Pages

mercredi 29 juillet 2026

16.80 - MON AVIS SUR LE FILM DOCUMENTAIRE IT'S BNEVER OVER DE AMY BERG (2025)

 


Vu le Film Documentaire It's Never Over d'Amy Berg (2025) avec Mary Guibert Rebecca Moore, Joan Wasser, Ben Harper, Susan Silver, Michele Anthony, Aimee Mann and Chris Cornell.


Amy Berg est l'une des plus grandes documentaristes du cinéma américain. De West of Memphis à son magnifique portrait de Janis Joplin, elle a toujours eu ce talent rare de faire parler les absents sans jamais les trahir. S'attaquer aujourd'hui à la vie de Jeff Buckley relevait presque de l'impossible. Comment raconter un artiste devenu une légende avec un seul album studio, disparu à seulement 30 ans, non pas dans les excès de la drogue comme Jim Morrison, Jimi Hendrix ou Janis Joplin, mais emporté accidentellement en pleine jeunesse ? Le pari était immense. Amy Berg le relève avec une grâce qui n'appartient qu'aux très grands documentaires.

Et c'est gagné. Berg signe tout simplement l'un des plus beaux documentaires musicaux de ces dernières années. Il faut dire que Jeff Buckley aide beaucoup à cette magie. Dès qu'il ouvre la bouche, les frissons parcourent tout le corps. Il y a des chanteurs, il y a des interprètes... et il y avait Jeff Buckley. Pour moi, la plus belle voix du rock. Un immense musicien, un guitariste exceptionnel et surtout un showman capable de retourner une salle entière en quelques minutes.

Le documentaire revient sur son enfance, ses débuts difficiles, son rapport compliqué à l'héritage de son père, le chanteur Tim Buckley, et cette quête permanente de sa propre identité. Grâce aux témoignages bouleversants de sa mère, de ses proches, de Rebecca Moore, qui partagea une partie de sa vie, ainsi que de nombreux musiciens, Amy Berg construit patiemment le portrait d'un homme écorché vif, d'une sensibilité presque douloureuse.

Pendant plus d'une heure trente, on comprend comment quelques mots, une guitare et surtout une voix hors du commun ont réussi à s'emparer de nos cerveaux et de nos cœurs. Berg filme Buckley comme une figure presque christique, adorée par ceux qui croisent son chemin. Des petites salles où quelques dizaines de spectateurs découvrent un phénomène jusqu'aux concerts qui attirent toujours davantage de monde, la fascination devient contagieuse. Même les plus grandes stars de la musique tombent sous son charme.

Et moi aussi.

J'avoue même redécouvrir aujourd'hui son unique album, Grace, avec encore plus d'admiration. On comprend pourquoi cet album est devenu une pierre angulaire de l'histoire de la musique moderne. Jeff Buckley fut, et demeure à mes yeux, le plus grand chanteur et l'un des artistes les plus influents — et donc les plus copiés — de ces quarante dernières années. Folk, rock, pop, soul, jazz... peu importe le style, son ombre plane encore partout.

Puis arrive Hallelujah. La chanson de Leonard Cohen était déjà immense. Mais lorsque Buckley l'interprète, les frissons s'emparent de chaque poil de votre corps pour ne plus jamais le lâcher. Cohen, c'était le génie de l'écriture ; Buckley, lui, transforme cette œuvre en moment de grâce absolue. On n'écoute plus une chanson, on assiste à quelque chose qui touche presque au sacré.

C'est toute la réussite du film. Amy Berg ne cherche jamais à fabriquer une légende artificielle : elle montre simplement un artiste d'une sincérité désarmante, dont le destin s'est arrêté beaucoup trop tôt, alors qu'il semblait n'avoir encore rien montré de l'immensité de son talent.

It's Never Over est un hommage superbe, bouleversant et profondément humain. Un documentaire qui rappelle que certaines voix ne disparaissent jamais vraiment. Elles continuent de résonner longtemps après que le silence est tombé. Jeff Buckley n'a enregistré qu'un seul album, mais il lui aura suffi pour entrer dans l'éternité.

NOTE: 16.80


15.30 - MON AVIS SUR LE FILM VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE DE HENRY LEVIN (1959)

 


Vu le Film Voyage au Centre de la Terre de Henry Levin (1959) avec James Mason, Arlène Dahl, Pat Boone, Diane Baker, Peter Ronson et Thayer David.


Il y a des films que l'on aime pour leurs qualités, d'autres pour les souvenirs qu'ils réveillent. Voyage au centre de la Terre fait partie des deux catégories. Quatre raisons m'y ramènent toujours.

D'abord parce que c'est un formidable film d'aventures. Passionnant, spectaculaire, intelligent, il possède cette faculté rare de faire rêver sans avoir besoin d'en mettre plein les yeux toutes les cinq minutes. Ensuite parce qu'il y a James Mason. Je vous ai déjà parlé de lui ici : il fait partie de ces acteurs qui ont accompagné mes premières émotions de cinéphile. Sa seule présence donne immédiatement de la crédibilité à n'importe quel personnage.

Troisième raison, le roman de Jules Verne. Quand j'étais jeune, je dévorais ses livres, et Voyage au centre de la Terre était probablement celui qui alimentait le plus mon imagination. L'idée de pénétrer dans les entrailles de la Terre pour découvrir un monde oublié avait quelque chose de magique.

Mais il y a surtout une quatrième raison, bien plus personnelle. J'ai vu ce film le jour de mes vingt ans, en 1977, au Grand Rex à Paris, avec mon petit frère et ma mère qui m'avait invité pour mon anniversaire. Avant la séance, nous avions déjeuné dans une brasserie alsacienne des Grands Boulevards. Je ne pouvais évidemment pas savoir que ce repas serait le dernier que je partagerais avec elle. Depuis, chaque visionnage du film fait remonter ce souvenir. Je ne sais toujours pas pourquoi le film était ressorti cette année-là. Était-il couplé avec une autre production ? Impossible de m'en souvenir. Ce dont je me souviens, en revanche, c'est de cette journée.

L'histoire est connue. Le professeur Oliver Lindenbrook, brillant géologue écossais de l'université d'Édimbourg, découvre dans une roche volcanique un mystérieux message laissé par un ancien explorateur. Convaincu qu'il existe un passage menant au centre de la Terre, il entraîne dans son incroyable expédition son élève Alec McEwen, la veuve Carla Göteborg et le robuste islandais Hans Belker. Ensemble, ils vont traverser des galeries souterraines, des mers inconnues, affronter des dangers innombrables, croiser des animaux préhistoriques et découvrir un monde que personne n'aurait cru possible.

Le film prend évidemment quelques libertés avec le roman. La plus connue reste la découverte de l'Atlantide, qui appartient davantage à Vingt mille lieues sous les mers qu'à Voyage au centre de la Terre. Tous les animaux préhistoriques imaginés par Verne ne sont pas présents non plus. Mais franchement, est-ce bien grave ? Avec un budget d'environ trois millions de dollars, Henry Levin réussit à créer un univers qui continue encore aujourd'hui à émerveiller. Et il y a même de quoi faire sursauter dans son fauteuil... surtout quand il est aussi confortable que celui du Grand Rex !

À la différence du remake des années 2000 avec Brendan Fraser, davantage pensé pour les ados accros aux jeux vidéo, le film de Levin respire l'humanité. On y parle de science, d'éthique, du refus de la peine de mort, de courage et de solidarité. Bon... sauf peut-être pour la pauvre Gertrude, la cane, qui sert malgré elle les expériences de Lindenbrook. Elle, on ne lui demande jamais son avis !

Le casting participe énormément au charme du film. James Mason est impérial, mélange d'autorité, d'humour pince-sans-rire et de curiosité scientifique. Pat Boone apporte l'enthousiasme de la jeunesse, Peter Ronson impressionne par sa carrure presque démesurée, tandis que Diane Baker et la toujours élégante Arlene Dahl apportent intelligence, charme et tempérament. Sans oublier le traître de service, indispensable dans ce genre de récit, qui rappelle une fois de plus que le plus dangereux des prédateurs reste souvent l'homme lui-même, bien avant les monstres préhistoriques.

Et puis il y a cette formidable sensation d'enfermement. Les cavernes, les gouffres, les tunnels interminables... Moi qui suis claustrophobe, certaines séquences me mettent toujours aussi mal à l'aise. C'est bien la preuve que le film fonctionne encore.

Henry Levin dirige tout cela avec un vrai sens de l'aventure. On lui doit près d'une soixantaine de films, des Matt Helm à Robin des Bois, et cela se sent : le rythme ne faiblit jamais, l'émerveillement reste intact et l'on retrouve ce savoir-faire du grand cinéma populaire hollywoodien.

Les trois nominations aux Oscars — décors, effets spéciaux et effets sonores — ne doivent rien au hasard. Elles récompensent un véritable travail d'artisans qui, avec des moyens limités, ont créé un spectacle capable de traverser les décennies.

Voyage au centre de la Terre appartient à cette époque où le cinéma d'aventures savait faire voyager sans oublier les personnages, où l'on racontait une histoire avant de chercher à impressionner le spectateur. C'est typiquement le genre de film qu'il faut voir sur grand écran ou, à défaut, dans les meilleures conditions possibles chez soi. Du grand cinéma fantastique et d'aventures pour les petits comme pour les grands... celui qui donne encore envie, en sortant de la salle, de croire qu'il existe peut-être un passage secret sous nos pieds.

NOTE : 15.30

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

Acteurs non cédités  

mardi 28 juillet 2026

3.90 - MON AVIS SUR LE FILM SUPERGIRL DE CRAIG GILLEPSIE (2026)


 Vu le Film  Supergirl de Craig Gillepsie (2026) avec Milly Alcock Jason Momoa Eve Ridley David Corenswet  Emily Beecham Mathias Schoenaerts Ferdinand Kingsley Daniel Murtagh


Aller voir un film juste avant minuit pour éviter de mouiller un Gremlin ou de se transformer en citrouille, c'est déjà un concept. Mais aller voir Supergirl, là je crois que j'ai poussé le masochisme à son plus haut niveau. Ah, retenez-moi la prochaine fois...


Après le très correct Superman de James Gunn, porté par un David Corenswet convaincant dans le rôle de Clark Kent, je pensais naïvement que DC allait enfin retrouver un peu de sa grandeur. Grave erreur. Ici, tout ce qui faisait le charme et la puissance de l'univers de Superman semble avoir disparu.


Le film est basé sur le personnage de Kara Zor-El, la cousine de Superman créée chez DC Comics, mais une question m'a poursuivi pendant toute la projection : ne pouvait-on pas laisser Kara tranquillement avec ses parents sur Krypton plutôt que de nous l'imposer au premier rang pendant plus de deux heures ?


Le scénario est un véritable naufrage. L'histoire reprend très librement certains éléments des comics, au point de les dénaturer complètement. Les modifications apportées n'ont souvent aucun sens et donnent l'impression que personne ne savait vraiment où aller. On attendait une aventure cosmique ambitieuse, on hérite d'un récit décousu qui saute d'une idée à l'autre sans jamais construire une véritable émotion.


Et où est donc Brainiac ? L'un des plus grands ennemis de Superman et de Supergirl est totalement absent, remplacé par une galerie d'antagonistes sans charisme. On croirait voir des personnages échappés de Dark Crystal ou d'un mauvais épisode de Star Wars, sans la poésie du premier ni le souffle épique du second.


Quant à Superman, pourtant réussi dans son propre film, il n'est plus ici qu'un ersatz de lui-même. Son apparition n'apporte absolument rien et souligne encore davantage le manque de direction de l'ensemble.


La Supergirl proposée ici est tout simplement insupportable. On nous sert une adolescente rebelle de bas étage, constamment dans la provocation, incapable de susciter la moindre empathie. Kara méritait tellement mieux que cette caricature sans profondeur.


Craig Gillespie semble filmer tout cela sans inspiration. La mise en scène est d'une platitude désespérante. Aucune scène d'action ne décolle vraiment, aucun plan ne marque la mémoire, aucun moment ne procure cette sensation de merveilleux indispensable à un film de super-héros.


Les effets spéciaux sont souvent ratés, parfois même franchement datés. À une époque où les productions disposent de budgets colossaux, voir autant d'images numériques peu convaincantes est presque gênant. Chaque séquence spectaculaire finit par rappeler qu'on regarde des personnages évoluer devant un fond vert.


La musique n'arrange absolument rien. Jamais elle ne porte les scènes, jamais elle ne crée d'émotion. Elle accompagne simplement le désastre sans parvenir à lui donner un semblant de souffle.


Le rythme est interminable. Les scènes s'étirent inutilement, les dialogues tournent en rond et le film semble durer une éternité. Du gras dans toutes les lignes, du gras dans toutes les images. Chaque minute paraît plus longue que la précédente.


Le pire reste sans doute cette absence totale d'émotion. On ne croit jamais aux personnages, on ne s'attache à personne, on regarde simplement défiler des séquences de plus en plus vides.


J'ai eu la sensation de perdre des neurones au fur et à mesure que le film avançait.


Et lorsque je suis sorti de la salle, vers trois heures du matin, les lucioles autour des réverbères semblaient infiniment plus vivantes que tous les personnages de Supergirl.


On peut dire ce que l'on veut de Zack Snyder, mais sa vision de l'univers DC reste, à mes yeux, très largement supérieure à tout ce qui est proposé ici. Qu'on aime ou non son style, il possédait au moins une ambition visuelle, une identité, une véritable mythologie. Ici, il ne reste qu'un spectacle bruyant, creux et terriblement oubliable.


Une immense déception, probablement l'un des pires films de super-héros que j'ai vus ces dernières années. Un film qui accumule les mauvaises décisions, vide ses personnages de toute substance et transforme une héroïne mythique en adolescente agaçante. Même Krypton méritait mieux que ça.


Au final, ce film est peut-être "Super"... mais certainement pas "Girl". Une immense déception. Ah, retenez-moi la prochaine fois avant que je ne reprenne une place pour ce genre de punition !

NOTE / 3.90

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION