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jeudi 19 mars 2026

7.10 - MON AVIS SUR LE COURT METRAGE DEUX PERSONNES ECHANGENAT DE LA SALIVE (2025°

 


Mon avis sur Court Métrage Oscarisé Deux personnes échangeant de la salive de Natalie Mustaeta et Alexandre Singh (2025) avec ZaR Amir Ebrahimi Luana Bajrami Nicolas Bouchaud Aurelie Boquien Mitchell Jean  

Le film raconte les débuts d'une histoire d'amour queer entre deux femmes dans une société dystopique où les gifles ont remplacé l'argent et où s'embrasser est interdit. 

Il y a des courts métrages… et puis il y a Deux personnes échangeant de la salive. 33 minutes quand même — on est déjà à la frontière du long qui n’ose pas dire son nom. Signé Natalie Musteata et Alexandre Singh, et auréolé de l’Oscar 2026, le film intrigue autant qu’il inquiète. Le point de départ est simple… ou pas : dans cette société dystopique, il est interdit d’embrasser mais les paiements se font en gifles.  

La violence comme monnaie d’échange, l’amour comme délit — drôle de concept, jamais vraiment expliqué. Et c’est là que le bât blesse : l’idée est forte, mais elle flotte. La mise en scène, elle, ne manque pas d’audace. Il y a une vraie signature visuelle, une volonté de créer un univers sensoriel atypique, qui pique, qui marque.  

Le risque est réel, et sur ce point il est payant. Mais le scénario tourne en rond autour de son propre concept sans jamais vraiment l’approfondir. On sent une intention, mais elle reste insaisissable.  

À force, le film devient une expérience plus qu’un récit, et pas forcément dans le bon sens. Petit à petit, je me suis éteint devant ce court. Trop complexe dans le propos ? Peut-être.  

Trop flou, sûrement. Je ne sais même pas si les réalisateurs savent exactement ce qu’ils ont filmé, et c’est un peu le problème de cet art qui se veut corruptif, révolutionnaire, mais qui semble parfois s’adresser à une caste plus qu’au public. Heureusement, il y a les actrices.  

Zar Amir Ebrahimi est impressionnante d’intensité, donnant une vraie présence à un univers qui en manque parfois, tandis que Luàna Bajrami apporte une nuance et une intériorité tout aussi précieuses.  

À elles deux, elles maintiennent le film à flot. Sans elles, l’ensemble aurait sans doute été encore plus hermétique. Ce n’est pas inintéressant, loin de là, mais ce n’est pas non plus bouleversant : un film que l’on respecte plus qu’on ne ressent.  

Et avec un Oscar en poche, je sens bien venir le long métrage… en espérant que cette fois, entre la gifle et le baiser, le film choisira enfin de raconter quelque chose.

NOTE : 7.10

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Natalie Musteata et Alexandre Singh
  • Scénario : Natalie Musteata et Alexandre Singh
  • Musique : Bobak Lotfipour
  • Photographie : Alexandra de Saint Blanquat
  • Décors : Anna Brun
  • Costumes : Rezvan Farsijani
  • Montage : Hanna Park
  • Production : Carol Cohen, Violeta Kreimer, Valentina Merli, Natalie Musteata, Alexandre Singh
  • Sociétés de production : Misia Films, Preromanbritain, Galeries Lafayette, Alambic Production, Art CC
  • Sociétés de distribution : Canal+ (France) ; The New Yorker (international)

DISTRIBUTION

13.80 - MON AVIS SUR LE FILM MISTER NOBODY CONTRE POUTINE DE DAVID BORENSTEIN ET PAVEL TALANKIN (2025)


 Mon avis sur le Film Documentaire Mister Nobody contre Poutine de David BorensteinPavel "Pasha" Talankin (2025)  

Un enseignant russe documente secrètement la transformation de l'école de sa petite ville en centre de recrutement pour la guerre pendant l'invasion de l'Ukraine. 

Mister Nobody contre Poutine de David Borenstein et Pavel Talankin n’est pas un documentaire confortable, c’est un film qui gratte, qui dérange, et qui laisse une drôle d’impression : entre admiration sincère et léger soupçon qui ne vous quitte jamais vraiment. 

L’histoire est presque trop forte pour être vraie — et pourtant elle l’est (enfin… normalement, comme dirait Saint Thomas). Dans une petite ville paumée de l’Oural, à Karabash, Pavel Talankin, instituteur discret, se retrouve chargé de filmer la vie de son école primaire. Au départ, on est dans la pédagogie bon enfant, des images d’enfants, de classes, de quotidien banal. Et puis, doucement, sans prévenir, l’école devient autre chose : un outil. 

Un outil de propagande. 

La bascule est là, brutale mais progressive. Le pouvoir russe investit l’école, impose ses codes, ses discours, ses rituels. On ne parle plus seulement d’éducation, mais de formation idéologique. On prépare déjà les esprits, presque les corps. L’école devient une antichambre de la guerre en Ukraine. 

Et là, paradoxe génial — ou inquiétant selon votre humeur : on demande à Talankin de tout filmer. Absolument tout. Même ce qui ne devrait pas l’être. Comme si le système, sûr de lui, ne voyait même pas le danger. 

Et lui, il filme. 

Tout. 

Même l’interdit. 

Il accumule ces petits bouts de vérité, les cache, les protège, comme un trésor clandestin. Jusqu’au moment où il comprend qu’il doit partir. Fuir. S’échapper de cette étreinte du pouvoir qui se resserre. 

Courage ? Évidemment. 

Chance aussi, clairement. 

Parce qu’il faut bien le dire : réussir à faire tout ça en Russie aujourd’hui, sans se faire broyer, relève presque du miracle. 

Mais mon doute est sain. Cette petite voix façon Saint Thomas : “je ne crois que ce que je vois”. Et ici, justement, on voit beaucoup… peut-être même un peu trop bien. Qui filme parfois ? Comment certaines images existent-elles ? Est-ce qu’on nous montre tout ? Est-ce qu’on nous guide un peu ? 

Dans ces temps troublés, la question n’est pas absurde. Une manipulation ? Peu probable, oui… mais pas totalement impensable non plus. Et le film ne dissipe pas complètement ce flou. 

C’est là qu’il devient fascinant. 

Sur la mise en scène, on est dans du brut maîtrisé. Pas de fioritures inutiles, mais un montage qui sait exactement où appuyer. Les silences, les regards, les moments anodins qui deviennent glaçants… tout est utilisé avec intelligence. Le réel est laissé respirer, mais jamais au hasard. 

Côté “casting” — même si ici ce sont des gens réels — Pavel Talankin porte le film sur ses épaules. Il n’est pas acteur, mais il a une présence incroyable : mélange de naïveté apparente, de lucidité progressive et de tension intérieure. Sa mère, figure en creux, presque tragique, ajoute une dimension humaine troublante — elle reste, lui part. Et ça, oui, c’est étrange. Et ça reste en tête. 

Le scénario, parce qu’il y en a un malgré tout, suit une ligne limpide : innocence → basculement → résistance → fuite. Classique, presque trop parfait… mais la réalité a parfois ce sens du récit. 

Alors oui, on admire. 

On admire la persévérance, le courage, la capacité à documenter l’indicible de l’intérieur. 

Mais on garde aussi ce petit doute au coin de la tête. 

Et c’est peut-être la plus grande réussite du film : ne pas être seulement un témoignage, mais aussi un objet qui nous oblige à rester vigilants, même face à ce qui semble évident. 

Un documentaire intéressant à plus d’un titre, 

Et dans le monde actuel, c’est déjà beaucoup. 

NOTE : 13.80


mercredi 18 mars 2026

10.20 - MON AVIS SUR LE FILM LE GANG DES AMAZONES DE MELISSA DREGEARD (2025)

 


Vu le Film Le Gang des Amazones de Mélissa Drégeard (2025) avec Lyna Khoudri , Izia Higelin Mallory Waenecque Laura Felpin Kenzan Fortas Moussa Maaskri Patrick Descamps Rabat NBait Outfella Pascal Renéric 

Au début des années 1990, cinq jeunes femmes, amies d'enfance, ont braqué sept banques dans la région d'Avignon. La presse les a surnommées "Le gang des Amazones". Ce film est leur histoire. 

Il y a des faits divers qui, à une époque, font la une des journaux, envahissent les plateaux de télévision et alimentent les conversations de café. Puis le temps passe, l’actualité chasse l’actualité, et les faits passent… les infos trépassent. L’histoire du Gang des Amazones appartient un peu à cette catégorie. Dans les années 90, cette affaire de braqueuses avait défrayé la chronique, intriguant autant qu’elle fascinait. 

Avec Le Gang des Amazones, Mélissa Drigeard nous remet l’eau à la bouche en ravivant ce souvenir médiatique. Le point de départ est excellent : cinq jeunes femmes qui décident de basculer dans le banditisme, défiant les clichés d’un milieu traditionnellement masculin. 

Un tel sujet pouvait donner un grand polar. On imagine facilement un film nerveux, tendu, presque clinique dans sa façon de disséquer la mécanique du crime. 

Mais hélas… trois fois hélas, la réalisatrice n’est pas Jacques Deray. Deray savait raconter ce type d’histoires avec élégance et précision, plongeant à la fois dans la tête des braqueurs et dans celle des policiers, créant ce jeu de miroir fascinant entre les deux camps. 

Ici, le film choisit de rester presque exclusivement au niveau des cinq filles, ce qui pourrait être passionnant si leurs psychologies étaient explorées en profondeur. Mais le scénario reste souvent en surface, comme s’il observait ses personnages sans vraiment oser entrer dans leurs zones d’ombre. 

Et c’est d’autant plus frustrant que le casting est excellent. 

On retrouve la magnétique Lyna Khoudri, toujours capable de mêler intensité et fragilité. 
La rockeuse devenue actrice Izïa Higelin, présence brute et instinctive à l’écran. 
La très prometteuse Mallory Wanecque, qui apporte une énergie très contemporaine. 
L’excellente Laura Felpin, souvent cantonnée à la comédie mais qui montre ici une palette plus large. 
Et enfin Kenza Fortas, révélée il y a quelques années et dont la présence garde toujours une forme de vérité brute. 

Cinq actrices différentes, cinq tempéraments, cinq visages du cinéma français actuel. Sur le papier, c’est une équipe idéale. 

Mais la mise en scène reste étonnamment sage. Les braquages manquent parfois de tension, la narration manque de rythme, et l’on attend souvent ce moment où le film décollera vraiment… moment qui arrive rarement. 

On sent pourtant que les actrices essaient d’apporter de la densité à leurs personnages. Elles donnent de l’énergie, de la sincérité, parfois même une vraie émotion. 

Mais le scénario ne leur donne pas toujours assez de matière pour construire des personnages vraiment mémorables. 

Le Gang des Amazones reste un film intéressant pour son sujet et pour son casting, mais il laisse une sensation étrange : celle d’un polar qui aurait pu être beaucoup plus intense. 

Le film rappelle un fait divers oublié, ce qui n’est déjà pas rien. Mais il manque ce regard de cinéaste capable de transformer une histoire vraie en grand récit de cinéma. 

Et c’est peut-être là que l’on repense à Jacques Deray : lui aurait sans doute fait de cette affaire un polar élégant, cruel et fascinant. 

Ici, il reste surtout cinq très bonnes actrices… et un film qui aurait pu aller beaucoup plus loin. 🎬 

NOTE : 10.20

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION