Pages

samedi 2 mai 2026

17.20 - MON AVIS SUR LE FILM NETWORK MAIN BASSE SUR LA TELEVISION DE SIDNEY LUMET (1976)


 Avis sur le Film Network Main Basse sur la Télévision de Sidney Lumet (1976) avec Faye Dunaway Peter Finch William Holden Wesley Addy Robert Duvall Ned Beatty William Price Beatrice Straight John Carpenter 

Parler de Network aujourd’hui, c’est presque parler d’un documentaire qui aurait eu 50 ans d’avance. À l’époque, on pouvait croire à une satire féroce de la télévision américaine. Maintenant, ça ressemble à un mode d’emploi. 

Sidney Lumet, qu’on associe souvent à 12 Hommes en colère et aux grandes joutes judiciaires, dissèque ici un autre tribunal : celui de l’audimat. Et le verdict est sans appel. 

L’histoire est simple, brutale, et surtout glaçante. Howard Beale, présentateur vedette, est poussé vers la sortie par la chaîne UBS. Un homme usé, dépassé, qu’on jette sans tambour ni trompette. Mais Beale, joué par un Peter Finch en état de grâce, annonce en direct qu’il va se suicider à l’antenne. Coup de folie ? Non. Coup d’audience. 

Face à lui, Diana Christensen, incarnée par une Faye Dunaway terrifiante, froide, calculatrice, sans la moindre once d’humanité. Probablement le rôle le plus antipathique de toute sa carrière. Une femme qui ne voit dans le monde qu’une courbe d’audience. Rien d’autre. Rien de plus. L’humain ? Une variable négligeable. 

Et au milieu, William Holden, témoin lucide d’un système qui dérape, mais trop fatigué pour vraiment lutter. Comme si tout le monde savait… mais que personne ne voulait arrêter la machine. 

Le génie du film, c’est cette idée simple : ce qui devait être un scandale devient un programme. Beale, au lieu d’être coupé, devient une attraction. Une bête de foire cathodique. Son pétage de plomb devient un concept. Et là, Lumet ne filme plus une fiction, il filme l’avenir. 

Parce que oui, à l’époque, on regardait ça de loin, en se disant “c’est les Américains”. Puis est arrivée la télé poubelle. Puis les chaînes d’info en continu. Puis le buzz permanent. Puis les fake news sur fake news. Puis la conflictualisation de tout. Et aujourd’hui, on a même des responsables politiques capables de vouloir faire virer des journalistes. Affolant… mais plus si surprenant quand on a vu Network. 

C'est une mécanique implacable. Aucun retour en arrière. Une descente aux enfers programmée. Tout est écrit comme une tragédie moderne, où l’audience remplace le destin. Et la mise en scène de Lumet est chirurgicale : pas d’esbroufe, pas d’effets inutiles, juste des cadres précis, des dialogues acérés, et des acteurs qu’il laisse exploser. 

Peter Finch est monumental. Il ne joue pas la folie, il la traverse. Il est à la fois pathétique, prophétique, ridicule et terrifiant. Une performance habitée, presque douloureuse. Son Oscar posthume n’est pas une récompense, c’est une évidence. 

Faye Dunaway, elle, est glaçante de bout en bout. Pas un tremblement, pas une faille. Une incarnation pure du cynisme moderne. Elle ne joue pas un monstre, elle joue un système. 

William Holden apporte cette mélancolie, cette lucidité fatiguée, qui donne encore plus de poids à l’ensemble. 

Network, c’est une machine parfaitement huilée, mais qui broie tout sur son passage. Une noirceur totale. Aucun espoir, aucune échappatoire. Juste une logique qui va jusqu’au bout. 

Et c’est peut-être ça le plus terrifiant : on a l’impression que le film ne pousse pas tant que ça le curseur. Il anticipe juste ce qu’on allait devenir. 

Multirécompensé (Oscars, Golden Globes, BAFTA), oui. Mais au-delà des prix, Network reste, pour moi aussi, le plus grand film jamais réalisé sur la télévision. 

Et quand on a Sidney Lumet aux manettes, ça ne pouvait être qu’un travail d’orfèvre. 

Un film qui ne vieillit pas. 
Un film qui dérange encore. 
Un film qui, surtout, avait raison

NOTE : 17.20

FICHE TECHNIQUE

14.10 - MON AVIS SUR LE FILM HURRICANE DE JOHN FORD (1937)

 


Vu le Film Hurricane de John Ford (1937) avec Dorothy Lamour Jon Hall Mary Astor C. Aubrey Smith Thomas Mitchell Raymond Massey Jerome Cowan John Carradine 

Une petite île du Pacifique. Deux indigènes Marama et Terangi se marient. Lors d'une escale à Tahiti, Terangi frappe un homme blanc qui l'insulte et est condamné à six mois de prison. Par six fois il tente de s'évaderchaque tentative le condamnant à deux années supplémentairesfinalement sa légère peine initiale totalise 16 ans de prison. Il parvient lors d'une ultime tentative à s'enfuir. 

Lorsqu'il rejoint son épouse il trouve son enfant qu'il n'avait jamais vu et qui est déjà âgé de 8 ans. C'est alors qu'un terrible ouragan ravage la petite île  il s'était réfugiéTerangi se porte au secours de la population... 

Parler de The Hurricanec’est rappeler que John Ford n’est pas seulement le poète des grands espaces poussiéreux, mais aussi un metteur en scène capable de faire rugir l’océan comme personne. Le Goat éternel n’a pas seulement filmé le désert et ses habitants : il sait aussi filmer un autre univers, plein d’eau, de sel, de violence et de fatalité. 

Nous voilà propulsés dans les îles du Pacifique Sud, décor paradisiaque qui ne va pas tarder à devenir un piège. Deux êtres y vivent d’amour et d’eau fraîche — et pour le coup, surtout d’amour : Marama, incarnée par Dorothy Lamour, et Terangijoué par Jon Hall. Couple solaire, innocent, presque irréel dans sa simplicité. Mais évidemment, chez Ford, le bonheur pur est une provocation faite au destin. 

Tout bascule lors d’une escale : Terangi frappe un homme. Geste impulsifpresque anodin à ses yeuxmais qui va déclencher une mécanique infernale. Car l’homme ne peut pas rester en place. Il s’évade. Une fois. Deux foisPlusieurs foisToujours pour retrouver sa belle — et franchementquand c’est Dorothy Lamour, on comprend l’obstination. Ford transforme cette fuite en tragédie humaine, répétitivepresque absurde la liberté devient une obsession et la justice une machine aveugle. 

Puis vient la mer. Et , changement de registre : on passe du drame au mytheTerangi s’évade encore, cette fois par l’océan, sur un radeau de fortune. Il affronte les éléments, une mer déchaînée, des vagues qui semblent vouloir avaler le cadre lui-même. Et exploit suprême : il reste torse nu tout le long… sans attraper une bronchite. (On est au cinéma, heureusement.) 

Huit ans passent. Le temps a fait son œuvre. Il retrouve son enfant, qui a bien grandi — et oui, on peut pleurer un peu. Ford, sans en faire trop, capte cette émotion brute, presque pudique, qui contraste avec la violence du reste. Mais comme Terangi est un véritable porte-poisse, le destin n’en a pas fini avec lui. 

L’île est alors frappée par un ouragan d’une violence inouïe. Et c’est ici que le génie de Ford explose littéralement à l’écran. La mise en scène devient spectaculaire, impressionnante, anxiogène. Le vent hurle, les décors se disloquent, la nature reprend ses droits dans une fureur presque biblique. On ne regarde plus un film : on subit une tempête. 

Ford filme l’apocalypse avec une maîtrise totaleChaque plan est penséchaque mouvement de caméra amplifie la tension. On sent le chaos, mais jamais la confusion. C’est lisible, puissant, presque physique. Sur terre comme sur mer, il teste le Goat absolu — et il gagne. 

Jon Hall incarne parfaitement cette force brute, ce mélange de naïveté et de détermination aveugle. Il traverse le film comme un élément naturel lui-même. Et face à lui, Dorothy Lamour apporte la douceur, la fidélité, une présence lumineuse qui ancre le récit dans l’émotion. Leur duo fonctionne sans artifices, avec une sincérité désarmante.. 

Ford joue sur une fatalité implacable. Chaque tentative de fuite rapproche Terangi de sa chute. Chaque espoir est balayécomme les cabanes sous l’ouragan. Et pourtant, Ford ne sombre jamais dans le cynisme. Il y a toujours, au cœur du chaos, une forme de dignité humaine. 

“Hurricane” est un grand film d’aventureouiMais surtout un drame d’une intensité rare. Un film qui vous emporte, vous secoue, vous laisse un peu vidé — comme après une tempête. 

Et une fois de plus, John Ford prouve qu’il n’est pas seulement un grand réalisateur. Il est un élément naturel.

NOTE : 14.10

FICHE TECHNIQUE