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mardi 3 novembre 2026

16.80 - MON AVIS SUR LE FILM LA BELLE EQUIPE DE JULIEN DUVIVIER (1936)

 


Vu le film La Belle Equipe de Julien Duvivier (1936) avec Jean Gabin Charles Vanel Raymond Aimos Charles Dorat Raphaël Médina Viviane Romance Micheline Cheirel Marcelle Geniat Fernand Charpin Charles Granval


Pour moi, La Belle Équipe de Julien Duvivier est le meilleur film de son réalisateur, malgré ses deux fins qui nous laissent sur notre faim

ous sommes devant l'un des grands classiques du cinéma français, une œuvre qui possède quelque chose de profondément populaire, avec une histoire simple, des personnages attachants et une époque qui transpire à chaque image.

Tourné en 1936, le film arrive à un moment charnière de notre histoire sociale, en pleine effervescence du Front populaire, avec les grandes conquêtes ouvrières, les congés payés et l'espoir d'une vie meilleure pour ceux qui n'avaient pas grand-chose à se mettre sous la dent. Duvivier et Charles Spaak nous racontent l'histoire de cinq copains au chômage, Jean, Charles, Raymond, Jacques et Mario, qui gagnent ensemble le gros lot de la Loterie nationale et décident de mettre leur argent en commun pour transformer un vieux lavoir en guinguette au bord de la Marne.

La première partie respire la joie de vivre, avec ses guinguettes, ses fêtes, ses flonflons, les verres qui circulent et cette ambiance de camaraderie où l'on se retrouve entre copains pour refaire le monde. Bien entendu, l'alcool aide parfois à oublier les difficultés, mais il faut aussi retrousser ses manches pour réaliser ses rêves. Car cette petite entreprise ne va pas se construire toute seule, et nos cinq associés vont découvrir que gagner à la loterie ne suffit pas forcément pour réussir sa vie.

Il y a dans ces scènes une formidable énergie collective, une envie de vivre ensemble et de profiter de ces petits bonheurs que l'existence réserve parfois à ceux qui n'ont pas été particulièrement gâtés. La chanson « Quand on s'promène au bord de l'eau », interprétée par Jean Gabin, est devenue indissociable du film et constitue l'un de ces moments de cinéma populaire que l'on garde longtemps en mémoire.

Mais chez Duvivier, les lendemains qui chantent ont souvent une drôle de musique. Comme un signe prémonitoire de ce qui allait se produire trois ans plus tard, la noirceur va progressivement s'emparer du récit. Cette belle unité va se fissurer sous les coups de l'argent, des intérêts personnels et des histoires de cœur.
Gina, l'ancienne compagne de Charles, interprétée par une Viviane Romance particulièrement séduisante, va devenir l'un des éléments déclencheurs de la désunion. Les copains qui semblaient inséparables vont peu à peu se déchirer, et cette petite république fraternelle construite avec tant d'enthousiasme va finir par ressembler à un château de cartes.

Il faut dire que le casting est formidable, avec Jean Gabin en Jean, Charles Vanel en Charles, Raymond Aimos en Raymond, Charles Dorat en Jacques et Raphaël Medina en Mario.

Tous apportent une véritable personnalité à cette bande de copains, sans oublier Micheline Cheirel en Huguette, Marcelle Géniat en grand-mère et Fernand Charpin dans son rôle de gendarme. Des premiers rôles aux seconds couteaux, tout ce petit monde participe à la réussite de cette histoire, sans que personne ne donne l'impression de faire de la figuration.

Mais La Belle Équipe possède également une deuxième histoire, celle de son existence après le tournage, avec cette particularité assez exceptionnelle d'avoir deux dénouements différents. Duvivier et Charles Spaak avaient initialement imaginé une conclusion pessimiste, dans laquelle Jeannot finit par tuer Charlot, après que leur amitié a volé en éclats. Les producteurs, peu enthousiastes à l'idée de présenter une telle désillusion dans l'atmosphère du Front populaire, ont demandé une autre fin, beaucoup plus optimiste, dans laquelle un télégramme de Jacques apporte un nouvel espoir et où Charles choisit de rester avec son ami plutôt que de suivre Gina.

C'est cette version heureuse qui a été exploitée lors de la sortie du film en 1936, tandis que le dénouement original a longtemps été moins accessible. Les désaccords autour des droits et des volontés des héritiers de Duvivier et de Spaak ont également compliqué la diffusion des différentes versions. Heureusement, la restauration du film a permis de retrouver et de remettre en circulation la fin voulue initialement par le réalisateur.

Personnellement, je trouve que cette version pessimiste correspond davantage à l'univers de Duvivier et à la trajectoire de ses personnages, même si elle nous laisse avec un sentiment de gâchis. Tout ce bonheur, cette amitié et cette volonté de construire quelque chose ensemble pour aboutir à une telle tragédie, c'est aussi ce qui donne au film sa dimension particulière.

La Belle Équipe reste un magnifique film sur l'amitié masculine, où les femmes occupent une place secondaire, ce qui correspond aussi à une autre époque et à une autre manière de raconter les rapports humains. Entre les fêtes, les romances, les disputes, l'accident mortel et cette guinguette qui devait être le paradis de cinq copains, Duvivier nous offre un film qui commence comme une fête et se termine comme un enterrement.

C'est aussi un film qui mériterait d'être vu par une nouvelle génération qui semble parfois avoir oublié que construire ensemble peut être autrement plus difficile, mais tellement plus enrichissant, que de tout casser autour de soi. Car la révolution, ce n'est pas seulement descendre dans la rue pour réclamer quelque chose, c'est aussi apprendre à vivre ensemble, tous ensemble, sans oublier ceux qui sont à côté de nous.

Et quand on repense à cette belle équipe qui voulait simplement profiter de la vie au bord de l'eau, on se dit que le bonheur était peut-être à portée de main, mais que les hommes ont parfois un talent extraordinaire pour tout gâcher.

Un grand film populaire, avec du cœur, de la gouaille, de l'émotion et une sacrée gueule de bois à l'arrivée.

NOTE : 16.80

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16.50 - MON AVIS SUR LE FILM NEBRASKA DE ALEXANDER PAYNE (2013)

 


Vu le Film Nebraska de Alexander Payne  (2013) avec Bruce Dern Will Forte June Squibb Stacy Keach Bob Odenkirk Mary Louise Wilso


Il y a des films qu'on pourrait regarder en boucle devant un feu de cheminée, avec une bonne soupe à l'oignon gratinée sur les genoux, et Nebraska fait incontestablement partie de ceux-là. Alexander Payne nous offre une petite merveille de cinéma, une histoire toute simple qui avance tranquillement entre émotion, humour et tendresse, sans jamais chercher à nous tirer les larmes à coups de violons. C'est justement cette manière de raconter qui fait tout le charme du film, avec des personnages qui semblent sortis de la vie quotidienne, des gens ordinaires avec leurs qualités, leurs défauts et quelques casseroles bien accrochées derrière eux.


Au centre de cette histoire, nous avons Woody Grant, interprété par un Bruce Dern absolument exceptionnel, un vieux bonhomme grincheux, têtu, un peu perdu et surtout persuadé d'avoir gagné un million de dollars à une loterie publicitaire. Il n'en démord pas, malgré les explications de son entourage, et veut absolument rejoindre le Nebraska pour récupérer son prétendu pactole. Son fils David, joué par Will Forte, finit par accepter de l'accompagner dans ce périple de près de 1 500 kilomètres, davantage pour faire plaisir à son père que par conviction, car il sait parfaitement que cette histoire de fortune n'est qu'une vaste arnaque commerciale. Mais comment expliquer à un vieux monsieur qui a décidé de croire à son million que son rêve ne vaut pas un clou ? David préfère l'accompagner plutôt que de lui briser ses illusions, et ce voyage va prendre une tournure bien différente de celle imaginée au départ.


Le troisième personnage de ce drôle de petit équipage est Kate, la femme de Woody, incarnée par June Squibb, qui mérite à elle seule quelques applaudissements. Voilà une dame qui n'a pas sa langue dans sa poche et qui connaît son bonhomme depuis suffisamment longtemps pour ne plus s'embarrasser de politesses. Ces deux-là passent leur temps à se chamailler, à se lancer des réflexions et à se rappeler mutuellement leurs quatre vérités, avec une franchise qui ferait passer certaines disputes de ménage pour des conversations diplomatiques. Leur couple de vieux grincheux est un régal, et leurs échanges apportent au film quelques moments franchement savoureux.


Alexander Payne prend son temps, comme il sait si bien le faire, et laisse ses personnages respirer au fil de ce road movie qui n'a rien d'une course contre la montre. La route devient une occasion de retrouver les lieux de l'enfance de Woody, sa famille, ses anciennes connaissances et quelques souvenirs qui n'ont pas toujours été rangés dans le bon tiroir. Dans cette petite ville américaine où tout le monde semble connaître tout le monde, les retrouvailles vont aussi faire ressortir les vieilles rancœurs, les jalousies et les petits arrangements familiaux. L'annonce de cette prétendue fortune attire soudain des proches qui, jusque-là, ne se précipitaient pas vraiment pour prendre des nouvelles du vieux Woody. Comme quoi, il suffit parfois de faire croire qu'on possède un million pour découvrir combien on a d'amis et de cousins dans le secteur !


Mais derrière cette comédie douce-amère, il y a quelque chose de beaucoup plus touchant, notamment dans la relation entre David et son père. Ce fils qui a parfois bien du mal à supporter les lubies de Woody finit par comprendre que ce voyage représente bien davantage qu'une simple histoire de ticket gagnant. Il lui permet de retrouver une partie de son passé, de revoir les endroits qui ont compté dans sa vie et de transmettre quelques souvenirs à son fils. Les vieilles histoires, les regrets et les petites fiertés prennent alors une importance inattendue, et le million promis par la loterie devient presque secondaire face à ce que ce voyage leur apporte.


Le choix du noir et blanc est une véritable réussite, avec une photographie magnifique qui donne aux paysages du Midwest une beauté mélancolique, entre grandes routes, maisons isolées et horizons à perte de vue. La musique de Mark Orton accompagne parfaitement cette balade américaine, sans en rajouter dans le sentimentalisme, laissant les images et les acteurs faire leur travail. Bruce Dern, formidable de bout en bout, trouve ici l'un de ses plus beaux rôles, une interprétation toute en nuances qui lui vaudra une nomination à l'Oscar du meilleur acteur. Will Forte lui donne une réplique pleine de justesse, tandis que June Squibb, elle aussi nommée aux Oscars, apporte une énergie et un humour absolument délicieux.


Nebraska est de ces films qui vous laissent un sourire au coin des lèvres et une petite chaleur au fond du cœur, sans avoir besoin de sortir l'artillerie lourde pour émouvoir. Un road movie qui parle de famille, de vieillesse, de souvenirs et de ces rêves auxquels on s'accroche parfois un peu trop longtemps. Et si Woody ne ramène finalement pas le million espéré, il aura au moins gagné quelque chose de bien plus précieux : un voyage avec son fils et quelques souvenirs qui valent largement toutes les boîtes de chocolats du Nebraska. Un film que je reverrais volontiers, avec mon feu de cheminée, ma soupe à l'oignon gratinée et, si possible, Bruce Dern à ma table pour raconter ses histoires.


NOTE : 16.50

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HISTOIRE D'UNE CHANSON - QUAND ON SE S'PROMENE AU BORD DE L'EAU PAR JEAN GABIN


 #HistoireChansondeFilms, Aujourd'hui la chanson Quand on s'promène au bord de l'eau par Jean Gabin pour le film #LaBelleEquipe de Julien Duvivier


La chanson Quand on s'promène au bord de l'eau, sortie en 1936, est l’hymne incontournable du film La Belle Équipe de Julien Duvivier ce morceau incarne à lui seul l'esprit de fête, d'espoir et de liberté de la France du Front populaire.

Le film raconte l'histoire de cinq ouvriers au chômage qui gagnent le gros lot à la Loterie nationale. Plutôt que de flamber l'argent, ils s'associent pour réaliser un rêve : transformer un vieux lavoir en ruine au bord de la Marne en une guinguette populaire

Le réalisateur Julien Duvivier veut un morceau qui scelle l'esprit de camaraderie et de fête ouvrière du film. Ne trouvant pas son bonheur, il décide d'écrire lui-même les paroles, épaulé par le parolier Louis Poterat

Le réalisateur Julien Duvivier veut un morceau qui scelle l'esprit de camaraderie et de fête ouvrière du film. Ne trouvant pas son bonheur, il décide d'écrire lui-même les paroles, épaulé par le parolier Louis Poterat

Dans une scène mythique, Jean Gabin (qui incarne l'ouvrier Jeannot) entonne la chanson de sa voix gouailleuse, une casquette vissée sur la tête, entouré de ses amis en plein chantier. Le moment est suspendu, chaleureux et plein d'utopie, contrastant fortement avec la suite tragique du film

La chanson est un instantané historique. Sortie à l'été 1936, elle coïncide exactement avec l'adoption des premiers congés payés et de la semaine de 40 heures en France

Les couplets décrivent la lassitude du travail à la chaîne de la semaine prolétarienne (« Du lundi jusqu'au sam'di, pour gagner des radis... et trimballé sa vie d'chien »).

Paris est dépeinte comme une usine-prison étouffante. Le dimanche devient la bouffée d'oxygène, le moment où l'on prend le train pour « filer à Nogent », haut lieu des guinguettes.

Le refrain vante la simplicité de la nature (« L'odeur des fleurs nous met tout à l'envers, et le bonheur nous saoule pour pas cher »). C'est une critique gentille des bourgeois qui dépensent des fortunes à voyager loin, alors que le vrai bonheur populaire se trouve au bout d'une ligne de banlieue.

Bien que viscéralement liée à la voix de poitrine et à l'accent parigot de Jean Gabin, la chanson a traversé les époques

Jean Gabin (1936) : La version originelle. Un classique absolu de la chanson réaliste d'entre-deux-guerres. Le titre sort en disque 78 tours à l'époque et s'arrache chez les disquaires.

Patrick Bruel (2002) : Sur son album de reprises Entre deux, Patrick Bruel remet le titre au goût du jour dans une version acoustique soignée. Elle permet à toute une nouvelle génération de découvrir ce standard de 1936.

Jean-Jacques Debout (2017) : L'auteur-compositeur l'enregistre sur son album hommage Sur le chemin des guinguettes.

Les chorales et le répertoire populaire : La chanson fait aujourd'hui partie du patrimoine folklorique français. Elle est apprise dans les écoles ou reprise par les groupes de chanson de rue et de bals musette partout en France.

https://www.youtube.com/watch?v=fwsiUgRWotA

Du lundi jusqu'au sam'di, Pour gagner des radis, Quand on a fait sans entrain Son boulot quotidien Subi le propriétaire, L'percepteur, la boulangère, Et trimballé sa vie d'chien, Le dimanch' viv'ment On file à Nogent, Alors brusquement Tout paraît charmant ! ... (Refrain) Quand on s'promène au bord de l'eau, Comm' tout est beau... Quel renouveau ...

Paris au loin nous semble une prison, On a le coeur plein de chansons. L'odeur des fleurs Nous met tout à l'envers Et le bonheur Nous saoule pour pas cher. Chagrins et peines De la semaine, Tout est noyé dans le bleu, dans le vert ... Un seul dimanche au bord de l'eau, Aux trémolos Des p'tits oiseaux, Suffit pour que tous les jours semblent beaux Quand on s'promène au bord de l'eau. J'connais des gens cafardeux Qui tout l'temps s'font des ch'veux Et rêv'nt de filer ailleurs

Dans un monde meilleur. Ils dépens'nt des tas d'oseille Pour découvrir des merveilles. Ben moi, ça m'fait mal au coeur ... Car y a pas besoin Pour trouver un coin Où l'on se trouv' bien, De chercher si loin... (Refrain) Quand on s'promène au bord de l'eau, Comm' tout est beau... Quel renouveau ... Paris au loin nous semble une prison, On a le coeur plein de chansons. L'odeur des fleurs Nous met tout à l'envers Et le bonheur

Nous saoule pour pas cher. Chagrins et peines De la semaine, Tout est noyé dans le bleu, dans le vert ... Un seul dimanche au bord de l'eau, Aux trémolos Des p'tits oiseaux, Suffit pour que tous les jours semblent beaux Quand on s'promène au bord de l'eau. Paroles de Julien Duvivier et Louis Poterat Musique de Maurice Yvan et Jean Sautreuil