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vendredi 20 mars 2026

17.00 - MON AVIS SUR LE FILM LA VALSE DES PANTINS DE MARTIN SCORCESE (1982=


  Vu le Film La Valse des Pantins (King of Comédy) de Martin Scorcese (1982)  avec Robert de Niro Jerry Lewis Sandra Bernhard Diannhe Abbott Shelley Hack Margot Winkler Tony Randall Victor Borge 

Rupert Pupkin n'a qu'un rêve : devenir le nouveau Jerry Langford, une énorme vedette comique qui anime son propre talk-show tous les soirs : The Jerry Langford Show. Un soir, à la sortie d'un enregistrement, au milieu de la nuée de fans dont il fait partie, il parvient à approcher pour la première fois l'animateur star et à l'accompagner (contre son gré) dans sa limousine. Persuadé que c'est le signe du début de sa grande carrière, Rupert ne cesse de harceler Jerry pour être invité dans son émission, en vain. Sa seule solution, kidnapper la star et forcer la production à lui offrir ses 15 minutes de gloire, quelles qu'en soient les conséquences. 

Il y a des films qui vieillissent… et d’autres qui deviennent presque prophétiques. La Valse des pantins (ou King of Comedy) de Martin Scorsese fait clairement partie de la seconde catégorie. Ce n’est pas seulement une comédie noire : c’est une radiographie glaciale — et aujourd’hui terriblement actuelle — de la célébrité comme maladie moderne. 

Au centre, il y a Rupert Pupkin, incarné par un Robert De Niro en état de grâce. Un pauvre bougre, oui, mais surtout un homme persuadé d’être déjà une star. Il ne doute de rien, et c’est précisément ce qui le rend inquiétant. Il écrit ses blagues comme on avale un café — vite, sans goût, mais avec une forme d’addiction. Le problème, c’est que personne n’en veut. Et dans un monde où exister, c’est être vu, c’est déjà une condamnation. 

Face à lui, Jerry Lewis, à contre-emploi total dans le rôle de Jerry Langford, présentateur star, froid, distant, presque vidé de toute humanité. Loin de ses pitreries, il impose une présence sèche, presque tragique. Il incarne une célébrité fatiguée, enfermée dans son luxe comme dans une prison dorée. Un homme que tout le monde connaît… mais que personne ne connaît vraiment. 

La rencontre entre ces deux solitudes — l’une qui veut exister à tout prix, l’autre qui n’en peut plus d’exister sous les projecteurs — est le cœur du film. Pupkin s’approche de trop près, Langford recule, et cette danse maladive mène à l’impensable : un enlèvement sans rançon. Non, Pupkin ne veut pas de l’argent. Il veut la place. Il veut être roi à la place du roi. Et c’est là que Scorsese est génial. 

Car dans cette seconde partie, le film bascule dans une satire d’une précision chirurgicale. La célébrité n’est qu’éphémère ; la roue tourne, comme dirait le paon. Ce qui compte, ce n’est plus le talent, mais le buzz. Et déjà, dans les années 80, Scorsese avait tout compris : il est parfois plus rentable d’avoir un criminel avec ses blagues pourrites à l’antenne qu’un looser de présentateur vieilli qui n’a même pas su empêcher son enlèvement. Le cynisme est total, presque indécent… et pourtant, terriblement juste. 

La mise en scène est d’une maîtrise absolue. Pas d’esbroufe inutile : tout est au service du malaise. Scorsese filme les fantasmes de Pupkin sans toujours les signaler clairement, brouillant la frontière entre réalité et illusion. On rit, puis on se fige. On est mal à l’aise, mais on ne peut pas détourner le regard. C’est du grand art, celui qui vous piège doucement. 

Le scénario, lui, est d’une intelligence redoutable. Il ne juge jamais frontalement, il expose. Il montre un monde où la télévision fabrique des monstres… mais aussi où ces monstres sont accueillis à bras ouverts dès qu’ils font de l’audience. Et aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, le film prend une dimension presque visionnaire. 

Et puis il y a De Niro. Encore une fois. Il excelle dans ce type de rôle où il peut exploiter toute son extravagance. Il est pathétique, drôle, inquiétant, parfois même touchant malgré tout. Un numéro d’équilibriste. En face, Lewis prouve à ceux qui en doutaient qu’il était aussi un immense acteur dramatique. Leur duo, déséquilibré, fonctionne à merveille. 

 Scorsese est aussi le roi de cette comédie cynique. Il maîtrise son sujet de bout en bout, dissèque les limites de la célébrité et de son entourage avec une lucidité presque cruelle. C’est un film qui dérange autant qu’il fascine. Un miroir tendu à une société prête à tout pour quelques minutes de lumière. 

Du cinéma comme on aime. Et comme on en fait trop peu. 

NOTE : 17.00

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12.20 - MON AVIS SUR LE FILM LA CACHE DE LIONEL BAIER (2025)

 


Vu le Film La Cache de Lionel Baier (2025) avec Michel Blanc William Leghbil Dominique Reymond Aurélien Gabrielli Liliane Rovère Ethan Chiementi Larisa Faber Gilles Privat 

En mai 1968, Christophe, un garçon de neuf ans, vit chez ses grands-parents, entouré de ses oncles et de son arrière-grand-mère. Ils campent autour d'une mystérieuse cache, révélant peu à peu des secrets de famille. 

Avec La Cache, Lionel Baier signe sans doute son film le plus inattendu — presque à contre-emploi. Lui, le cinéaste “queer” libre et piquant de Garçon Stupide ou Un autre homme, s’embarque ici dans un projet à la fois très balisé et étrangement hors-sol : une coproduction Suisse–Luxembourg qui prétend ausculter un moment ultra franco-français, Mai 68. Sur le papier déjà, on sent le léger parfum d’erreur de casting… version production. 

L’histoire suit Christophe, 9 ans, gamin rêveur qui observe le monde depuis sa “cache”, un refuge autant physique que mental, où il transforme la réalité en mythologie personnelle. Autour de lui gravite une famille juive que le scénario enferme dans une forme de psychose héritée de la Shoah : peur de sortir, peur de l’extérieur, peur diffuse de tout. L’idée pouvait être forte, mais elle tourne vite à la démonstration appuyée, presque caricaturale — comme si 1968 n’avait rien changé, comme si l’Histoire s’était figée dans l’angoisse. 

Et puis il y a cette idée… improbable : Charles de Gaulle qui viendrait se cacher chez eux. Là, on bascule franchement dans le fantasme de scénariste. Non pas un dérapage poétique ou surréaliste assumé, mais plutôt une facilité narrative qui déconnecte encore davantage le film du réel. Une sorte de “et pourquoi pas ?” qui fait surtout lever un sourcil. 

La mise en scène, elle, n’aide jamais à faire passer la pilule. Elle est sage, presque scolaire, là où Baier nous avait habitués à plus de nerf et d’ironie. La voix off, omniprésente, finit par devenir fatigante, comme si le film ne faisait jamais confiance à ses images ni à ses acteurs. Tout est expliqué, surligné, répété — au point d’étouffer toute émotion spontanée. 

Et pourtant, côté casting, il y avait de quoi faire. Michel Blanc est impeccable, comme souvent, apportant une humanité fragile qui sauve plusieurs scènes. William Lebghil  insuffle une énergie bienvenue, plus contemporaine, presque en décalage avec le reste du film. Quant au jeune Ethan Chimienti, il est réellement attendrissant, trouvant un ton juste là où le film hésite sans cesse. 

Malgré ces présences solides, on reste à distance. Comme si on assistait à une histoire de famille… sans jamais en faire partie. Le film regarde ses personnages vivre, mais ne nous invite jamais à entrer dans leur intimité. Et c’est peut-être là son plus grand échec. 

La Cache donne l’impression d’un film enfermé dans son propre dispositif — une cache, en somme — où ni le contexte historique, ni les enjeux intimes ne parviennent à respirer. Une œuvre qui voulait mêler mémoire, enfance et Histoire, mais qui reste coincée entre les époques, les intentions… et les bonnes idées mal exploitées. 

NOTE : 12.20

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13.00 - LE TOMBEUR DE CES DAMES DE JERRY LEWIS (1961)

 


Vu le Film Le Tombeur de ces Dames de Jerry Lewis (1961) avec Jerry Lewis Hope Hollday Kathleen Freeman George Raft Pat Stanley Helen Straubel Buddy Lester Gloria Jean 

Fraîchement diplômé, Herbert découvre que sa fiancée le trompe avec un autre. Écœuré, il se jure de ne plus entendre parler des femmes. Sa misogynie est telle que toute présence féminine lui est intolérable. 

Avec Le Tombeur de ces dames, Jerry Lewis signe l’un de ses sommets comiques, un film qui pousse son art de l’absurde jusqu’à une forme de délire parfaitement contrôlé. Ici, il est partout : devant et derrière la caméra, maître d’un univers qui lui appartient totalement. 

L’histoire est simple, presque un prétexte : Herbert Heebert (déjà, rien que le nom est une scène en soi… prononcé, déformé, massacré — du Lewis pur jus) est un jeune étudiant traumatisé après avoir surpris sa fiancée dans les bras d’un autre. Résultat : son rapport aux femmes devient un véritable Mur de Berlin infranchissable. À partir de là, le film prend un malin plaisir à le plonger dans la pire situation possible : un emploi dans une pension… exclusivement féminine. Autant dire « mettre un végan dans un Hippopotamus ». 

Herbert, avec un Jerry Lewis en pleine forme, va devoir affronter jour après jour, nuit après nuit, le pire de ses cauchemars. Et c’est là que la mécanique comique s’emballe. Chaque couloir devient un piège, chaque porte une menace, chaque apparition féminine une montée de panique. On est dans un ballet hystérique, millimétré, où le corps de Lewis devient l’instrument principal du gag. 

La mise en scène est d’une précision remarquable. Sous des airs de chaos total, tout est réglé comme une horloge : déplacements, ruptures de rythme, explosions burlesques. Lewis construit son espace comme un terrain de jeu infernal, transformant la pension en labyrinthe mental. Il joue avec les couleurs, les décors, les cadrages pour accentuer le sentiment d’oppression… comique. Oui, comique, car on rit de voir cet homme complètement dépassé par une situation qu’il ne contrôle jamais. 

Le scénario, lui, assume pleinement sa logique absurde. Il ne cherche pas la vraisemblance mais l’efficacité du gag. C’est une suite de situations poussées à l’extrême, où l’humiliation d’Herbert devient un moteur narratif. Et pourtant, derrière cette folie, il y a une vraie cohérence : celle d’un homme qui tente désespérément de survivre à son propre blocage. 

Côté casting, Kathleen Freeman apporte sa présence rugueuse et autoritaire, parfaite en contrepoint de Lewis. Elle incarne cette figure quasi militaire qui encadre le chaos. Et puis il y a George Raft, dans son propre rôle — apparition savoureuse, d’autant plus drôle qu’Herbert ne sait absolument pas qui il est. Un gag méta avant l’heure, qui ajoute une couche d’absurde supplémentaire. 

Mais au fond, le film repose entièrement sur Lewis. Il est le centre d’intérêt, le moteur, le cœur battant de chaque scène. Son jeu physique, ses mimiques, ses ruptures de ton — tout participe à créer un personnage à la fois pathétique et irrésistible. 

C’est un peu de détente par le maître de l’absurde revendiquée. Et comme dirait Mac Mahon : « que de femmes, que de femmes ». Herbert, c’est un chat dans un camp de souris… sauf qu’ici, les souris ont clairement pris le pouvoir. 

Un film où le cauchemar devient comédie, où l’excès devient style, et où Jerry Lewis prouve, une fois de plus, qu’il est unique dans son genre. 

NOTE : 13.00

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