Pages

jeudi 5 novembre 2026

12.20 - MON AVIS SUR LE FILM FOOTLOOSE DE HERBERT ROSS (1982)

 


Vu le film Footloose de Herbert Ross (1982) avec Kevin Bacon Lori Singer Chris Penn Sarah Jessica Parker John Lightgow  Dianne Wiest John Laughlin Jim Youngs


Herbert Ross, grand connaisseur du film musical, nous offre avec Footloose une sorte de version masculine de Flashdance, avec un peu d'imagination et surtout beaucoup de mouvements de bassin. Après la séquence géniale des pieds qui dansent sur le tube éponyme, le réalisateur semble avoir trouvé son nouveau centre d'intérêt : le déhanché et les petites fesses d'un jeune acteur encore relativement inconnu à l'époque, mais qui allait sortir de cette aventure avec un tout autre statut, celui de star mondiale. Et quarante ans après, Kevin Bacon est toujours là, magnifique et talentueux, avec une carrière qui ne s'est certainement pas arrêtée au bout de quelques pas de danse.


L'histoire nous entraîne à Bomont, une petite ville américaine où la musique rock et la danse sont interdites par une réglementation municipale particulièrement sévère. Une situation qui ne fait évidemment pas les affaires de Ren McCormack (Kevin Bacon), adolescent venu de Chicago avec sa mère pour s'installer chez sa tante et son oncle. Habitué à une existence beaucoup plus libre, le jeune homme découvre rapidement que les habitants vivent sous la coupe du révérend Shaw Moore (John Lithgow), qui a fait de l'interdiction de danser son cheval de bataille depuis un terrible accident ayant coûté la vie à plusieurs jeunes de la communauté.


Ren va donc devoir apprendre à vivre dans cette petite ville où les adultes ont décidé de protéger la jeunesse en lui supprimant une bonne partie des plaisirs de l'existence, ce qui constitue évidemment une excellente manière de donner aux adolescents l'envie de faire exactement le contraire. Il fait la connaissance d'Ariel Moore (Lori Singer), la fille du révérend, une jeune femme au caractère bien trempé qui supporte difficilement l'autorité paternelle et entretient des relations compliquées avec son entourage. Entre les deux, l'attirance ne tarde pas à se manifester, même si le père de la demoiselle ne voit pas forcément d'un très bon œil l'arrivée de ce garçon qui semble avoir quelques difficultés avec les règlements.


Ren se lie également d'amitié avec Willard Hewitt (Chris Penn), un garçon sympathique mais particulièrement maladroit dès qu'il s'agit de danser, ainsi qu'avec Rusty (Sarah Jessica Parker), qui apporte sa petite touche de fantaisie à cette bande de jeunes. Notre héros va alors entreprendre de faire évoluer les mentalités, avec pour objectif de convaincre les autorités de lever cette interdiction et de permettre aux adolescents d'organiser leur bal de fin d'année.


Car derrière cette histoire de musique et de chorégraphies se cache une révolte adolescente, et oui, chacun ses révoltes ! Certains veulent refaire le monde, d'autres veulent simplement pouvoir danser sans avoir à demander l'autorisation au conseil municipal. On peut comprendre leur frustration, même si le sujet aurait mérité un traitement un peu plus consistant que quelques affrontements entre générations et des discussions moralisatrices.


Le film joue évidemment sur le contraste entre la rigueur des adultes et l'énergie de cette jeunesse qui ne demande qu'à s'exprimer, avec un révérend qui confond parfois éducation et interdiction générale. John Lithgow donne une certaine épaisseur à ce père autoritaire, tandis que Dianne Wiest, dans le rôle de son épouse Vi, apporte une présence plus nuancée, coincée entre son mari et sa fille. Kevin Bacon, lui, n'a pas vraiment besoin de forcer son talent pour occuper l'écran, car il possède déjà cette aisance physique qui fait une bonne partie du spectacle.


Musicalement, on navigue entre Grease, auquel je pense particulièrement, et La Fièvre du samedi soir, avec quelques séquences chorégraphiées qui font leur petit effet. La musique de Kenny Loggins, notamment le fameux morceau Footloose, reste l'un des grands atouts du film, et la séquence d'ouverture avec ces pieds qui s'agitent au rythme de la chanson est une excellente entrée en matière. Il y a aussi les scènes de danse qui permettent à Kevin Bacon de démontrer qu'il possède bien autre chose qu'une jolie frimousse, même si le réalisateur semble parfois avoir oublié qu'il avait également des acteurs autour de lui.


Chris Penn est assez réjouissant dans son apprentissage de la danse, et sa complicité avec Ren donne quelques moments amusants, notamment lorsque celui-ci tente de lui transmettre les rudiments du déhanchement. Sarah Jessica Parker est encore loin de l'image qu'elle aura plus tard à la télévision, mais elle trouve sa place dans cette petite troupe, tandis que Lori Singer accompagne correctement les tourments sentimentaux d'Ariel.


Reste que, si le fond du film repose sur une révolte adolescente et sur le droit de danser, le traitement passe assez largement à côté de son sujet à mes yeux. On aurait pu espérer une véritable réflexion sur l'autorité, le poids de la religion dans la vie quotidienne ou la difficulté pour une jeunesse de s'émanciper des principes imposés par ses aînés, mais le scénario préfère multiplier les scènes de danse et les petites histoires sentimentales. La révolte se résume finalement à quelques coups de gueule, une pétition et beaucoup de mouvements de jambes.


Alors, ne soyons pas trop sévères, car Footloose possède une énergie communicative, une bande originale qui reste dans les mémoires et un Kevin Bacon qui crève l'écran avec une facilité assez insolente. Le garçon avait du talent, du charme et une sacrée présence physique, et le film lui a offert le tremplin idéal pour devenir une vedette internationale. Il faut reconnaître que certains ont des débuts de carrière plus difficiles.


Pour le reste, je ne vais pas prétendre que le scénario m'a bouleversé ou que cette histoire d'interdiction de danser restera gravée dans les annales du cinéma. Il y a quelques bons moments, de jolies chorégraphies et suffisamment de musique pour donner envie de bouger un peu dans son fauteuil, mais pas grand-chose de plus à se mettre sous la dent.


Alors, contentons-nous de Kevin Bacon, à qui on se paierait bien une tranche sur des œufs !

NOTE : 12.20

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION


HISTOIRE D'UNE CHANSON : FOOTLOOSE DE KENNY LOGINS ET DEAN PITCHFORD

 


Histoire Chansons Films , aujourd'hui la chanson Footloose de Kenny Loggins et Dean Pitchford , Sortie en janvier 1984, la chanson Footloose, écrite par Dean Pitchford et composée/interprétée par Kenny Loggins, est l’un des plus grands hymnes pop-rock des années 1980. Numéro 1 du Billboard Hot 100 pendant trois semaines, elle a marqué l'histoire des bandes originales de films et a été inscrite au Registre national des enregistrements de la Bibliothèque du Congrès américain.


Avant d'être une chanson, Footloose puise ses racines dans un fait divers authentique. En 1979, le scénariste et parolier Dean Pitchford lit un article sur Elmore City, une petite ville de l'Oklahoma


Une loi puritaine datant de 1898 y interdisait formellement la danse publique dans les limites de la commune, afin de limiter la consommation d'alcool et les comportements "immoraux"


En 1979, un groupe de 14 lycéens décide de se rebeller pacifiquement contre cette loi obsolète pour obtenir le droit d'organiser leur bal de fin d'année (Prom). Après d'intenses débats face au conseil municipal, les jeunes obtiennent gain de cause. Fasciné, Dean Pitchford se rend sur place pour s'imprégner de l'ambiance et en tirer un scénario


Dean Pitchford écrit le scénario de ce qui s'appelle alors encore Cheek to Cheek (avant d'être renommé Footloose) et démarche les studios. En parallèle, il souhaite écrire lui-même les paroles de toutes les chansons du film afin qu'elles collent parfaitement à la narration


Kenny Loggins, qui s'était déjà forgé une réputation à Hollywood avec la bande originale de Caddyshack. Pitchford lui transmet le script et lui demande de l'aide pour composer le thème principal. Loggins accepte, voyant d'abord cela comme « un coup de main amical », sans se douter de l'ampleur que prendrait le projet. 


La création du morceau s'est faite dans des conditions rocambolesques lors d'un séjour à Lake Tahoe (Nevada)


Kenny Loggins souffrait de côtes cassées suite à une chute sur scène lors d'un concert précédent.

Dean Pitchford souffrait, lui, d'une violente angine bactérienne


Devil With a Blue Dress de Mitch Ryder et du rythme de Modern Love de David Bowie. 


En anglais, l'expression "footloose" signifie être « libre comme l'air », sans attaches et capable d'aller où bon nous semble


"Kick off your Sunday shoes" — "Vire tes chaussures du dimanche") appellent à briser le carcan des conventions religieuses et des règles restrictives des adultes pour simplement vivre l'instant présent. C'est l'incarnation musicale de la rébellion saine des adolescents du film face à l'autorité parentale et cléricale.


À l'origine, Loggins et Pitchford pensaient avoir écrit le morceau pour illustrer une scène précise située au milieu du film (lorsque les adolescents sortent enfin de la juridiction de la ville pour aller danser dans un bar en toute illégalite)


Quelle ne fut pas la surprise de Kenny Loggins lors de la première du film en découvrant que le réalisateur Herbert Ross avait choisi d'utiliser Footloose dès le générique d'ouverture ! Cette séquence culte, qui montre uniquement des gros plans de pieds qui dansent et sautent en rythme sur un fond noir, capte immédiatement l'attention du spectateur. En sortant de la projection, Loggins a murmuré à sa femme : « Holy shit, c'est un home run ! ». Le film propulsera la carrière de l'acteur Kevin Bacon au rang de superstar


Si la version originale de Kenny Loggins reste la référence absolue, la chanson a traversé les générations à travers plusieurs réinterprétations


C'est la reprise la plus célèbre. Le chanteur de country américain réenregistre le titre dans une version modernisée et teintée de Southern rock pour la bande originale du remake de Footloose réalisé par Craig Brewer en 2011. Sa version obtiendra un disque d'or aux États-Unis. 


La série Glee (2013) : Le titre est repris par les personnages de Sam Evans (Chord Overstreet) et Artie Abrams (Kevin McHale) dans l'épisode Girls (and Boys) On Film de la saison 4, rendant hommage aux grands classiques du cinéma.


Good Charlotte (2001) : Le groupe de pop-punk américain a livré une version beaucoup plus nerveuse et saturée pour la bande originale de la comédie parodique Sex Academy (Not Another Teen Movie)


https://www.youtube.com/watch?v=ltrMfT4Qz5Y

7.40 - MON AVIS SUR LE FILM ADIEU PHILIPPINE DE JACQUES ROZIER (1962)

 


Vu le film Adieu Philippine de Jacques Rozier (1962) avec Jean-Claude Aimini Daniel Descamps Yveline Cery Stefania Sabatini Vittorio Caprioli Maurice Garrel Arlette Gilbert Davide Tonelli André Tarroux Pierre Frag Marco Perrin


Avec Adieu Philippine, Jacques Rozier nous gratifie, dans le mauvais sens du terme, d'un film qui, dans la continuité de son court-métrage Blue Jean, semble avoir pris pour ambition de filmer le vide, avec une jeunesse qui passe son temps à se draguer, à boire et à ne pas avoir grand-chose à raconter, pendant que le spectateur que je suis regarde défiler les minutes en espérant qu'un événement finira bien par se produire.

Nous sommes en 1960, à Paris, où Michel Lambert (Jean-Claude Aimini), jeune machiniste sur les plateaux de télévision, fait la connaissance de deux jeunes femmes, Liliane (Yveline Céry) et Juliette (Stefania Sabatini), deux amies inséparables qui travaillent comme figurantes et aspirent à faire carrière dans le cinéma. Michel, qui n'est pas exactement une vedette malgré les apparences qu'il se donne auprès des filles, se retrouve rapidement pris dans un petit jeu de séduction entre les deux demoiselles, sans parvenir à choisir laquelle mérite ses faveurs. Leur amitié n'empêche évidemment pas quelques rivalités sentimentales, car partager un garçon est une chose, encore faut-il ne pas vouloir le garder pour soi.

Entre les petits boulots, les rencontres, les conversations qui n'en finissent pas et les aventures sentimentales, Rozier nous entraîne dans le quotidien de cette jeunesse parisienne qui semble avoir tout son temps devant elle, sauf que Michel a une échéance autrement moins réjouissante qui se rapproche, puisqu'il doit bientôt partir effectuer son service militaire en Algérie. La guerre d'Algérie constitue pourtant l'arrière-plan de toute cette histoire, mais elle reste tellement discrète dans le déroulement du film qu'on pourrait presque oublier qu'elle existe, alors qu'elle représente une menace bien réelle pour l'avenir du jeune homme.

Après quelques péripéties professionnelles, notamment avec le producteur publicitaire Pachala (Vittorio Caprioli), Michel décide de profiter de ses derniers moments de liberté et prend la direction de la Corse, où Liliane et Juliette finissent par le rejoindre. Nous voilà donc partis pour une longue parenthèse estivale, entre plages, promenades, baignades, discussions et chants corses, avec un triangle amoureux qui continue de se chercher sans que cela bouleverse particulièrement le cours des événements.

Et c'est bien là que mon problème commence, car Rozier semble considérer que filmer des jeunes gens qui vivent leur petite existence quotidienne suffit à faire du cinéma, sans avoir besoin de leur donner une véritable direction ou de construire une histoire qui puisse retenir l'attention. On les regarde vivre, parler, se poursuivre et se chamailler, mais je cherche encore ce qui justifie de nous imposer tout cela pendant près de 146 minutes dans la version que j'ai regardée. Il faut une certaine patience pour ne pas finir par regarder sa montre avec davantage d'intérêt que les personnages.

Quand on voit Yveline Céry face caméra danser un cha-cha-cha, on comprend assez bien la démarche de Rozier, qui semble considérer que le simple fait de filmer une jeune femme en train de danser constitue déjà une séquence de cinéma. Personnellement, je cherche encore ce que cette scène apporte à l'histoire, à part quelques pas de danse et une nouvelle occasion de constater que le réalisateur ne paraît pas particulièrement préoccupé par ce qu'il raconte.

Cette façon de filmer les petits riens, les gestes ordinaires et les conversations improvisées représente précisément ce qui m'éloigne de cette Nouvelle Vague dont on nous a tant vanté les mérites. Une vague à laquelle je ne demande pourtant pas de me faire surfer sur sa façon de voir le cinéma, car j'ai parfois l'impression que ces cinéastes ont surtout voulu se débarrasser de tout ce qui pouvait ressembler à une histoire, à une mise en scène ou à un récit construit. Cette vague à qui l'on doit tant, mais qui nous a tant enlevé...

Le film possède néanmoins quelques qualités que je ne vais pas faire semblant de ne pas voir, notamment les paysages corses, les villages, les routes et ces chants qui apportent un peu de vie à une aventure qui en manque singulièrement à mes yeux. La Corse devient presque le personnage le plus intéressant de cette escapade, et ses paysages ont au moins le mérite de retenir mon attention lorsque les trois jeunes gens recommencent leurs interminables jeux de séduction.

Le titre lui-même mérite une petite explication, puisque Philippine ne désigne ni un prénom féminin ni le pays d'Asie, mais fait référence à ces deux amandes jumelles que l'on trouve parfois réunies dans une même coque, image utilisée pour évoquer Liliane et Juliette, deux amies inséparables. Une jolie trouvaille, reconnaissons-le, même si les deux jeunes femmes finissent par avoir un peu plus de mal à partager Michel que deux amandes à partager leur coquille.

Jean-Claude Aimini, Stefania Sabatini et Yveline Céry incarnent cette jeunesse avec une spontanéité qui correspond parfaitement à la méthode de Rozier, tandis que Vittorio Caprioli apporte une présence plus affirmée dans le rôle de ce producteur peu recommandable. Mais cette impression de naturel, recherchée par le réalisateur, ne suffit pas à me convaincre que l'on tient là un grand moment de cinéma, car l'improvisation ne dispense pas forcément de raconter quelque chose.

Pour moi, Adieu Philippine reste donc une longue promenade cinématographique où l'on attend que les choses commencent vraiment, avant de comprendre qu'elles ont probablement déjà commencé et qu'elles ne vont pas beaucoup évoluer. La guerre d'Algérie attend Michel au tournant, mais le spectateur, lui, attend surtout le générique de fin, avec l'impression d'avoir passé des vacances beaucoup plus longues que prévu.

Ah, la Nouvelle Vague, son flux et son reflux, et moi qui reste tranquillement sur le rivage, sans avoir la moindre envie de reprendre une planche de surf pour la prochaine séance. Un voyage au bout de l'ennui

NOTE : 7.40

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

  • Jean-Claude Aimini : Michel Lambert
  • Daniel Descamps : Daniel, ami et collègue de Michel
  • Stefania Sabatini : Juliette, sa meilleure copine
  • Yveline Céry : Liliane
  • Vittorio Caprioli : Pachala, le réalisateur véreux
  • Davide Tonelli : Horatio
  • Annie Markhan : Juliette (voix)
  • André Tarroux : Régnier de l'Isle
  • Christian Longuet : Christian
  • Michel Soyet : André
  • Arlette Gilbert : Madame Lambert, la mère de Michel
  • Maurice Garrel : Monsieur Lambert, le père de Michel
  • Jeanne Pérez : la voisine (lors du déjeuner chez les Lambert)
  • Charles Lavialle : le voisin (lors du déjeuner chez les Lambert)
  • Patricia Andrieux
  • Edmond Ardisson : le chef d'émission
  • Olivia Cletienne
  • Albert Benamou
  • Chouquette Deschamps : la mère de Liliane
  • Pietro Cortini
  • Mitzi Hahn et Nadine Staquet : les starlettes du roman-photo
  • Alain Douchin
  • Reine Marvanne
  • Pierre Frag : Dédé, ami de Michel, de retour d'Algérie
  • Michèle Padovani et Marianne Padovani : les filles prises en voiture
  • Charles Lucciardi
  • Jean Lucchetti
  • Lulu : le pêcheur corse
  • José Pantieri
  • Marco Perrin : le propriétaire du magasin
  • Maxime Saury : lui-même, dans Jazz Memories
  • Dominique Tozza
  • Christiane Legrand, Rudo Cardi, Maguy Zanni et Les Fils du Ciel : les solistes chanteurs corses


mercredi 4 novembre 2026

16.20 - MON AVIS SUR LE FILM PRIMETIME DE LANCE OPPENHEIM (2026)


 Vu le Film Primetime de Lance Oppenheim (2026) avec Robert Pattinson Merrit Weaver Skyler Gisondo Phoebe Bridgers Matthew Maher Anna Faris Jonathan Lipnicki Bokeem Woodbine


Il fut une époque où la télévision commençait à découvrir les joies de la télé-réalité, avec en France les premières émissions Trash qui allaient fouiller dans l'intimité des uns et des autres, entre complices consentants et pauvres cobayes prêts à raconter leurs t pour obtenir leurs cinq minutes de célébrité. Mais les Américains avaient déjà pris une bonne longueur d'avance dans le domaine du mauvais goût, puisque NBC diffusait en prime time une émission intitulée To Catch a Predator, animée par Chris Hansen, un journaliste qui avait trouvé un filon particulièrement lucratif pour faire grimper l'audimat.

C'est cette aventure télévisuelle que raconte Primetime de Lance Oppenheim, en revenant sur les méthodes d'une émission qui prétendait lutter contre les prédateurs sexuels en organisant de véritables pièges filmés. Si le combat contre la pédophilie est évidemment une cause qui ne souffre aucune discussion, la manière de procéder laisse franchement songeur. On installe une maison spécialement aménagée pour attirer les candidats, on leur fait croire qu'ils vont rencontrer un adolescent, on place des caméras un peu partout et l'on attend tranquillement que le gibier entre dans la souricière. Le tout sous les yeux du téléspectateur qui peut savourer son petit spectacle de justice expéditive devant son écran.

Le film nous entraîne dans les coulisses de cette organisation où Chris Hansen, interprété par Robert Pattinson, prépare ses opérations avec son équipe, notamment sa productrice Andie Bender, jouée par Merritt Wever, et Xavier Von Erck, le responsable du groupe qui participe à ces opérations. Pour attirer les hommes dans le piège, ils utilisent notamment Dan Plumb, un jeune comédien qui se fait passer pour un adolescent de treize ans sur Internet. Skyler Gisondo incarne ce garçon de vingt-trois ans qui espère avant tout obtenir sa carte de la Guilde des acteurs, une perspective professionnelle qui lui semble suffisamment intéressante pour accepter ce travail assez particulier.

Et c'est là que le film devient particulièrement dérangeant, car on assiste à toute cette mécanique bien huilée qui consiste à attirer les suspects, les laisser se compromettre, puis faire entrer Hansen dans la pièce pour les confronter devant les caméras. La police attend à proximité pour procéder aux arrestations, mais le véritable spectacle se déroule devant l'objectif, avec notre présentateur qui joue les justiciers devant des millions de téléspectateurs. Enfin, journaliste est peut-être un grand mot, car on a parfois davantage l'impression d'assister à une représentation soigneusement répétée qu'à un véritable travail d'information.

Robert Pattinson compose un Chris Hansen particulièrement imbu de sa personne, dont pas une mèche de cheveux ni une rides, ne semble vouloir bouger, même lorsque le monde commence à s'écrouler autour de lui. Son personnage est dévoré par son émission, par les audiences et par cette envie permanente de devenir celui dont tout le monde parlera. Il ne lui suffit plus de piéger des hommes coupables ou suspects, il lui faut désormais le gros morceau, le trophée qui fera exploser les audiences et installera définitivement son nom dans l'histoire de la télévision.

Son ego est tellement surdimensionné qu'il finit par ne plus voir les limites de ce qu'il entreprend, quitte à sacrifier toute prudence pour obtenir une confrontation encore plus spectaculaire. Même lorsqu'il réussit à attirer dans ses filets des personnalités importantes, dont un sénateur, cela ne semble jamais suffire à satisfaire son appétit de reconnaissance. La justice devient presque secondaire derrière la nécessité de produire une bonne séquence télévisée, celle qui fera parler le lendemain matin dans les bureaux et les foyers américains.

Mais la grande découverte du film reste pour moi Skyler Gisondo, absolument remarquable dans le rôle de Dan Plumb. Derrière son apparence de jeune homme un peu naïf, il laisse progressivement apparaître un malaise profond face à ce qu'on lui demande de faire. Au départ, il voit surtout une occasion de mettre un pied dans le métier d'acteur et de décrocher cette fameuse carte professionnelle qui lui manque. Mais se retrouver au milieu de ces opérations, participer à des pièges dont les conséquences peuvent dépasser largement le cadre d'une émission de télévision, finit par lui poser de sérieuses questions.

Le film montre très bien ce conflit entre celui qui cherche ses cinq minutes de gloire et celui qui commence à comprendre qu'il participe à une machine dont il ne maîtrise absolument pas les conséquences. Que peut-on accepter pour réussir dans un métier où des milliers de candidats attendent leur chance ? Et jusqu'où peut-on aller pour obtenir une petite reconnaissance professionnelle ? Voilà un sujet autrement plus intéressant que les habituelles histoires de célébrité et de petits arrangements avec la morale.

Lance Oppenheim pousse d'ailleurs son récit vers une situation dramatique particulièrement éprouvante, inspirée d'une véritable opération qui s'est terminée par la mort de Bill Conradt, un procureur texan qui s'est suicidé lorsque la police est venue l'interpeller. Les caméras de l'émission étaient présentes à proximité, et cette affaire a soulevé de nombreuses questions sur les responsabilités de chacun. On comprend alors que le jeu télévisuel n'est plus simplement une affaire de mauvais goût, mais qu'il peut avoir des conséquences humaines absolument terribles.

Il faut également rappeler que le personnage de Dan Plumb s'inspire de Dan Schrack, un véritable ancien comédien devenu appât dans l'émission originale. Après cette expérience, il s'est tourné vers le journalisme audiovisuel et a poursuivi une carrière dans les informations télévisées. Une reconversion assez étonnante lorsqu'on connaît les circonstances de ses débuts devant les caméras. L'expérience de ces opérations a laissé des traces psychologiques, et on comprend parfaitement pourquoi il n'a pas conservé un souvenir particulièrement réjouissant de cette période.

Robert Pattinson fait le travail, mais je dois reconnaître que sa prestation m'a moins impressionné que celle de son partenaire. Peut-être que le personnage de Hansen, avec sa suffisance et son obsession de la réussite, ne demandait pas davantage de subtilité dans son interprétation. Il reste néanmoins convaincant dans cette incarnation d'un homme qui finit par confondre sa propre importance avec celle de la cause qu'il prétend défendre.

La mise en scène de Lance Oppenheim entretient une atmosphère assez artificielle, presque clinique, qui correspond parfaitement à cette télévision où tout doit être préparé, éclairé et organisé pour produire le maximum d'effet devant le public. On ne regarde plus vraiment des hommes pris dans une affaire judiciaire, mais des participants à une émission dont chaque minute doit rapporter quelque chose en termes d'audience.

Ce qui me plaît surtout dans Primetime, c'est cette manière de nous renvoyer à notre propre curiosité malsaine. Car si l'émission n'avait pas trouvé son public, elle n'aurait certainement pas duré aussi longtemps. Nous pouvons condamner les méthodes de Hansen, nous indigner devant ses procédés et trouver son comportement parfaitement écœurant, mais il faudrait aussi se demander pourquoi tant de téléspectateurs étaient installés devant leur écran pour assister à ces humiliations publiques. Le voyeurisme n'est pas seulement derrière la caméra, il est aussi confortablement installé dans notre salon.

On peut évidemment défendre la nécessité de dénoncer les prédateurs sexuels et de protéger les mineurs, mais cela ne donne pas tous les droits à ceux qui transforment cette mission en divertissement de grande audience. La justice doit faire son travail, la police aussi, et la télévision ferait parfois bien de se souvenir qu'elle n'est ni un tribunal ni un tribunal populaire.

Un film terrifiant sur le fonctionnement d'une émission Trash, sur les ambitions dévorantes d'un présentateur et sur ces petites compromissions que l'on accepte pour obtenir quelques minutes de célébrité. Je retiens surtout l'excellente prestation de Skyler Gisondo, qui donne au récit sa dimension humaine et son véritable malaise. Quant à Chris Hansen, il aura au moins réussi une chose : nous faire comprendre que le spectacle peut parfois être bien plus inquiétant que ceux qu'il prétend dénoncer.

NOTE : 16.20

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Lance Oppenheim
  • Scénario : Ajon Singh
  • Musique : Ari Balouzian
  • Décors : Alex DiGerlando
  • Costumes : Alex Bovaird
  • Photographie : David Bolen
  • Montage : Daniel Garber
  • Production : Robert Pattinson, Ari Aster, Lars Knudsen, Brighton McCloskey, Tyler Campellone, Fred Berger et Brian Kavanaugh-Jones
  • Sociétés de production : A24, Icki Eneo Arlo, Range Media Partners et Square Peg
  • Sociétés de distribution : A24 (États-Unis), Metropolitan (France)[]
  • Budget : 14 500 000 $[]
  • Pays de production : Drapeau des États-Unis États-Unis

DISTRIBUTION