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vendredi 24 avril 2026

10.10 - MON AVIS SUR LE FILM LA LOI ET L'ORDRE DE JON AVNET (2008)


 Vu le film la Loi et l’Ordre de Jon Avnet (2008) avec Al Pacino Robert de Niro 50 Cents Carla Cugino John Leguizamo Donnie Whalberg Brian Dennehy Triby Glover 

 

Après 30 années de services au sein de la police de New York, les détectives Turk et Rooster sont toujours aussi déterminés et ne pensent pas à la retraite. Mais avant leur départ, ils découvrent que certains criminels passés au travers des mailles de la justice se font assassiner selon un mode opératoire qui leur rappelle les méthodes d'un tueur en série qu'ils ont autrefois condamné... 

Leur enquête est alors remise en question et la concurrence se fait sentir au sein même de la police pour résoudre cette affaire. Certains pensent même que quelqu'un de la police pourrait être impliqué... 

 

Il y a des rendez-vous qui font saliver sur le papier et qui laissent un drôle de goût une fois le générique terminé. La Loi et l’Ordre fait clairement partie de ceux-là. Voir réunis Robert De Niro et Al Pacino, autrement que le temps d’une scène mythique dans Heat, promettait un choc, un vrai, du polar qui cogne et qui marque. Et pourtant, on ressort avec l’impression qu’on nous a vendu du grand cru dans une bouteille de piquette. 

L’histoire, pourtant, avait de quoi accrocher : deux inspecteurs new-yorkais, Turk et Rooster, traquent un tueur en série un peu particulier, qui exécute des ordures finies en laissant derrière lui des poèmes façon justicier inspiré. Très vite, le doute s’installe — et si ce “nettoyeur” était lui-même un flic ? Sur le papier, c’est du pain bénit pour un polar musclé, avec ambiguïté morale et tension permanente. Dans les faits, le scénario nous prend pour un imbécile en nous mettant sur une piste dès le début, une piste si lourde qu’elle en devient presque comique. 

Le problème, c’est que tout est appuyé, souligné, martelé. On devine les retournements avant même qu’ils n’arrivent, et ce qui devrait être un jeu de dupes devient une démonstration paresseuse. Le spectateur n’est pas embarqué, il est trimballé, et pas de la meilleure des manières. On sent très vite que le film n’a pas confiance en lui, alors il sur-explique, il insiste, il répète. À ce niveau-là, ce n’est plus un polar, c’est un mode d’emploi. 

La mise en scène de Jon Avnet n’aide pas vraiment à relever le niveau. C’est propre, oui, mais sans âme. Aucun souffle, aucune tension digne de ce nom. On est dans un New York de carte postale sombre, sans relief, sans cette crasse et cette nervosité qui font les grands films du genre. Là où il faudrait du nerf, on a de l’inertie. Là où il faudrait du danger, on a de la routine. 

Et puis il y a eux. De Niro et Pacino. Deux monstres sacrés, deux styles, deux présences… et ici, deux acteurs fatigués qui cabotinent à merveille. Ça cabotine, oui, mais sans feu sacré. On dirait qu’ils jouent leur propre légende, comme s’ils savaient déjà qu’on les regardait pour ce qu’ils ont été plutôt que pour ce qu’ils font ici. Leurs échanges, qui devraient être électriques, tombent souvent à plat. Il y a bien quelques éclairs, mais ils sont rares, trop rares. 

Le duo fonctionne par moments, mais jamais suffisamment pour sauver l’ensemble. On aurait voulu de la tension, de la rivalité, du non-dit. On se retrouve avec des dialogues mécaniques et des attitudes déjà vues mille fois. Même leurs personnages manquent d’épaisseur, comme s’ils étaient restés à l’état d’esquisse. 

Le casting secondaire fait ce qu’il peut, mais il est condamné à graviter autour d’un duo qui ne décolle jamais vraiment. Personne ne parvient à insuffler une véritable dynamique. Tout semble figé dans une sorte de faux sérieux, où chacun fait son boulot sans jamais dépasser le cadre. 

Ce qui est le plus frustrant, c’est que tout était là : le sujet, les acteurs, le terrain de jeu. Le polar musclé, c’est leur domaine, leur maison. Et malgré ça, le film passe à côté de tout. Pas assez tendu, pas assez malin, pas assez incarné. 

Alors oui, il faut bien le dire : même De Niro et Pacino peuvent faire des nanars. Et celui-ci est d’autant plus difficile à encaisser qu’il avait tout pour être l’inverse. À oublier, sans regret — ou presque, juste pour se souvenir que les légendes aussi peuvent se perdre en route

NOTE : 10.10

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Jon Avnet
  • Scénario : Russell Gerwitz
  • Musique : Ed Shearmur
  • Direction musicale : Ashley Miller (superviseur)
  • Directeur artistique : Christina Ann Wilson
  • Décors : Tracey Gallacher
  • Costumes : Debra McGuire
  • Photographie : Denis Lenoir
  • Montage : Paul Hirsch
  • Production : Jon AvnetRandall EmmettAvi LernerAlexandra Milchan, Daniel Rosenberg, Rob Cowan, Boaz Davidson, George Furla, Lati Grobman
  • Sociétés de distribution : Overture Films Drapeau des États-Unis ; Metropolitan Filmexport Drapeau de la France ; Alliance Films Drapeau du Canada
  • Budget : 60 000 000 $

DISTRIBUTION

  • Réalisation : Jon Avnet
  • Scénario : Russell Gerwitz
  • Musique : Ed Shearmur
  • Direction musicale : Ashley Miller (superviseur)
  • Directeur artistique : Christina Ann Wilson
  • Décors : Tracey Gallacher
  • Costumes : Debra McGuire
  • Photographie : Denis Lenoir
  • Montage : Paul Hirsch
  • Production : Jon AvnetRandall EmmettAvi LernerAlexandra Milchan, Daniel Rosenberg, Rob Cowan, Boaz Davidson, George Furla, Lati Grobman
  • Sociétés de distribution : Overture Films Drapeau des États-Unis ; Metropolitan Filmexport Drapeau de la France ; Alliance Films Drapeau du Canada
  • Budget : 60 000 000 $

jeudi 23 avril 2026

14.10 - LE MASQUE DE LA MORT ROUGE DE ROGER CORMAN (1964)


 Vu le Film Le Masque de la Mort Rouge  de Roger Corman(1964) avec Vincent Price Hazel Court Jane Asher John Westbrook David Weston Nigel Green Patricl Magee Robert Brown 

Au Moyen Âge, en Italie, le prince Prospero, seigneur des lieux, humilie ses paysans en les terrorisant, en brûlant leurs maisons et en faisant prisonnier Francesca, une jeune fille ainsi que son père et son petit ami. 
Alors que le convoi de Prospero s’apprête à repartir en son château, ce dernier a la révélation que la « mort rouge » est en train de s'abattre sur la région. Il invite tous les nobles des environs à s'abriter en son château à l'intérieur duquel il va les divertir et donner un grand bal masqué. 
Prospero tente de courtiser Francesca, mais Juliana, l'actuelle compagne de Prospero voit ce projet de liaison d'un mauvais œil. Voulant éloigner sa rivale, Juliana organise la fuite de Francesca et de ses compagnons, mais cette évasion est un échec et Prospero se vengera cruellement. 
Alors que la fête bât son plein, Prospero se retrouve alors devant un étrange personnage masqué : la Mort Rouge. 

Enfin vu Le Masque de la Mort Rouge, le classique des classiques de Roger Corman, et on comprend vite pourquoi il reste une pièce maîtresse de son cinéma : une série B qui a tout d’une grande, ou plutôt d’une messe noire luxueuse tournée avec trois chandelles et une poignée d’idées géniales. 

 Inspiré de la nouvelle d’Edgar Allan Poe et enrichi d’éléments de Hop-Frog, le film nous plonge dans un Moyen Âge loin des bluettes façon Richard Cœur de Lion : ici, ça pue la peste, la peur et le soufre. Le Prince Prospero, seigneur autant que saigneur, règne sur son château comme sur un théâtre sadique où la Mort Rouge devient prétexte à toutes les cruautés. E 

t au centre de ce bal macabre, il y a Vincent Price, impassible, démoniaque, pas un sourcil qui bouge, une présence qui suffit à glacer le sang — il ne joue pas, il impose, il incarne un mal froid, aristocratique, presque élégant dans sa perversité. 

L'Histoire est d’une simplicité presque insolente : la Mort Rouge ravage la région, Prospero enferme sa cour pour échapper à la contagion, invite cerfs et biches à festoyer pendant que le monde crève dehors, persuadé que ses murs le protègent de tout, même de l’inévitable. Corman, lui, ne cherche jamais le réalisme, il cherche le cauchemar. Les couleurs flashys, presque usées, donnent au film une texture irréelle, comme si chaque salle du château appartenait à un autre monde : rouges sang, violets toxiques, jaunes malades, on traverse des tableaux vivants qui sentent la fin du monde. Même le son semble sortir d’outre-tombe, et loin d’être un défaut, ça renforce cette impression d’irréalité poisseuse — oui, ça fout des frissons dans nos culottes. 

Corman avec peu de moyens, construit un labyrinthe mental où chaque couloir est une menace, chaque porte une promesse de mort. Il transforme ses contraintes en style, et ça se voit à chaque plan. Les seconds rôles existent surtout pour nourrir la machine, pour incarner la peur ou la naïveté, mais tout gravite autour de Price, véritable centre de gravité du film. Et puis arrive cette scène finale — deux Price pour le prix d’un — moment presque abstrait, glacé, où le film bascule dans une dimension symbolique : le mal face à quelque chose de plus grand que lui, et l’arrogance humaine réduite à néant.  

Corman prouve ici qu’il est bien le maître de l’horreur, pas celle qui hurle, mais celle qui s’installe, qui contamine, qui attend son heure. Un film qui ne vous saute pas dessus, mais qui vous ronge lentement, et une fois que vous êtes entré dans ce château, difficile de prétendre en être sorti indemne. 

Au bal Masqué oyé oyé 

,NOTE : 14.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION


13.90 - MON AVIS SUR LE FILM PARIS CALLIGRAMMES DE ULRIKE OTTINGER (2020)


 Vu le Film Documentaire Paris Calligrammes de Ulrike Ottinger (2020) 

Paris Calligrammes n’est pas un documentaire, c’est une malle qu’on ouvre et dont s’échappent des odeurs de tabac froid, de café serré et de pellicule chauffée par les projecteurs. Et dès les premières images, une phrase nous revient comme un refrain : « il est cinq heures, Paris s’éveille ». Sauf qu’ici, ce n’est pas une chanson, c’est une mémoire. 

Ulrike Ottinger filme Paris comme on feuillette un carnet intime. Elle y est arrivée au début des années 60, jeune allemande débarquant dans une ville qui, à l’époque, n’avait pas encore décidé de devenir une carte postale. De Saint-Germain-des-Prés à Montparnasse, elle capte ce moment fragile où tout semble encore possible, où les artistes refont le monde entre deux verres, où la culture n’est pas un produit mais une respiration. 

Et là, surgissent les visages. Les vrais. Ceux qui ne jouent pas, ou alors leur propre rôle. On croise Simone Signoret derrière une vitre des Les Deux Magots, comme une apparition presque irréelle. On imagine Juliette Gréco hanter encore les nuits de Saint-Germain. Ce ne sont pas des « acteurs » au sens classique, mais ils incarnent une époque mieux que n’importe quel scénario écrit. 

Car le scénario, ici, c’est le temps. Et quel scénariste… Il déroule les années 50, 60, 70 sans jamais forcer le trait. Ottinger ne raconte pas, elle assemble. Des photos, des archives, des fragments. Et dans ce montage, il y a une mise en scène invisible mais précise : chaque image répond à l’autre, chaque rue devient un personnage. 

Les cinémas de quartier, aujourd’hui disparus, revivent comme des fantômes bienveillants. Le Odéon-Théâtre de l'Europe devient un phare culturel. Les bars enfumés, élégants sans le savoir, respirent une liberté qu’on a un peu oubliée. Oui, Paris était sale, bruyant, imparfait… donc vivant. 

Et puis arrivent les années 70. Le décor change, les gares de Gare de l'Est et Gare du Nord deviennent des carrefours humains. Les populations venues d’ailleurs des protectorats Français apportent des couleurs, des sons, des visages nouveaux. Paris se transforme sans demander la permission. Et c’est très bien comme ça. 

La grande idée du film, c’est ça : Paris ne s’efface pas, il se superpose. Chaque époque laisse une trace, comme une calligraphie justement. D’où le titre, magnifique, presque littéraire. 

Et au-dessus de tout ça, il y a une voix. Celle de Fanny Ardant. Une voix qui ne commente pas, qui caresse. Elle enveloppe les images comme une écharpe en hiver. Certains diront que c’est trop, moi je dis que c’est exactement ce qu’il fallait. 

Alors oui, certains trouveront ça lent. Mais on n’est pas dans un montage TikTok, on est dans la mémoire. Et la mémoire, ça prend son temps. Comme un amour de passage, comme vous le dites si bien. Ça se vit, ça ne se consomme pas. 

Ce que j’aime surtout, c’est que le film ne cherche jamais à dire « c’était mieux avant ». Il montre. Et c’est encore plus cruel. Parce qu’en regardant ces images, on se surprend à penser que le bonheur, effectivement, n’était pas loin… il fallait juste être patient. 

Et puis cette punchline qui reste : Paris restera Paris. Oui. Mais pas le même. Et c’est peut-être ça, au fond, le vrai sujet du film. 

Un documentaire précieux, imparfait parfois, mais profondément sincère. Une capsule temporelle, comme vous le dites, mais surtout un regard. Et un regard, quand il est juste, ça vaut tous les discours du monde. 

Il est Cinq Heures et je m’éveille dans ce Paris de mon Adolescence 

NOTE / 13.90