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lundi 27 juillet 2026

15.50 ( MON AVIS SUR LE FILM 7 PSYCHOPATHES DE MARTIN MCDONAGH (2012)

 


Vu le Film 7 Psychopathes de Martin McDonagh (2012) avec Colin Farrell Sam Rockwell Woddy Harrelson Harry Dean Stanton Michael Pitt Olga Kurylenko Željko Ivanek Abbie Cornish Michael Stuhlbarg Tom Waits


Martin McDonagh est un malade... dans le meilleur sens du terme. Avec 7 Psychopathes, il signe un OVNI cinématographique, une bombe à retardement où le rire, le sang et la folie dansent ensemble jusqu'au générique final.

Dès l'ouverture, on voit discuter tranquillement Michael Pitt et Michael Stuhlbarg. Là, je me dis : Wouah ! Génial, quel casting dès le début ! Et puis... eh bim ! Nos deux zigotos se font dézinguer sans le moindre préavis par notre premier psychopathe, Billy, incarné par un Sam Rockwell complètement allumé. Voilà, McDonagh annonce immédiatement la couleur : ici, personne n'est à l'abri et encore moins le spectateur.

Les psychopathes, comme les mercenaires ou les samouraïs, sont sept. Sauf qu'eux ne sauvent ni la veuve ni l'orphelin. Ils sont plutôt du genre à fabriquer des veuves et des orphelins... quand ils ne les tuent pas eux-mêmes.

L'histoire suit Marty Faranan, scénariste en panne d'inspiration, interprété par Colin Farrell, qui tente désespérément d'écrire un scénario intitulé... 7 Psychopathes. Son meilleur ami Billy, acteur raté mais surtout escroc professionnel et véritable électron libre, vole des chiens avec Hans, un homme au grand cœur incarné par Christopher Walken, afin de toucher les récompenses promises par leurs propriétaires.

Évidemment, tout dérape lorsqu'ils enlèvent sans le savoir Bonny, le shih tzu adoré du gangster Charlie Costello, joué par Woody Harrelson. Et quand on vole le chien d'un psychopathe, il ne faut pas s'attendre à recevoir un simple rappel à l'ordre.

À partir de là, McDonagh nous embarque dans un road movie complètement barré où chaque rencontre est plus improbable que la précédente. Les morts s'accumulent avec une régularité presque mathématique.

Les cadavres s'entassent comme des casiers de bouteilles dans la cave... où pourraient d'ailleurs finir ces mêmes cadavres.

Le génie de Martin McDonagh est de transformer cette avalanche de violence en une immense bande dessinée horrifique. Tout est excessif, absurde, imprévisible, mais rien n'est gratuit.

On rit souvent là où l'on ne devrait pas rire.

Le film joue constamment avec les codes du cinéma, démonte les clichés des films de gangsters, se moque des scénarios hollywoodiens tout en en fabriquant un sous nos yeux.

Comprendre toute la mécanique du film dès le premier visionnage relève quasiment de l'exploit.

À chaque nouvelle vision, on découvre un dialogue, un détail, une construction narrative que l'on n'avait pas remarqués.

Le scénario fonctionne comme un Rubik's Cube.

On croit avoir trouvé la solution... puis il reste toujours une face qui refuse obstinément de s'aligner.

C'est justement ce qui fait toute la richesse du film.

C'est un film sérieux... qui refuse constamment de se prendre au sérieux.

Tout est complètement décalé, délirant, irrévérencieux.

Ce type d'humour noir est extrêmement difficile à maîtriser.

Mais Martin McDonagh, qui signe également le scénario, le maîtrise avec une aisance insolente.

On retrouvera d'ailleurs tout son talent quelques années plus tard avec Three Billboards puis Les Banshees d'Inisherin, deux autres chefs-d'œuvre où l'humour côtoie toujours la tragédie.

Impossible également de ne pas penser à Quentin Tarantino.

Les deux cinéastes partagent cette capacité incroyable à faire cohabiter dialogues savoureux, personnages complètement fêlés et explosions de violence totalement imprévisibles.

Mais McDonagh possède malgré tout une identité bien à lui, plus mélancolique, plus ironique, parfois même plus cruelle.

Et quel casting !

Colin Farrell est absolument irrésistible.

Toujours cette classe naturelle, ce mélange de désillusion, d'humour et de maladresse qui le rend immédiatement attachant.

Sam Rockwell, lui, livre probablement l'une des prestations les plus dingues de sa carrière.

Impossible de prévoir la moindre de ses réactions.

Chaque scène où il apparaît devient une bombe prête à exploser.

Christopher Walken impose son charisme légendaire avec une douceur inattendue qui contraste merveilleusement avec la folie ambiante.

Woody Harrelson est un gangster aussi terrifiant que ridicule, capable de passer d'une crise de larmes à une exécution en quelques secondes.

Abbie Cornish apporte une respiration bienvenue au milieu de cette galerie de grands malades.

Et puis il y a le chien...

Le fameux chien-chien à sa mémère... si elle est encore vivante... lol.

Même lui finit par devenir un personnage à part entière.

La bande originale accompagne parfaitement cette cavalcade sanglante, donnant au film un rythme fou qui ne retombe jamais.

On passe sans cesse du rire à la tension, de l'absurde au drame, sans jamais avoir l'impression que le film perd le contrôle.

C'est précisément l'inverse.

Tout est parfaitement orchestré derrière cette apparente folie.

7 Psychopathes est un immense terrain de jeu pour Martin McDonagh, un cinéma libre, inventif, jubilatoire, où chaque dialogue est un plaisir et chaque scène une surprise. Une BD horrifique sous amphétamines, un road movie sanglant aussi jouissif qu'un réveil au clairon, porté par un casting en or et un réalisateur qui prouve une fois de plus qu'il fait partie des plus grands scénaristes et metteurs en scène de sa génération. Complètement barré... et absolument génial.

NOTE : 15.50

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION



15.30 - MON AVIS SUR LE FILM MORTELLE RANDONNEE DE CLAUDE MILLER (1983)

 


Vu le Film Mortelle Randonnée de Claude Miller (1983) avec Michel Serrault Isabelle Adjani Isabelle Ho Sami Frey Stéphane Audran Macha Méril Geneviève Page Guy Marchand Dominique Frot Michael Such


(Pays traversés France , Italie, Belgique, Allemagne)

Il y a des films policiers qui racontent une enquête. Mortelle Randonnée, lui, raconte une obsession. Et c'est bien ce qui en fait toute sa singularité. Cette unique collaboration entre Michel Audiard et son fils Jacques Audiard au scénario, sous la direction de Claude Miller, accouche d'un polar d'une noirceur fascinante, où les silences comptent autant que les dialogues.

Une phrase résume à merveille le personnage principal : « Elle a tué deux hommes, elle mange des poires et lit Shakespeare. Active, gourmande et cultivée. » Toute la base d'un polar très noir est déjà là. Une formule aussi drôle que glaçante qui résume parfaitement cette femme insaisissable.

D'un côté, Beauvoir, dit « l'Œil », un détective privé incarné par un immense Michel Serrault. Un homme usé par les filatures, les mensonges des autres et surtout par l'absence de sa fille disparue depuis vingt ans. Un homme qui observe tout, qui sait tout, qui voit tout... mais qui ne dit rien. Un voyeur silencieux dont le regard remplace les armes.

En face, Catherine Leiris, qui se fait également appeler Ève, interprétée par une Isabelle Adjani absolument magnétique. Belle comme Un été meurtrier, mystérieuse, insaisissable, elle traverse les existences comme une ombre, laissant derrière elle des cadavres... non pas de bouteille, mais bien en chair avant de n'être plus que des os.

Pourquoi l'Œil ne la dénonce-t-il jamais ? Toute la force du film est là. Peut-être parce qu'au fond de lui, il est persuadé d'avoir retrouvé sa fille disparue. Cette idée folle devient peu à peu sa raison de vivre, jusqu'à brouiller totalement la frontière entre la surveillance professionnelle et l'amour paternel.

La beauté du scénario est justement de ne jamais donner toutes les réponses. Claude Miller préfère explorer les blessures de ses personnages plutôt que de construire un simple thriller. Le détective et la tueuse cherchent chacun une famille perdue. Lui une enfant. Elle un père. Deux êtres condamnés à se compléter... mais toujours à distance.

Le plus cruel est que cette mante religieuse ignore totalement l'existence de cet ange gardien qui la suit depuis des mois, la protège parfois malgré elle, ramasse les morceaux de son passage sans jamais intervenir.

Cette relation invisible donne au film une dimension presque fantastique. On a parfois l'impression d'assister à une histoire de fantômes où chacun hante l'autre sans jamais vraiment le rencontrer.

Claude Miller installe une ambiance d'une froideur remarquable. Chaque plan semble respirer la solitude, chaque silence devient pesant. Le film avance comme un cauchemar éveillé où la fatalité semble écrite depuis longtemps.

À l'image de son titre, Mortelle Randonnée nous offre aussi une magnifique balade à travers l'Allemagne, la Belgique, l'Italie et la France. Pourtant, malgré ces décors de rêve, jamais le soleil ne réchauffe véritablement le récit. Claude Miller transforme ces paysages en cartes postales mélancoliques où flotte en permanence une étrange sensation de vide.

Cette géographie européenne devient le terrain de chasse de Catherine, mais aussi le chemin de croix de Beauvoir, condamné à suivre cette femme sans jamais pouvoir changer son destin.

Le film est adapté du remarquable roman de Marc Behm, qui sera de nouveau porté à l'écran en 1999 par Stephan Elliott sous le titre Voyeur (Eye of the Beholder) avec Ewan McGregor et Ashley Judd. Mais la version de Claude Miller possède une identité unique, beaucoup plus dramatique, plus intime et infiniment plus bouleversante.

Michel Serrault est exceptionnel. Loin de ses rôles comiques les plus populaires, il compose un homme brisé, cynique, profondément humain, dont le regard raconte davantage que tous les dialogues.

Face à lui, Isabelle Adjani est tout simplement hypnotique. Elle joue autant avec les regards qu'avec les silences. On ne sait jamais réellement qui est Catherine. Victime ? Monstre ? Enfant perdue ? Sans doute un peu tout cela à la fois.

La photographie accentue encore cette impression de rêve glacial. On flotte constamment entre réalité et hallucination, comme si le film refusait volontairement de nous offrir un terrain solide.

Claude Miller ne cherche jamais le spectaculaire. Chaque meurtre est moins important que les blessures invisibles qu'il laisse derrière lui.

Ce n'est pas un polar classique. C'est une tragédie déguisée en enquête policière.

On ressort du film avec un étrange sentiment de mélancolie, comme si cette randonnée avait traversé autant les paysages que les âmes de ses personnages.

Michel Serrault et Isabelle Adjani forment un duo extraordinaire... sans presque jamais partager l'écran. Une prouesse narrative qui renforce encore le mystère.

Rarement un film aura montré avec autant de pudeur qu'il est parfois plus douloureux de regarder vivre quelqu'un que de le perdre.

Mortelle Randonnée est un polar noir d'une intelligence rare, un voyage psychologique aussi fascinant que dérangeant. Une œuvre où Claude Miller transforme une filature en histoire d'amour impossible, un roman noir en tragédie intime. Et lorsque le générique tombe, on a bien du mal à sortir indemne de cette promenade funèbre où un voyeur silencieux et une tueuse solitaire n'auront finalement cessé de se chercher... sans jamais vraiment se trouver.

NOTE : 15.30

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

dimanche 26 juillet 2026

15.30 - %ON AVIS SUR LE FILM A SOLDIER'S STORY DE NORMAN JEWISON (1984)


 Vu le Film A Soldier's Story de Norman Jewison (1984) avec Howard E. Rollins Jr. Adolph Caesar Art Evans David Alan Grier Denzel Washington David Harris Robert Townsend


Il y a des films qui dérangent parce qu'ils montrent la violence. Et puis il y a ceux qui dérangent parce qu'ils obligent le spectateur à regarder ses propres préjugés en face. A Soldier's Story appartient clairement à cette seconde catégorie.

Voilà un film qui n'a pas dû faire plaisir au MAGA avant l'heure et à ses clones français. Norman Jewison, déjà auteur du formidable Dans la chaleur de la nuit, revient une nouvelle fois sur les fractures raciales américaines, mais avec une intelligence qui refuse les réponses faciles. Ici, personne n'est totalement innocent, personne n'est totalement coupable au premier regard.

L'histoire nous transporte en Louisiane, en 1944, dans une base militaire américaine encore profondément marquée par la ségrégation. Le sergent-chef Vernon C. Waters est retrouvé assassiné. Pour mener l'enquête, l'armée envoie le capitaine Richard Davenport, un officier noir interprété avec une immense dignité par Howard E. Rollins Jr., premier officier afro-américain chargé d'une telle mission.

Dès son arrivée, Davenport doit affronter un double mur. Celui des officiers blancs, colonels et supérieurs persuadés de connaître déjà la vérité, mais aussi celui des soldats noirs qui voient en lui un représentant de l'autorité plus qu'un frère de couleur.

Et c'est là toute la force du scénario de Charles Fuller, adapté de sa propre pièce de théâtre récompensée par le prix Pulitzer. Jewison ne raconte pas simplement une enquête criminelle. Il dissèque les rapports humains, les blessures de l'Amérique et les ravages du racisme, y compris lorsqu'il s'infiltre au sein même de ceux qui en sont victimes.

Le personnage du sergent Waters, incarné magistralement par Adolph Caesar, est d'une richesse incroyable. C'est un homme noir... mais plus blanc que noir dans son comportement. Pour lui, la discipline est une religion, le "Yes Sir" est de mise, et il méprise profondément les soldats noirs qui ne correspondent pas à son idéal de réussite. À ses yeux, il faut être irréprochable pour espérer être accepté par les Blancs.

Résultat : Waters est détesté par ses propres hommes.

Chaque flash-back ajoute une nouvelle pièce au puzzle et modifie notre regard sur les personnages. On croit comprendre... puis Jewison déplace subtilement les lignes.

Est-ce le Ku Klux Klan qui a exécuté ses basses œuvres ?

Est-ce un officier blanc ?

Ou simplement un soldat noir ?

Jewison joue avec la dualité de la culpabilité suivant la vision qu'on a de la situation. Il manipule nos certitudes avec une précision remarquable. Chaque nouvelle révélation remet en question la précédente et nous oblige à revoir notre jugement.

Jusqu'à la dernière seconde, on va être dérangé, regarder son voisin, et se poser la question : est-ce la bonne conclusion qu'il pouvait y avoir ?

C'est exactement ce que doit provoquer un grand film.

Howard E. Rollins Jr. livre une prestation tout en retenue. Son capitaine Davenport ne hausse jamais la voix inutilement. Il impose son autorité par son intelligence, son calme et sa détermination. Dans une société où tout le monde attend qu'il commette la moindre erreur, il avance avec une élégance remarquable.

Face à lui, Adolph Caesar compose un personnage fascinant, autoritaire, parfois odieux, mais jamais caricatural. Plus l'histoire avance, plus on comprend les blessures qui ont façonné cet homme. On ne l'excuse pas forcément... mais on le comprend.

Et dans les recrues, les cinéphiles auront le plaisir de remarquer un tout jeune Denzel Washington. Eh oui, ce n'est pas lui sur l'affiche, mais bien Rollins ! Pourtant, derrière son rôle secondaire de Peterson, on sent déjà poindre le futur immense acteur qu'il deviendra quelques années plus tard.

Autour d'eux, David Alan Grier, Art Evans, Robert Townsend, Larry Riley ou encore William Allen Young composent une galerie de soldats extrêmement crédibles, chacun portant sa propre vision de l'armée, de la ségrégation et de la dignité.

Jewison filme sans effets inutiles. Sa mise en scène est sobre, presque clinique. Il laisse les dialogues, les regards et les silences faire tout le travail. Cette retenue rend les confrontations encore plus puissantes.

La photographie restitue parfaitement la chaleur étouffante du Sud américain, tandis que la musique accompagne discrètement cette montée permanente de la tension.

Ce qui impressionne surtout, c'est que le film refuse le confort moral. Il aurait été tellement simple de désigner un coupable évident et de transformer l'histoire en démonstration. Jewison fait exactement l'inverse. Il oblige chacun à réfléchir à ses propres a priori, à la facilité avec laquelle on construit une vérité selon notre regard sur les événements.

Près de quarante ans après sa sortie, A Soldier's Story n'a absolument rien perdu de sa force. Les thèmes qu'il aborde restent d'une actualité troublante, et son écriture demeure un modèle d'équilibre entre polar, drame psychologique et réflexion sociale.

Norman Jewison nous offre une partition dure mais solide. Un film qui ne prend jamais le spectateur par la main, qui le bouscule sans relâche et qui prouve une nouvelle fois que le cinéma peut divertir tout en faisant réfléchir.

Une grande leçon de cinéma, de scénario et d'humanité, portée par un casting remarquable et un réalisateur qui, une fois encore, a su mettre son immense talent au service d'un sujet brûlant sans jamais tomber dans la démonstration facile.


Il y a des films qui dérangent parce qu'ils montrent la violence. Et puis il y a ceux qui dérangent parce qu'ils obligent le spectateur à regarder ses propres préjugés en face. A Soldier's Story appartient clairement à cette seconde catégorie.

Voilà un film qui n'a pas dû faire plaisir au MAGA avant l'heure et à ses clones français. Norman Jewison, déjà auteur du formidable Dans la chaleur de la nuit, revient une nouvelle fois sur les fractures raciales américaines, mais avec une intelligence qui refuse les réponses faciles. Ici, personne n'est totalement innocent, personne n'est totalement coupable au premier regard.

L'histoire nous transporte en Louisiane, en 1944, dans une base militaire américaine encore profondément marquée par la ségrégation. Le sergent-chef Vernon C. Waters est retrouvé assassiné. Pour mener l'enquête, l'armée envoie le capitaine Richard Davenport, un officier noir interprété avec une immense dignité par Howard E. Rollins Jr., premier officier afro-américain chargé d'une telle mission.

Dès son arrivée, Davenport doit affronter un double mur. Celui des officiers blancs, colonels et supérieurs persuadés de connaître déjà la vérité, mais aussi celui des soldats noirs qui voient en lui un représentant de l'autorité plus qu'un frère de couleur.

Et c'est là toute la force du scénario de Charles Fuller, adapté de sa propre pièce de théâtre récompensée par le prix Pulitzer. Jewison ne raconte pas simplement une enquête criminelle. Il dissèque les rapports humains, les blessures de l'Amérique et les ravages du racisme, y compris lorsqu'il s'infiltre au sein même de ceux qui en sont victimes.

Le personnage du sergent Waters, incarné magistralement par Adolph Caesar, est d'une richesse incroyable. C'est un homme noir... mais plus blanc que noir dans son comportement. Pour lui, la discipline est une religion, le "Yes Sir" est de mise, et il méprise profondément les soldats noirs qui ne correspondent pas à son idéal de réussite. À ses yeux, il faut être irréprochable pour espérer être accepté par les Blancs.

Résultat : Waters est détesté par ses propres hommes.

Chaque flash-back ajoute une nouvelle pièce au puzzle et modifie notre regard sur les personnages. On croit comprendre... puis Jewison déplace subtilement les lignes.

Est-ce le Ku Klux Klan qui a exécuté ses basses œuvres ?

Est-ce un officier blanc ?

Ou simplement un soldat noir ?

Jewison joue avec la dualité de la culpabilité suivant la vision qu'on a de la situation. Il manipule nos certitudes avec une précision remarquable. Chaque nouvelle révélation remet en question la précédente et nous oblige à revoir notre jugement.

Jusqu'à la dernière seconde, on va être dérangé, regarder son voisin, et se poser la question : est-ce la bonne conclusion qu'il pouvait y avoir ?

C'est exactement ce que doit provoquer un grand film.

Howard E. Rollins Jr. livre une prestation tout en retenue. Son capitaine Davenport ne hausse jamais la voix inutilement. Il impose son autorité par son intelligence, son calme et sa détermination. Dans une société où tout le monde attend qu'il commette la moindre erreur, il avance avec une élégance remarquable.

Face à lui, Adolph Caesar compose un personnage fascinant, autoritaire, parfois odieux, mais jamais caricatural. Plus l'histoire avance, plus on comprend les blessures qui ont façonné cet homme. On ne l'excuse pas forcément... mais on le comprend.

Et dans les recrues, les cinéphiles auront le plaisir de remarquer un tout jeune Denzel Washington. Eh oui, ce n'est pas lui sur l'affiche, mais bien Rollins ! Pourtant, derrière son rôle secondaire de Peterson, on sent déjà poindre le futur immense acteur qu'il deviendra quelques années plus tard.

Autour d'eux, David Alan Grier, Art Evans, Robert Townsend, Larry Riley ou encore William Allen Young composent une galerie de soldats extrêmement crédibles, chacun portant sa propre vision de l'armée, de la ségrégation et de la dignité.

Jewison filme sans effets inutiles. Sa mise en scène est sobre, presque clinique. Il laisse les dialogues, les regards et les silences faire tout le travail. Cette retenue rend les confrontations encore plus puissantes.

La photographie restitue parfaitement la chaleur étouffante du Sud américain, tandis que la musique accompagne discrètement cette montée permanente de la tension.

Ce qui impressionne surtout, c'est que le film refuse le confort moral. Il aurait été tellement simple de désigner un coupable évident et de transformer l'histoire en démonstration. Jewison fait exactement l'inverse. Il oblige chacun à réfléchir à ses propres a priori, à la facilité avec laquelle on construit une vérité selon notre regard sur les événements.

Près de quarante ans après sa sortie, A Soldier's Story n'a absolument rien perdu de sa force. Les thèmes qu'il aborde restent d'une actualité troublante, et son écriture demeure un modèle d'équilibre entre polar, drame psychologique et réflexion sociale.

Norman Jewison nous offre une partition dure mais solide. Un film qui ne prend jamais le spectateur par la main, qui le bouscule sans relâche et qui prouve une nouvelle fois que le cinéma peut divertir tout en faisant réfléchir.

Une grande leçon de cinéma, de scénario et d'humanité, portée par un casting remarquable et un réalisateur qui, une fois encore, a su mettre son immense talent au service d'un sujet brûlant sans jamais tomber dans la démonstration facile.

NOTE :15.30

FICHE TECHNIQUE



DISTRIBUTION