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samedi 16 mai 2026

13.10 - MON AVIS SUR LE FILM LES GASPARDS DE CHARLES DENNER (1973)

 


Vu  le Film Les Gaspards de Charles Denner (1973) avec Philippe Noiret Charles Denner Michel Serrault Chantal Goya Robert Rollis Michel Galabru Marie Pierre de Gérando Annie Cordy Bernard Musson Bernard Lavelette Roger Carel Jean Carmet Daniel Ivernel et Gérard Depardieu 


Jean-Paul Rondin (Michel Serrault) est libraire à Paris, près du Panthéon. Il est mécontent car sa boutique est située près d'un chantier de rénovation de la ville ordonné par le ministre des Travaux publics (Charles Denner). 


Un soir, la fille de Rondin (Chantal Goya) disparaît brusquement après avoir quitté son groupe d'amis. Le commissaire Lalatte (Michel Galabru), que Rondin est allé voir, pense qu'il s'agit d'une fugue.


Il y a des films qui vieillissent comme des archives poussiéreuses et puis il y a ceux qui deviennent presque des documentaires involontaires sur une époque. Les Gaspards fait partie de cette deuxième catégorie. Derrière la farce, derrière les gags et les tunnels, Pierre Tchernia et René Goscinny capturaient finalement un Paris en pleine mutation, un Paris éventré à coups de pelleteuses sous Georges Pompidou puis Valéry Giscard d'Estaing. 


Moi le petit parisien de l’époque, je voyais ça tous les jours. Des trous partout, des barrières, des travaux sans fin, des rues défigurées, et évidemment ce fameux Trou des Halles qui semblait vouloir concurrencer les catacombes niveau durée de chantier. On avait parfois l’impression qu’on creusait jusqu’en Chine juste pour installer trois pavés et un lampadaire moderne. Et voilà que Tchernia imagine qu’en dessous de ce Paris carte postale survit un peuple clandestin : les Gaspards. Rien que l’idée est géniale. 


Sous les pavés, pas la plage : les Gaspards. 


Toute une société souterraine vit discrètement sous Paris sous la direction du noble Gaspard de Montfermeil, incarné par un immense Philippe Noiret, mélange parfait d’aristocrate fatigué, de chef de guérilla et de patriarche lunaire. Lui et sa communauté voient les travaux du dessus comme une déclaration de guerre. Alors forcément, ça riposte. Sabotages, pièges, disparitions mystérieuses, le métro devient presque un terrain révolutionnaire. Ce ne sont pas Les Misérables, ce sont les Gaspards avec leurs barricades sous le sol. 


Face à eux, le pouvoir. Et chez Tchernia, le pouvoir est toujours un peu ridicule. Le ministre des Travaux publics joué par Charles Denner et toute cette administration incapable de comprendre ce qui se passe sous ses pieds. On détruit, on bétonne, on modernise, mais personne ne regarde vraiment Paris autrement qu’avec des plans d’architectes et des chiffres de budget. 


Et puis il y a Serrault justement, libraire dépassé par les événements, avec sa fille jouée par Chantal Goya, eh oui avant de faire ami ami avec des pandas et des lapins géants. Tous deux vont se retrouver embarqués dans cette folie souterraine et tenter d’empêcher la catastrophe.


Ce qui fait le charme du film, c’est cette troupe. La Bande à Tchernia et Goscinny, c’était une machine à fabriquer des trognes et du burlesque. Michel Galabru, Jean Carmet, Bernard Lavalette, Robert Rollis, Jacques Legras… tous semblent jouer comme des gamins lâchés dans un parc d’attractions absurde. Et puis un jeune baraqué qui va faire parler de lui très vite avec Les Valseuses un certain Gérard Depardieu qui marquait déjà son importante présence 


Et Tchernia connaissait parfaitement la mécanique du rire. Pas besoin de dialogues interminables ou de grandes démonstrations. Un gag visuel suffisait. Ce changement des conduites où l’eau devient du gaz et l’électricité devient de l’eau reste une merveille de non-sens. On imagine presque les habitants ouvrir leur robinet pour cuire des pâtes directement dans l’évier. Paris version plomberie nucléaire. 


Le film fonctionne justement parce qu’il garde ce ton léger tout en racontant quelque chose de très vrai. Cette peur de voir disparaître un vieux Paris avalé par la modernité. Derrière les blagues, on sent une vraie nostalgie des quartiers populaires, des libraires, des petites rues, d’un Paris humain remplacé progressivement par le béton, les centres commerciaux et les grands projets technocratiques. 


Mais jamais Tchernia ne devient donneur de leçons. Lui préfère rire du chaos. Parce que rire étant l’avenir de l’homme si on le veut bien. Et dans ce domaine, il savait faire. Chez lui, même les révolutions ressemblent à des parties de cache-cache géantes. 


Le plus beau dans Les Gaspards, c’est peut-être ce mélange impossible entre conte pour enfants, satire politique, comédie absurde et amour sincère de Paris. Un film qui ressemble à une bande dessinée vivante écrite par des amoureux des vieux pavés et des vieux troquets. 


Aujourd’hui encore, quand Paris est en travaux pour la millième fois, qu’on contourne des barrières pendant six mois pour découvrir à la fin un banc et deux plantes vertes, on repense forcément aux Gaspards. Finalement, Tchernia avait peut-être raison : sous Paris, il reste sûrement des résistants qui sabotent les canalisations pour se venger des urbanistes.

NOTE : 13.10

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14.50 - MON AVIS SUR LE FILM EL NORTE DE GREGORY NAVA (1983)

 


Vu le Film El Norte de Gregory Nava (1983) avec Ernesto Gomez Cruz David Villalpando Zaide Sylvia Gutteriez Alicia Del Lago Lupe Ontiveros Tony Plana


Enrique et Rosa doivent quitter le Guatemala après avoir vu leurs parents assassinés car le père cherchait à unir les paysans pour obtenir de meilleurs droits. Ils entament un long voyage à travers le Mexique, puis réussissent avec grande difficulté à passer la frontière américaine grâce à un passeur.

Une fois installés à Los Angeles, ils commencent à travailler et s'aperçoivent que la vie aux États-Unis pour des clandestins n'est pas aussi parfaite que celle décrite dans les magazines.

Voilà un film qui m’a collé à la peau comme une seconde chemise trempée de sueur : El Norte de Gregory Nava. Pas un énième road-movie hollywoodien avec bande-son qui swingue, non, un vrai coup de poing dans le ventre sur la condition humaine et ces rêves d’ailleurs qui finissent toujours par te claquer la gueule.



Dès les premières minutes, on est plantés au Guatemala, mais pas du côté des touristes avec leurs tongs et leurs margaritas. On est avec les locaux, les paysans mayas qui triment la terre pendant que les cartels, les gangs et les militaires rackettent tout ce qui bouge. Le père d’Enrique et Rosa se fait assassiner sous leurs yeux parce qu’il osait organiser un peu de résistance.



Fin de l’innocence. Les deux frères et soeurs n’ont plus qu’une idée : foutre le camp vers le nord, vers ce Mexique qui n’est que l’antichambre de l’Eldorado promis.Le voyage est une odyssée crasse et magnifique. Ils marchent, ils courent, ils se font arnaquer par des coyotes aux dents longues, ils traversent des frontières invisibles qui te bouffent l’âme. La scène du tunnel sous la frontière US, infesté de rats gros comme des chats, je l’ai encore dans les tripes.



T’as envie de fermer les yeux mais tu peux pas, parce que c’est exactement ça, la réalité qu’on ne montre jamais dans les pubs pour l’Amérique.Et puis ils arrivent à Los Angeles. Bam. La claque. L’herbe n’est pas plus verte ailleurs, elle est juste plus sèche, plus grise, plus chère. Rosa et Enrique se retrouvent à bosser comme des damnés : elle en bonne à tout faire chez des riches qui la regardent à peine, lui dans des chantiers où on te paie en liquide et en mépris.



Les nouvelles conditions ? Pas mieux. Pire, même. La solitude, l’exploitation, la peur permanente d’être renvoyé d’où tu viens. Le rêve américain se transforme en cauchemar éveillé, mais un cauchemar où tu continues à sourire parce que t’as pas le choix.Gregory Nava a écrit et réalisé un truc monumental. Le scénario a été nominé aux Oscars pour le meilleur scénario original, et franchement il aurait dû le gagner les doigts dans le nez. Parce que ce n’est pas seulement une histoire de migrants, c’est une chronique universelle sur ce que ça fait de tout plaquer pour un ailleurs qui n’existe que dans ta tête. Les personnages sont vivants, respirants, douloureux. Zaide Silvia Gutiérrez en Rosa est une révélation : fragile, têtue, lumineuse même dans la merde.



David Villalpando en Enrique est le grand frère parfait, celui qui porte tout sur ses épaules jusqu’à ce qu’elles craquent. Tu les aimes, tu les souffres avec eux, tu te demandes à chaque minute ce que tu aurais fait à leur place.Ce qui me scotche le plus, c’est cette humanité brute, sans filtre, sans leçon de morale dégoulinante. Nava filme la violence, la pauvreté, l’espoir et la désillusion avec une caméra qui ne triche jamais. Pas de musique facile pour te faire pleurer, juste la réalité qui te rentre dedans comme un camion. Et pourtant, au milieu de toute cette noirceur, il reste une beauté, une dignité dans ces deux gamins qui refusent de crever debout.



El Norte, c’est pas un film que tu regardes, c’est un film qui te regarde en retour et te demande : et toi, jusqu’où irais-tu pour un bout de rêve ? Moi je suis ressorti lessivé, admiratif, un peu plus lucide sur ce grand cirque qu’on appelle l’immigration et l’Amérique. Un chef-d’œuvre absolu, un de ceux qui restent gravés dans la chair bien après le générique. Si vous ne l’avez pas vu, courez. Et si vous l’avez vu, revoyez-le. Parce que des films comme ça, y en a pas deux. Point.

NOTE ; 14.50

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15.40 - MON AVIS SUR LE FILM FURCY NE LIBRE DE ABD AL MALIK (2026)


Vu le Film Furcy né Libre de Abd Al Malik (2026) avec Makita Samba Vincent Macaigne Romain Duris André Marcon Ana Girardot Philippe Torreton Liya Kedebe Sasha Lescot Frédéric Pierrot


En 1817, Furcy, fils de Madeleine, est un esclave qui vit sur la propriété de Lory. À la mort de sa mère, il découvre un acte d'affranchissement, le rendant lui-même homme libre. Il intente un procès à son maître afin de faire valoir son statut d'homme libre. Avec le soutien du procureur général Boucher, il réussit à obtenir appel de la décision refusant sa liberté. Mais dans l'attente de cette nouvelle décision, Joseph Lory (ancien maître de Furcy) le fait enfermer pour troubles à l'ordre public. Le procureur Boucher quitte alors l'île Bourbon pour tenter de soutenir Furcy depuis la métropole. Ce départ permet à la Cour d'appel de condamner Furcy. Ce dernier est envoyé sur l'île Maurice pour servir sur la propriété des cousins de Joseph Lory.

Raconter une histoire vraie au cinéma, c’est déjà compliqué en temps normal : les financements fuient, les producteurs tremblent, et quand en plus tu décides de coller à la réalité plutôt qu’aux livres édulcorés, là ça devient mission quasi impossible. Pourtant Abd Al Malik, rappeur confirmé et déjà auteur d’un excellent Qu’Allah bénisse la France, relève le défi avec Furcy né Libre. Adapté de L’Affaire de l’esclave Furcy de Mohammed Aïssaoui, le film ne fait pas de politique cheap : il raconte les faits, brut, et à chacun de prendre ce qu’il veut dedans.On est au XIXe siècle à l’île Bourbon (la Réunion d’aujourd’hui). Furcy, esclave domestique, apprend qu’il est né libre selon la loi mais qu’on le maintient enchaîné. Le gars décide de porter plainte contre son propriétaire. C’est là que tout bascule. La machine judiciaire et politique locale se met en branle comme un monstre qui refuse qu’on touche à son ordre établi. Un procès passionnant, tendu comme un arc, qui met en lumière le racisme ordinaire, systémique, tranquille, celui qui continue même quand le jugement penche en faveur de Furcy. Parce que gagner un procès ne change pas les habitudes locales du jour au lendemain.Ce qui m’a scotché, c’est la mise en scène d’Abd Al Malik. Sérieuse, précise, jamais didactique. Des plans qui respirent, qui laissent le temps aux visages de parler, des lumières crues qui collent à la sueur et à la poussière de l’époque. La BO est parfaite, elle porte le film sans jamais l’écraser, mélange de cordes classiques et de touches plus modernes qui rappellent d’où vient le réalisateur. Le scénario respecte l’histoire à la lettre, sans rajouter de romance hollywoodienne ou de grands discours. Juste les faits, la rage contenue, l’injustice qui grince.

Et puis il y a les acteurs. Makita Samba en Furcy est monumental : dignité, colère froide, intelligence. Il porte le film sur ses épaules sans jamais forcer. En face, Vincent Macaigne est tout simplement hallucinant dans le rôle du propriétaire. Horrible, oui, mais tellement nuancé qu’on sent l’homme derrière le monstre, ce qui rend le personnage encore plus glaçant. Ana Girardot, Philippe Torreton, Frédéric Pierrot, André Marcon… tous justes, tous au service de l’histoire. Par contre, Romain Duris, je suis pas convaincu : il en fait un peu trop, ça sonne parfois cabot dans un film qui gagne à rester sobre.Bref, Furcy né Libre est un trop beau film pour la mémoire. Un film qui te prend aux tripes sans te hurler dans les oreilles. Abd Al Malik signe là une œuvre puissante, humaine, qui redonne une voix à ceux à qui on l’avait volée. Un vrai coup de maître. À voir absolument, les yeux grands ouverts.

NOTE : 15.40

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Makita Samba : Furcy Madeleine
Romain Duris : le procureur général Gilbert Boucher
Vincent Macaigne : Joseph Lory
Ana Girardot : Virginie Bega
Philippe Torreton : Aimé Bougevin
Liya Kebede : Constance
Frédéric Pierrot : le maître Godard de Saponay
André Marcon : le maître Moreau
Micha Lescot : Pol Satin
Moussa Mansaly : Brabant
Michel Bompoil : Philippe Panon Desbassayns
François Sureau : le comte de Portalis
François De Brauer : Jacques Sully Brunet
Xavier de Guillebon : le président de la Cour d'appel
Didier Brice : le président instance

11.20 - MON AVIS SUR LE FILM LE VOYOU DE CLAUDE LELOUCH (1970)

 


Vu le Film Le Voyou de Claude Lelouch (1970) avec Jean Louis Trintignant Charles Denner Charles Gérard Danièle Delorme Christine Cochet Yves Robert Aldo Maccione Judith Magre Paul le Person


Simon dit « le Suisse », un gangster condamné pour l'enlèvement d'un enfant cinq ans plus tôt, parvient à s'évader de prison. Il trouve une planque et reprend contact avec ses anciens complices. Il cherche un moyen de se venger du père de l'enfant, Gallois, celui-ci ayant participé à l'organisation du rapt (afin d'escroquer la banque qui l'emploie), avant de le dénoncer à la police.

Il y a des films qui sentent immédiatement le vidéo-club, la cassette qu’on loue un vendredi soir et qu’on finit par connaître par cœur à force de rembobiner. Le Voyou fait partie de ceux-là. Pas étonnant d’apprendre que c’est un des polars préférés de Quentin Tarantino tant le film ressemble parfois à une grande cour de récréation pour amoureux du polar, des gueules et des dialogues qui avancent à l’instinct plus qu’à la logique pure.

Chez Claude Lelouch, les gens qui ne devraient jamais se rencontrer finissent toujours par se croiser au coin d’une rue, dans une bagnole ou autour d’un mauvais coup. Ici il y a Simon dit “le Suisse”, joué par un Jean-Louis Trintignant absolument parfait en voyou élégant, fatigué, malin et presque romantique malgré lui. Autour de lui gravitent les habitués de la maison Lelouch : Charles Gérard, Aldo Maccione, Yves Robert Judith Magre ou Danièle Delorme , tous donnant cette impression de bande qui se connaît depuis toujours. Même les prénoms semblent revenir d’un film à l’autre chez Lelouch : Simon, Charlot, Aldo… comme si ces personnages pouvaient continuer leurs aventures ailleurs, dans un autre film, une autre époque, une autre combine.

Le scénario lui-même aime brouiller les pistes. Lelouch dédouble son récit, joue avec le temps, perturbe volontairement le spectateur entre présent et passé. On croit suivre une histoire classique de cavale et d’enlèvement d’enfant pour récupérer du fric, puis le film bifurque sans arrêt vers autre chose : des rencontres improbables, des histoires d’amour bancales, des amitiés de truands, des hasards presque absurdes. C’est très lelouchien dans le meilleur comme dans le plus agaçant du terme. On sent le cinéaste qui s’amuse énormément avec sa narration, beaucoup plus parfois que le spectateur lui-même.

Mais même quand ça part dans tous les sens, impossible de nier le charme du film. Il y a cette photographie très années 70, ces ballets hors-sol typiques de Lelouch où les personnages semblent flotter dans un monde parallèle, entre polar réaliste et rêverie sentimentale. Et puis il y a surtout la musique de Francis Lai qui enveloppe tout ça avec cette mélancolie immédiatement reconnaissable, capable de rendre poétique un simple trajet en voiture ou une conversation de bistrot.

Le film avance comme une improvisation permanente. Un peu comme si Lelouch avait réuni une bande de copains acteurs avec une envie simple : faire un polar libre, élégant, parfois drôle, parfois bancal, mais vivant du début à la fin. Et c’est justement ce qui fait son charme culte. Ce n’est pas un polar millimétré à l’américaine, c’est un polar français qui roule à l’instinct, au visage, à la musique et aux coïncidences.

Moi, Lelouch s’amuse beaucoup. Moi un peu moins quand même. Parce qu’à force de vouloir perturber, de casser la chronologie et de faire se croiser tout le monde, il finit parfois par regarder son propre cinéma fonctionner avec un peu trop de satisfaction. Mais même dans ses excès, il reste impossible à confondre avec un autre. Et c’est peut-être pour ça que des cinéphiles comme Tarantino adorent ce film : ce mélange de polar, de romance, de hasard et de liberté totale, on ne le trouve que chez Lelouch.

NOTE : 11.20

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11.20 - MON AVIS SUR LE FILM ROBERT ET ROBERT DE CLAUDE LELOUCH (1978)


  Vu le Film Robert et Robert de Claude Lelouch (1978) Ravec Jacques Villeret Charles Denner Régine Nella Bielski Jean Claude Brialy Germaine Montero Mohamed Zinet Francis Perrin Macha Méril


Robert Villiers, 27 ans, souhaitant devenir agent de circulation à Paris, est dramatiquement timide et hésitant. Robert Goldman, 48 ans et chauffeur de taxi, est très susceptible, maladivement maniaque, nerveux, crispé, asocial, et d'un caractère si difficile qu'il n'a quasiment jamais de sa vie esquissé l'ombre d'un sourire. Tous deux sont enfants uniques ayant toujours vécu chez leur mère, toutes deux veuves de longue date, et qui continuent encore à décider pour eux du moindre détail de leur quotidien

Il y a chez Claude Lelouch une façon bien à lui de faire se croiser des êtres qui, dans la vraie vie, n’auraient jamais dû partager autre chose qu’un regard dans la rue ou une porte qui se referme trop vite. Dans Robert et Robert, il reprend cette mécanique qu’il aime tant : le hasard, les rendez-vous ratés, les vies bancales, les solitudes qui se cognent et qui finissent par se tenir debout ensemble. Du pur Lelouch.

Cette fois, pas de flamboyance romantique ni de grands destins, mais deux pauvres types de la quarantaine qui semblent avoir raté le train de la vie. Et c’est justement ce qui rend le film touchant. . Lelouch va chercher deux acteurs totalement opposés : Son Robert c’est Charles Denner et l’autre Robert c'Jacques Villeret, et c’est ce duo improbable qui fait toute la beauté du film.

Villeret, c’est la douceur maladroite absolue. Un homme timide, hésitant, presque perdu dans le monde, qui rêve de devenir agent de la circulation — drôle de rêve quand même — comme si mettre un peu d’ordre dans les voitures pouvait enfin mettre de l’ordre dans sa vie. Il a ce regard d’enfant inquiet que Villeret savait rendre bouleversant sans jamais forcer. En face, Denner est tout l’inverse : sec, nerveux, crispé, maniaque, asocial, toujours au bord de l’explosion intérieure. Un homme qui semble incapable d’aimer les autres parce qu’il ne sait déjà pas se supporter lui-même.

Et puis Lelouch leur ajoute le même boulet aux pieds : leurs mères. Deux femmes possessives, envahissantes, étouffantes, interprétées par Régine et Germaine Montero. Célibataires endurcis, prisonniers d’un quotidien minuscule, ce ne sont clairement pas leurs mamans qui vont les aider à ouvrir les fenêtres. Lelouch filme ça avec humour mais aussi une vraie cruauté douce-amère : ces hommes sont restés des enfants coincés dans des corps d’adultes.

Leur première rencontre dans une agence matrimoniale est typiquement lelouchienne. Deux trajectoires pathétiques qui se frôlent avant de finir par créer une amitié improbable. À partir de là, le film avance par petits riens, par coïncidences, discussions, déambulations, instants suspendus. Chez Lelouch, les scénarios tiennent souvent moins par l’histoire que par le mouvement des êtres. Et quand ça fonctionne, comme ici, on accepte de se laisser porter.

Le film tient surtout par ce formidable duo Denner/Villeret. Ils sont tellement différents qu’ils se complètent à merveille. L’un est tendu comme un câble électrique, l’autre flotte dans la vie comme un ballon mal attaché. Lelouch comprend parfaitement ce qu’ils dégagent humainement et les laisse exister sans les écraser sous la mise en scène. On sent une vraie tendresse pour ces losers magnifiques.

Ce n’est sans doute pas le meilleur Lelouch, il manque peut-être un peu de souffle ou cette montée émotionnelle foudroyante qu’il réussit parfois ailleurs, mais on est en terrain connu. Hasards, rencontres, musique, personnages paumés qui cherchent maladroitement un peu d’amour ou simplement quelqu’un qui les écoute. Du pur Lelouch. Avec cette idée qu’au fond les êtres les plus cassés sont parfois ceux qui ont le plus besoin des autres.

Et puis voir Jacques Villeret avant les grands rôles populaires qu’on lui connaîtra plus tard a quelque chose de fascinant. Il possède déjà cette fragilité unique, cette manière d’être drôle et triste dans le même regard. Quant à Charles Denner, il apporte une nervosité presque douloureuse qui donne au film sa colonne vertébrale.

Robert et Robert ressemble finalement à une promenade mélancolique chez des hommes qui n’ont jamais vraiment appris à vivre. Une chronique de la solitude masculine avant l’heure, avec l’humour tendre et les coïncidences romanesques de Lelouch. Pas un chef-d’œuvre peut-être, mais un film profondément humain, bancal parfois, sincère souvent, et porté par deux acteurs qu’on regarde avec un mélange de rire et de tristesse.

NOTE : 11.20

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17.30 - MON AVIS SUR LE FILM BIRD DE CLINT EASTWOOD (1988)

 


Vu le Film Bird de Clint Eastwood (1988) avec Forrest Whitaker Diane Venora Michael Zelniker Keith David Samuel E.Wright James Handy Sam Robards


Dès la fin des années 1930, le jeune Charlie Parker devient un virtuose du saxophone alto ; cela ne va pas sans difficultés pour être reconnu. La puissance et la beauté de son style font de lui un précurseur. Mais sa vie personnelle et privée est un enfer notamment en raison de son addiction à la drogue — depuis ses quinze ans — et à l'alcool ainsi que son amour pour les femmes et les relations difficiles qu'il entretient avec elles.

Avec Clint on s’installe dans ses caves enfumées entre deux toux (chut ça joue), on commande un petit verre d’alcool (pourquoi petit et pas grand ?) et on déguste. Le mot est juste : Charlie Parker. Un jazzman hors norme qui a donné ses lettres de noblesse au jazz, et pas qu’un peu.Le film sort en 1988, Eastwood a déjà la carrure du maître mais là il se met en retrait, il sert l’histoire au lieu de la dominer. Et quelle histoire. Bird, c’est Kansas City dans les années 30-40, le bebop qui explose comme une bombe dans le swing qui ronronnait.



Charlie « Yardbird » Parker, le gamin qui révolutionne tout avec son sax alto, les chorus qui filent à cent à l’heure, les harmonies tordues que personne n’avait osé avant lui. Eastwood respecte le personnage tel qu’il était, sans le vernir, sans en faire un saint ni un cliché d’artiste maudit.



On voit le génie et la chute dans le même mouvement : l’héroïne qui calme les douleurs, l’alcool qui noie les angoisses, les galères d’argent, les femmes, les enfants perdus trop tôt. Le racisme qui te colle à la peau même quand tu joues comme un dieu.

Tout est là, brut, sans jugement.Et notre cher Clint a cette grâce rare : il filme le jazz comme on le vit, pas comme on le raconte. Les clubs sombres, la sueur, la fumée qui danse dans le faisceau des spots, les solos qui te transpercent. Les duos avec Dizzy Gillespie sont magiques.



Samuel E. Wright est formidable, il crache le feu, la complicité, la rivalité amicale, tout y est. On y croit.Mais le vrai miracle du film, c’est Forest Whitaker. Jamais pris en défaut.



Il se colle parfaitement au personnage, ses rêves démesurés, ses déboires, ses rires qui cachent la trouille, sa fragilité et sa puissance. Il devient Bird. On oublie l’acteur, on voit l’homme qui brûle. Comment ce rôle n’a pas été récompensé comme il le méritait, on se le demande encore. Whitaker est un très grand acteur, point final.Eastwood montre deux constats qui me restent : le jazz n’est pas une musique propre, c’est une musique qui saigne, et le génie coûte cher. Le montage en spirale, les flashbacks qui s’emmêlent comme les pensées d’un junkie, tout sert le propos. C’est du cinéma pur, organique, vivant.



Alors on s’installe dans notre fauteuil Charlie prend son saxo. On ferme les yeux. Et on s’évapore dans nos rêves.Bird n’est pas un biopic tiède, c’est une jam session tragique et magnifique. Eastwood aime le jazz depuis toujours, on le sent à chaque plan. Il n’explique pas, il fait ressentir.

La douleur, l’extase, la solitude du créateur qui voit plus loin que les autres et qui paie l’addition.Je sors de ce film à chaque fois avec la gorge serrée et les oreilles qui bourdonnent encore de Ornithology, Now’s the Time ou Ko-Ko. Parce que oui, la musique est là, vivante, pas en fond sonore. On entend vraiment Parker, pas une pâle imitation.Merci Clint.



Merci Forest. Vous avez capturé l’essence même de cet oiseau de feu qui a tout brûlé pour nous offrir des notes immortelles.

Et toi qui lis, si t’aimes le jazz, si t’aimes les portraits sans concession, pose ton cul dans ce fauteuil, commande ton petit verre, et laisse-toi emporter.

Chut… ça joue. (Et ouais, j’en redemande à chaque fois.)

NOTE : 17.30

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