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samedi 10 octobre 2026

8.80 - MON AVIS SUR LE FILM ANIMALS DE BEN AFFLECK (2026)


 Vu le film Animals de Ben Affleck (2026) avec Ben Affleck Gillian Anderson Kerry Washington Steven Yeun Luis Gerardo Méndez Adriana Paz Ray Fisher Christopher Woodley


Un film de Ben Affleck qui finit sur Prime Video, ce n'était pas forcément bon signe, même si le bonhomme est tout de même un réalisateur qui nous a déjà offert quelques belles réussites, à commencer par Gone Baby Gone. Il faut dire que ce projet traînait en longueur depuis 2024, avec Matt Damon et Jennifer Garner initialement prévus au casting. Je pense que le film aurait gagné en profondeur avec Matt, mais le copain de Ben avait une Odyssée à finir, ce qui est tout de même une bonne excuse pour ne pas être disponible.


N'ayant pas trouvé de Matt à son pied (chaussure), Ben a donc décidé de se servir lui-même, en passant derrière la caméra et devant, pour interpréter un candidat à la mairie de Los Angeles dont le fils est kidnappé lors d'une sortie avec le fils de son jardinier. Enfin, c'est ce que l'on croit au départ, car les ravisseurs se sont trompés de gamin et ont enlevé celui du jardinier. Il faut reconnaître que ce n'est pas vraiment le genre de confusion que l'on souhaite rencontrer en organisant une sortie familiale.


Jusque-là, on peut encore y croire, avec un point de départ qui rappelle un peu La Rançon de Ron Howard avec Mel Gibson, où l'enlèvement d'un enfant sert de moteur à un thriller sous haute tension. Sauf qu'ici, une fois le coup de théâtre révélé, le scénario commence sérieusement à prendre l'eau, et ce qui aurait pu devenir un suspense efficace se transforme progressivement en une succession de situations auxquelles j'ai de plus en plus de mal à croire.


Notre candidat à la mairie, qui devrait avoir d'autres préoccupations que de jouer les héros, cherche alors à réunir l'argent de la rançon grâce à une âme charitable incarnée par Gillian Anderson. Mais franchement, même avec une élection municipale en ligne de mire, j'ai du mal à imaginer que les choses puissent se dérouler de cette manière, tant les réactions des personnages semblent parfois dictées par les besoins d'un scénario qui ne sait plus très bien où il va.


Du côté des ravisseurs, on nous sert une voix caverneuse destinée à faire trembler tout le monde, mais qui semble surtout impressionner le couple de riches parents, pendant que le pauvre jardinier se transforme progressivement en Rambo. Il faut croire que les espaces verts ne sont pas toujours aussi paisibles qu'on pourrait le penser, surtout lorsqu'un enlèvement vient bouleverser le programme de la journée.


Ben Affleck tente pourtant de maintenir la pression, et il sait parfaitement installer une atmosphère inquiétante, avec cette confrontation entre argent, pouvoir et violence qui aurait pu donner quelque chose de bien plus solide. Mais à force de vouloir multiplier les rebondissements, le film finit par perdre sa crédibilité, et l'on regarde les événements s'enchaîner sans retrouver cette tension qui devrait nous tenir en haleine jusqu'au bout.


La dernière partie nous réserve un véritable carnage, dont les conséquences deviennent aussi difficiles à comprendre que les décisions qui y conduisent. Le titre Animals prend alors tout son sens, mais pas nécessairement de la manière la plus convaincante, tant les personnages semblent abandonner toute logique pour foncer droit dans le mur, quitte à laisser derrière eux un sacré champ de ruines.


Si Ben Affleck reste un réalisateur efficace dans le thriller, comme il l'avait démontré avec Gone Baby Gone, il n'est pas forcément l'acteur idéal pour porter lui-même une histoire de ce genre. Son interprétation ne parvient pas toujours à donner à son personnage l'épaisseur nécessaire, et cette faiblesse devient d'autant plus visible lorsque le scénario lui demande de traverser des situations qui auraient mérité davantage de nuances.


Animals reste un petit thriller qui possède quelques bonnes idées, mais qui se perd dans une mécanique narrative de moins en moins convaincante. Le film aurait pu nous offrir une belle montée en tension autour d'un enlèvement et de ses conséquences, mais les invraisemblances finissent par prendre le dessus, jusqu'à cette conclusion qui transforme le suspense en grand n'importe quoi.


NOTE : 8.80

FICHE TECHNIQUE


Producteurs délégués : Michael Beugg, Lucy Damon, Kevin Halloran, Michael Joe
Coproducteurs : Lisa C. Satriano et Sasha Veneziano
  • Sociétés de production : Artists Equity, Makeready et Fifth Season
  • Société de distribution : Netflix

DISTRIBUTION


Un thriller qui avait de quoi faire rugir, mais dont la fin gâche sérieusement le plaisir. Ben Affleck ferait peut-être mieux de laisser Matt Damon terminer son Odyssée avant de se lancer dans la prochaine aventure, surtout si c'est pour nous conduire dans une impasse pareille.

15.70 - MON AVIS SUR LE FILM 3 JOURS A MANHATTAN DE MARCEL CARNE (1965)

 


Vu le Film 3 Jours à Manhattan de Marcel Carné (1965) avec Jeanne Moreau Maurice Ronet Roland Lesaffre O.E Hasse Gabrielle Ferzetti Geneviève Page Margaret Nolan Virginia Vee et Robert de Niro


Georges Simenon, New York en noir et blanc, Brooklyn Village, du jazz pour nos oreilles, de la fumée de cigarettes pour notre nez et Maurice Ronet et Jeanne Moreau pour nos papilles, on se croirait dans un film noir, mais loin de là, Marcel Carné nous sert un drame psychologique qui n’a rien à envier aux meilleures productions américaines de l’époque.

Le film suit François Combe, un comédien français installé à New York, qui vient de se séparer de sa femme, tandis que Kay, une jeune femme rencontrée dans un bar, traîne elle aussi derrière elle les débris d’une histoire d’amour. Deux êtres abandonnés par leurs amours précédentes, qui vont tenter de se reconstruire ensemble, ou du moins de se tenir chaud dans une existence qui prend l’eau de toutes parts. Ils s’accrochent l’un à l’autre comme une branche à son arbre, avec cette peur permanente de voir le dernier refuge disparaître.

Carné filme ces deux solitudes sans chercher à nous vendre une romance à l’eau de rose, car derrière les gestes tendres et les rapprochements se cachent les blessures, les doutes et les rancœurs de ceux qui ont déjà pris quelques coups dans la vie. L’amour devient ici une bouée de sauvetage, mais encore faut-il savoir nager à deux quand chacun risque de couler de son côté.

Voilà un film anti-Nouvelle Vague, où l’on prend son temps, de bar de nuit en bar de nuit, de whisky en whisky, de cigarettes en cigarettes, sans courir après le spectateur pour lui expliquer ce qu’il doit ressentir. On s’installe, on observe, on écoute, et l’on se laisse gagner par cette atmosphère enfumée où les silences ont parfois plus de poids que les dialogues. Il y a du Robert Rossen ou du Martin Ritt dans cette manière de raconter les êtres cabossés, avec un billard en plus, et l’on se sent tout de suite en terrain connu.

Maurice Ronet et Jeanne Moreau, déjà réunis dans Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle, nous offrent un couple hypnotique, sensuel et mystérieux, qui capte notre attention sans avoir besoin d'en faire des tonnes. Ronet, avec son élégance fatiguée et son air d’homme qui a déjà perdu quelques batailles, trouve en Moreau une partenaire à sa mesure. Quant à Jeanne Moreau, elle possède cette présence magnétique qui vous accroche le regard, même lorsqu’elle semble simplement attendre que la nuit passe.

Leur relation avance à coups d’approches, de reculs et de petites explosions, car ces deux-là ont beau chercher un peu de chaleur humaine, ils ne sont pas forcément prêts à faire les concessions nécessaires pour vivre ensemble. Carné connaît son sujet et ne transforme jamais ses personnages en marionnettes destinées à servir une belle histoire. Il préfère les laisser vivre, se tromper et se débrouiller avec leurs contradictions, ce qui rend le film d’autant plus attachant.

Bien sûr, on retrouve l’indispensable Roland Lesaffre, fidèle parmi les fidèles de Carné, ainsi que Gabriele Ferzetti, que les amateurs de western italien retrouveront quelques années plus tard chez Sergio Leone dans Il était une fois dans l’Ouest. Et puis, dans un coin de bar, presque incognito, apparaît un certain Robert De Niro, pour sa toute première apparition au cinéma, dans un film français, messieurs ! Il remettra d’ailleurs le couvert avec Marcel Carné dans Les Jeunes Loups, en 1968.

Rien que pour ce petit morceau d’histoire du cinéma, le détour vaut déjà la peine, même si De Niro n’est évidemment pas encore la star que l’on connaît aujourd’hui. On imagine mal le jeune homme se douter qu’il deviendra l’un des grands noms du cinéma américain, alors qu’il fait ses premiers pas devant la caméra d’un réalisateur français dont la carrière appartient déjà à une autre époque.

Avec 3 Chambres à Manhattan, Marcel Carné retrouve une histoire de solitudes, de rencontres et de destins contrariés, dans une Amérique nocturne qui semble faite pour accueillir les âmes perdues. Le film prend son temps, respire au rythme du jazz et laisse ses personnages exister sans les enfermer dans des explications inutiles. Ce n’est peut-être pas le Carné que le grand public cite spontanément, mais c’est un film profondément humain, porté par deux acteurs qui donnent à cette errance sentimentale une intensité peu commune.

On commande un dernier whisky, on écrase sa cigarette et l’on reste encore un peu avec François et Kay, parce que quitter ces deux-là, c’est finalement retrouver trop vite la solitude que le film nous avait permis d’oublier.

NOTE : 15.70

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION


vendredi 9 octobre 2026

16.70 - MON AVIS SUR LE FILM LE SILENCE DES AGNEAUX DE JONATHAN DEMME (1991)


 Vu le Film Le Silence des Agneaux de Jonathan Demme (1991) avec Jodie Foster Anthony Hopkins Scott Glenn Ted Levine Anthony Heald Brooke Smth Diane Baker Charles Napier Roger Corman


Adapté du deuxième roman de la tétralogie de Thomas Harris, Le Silence des agneaux aura marqué un avant et un après dans le cinéma consacré aux tueurs en série, en faisant entrer Hannibal Lecter dans la mémoire collective des cinéphiles, même si les amateurs du genre avaient déjà pu découvrir ce personnage dans Le Sixième Sens de Michael Mann, sorti en 1986. On y retrouvait déjà un détenu particulièrement intelligent, capable de manipuler les policiers et de jouer avec leurs nerfs depuis sa cellule, tandis qu'un tueur en série semait la terreur à l'extérieur. Autant dire que le docteur Lecter n'arrivait pas tout à fait en terrain inconnu, mais Jonathan Demme allait lui donner une dimension supplémentaire.

Ce qui est assez amusant, c'est que celui qui est devenu l'un des monstres les plus célèbres de l'histoire du cinéma n'occupe finalement qu'une partie du récit, alors qu'on pourrait croire que tout tourne autour de lui. Hannibal Lecter est là pour apporter le sel, le beurre et le chianti à cette histoire de tueurs en série, mais il ne faut pas oublier le plat principal, car Buffalo Bill, lui aussi, a de quoi vous couper l'appétit. Ce dernier enlève des jeunes femmes avant de les assassiner et de prélever leur peau pour confectionner une sorte de vêtement humain, une obsession macabre qui explique le papillon représenté sur l'affiche et qui donne au film une dimension particulièrement dérangeante.

Pour tenter de retrouver le meurtrier, le FBI fait appel à Clarice Starling, une jeune stagiaire interprétée par Jodie Foster, chargée d'interroger Lecter afin d'obtenir des renseignements susceptibles de faire avancer l'enquête. La mission n'a rien d'une promenade de santé, car le prisonnier est un ancien psychiatre d'une intelligence redoutable, capable de lire les failles de ses interlocuteurs avec une précision presque chirurgicale. Il ne lui faut pas longtemps pour comprendre que la jeune femme possède elle aussi ses blessures, ses souvenirs douloureux et ses zones de fragilité, qu'il va s'empresser d'explorer avec un mélange de cruauté, de curiosité et de fascination.

Le docteur Chilton, responsable de l'établissement où Lecter est détenu, voit d'un très mauvais œil l'arrivée de cette enquêtrice du FBI, qui vient déranger ses habitudes et lui rappeler que le prisonnier le plus célèbre de la maison ne lui appartient pas tout à fait. Anthony Heald joue parfaitement cet homme vaniteux, davantage préoccupé par son autorité et sa réputation que par les risques que représente son pensionnaire. Entre Chilton, Lecter et Clarice, un jeu psychologique à plusieurs bandes se met en place, chacun essayant de tirer profit de l'autre, avec des conséquences qui ne tarderont pas à dépasser les murs de la prison.

Car Lecter ne se contente pas de répondre aux questions, il pose les siennes, exige des confidences et pousse Clarice à se dévoiler pour obtenir en échange quelques indices sur Buffalo Bill. Le rapport entre les deux personnages constitue l'une des grandes forces du film, puisque le prisonnier paraît enfermé derrière des barreaux alors qu'il possède une liberté mentale qui lui permet de prendre l'ascendant sur presque tous ceux qui viennent le rencontrer. Clarice, elle, doit apprendre à ne pas se laisser dévorer psychologiquement par cet homme qui semble toujours avoir plusieurs coups d'avance, tout en gardant suffisamment de sang-froid pour poursuivre son enquête.

Anthony Hopkins est absolument formidable dans le rôle d'Hannibal Lecter, avec son regard fixe, sa diction précise et cette politesse presque aristocratique qui rend ses accès de violence encore plus effrayants. Il n'a pas besoin de gesticuler ni de hausser le ton pour imposer sa présence, car le simple mouvement de ses yeux suffit à installer un malaise. Son interprétation est d'autant plus impressionnante que le personnage semble s'amuser de tout, y compris de la peur qu'il inspire, comme si les autres êtres humains n'étaient pour lui que des sujets d'expérience dont il pourrait étudier les réactions avant de décider de leur sort.

Jodie Foster lui donne une excellente réplique en incarnant une Clarice Starling déterminée, intelligente et vulnérable sans jamais être réduite à une simple victime. Son personnage doit affronter un univers masculin où elle est constamment observée, testée et parfois rabaissée, tout en menant une enquête qui l'oblige à pénétrer dans les recoins les plus sordides de l'esprit humain. Le film ne se contente donc pas de raconter une chasse à l'homme, puisqu'il montre aussi le parcours d'une jeune femme qui doit gagner sa place dans une institution où sa compétence est parfois moins évidente aux yeux des autres que son statut de femme.

Le volet psychologique est essentiel, car les meurtres ne constituent pas seulement une succession d'atrocités destinées à provoquer le spectateur. Lecter cherche à comprendre Clarice autant qu'elle tente de comprendre Buffalo Bill, et cette circulation des regards transforme les interrogatoires en véritables duels mentaux. Le passé de la jeune enquêtrice, ses souvenirs d'enfance et son rapport à la souffrance donnent un sens particulier au titre du film, tandis que les agissements de Buffalo Bill révèlent une personnalité profondément perturbée, dont les motivations ne se résument pas à la simple volonté de tuer.

Jonathan Demme entretient cette tension en alternant les interrogatoires, les découvertes de l'enquête et les scènes de violence, avec une mise en scène qui ne cherche pas systématiquement à détourner les yeux lorsque l'horreur surgit. Certaines séquences sont franchement insoutenables, et le mot n'est pas trop fort, car le film sait nous mettre face à des images qui fascinent autant qu'elles donnent envie de détourner le regard. Entre les cadavres mutilés, les détails de l'enquête et la menace permanente qui pèse sur les victimes, l'atmosphère devient de plus en plus poisseuse, sans que le réalisateur ait besoin de transformer chaque scène en démonstration gratuite.

Il faut d'ailleurs reconnaître que la violence est d'autant plus efficace qu'elle s'appuie sur l'attente et l'imagination du spectateur. Les rencontres avec Lecter sont parfois plus terrifiantes que les scènes de crime, parce que l'on comprend très vite que cet homme n'a pas besoin d'être libre pour faire régner la peur. Il suffit de le regarder parler pour sentir qu'il pourrait passer de la conversation courtoise à l'horreur absolue sans la moindre hésitation.

Quant à Buffalo Bill, il apporte au récit une autre forme de terreur, plus physique et plus imprévisible, qui permet au film de ne jamais se limiter à un face-à-face en prison. La traque progresse, les indices s'accumulent et l'enquête finit par nous entraîner vers une conclusion dont on peut deviner certains éléments, mais dont l'efficacité repose surtout sur la manière dont Demme orchestre les dernières étapes. La prévisibilité relative de certains ressorts ne gâche donc pas le plaisir, car le suspense vient autant de ce que l'on découvre que du danger qui se rapproche.

Le succès du film a été couronné par cinq Oscars majeurs, dont ceux du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur acteur pour Anthony Hopkins, de la meilleure actrice pour Jodie Foster et du meilleur scénario adapté pour Ted Tally. Une récompense exceptionnelle pour un thriller aussi sombre, qui a réussi à séduire l'Académie sans renoncer à ses aspects les plus dérangeants. Hopkins et Foster méritaient amplement leurs statuettes, tant leur confrontation donne au récit une intensité qui dépasse largement le cadre du film policier traditionnel.

Le Silence des agneaux reste donc un thriller redoutablement efficace, qui a su mêler enquête criminelle, horreur et étude psychologique sans perdre le spectateur en route. Hannibal Lecter a beau être devenu l'attraction principale, il ne faudrait pas oublier Clarice Starling, dont l'intelligence et le courage donnent au film son véritable point d'équilibre. Quant à Buffalo Bill, il rappelle que les monstres ne sont pas toujours ceux que l'on enferme derrière des barreaux, même si certains mériteraient qu'on leur construise une cellule sur mesure.

Une dernière recommandation, tout de même : évitez de regarder le film pendant le repas, surtout si le menu prévoit de la viande et un bon verre de vin. Le chianti n'a jamais paru aussi peu appétissant, et si quelqu'un vous propose de vous servir un morceau de foie accompagné de fèves, vous avez parfaitement le droit de quitter la table sans attendre le dessert !

NOTE : 16.70

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION