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lundi 8 juin 2026

12.30 - MON AVIS SUR LE FILM L'OPERATION CORNEED BEEF DE JEAN MARIE POIRE (1991)


 Vu le Film Opération Corneed Beef de Jean Marie Poirée (1991) avec Christian Clavier Jean Reno Isabelle Renaud Valérie Lemercier Mireille Rufel Jacques François Francis Coffinet Marc de Jonge Jacques Dacqmine Jacques Sereys


Bogota, en Colombie. Le capitaine Philippe Boulier, dit « Le Squale » (Jean Reno), une légende de la DGSE, est responsable de surveiller les agissements du colonel Zargas, un trafiquant d'armes international qui doit bientôt se rendre en France. Dans le même temps, à Paris, ses équipes ont caché un micro dans la bague de Marie-Laurence Granianski (Valérie Lemercier), l'interprète du consul d'Autriche Horst Burger (Marc de Jonge), un complice du colonel. Ils espèrent ainsi apprendre des informations cruciales sur un traître dans les plus hautes sphères de l'État, qui doit vendre des secrets militaires à Zargas. Une opération illégale et sans filet car intervenir sur le territoire français est normalement du ressort exclusif de la DST.

Jean-Marie Poiré n'est pas forcément un réalisateur que je porte aux nues, et les comédies françaises capables de me faire rire franchement ne sont pas si nombreuses. Pourtant, Opération Corned Beef fait partie de celles qui réussissent leur coup.

Oh, d'accord, cela ne vole pas toujours très haut parmi les escadrilles, mais qu'est-ce que c'est drôle.Le point de départ est pourtant simple : les services secrets français montent une opération de surveillance autour d'un trafic d'armes international. À la tête de la mission, le capitaine Philippe Boulier, dit « le Squale », interprété par un Jean Reno irrésistible.

Un agent qui ne parle qu'avec ses poings, parce qu'il n'a pas forcément le gaz à tous les étages. Il ne discute pas, il tape. Une méthode certes limitée diplomatiquement, mais redoutablement efficace.

Pour mener à bien l'Opération Corned Beef, les hommes de la DGSE doivent surveiller Marie-Laurence Granianski, une interprète chic et BCBG incarnée par une excellente Valérie Lemercier. Sur le papier, tout semble parfaitement maîtrisé. Sauf que nous sommes dans une comédie de boulevard déguisée en film d'espionnage.

Marie-Laurence est mariée à Jean-Jacques Granianski, joué par un Christian Clavier au sommet de sa forme. Jaloux comme une teigne, envahissant, persuadé que le monde entier tourne autour de sa femme, il devient rapidement le grain de sable qui va enrayer toute la mécanique.

Ajoutez à cela Isabelle Fourreau, espionne incarnée par Isabelle Renauld, épatante et sensuelle, qui partage la vie du Squale tout en multipliant les missions de séduction, une jeune recrue plus que dévouée, des agents dépassés par les événements, et une succession de quiproquos mêlant jalousie conjugale, raison d'État et incompréhensions permanentes.

Le film avance alors comme une machine emballée dont personne ne maîtrise plus vraiment les commandes. Les portes claquent, les mensonges s'accumulent, les surveillants deviennent surveillés et les agents secrets semblent parfois moins organisés qu'une réunion de copropriété.

C'est là que le film trouve toute sa saveur.Poiré exploite parfaitement le contraste entre l'univers ultra-sérieux des services secrets et le comportement totalement hystérique de ses personnages. Une balade dans les sous-sols de Paris, des passages secrets reliant ministères et palais de l'Élysée, des poursuites improbables et cette fameuse Citroën BX rouge devenue presque aussi célèbre que les acteurs eux-mêmes.Le véritable moteur du film reste cependant son trio principal.

Jean Reno compose un Squale aussi brutal qu'attachant, Valérie Lemercier apporte sa fantaisie naturelle, tandis que Christian Clavier livre sans doute l'une de ses meilleures prestations comiques. Son Jean-Jacques Granianski est un monument de mauvaise foi, de paranoïa et de ridicule.Opération Corned Beef est drôle à son niveau. C'est bordélique, souvent absurde, parfois énorme, mais porté par des dialogues savoureux qui détendent immédiatement la glotte.

Une comédie d'espionnage à la française qui transforme une mission de sécurité nationale en gigantesque vaudeville. Et quand on voit le résultat, on se dit finalement que les services secrets n'ont peut-être jamais été aussi efficaces que lorsqu'ils sont totalement dépassés par les événements.

NOTE ; 12.30

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dimanche 7 juin 2026

18.10 - MON AVIS SUR LE FILM LA MAUVAISE EDUCATION DE PEDRO ALMOROVAR (2004)


 Vu le Film La Mauvaise Education de Pedro Almodovar (2004) avec Gael Garcia Bernal Fele Martinez Agustin Almodovar Javier Camara Daniel Gimenez Cacho Lluis Homar


Deux garçons, Ignacio et Enrique, découvrent l'amour, le cinéma et la peur dans une école religieuse au début des années soixante. Le père Manolo, directeur de l'institution et professeur de littérature, est témoin et acteur de ces premières découvertes.

Deux garçons, Ignacio et Enrique (Fele Martínez), découvrent l'amour, le cinéma et la peur dans une école religieuse au début des années 1960. Le père Manolo (Daniel Giménez Cacho), directeur de l'établissement et professeur de littérature, est à la fois témoin et acteur de ces premières découvertes.

Les trois personnages se retrouveront à deux autres reprises, à la fin des années 1970 puis en 1980. Cette seconde rencontre marquera profondément leur existence et conduira même à la mort de l'un d'entre eux.

Pour moi, c'est sans doute le film le plus important et le plus beau du cinéma de Pedro Almodóvar. L'œuvre est certes moins autobiographique qu'on pourrait le croire, mais elle est nourrie de nombreux souvenirs du réalisateur, notamment de l'Espagne franquiste qu'il a connue.

Almodóvar signe ici un véritable chef-d'œuvre dont on ressort bouleversé. À travers cette histoire, il évoque une époque, mais aussi certaines pratiques de l'Église dans sa grande généralité, même si le récit concentre ses démons sur le père Manolo, figure désignée comme principale responsable.

C'est également l'histoire d'un phénomène qui a touché bien des pays : celui d'institutions religieuses qui n'ont pas respecté les enfants placés sous leur protection. La première scène entre les deux garçons m'a immédiatement fait penser à des films comme Les Amitiés particulières, où une relation innocente finit par être détournée par des adultes et bouleverse des vies entières. On pense aussi à Grâce à Dieu de François Ozon.

D'un côté, des enfants innocents ; de l'autre, des prédateurs dissimulés derrière la religion, les protections institutionnelles, les mensonges, l'injustice et des pulsions malsaines qui n'ont rien à voir avec les sentiments sincères de l'enfance. Cela s'est produit dans de nombreux internats religieux et catéchismes, souvent avec l'aveuglement involontaire des parents, persuadés qu'un homme d'Église ne pouvait pas mentir.

Le film navigue entre deux périodes : l'enfance des protagonistes sous le franquisme, puis la fin des années 1970, dans une Espagne qui commence à changer mais où les blessures du passé restent encore très présentes.

Juan, le frère d'Ignacio (Gael García Bernal), tente de démêler ce qui s'est réellement passé durant ces années d'enfance et de retrouver Enrique ainsi que le souvenir de son frère. Personnage ambigu, manipulateur et prêt à tout pour parvenir à ses fins, il évolue dans un univers où les identités se brouillent. Ignacio, de son côté, n'est plus l'enfant angélique qu'il était autrefois : devenu toxicomane, prostitué puis transgenre sous l'identité de Zahara, il transforme ses années de souffrance en matière littéraire. Enrique, lui, nourrit l'ambition de devenir cinéaste, sorte de double évident d'Almodóvar que l'on retrouvera plus tard dans Douleur et Gloire.

L'une des grandes forces du film est de brouiller constamment les pistes. Qui est réellement la victime ? Qui est le coupable ? Comment vivent les traumatismes ceux qui les ont subis, mais aussi leur entourage ? Et que devient le prédateur, cet homme à qui l'on donnerait le bon Dieu sans confession ? Qui est vraiment Juan ? Où commence Ángel, où finit Zahara, cette figure flamboyante qui embrase les nuits madrilènes ?

Le film m'éblouit par sa photographie, ses costumes et sa mise en scène. Pourtant, il me met profondément mal à l'aise, comme Grâce à Dieu, tant il montre l'aveuglement de certains et la pauvreté morale de ces prédateurs. Et pourtant, les alertes n'ont pas manqué, souvent depuis très longtemps.

Pedro Almodóvar est un immense réalisateur et un conteur exceptionnel. Ici, il atteint pour moi un sommet de son art.

Les jeunes Raúl García Forneiro (Enrique) et Nacho Pérez (Ignacio) sont bouleversants de justesse et de sensibilité. Les interprètes adultes, Fele Martínez et Francisco Boira, sont eux aussi remarquables. Mais c'est surtout Gael García Bernal qui impressionne par une composition hallucinante, mêlant tendresse, cruauté, désir, amour et ambiguïté. En homme comme en femme, il dégage une beauté incandescente et livre sans doute l'une des plus grandes performances de sa carrière.

Un film qui m'a profondément touché et bouleversé. Et comme souvent chez Almodóvar, la partition musicale d'Alberto Iglesias est tout simplement magnifique.

NOTE : 18.10

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