Vu le Film Les Anciens de Saint Loup de Georges Lampin (1950) avec Bernard Blier Serge Reggiani Johnny Chambot François Périer Monique Mélinant Odile Versois Maurice Regamey Georgette Anys Pierre Larquey Gabriel Gobin René Berthier Pierre Mondy Bernard Noel Dominique Marcas
Je me suis replongé dans Les Anciens de Saint-Loup un peu par curiosité, et je dois dire que ce petit polar des années 50 mérite bien mieux que son relatif oubli. Sans faire de bruit, il nous entraîne dans une France d'après-guerre où les souvenirs d'enfance ne sont jamais aussi innocents qu'ils en ont l'air.
L'histoire débute lorsque plusieurs anciens élèves du collège de Saint-Loup se retrouvent des années après avoir quitté les bancs de l'école. Les retrouvailles ont tout du repas des anciens combattants de la jeunesse : les plaisanteries reviennent, les souvenirs remontent à la surface, chacun raconte le chemin parcouru depuis l'adolescence. Certains ont réussi, d'autres beaucoup moins, et forcément, derrière les sourires polis, les vieilles jalousies n'ont jamais totalement disparu.
Puis un meurtre vient faire voler en éclats cette réunion nostalgique. Les anciens camarades deviennent autant de suspects potentiels, chacun semblant cacher une part de son passé. Georges Lampin construit alors un véritable polar de campagne où chaque confidence peut devenir un mensonge et où chaque souvenir peut cacher un secret soigneusement enfoui depuis l'enfance.
Ce qui fait tout le charme du film, c'est cette ambiance si particulière. On pense inévitablement au Corbeau de Clouzot, avec cette petite communauté où chacun observe son voisin avec méfiance, où les apparences sont trompeuses et où les rancœurs empoisonnent les relations.
On pense aussi aux Disparus de Saint-Agil, et ce n'est pas un hasard puisque Pierre Véry, auteur du roman Les Anciens de Saint-Loup, est également celui des Disparus de Saint-Agil. On retrouve cette même manière de mêler les souvenirs d'école, le mystère et une galerie de personnages profondément humains.
Au-delà de l'intrigue policière, le film est aussi une plongée dans cette France profonde de l'après-guerre. Une France encore marquée par le conflit, où les blessures sont discrètes mais toujours présentes, où chacun tente de reprendre une vie normale sans avoir complètement tourné la page. Les relents de la guerre flottent encore dans les mémoires, même lorsqu'on parle des bêtises d'autrefois.
Le casting est un véritable bonheur. Pierre Larquey, Bernard Blier, Serge Reggiani, François Périer et un tout jeune Pierre Mondy composent une galerie de personnages parfaitement crédibles. Aucun ne cherche à tirer la couverture à lui ; chacun apporte sa personnalité à cette enquête où les faux-semblants règnent en maîtres.
Et puis il y a les enfants. Ah, ces gamins ! Ils ont des gueules de vrais poulbots des campagnes, tristes, désabusés, déjà marqués par la vie alors qu'ils devraient encore courir après les papillons. Johnny Chambot est particulièrement marquant, mais tous dégagent une authenticité qui fait aujourd'hui un bien fou.
Les voir marcher en chantant "Un éléphant, ça trompe..." m'a ramené des années en arrière. Impossible de ne pas penser aux chansons de scouts que je chantais, une décennie plus tard. Ce sont de petits détails comme celui-là qui donnent au film une saveur toute particulière. Pendant quelques instants, le polar s'efface presque pour laisser place aux souvenirs de notre propre jeunesse.
Les cinéphiles s'amuseront aussi à reconnaître quelques futurs visages familiers parmi les enfants. On aperçoit Serge Grave, que l'on connaissait déjà dans Les Disparus de Saint-Agil, Serge Lecointe, vu notamment dans Le Rouge est mis, mais surtout un minuscule Patrick Dewaere... âgé de seulement trois ans ! C'est le genre de détail qui fait toujours sourire lorsqu'on revoit ces vieux classiques.
Georges Lampin ne cherche jamais les effets spectaculaires. Sa mise en scène est sobre, élégante, au service des personnages et de l'atmosphère. Ici, pas de poursuites interminables ni de coups de théâtre artificiels. Le suspense naît des regards, des silences et de cette impression que chacun cache quelque chose.
J'aime aussi cette façon qu'a le film de faire comprendre que l'enfance n'est jamais totalement derrière nous. Les années passent, les carrières évoluent, les visages changent, mais certains secrets restent enfermés dans la cour d'une école comme s'ils attendaient patiemment qu'on vienne les réveiller.
Les Anciens de Saint-Loup est finalement un polar nostalgique autant qu'une chronique de la France d'après-guerre. Un film où l'enquête importe presque autant que les souvenirs qu'elle fait remonter à la surface. Un petit film, peut-être, mais un petit film avec une âme, porté par une distribution remarquable, une belle écriture et une ambiance qui évoque les meilleurs mystères de Pierre Véry. Comme quoi, il suffit parfois d'un ancien collège, de quelques vieux copains... et d'un cadavre pour faire ressurgir tout un passé que l'on croyait définitivement enterré.
NOTE : 13.90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Georges Lampin
- Assistants réalisateurs 1) Wladimir Roitfeld / 2) Michel Mombailly
- Scénario : Georges Lampin et Pierre Véry, d'après son roman homonyme, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1944, 128 pages
- Dialogues : Pierre Véry
- Décors : Robert Clavel
- Directeur de la photographie : Louis Page
- Cameraman : André Dumaître
- Musique : Georges Van Parys
- Son : Paul Boistelle
- Montage : Monique Kirsanoff
- Maquillage : Serge Gleboff
- Script-girl : Suzanne Durrenberger
- Régisseur : Jean Mottet
- Directeur de production Constantin Geftman
- Producteur : Jacques Roitfeld
- Production : Les Productions Jacques Roitfeld
- Société de distribution : La Société des Films Sirius (France), Royal Film (Belgique)
- Pays d'origine :
France
DISTRIBUTION
- François Périer : Charles Merlin
- Serge Reggiani : l'abbé Paul Forestier
- Bernard Blier : Jean Laclaux, le banquier ruiné
- Monique Mélinand : Hélène Laclaux, sa femme
- Pierre Larquey : Jacquelin, le directeur du collège
- Odile Versois : Catherine Jacquelin, sa nièce
- Charles Vissières : Rossignol, le portier du collège
- Gabriel Gobin : Subileau, l'agriculteur
- Raphaël Patorni : Fourcade, le secrétaire de Laclaux
- Maurice Regamey : Marcel Raboisson, l'aveugle
- Pierre Mondy : le marquis Patrice de Puy-Tirejol
- Johnny Chambot : Émile
- Pamela Wilde : Barbara, la compagne de voyage de Merlin
- Michel André : Caille
- Jean Sylvère : Abadie
- René Berthier : Lahulotte, l'avocat
- Serge Grave : Le Guellec
- Jacques Denoël : Espérandieu
- Robert Pouget : Maréchal
- Et acteurs et actrices non crédités
- Christian Simon : Ernest
- Serge Lecointe : un gamin
- Jacques Gencel : un élève du collège de Saint-Loup
- Rémi Clary : le jeune marié
- Sophie Leclair : la jeune mariée
- Jean Berton : un surveillant
- Bernard Noël : un surveillant
- Lucien Guervil : Boutigues
- Albert Malbert : un villageois
- Dominique Marcas : une villageoise
- Germaine Stainval : la femme de ménage
- Émile Riandreys : un ouvrier du collège
- Georgette Anys : la voyageuse à l'enfant
- Marcel Loche : le contrôleur
- Lucien Frégis : l'inspecteur Froment
- Georges Demas : un inspecteur
- Jacques Mauclair : un inspecteur
- Jackie Blanchot : un inspecteur
- Marcel Rouzé : un inspecteur
- Patrick Dewaere : un gamin

