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mercredi 6 mai 2026

12.40 - MON AVIS SUR LE FILM BESSIE DE DEE REES (2015)


 Vu le Film Bessie de Dee Rees (2015) avec Queen Latifah Mo’Nique Michael K.Williams Tory Kittle Bryan Greenberg Tika Sumpter Khandi Alexander 

Bessie Smith est une jeune chanteuse de Chattanooga, dans le Tennessee. À la mort de leurs parents, William et Laura, elle et ses frères et sœurs deviennent orphelins. Leur sœur aînée, Viola, va les élever. Viola est sévère avec eux et l'enfance de Bessie est malheureuse. Elle et son frère Clarence cherchent à travailler pour des spectacles de vaudeville locaux. Ses ambitions scéniques sont frustrées par les producteurs qui ne veulent pas en vedette des femmes noires à la peau foncée dans leurs spectacles. Bessie se faufile dans le train de l'interprète Ma Rainey et lui demande de se joindre à son spectacle. Ma Rainey prend Bessie sous son aile et l'aide à développer ses capacités jusqu'à ce que la popularité de Bessie provoque la séparation des deux femmes. Bessie laisse aussi Clarence pour lancer sa propre carrière. 

On dit souvent que le “cinéma black” n’existe pas,  mais quand il se raconte lui-même, comme avec Moonlight, il devient immédiatement plus incarné, plus nécessaire. Bessie s’inscrit là-dedans : pas un film communautaire, mais un film vécu. 

Ici, on plonge dans la vie de Bessie Smith, “l’impératrice du Blues”, une figure que vous ne connaissiez pas forcément — et le film fait justement le boulot. Une voix, une présence, une vie cabossée qui va influencer des monstres comme Billie Holiday, Nina Simone ou Janis Joplin. Rien que ça. 

On suit son ascension passant par les humiliations raciales, les excès, les amours destructrices. Une trajectoire classique de biopic ? Oui. Mais avec une matière brute qui empêche toute tiédeur. 

Et puis il y a cette fin. Dans la réalité, Bessie Smith meurt à 43 ans dans des circonstances marquées par la ségrégation médicale. Le film, lui, choisit de rester sur une note plus lumineuse. Choix discutable, mais compréhensible : on célèbre ici une vie plus qu’on ne dissèque une mort. 

Mais soyons clairs : le film repose avant tout sur Queen Latifah. Elle ne joue pas, elle habite le rôle. Elle met tout : la voix, le corps, la rage, la fragilité. Elle se met à nu, littéralement et émotionnellement. Et là, on est loin du souvenir un peu gênant de son passage dans Taxi. Ici, elle est immense. 

Mo'Nique apporte une réplique tout aussi puissante. Deux femmes, deux tempéraments, deux volcans. Leur relation donne au film ses moments les plus électriques. Ça cogne, ça aime, ça détruit — bref, ça vit. 

 Dee Rees filme solide, sans esbroufe. Elle laisse respirer les personnages, capte les regards, les silences, les excès. On sent une volonté de ne pas styliser à outrance, mais de coller à une réalité rugueuse. 

Côté production, HBO fait le travail — et même plus. Comme dans Ma vie avec Liberace, on a une reconstitution impeccable : costumes, décors, ambiance. Rien ne sonne faux. On est dans l’époque, sans jamais avoir l’impression d’un musée. 

Et puis il y a la musique. Le blues, évidemment. Quand le jazz est là, le film respire autrement. Il s’élève. Il trouve sa vraie voix. Ce n’est plus un biopic, c’est une incarnation. 

Alors oui, le film reste classique dans sa structure. Oui, il évite certaines zones d’ombre. Mais quand il est porté par une interprétation aussi habitée, ça devient secondaire. 

Bessie, c’est un destin hors norme dans une Amérique blanche et raciste. C’est une femme qui refuse de plier. Et surtout, c’est un rôle que Queen Latifah transforme en démonstration. 

Un biopic qui a du coffre. Et du cœur.

NOTE : 12.40

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

mardi 5 mai 2026

14.80 - MON AVIS SUR LE FILM AU COEUR DES TENEBRES DE FAX BAHR ELEANOR COPPOLA (1991)


 Vu le Film Documentaire  Au Coeur des Ténèbres de Fax Bahr Eléanor Coppola George Hickenlooper (1991) avec Marlon Brando Francis Ford Coppola Eleanor Coppola Martin Sheen  John Milius George Lucas Samp Bottons Frederic Forrest Laurence Fishburne Gia et Roman Coppola 

Le documentaire présente le célèbre réalisateur Francis Ford Coppola et son film Apocalypse Now (1979), qui, tourmenté par ce scénario extraordinaire, voit sa vie et sa carrière presque anéanties par les problèmes de tournage, de budget et de casting. C'est un document sur les événements sensationnels qui entourent l'élaboration d'Apocalypse Now et la lutte du réalisateur contre la nature, les gouvernements, les acteurs et le doute de soi. Certaines séquences sonores ont été enregistrées secrètement par Eleanor Coppola, son épouse. 

Si l’apocalypse était sur l’écran en 1979 avec Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, elle est ici, brute, nue, sans filtre, sur le tournage. Et ce n’est plus du cinéma : c’est un champ de bataille. 

L’histoire, on la connaîtmais jamais comme ça. On suit Coppola aux Philippines, en train de fabriquer son propre Vietnam mental. Un réalisateur au sommet qui veut tout contrôler… et qui voit tout lui échapper. Le projet dérapegonfle, se fissure. Les jours deviennent des semaines, les semaines des mois, et le film semble engloutir ceux qui le fabriquent. 

Et , ce documentaire fait quelque chose de rare : il transforme un making-of en tragédie. Pas une anecdote de tournage, non. Une descente aux enfers. Coppola ne tourne plus un film, il le subit. Il s’y englueoui — dire qu’il s’est englué aux Philippines est un euphémisme — tant chaque problème semble appeler le suivant comme une malédiction. 

La scène des hélicos ? Trois semaines de retard parce que le pouvoir local réquisitionne le matériel. Déjà, vu de la terre, c’était fou. Mais filmé de l’intérieurc’est carrément irréel. On ne sait plus si on regarde une scène de guerre ou un tournage. 

Les conditions climatiques extrêmes interrompent tout. La jungle n’est pas un décor, c’est un adversaire. Elle avale les équipes, les use, les épuise. Et au milieu de ça, des acteurs à la dérive. Martin Sheen, perdu, malade, au bord de la rupture. Marlon Brando, imprévisible, hors cadre, presque hors film. Dennis Hopper, en roue libre totale. 

On les voitces acteurs. Pas en représentation. En train de se demander ce qui leur arrive. Quelles scènes ils vont tourner. Quels seront leurs dialogues. Ils avancent à tâtons dans un film qui n’existe pas encore, et qui menace de ne jamais exister. 

Il se réécrit au jour le jour. Littéralement. Coppola doute, improvise, s’enfonce. Il le dit lui-même : il a trop d’argent, trop de matériel, et petit à petit, il devient son propre ennemi. Le film devient une obsession, puis une maladie. 

Et la mise en scène… même dans le chaos, elle est . Ce qui est fascinantc’est de voir que ce désordre absolu produit, malgré tout, une vision. Coppola vacillemais il tient. Il doute, mais il continue. Il est au bord du gouffre — et il filme quand même. 

Ce documentairec’est ça : le cinéma comme enfer. Pas une métaphore. Une réalité. Un tournage chaotique et démentiel  tout semble conspirer contre le film. Et pourtant 

Et pourtant, on connaît le résultat. Et c’est bien ça qui rend le tout vertigineux. On regarde ces images en sachant que de ce chaos naîtra un chef-d’œuvre. Alors ouicet enfer, on est content de l’avoir vu. Parce qu’il donne une autre dimension au film. 

Des images prises sur le moment essentiel. Pas reconstruites, pas enjolivées. Le cœur qui bat du cinéma, au moment  il menace de s’arrêter. 

Une évidence s’impose : ce n’est pas un documentaire sur un filmC’est un film sur la folie de faire un film. Et à ce niveau-là, on n’est plus dans le making-of… on est dans l’Apocalypse 

NOTE : 14.80


Distribution