Mon avis sur le Film RRR (acronyme de Roudram Ranam Rudhiram) de Koduri Srisaila Sri Rajamouli (2022) avec N. T. Rama Rao Jr. Ram Charan Alla Bath Ajay Devgn Olivia Morris Ray Stevenson Shriya Saran
L'intrigue du film se situe en Inde dans les années 1920, durant la période du Raj britannique. Lorsque l'administrateur Scott Buxton et son épouse enlèvent Malli, une jeune fille du peuple Gond, son frère Komaram Bheem imagine un plan pour pouvoir la sauver. Sachant cela, les Britanniques décident de lancer un avis de recherche contre lui. Parallèlement, Alluri Sitarama Raju, un homme de la police impériale indienne est envoyé pour l'arrêter. Lorsque les deux hommes se rencontrent par hasard, tout va changer
Le film-événement indien qui a fait découvrir au monde entier une autre facette du cinéma indien et qui a même décroché un Oscar grâce à sa chanson Naatu Naatu. Pourtant, contrairement à ce que beaucoup imaginent, RRR n'est pas vraiment un Bollywood dans sa forme. Certes, il y a bien une scène musicale spectaculaire, mais le film est avant tout une immense fresque d'aventure, de guerre et d'action. Un film avec beaucoup d'Air... et pas seulement parce que le héros semble passer plus de temps dans les airs que sur le plancher des vaches.
Car si Rajamouli possède un sens du spectacle absolument indéniable, il possède aussi une passion débordante pour le ralenti. Ici, pratiquement chaque scène d'action est filmée comme une publicité pour shampoing : les cheveux flottent au vent, les capes virevoltent, les héros bondissent sur plusieurs mètres, les coups semblent suspendus dans le temps. Au début, on admire la maîtrise visuelle. Au bout de trois heures, les pupilles commencent sérieusement à demander une pause. À force de ralentis, cela finit même par donner soif.
Le réalisateur choisit de raconter une histoire entièrement romancée autour de deux véritables figures de la résistance indienne : Alluri Sitarama Raju et Komaram Bheem, deux révolutionnaires ayant réellement combattu la domination britannique mais qui ne se sont jamais rencontrés. Rajamouli imagine pourtant leur amitié, leurs destins qui se croisent et leurs combats communs. Pour nous, ces noms évoquent à peu près autant de souvenirs que Mandrin ou Vidocq pourraient en évoquer à un spectateur indien. Là-bas, ce sont de véritables héros populaires.
L'histoire suit d'un côté Raju, policier indien infiltré dans l'administration coloniale britannique afin de préparer une future insurrection, et de l'autre Bheem, venu secrètement à Delhi pour retrouver une jeune fille de sa tribu enlevée par le gouverneur anglais Scott Buxton et son épouse Catherine. Sans connaître leurs véritables identités, les deux hommes se lient d'une amitié indestructible avant que leurs missions respectives ne les obligent à s'affronter. Le scénario repose essentiellement sur cette fraternité impossible avant de basculer progressivement vers une immense revanche contre l'occupant britannique.
Il ne faut évidemment pas chercher ici une reconstitution historique rigoureuse. Rajamouli préfère largement fabriquer une légende moderne. Il n'est pas David Lean et ses deux héros ne sont pas Gandhi. Leur arme principale n'est ni la diplomatie ni la désobéissance civile : c'est la bagarre. Une bagarre gigantesque, chorégraphiée avec une énergie folle où tout devient projectile : poings, pieds, bâtons, chaînes, torches, arcs, flèches, motos, chevaux et même les animaux finissent par participer à la fête. Et tout cela... au ralenti bien sûr.
Comme il s'agit d'un film profondément patriotique, n'attendez aucune indulgence envers les colonisateurs britanniques. Ils prennent absolument tout sur la tête. Coups de poing, coups de pied, explosions, humiliations publiques, attaques animales, pluies de flèches... les Anglais servent de punching-ball géant pendant plus de trois heures. Le film assume totalement cette vision très manichéenne de son histoire et ressemble parfois davantage à une légende nationale qu'à un récit historique. Oui, c'est de la propagande. Mais c'est une propagande tellement généreuse dans son spectacle qu'elle finit souvent par emporter l'adhésion.
Il faut reconnaître que Rajamouli déborde d'idées de mise en scène. Chaque combat cherche à surpasser le précédent, les décors explosent de couleurs, la photographie est chatoyante, les mouvements de caméra sont permanents et l'énergie des acteurs semble inépuisable. Le film accorde également une place intéressante aux différentes langues parlées en Inde, rappelant la diversité culturelle du pays plutôt que de tout uniformiser. En revanche, derrière cette démonstration de force technique, le scénario reste finalement assez simple et parfois un peu faible. Les personnages sont davantage des symboles que des êtres de chair, et les rebondissements ne réservent finalement que peu de surprises.
Quant à Naatu Naatu, la fameuse chanson oscarisée, elle est effectivement spectaculaire. La chorégraphie est impressionnante, les danseurs semblent défier les lois de la gravité et l'énergie est communicative. Pourtant, une fois replacée dans le contexte du film, je l'ai trouvée moins extraordinaire que la réputation qui l'avait précédée. En revanche, j'ai davantage apprécié la chanson finale, Sholay, qui rend hommage à huit grandes figures révolutionnaires, indépendantistes et héroïques de l'histoire de l'Inde, chacune représentant une région du pays. Elle apporte finalement plus au récit que le numéro musical devenu mondialement célèbre.
RRR est donc une œuvre totalement décomplexée, patriotique, spectaculaire, parfois épuisante mais constamment généreuse. On peut sourire devant ses invraisemblances, lever les yeux au ciel devant ses ralentis omniprésents et regretter un scénario un peu faible, mais impossible de nier la formidable énergie qui traverse chaque image. C'est un cinéma qui ose tout, quitte à en faire beaucoup... parfois beaucoup trop. Et lorsque le générique arrive enfin après 3 h 07 de chevauchées, de combats, d'explosions, de chorégraphies, de chevelures flottant au vent et de ralentis à répétition, ce ne sont plus seulement les pupilles qui sont fatiguées... le fessier aussi commence sérieusement à réclamer son indépendance.
NOTE : 12.80
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : S. S. Rajamouli[]
- Scénario : S. S. Rajamouli, Vijayendra Prasad, Sai Madhav Burra, Madhan Karky et Riya Mukherjee
- Musique : M. M. Keeravani (en) (crédité sous le nom de M M Kreem)
- Direction artistique : Nikolai Kirilov et Anil Jadhav
- Décors : Sabu Cyril (en)
- Costumes : Rama Rajamouli (en)
- Photographie : K. K. Senthil Kumar (en) (crédité sous le nom de Senthil Kumar)
- Montage : A. Sreekar Prasad (en)
- Production : D. V. V. Danayya (en) et M. M. Srivalli
- Société de production : DVV Entertainment
- Sociétés de distribution : Desi Entertainment Paris / Friday Entertainment (France) ; N&N Creations (Suisse) ; Pen Marudhar Entertainment (Inde) ; Phars Film (monde)
- Pays de production :
Inde - Langues originales : télougou et anglais[
- N. T. Rama Rao Jr. : Komaram Bheem
- Ram Charan : Alluri Sitarama Raju
- Ajay Devgn : Venkata Rama Raju, le père de Raju
- Alia Bhatt : Sita
- Olivia Morris : Jennifer, dit « Jenny »
- Shriya Saran : Sarojini, la mère de Raju
- Ray Stevenson : Scott Buxton
- Alison Doody : Catherine Buxton, l'épouse de Scott
- Samuthirakani (en) : Venkateswarulu , l'oncle de Raju
- Chandra Sekhar : Jangu
- Makrand Deshpande (en) : Peddayya
- Rajeev Kanakala (en) : Venkat Avadhani
- Rahul Ramakrishna (en) : Lacchu
- Edward Sonnenblick (en) : Edward
- Mark Bennington : Cunningham
- Eduard Buhac : Jake, le soupirant de Jenny
- Twinkle Sharma : Malli
- Ahmareen Anjum : Loki, la mère de Malli
- Varun Buddhadev : Raju enfant
- Spandan Chaturvedi (en) : Sita enfant
- S. S. Rajamouli : danseur dans la chanson de fin (caméo)

