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mercredi 27 mai 2026

13.00 - MON AVIS SUR LE FILM LULU ON THE BRIDGE DE PAUL AUSTER (1998)


 Vu le Film Lulu on the Bridge de Paul Auster (1998) avec Harvey Keitel Mira Sorvino Willem Dafoe Richard Edson Don Byron Kevin Corringan Gina Gershon Mandy Patinkin


Le film fait vivre le parcours d'un saxophoniste de jazz à la suite d'une fusillade dans un club où il était en train de se produire. Dès ce moment, malgré les apparences, l'ordre normal des choses se décompose...

Paul Auster porte décidément bien son nom avec Lulu on the Bridge. Le film est austère, parfois même d'une sécheresse presque volontaire, comme si chaque émotion, chaque éclat de violence ou de passion avait été soigneusement pesé avant d'être montré. Même les scènes les plus brutales sont filmées avec une retenue quasi clinique, sans la moindre recherche de spectaculaire. Une mise en scène à contre-courant qui pourra rebuter certains spectateurs mais qui participe pleinement à l'étrangeté de l'ensemble.

Il faut dire que Paul Auster n'a jamais été un homme de la flamboyance. Déjà dans Smoke ou Brooklyn Boogie, il préférait les détours de l'existence aux grands effets de cinéma. Ici, il pousse encore plus loin cette logique en nous entraînant dans un récit qui semble constamment flotter entre le rêve, le conte et la réalité.

L'histoire suit Izzy Maurer, saxophoniste de jazz talentueux mais un peu loser sur les bords, dont la vie bascule après une agression aussi brutale qu'inattendue. Avant cet événement, tout est déjà là : la solitude, le sentiment d'être passé à côté de quelque chose, cette mélancolie qui colle à la peau des artistes fatigués. Tout est expliqué au début du film avant son agression, donc on reviendra dessus par la suite. Auster pose ses pièces sur l'échiquier et les laisse avancer lentement vers leur destin.

Puis surgit Celia Burns, jeune actrice mystérieuse dont la rencontre avec Izzy ressemble à un miracle. Deux étrangers cabossés par la vie qui semblent se reconnaître immédiatement. L'amour avec un grand A. Pas celui qui explose à l'écran dans des déclarations grandiloquentes, mais celui qui se glisse dans les regards, les silences et les blessures partagées.

Le film est traversé par une ambiance de jazz permanente. On sent presque l'odeur des boîtes enfumées au fond des caves, les notes de saxophone qui résonnent dans la nuit, les verres qui s'entrechoquent pendant que les existences se croisent sans vraiment se comprendre. Cette atmosphère constitue sans doute l'une des plus grandes réussites du film.

Harvey Keitel livre une performance magnifique. Il porte le film sur ses épaules avec cette présence unique qui a fait de lui l'un des grands acteurs américains de sa génération. Son Izzy est fragile, perdu, souvent maladroit, mais toujours profondément humain. Face à lui, Mira Sorvino apporte une douceur et un mystère qui rendent son personnage immédiatement attachant. Ensemble, ils donnent au film sa dimension émotionnelle.

On notera également la présence inquiétante de Willem Dafoe dans un rôle qui devait initialement être interprété par Salman Rushdie. Est-ce que cela aurait donné une autre forme d'étrangeté ? Sûrement. Dafoe apporte sa propre bizarrerie, plus menaçante, plus physique peut-être, là où Rushdie aurait probablement amené quelque chose de plus intellectuel ou symbolique. Le résultat demeure fascinant.

Mais ce qui frappe surtout dans Lulu on the Bridge, c'est cette volonté permanente de ne jamais fournir toutes les réponses. Auster préfère les zones d'ombre aux explications. Certaines scènes semblent sorties d'un rêve, d'autres d'un roman fantastique. Le spectateur est invité à accepter l'inexplicable plutôt qu'à le comprendre.

Cette démarche donne parfois l'impression d'un film hermétique, voire froid. Pourtant, derrière cette façade austère se cache une véritable tendresse pour ses personnages. Auster regarde ses marginaux avec affection, sans jamais les juger.

On pourra reprocher au film son rythme lent, son refus du spectaculaire et son goût pour les symboles parfois obscurs. Mais cette singularité fait aussi sa force. À une époque où beaucoup de films cherchent à tout expliquer, Lulu on the Bridge préfère suggérer.

Un film brut et austère, donc. Un film qui ressemble davantage à une longue improvisation de jazz qu'à un récit classique. Parfois déroutant, souvent fascinant, jamais banal. Et même si l'on reste à distance de certaines de ses intentions, il demeure difficile d'oublier cette étrange histoire d'un saxophoniste blessé, d'une actrice mystérieuse et de deux êtres réconciliés par ce qui ressemble fort à un miracle.

NOTE : 13.00

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mardi 26 mai 2026

7.10 - MON AVIS SUR LE FILM LA VIE A L'ENVERS DE ALAIN JESSUA (1964)

 


Vu le Film La Vie à lEnvers de Alain Jessua (1964) avec Charles Denner Anna Gaylor Guy Saint Jean Nicole Gueden Jean Yanne Yvonne Clech Robert Bousquet André Thorent


Jacques Valin, employé dans une agence immobilière de Montmartre, mène une vie sans problème en compagnie de son amie cover-girl. Il décide de l'épouser sur un coup de tête. Incapable de supporter les invités de la noce, dont ses patrons, il quitte le restaurant et déambule dans Paris avec sa femme, ce qui lui vaut de perdre son emploi.

Coupé de la routine, il s'enferme dans la solitude et plonge peu à peu dans une folie heureuse.

Premier long-métrage d’Alain Jessua, La Vie à l’envers est un film à part dans sa filmographie. Quand on connaît les coups de poing qu’il assénera plus tard avec Les Chiens ou d’autres œuvres plus nerveuses et féroces, on est presque surpris de découvrir ce récit intimiste, hésitant parfois, mais déjà habité par une profonde inquiétude sur la place de l’individu dans la société. Il faut bien commencer quelque part, et Jessua pose ici les premières pierres de ses obsessions futures.

Le film suit Jacques Valin, interprété par un remarquable Charles Denner — plus simplement Denner pour tous ceux qui admirent cet acteur trop rarement mis en avant. Employé dans une agence immobilière, Jacques mène une existence grise, mécanique, sans véritable passion ni horizon. Un homme ordinaire qui semble avoir renoncé à toute forme d’élan avant même d’avoir commencé à vivre. Et c’est bien là toute la force du personnage : il n’est ni antipathique ni inintéressant, mais il prolonge son pessimisme et sa solitude jusque dans le fauteuil du spectateur.

Denner porte le film sur ses épaules. Presque de tous les plans, il compose un homme qui se détache progressivement du monde, comme s’il observait la vie derrière une vitre de plus en plus épaisse. Son regard, ses silences, sa manière d’habiter les décors racontent souvent davantage que les dialogues. On aimerait parfois lui tendre la main, lui dire que tout n’est peut-être pas perdu, mais la vie, la vraie, ce n’est pas aussi simple.

Malheureusement, si l’interprétation demeure solide, la réalisation d’Alain Jessua manque encore de peps. Le cinéaste semble chercher son ton, son rythme, sa manière de raconter. Certaines scènes s’étirent, d’autres paraissent inachevées, et l’ensemble souffre d’un scénario qui peine à transformer son idée de départ en véritable trajectoire dramatique. J’ai souvent eu l’impression que le sujet le dépassait, comme si le film voulait explorer les profondeurs d’un mal-être moderne sans toujours trouver les outils nécessaires pour y parvenir.

Cela ne rend pas La Vie à l’envers inintéressant, loin de là. On y aperçoit même par moments ce qui fera plus tard la singularité de Jessua : son regard inquiet sur l’aliénation, la difficulté de communiquer, la solitude qui gagne du terrain dans un monde pourtant rempli de monde. Mais ces thèmes restent ici à l’état d’ébauche.

Le film vaut donc surtout pour son personnage principal et pour l’occasion rare qu’il offre à Denner d’occuper le centre de l’écran. Une occasion dont il profite pleinement, rappelant quel grand acteur il était lorsque le cinéma lui donnait enfin la place qu’il méritait.

La Vie à l’envers ressemble à un premier essai honnête mais imparfait. Un film qui intrigue davantage qu’il ne passionne, qui séduit davantage par son acteur que par sa mise en scène. On en retient surtout le visage fatigué de Jacques Valin, perdu dans une existence sans âme, et cette étrange sensation d’avoir passé une heure et demie aux côtés d’un homme dont on aurait aimé alléger un peu le fardeau. Mais la vie, la vraie, ce n’est décidément pas aussi simple.

NOTE : 7.10

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