymnes romantiques et nostalgiques de la capitale française, indissociable du cinéma d'après-guerre et d'un cortège d'interprètes légendaires.


Julien Duvivier prépare son film choral Sous le ciel de Paris. Sur une suggestion du scénariste Henri Jeanson, il commande une chanson-thème au compositeur Hubert Giraud et au parolier Jean Dréjac. L'œuvre est composée et écrite très rapidement, sur un rythme de valse musette et un phrasé évoquant la gouaille et la légèreté parisiennes.

Le film de Julien Duvivier (sorti en mars 1951) narre une journée à Paris où s'entrecroisent les destins de multiples personnages ordinaires (un pêcheur à la ligne, une jeune provinciale ambitieuse, une étudiante, des ouvriers en grève). La chanson sert de fil conducteur poétique : elle unit ces trajectoires dispersées sous un même firmament bienveillant, transformant la ville elle-même en un personnage vivant

C'est l'acteur et chanteur Jean Bretonnière qui crée la chanson dans le film, lors d'une séquence de pique-nique d'ouvriers en grève, accompagné par un guitariste

Dès sa sortie, la mélodie s'échappe de la pellicule pour devenir un tube indépendant repris par les plus grandes voix

Juliette Gréco (1951) : Figure de la bohème de Saint-Germain-des-Prés, elle livre une version très tôt après la sortie du film, contribuant à ancrer la chanson dans l'imaginaire de la rive gauche et de la mélancolie poétique

Édith Piaf (1954) : En s'appropriant le titre, Édith Piaf le transforme en un standard mondial. Sa voix vibrante donne à la chanson sa dimension tragique et passionnée (« Près de Notre-Dame, parfois couve un drame... »), l'associant à jamais à son image

Édith Piaf (1954) : En s'appropriant le titre, Édith Piaf le transforme en un standard mondial. Sa voix vibrante donne à la chanson sa dimension tragique et passionnée (« Près de Notre-Dame, parfois couve un drame... »), l'associant à jamais à son image

Reprises internationales et modernes : Le titre traverse les frontières (adapté en anglais sous le titre Under Paris Skies par Bing Crosby ou Kim Gannon), puis est repris au fil des décennies par des artistes comme Mireille Mathieu, Zaz, ou encore Zaho de Sagazan, qui en a livré une interprétation remarquée plus récemment (notamment lors d'événements officiels comme les Jeux Olympiques de Paris 2024

https://www.youtube.com/watch?v=07jwdr68pho

https://www.youtube.com/watch?v=GTKrFI9tUCo

https://www.youtube.com/watch?v=8a7aoq-Ijmo

Sous le ciel de Paris S'envole une chanson Hum Hum Elle est née d'aujourd'hui Dans le cœur d'un garçon Sous le ciel de Paris Marchent des amoureux Hum Hum Leur bonheur se construit Sur un air fait pour eux Sous le pont de Bercy Un philosophe assis Deux musiciens quelques badauds Puis les gens par milliers Sous le ciel de Paris

Jusqu'au soir vont chanter Hum Hum L'hymne d'un peuple épris De sa vieille cité Près de Notre Dame Parfois couve un drame Oui mais à Paname Tout peut s'arranger Quelques rayons Du ciel d'été L'accordéon D'un marinier L'espoir fleurit Au ciel de Paris Sous le ciel de Paris Coule un fleuve joyeux

Hum Hum Il endort dans la nuit Les clochards et les gueux Sous le ciel de Paris Les oiseaux du Bon Dieu Hum Hum Viennent du monde entier Pour bavarder entre eux Et le ciel de Paris A son secret pour lui Depuis vingt siècles, il est épris De notre Ile Saint Louis Quand elle lui sourit Il met son habit bleu Hum Hum Quand il pleut sur Paris C'est qu'il est malheureux

Quand il est trop jaloux De ses millions d'amants Hum Hum Il fait gronder sur nous Son tonnerre éclatant Mais le ciel de Paris N'est pas longtemps cruel Hum Hum Pour se fair' pardonner Il offre un arc en ciel.

mardi 3 novembre 2026

16.80 - MON AVIS SUR LE FILM LA BELLE EQUIPE DE JULIEN DUVIVIER (1936)

 


Vu le film La Belle Equipe de Julien Duvivier (1936) avec Jean Gabin Charles Vanel Raymond Aimos Charles Dorat Raphaël Médina Viviane Romance Micheline Cheirel Marcelle Geniat Fernand Charpin Charles Granval


Pour moi, La Belle Équipe de Julien Duvivier est le meilleur film de son réalisateur, malgré ses deux fins qui nous laissent sur notre faim

ous sommes devant l'un des grands classiques du cinéma français, une œuvre qui possède quelque chose de profondément populaire, avec une histoire simple, des personnages attachants et une époque qui transpire à chaque image.

Tourné en 1936, le film arrive à un moment charnière de notre histoire sociale, en pleine effervescence du Front populaire, avec les grandes conquêtes ouvrières, les congés payés et l'espoir d'une vie meilleure pour ceux qui n'avaient pas grand-chose à se mettre sous la dent. Duvivier et Charles Spaak nous racontent l'histoire de cinq copains au chômage, Jean, Charles, Raymond, Jacques et Mario, qui gagnent ensemble le gros lot de la Loterie nationale et décident de mettre leur argent en commun pour transformer un vieux lavoir en guinguette au bord de la Marne.

La première partie respire la joie de vivre, avec ses guinguettes, ses fêtes, ses flonflons, les verres qui circulent et cette ambiance de camaraderie où l'on se retrouve entre copains pour refaire le monde. Bien entendu, l'alcool aide parfois à oublier les difficultés, mais il faut aussi retrousser ses manches pour réaliser ses rêves. Car cette petite entreprise ne va pas se construire toute seule, et nos cinq associés vont découvrir que gagner à la loterie ne suffit pas forcément pour réussir sa vie.

Il y a dans ces scènes une formidable énergie collective, une envie de vivre ensemble et de profiter de ces petits bonheurs que l'existence réserve parfois à ceux qui n'ont pas été particulièrement gâtés. La chanson « Quand on s'promène au bord de l'eau », interprétée par Jean Gabin, est devenue indissociable du film et constitue l'un de ces moments de cinéma populaire que l'on garde longtemps en mémoire.

Mais chez Duvivier, les lendemains qui chantent ont souvent une drôle de musique. Comme un signe prémonitoire de ce qui allait se produire trois ans plus tard, la noirceur va progressivement s'emparer du récit. Cette belle unité va se fissurer sous les coups de l'argent, des intérêts personnels et des histoires de cœur.
Gina, l'ancienne compagne de Charles, interprétée par une Viviane Romance particulièrement séduisante, va devenir l'un des éléments déclencheurs de la désunion. Les copains qui semblaient inséparables vont peu à peu se déchirer, et cette petite république fraternelle construite avec tant d'enthousiasme va finir par ressembler à un château de cartes.

Il faut dire que le casting est formidable, avec Jean Gabin en Jean, Charles Vanel en Charles, Raymond Aimos en Raymond, Charles Dorat en Jacques et Raphaël Medina en Mario.

Tous apportent une véritable personnalité à cette bande de copains, sans oublier Micheline Cheirel en Huguette, Marcelle Géniat en grand-mère et Fernand Charpin dans son rôle de gendarme. Des premiers rôles aux seconds couteaux, tout ce petit monde participe à la réussite de cette histoire, sans que personne ne donne l'impression de faire de la figuration.

Mais La Belle Équipe possède également une deuxième histoire, celle de son existence après le tournage, avec cette particularité assez exceptionnelle d'avoir deux dénouements différents. Duvivier et Charles Spaak avaient initialement imaginé une conclusion pessimiste, dans laquelle Jeannot finit par tuer Charlot, après que leur amitié a volé en éclats. Les producteurs, peu enthousiastes à l'idée de présenter une telle désillusion dans l'atmosphère du Front populaire, ont demandé une autre fin, beaucoup plus optimiste, dans laquelle un télégramme de Jacques apporte un nouvel espoir et où Charles choisit de rester avec son ami plutôt que de suivre Gina.

C'est cette version heureuse qui a été exploitée lors de la sortie du film en 1936, tandis que le dénouement original a longtemps été moins accessible. Les désaccords autour des droits et des volontés des héritiers de Duvivier et de Spaak ont également compliqué la diffusion des différentes versions. Heureusement, la restauration du film a permis de retrouver et de remettre en circulation la fin voulue initialement par le réalisateur.

Personnellement, je trouve que cette version pessimiste correspond davantage à l'univers de Duvivier et à la trajectoire de ses personnages, même si elle nous laisse avec un sentiment de gâchis. Tout ce bonheur, cette amitié et cette volonté de construire quelque chose ensemble pour aboutir à une telle tragédie, c'est aussi ce qui donne au film sa dimension particulière.

La Belle Équipe reste un magnifique film sur l'amitié masculine, où les femmes occupent une place secondaire, ce qui correspond aussi à une autre époque et à une autre manière de raconter les rapports humains. Entre les fêtes, les romances, les disputes, l'accident mortel et cette guinguette qui devait être le paradis de cinq copains, Duvivier nous offre un film qui commence comme une fête et se termine comme un enterrement.

C'est aussi un film qui mériterait d'être vu par une nouvelle génération qui semble parfois avoir oublié que construire ensemble peut être autrement plus difficile, mais tellement plus enrichissant, que de tout casser autour de soi. Car la révolution, ce n'est pas seulement descendre dans la rue pour réclamer quelque chose, c'est aussi apprendre à vivre ensemble, tous ensemble, sans oublier ceux qui sont à côté de nous.

Et quand on repense à cette belle équipe qui voulait simplement profiter de la vie au bord de l'eau, on se dit que le bonheur était peut-être à portée de main, mais que les hommes ont parfois un talent extraordinaire pour tout gâcher.

Un grand film populaire, avec du cœur, de la gouaille, de l'émotion et une sacrée gueule de bois à l'arrivée.

NOTE : 16.80

FICHE TECHNIQUE


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