Pages

samedi 24 octobre 2026

14.40 - MON AVIS SUR LE FILM SHAUNE LE MOUTON LA BEEETE D'HALLOWEEN DE STEVE COX ET MATTHEW WALKER (2026)


 Vu le film Shaun le mouton : La Bêêête d'Halloween film d'animation en volume britannique réalisé par Steve Cox et Matthew Walker. produit par Aardman Animations (2026)


Quel plaisir d'aller voir le nouveau film des studios Aardman, à condition de ne pas raconter des conneries au gamin qu'on emmène, car avec Shaun le mouton, inutile de se demander si la séance est en VO ou en VF, nos amis les animaux ne parlent pas, ils bêlent, grognent et s'expriment avec leurs mimiques, ce qui est autrement plus drôle que certains dialogues entendus dans des films qui se prennent très au sérieux. Oui, je ne suis pas parfait, mais Shaun, lui, s'approche dangereusement de la perfection !

Les studios Aardman, spécialistes de l'animation en volume, nous offrent une nouvelle merveille d'inventivité, avec ce mouton qui n'a décidément pas inventé l'eau chaude, mais qui sait parfaitement mettre le feu à la ferme. Cette fois, Shaun se retrouve encore en conflit avec son fermier préféré, Bitzer, et la situation prend une tournure catastrophique lorsque le fermier, qui n'a visiblement pas le gaz à tous les étages, détruit le champ de citrouilles. Comment fêter Halloween dans ces conditions, alors que les potirons sont aussi indispensables à la fête que les bonbons aux gamins ?

À partir de là, les catastrophes vont s'additionner comme 2 + 2 font 5, car Shaun n'est pas du genre à accepter tranquillement les conséquences de ses bêtises. Entre les courses-poursuites, une mystérieuse créature dans les bois et notre mouton préféré qui se prend pour un savant frapadingue, il n'y a qu'un pas de mouton pour que la situation dégénère et que les éclats de rire se multiplient. Quand Shaun décide de réparer les dégâts à sa manière, on peut s'attendre à tout, sauf à une opération menée dans les règles de l'art.

La grande force d'Aardman reste cette animation en volume, réalisée avec des personnages en pâte à modeler dont les expressions, les gestes et les mimiques sont un régal. Chaque détail compte, chaque mouvement possède son petit effet comique et les gags visuels s'enchaînent avec une précision qui ferait pâlir quelques productions utilisant des ordinateurs autrement plus puissants. Ici, pas besoin d'en mettre plein les yeux avec des effets numériques à la pelle, puisque quelques moutons, des décors minutieusement fabriqués et une imagination débordante suffisent à faire des merveilles.

Le film joue aussi sur plusieurs tableaux, car les gamins se régalent des aventures de Shaun tandis que les adultes s'amusent des références, des clins d'œil et de cet humour qui fonctionne sans avoir besoin de longues explications. C'est toute la magie de ces productions britanniques, capables de faire rire plusieurs générations avec une inventivité qui ne prend jamais les enfants pour des imbéciles et les parents pour des distributeurs de pop-corn.

Aucun ragoût dans cette aventure, à la rigueur une bonne soupe de potiron, mais certainement pas de quoi nous couper l'appétit cinématographique. L'ambiance d'Halloween apporte son lot de frissons gentiment malmenés, de créatures inquiétantes et de situations absurdes, sans jamais oublier que nous sommes là pour nous amuser. Même les moutons peuvent avoir leurs histoires de monstres, surtout lorsqu'ils ont Shaun dans les parages pour transformer une petite difficulté en catastrophe agricole.

Drôle, inventif et plein de fantaisie, ce nouvel épisode marche sur les traces de ses illustres prédécesseurs, et on ne va certainement pas s'en plaindre. Les studios Aardman savent préserver leur identité tout en renouvelant leurs gags, sans chercher à rivaliser avec les grosses machines hollywoodiennes qui confondent parfois animation et concours de pixels. Ici, le savoir-faire artisanal est une véritable richesse, et l'on retrouve ce plaisir simple de voir des personnages prendre vie sous nos yeux.

Du bonheur, tout simplement, avec des moutons qui n'ont pas besoin de parler pour nous faire comprendre ce qu'ils ont derrière la tête, ce qui est parfois un avantage considérable sur certains humains. Shaun peut bien semer la pagaille, détruire quelques citrouilles et jouer les apprentis scientifiques, on lui pardonne volontiers ses écarts, car il nous offre une bonne dose de rire et de tendresse.

Quant à Shaun, il peut continuer ses expériences, même si je lui déconseille de toucher aux installations électriques du fermier. Avec lui, Halloween risque encore de finir en catastrophe, mais au moins, nous aurons passé un excellent moment de cinéma. Et ça, pour un mouton qui ne sait même pas compter jusqu'à cinq sans provoquer un incident, c'est déjà une sacrée performance !

NOTE : 14.40

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

HISTOIRE D'UNE CHANSON : MA POMME DE MAURICE CHEVALIER

 


#HistoiredUneChanson
, aujourd"hui la chanson Ma Pomme de Maurice Chevalier , Il y a des chansons qui restent accrochées à un interprète, au point qu'on a du mal à imaginer quelqu'un d'autre les chanter, et « Ma pomme » fait partie de celles-là. Quand on évoque Maurice Chevalier, on retrouve aussitôt son canotier, son accent de titi parisien, sa gouaille et cette façon de chanter qui donne l'impression qu'il vous raconte ses petites histoires au comptoir d'un bistrot. Pour moi, cette chanson est aussi liée à ma maman, qui l'adorait, et ces refrains qui traversent les générations ont parfois le pouvoir de faire revenir les souvenirs sans prévenir.


J'associe naturellement Maurice Chevalier à Ménilmontant, ce Paris populaire dont il est devenu l'un des ambassadeurs les plus célèbres, même si « Ma pomme » nous emmène davantage du côté des petits bars, des copains et de la vie sans chichis que dans une promenade touristique du vieux Paris. Ici, pas besoin de fréquenter les salons de la noblesse ni de faire des courbettes aux snobs, notre homme se contente de ce qu'il a et s'en porte très bien.

La chanson est créée en 1936 et enregistrée le 20 octobre de la même année, sur une musique de Charles Borel-Clerc et des paroles de Georges Fronsac et Lucien Rigot. Elle est destinée au film L'Homme du jour, réalisé par Julien Duvivier, qui sort en 1937. On retrouve donc derrière cette rengaine populaire une équipe de professionnels de la chanson et du cinéma, avec Maurice Chevalier au centre du dispositif, puisque son personnage et son talent de chanteur font partie intégrante de l'histoire.

Dans le film, Chevalier incarne Alfred Boulard, un électricien qui chante à ses heures perdues et rêve de devenir une vedette du music-hall. Après avoir sauvé la vie d'une célèbre artiste en lui donnant son sang, il se retrouve propulsé sous les projecteurs, découvre les joies de la célébrité et ses revers, avant que cette gloire ne se révèle bien éphémère. Le film ne rencontre pas le succès espéré, mais sa chanson, elle, va poursuivre son chemin bien au-delà des images.

Car notre homme préfère la tranquillité aux complications, les copains aux mondanités et le repos aux ambitions démesurées. Il ne comprend pas ces gens qui se donnent un mal fou pour gagner davantage, alors que la vie est déjà suffisamment compliquée comme ça. Il revendique sa simplicité avec une bonne dose d'autodérision et cette assurance du bon vivant qui n'a pas besoin d'un compte en banque bien garni pour se sentir heureux.

Le personnage n'est pas un grand philosophe, mais il possède une sagesse populaire qui n'est pas forcément la plus mauvaise des écoles. Pourquoi courir après la réussite si l'on passe son existence à travailler pour en profiter le moins possible ? Pourquoi vouloir impressionner les autres quand on se trouve très bien dans ses propres chaussures ? Notre titi parisien a choisi son camp, celui de la tranquillité, et il ne semble pas disposé à en changer pour faire plaisir aux ambitieux.

L'expression « ma pomme », employée pour parler de soi-même, trouve avec cette chanson un formidable porte-parole. Chevalier ne se contente pas de la chanter, il l'incarne, avec cette manière de se mettre lui-même en scène, de jouer avec son personnage et de transformer une formule familière en refrain que tout le monde peut reprendre. La chanson contribue ainsi à populariser durablement cette expression dans la culture populaire française.

Une anecdote mérite d'être retenue : si L'Homme du jour n'a pas marqué les mémoires comme l'un des grands succès de Julien Duvivier, « Ma pomme » a connu une seconde jeunesse sur les planches du Casino de Paris en 1938, où elle a remporté un véritable triomphe. Le film n'avait donc pas réussi à faire décoller la chanson comme on aurait pu l'espérer, mais la scène allait lui offrir une nouvelle vie.

Autre curiosité, Maurice Chevalier reviendra au cinéma dans un film portant précisément le titre Ma pomme, réalisé par Marc-Gilbert Sauvajon en 1950. Le titre était donc suffisamment attaché à sa personnalité pour devenir, quatorze ans après la création de la chanson, celui d'un nouveau film avec lui en vedette.

« Ma pomme », c'est un peu Maurice Chevalier en concentré, avec son accent, sa bonhomie, son art de raconter les choses et cette façon de faire passer une philosophie de comptoir pour une leçon de bonheur. On peut sourire de son personnage, mais il possède une qualité devenue rare : il n'a pas besoin de se prendre au sérieux pour être convaincant.

Et quand je repense à ma maman qui aimait tant cette chanson, je me dis que certaines rengaines ont une valeur qui dépasse largement leur date de création. Elles nous ramènent à des visages, à des moments et à des souvenirs que l'on garde précieusement. Alors, même si les temps ont changé et que les soucis ne se règlent pas toujours avec un refrain, je veux bien reprendre un peu de cette philosophie à mon compte : après tout, pourquoi se compliquer la vie quand on peut encore fredonner Maurice Chevalier ?

Ma pomme, c'est moi ! Et pour une fois, voilà une chanson qui ne cherche pas à nous vendre du rêve : elle nous rappelle simplement que le bonheur n'a pas forcément besoin d'un costume trois-pièces, d'une limousine et d'un carnet d'adresses mondain. Un canotier, quelques copains et un bon refrain, ça peut déjà faire l'affaire.

8.50 - MON AVIS SUR LE FILM SORTEZ DES RANGS DE JEAN DENIS ROBERT (1996)


 Vu le Film Sortez des Rangs de Jean Denis Robert (1996) avec Laure Duthileul Stanislas Crevillén Josiane Lévèque Danièle Delorme Didier Flamand Pierre-Arnaud Crespeau Erwan Dujardin Jean François Derec


Être le fils d'Yves Robert et de Rosy Varte, avoir grandi dans un environnement où le cinéma devait occuper une place de choix, avec des soirées où l'on croisait probablement quelques figures du septième art, cela vous donne forcément quelques avantages, même si papa et maman ont peut-être fini par vous envoyer dans votre chambre pour avoir la paix. Mais quand on décide de passer derrière la caméra, encore faut-il avoir retenu quelques leçons de ses parents, et, devant Sortez des Rangs, on ne peut pas dire que Jean-Denis Robert ait parfaitement assimilé celles de son paternel !

Le réalisateur avait pourtant déjà fait ses premiers pas devant la caméra dans La Guerre des boutons, le film de son père sorti en 1962, où il tenait un rôle d'enfant. Pour son premier long métrage comme réalisateur, il choisit de revenir à l'enfance et à la guerre en adaptant son propre roman, Le Boucher des Hurlus, avec une histoire située au lendemain de la Première Guerre mondiale. Un sujet qui aurait pu donner une œuvre forte, puisque les blessures laissées par la guerre ne disparaissent pas avec la signature de l'armistice, surtout lorsqu'elles touchent les familles et les enfants.

Un an après la fin du conflit, Michel, un adolescent incarné par Stanislas Crevillén, veut venger son père, tué pendant la guerre. Une vengeance qui va guider son parcours et donner au récit une dimension dramatique intéressante, puisque l'enfant se retrouve confronté à la violence des adultes et aux conséquences d'un monde qui a sacrifié toute une génération. Le sujet avait donc de quoi séduire, avec cette enfance malmenée par l'Histoire et cette volonté de justice qui peut rapidement se transformer en obsession.

Les gamins donnent le meilleur d'eux-mêmes et méritent qu'on leur reconnaisse leur investissement, car ils ne sont pas responsables de tous les malheurs qui s'abattent sur le film. Malheureusement, leurs efforts ne suffisent pas à sauver une réalisation paresseuse, qui peine à donner du souffle à cette histoire pourtant prometteuse. Les décors, avec leur aspect artificiel et leur esthétique qui semble parfois avoir été fabriquée pour l'occasion, finissent par fatiguer, tandis que la mise en scène manque singulièrement de vie et de relief.

Mais le pire reste encore le jeu de certains comédiens, dont les prestations donnent envie de retourner voir un film de Marcel Carné, de Jean Renoir ou même du paternel, quitte à changer complètement de registre pour retrouver des acteurs qui savaient donner de l'épaisseur à leurs personnages. La comparaison est cruelle, mais le cinéma n'a jamais garanti le talent par héritage, et porter un grand nom dans son arbre généalogique ne suffit pas à faire pousser un réalisateur.

On aurait aimé retrouver dans Sortez des Rangs un peu de cette tendresse, de cette justesse et de cette humanité que savait parfois insuffler Yves Robert à ses films, même lorsqu'il racontait des histoires d'enfants. Ici, le sujet méritait mieux, les jeunes interprètes font ce qu'ils peuvent, mais l'ensemble s'enlise dans une réalisation sans inspiration, des décors peu convaincants et des prestations qui n'arrangent rien.

Jean-Denis Robert avait pourtant de quoi nourrir son premier film avec son propre roman et cette histoire d'un adolescent confronté aux horreurs de la guerre, mais l'adaptation ne parvient jamais à transformer cette matière en véritable cinéma. Le résultat manque de souffle, d'émotion et de cette petite étincelle qui permet de faire oublier les imperfections pour s'attacher aux personnages.

Une catastrophe industrielle, ai-je envie de dire, même si le budget n'était peut-être pas celui d'une superproduction hollywoodienne ! Le cinéma est une affaire de famille chez certains, mais le talent, lui, ne se transmet pas automatiquement avec le livret de famille. Et cette fois, les leçons du paternel semblent être restées dans la chambre !

NOTE : 8.50

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

18.10 - MON AVIS SUR LE FILM LES ENFANTS DU PARADIS DE MARCEL CARNE (1945)


 Vu le Film Les Enfants du Paradis de Marcel Carné (1945) avec Pierre Brasseur Arletty Jean Louis Barrault Maria Casares Marcel Herrand Pierre Renoir Jane Marken Leon Larive Robert Dhéry Paul Frankeur Jean Carmet


Film fondateur du cinéma français d'après-guerre, Les Enfants du Paradis est un chef-d'œuvre absolu que Marcel Carné a eu l'audace de mettre en scène sous l'Occupation, sur un scénario et des dialogues de Jacques Prévert, où chaque mot compte et colle aux images avec une précision remarquable. Une maestria dans la mise en scène, où chaque plan devient un morceau de cinéma, sublimé par les décors de Léon Barsacq et Alexandre Trauner , qui reconstitue le Paris du XIXe siècle et son célèbre boulevard du Crime, avec ses théâtres populaires, ses saltimbanques et ses personnages hauts en couleur.

Au milieu de cette fresque romantique et théâtrale, Jean-Louis Barrault incarne de façon magistrale le poétique et mélancolique Baptiste Deburau, mime dont le silence exprime parfois davantage que les plus beaux discours. Un Marcel Marceau d'un autre temps, dont les gestes, les regards et les expressions donnent au personnage une dimension presque irréelle. Face à lui, Pierre Brasseur est flamboyant dans le rôle de Frédérick Lemaître, comédien extraverti, ambitieux et irrésistible, dont on remarquera la ressemblance frappante avec son fils Claude Brasseur. Deux personnalités opposées, deux façons d'aimer et de vivre le théâtre, qui donnent à cette histoire une profondeur exceptionnelle.

Et puis il y a Garance, éternelle, belle et piquante, incarnée par Arletty, dont la présence illumine le film. Autour d'elle gravitent des hommes qui l'aiment chacun à leur manière, entre passion, jalousie, rêves impossibles et désillusions. Maria Casarès apporte également sa personnalité à cette distribution prestigieuse, tandis que Marcel Herrand prête ses traits à Pierre-François Lacenaire, escroc et criminel devenu personnage de théâtre, dont la présence trouble complète cette galerie de figures inoubliables.

Tous ces artistes ont donné vie à cette grande fresque, où le théâtre de rue côtoie les salons dorés du boulevard, où les saltimbanques croisent les comédiens célèbres et où les passions humaines se jouent aussi bien sur scène que dans la vie. Le boulevard du Crime a disparu, mais les grands boulevards parisiens, de la République à l'Opéra, conservent encore la mémoire de cette époque où les théâtres faisaient partie du paysage quotidien. Le Théâtre du Déjazet, où certaines scènes furent tournées, en est un témoin, et j'y ai même posé mes fesses à l'époque où il était encore un cinéma !

Ambitieux, tragique et d'une richesse inouïe, le film a aussi suscité des débats, notamment chez certains futurs représentants de la Nouvelle Vague, qui ne partageaient pas forcément l'admiration vouée au cinéma de Carné. Cela ne m'empêche pas de considérer Les Enfants du Paradis comme l'un des plus grands films du cinéma français, aux côtés des chefs-d'œuvre de Renoir et de Pagnol.

Trois heures de bonheur absolu, portées par les dialogues de Jacques Prévert, qui trouvent dans la bouche des plus grands acteurs de cette époque une résonance extraordinaire. Il se passe quelque chose à chaque plan, chaque personnage possède son existence propre, et l'ensemble compose une œuvre d'une générosité rare, où la poésie côtoie la cruauté et où le rire n'est jamais bien loin de la tragédie.

Grandiose, j'ai dit ! Avec Arletty et Maria Casarès, face à un Pierre Brasseur en Frédérick Lemaître qui ne manque ni d'ambition ni de panache, et surtout Jean-Louis Barrault, dont le Baptiste m'a profondément marqué. Une histoire tragique, certes, mais tellement de bonheur à regarder que l'on en redemande, même après trois heures passées dans ce Paris disparu.

Les Enfants du Paradis, c'est du grand cinéma, celui qui fait oublier le temps qui passe et qui vous rappelle pourquoi on aime tant le septième art.

NOTE : 18.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION