Pages

vendredi 12 juin 2026

11.10 - MON AVIS SUR LE FILM SECRETS D'Etat DE MAREK KANIEVSKA (2004)


 Vu le Film Secrets d'Etat de Marek Kanievska (2004) avec Sharon Stone Rupert Everett Jim Piddock Tamara Hope Mark Randall Julien Whadam


Leo Cauffield, reporter de guerre, ex-espion britannique et époux de Sally Tyler, une Américaine, disparaît un jour sans explications. Sally effectue toutes les recherches possibles pour le retrouver et découvre que son mari est en fait un agent double travaillant pour le KGB...

Ce film s'inspire de l'histoire réelle d'Eleanor Brewer qui épousa, en 1959, Kim Philby, un agent double, voire triple, britannique, et qui infiltra les services secrets britanniques pour le compte du KGB, l’agence de renseignements soviétique.

Marek Kanievska restera pour beaucoup l’homme d’Another Country, ce petit chef-d’œuvre où un jeune Rupert Everett incarnait déjà un futur maître du mensonge et de la manipulation dans l’Angleterre des espions. Amusant d’ailleurs de retrouver ici Everett dans une autre histoire liée à l’univers de Kim Philby : comme si la boucle était enfin bouclée.

Malheureusement, Secrets d’État est très loin de la puissance de son illustre prédécesseur.

Le film s’intéresse à Eleanor Philby (Sharon Stone), l’épouse du célèbre agent double Kim Philby (Rupert Everett), réfugié à Moscou après sa trahison. Tandis que Philby rêve de retrouver sa femme, celle-ci doit choisir entre deux destins : rester en Angleterre, libre mais seule, ou rejoindre l’homme qu’elle aime derrière le Rideau de fer, avec toutes les restrictions et les désillusions que cela implique. Tout l’enjeu du film repose donc sur cette tentative de convaincre Eleanor de franchir le pas.

Sur le papier, le sujet possède pourtant un vrai potentiel. Derrière l’espionnage, il y a une histoire d’amour, de fidélité, de sacrifice et de renoncement. Mais à l’écran, tout cela peine à décoller. Le film ressemble davantage à un téléfilm de luxe qu’à une véritable œuvre de cinéma. Les moyens paraissent limités, les décors souvent étriqués et la mise en scène manque singulièrement d’ampleur. On comprend vite pourquoi le film n’a jamais connu de sortie en salles.

Dès lors, on regarde surtout pour son contexte historique et pour son casting. Sharon Stone apporte sa présence habituelle à un personnage qui méritait davantage d’épaisseur, tandis que Rupert Everett compose un Philby séduisant, manipulateur et insaisissable. Mais même eux ne parviennent pas à insuffler la tension nécessaire à un récit qui avance trop souvent au ralenti.

Le plus étonnant reste peut-être cette séquence d’interrogatoire autour du mont Ararat. Impossible de ne pas penser au Serpent de Verneuil tant la situation rappelle celle du classique français. Pendant quelques minutes, le film semble enfin trouver une véritable personnalité avant de retomber dans sa routine narrative.

C’est finalement le principal problème de Secrets d’État : il possède tous les ingrédients d’un grand film d’espionnage — Kim Philby, la Guerre froide, les trahisons, les dilemmes amoureux, un casting prestigieux — mais n’en fait jamais grand-chose. Là où Another Country brillait par son intelligence, sa finesse psychologique et sa mise en scène inspirée, celui-ci donne constamment l’impression de regarder une reconstitution correcte mais sans souffle.

Reste donc un témoignage intéressant sur une page fascinante de l’histoire de l’espionnage britannique, quelques bons acteurs, et cette étrange sensation de voir une occasion manquée. Dommage d’un tel raté avec un sujet pareil et un casting capable de beaucoup mieux.

NOTE : 11.10

FICHE TECHNIQUE



DISTRIBUTION

jeudi 11 juin 2026

13.10 - MON AVIS SUR LE FILM SACRE ROBIN DES BOIS DE MEL BROOKS (1993)

 


Vu Le film Sacré Robin des Bois de Mel Brooks (1993) avec Cary Elwes Richard Lewis Robert Rees Amy Yasbeck Dave Chapelle Isaac Hayes Mark Blankfield Mel Brooks Dave de Luise Dom de Luis Tracey Ullman


Robin des Bois est fait prisonnier pendant les croisades. Il s'évade et rentre en Angleterre. À son arrivée, il trouve un pays en proie aux répressions du Prince Jean, le frère du Roi Richard parti en guerre et dont on est sans nouvelles. Avec à ses côtés Petit Jean, Will Scarlet, Mirette et le fils d'Al-Ergie, Atchoo (dont le nom est phonétiquement similaire à un éternuement, auquel on répond « à vos souhaits »), il va tout mettre en œuvre pour déjouer les plans du Prince Jean et du shérif de Rottengham.

Avec Mel Brooks, il faut toujours s'attendre à ce que les légendes passent à la moulinette. Et avec Sacré Robin des Bois, le maître de la parodie s'attaque à l'un des héros les plus populaires de l'imaginaire collectif. Autant dire que l'habitant de la forêt de Sherwood n'allait pas sortir indemne de l'aventure. Pourtant, derrière les gags à répétition et les situations absurdes, Brooks ne détruit jamais réellement le mythe : il s'amuse avec lui, le taquine, le détourne et, au fond, lui rend un hommage sincère.

L'histoire reprend les grandes lignes de la légende. Robin des Bois (Cary Elwes), de retour des Croisades, découvre que son royaume est tombé sous la coupe du tyrannique prince Jean (Richard Lewis) et du shérif de Rottingham (Roger Rees), plus incompétent que véritablement menaçant. Aidé de son fidèle compagnon Sire Azeem (Dave Chappelle), il rejoint les joyeux compagnons de Sherwood afin de rendre aux pauvres ce qui leur a été volé et de conquérir le cœur de la belle Marianne (Amy Yasbeck).

Mais ici, rien ne se passe comme prévu. Robin en collant n'est plus un fantasme : c'est une réalité, sexy en diable. Marianne succombe presque aussi vite que Blanche-Neige devant ses sept nains, surtout lorsqu'elle lui plante une flèche en plein centre de la cible. Dès lors, le film ne cesse d'enchaîner les détournements les plus improbables.

Les gags se multiplient à une vitesse folle. Certains reposent sur les références à Robin des Bois, d'autres sur le cinéma hollywoodien des années 90, et il est vrai qu'il vaut mieux avoir quelques bases cinéphiles pour savourer certaines piques. Mais même lorsqu'une référence nous échappe, l'énergie comique reste intacte.

Ce qui fait la force du film, c'est son refus absolu de la retenue. Mel Brooks fonce tête baissée dans le ridicule et prouve une nouvelle fois que cela ne tue pas, bien au contraire. Chaque scène cherche le rire, parfois avec finesse, parfois avec une énorme massue, mais toujours avec une générosité communicative.

Cary Elwes est parfait dans le rôle. Beau gosse assumé, héroïque juste ce qu'il faut, il accepte de devenir le jouet des blagues sans jamais perdre son charisme. Face à lui, Amy Yasbeck joue une Marianne aussi charmante que complètement déjantée. Roger Rees compose un shérif mémorable, tandis que Richard Lewis transforme le prince Jean en véritable catastrophe ambulante.

Le film regorge également de petites trouvailles visuelles, de dialogues absurdes et de répliques qui tombent exactement au bon moment. Certaines sont devenues cultes, notamment ce fabuleux : « Contrairement à mon prédécesseur, je ne danse pas avec les loups ». Une phrase qui résume parfaitement l'esprit du film : se moquer de tout, y compris du cinéma contemporain.

Bien sûr, certains trouveront cela lourd. Il faut reconnaître que Brooks ne fait jamais dans la demi-mesure. Quand une blague arrive, elle entre par la porte, les fenêtres et parfois même par la cheminée. Mais c'est précisément ce qui fait son charme.

Ce n'est sans doute pas le fin du fin de Mel Brooks. D'autres films de sa carrière sont plus inspirés ou plus corrosifs. Pourtant, Sacré Robin des Bois possède cette fraîcheur et cette envie permanente de faire rire qui le rendent immédiatement sympathique.

La centaine de minutes passe à toute allure tant le film déborde d'idées. Certaines tombent à plat, beaucoup font mouche, mais l'ensemble dégage une bonne humeur irrésistible. On sent des acteurs qui prennent un plaisir immense à jouer les idiots et un réalisateur qui s'amuse comme un enfant dans un magasin de jouets.

Parodie stupide, féroce, délirante et totalement assumée, Sacré Robin des Bois reste une déclaration d'amour déguisée à la légende de Sherwood. Mel Brooks transforme les archers en clowns, les tyrans en imbéciles et les héros en mannequins en collants, mais sans jamais perdre son affection pour ses personnages.

Alors oui, prenons du plaisir, oublions toute logique et éclatons-nous la rate. Parce que lorsqu'un film est aussi généreux dans son absurdité, il serait presque criminel de lui résister.

Glandiose, en effet !!!

NOTE 13.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION