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jeudi 26 février 2026

14.20 - MON AVIS SUR LE FILM MARCEL ET MONSIEUR PAGNOL DE SYLVAIN CHOMET (2025)

 


Mon avis sur le Film Marcel et Monsieur Pagnol de Sylvain Chomet (2025) Film d’animation Francos/Belge d'après l'essai Confidences de Marcel Pagnol 

En 1955, Marcel Pagnol est au sommet de sa carrière. À 60 ans, il est un dramaturge et un cinéaste célèbre lorsque le rédacteur en chef du magazine féminin Elle lui demande de rédiger une chronique hebdomadaire sur son enfance. Il est ravi de revenir à ses racines : l'écriture. Ses deux précédentes pièces de théâtre n'ont pas été couronnées de succès. Pendant que Pagnol travaille à sa chronique, sa mémoire lui fait souvent défaut. Alors qu'il commence à douter de son talent, une version plus jeune de lui-même, le petit Marcel, lui apparaît. Ensemble, le vieil homme et le garçon commencent à explorer sa vie et à revivre les plus belles rencontres et les plus beaux souvenirs. Ils assistent ainsi à l'invention du cinéma parlant et à l'établissement du premier grand studio de cinémaPagnol se souvient de son attachement à certains acteurs et de son processus d'écriture 

Après nous avoir fait dévaler la Butte de Belleville avec Les Triplettes de Belleville, Sylvain Chomet change de décor mais garde son âme : cette fois, cap sur la Provence, ses cigales, ses collines brûlées de soleil et ses parfums de thym qui semblent presque traverser l’écran. 

Avec Marcel et Monsieur Pagnol, il signe une biographie animée pleine de délicatesse consacrée à Marcel Pagnol. Le film adopte un point de vue touchant : celui du petit Marcel qui dialogue avec l’homme qu’il deviendra, comme pour lui rappeler ses rêves avant qu’ils ne se dissipent dans les brumes du succès et du temps. L’idée est simple, mais d’une poésie infinie. 

On retrouve le jeune garçon issu d’une famille traditionnelle, à l’éducation rigide, mais déjà habité par le désir d’écrire, de raconter, de mettre en scène la vie. Chomet capte cette enfance avec tendresse, sans mièvrerie, en laissant respirer les paysages et les silences. 

La rencontre entre Raimu et Pagnol est un véritable bijou. On passe du théâtre au cinéma, du muet au parlant, et l’on sent toute l’effervescence d’une époque où les “théâtreux” trouvent dans le cinéma sonore un nouveau terrain de jeu. Le phrasé chantant de Raimu, son accent, cette musicalité du verbe méridional : c’est d’une beauté à en avoir les larmes aux yeux. 

Techniquement, Chomet reste fidèle à son style : des personnages hauts en couleur, des silhouettes expressives, une animation fluide et vivante. Il y a dans le trait quelque chose de caricatural et d’élégant à la fois, qui sublime la nostalgie sans l’alourdir. 

Le film séduira particulièrement les amoureux de Pagnol de son enfance à sa disparition — évoquée avec émotion. On y retrouve l’esprit d’un homme qui aura traversé la littérature, le théâtre et le cinéma avec la même foi dans la puissance des mots. 

Seul regret : c’est peut-être un peu trop court. On aurait aimé prolonger la balade, rester encore dans cette Provence animée où le passé parle au présent. 

Un très beau moment de cinéma, tendre, lumineux, et profondément français.

NOTE : 14.20

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation et scénario : Sylvain Chomet, d'après l'essai Confidences de Marcel Pagnol
  • Musique : Stefano Bollani
  • Photographie : Elric Lefeuvre
  • Montage : Samuel Denou, Mario Houles et Julie Salon
  • Création des costumes : David Belugou
  • Production : Ashargin Poiré, Valérie Puech, Aton Soumache, Lilian Eche et Eric Goossens
  • Sociétés de production : What The Prod, Mediawan, Bidibul Productions, Walking The Dog, en association avec la SOFICA Entourage
  • Sociétés de distribution : Wild Bunch Distribution (France)
  • Pays de production : Drapeau de la France FranceDrapeau de la Belgique BelgiqueDrapeau du Luxembourg Luxembourg

DISTRIBUTION (VOIX)

11.40 - MON AVIS SUR LE FILM AMELIE ET LA METAPHYSIQUE DES TUBES DE MIALYS VALADE ET LIANE CHI AN (2025)

 


Mon avis sur le Film Amélie et la Métaphysique des Tubes de Mialys Valade et Liane Cho An (2025Film d’Anination Franco/Belge 

Amélie est une petite fille belge née au Japon. Grâce à Nishio san, sa nounou, le monde n’est qu’aventures et découvertes ! Mais le jour de ses trois ans, un événement change le cours de sa vie. Car à cet âge-là pour Amélie, tout est joué, le bonheur comme la tragédie... 

Adapter Métaphysique des tubes de Amélie Nothomb n’avait rien d’une évidence. Le roman est intérieur, philosophique, presque immobile par moments. Et pourtant, le film trouve un mouvement, une respiration, une chair. Quand on connaît un peu l’autrice, pas surprenant que ses personnages soient ballotés entre les pays, les langues, les identités. Ici, la petite Amélie vit au Japon avec sa famille belge, et lorsque vient le temps du retour en Belgique, c’est un arrachement. Elle est japonaise, dans son cœur, dans ses jeux, dans ses amitiés. Ses copains sont japonais. Le reste n’est qu’un exil. 

Pas de Stupeur et tremblements ici — autre roman de Nothomb — mais une clarté métaphysique. Le monde est vu à hauteur d’enfant, mais avec une acuité redoutable. L’histoire est simple en apparence : une petite fille qui observe, qui ressent, qui découvre la vie, puis qui doit quitter son paradis intime. Mais derrière cette simplicité se cache une réflexion sur l’identité, la mémoire et l’héritage des origines. Être d’un pays, est-ce y naître, y grandir, ou l’aimer viscéralement ? 

Le choix de l’animation adoucit le propos sans l’édulcorer. C’est même l’inverse : le dessin permet d’entrer dans l’abstraction avec délicatesse. Des couleurs pastel, des décors minimalistes mais parlants, une stylisation qui ne surcharge jamais le cadre. Chaque plan semble respirer. La mise en scène est fluide, élégante, jamais démonstrative. On sent la main sûre des réalisatrices : elles ne forcent rien, elles accompagnent. 

Le scénario respecte l’esprit du livre tout en lui donnant une narration plus incarnée. Les scènes de vie sont délicieuses : un repas, un jeu, un regard échangé. Ce sont ces petites choses qui construisent un monde. Le pont entre la Belgique et le Japon est traité avec finesse, sans folklore appuyé. Juste des gestes, des silences, des habitudes différentes. Deux cultures qui se frôlent. 

Les voix apportent beaucoup à l’émotion. Le casting vocal, tout en retenue, évite le surjeu souvent tentant dans l’animation. La petite Amélie est vive, grave parfois, déjà philosophe. Les parents existent sans écraser. Chacun trouve sa place, avec pudeur. 

Ce qui me touche particulièrement, c’est cette idée du déracinement vécu comme une injustice intime. Pour les adultes, ce n’est qu’un déménagement. Pour elle, c’est la fin du monde. Et le film réussit à nous faire ressentir cette catastrophe à hauteur d’enfant. C’est là sa grande réussite. 

Visuellement, certaines séquences frôlent la poésie pure : un jardin, une lumière d’été, un silence suspendu. On est dans l’épure, mais une épure habitée. Rien n’est gratuit. Tout sert le récit. 

Depuis son Prix du Public au Festival d’Annecy, le film poursuit un joli parcours de nominations (BaftasCésarOscars) , preuve qu’il touche large sans perdre sa singularité. Et c’est mérité. 

Joli film, oui. Magnifique même, par moments. Juste et fin. Un film pour tous, mais surtout pour les petites filles — et pour les anciens enfants que nous sommes encore un peu. Un héritage des origines, porté avec grâce.

NOTE : 11.40

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Maïlys Vallade et Liane-Cho Han
  • Scénario : Liane-Cho Han, Aude Py, Maïlys Vallade et Eddine Noël, d'après le roman Métaphysique des tubes d'Amélie Nothomb
  • Musique : Mari Fukuhara
  • Direction artistique : Eddine Noël
  • Création graphique : Eddine Noël, Liane-Cho Han, Rémi Chayé, Justine Thibault, Marietta Ren, Maïlys Vallade, Marion Roussel et Simon Dumonceau
  • Design des personnages : Marietta Ren, Maïlys Vallade et Marion Roussel
  • Décors : Eddine Noël
  • Montage : Ludovic Versace
  • Production : Nidia Santiago, Henri Magalon, Edwina Liard, Claire La Combe[3]
  • Société de production : Ikki Films, Maybe Movies, Puffin Pictures, 2 MinutesFrance 3, en association avec 3 SOFICA
  • Société de distribution : Haut et Court
  • Budget : 8,1 millions d'euros

DISTRIBUTION (VOIX)


14.10 - MON AVIS SUR LE FILM A STAR IS BORN DE WILLIAM A.WELLMAN (1937)


 Avis sur le Film A Star is Born de William A.Wellman (1937) avec Janet Gaynor Frederic March Adolphe Menjou May Robson Andy Devin Lionel Stander Owen Moore Peggy Wood Francis Ford 

Une apprentie actrice s'installe à Hollywood dans l'espoir de devenir une vedette. Elle rencontre Norman Maine, un acteur établi ayant des problèmes d'alcoolisme. 

Pour clore cette rétrospective consacrée à William A. Wellman, difficile de trouver meilleur final que A Star Is Bornclassique absolu du cinéma hollywoodienmaintes fois remaké par la suite, mais dont la version originelle reste la plus pure, la plus poignante, la plus élégante. L’histoire est simple et universelle : Esther Blodgett, jeune fille venue de l’Amérique profonde, descend à Hollywood avec des rêves plein la tête. Elle veut devenir actricecomme tant d’autres à l’époque. Elle devient Vicki Lester. Le rêve prend forme. Mais Hollywood ne donne jamais sans reprendre. 

Sur sa route, elle croise Norman Maine, star installée mais déjà fragilisée par l’alcool. Il est son mentor, son révélateur, son amour. Pendant qu’elle s’élève, il décline. Le titre n’est pas une formule poétique : c’est un constat cruel. L’inspiration viendrait en partie de la relation entre Barbara Stanwyck et Frank Fay — la star, c’était elleIci aussi, la lumière change de visage, et le couple devient le cœur battant du récit. 

Janet Gaynor est tout simplement lumineuse. Elle incarne l’innocence sans naïveté, l’ambition sans arrogance. Son jeu est d’une sincérité désarmante ; son regard raconte le vertige de la réussite et la douleur de l’amour mêlé à la culpabilité. Face à elle, Fredric March est immense. Son Norman Maine n’est jamais une caricature d’acteur alcoolique : c’est un homme lucide sur sa chute, ironique parfoisbouleversant souvent. Il donne au film sa profondeur tragique et une dignité qui empêche toute complaisance mélodramatique. 

Ce qui me touche particulièrementc’est la manière dont Wellman filme Hollywood. Ni conte de fées aveugleni règlement de comptes amer. Il montre la machine à rêves dans toute sa splendeur technique et sa froide efficacité. Les scènes de studios, les cérémonies, les loges, les coulisses : tout respire l’authenticité. La mise en scène est fluide, inventive, pleine d’idées visuelles intelligentesnotamment dans les transitions entre ascension et déclinChaque succès de Vicki semble creuser un peu plus le vide sous les pieds de Norman. C’est brillant d’écriture. 

Le scénario est d’une construction implacable, mais toujours humain. On sent la tendresse du regard de Wellman sur ses personnages. Il ne juge pas. Il observe. Il accompagne. Il aime. Et c’est peut-être cela qui rend le film si beau : malgré la cruauté du système, il reste une immense histoire d’amour. 

Oui, “Une étoile est née” demeure une très belle histoire d’amour, réalisée avec talent et sensibilité par le grand William Wellman. Portée par deux acteurs magnifiques qui embellissent encore cette histoire, soutenue par une mise en scène ingénieuse et un scénario d’une intelligence rare, elle reste un classique du cinéma. Et pour conclure cette rétrospective, quelle plus belle évidence ? Une étoile naît… et le film, lui, ne s’éteint jamais. 

NOTE : 14.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

Acteurs non crédités