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samedi 17 octobre 2026

12.00 - MON AVIS SUR LE FILM LES DENTS LONGUES DE DANIEL GELIN (1953)

 


Vu le film Les Dents Longues de Daniel Gélin (1953) avec Daniel Gélin Danièle Delorme Jean Chevrier Olivier Hussenot Jean Debucourt Louis de Funès Colette Mars Gaby Bruyère


Les Dents longues de Daniel Gélin, adapté du roman de Jacques Robert, nous entraîne dans les coulisses du journalisme à travers le parcours d'un jeune homme qui n'a pas l'intention de passer sa vie à regarder les autres réussir. Interprété par Daniel Gélin lui-même, ce journaliste ambitieux a les dents longues, très longues, au point qu'il pourrait refaire le parquet de toute une rédaction sans avoir besoin d'un menuisier !

Notre jeune loup débarque à Lyon, embauché dans un journal local, avec des rêves plein la tête et la conviction qu'il suffit de vouloir pour pouvoir. Il va pourtant découvrir que le monde de la presse ne ressemble pas exactement à l'image qu'il s'en faisait, entre les intérêts personnels, les petits arrangements, les rivalités et les ambitions qui se cachent derrière les grands discours. Ses illusions ne sont certes pas perdues, mais elles ont déjà pris quelques sacrés coups dans les gencives. Dans ce métier où l'on prétend informer le public, tout le monde n'est pas forcément pressé de lui dire la vérité !

Le film nous rappelle irrésistiblement Bel-Ami de Maupassant et Illusions perdues de Balzac, deux œuvres où les ambitions individuelles se frottent à une société qui récompense parfois davantage l'habileté à manœuvrer que le talent véritable. Les rotatives tournent à fond, mais les mensonges et les trahisons ne sont pas en reste, car la presse est aussi un petit théâtre où chacun joue son rôle en espérant décrocher la meilleure place. On découvre un univers où les convictions peuvent facilement se négocier et où les belles promesses résistent rarement à l'épreuve du pouvoir.

Notre journaliste va cependant retrouver un éclair de lucidité en montant à Paris, où il finira par atteindre le sommet de ses ambitions, avec l'aide précieuse de l'amour d'Eva, interprétée par Danièle Delorme. Cette relation apporte une dimension sentimentale bienvenue à un récit qui aurait pu se contenter de montrer les petites et grandes manœuvres d'un milieu professionnel. Derrière l'homme qui veut réussir à tout prix, il reste quelqu'un qui peut encore se demander ce qu'il est prêt à sacrifier pour parvenir à ses fins. Et c'est peut-être là que le film trouve son charme, dans ce mélange d'arrivisme, de désillusions et de sentiments qui empêche le personnage de devenir simplement un ambitieux de plus.

Daniel Gélin réalise ici son unique film en tant que cinéaste, ce qui donne à cette œuvre une place particulière dans sa carrière. On sent le plaisir de raconter une histoire solidement ancrée dans son époque, avec des personnages qui ont de l'épaisseur et un regard amusé, mais pas toujours tendre, sur les coulisses de la presse. Le film possède cette saveur du cinéma français d'autrefois, lorsque les dialogues avaient du répondant et que les ambitions humaines fournissaient un excellent carburant aux scénarios.

Le casting est un autre de ses atouts, avec Danièle Delorme qui forme un duo charmant avec Gélin, tandis que Jean Chevrier, Louis Seigner et Olivier Hussenot apportent leur présence et leur métier à cette galerie de personnages. Et puis, au détour d'une scène dans un laboratoire, on aperçoit un petit bonhomme qui ne va pas tarder à faire beaucoup de bruit : Louis de Funès ! Une apparition qui donne aujourd'hui un petit plaisir supplémentaire au cinéphile attentif, même si le bonhomme n'a pas encore déclenché la tornade qu'il deviendra par la suite.

Les Dents longues est donc un film charmant, d'une autre époque, qui nous rappelle que les travers du journalisme ne datent pas d'hier et que les ambitions dévorantes ont toujours trouvé de quoi se nourrir. Sans révolutionner le genre, Daniel Gélin signe une histoire agréable, portée par un casting de qualité et une intrigue qui mêle habilement carrière, amour et désillusions. Comme quoi, pour grimper les échelons, avoir les dents longues peut aider, mais encore faut-il savoir à qui l'on mord les mollets !

NOTE : 12.00

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12.00 - MON AVIS SUR LE FILM ORPHELIN DE LAZLO NEMES (2025)


 Vu Le film Orphelin de Lazlo Nemes (2025) avec Bojtorján Barabás Grégory Gadebois Eliz Szabo Andrea Waskovics Soma Sandor Hermina Fátyol


Avec Orphelin, László Nemes revient sur une histoire qui semble avoir quelque chose de personnel, puisque le film plonge dans la Hongrie de l'après-guerre et dans les blessures d'un pays dont les cicatrices ne sont pas refermées. Le réalisateur retrouve ses obsessions, celles de l'identité, de la filiation et d'un passé qui refuse de rester à sa place. Mais après Le Fils de Saul, chef-d'œuvre d'intensité et d'immersion, le changement de registre est assez frappant.


Le début est lent, presque trop, et l'on se demande où Nemes veut nous emmener. On attend que quelque chose se passe, que le récit prenne enfin son envol. Puis arrive le personnage incarné par Grégory Gadebois, et là, notre regard change. Sa présence bouleverse la lecture de l'histoire et donne une autre dimension à ce que nous avions vu jusque-là. L'acteur français a d'ailleurs joué en hongrois sans comprendre un traître mot de cette langue, ce qui ne manque pas de sel pour un film où les mots, l'identité et les origines ont une telle importance.


Orphelin est un film beaucoup plus classique que Le Fils de Saul, moins radical, moins suffocant, et forcément moins intense. La mise en scène reste soignée, mais elle ne nous prend pas à la gorge comme pouvait le faire son précédent film. On se retrouve alors à attendre, à chercher ce que le réalisateur veut vraiment nous dire, comme si le film gardait ses cartes trop longtemps dans sa manche.


Il y a pourtant de belles choses dans cette histoire de filiation et de mémoire, où le passé vient déranger les certitudes d'un enfant et d'un pays tout entier. Mais j'aurais aimé que Nemes nous emporte davantage, au lieu de nous laisser parfois sur le bord du chemin à attendre que le message se précise. Un film intéressant, porté par un Grégory Gadebois qui change la donne, mais qui ne retrouve pas la puissance de frappe du Fils de Saul. On ne peut pas demander à chaque film de vous coller un uppercut, mais quand on a déjà pris une telle droite, on devient forcément plus exigeant !

NOTE : 12.00

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vendredi 16 octobre 2026

LIEUX DE TOURNAGE - LA FORET DE HUELGOAT DANS LE FINISTERE

 


Vous vous souvenez certainement, si vous avez plus de 40 ans, de la tempête qui a ravagé la Bretagne en 1987, mettant à mal les forêts et couchant de nombreux arbres. C’est dans l’une de ces forêts que nous allons nous installer aujourd’hui : la forêt de Huelgoat, dans le Finistère.


À l’automne 1988, un ami m’invite dans sa maison à Morlaix. Vu les nombreuses possibilités de visites dans la région (sic !), il me propose de découvrir cette forêt d’Huelgoat, située à une trentaine de kilomètres de là.

Cette forêt est peuplée de légendes, celles du roi Arthur et de son trésor caché, des fées de la Mare aux Fées, sans oublier Gargantua qui, mal reçu par les habitants, se serait mis en colère et aurait lancé d’énormes blocs de granit. Quand on voit certaines de ces pierres, on se dit que le bonhomme n’avait pas vraiment le bras court !

C’est dans ces conditions que j’arrive dans ce lieu magique. Manque de bol pour mon ami : quand je visite ce genre d’endroit, je m’assois, je prends mon temps et je regarde autour de moi. Je ne suis pas du genre à faire le tour en dix minutes, histoire de cocher une case sur un programme touristique.

Et le spectacle était grandiose, à la fois désolant et grandiose. Ces arbres géants couchés par la tempête m’ont donné le tournis, mais les couleurs de l’automne m’ont envahi le cerveau. Un véritable festival pour les yeux, avec cette nature meurtrie qui conservait pourtant une beauté incroyable.
Nous avons vu des animaux courir, des oiseaux voler majestueusement, puis nous sommes tombés sur ces fameuses roches de la légende, notamment la Roche Tremblante, cet impressionnant bloc de granit que l’on peut faire osciller malgré son poids considérable. La tempête de 1987, elle, ne l’avait pas fait bouger d’un iota !

En revanche, nous n’avons pas trouvé la fameuse grotte et, par conséquent, pas davantage le trésor. Il faudra donc revenir avec une carte au trésor, une bonne pelle et peut-être un peu plus de chance !
Grand moment de plaisir visuel, dans un décor où la nature, même blessée, savait encore nous en mettre plein les yeux.

Mais me direz-vous, y a-t-il des films tournés dans cette forêt ? La réponse est oui, et notamment Je suis le seigneur du château, réalisé par Régis Wargnier en 1989. Plusieurs scènes ont été tournées dans ces paysages de rochers et d’arbres, qui servent admirablement l’atmosphère sombre du film.

L’histoire raconte l’affrontement psychologique entre deux jeunes garçons, interprétés par Régis Arpin et David Behar. Au milieu de ces rochers immenses, leur relation se charge de tension, tandis que le sentiment d’isolement devient presque palpable.

Les arbres déracinés et les paysages forestiers abîmés, visibles à l’écran, renforcent l’atmosphère lourde, inquiétante et presque fantastique de cette œuvre. La forêt n’est plus seulement un décor : elle participe au malaise qui s’installe entre les personnages.

Petite précision pour ceux qui voudraient retrouver tous les lieux du tournage : si la forêt est bien celle de Huelgoat, l’imposante demeure familiale qui donne son importance au château dans le récit est le château de Beaumanoir, situé au Leslay, dans les Côtes-d’Armor. Des scènes ont également été tournées à Morlaix.

D’autres productions ont posé leurs caméras dans cette forêt mystérieuse.

Magdala, réalisé par Damien Manivel et sorti en 2022, évoque les derniers jours de Marie-Madeleine. Le film a été tourné notamment dans les Monts d’Arrée et la forêt de Huelgoat.

La série Anaon, thriller fantastique réalisé par David Hourrègue et diffusé en 2025, a également utilisé ces paysages bretons pour son tournage, avec une diffusion sur Prime Video et France Télévisions.

On peut également citer Les Enfants, moyen-métrage fantastique de Jean-Sébastien Chauvin, réalisé en 2013, dont une scène a été tournée sur le site, ainsi que Ciels de légendes, projet d’Ariel Neo datant de 2021, avec des images captées dans les Monts d’Arrée et la forêt de Huelgoat.

Voilà donc une forêt qui a plusieurs visages : celui des légendes, celui des ravages de la tempête, celui de l’automne et celui du cinéma.

Pour ma part, je garde surtout le souvenir de ces arbres couchés, de ces pierres gigantesques et de ces couleurs qui vous restent dans la tête longtemps après avoir quitté les lieux. Quant au trésor, il est toujours caché quelque part. Si vous le trouvez, faites-moi signe : je connais déjà un endroit où m’asseoir pour admirer le paysage !

12.50 - MON AVIS SUR LE FILM PRISON DE FEMMES DE MAURICE CLOCHE (1958)


 Vu le film Prison de Femmes de Maurice Cloche (1958) avec Danièle Delorme Jacques Duby Jane Marken Vega Vinci Louis Arbessier Dominique Davray Jacques Marin Louis Nicola Amato


Les films sur les femmes en prison sont assez rares, surtout à cette époque, et celui de Maurice Cloche a le mérite de nous emmener derrière les barreaux sans nous servir les clichés habituels du genre. Moins de testostérone, moins de douches crapuleuses, mais une réalité carcérale où les droits sont réduits au minimum, avec une règle essentielle : se taire et obéir. Les gardiennes ne sont pas toutes des modèles de compréhension, certaines estimant même qu’on n’est pas assez sévère avec les détenues, tandis que les prisonnières elles-mêmes ne ratent aucune occasion de régler leurs comptes dans la violence.

C’est dans cet univers que va se retrouver Alice, incarnée par une fabuleuse Danièle Delorme, accusée d’avoir empoisonné son mari. La mère de ce dernier, interprétée par Jane Marken, ne fait rien pour dissiper les soupçons qui pèsent sur la jeune femme, et les doutes vont l’accompagner jusqu’au procès. Une accusation terrible qui va bouleverser son existence et la conduire dans la prison de Haguenau, loin de sa vie d’avant et de tout ce qui lui reste à espérer.

Maurice Cloche filme ces femmes emprisonnées dans un huis clos étouffant, où chacune traîne ses blessures, ses secrets et ses rancœurs, dans un environnement qui ne favorise guère la solidarité. Le réalisateur parvient pourtant à nous faire ressentir de l’empathie pour ces détenues, sans chercher à les transformer en saintes victimes ni à masquer les violences qu’elles peuvent s’infliger entre elles. Derrière les barreaux, la souffrance ne rend pas nécessairement meilleur, et la promiscuité peut faire ressortir le pire comme le meilleur de chacune.

Le film porte également un regard critique sur une justice qui manque de moyens et qui ne semble pas toujours se donner les moyens de rechercher la vérité, même lorsque celle-ci paraît difficile à établir. Alice devient ainsi le symbole de ces erreurs judiciaires dont les conséquences sont terribles, car une femme peut passer des années en prison alors que son innocence semble pourtant évidente. Le temps perdu ne se rattrape pas, et les années de liberté volées ne se résument pas à une porte qui s’ouvre enfin.

La situation d’Alice est d’autant plus douloureuse qu’elle a accouché en prison et qu’elle doit vivre séparée de son enfant. Cette maternité privée de bonheur donne au récit une dimension particulièrement poignante, car la condamnation ne frappe pas seulement une femme, elle atteint aussi un enfant qui grandit loin de sa mère. Et une question demeure : l’amour saura-t-il l’attendre à la sortie de prison, après tant d’années sacrifiées et une existence suspendue aux décisions des autres ?

Danièle Delorme est une nouvelle fois formidable, avec cette capacité à exprimer la fragilité, la dignité et la détresse sans jamais tomber dans le mélodrame forcé. Elle prouve, si besoin était, qu’elle ne brille pas uniquement dans les films d’Yves Robert et qu’elle possède une palette de jeu bien plus large que certains pourraient le croire. Sa présence donne au personnage d’Alice toute son humanité et permet de s’attacher à son destin malgré les quelques longueurs du récit.

Passionnant malgré un manque de rythme, Prison de femmes mérite le détour pour son sujet, son atmosphère oppressante et son regard sur une justice capable de briser des vies. Maurice Cloche nous enferme avec ces femmes et nous fait partager leur quotidien, leurs humiliations et leurs espoirs, sans avoir besoin d’en rajouter pour nous convaincre de la dureté de leur condition. Un film qui rappelle que derrière chaque prisonnière se cache une histoire, et que la justice, lorsqu’elle se trompe, ne se contente pas de condamner une personne : elle peut condamner toute une vie.

NOTE : 12.50

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