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samedi 18 juillet 2026

15.00 - MON AVIS SUR LE FILM LES RAYONS ET LES OMBRES DE XAVIER GIANNOLI (2026)


 Vu le Film Les Rayons et les Ombres de Xavier Giannoli (2026) avec Jean Dujardin August Diehl Nastya Golubeva Meherio Patoux André Marcon Olivier Chatroux Nastya Golubeva Elina Löwensohn Vincent Colombe Philippe Torreton François de Brauer


Il y a des films qui s'imposent comme des évidences et d'autres qui divisent profondément. Les Rayons et les Ombres appartient clairement à la seconde catégorie. D'ailleurs, je me demande si Xavier Giannoli ne l'a pas voulu ainsi. À une époque où tout semble devoir être tranché entre le blanc et le noir, il choisit délibérément de rester dans les zones grises. Sur le fond comme sur la forme, son film refuse de donner des réponses simples. Résultat, après trois heures quinze de projection, je reste partagé.

Pourtant, le sujet est passionnant. Giannoli s'intéresse à Jean Luchaire (Jean Dujardin), journaliste brillant devenu l'une des figures les plus controversées de la Collaboration. Pendant l'Occupation, il choisit de travailler avec les autorités allemandes, persuadé d'agir pour la France. À travers son parcours, le réalisateur raconte autant le destin d'un homme que celui d'un pays où chacun navigue entre convictions, opportunisme, idéologie et instinct de survie.

Le film suit également sa relation avec sa fille, interprétée par Nastya Golubeva, ainsi que ses rapports avec Otto Abetz, l'ambassadeur allemand incarné par August Diehl. Tout converge vers l'épuration et le procès final où Raymond Lindon, joué par un remarquable Philippe Torreton, viendra rappeler l'Histoire avec un grand H.

Sur la forme, c'est là que commencent mes réserves.

Trois heures quinze, c'est long. Très long. Et même si l'histoire est foisonnante, Giannoli s'attarde parfois sur des séquences qui me paraissent inutilement étirées. Les débauches dans les cabarets, les longues soirées mondaines, les scènes au sanatorium... tout cela finit par ralentir un récit qui n'avait pourtant pas besoin de freiner.

Et puis il y a ces interminables séances de toux et de crachats. À un moment, on a presque envie d'offrir à Luchaire et à sa fifille une boîte de Cachou ! On finit même par se demander si toutes les compromissions de Luchaire ne seraient pas expliquées par son état de santé ou celui de sa fille. Comme Giannoli ne le dit jamais clairement, j'en déduis qu'il refuse volontairement de prendre parti.

C'est d'ailleurs sa marque de fabrique. Comme dans À l'origine ou Illusions perdues, il préfère observer ses personnages plutôt que les juger. Une démarche respectable, mais qui peut aussi frustrer.

Car pendant une bonne partie du film, Jean Luchaire apparaît presque comme un héros. Oui, j'ose le dire : un héros... ou du moins un homme que la mise en scène accompagne avec beaucoup d'empathie. Ce n'est qu'au moment du procès que les choses retrouvent une véritable perspective historique.

La scène finale est d'ailleurs, à mes yeux, la plus forte du film. Philippe Torreton, dans le rôle du procureur Raymond Lindon, délivre une véritable leçon d'Histoire. Là, enfin, les responsabilités sont rappelées et les ambiguïtés cessent un instant.

Entre-temps, Giannoli préfère montrer les contradictions plutôt que les expliquer. La dualité entre sa fille et l'Allemagne, entre Pétain et ses propres convictions, entre opportunisme politique et adhésion idéologique, reste souvent suggérée sans être réellement développée.

Plus largement, le film montre une époque où beaucoup changent de camp selon les circonstances. Un camp un jour, un autre camp le lendemain, suivant les intérêts de chacun. C'est probablement ce que Giannoli cherche à raconter, mais cette volonté permanente de rester en retrait finit parfois par créer une certaine distance émotionnelle.

J'ai également eu du mal avec la musique de Guillaume Roussel. Elle est omniprésente et prend trop souvent le dessus sur les dialogues. À plusieurs reprises, j'aurais préféré entendre respirer les acteurs plutôt que les violons.

En revanche, impossible de reprocher quoi que ce soit à la mise en scène. Elle est superbe. Les décors, les costumes, la photographie, tout respire le grand cinéma. On sent un énorme travail de reconstitution.

Mais paradoxalement, j'ai aussi l'impression que le montage a compressé une matière beaucoup plus vaste. Plusieurs personnages apparaissent, disparaissent, certaines situations sont simplement esquissées. Tout cela donne le sentiment que le projet avait peut-être été pensé, au départ, comme une série.

Et c'est sans doute là que réside mon principal regret. Soit il fallait enlever une bonne demi-heure pour donner davantage de rythme, soit il fallait assumer une véritable série afin de développer tous ces aspects passionnants qui restent finalement survolés.

Concernant les interprètes, beaucoup encensent Jean Dujardin. Pas moi. Je le trouve parfois en retrait, comme s'il n'était pas totalement convaincu par son personnage. Son jeu manque de conviction et je ne retrouve pas toujours la complexité que le rôle exige.

À l'inverse, Nastya Golubeva est une magnifique découverte. La fille de Leos Carax possède une présence étonnante et apporte beaucoup de sensibilité à un personnage qui aurait pu n'être qu'un simple faire-valoir. Elle impressionne par sa justesse.

Mais le véritable métronome du film, pour moi, c'est August Diehl. Il est absolument formidable dans le rôle d'Otto Abetz. Son ambiguïté permanente est fascinante. Diplomate raffiné, manipulateur, homme capable de séduire autant que d'inquiéter, il compose un personnage d'une richesse remarquable. Lui aussi aura connu un destin singulier : jugé, libéré... avant de mourir sur une route mal éclairée. Sic.

Au final, Les Rayons et les Ombres est un film qui ne me convainc jamais totalement, mais que je suis incapable de balayer d'un revers de main. Il est parfois trop long, souvent frustrant, volontairement ambigu, et certains choix de narration me laissent perplexe.

Mais il possède une qualité devenue rare : l'ambition.

À une époque où beaucoup de films historiques préfèrent simplifier les choses, Xavier Giannoli ose raconter une période où les certitudes n'existaient plus, où chacun avançait dans ses propres contradictions. Tout n'est pas réussi, loin de là, mais tout est pensé.

« La scène finale est sans doute la plus forte du film. Philippe Torreton y incarne le procureur Raymond Lindon — le grand-père de Vincent Lindon — et livre une véritable leçon d'Histoire. Là, enfin, les responsabilités sont rappelées et les ambiguïtés cessent un instant.

Là où Giannoli est le plus intéressant, c'est qu'il montre finalement que les frontières idéologiques étaient parfois bien moins étanches qu'on ne le raconte aujourd'hui. Beaucoup naviguent entre plusieurs fidélités. Un camp un jour, un autre le lendemain, suivant les intérêts, la peur ou simplement le vent qui tourne. Certains acclament Vichy avant de devenir résistants lorsque les Alliés approchent, d'autres jurent fidélité à une idée avant d'en défendre une autre quelques mois plus tard. Giannoli ne juge jamais frontalement cette valse des convictions ; il la montre, laissant au spectateur le soin d'en tirer ses conclusions. C'est sans doute ce qui rend son film aussi inconfortable.

Giannoli ne fait pas seulement le portrait de Jean Luchaire, il montre une époque où beaucoup ont changé de veste au gré des événements, sans transformer son film en démonstration politique.

Et même si je reste partagé, je préfère toujours un film ambitieux qui prend le risque de diviser qu'un film consensuel qui ne raconte plus rien. C'est peut-être là, finalement, la plus grande réussite de Giannoli : obliger le spectateur à continuer de réfléchir longtemps après le générique de fin.

NOTE : 15.00

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

12.10 - MON AVIS SUR LE FILM SANS PITIE DE JULIEN HOSMALIN (2025)

 


Avis sur le film Sans Pitié de Julien Hosmalin (2025) avec Adam Bessa Tewfik Jallab Jonathan Tumbull Laura Sepul Bérangère McNeese Wim Willaert Karim Barras Benjamin Ramon


Le monde des forains a souvent inspiré le cinéma, mais rarement sous cet angle. Derrière les lumières des manèges, les odeurs de barbe à papa et les cris de joie des enfants se cache un univers avec ses règles, ses traditions, son honneur et ses blessures. Un métier adoré par les familles le temps d'une fête, mais souvent mal vu par le voisinage une fois les caravanes installées. C'est dans cet univers singulier que Julien Hosmalin plante le décor de son premier long métrage, et le résultat mérite qu'on s'y attarde.

Pour une première réalisation, le cinéaste ne choisit pas la facilité. Il signe un thriller rugueux, parfois brutal, qui préfère installer une tension constante plutôt que d'accumuler les artifices. Une œuvre qui sent la poussière des fêtes foraines autant que la colère des hommes.

L'histoire débute avec Maria (Laura Sepul), mère de deux garçons, Ryan (Tewfik Jallab) et Dario (Adam Bessa). Leur vie bascule lorsque le plus jeune, Dario, est enlevé par un pervers. Que s'est-il réellement passé durant sa captivité ? Le film ne donne jamais toutes les réponses, et c'est probablement l'une de ses meilleures idées. L'horreur reste hors champ, mais les conséquences, elles, sont visibles à chaque regard.

Dario finit par revenir auprès des siens, mais il garde au fond de lui ces souvenirs tragiques qui le hantent. Seul son frère Ryan semble comprendre l'ampleur du traumatisme. Les années passent, chacun tente de continuer à vivre, mais certaines blessures ne cicatrisent jamais vraiment.

Puis le hasard remet le passé sur leur route. Dario tombe nez à nez avec celui qui a détruit une partie de son enfance. À partir de cet instant, il n'y a plus qu'une seule solution : se venger. Tant pis pour les conséquences. L'honneur de la famille avant tout.

Le film ne cherche jamais à excuser la violence, mais il montre comment elle peut devenir une réponse chez ceux qui estiment que la justice ne leur a rien apporté. Cette frontière entre vengeance et réparation nourrit tout le récit.

Le décor forain apporte une véritable singularité au film. Les caravanes, les attractions, les lumières colorées contrastent sans cesse avec la noirceur de l'histoire. Cette opposition fonctionne remarquablement bien. Derrière les sourires affichés au public se cachent des êtres cabossés par la vie.

Julien Hosmalin installe peu à peu une tension qui ne quitte pratiquement jamais le spectateur. Sans effets inutiles, il laisse les situations parler d'elles-mêmes. Sa mise en scène reste sobre mais efficace, privilégiant les personnages plutôt que les démonstrations de style.

L'intrigue est bien menée et maintient l'intérêt jusqu'au bout. Certes, certaines zones d'ombre demeurent, mais elles participent aussi au malaise général. Tout n'a pas besoin d'être expliqué lorsqu'il s'agit de raconter un traumatisme.

Le casting constitue également l'une des grandes réussites du film. Laura Sepul incarne une mère courage, protectrice et meurtrie avec beaucoup de justesse. Elle donne une véritable épaisseur à Maria, dont chaque décision est guidée par l'amour de ses enfants.

Tewfik Jallab confirme tout le bien que l'on pense de lui. Son Ryan est partagé entre la protection de son frère, la fidélité à sa famille et la colère qui couve depuis des années.

Adam Bessa, lui, impressionne par son intensité. Son Dario est un homme qui tente d'avancer tout en restant prisonnier d'un passé qu'il n'a jamais réussi à enterrer. Peu de mots, beaucoup de regards : une interprétation tout en retenue.

On sent parfois les petites maladresses propres à une première œuvre. Quelques passages auraient gagné à être davantage développés et certains personnages secondaires restent un peu en retrait. Mais ces imperfections n'enlèvent rien à la sincérité de l'ensemble.

Au contraire, elles rappellent que le cinéma se construit aussi avec des prises de risques. Julien Hosmalin préfère raconter une histoire personnelle plutôt que de fabriquer un thriller formaté, et cela fait toute la différence.

Ce qui reste après la projection, c'est cette impression d'avoir découvert un univers rarement exploré par le cinéma français et belge. Le monde forain n'est jamais réduit à un simple décor : il devient un personnage à part entière, avec ses codes, sa solidarité et son sens de la famille.

Le film parle finalement autant de mémoire que de vengeance. Il montre que certaines blessures traversent les années sans jamais disparaître complètement, et qu'il suffit parfois d'un visage croisé au détour d'une rue pour faire resurgir tout un passé.

Sans Pitié est une œuvre rugueuse, imparfaite, mais profondément sincère. Elle ne cherche pas à séduire à tout prix, elle raconte simplement une histoire douloureuse avec honnêteté.

Une très bonne réalisation pour un premier film. Malgré les imperfections propres à beaucoup de premiers longs métrages, Julien Hosmalin démontre un vrai sens de la mise en scène et de la direction d'acteurs. Avec des comédiens que l'on connaît déjà et qui confirment tout leur talent, ce film rappelle surtout une chose : le cinéma français et belge possède encore de jolies pépites et de jeunes cinéastes qui méritent largement qu'on leur laisse monter dans le grand huit.

NOTE : 12.10

FICHE TECHNIQUE


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