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jeudi 22 octobre 2026

14.00 - MON AVIS SUR LE FILM FITZCARRALDO DE WERNER HERZOG (1982)

 


Vu le Film Fitzcarraldo de Werner Herzog (1982) avec Klaus Kinski Claudia Cardinale Paul Hitscher Grande Otelo José Legwoy Peter Berling Jean Claude Dreyfus Enrique Bohorquez 


Un film de Werner Herzog avec Klaus Kinski, c’est toujours une histoire de soufre, de sueur et de folie, car les deux hommes se détestaient autant qu’ils avaient besoin l’un de l’autre pour donner naissance à des œuvres qui ne ressemblent à aucune autre. Leur collaboration relevait parfois du miracle, parfois du règlement de comptes, mais avec eux, quoi qu’il arrive, le cinéma ne se faisait jamais dans la tranquillité d’un bureau climatisé. Fitzcarraldo en est sans doute l’un des exemples les plus délirants, avec un tournage dantesque dont les affrontements, les accidents et les difficultés semblent avoir contaminé chaque image du film.


Et ce bordel, on le voit à l’écran ! On sent la sueur, la peur, la haine, le sang, la fatigue et cette obstination presque suicidaire qui pousse les hommes à vouloir accomplir l’impossible, quitte à transformer une entreprise cinématographique en expédition au bout de l’enfer. Herzog ne se contente pas de raconter la folie de son personnage, il nous la fait éprouver, avec une puissance visuelle qui donne parfois l’impression que la caméra elle-même risque de finir au fond du fleuve.


Au cœur de cette aventure, Brian Sweeney Fitzgerald, surnommé Fitzcarraldo, est un homme ruiné, mais possédé par une passion dévorante pour l’opéra et particulièrement pour le ténor Enrico Caruso. Son rêve est de construire un opéra au cœur de la forêt amazonienne afin d’y faire venir son idole et d’offrir à cette région reculée un spectacle digne des plus grandes scènes européennes. Pour financer son projet, il se lance dans une entreprise aussi extravagante que dangereuse, qui l’amène à exploiter les possibilités commerciales d’une région où le caoutchouc représente une fortune considérable.


Fitzcarraldo est un conquistador des temps modernes, un illuminé qui refuse de reconnaître les limites du possible, un homme dont la passion artistique finit par ressembler à une maladie incurable. Moitié fou, moitié visionnaire, il poursuit son rêve avec une obstination qui force autant l’admiration que l’inquiétude, et Kinski est pour beaucoup dans l’intensité de ce personnage, avec son regard halluciné, ses emportements et cette manière de donner à ses obsessions une dimension presque surnaturelle.


L’acteur semble habité par son rôle, comme si Fitzcarraldo était une nouvelle incarnation de cette folie qui traverse une partie de la filmographie de Herzog. On ne sait plus toujours où s’arrête le personnage et où commence la démesure de Kinski, dont la présence donne au film une tension permanente. Avec lui, la passion n’est jamais raisonnable, le rêve ne connaît aucune frontière et la folie devient une force qui peut soulever des montagnes, ou du moins tenter de faire passer un bateau par-dessus l’une d’elles !


Car le morceau de bravoure du film reste cette idée insensée de transporter un immense bateau à vapeur par-dessus une colline, afin de rejoindre un autre cours d’eau et de poursuivre l’expédition. Herzog a choisi de réaliser cette opération avec un véritable bateau, sans se contenter de maquettes ou de trucages destinés à nous faire croire à l’impossible. Le résultat est une séquence monumentale, dont la démesure dépasse largement ce que le cinéma peut habituellement se permettre, et l’on reste fasciné devant cette masse de métal qui semble défier les lois de la nature autant que le bon sens de ceux qui la déplacent.


Mais derrière l’exploit, le film montre aussi une folie beaucoup moins glorieuse, celle des hommes qui veulent soumettre la nature à leurs ambitions et imposer leurs rêves à ceux qui vivent sur ces terres. La destruction de la forêt amazonienne, l’exploitation des populations indigènes et la violence d’une entreprise guidée par l’ego d’un seul homme donnent à cette aventure une dimension profondément dérangeante. On peut admirer l’obstination de Fitzcarraldo tout en ayant envie de lui demander au nom de quoi il s’autorise à entraîner tant de monde dans son délire.


C’est là que le film devient particulièrement intéressant, car Herzog ne nous propose pas simplement le portrait héroïque d’un homme qui accomplit l’impossible. Il nous montre aussi les contradictions d’un rêve qui se nourrit de sacrifices, de domination et d’une volonté de puissance qui ne s’embarrasse guère des conséquences. L’opéra représente la beauté, la culture et l’élévation de l’esprit, mais pour atteindre ce paradis musical, Fitzcarraldo est prêt à traverser un enfer bien réel.


Le cinéaste filme cette contradiction avec une ambition folle, en opposant les grandes envolées de Caruso à l’immensité de la forêt, les rêves de civilisation aux réalités d’un territoire que l’homme croit pouvoir conquérir. Les images sont parfois d’une beauté stupéfiante, et la nature devient presque un personnage à part entière, indifférent aux ambitions humaines, capable d’engloutir en quelques secondes les efforts d’une équipe entière.


Le tournage, lui aussi, est devenu légendaire, avec ses conflits, ses conditions difficiles et les tensions entre Herzog et Kinski. Les deux hommes entretenaient une relation explosive, faite de haine, d’admiration et d’une dépendance artistique dont ils semblaient incapables de se libérer. Herzog voulait aller jusqu’au bout de sa vision, tandis que Kinski pouvait se montrer aussi imprévisible que son personnage, et cette confrontation a contribué à nourrir la réputation d’une production hors norme.


Je compte d’ailleurs regarder le documentaire Ennemis intimes, dans lequel Herzog revient sur sa relation avec Kinski, afin de découvrir ce qui se cachait derrière cette collaboration aussi fascinante que destructrice. Leurs affrontements permettent de mieux comprendre l’atmosphère de certaines scènes, même s’il faut se garder de réduire la puissance du film à ses seules histoires de tournage.


Car ce qui demeure à l’écran, c’est bien cette expérience de cinéma où l’ambition artistique se confond avec la démesure, où l’on ressent physiquement les difficultés de l’expédition et où chaque obstacle semble renforcer la détermination de Fitzcarraldo. On peut s’indigner de ses méthodes, sourire de son obstination et rester stupéfait devant l’énergie déployée pour mener son rêve à bien, sans jamais oublier le prix humain et environnemental de cette aventure.


Avec Fitzcarraldo, Herzog signe une œuvre monumentale, imparfaite peut-être, mais habitée par une vision que peu de cinéastes auraient osé pousser aussi loin. Kinski y trouve un personnage à sa mesure, excessif, fascinant et parfois effrayant, tandis que le réalisateur transforme une expédition insensée en une réflexion sur la folie des hommes et leur désir de laisser une trace dans le monde.


Un conquistador de l’opéra au milieu de l’Amazonie, un bateau hissé sur une montagne, un ténor devenu obsession et deux artistes qui semblent vouloir s’entre-tuer pour accoucher d’un film : il fallait quand même oser ! Heureusement que le cinéma permet ce genre de délires, même si, pour les populations et la forêt prises dans cette aventure, le spectacle n’avait rien d’une représentation à La Scala.


Voilà du cinéma qui transpire, qui grince, qui dérange et qui vous laisse avec des images plein la tête, comme si vous aviez vous-même participé à cette expédition. Herzog et Kinski ne nous ont décidément pas fait un film de tout repos, mais qui aurait envie de voir un bateau gravir une montagne en prenant simplement l’ascenseur ?

NOTE : 14.00

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION


11.40 - MON AVIS SUR LE FILM MORLAIX DE JAIME ROSALES (2025)

 


Vu le film Morlaix de Jaime Rosales (2025) avec Melanie Thierry Samuel Kircher Aminthe Audiard Alexis Keruzore Àlex Brendemühl Balthazar Delville Eden Kerdoncuff


On a parfois l’impression que Jaime Rosales s’est perdu un jour dans cette ville de Bretagne, que j’ai moi-même visitée, et qu’il en est revenu avec une idée fixe : est-ce pour me punir ou par amour que je vais faire un film pour parler de désespoir et d’ennui ? La question mérite d’être posée, car si Morlaix possède un charme certain, son utilisation comme décor d’une jeunesse tourmentée donne parfois envie de prendre le premier train pour aller voir si le soleil existe ailleurs.


Gwen (Aminthe Audiard), une jeune fille originaire de cette ville, revient sur les lieux de son passé, marquée par la tristesse d’une perte, tandis que nous découvrons une histoire sentimentale qui va nous occuper, enfin un peu, avec son amoureux Thomas (Alexis Kuruzore) et l’arrivée de Jean-Luc (Samuel Kircher), un nouveau venu qui va la magnétiser d’amour. Il faut reconnaître que Kircher possède quelque chose de sacrément magnétique, comme une boussole qui se dérègle dès qu’on le regarde, et que son personnage apporte une présence troublante à cette histoire de cœur. Gwen se retrouve alors devant un cruel dilemme : choisir entre deux garçons, l’un qu’elle connaît déjà et l’autre qui vient bouleverser son existence. Cruel dilemme, hein, pourquoi ne pas choisir les deux ? Mais Jaime Rosales n’est manifestement pas venu à Morlaix pour tourner une comédie sur les avantages du partage amoureux.


Le réalisateur a d’autres préoccupations en tête, puisqu’il décide de raconter une histoire dans l’histoire, en faisant cohabiter le réel et la fiction dans un jeu de miroirs qui finit par nous perdre autant que ses personnages. La couleur appartient au réel, tandis que le noir et blanc accompagne la fiction que les protagonistes découvrent sur un écran de cinéma, mais les deux univers se mélangent progressivement, changent de format et brouillent les frontières entre ce que nous voyons, ce que les personnages vivent et ce qu’ils imaginent. On se retrouve ainsi dans une construction narrative assez étrange, où un film raconte leur histoire vingt ans plus tard, avec une autre temporalité et d’autres perspectives, comme si le réalisateur voulait nous rappeler que les souvenirs ne sont jamais tout à fait fidèles à ce que nous avons vécu.


Ce retour dans le passé possède quelque chose d’intrigant, même si l’on se demande parfois où Rosales veut nous emmener, tant son récit semble avancer au rythme des états d’âme de ses personnages. Le film demande de l’attention et de la patience, car il ne faut pas s’attendre à une succession de rebondissements capables de nous réveiller en sursaut. Il y a des silences, des regards, des hésitations, des interrogations sentimentales et beaucoup de cette mélancolie propre à une jeunesse qui cherche encore sa place dans le monde, avec la sensation que le bonheur se trouve toujours ailleurs.


La confrontation entre Thomas et Jean-Luc apporte heureusement un peu de tension à cette histoire, car les deux garçons ne possèdent ni le même tempérament ni la même manière d’exprimer leurs sentiments. L’un se montre plus provocateur que l’autre, et leur rivalité finit par dégénérer sur le célèbre pont de Morlaix, un décor qui offre au film un cadre autrement plus spectaculaire que certaines de leurs longues interrogations intérieures. Il faut dire que le viaduc est magnifique et que la ville possède une véritable personnalité visuelle, même si ses pierres et ses paysages ne suffisent pas toujours à dissiper la torpeur qui s’installe à l’écran.


Ce qui reste intéressant, c’est cette fascination pour une jeunesse qui rêve d’un paradis blanc, d’amour absolu et de vide, comme si l’avenir était une page vierge sur laquelle on pourrait tout écrire, à condition de savoir quoi y mettre. Les sentiments sont intenses, les désirs contradictoires et les choix semblent définitifs alors que la vie n’a pas encore commencé à distribuer toutes ses cartes. Le film observe cette période avec une certaine distance, sans chercher à rendre ses personnages immédiatement sympathiques, et c’est sans doute là que réside une partie de son intérêt.


La présence de Mélanie Thierry, qui interprète Gwen vingt ans plus tard, ajoute une autre dimension à ce récit, puisque le temps transforme les visages, les regrets et la manière de regarder ses propres souvenirs. Comme dirait Hugo, le temps passe, mais les histoires d’amour continuent de laisser des traces, même lorsque ceux qui les ont vécues ont changé de vie et de visage.


Le casting permet également de découvrir de jeunes comédiens, notamment Aminthe Audiard et Samuel Kircher, dont la présence apporte une véritable curiosité à cette chronique sentimentale. Kircher, en particulier, possède cette capacité à attirer le regard sans avoir besoin d’en faire des tonnes, ce qui n’est déjà pas si mal dans un film où les personnages passent beaucoup de temps à chercher ce qu’ils ressentent.


Morlaix est donc une œuvre littéraire, exigeante et très intrigante, qui oscille entre l’ennui provoqué par une intrigue où il ne se passe finalement pas grand-chose et la fascination pour ces personnages qui se débattent avec leurs émotions, leurs rêves et leurs souvenirs. La construction en abyme, les changements de format et les allers-retours entre passé et présent donnent au film une singularité indéniable, même si cette ambition formelle finit parfois par prendre le dessus sur l’histoire elle-même.


Je reste partagé devant cette confusion des sentiments, entre l’envie de suivre ces jeunes gens dans leurs tourments et celle de leur conseiller de sortir prendre l’air, histoire de vérifier que la vie ne se résume pas à un triangle amoureux filmé en noir et blanc. Heureusement, il nous reste la beauté de Morlaix, ses rues, son viaduc et cette Bretagne que j’ai moi-même parcourue, avec le plaisir de retrouver une ville qui mérite mieux que d’être uniquement le théâtre du désespoir amoureux.


Un film qui intrigue, qui divise et qui ne laisse pas complètement indifférent, même si, par moments, on aurait aimé que les personnages cessent de réfléchir à leur existence pour commencer à la vivre. À force de chercher le paradis blanc, ils risquent surtout de nous faire regretter la couleur !

NOTE : 11.40

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DISTRIBUTION

MES LIEUX DE TOURNAGE - VILLEFRANCHE SUR SAONE


 Aujourd’hui, direction Villefranche-sur-Saône, dans le Rhône, en région Auvergne-Rhône-Alpes. Ses habitants sont les Caladois, un gentilé qui vient de calada, mot francoprovençal désignant une rue pavée de galets, autrefois caractéristique de la ville. Villefranche est la capitale du Beaujolais, une sous-préfecture importante et une cité dont le patrimoine mérite le détour.


Avec ses théâtres et ses cinémas, notamment les 400 Coups, l’Eden, le Rex et désormais un multiplexe CGR, la ville possède de quoi satisfaire les amoureux du septième art. Et si elle n'a pas accueilli autant de tournages que Lyon, elle a tout de même quelques belles références à son actif !

Côté personnalités, la Calade a vu naître ou passer des figures aussi diverses qu’Antoine de Saint-Exupéry, Maurice Baquet, Benjamin Biolay, Noël Deschamps, Raymond Depardon ou Gaël Morel. Sans oublier l’ami Fabrice, véritable tour de contrôle locale ! La liste est longue, et le cinéma n’est jamais très loin.

Parmi les films qui ont posé leurs caméras dans la ville ou ses environs, citons d’abord

- Le Diable par la queue de Philippe de Broca. Cette comédie de 1969, avec Yves Montand, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort et Marthe Keller, a notamment été tournée au château de Fléchères, à Fareins, tout près de Villefranche. Un décor idéal pour cette histoire de famille aristocratique désargentée qui transforme son château en piège à touristes fortunés. Le tournage date de l’été 1968, et le film possède aujourd’hui le charme de ces comédies françaises où les escrocs avaient de l’esprit et les châteaux des secrets.

- En 1996, Gaël Morel tourne À toute vitesse, film qui fait partie de ses premières réalisations et qui ouvre la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Le tournage se déroule notamment à Villefranche-sur-Saône, dans le quartier de Belleroche, ainsi qu’à Lyon et dans les environs. Une histoire de jeunesse, de désir et de sentiments à vif, à l’image d’un cinéaste qui n’a jamais eu peur de filmer les émotions sans prendre de gants.

- Trois ans plus tard, Jean Becker vient tourner une partie des Enfants du marais, sorti en 1999. Avec Jacques Villeret, Jacques Gamblin, André Dussollier, Michel Serrault et Éric Cantona, le film nous ramène à une France populaire, rurale et généreuse, loin du vacarme des grandes villes. Le tournage s’est déroulé dans plusieurs communes de la région, dont Villefranche-sur-Saône, mais aussi dans l’Ain et en Ardèche. Cinq nominations aux César viendront saluer cette chronique nostalgique, qui rappelle que le bonheur se trouve parfois au bord d’un étang plutôt que dans un appartement avec vue sur la Défense !

- En 2000, Philippe Lioret pose lui aussi ses caméras à Villefranche pour Mademoiselle, avec Sandrine Bonnaire et Jacques Gamblin. Une rencontre entre deux êtres que tout semble éloigner, le temps d’une parenthèse sentimentale. Le tournage s’est déroulé dans plusieurs communes de la région, notamment à Villefranche, mais aussi à Annecy, Chambéry et Aix-les-Bains.

- On retrouve ensuite Gaël Morel avec Prendre le large en 2017, un film porté par Sandrine Bonnaire qui aborde le travail, la délocalisation et les bouleversements personnels. Le cinéaste poursuit son exploration des existences fragilisées, même si les lieux précis de tournage caladois restent à distinguer des autres décors régionaux.

- Autre étape, La Vie très privée de Monsieur Sim de Michel Leclerc, sorti en 2015. Jean-Pierre Bacri y incarne un homme qui se croit sans intérêt et qui traverse la France pour vendre des brosses à dents. Derrière cette drôle de mission commerciale se cache un voyage intérieur, parfois mélancolique, parfois cocasse, comme Bacri savait si bien les jouer. Le tournage a parcouru plusieurs régions, mais les lieux précis de Villefranche méritent d’être confirmés avant de leur attribuer une scène particulière.

- Enfin, plus récemment, La Pire Mère au monde de Pierre Mazingarbe, avec Muriel Robin et Louise Bourgoin, a fait de Villefranche un décor de cinéma à part entière. Tourné en septembre et octobre 2024, ce premier long-métrage du réalisateur utilise notamment l’Hôtel de Ville : la salle des mariages devient un bureau de procureure et la salle du conseil se transforme en salle d’audience. Les locaux du futur siège de l’agglomération, boulevard Gambetta, servent quant à eux de commissariat. La ville fictive du film prend ainsi les traits de la Calade, et de nombreux habitants ont participé au tournage comme figurants.

- On peut également citer les documentaires Les Glaneurs et la Glaneuse d’Agnès Varda et sa suite Deux ans après, même si les lieux précis à Villefranche doivent être vérifiés pour éviter de confondre une étape du parcours avec un véritable décor de tournage.

Villefranche-sur-Saône n’est donc pas seulement la capitale du Beaujolais : elle est aussi une ville de cinéma, parfois discrète, mais qui a su offrir ses rues, ses bâtiments et ses paysages à des réalisateurs aux univers bien différents. De la comédie de De Broca aux émotions de Gaël Morel, en passant par la tendresse de Jean Becker, la Calade a quelques bobines à défendre.

La Ville est le rendez-vous du Festival des Rencontres du cinéma francophone en Beaujolais

Et si vous passez dans le coin, entre deux dégustations beaujolaises, ouvrez l’œil : vous pourriez bien reconnaître un décor de film. À condition, bien sûr, de ne pas avoir déjà la tête dans le tonneau !

mercredi 21 octobre 2026

14.20 - MON AVIS SUR LE FILM PETIT PAYSAN DE HUBERT CHARUEL (2017)


 Vu le Film Petit Paysan de Hubert Charuel (2017) avec Swann Arlaud Sara Giraudeau Isabelle Candelier Bouli Lanners Jean Paul Charuel Marc Barbé Clément Bresson


Hubert Charuel connaît bien son sujet, puisqu’il a grandi dans le milieu de l’élevage laitier avant de suivre les cours de la Fémis, comme François Ozon, et de réaliser avec Petit Paysan son premier long métrage. Une première œuvre qui a rencontré son public malgré un sujet difficile et un jeune acteur encore peu connu du grand public, avec en prime le Swann d’or au Festival du film francophone d’Angoulême. Comme quoi, il n’est pas nécessaire d’avoir des millions de spectateurs pour qu’un film trouve sa place et fasse parler de lui.


En apparence, le film nous parle de la maladie de la vache folle, mais le réalisateur n’a pas voulu nous montrer des animaux tremblants pour appuyer artificiellement le côté dramatique de son histoire. Il s’est plutôt inspiré d’une maladie bovine touchant notamment les veaux, avec des symptômes pouvant provoquer des saignements, pour construire un récit où la peur de la contamination devient une véritable obsession. On est loin des images Disney avec des animaux qui gambadent dans les prés en attendant que le fermier vienne leur distribuer des caresses, car ici, la vie agricole peut être aussi belle que terrible, avec des moments de naissance qui côtoient la maladie et la mort.


Pierre, jeune éleveur laitier, vit presque exclusivement pour son exploitation, ses bêtes constituant à la fois son gagne-pain, sa responsabilité quotidienne et une grande partie de son existence. Sa sœur Pascale, vétérinaire, représente un autre regard sur cette profession, même si leurs relations ne sont pas toujours simples. Entre ses difficultés personnelles, ses sentiments qu’il peine à gérer et les contraintes d’une exploitation qui ne s’arrête jamais, Pierre est un jeune homme qui porte beaucoup sur ses épaules, sans toujours savoir comment faire face aux événements lorsqu’ils prennent une tournure inattendue.


Car être paysan, ce n’est pas seulement regarder pousser l’herbe et attendre que les vaches donnent du lait, contrairement à ce que pourraient imaginer ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans une ferme. Il faut être disponible jour et nuit, surveiller les bêtes, intervenir lorsqu’une vache met bas et assumer des responsabilités qui ne prennent pas de vacances. Quand une naissance survient au milieu de la nuit, il n’est pas question de remettre le travail au lendemain, même si le réveil a sonné depuis longtemps dans la tête du pauvre éleveur.


Le film prend toute sa dimension lorsque Pierre découvre qu’une première bête est malade. Son visage, sa manière de regarder l’animal et de comprendre peu à peu ce qui risque d’arriver en disent long sur son attachement à son troupeau, mais aussi sur la peur qui commence à l’envahir. Il sait que les conséquences peuvent être catastrophiques pour son exploitation et que les règles sanitaires ne lui laisseront guère de marge de manœuvre. Pourtant, il va commettre l’irréparable, une décision qu’il prend à ses dépens, en sachant qu’il franchit une limite aussi bien morale que juridique.


Cette connerie va le poursuivre, car lorsqu’une deuxième vache présente à son tour des signes inquiétants, Pierre perd progressivement pied. Il ne s’agit plus seulement de sauver son exploitation, mais de faire face à une situation qui le dépasse, avec cette angoisse de voir disparaître tout ce pour quoi il s’est battu. Son comportement devient de plus en plus désespéré, et l’on assiste à la crise d’un jeune homme qui ne parvient plus à maîtriser les événements. La jeunesse explique peut-être une partie de sa réaction, mais elle ne suffit pas à effacer les conséquences de ses actes.


Hubert Charuel prend son temps pour installer son histoire, observer les gestes du métier et filmer les animaux sans chercher à enjoliver la réalité. Il connaît ce monde de l’intérieur et cela se ressent dans sa manière de cadrer les personnages, de montrer le travail quotidien et de laisser les situations s'installer jusqu’à devenir presque insupportables. Les scènes de maladie comme celles des mises bas ne sont pas là pour faire joli dans le décor, elles rappellent que la vie d’un éleveur est faite de responsabilités permanentes, de joies véritables et parfois d’horreurs auxquelles il faut bien se confronter.


On sent la formation du réalisateur, qui soigne sa mise en scène et ne se précipite pas pour nous expliquer ce que nous devons penser. Cette lenteur peut rebuter certains spectateurs, d’autant que plusieurs scènes sont crues et que l’histoire ne nous épargne pas les aspects les plus difficiles de la vie agricole. Mais elle participe aussi à cette atmosphère oppressante, où chaque nouvelle découverte devient une menace et où l’on finit par partager l’angoisse de Pierre, même lorsque ses décisions nous mettent profondément mal à l’aise.


Il faut dire que le réalisateur a trouvé en Swann Arlaud un acteur extraordinaire, dont la présence magnétique porte presque tout le film. Son visage, ses silences, ses gestes et son regard traduisent une inquiétude permanente, sans qu’il ait besoin d’en rajouter dans le pathos. Il possède cette vérité qui fait oublier le comédien derrière le personnage, avec une gueule qui n’aurait pas dépareillé dans le cinéma français des années 1960, quand certains acteurs pouvaient exprimer une foule de sentiments sans avoir besoin de prononcer trois pages de dialogue. Sa prestation est remarquable et l’on comprend pourquoi le film repose autant sur ses épaules.


À côté de lui, Ana Girardot, Isabelle Candelier et Bouli Lanners apportent leur talent à cette histoire, même si j’ai parfois eu le sentiment que les seconds rôles restaient un peu trop dans l’ombre de leur personnage principal. Charuel a peut-être tellement concentré son attention sur Pierre qu’il en oublie par moments de donner davantage d’épaisseur à son entourage. Quant aux vaches, elles n’ont pas vraiment pris le taureau par les cornes, mais elles ont au moins le mérite de nous rappeler que, dans cette histoire, les premières victimes ne sont pas toujours celles que l’on croit.


Une mention spéciale à Angélique, qui mérite elle aussi qu’on s’attarde sur sa présence dans cette aventure humaine, même si le regard reste largement capté par l’incroyable composition de Swann Arlaud.


Petit Paysan est donc un film difficile, autant par certaines scènes crues que par son rythme volontairement lent, mais qui finit par nous hypnotiser grâce à ses personnages et à la justesse de son interprétation. Hubert Charuel nous plonge dans un univers qu’il connaît parfaitement, sans le transformer en carte postale champêtre ni chercher à nous faire croire que les animaux sont là uniquement pour attendrir le spectateur. Derrière cette histoire de contamination, il raconte la solitude d’un homme, son attachement à son métier et sa peur de tout perdre, jusqu’au moment où il franchit une limite dont il ne mesure pas immédiatement toute la portée.


Un premier long métrage impressionnant, porté par un Swann Arlaud d’une vérité saisissante, qui nous fait regarder le monde paysan autrement. Et si, après cette séance, vous trouvez que vos journées de travail sont difficiles, pensez donc à Pierre, qui doit gérer ses vaches, son exploitation, sa sœur vétérinaire et une catastrophe sanitaire, le tout sans pouvoir appuyer sur le bouton pause. À côté, nos petites contrariétés quotidiennes ont parfois l’air d’un séjour à la campagne dans une publicité pour le lait !

NOTE : 14.20

FICHE TECHNIQUE

Réalisation ; Hubert Charuel
Scénario : Claude le Pape et Hubert Charuel
Musique ; Quentin Lepoutre
Producteur : Stéphanie Bermann, Alexis Dulguerian et Valérie Boyer 
Son : Marc-Olivier Brullé, Emmanuel Augeard et Vincent Cosson
Montage : Lilian Corbeille et Grégoire Pontécaille et Julie Léna
Photographie ; Sebastien Goepfert 

DISTRIBUTION


17.30 - MON AVIS SUR LE FILM SI VERSAILLES M'ETAIT CONTE DE SACHA GUITRY (1954)

 


Vu le Film Si Versailles m'Etait Conté de Sacha Guitry (1954) avec Sacha Guitry Jean Marais Claudette Colbert Orson Welles Jean Pierre Aumont Marie Mansart Edith Piaf Gérard Philipe Bourvil Jean Louis Barrault Pauline Carton (évidement) Micheline Presle


Plus de trois heures de petits moments de notre Histoire de France, racontés par un réalisateur unique, Sacha Guitry, dans le plus célèbre château de notre pays, le château de Versailles, avec les petites histoires de la grande Histoire, depuis sa création jusqu’à sa modernisation au fil des siècles, sans oublier ses habitants, rois, reines et petits marquis prêts à tout pour obtenir les faveurs royales, car ce qui se passe dans les chambres est parfois aussi intéressant que ce qui se décide dans les salons !


J’ai visité deux fois le château de Versailles, avec des souvenirs assez différents de ces deux expériences. La première fois, c’était au pas de charge, au milieu d’une multitude de touristes qui m’empêchaient de prendre le temps de regarder, d’admirer et de m’imprégner de ce lieu exceptionnel. On avançait avec la foule, et il fallait presque suivre le mouvement sous peine de se retrouver séparé du troupeau. Difficile, dans ces conditions, de savourer pleinement un endroit qui mérite pourtant qu’on s’y attarde.


La seconde fois, j’avais pris une chambre dans le coin, avec la chance de pouvoir profiter d’une journée sans ces fameux touristes, ce qui change absolument tout. J’ai pu découvrir le château à mon rythme, m’arrêter devant les détails, prendre le temps de regarder les jardins, les fontaines et le Petit Trianon, sans avoir l’impression de participer à une course contre la montre. Ce fut un moment magique, une véritable parenthèse, où l’on peut enfin mesurer la beauté et la démesure de ce patrimoine exceptionnel. J’aurais simplement aimé avoir Sacha Guitry à mes côtés pour me guider, avec sa voix, son humour et ses anecdotes, car je n’avais malheureusement pas ses mots pour accompagner ma visite !


C’est précisément ce que réussit ce film, en nous faisant découvrir Versailles autrement qu’à travers ses dorures, ses tableaux et ses kilomètres de galeries, puisque Guitry nous raconte aussi les hommes et les femmes qui ont façonné le lieu, habité ses appartements et participé à ses intrigues. On y retrouve les ambitions, les amours, les jalousies, les rivalités et les petits arrangements qui ont accompagné les grandes décisions politiques, car derrière la majesté des décors, les puissants restent des êtres humains avec leurs qualités, leurs défauts et leurs petites faiblesses.


L’histoire commence avec Louis XIII et se poursuit avec Louis XIV, le Roi-Soleil, qui transforme le domaine en un instrument de pouvoir et de représentation de la monarchie. Versailles devient alors bien davantage qu’une résidence royale, puisqu’il sert à contrôler la noblesse, à afficher la puissance du royaume et à imposer une certaine idée de la grandeur française. Guitry traverse ensuite les règnes et les époques, jusqu’aux bouleversements qui conduiront à la Révolution française, sans oublier les personnages qui ont marqué cette longue histoire.


Le réalisateur ne se contente pas d’aligner les dates et les événements comme dans un manuel scolaire, il préfère nous faire entrer dans les coulisses, avec cette manière si particulière de mêler la petite histoire à la grande, de raconter une anecdote avec malice avant de nous rappeler qu’elle appartient à un ensemble historique bien plus vaste. On apprend plein de petites choses, on découvre des personnages parfois oubliés et l’on se surprend à sourire devant les habitudes d’une cour où obtenir les bonnes grâces du souverain pouvait devenir une véritable occupation à plein temps.


Sacha Guitry est un conteur incomparable, dont la voix accompagne le film avec une élégance et une personnalité que personne ne pourrait lui emprunter sans risquer de faire pâle figure. Son phrasé, son ironie et son goût pour les formules donnent à cette fresque historique une saveur particulière, car il ne raconte pas seulement Versailles, il nous fait entendre sa propre vision de l’Histoire. C’est un cinéma de la parole, mais aussi un cinéma du spectacle, où les dialogues, les décors et les personnages participent à une même célébration de notre patrimoine.


Le casting est à la hauteur de cette entreprise monumentale, avec Michel Auclair, Jean Marais, Georges Marchal, Jean-Louis Barrault, Jean-Pierre Aumont, Gino Cervi et une multitude d’acteurs qui viennent incarner les figures de cette histoire mouvementée. Sacha Guitry lui-même est évidemment au rendez-vous, puisqu’il assure la narration et apparaît également à l’écran. Le film rassemble une véritable constellation de comédiens, dont les interventions donnent à cette traversée des siècles une richesse qui aurait été impossible avec une distribution ordinaire.


On croise ainsi les souverains, les courtisans et les figures historiques qui ont fait vivre Versailles, avec leurs ambitions et leurs contradictions, sans que le réalisateur perde son fil conducteur. Le château devient presque un personnage à part entière, témoin silencieux des règnes qui se succèdent, des fêtes somptueuses et des drames qui finiront par bouleverser l’ordre établi. Les murs restent debout, tandis que ceux qui se croyaient indispensables passent à leur tour dans les livres d’histoire.


Il y a aussi cette fierté française que le film réveille avec une gourmandise évidente, sans qu’il soit nécessaire de sortir le drapeau tricolore à chaque changement de règne. On regarde ces décors, ces jardins, cette architecture et cette organisation du pouvoir avec une admiration qui ne dispense pas de sourire devant les travers de ceux qui les ont occupés. Ça ira, ça ira, même si certains personnages auraient probablement préféré que la chanson ne soit jamais écrite !


Plus de trois heures pour raconter tout cela, ce n’est pas rien, mais Guitry possède suffisamment de matière et de talent pour éviter que cette longue promenade ne se transforme en visite guidée interminable. Son film donne envie de revoir les lieux, de s’intéresser aux personnages et de prolonger la découverte, ce qui est déjà une belle réussite pour une œuvre qui embrasse plusieurs siècles d’histoire.


La scène finale est tout simplement grandiose, avec cette procession de personnages qui descendent le grand escalier, réunissant symboliquement les habitants de Versailles au fil des siècles. L’effet est saisissant, car tous ces personnages semblent revenir habiter les lieux, comme si le château retrouvait soudain la mémoire de ceux qui ont fait sa grandeur, avant de disparaître dans les méandres du temps. C’est une conclusion spectaculaire, à la fois élégante et émouvante, qui donne à cette fresque une dimension presque magique.


Lorsque je repense à mes deux visites, je mesure encore davantage ce que le film apporte à la découverte du château. La première fois, la foule m’avait empêché de profiter pleinement des lieux, tandis que la seconde m’avait permis de savourer chaque instant, du Petit Trianon aux jardins et aux fontaines. Mais avec Guitry, il y a quelque chose en plus, cette voix qui nous raconte les histoires cachées derrière les pierres, les intrigues derrière les dorures et les hommes derrière les personnages officiels.


Si Versailles m’était conté est un film unique, généreux et magique, porté par un cinéaste qui savait raconter notre histoire comme personne. Une œuvre qui donne envie de retourner à Versailles, de préférence un jour sans touristes, avec suffisamment de temps devant soi et, si possible, Sacha Guitry dans les oreilles. Pour l’ego du Français que je suis, je dois reconnaître que cette promenade a de quoi satisfaire quelques fiertés nationales, sans oublier que derrière la splendeur du château se cache une histoire humaine aussi fascinante que mouvementée.

NOTE : 17.30

FICHE TECHNIQUE


  • Réalisation : Sacha Guitry
  • Scénario et dialogue : Sacha Guitry
  • Directeurs de la photographie : Pierre Montazel et Roger Dormoy (non crédité)
  • Cadreur : Louis Née, assisté de Raymond Mairesse
  • Costumes : Maggy Rouff et Alex Papin, d'après les maquettes de Monique Dunan
  • Décors : René Renoux
  • Son : Joseph de Bretagne
  • Montage : Raymond Lamy
  • Assistants réalisateur : François Gir, Gérard Renateau
  • Scripte : Francine Corteggiani
  • Musique originale : Jean Françaix
  • Musiques additionnelles : Frères Andrieu, Alexandre Artus, Albert Gossez, Marius Joseph Millot
  • Direction musicale de Marc Lanjean (éditions Ray Ventura, Claveau Pleyel)
  • Maquillage : Marcel Rey
  • Chef perruquier : Alex Archambault
  • Régisseur général : André Chabrol
  • Ensemblier : Roger Bar
  • Production : Clément Duhour (producteur exécutif), Ignace Morgenstern, Sacha Guitry
  • Sociétés de production : Cocinex, C.L.M
  • Pays de production : Drapeau de la France France
  • Éclairage des prises de vues : Son et Lumière et Luxtone
  • Enregistrement système Western Electric
  • Mixages faits aux studios de la Métro-Goldwyn-Mayer
  • Caméra de location Chevereau
  • Distribution : Cocinor
  • Laboratoire G.T.C Joinville
  • Tournage : du  au 
  • Format : Couleurs (Eastmancolor) - 35 mm - 1,37:1 - Mono
  • Genre : fresque historique
  • Durée : 165 minutes (France) ; 158 minutes (Royaume-Uni) ; 152 minutes (États-Unis, Orson Welles étant le narrateur des deux versions anglo-saxonnes)

DISTRIBUTION