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mercredi 23 septembre 2026

14.10 - MON AVIS SUR LE FILM VIENS CHEZ MOI J'HABITE CHEZ UNE COPINE DE PATRICE LECONTE (1981)


 Vu le Film Viens chez moi j'Habite chez une copine de Patrice Leconte (1981) avec Michel Blanc Bernard Giraudeau Thérèse Liotard Marie Anne Chazel Christine Dejoux Gaelle Legrand Sylvie Granotier Jacqueline Doyen Anémone Jean Champion


Viens chez moi, j’habite chez une copine, réalisé en 1981 par Patrice Leconte, est une comédie culte du cinéma français et l’un des meilleurs films de Michel Blanc. Ce dernier y incarne Gérard, un personnage veule, opportuniste et menteur, qui n’hésite pas à abuser de la gentillesse de son ami pour s’incruster chez lui et surtout y rester.

C’est un rôle qui rappelle son personnage des Bronzés, le François Pignon du Dîner de cons avant l’heure, ou même les figures maladroites et manipulatrices qu’on pourrait associer aux personnages de Woody Allen. Blanc y excelle, maîtrisant à la perfection ce registre qui mélange un humour cynique et un sens aigu du ridicule.

Gérard est le genre de type qui arrive chez vous avec quelques affaires et qui, avant même que vous ayez compris ce qui vous arrive, considère déjà l’appartement comme le sien. Il ment avec un naturel désarmant, profite de tout et de tout le monde et trouve toujours une justification à ses comportements, aussi foireux soient-ils.

Aux côtés de Bernard Giraudeau, qui joue Bernard, un homme beaucoup plus stable et mesuré, Michel Blanc forme un duo comique irrésistible. Leur dynamique fonctionne à merveille, avec Blanc qui fait monter les situations absurdes et Giraudeau qui tente tant bien que mal de garder les pieds sur terre.

Le contraste entre les deux personnages fait évidemment une grande partie du charme du film, Bernard devenant progressivement la victime de sa propre gentillesse. Gérard, lui, a parfaitement compris le principe : quand une porte s’ouvre, pourquoi repartir ?

Ce duo rappelle d’ailleurs celui que Michel Blanc formera quelques années plus tard avec Gérard Lanvin dans Marche à l’ombre, autre comédie construite sur le contraste entre deux personnalités que tout semble opposer.

Le film brille également par ses dialogues savoureux et ses punchlines, qui font mouche sans avoir besoin d’en rajouter. Les répliques fusent et Michel Blanc possède cette formidable capacité à rendre drôle un personnage pourtant particulièrement agaçant, simplement par son attitude, ses mensonges et son extraordinaire mauvaise foi.

Chaque scène devient ainsi une nouvelle occasion pour Gérard de s’enfoncer tout en essayant de sauver les apparences, notamment dans ses tentatives lamentables de séduction et dans toutes les situations rocambolesques qu’il provoque en racontant des salades à tout le monde.

Patrice Leconte sait parfaitement mettre en valeur cette mécanique comique sans l’alourdir, en laissant surtout ses acteurs et leurs dialogues faire le travail. Et avec Michel Blanc dans ce registre, il aurait été dommage de lui demander de rester raisonnable : ce n’est manifestement pas son personnage.

La bande-son participe également au charme du film, notamment avec le tube de Renaud, Viens chez moi j’habite chez une copine, qui donne à l’ensemble une touche nostalgique et profondément ancrée dans son époque. La chanson et le film sont aujourd’hui pratiquement indissociables.

Et derrière la comédie, il y a aussi cette peinture assez réjouissante d’une époque où l’amitié, la solidarité et la débrouille permettent parfois à certains de s’incruster un peu plus que prévu dans la vie des autres.

Viens chez moi, j’habite chez une copine reste pour moi une formidable comédie, portée par un Michel Blanc absolument remarquable, qui trouve ici l’un de ses grands personnages de loser magnifique, menteur, manipulateur et parfaitement ridicule.

Un film où l’on comprend surtout qu’il faut réfléchir à deux fois avant de dire à un copain : « Viens chez moi ».

Parce qu’avec Gérard, « viens chez moi » signifie manifestement « prépare-moi une chambre ».

NOTE : 14.10


FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

Michel Blanc : Guy, chômeur gaffeur
Bernard Giraudeau : Daniel, le déménageur
Thérèse Liotard : Françoise, petite amie de Daniel, caissière
Anémone : Adrienne, équilibriste de cirque
Sylvie Granotier : la belle automobiliste
Marie-Anne Chazel : Catherine, la fille du 13e
Béatrice Costantini : la dame au vin
Gaëlle Legrand : Daphné, parfumeuse
Christine Dejoux : Cécile, employée de l'ANPE
Marie-Pierre Casey : la concierge de Cécile
Jean Champion : le patron du Taxi-frêt
Jacqueline Doyen : la dame au piano
Wilfrid Durry : le retraité
Guy Laporte : le collègue
Pierre Lary : le conducteur
Germaine Ledoyen : la retraitée
Bruno Moynot : le propriétaire de la voiture
Jacques Pibarot
Michel Such : le client au loden
Carlo Valli
Isabelle Duthil-Lafrance : Annie (non créditée)
Patrick Aubrée : Le docteur (non crédité)

14.20 - MON AVIS SUR LE FILM STEVE JOBS DE DANNY BOYLE (2015)


 Vu le film Steve Jobs de Danny Boyle (2015) avec Michael Fassbender Kate Winslet Seth Rogen Michael Stuhlbarg Jeff Daniels Katherine Waterston Jon Ortiz


Dans les coulisses, quelques instants avant le lancement de trois produits emblématiques ayant ponctué la carrière de Steve Jobs, du Macintosh en 1984 à l’iMac en 1998, en passant par NeXT, le film nous entraîne dans les rouages de la révolution numérique pour dresser le portrait intime d’un homme de génie qui y a tenu une place centrale.

Je ne vais pas m’étendre sur la distribution et l’interprétation : elles sont admirables en tous points, avec, selon moi, une prime à Kate Winslet, absolument formidable.

Autant le scénario de The Social Network était admirable de sécheresse, autant celui de Steve Jobs contient du gras inutile. J’ai lu ici et là qu’il fallait en faire le reproche, non pas au scénariste, mais au réalisateur. Implacable logique, non ?

Trois fois, une scène, des coulisses, des loges… du théâtre donc. C’est probablement la raison pour laquelle Danny Boyle a été appelé, puisque sa formation initiale est justement le théâtre, qu’il a pratiqué avec talent, notamment avec la Royal Shakespeare Company. Et filmer les théâtres comme des églises évangéliques est une excellente idée de mise en scène.

Le film fonctionne ainsi comme une séquence en trois actes, intégralement située dans les décors intérieurs de salles de spectacle, et assume pleinement sa théâtralité pour faire de Steve Jobs un pur personnage shakespearien. Danny Boyle metteur en scène de théâtre pour la Royal Shakespeare Company : CQFD.

Le résultat est un biopic à la fois centré sur le côté intime d’un homme complexe et sur la révolution numérique dont il fut bien plus qu’un acteur majeur : un gourou.

À mon sens, le gras du scénario se trouve précisément dans l’intime : sa femme, sa fille, la paternité, la filiation, les disputes pour l’argent, tout cela revient en boucle jusqu’à la grande réconciliation-guimauve entre le père et sa fille Lisa. Et cette histoire autour du nom de l’ordinateur LISA, comme acronyme de « Local Integrated Software Architecture », vient encore appuyer lourdement le symbole. Whaow !

Le « noyau pourri de la pomme » polarise ainsi petit à petit l’enjeu du récit autour de la question de la paternité et de la filiation, alors que ce n’est pas forcément ce qui m’intéresse le plus chez Steve Jobs.

En revanche, les plans sur les foules venues voir Steve Jobs sur scène, les cris, les holas, cette véritable ferveur quasi religieuse, sont superbes d’ironie grinçante. On assiste presque à la naissance d’une religion moderne dont le gourou vend des ordinateurs plutôt que des miracles.

Et les coulisses, car, comme dans la vie, tout est là, sont particulièrement réussies grâce aux dialogues admirables de Sorkin, toujours tendus, parfois venimeux, et servis à la perfection par des comédiens qui semblent se livrer à un véritable match de ping-pong verbal.

La moitié du GAFA, Google, Apple, Facebook, Amazon, qui domine désormais une partie considérable du monde, possède maintenant ses biopics, sortes de Citizen Kane de pacotille, fort peu critiques à mon goût, et j’attends donc la suite, non sans une certaine gourmandise.

Au-delà du film se posent des questions artistiques, politiques et philosophiques passionnantes sur ces hommes devenus des icônes et sur le pouvoir qu’ils ont fini par exercer sur nos sociétés.

Danny Boyle, qui avait déjà mis en scène l’époustouflante cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Londres en 2012, suggère habilement ces réflexions derrière le spectacle.

Et c’est peut-être là que le film devient le plus intéressant : lorsqu’il montre moins l’homme privé que la fabrication d’un mythe, avec ses fidèles, ses détracteurs, ses coulisses et son immense scène.

Un théâtre shakespearien avec des ordinateurs, des gourous en col roulé et une pomme croquée en guise de blason.

NOTE ; 14.20

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION