Vu le film Zulu de Jérome Salle (2013) Avec Forrest Whitaker Orlando Bloom Conrad Kemp Inge Beckmann Tinarie van Wyk-Loots Regardt van den Bergh Patrick Lyster Randal Majyet
Vu le film Zulu de Jérôme Salle, avec Forest Whitaker et Orlando Bloom, présenté en clôture du Festival de Cannes 2013. Le film est adapté du roman éponyme de Caryl Férey, publié en 2008 dans la collection « Série noire », et nous entraîne en Afrique du Sud, où deux flics que tout pourrait opposer vont devoir travailler ensemble malgré leurs différences de parcours et de milieu.
D’un côté, Ali Sokhela, d’origine zouloue, interprété par Forest Whitaker, et de l’autre Brian Epkeen, dont le père était un Afrikaner proche du pouvoir de l’époque de l’apartheid, joué par Orlando Bloom. Mais nous ne sommes pas dans un film où les deux policiers vont passer leur temps à se regarder en chiens de faïence à cause de leur couleur de peau. Mandela est passé par là, l’ANC est au pouvoir et les postes de l’administration sont désormais également occupés par des Noirs, ce qui n’avait évidemment jamais été le cas sous l’ancien régime.
Les deux hommes vont devoir résoudre le meurtre particulièrement sordide d’une jeune fille, retrouvée morte après avoir été droguée, tandis que d’autres adolescents des townships disparaissent. Très rapidement, l’enquête va les conduire sur la piste de trafiquants de drogue et de réseaux particulièrement violents, dans une véritable guérilla urbaine où les flics affrontent des types qui ne semblent pas vraiment avoir prévu de leur offrir le thé.
Et derrière ce polar particulièrement musclé, Jérôme Salle montre une Afrique du Sud qui a changé politiquement mais dont les fractures sociales sont toujours bien présentes. On s’aperçoit finalement que la seule différence avec avant, c’est que les riches restent riches, mais maintenant ils peuvent être blancs ou noirs, tandis que les pauvres sont toujours majoritairement noirs. Les vieux relents de l’apartheid ne sont donc pas si éloignés que cela, même après Mandela, dans un pays qui veut afficher une image moderne mais qui reste profondément gangrené par la pauvreté, les trafics et les inégalités.
Les deux policiers vont donc s’attaquer à ces cartels de drogue qui ne semblent pas particulièrement apprécier que la police mette le nez dans leurs affaires, et l’enquête va rapidement basculer dans une violence exacerbée. Jérôme Salle ne fait pas vraiment dans la dentelle, avec des fusillades, des passages particulièrement brutaux et une violence qui touche également les femmes, souvent battues, violées ou tuées. Le film est d’ailleurs extrêmement violent, mais cette violence sert aussi à montrer un environnement où la loi semble parfois avoir beaucoup de mal à reprendre ses droits.
Jérôme Salle sait surtout tenir le spectateur en haleine et construire son polar sans oublier la dimension politique de son histoire. Il ne se contente pas de nous envoyer deux flics courir après des trafiquants dans les rues du Cap, il utilise cette enquête pour montrer un pays qui tente de tourner la page de son passé sans avoir réussi à effacer toutes les cicatrices.
Forest Whitaker est, comme d’habitude, très bon, mais ce n’est pas vraiment une nouveauté avec lui. L’énorme surprise vient plutôt d’Orlando Bloom, que je n’attendais absolument pas dans ce registre. Il est criant de vérité dans le rôle de Brian Epkeen, flic alcoolique, violent, parfois incontrôlable, mais qui reste droit dans ses bottes malgré ses démons personnels. On est presque dans une sorte de Clint Eastwood chez Sergio Leone, avec moins de cigare mais beaucoup plus de problèmes de bouteille.
Et puis Orlando Bloom a manifestement décidé de laisser Legolas dans le vestiaire pour venir prendre quelques kilos de muscles et se coltiner les rues du Cap. Pour vous les filles, sachez également qu’il se donne totalement à son rôle et qu’on le voit même entièrement nu, de la tête aux pieds… enfin, surtout jusqu’aux fesses, parce qu’il faut quand même garder un peu de suspense dans une chronique cinéma.
C’est assez amusant de le revoir peu après dans The Hobbit, avec une bonne centaine de kilos en moins, un arc et des flèches à la place du flingue et beaucoup moins l’impression qu’il pourrait vous casser la figure au coin d’une rue.
Avec Zulu, Jérôme Salle réussit donc un polar particulièrement tendu, violent et efficace, mais qui ne se contente pas de courir après les méchants. Il utilise cette histoire de flics et de trafiquants pour regarder une Afrique du Sud moderne, toujours marquée par son passé et ses énormes inégalités. Une enquête policière qui devient progressivement le portrait d’un pays où l’apartheid a officiellement disparu, mais où ses conséquences sont encore loin de l’être.
Et avec Forest Whitaker et surtout un Orlando Bloom que l’on n’attendait pas du tout là, le casting apporte suffisamment de force pour que cette virée sud-africaine laisse quelques traces. Quant à Orlando, après avoir vu Zulu, difficile de regarder Legolas de la même façon avec son petit arc et ses flèches !
NON : 13.80
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Jérôme Salle
- Scénario : Julien Rappeneau et Jérôme Salle, d'après Zulu de Caryl Férey
- Direction artistique : Laurent Ott
- Décors : Laurent Ott
- Costumes : Rae Donnelly
- Photographie : Denis Rouden
- Montage : Stan Collet
- Musique : Alexandre Desplat
- Production : Richard Grandpierre
- Société de production : Eskwad, Lobster Films, M6 Films et Pathé
- Société de distribution : Pathé Distribution
DISTRIBUTION
- Forest Whitaker (V. F. : Daniel Lobé) : Ali Sokhela
- Orlando Bloom (V. F. : Rémi Bichet) : Brian Epkeen
- Inge Beckmann (V. F. : Rafaèle Moutier) : Ruby, l'ex-femme de Brian Epkeen
- Conrad Kemp (V. F. : Jérôme Cachon) : Dan Fletcher
- Tinarie van Wyk-Loots (en) (V. F. : Julia Vaidis-Bogard) : Claire Fletcher, l'épouse de Dan Fletcher
- Regardt van den Bergh (en) (V. F. : Georges Claisse) : Frank De Beer
- Patrick Lyster (V. F. : Patrick Messe) : Dr. Joost Opperman
- Randal Majiet (V. F. : Christophe Lemoine) : "Cat"
- Christian Benett (V. F. : Diouc Koma) : Stan Kwalana
- Danny Keogh (en) (V. F. : Nicolas Marié) : Kruger, le patron de la police
- Iman Isaacs (V. F. : Julie Dumas) : Janet, l'assistante de police
- Tanya van Graan (en) (V. F. : Céline Mauge) : Tara, la fille à cheval
- Joelle Kayembe : Zina, une danseuse
- Nomhle Nkoyeni : Josephina, la mère d’Ali Sokhela
- Denise Newman (V. F. : Elisabeth Wiener) : Shebeen Queen
- Dean Slater (V. F. : Gérard Darier) : Rick van der Westhuizen, le mari de Ruby
- Sven Ruygrok (V. F. : Brice Ournac) : David Epkeen, le fils de Brian et Ruby
- Natasha Loring (VF : Claire Morin) : Marjorie, le copine de David Epkeen
- Oscar Petersen : le capitaine Adams
- Khulu Skenjana : Themba
- Chuma Spotela : Maia
- Wiseman Sithole : le docteur du dispensaire
- Thenjiwe Stemela : Myriam
- Andre Roothman (en) : Tony Montgomery
- Garth Collins : Stewart Weitz, ancien rugbyman
- Adrian Galley (V. F. : Patrick Raynal) : Nils Botha, ancien rugbyman
- Roxanne Prentice (VF : Claire Morin) : Judith Botha, fille de Nils Botha

