Vu le Film Nino dans la Nuit de Laurent Micheli (2025) avec Oscar Louis Högström Théo Augier Mara Taquin Bilal Hassani Félix Maritaud Geert Van Rampbelberg Ariel Worthalter
Ce n'est pas le Nino de Pauline Loquès, même si, finalement, ce Nino-là aurait très bien pu croiser celui de notre film au détour d'une nuit parisienne. Les deux auraient sûrement eu des choses à se raconter. Les démons de la nuit, ça rapproche.
Notre Nino, interprété par Oscar Hogstrom, est un jeune homme qui se cherche. Il avance sans véritable direction, va de connerie en connerie, accumule les mauvais choix et finit par croire que la fuite est la seule solution. Pour échapper au pire, il s'engage dans la Légion étrangère. Mais fuir est-ce vraiment la réponse ? Peut-on mettre des milliers de kilomètres entre soi et ses blessures ? Laurent Micheli répond avec beaucoup de délicatesse que non.
Nino revient rapidement à Paris, là où tout a commencé, là où il a laissé derrière lui son amour de jeunesse, Lale (la très juste Mara Taquin), mais aussi ses deux amis, Malik (Bilal Hassani) et Charlie (Théo Augier). Ce trio va lui ouvrir les portes d'un univers qu'il ne connaissait pas vraiment : celui de la nuit parisienne.
Une nuit qui n'a rien d'agressif ou de caricatural. Une nuit peuplée de créatures étranges, parfois extravagantes, souvent cabossées, mais profondément attachantes. Une nuit colorée, vibrante, libre, où chacun tente simplement d'exister sans être jugé. Petit à petit, Nino s'y immerge, s'y perd parfois, mais surtout s'y découvre.
Laurent Micheli filme cet univers avec une tendresse remarquable. Sa mise en scène, très pop, extrêmement maîtrisée, transforme Paris en un immense terrain de jeu nocturne où les néons remplacent le soleil. La photographie est superbe, les couleurs explosent sans jamais devenir artificielles, et chaque plan semble chercher à capter cette sensation étrange que la nuit peut offrir : celle d'être enfin soi-même.
Le récit est prenant, intelligent, jamais démonstratif. Il parle de solitude, d'identité, d'amitié, de reconstruction, mais sans grands discours. Tout passe par les regards, les silences, les rencontres et cette impression que la nuit autorise parfois ce que le jour interdit.
J'ai particulièrement aimé cette évocation d'un monde que l'on connaît finalement assez mal. Laurent Micheli ne cherche pas à le rendre spectaculaire. Il le montre simplement tel qu'il est, avec ses excès, ses failles, sa générosité et ses contradictions. Une plongée très rythmée dans un univers souvent fantasmé mais rarement observé avec autant d'humanité.
Le film dit aussi beaucoup sur la difficulté de trouver sa place dans un Paris devenu de plus en plus inaccessible lorsque l'on vient d'un milieu modeste. Certains cherchent un travail, d'autres cherchent un toit, Nino cherche simplement un endroit où il pourra enfin respirer.
Oscar Hogstrom possède une présence lumineuse. Il dégage quelque chose de fragile et d'attirant qui rend immédiatement son personnage attachant. On croit à chacune de ses hésitations, à chacune de ses erreurs, à chacune de ses tentatives de repartir de zéro.
À ses côtés, Théo Augier apporte une belle sensibilité tandis que Bilal Hassani confirme qu'il possède une véritable présence de cinéma. Son Malik est touchant, généreux, jamais réduit à une caricature. Et même dans un petit rôle, Félix Maritaud imprime immédiatement l'écran, comme il sait si souvent le faire.
Tout n'est pas parfait. Certaines situations auraient gagné à être davantage développées et quelques passages semblent parfois aller un peu vite. Mais ces petites faiblesses s'effacent devant la sincérité de l'ensemble.
Ce que je retiens surtout, c'est cette sensation d'avoir partagé une nuit avec des personnages que l'on n'a plus envie de quitter lorsque le soleil se lève.
Nino dans la nuit est un film charmant, sensible et profondément humain. Il nous entraîne dans un tourbillon nocturne où l'on croise des êtres perdus, drôles, excentriques, tendres ou blessés, qui cherchent tous un peu de lumière au milieu de l'obscurité.
Et finalement, si les démons de minuit existent vraiment, Laurent Micheli leur donne ici un visage étonnamment bienveillant. Une belle manière de nous rappeler que la nuit n'est pas seulement le royaume des excès, mais aussi celui des secondes chances.
NOTE : 12.40
DISTRIBUTION
- éalisation : Laurent Micheli
- Scénario : Laurent Micheli et Clara Bourreau, d'après l'œuvre de Simon Johannin et Capucine Johannin
- Musique :
- Photographie : Florian Berutti
- Son : Yolande Decarsin
- Montage : Léo Parmentier
- Décorateur : Juliàn Gomez
- Costumes : Clément Vachelard
- Production : Eliott Khayat, Benoît Roland et Carole Scotta
- Production associée : Valérie Berlemont, David Claikens, Tanguy Dekeyser, Philippe Logie et Alex Verbaere
- Production déléguée : Karim Cham
- Sociétés de production : Haut et Court et Wrong Men Productions
- Sociétés de distribution : Haut et Court
- Pays de production :
France et
Belgique
DISTRIBUTION
- Oscar Högström : Nino
- Mara Taquin : Lale
- Bilal Hassani : Malik
- Théo Augier : Charlie
- Alma Dubois : Giulia
- Geert Van Rampelberg : Adriaan
- Félix Maritaud : Valentin
- Arieh Worthalter : Booker

