Vu le Film d’Animation Rango de Gore Verbinski (2011) avec les voix de Johnny Depp Isla Fisher Ned Beatty Abigail Breslin Bill Nighy Alfred Molina ray Winstone Timothy Oliphant
(Le personnage du Maire John Tortoise à la voix de Ned Beatty°
Quatre hiboux mariachis racontent l'histoire de Rango, sur fond de musique mexicaine.
Un caméléon domestique sans nom fan de théâtre, metteur en scène et improvisateur vit dans un terrarium, persuadé d'être un héros, mais un accident de voiture le projette brusquement dans la réalité, en plein désert de Mojave. Après avoir rencontré le responsable de l'accident, un vieux tatou qui cherchait simplement à traverser la route, il s'enfonce dans le désert à la recherche d'une ville où le tatou lui a conseillé d'aller.
Il y a les westerns de Sergio Leone, ceux de Raoul Walsh, de John Sturges et bien sûr de John Ford… et désormais il y a Rango. Avec ce film d’animation sorti en 2011, Gore Verbinski signe sans doute le plus bel hommage moderne au western. Un hommage fait avec amour, humour et une précision presque maniaque dans les références.
Car dès les premières minutes, le ton est donné : ce lézard un peu mythomane qui se rêve héros de théâtre ressemble étrangement à un certain Clint Eastwood… même en reptile. Et les bandits que l’on croise dans ce désert pourraient sortir tout droit d’un film de Leone : on croit reconnaître les silhouettes de Lee Van Cleef, de Eli Wallach ou de Lee Marvin. Les références pleuvent tout au long du film et c’est franchement jouissif tant elles sont précises et savoureuses.
L’histoire commence comme une ballade absurde dans le désert. Rango, un lézard domestique un peu acteur dans l’âme, se retrouve perdu au milieu de nulle part après un accident de voiture. Perdu dans le désert depuis trop longtemps, comme dirait Jean Patrick Capdevielle dans sa chanson, notre héros échoue finalement dans la petite ville poussiéreuse de Dirt.
Et là, on entre en plein western. Cercueils qui traînent, buissons secs qui roulent dans la rue, poussière omniprésente, trognes patibulaires et regards en coin… Verbinski recrée tout l’imaginaire du Far West, mais avec un humour grinçant. Dans cette ville, l’eau est plus précieuse que l’or et elle est contrôlée par un maire manipulateur et corrompu, incarné par une tortue inquiétante.
Rango, menteur professionnel mais comédien enthousiaste, improvise alors un personnage de pistolero invincible. À force de raconter ses exploits imaginaires, il finit par être nommé shérif de la ville. Le problème, évidemment, c’est qu’il va devoir prouver qu’il est réellement ce héros qu’il prétend être. Le voilà donc embarqué malgré lui dans une aventure où il devra affronter bandits, serpents et complots autour de l’eau potable.
Ce qui rend le film remarquable, c’est l’équilibre entre parodie et respect du genre. Le Far West est montré comme un monde hostile : la mort est partout, les habitants ont des visages fatigués, les rues sont envahies par la poussière et les squelettes semblent presque faire partie du décor. Verbinski n’idéalise pas cet Ouest mythique ; au contraire, il le regarde avec un œil ironique et parfois critique.
La mise en scène est d’une richesse étonnante pour un film d’animation. Verbinski filme son désert comme un véritable western, avec des cadrages larges, des duels silencieux et des entrées de personnages dignes des classiques du genre. La caméra glisse dans les rues de Dirt comme dans un décor de Ford ou de Leone, mais avec un humour visuel qui rappelle parfois les cartoons les plus inventifs.
Techniquement, le film est impressionnant. L’animation signée par le studio Industrial Light & Magic donne aux personnages une texture presque poussiéreuse, comme s’ils avaient réellement vécu dans ce désert brûlant. Les visages sont pleins de rides, de cicatrices et de détails. On est très loin de l’animation lisse habituelle : ici, chaque personnage semble avoir vécu mille aventures.
Le casting vocal est également une réussite. Johnny Depp prête sa voix à Rango avec une énergie théâtrale parfaite pour ce personnage mythomane et attachant. À ses côtés, Isla Fisher donne du tempérament à Beans, tandis que Bill Nighy incarne un serpent terrifiant nommé Rattlesnake Jake, véritable incarnation du pistolero mythique.
Mais au-delà des références et de la technique, Rango raconte surtout la naissance d’un héros. Un héros improbable, un peu menteur, un peu trouillard, mais qui finit par comprendre que les légendes ne valent que si l’on ose les vivre.
Et c’est peut-être là que le film devient le plus beau : derrière l’humour et les clins d’œil, Verbinski parle du pouvoir des histoires et de ces personnages qui deviennent des mythes parce qu’ils osent affronter la poussière du monde.
Au final, notre lézard ne lézarde pas. Comme Lucky Luke, il pourra repartir vers de nouvelles aventures après avoir remis un peu d’ordre dans cette ville perdue au milieu du désert.
Un western animé brillant, drôle, malin et amoureux du genre. Bref, un vrai film de western… simplement joué par des reptiles. 🦎🤠
NOTE : 14.40
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Gore Verbinski
- Scénario : John Logan, d’après une histoire originale de Gore Verbinski, John Logan et James Ward Byrkit
- Musique : Hans Zimmer
- Photographie : Roger Deakins
- Décors : Mark McCreery
- Montage : Craig Wood
- Animation : Industrial Light & Magic
- Sociétés de production : Nickelodeon Movies, Blind Wink Productions et GK Films
- Société de distribution : Paramount Pictures
- Budget : 135 millions de dollars
- Johnny Depp : Rango
- Isla Fisher : Beans
- Abigail Breslin : Priscilla
- Ned Beatty : Tortoise John, le maire
- Alfred Molina : Roadkill
- Bill Nighy : Rattlesnake Jake
- Harry Dean Stanton : Balthazar
- Ray Winstone : Bad Bill
- Timothy Olyphant : L'Esprit de l'ouest
- Stephen Root : Doc, Merrimack et M. Snuggles
- Claudia Black : Angélique
- Blake Clark : Buford
- John Cothran : Elgin
- George DelHoyo : Señor Flan, le Mariachi à l'accordéon
- Vincent Kartheiser : Ezekiel
- Alex Manugian : Spoons
- Gil Birmingham : Theodore « Teddy » Grank alias « Wounded Bird »
- Ian Abercrombie : Ambrose
- Lew Temple : Furgus
- Beth Grant : Bonnie
- Maile Flanagan (en) : Boo
- Nika Futterman : Akiano
- Alanna Ubach : Fresca
- James Ward Byrkit : Waffles
- John Cothran Jr. : Elgin
- Chris Parson : Kinski
- Ryan Hurst : Jedidiah

