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jeudi 19 février 2026

12.10 - MON AVIS SUR LE FILM L'ETRANGLEUR (LADY BURLESQUE0 DE WILLIAM A .WELLMAN (1943)

  


Vu le film L’Etrangleur de (Lady Burlesque) de William A.Wellman (1943) avec Barbara Stanwyck Michael O’Shea Charles Dingle Iris Adrian Victoria Faust Gloria Dickson Marion Martin Frank Conroy 

L’action se passe au sein d’un théâtre de boulevard (theatre of burlesque en anglais), à Broadway, qui présente beaucoup de femmes peu habillées dans des scènes à caractère comique devant un public venu pour rire. 

Dixie Daisy (Barbara Stanwyck) est l’une des vedettes de ce spectacle. Un soir on tente de l’étrangler mais elle est persuadée que l’assassin s’est trompé de victime. Lolita (Victoria Faust), une des actrices de la troupe, est ensuite retrouvée étranglée, suivie d’une autre actrice, Princess Nirvena (Stephanie Bachelor). L’enquête est menée par l’inspecteur Harrigan (Charles Dingle) qui finit par découvrir l’assassin, un employé du théâtre, Stacchi (Frank Conroy).  La dernière image du film montre Dixie acceptant l’amour d’un acteur, Biff (Michael O'Shea). 

Décidément, William A. Wellman aura tout exploré : le film de guerre, le western, le drame social… et ici la comédie policière burlesque, avec un parfum de coulisses qui n’est pas sans rappeler Entrée des artistes. Mon réalisateur fétiche prouve une fois encore qu’il refuse les étiquettes. 

Nous sommes dans un théâtre de Broadway, univers de strass, de plumes et de rivalités. Daisy Dixie, incarnée par une formidable Barbara Stanwyck dans un rôle inhabituel, est une vedette de revue, malicieuse et indépendante. Mais derrière les projecteurs, une ombre plane : une série de meurtres frappe de jeunes femmes du spectacle, retrouvées étranglées. L’ambiance devient électrique. Et Daisy se retrouve soupçonnée. 

Innocente, bien sûr, elle décide de mener l’enquête elle-même. Voilà le moteur du scénario : une héroïne de music-hall plongée dans un polar. Le mélange des genres est savoureux. Ça chante, ça danse, ça fait des acrobaties, et ça se déshabille facilement — univers burlesque oblige — mais derrière les plumes, la menace est réelle. 

Stanwyck est le cœur battant du film. Habituée aux rôles dramatiques ou aux femmes fatales, la voir évoluer dans ce registre léger, presque clownesque, est un plaisir. Elle a l’énergie, le timing comique, et surtout ce regard ironique qui donne de l’épaisseur à Daisy. Elle ne joue pas la naïveté : elle joue l’intelligence vive dans un monde qui la sous-estime. 

À ses côtés, Michael O'Shea campe le détective chargé de l’affaire. Leur duo fonctionne bien, entre joutes verbales et tension légère. Il y a du rythme, un vrai sens du dialogue, et cette petite étincelle qui empêche l’intrigue de sombrer dans le simple prétexte. 

La mise en scène de Wellman est dynamique. Il filme les coulisses avec gourmandise : les loges encombrées, les escaliers étroits, les rideaux qui claquent. Il capte l’effervescence du spectacle, mais aussi la claustrophobie des espaces fermés où peut se cacher le tueur. Le contraste entre la scène — éclatante — et l’arrière-scène — inquiétante — est habilement exploité. 

Les numéros musicaux sont loufoques, parfois presque absurdes. On est dans une exubérance assumée. Les chorégraphies débordent d’énergie, les costumes brillent, les corps virevoltent. Ce n’est pas du grand musical sophistiqué : c’est du burlesque tapageur, populaire, direct. 

Le scénario reste simple : une série de meurtres, des suspects, des fausses pistes. Mais ce n’est pas tant le suspense qui prime que l’ambiance. On sent que Wellman s’amuse à mélanger le crime et le cabaret. Le ton oscille entre tension et second degré, sans jamais basculer dans le noir total. 

Certains personnages secondaires sont esquissés plutôt que développés, mais cela participe presque au charme du film : tout va vite, tout bouge, comme dans une revue où les tableaux s’enchaînent. L’essentiel reste Daisy et cette galerie d’artistes hauts en couleur. 

Ce qui me plaît surtout, c’est cette capacité de Wellman à changer de registre sans perdre sa patte. Même dans la comédie, il garde un sens du rythme, une efficacité narrative, une manière très directe d’installer les enjeux. 

Sympathique comédie, oui. Pas un chef-d’œuvre, mais un film qui fait agréablement passer le temps pluvieux et neigeux. On s’installe, on regarde, on sourit. On profite de l’énergie communicative de Stanwyck et de l’univers exubérant du burlesque. 

Encore une facette d’un réalisateur qui, décidément, n’aura jamais cessé d’explorer. Et moi, je continue de le suivre, genre après genre, avec le même plaisir curieux. 

NOTE : 12.10

FICHE TECHNIQUE

irected byWilliam A. Wellman
Written byJames Gunn
Based onThe G-String Murders
1941 novel
by Gypsy Rose Lee
Produced byHunt Stromberg
Starring
CinematographyRobert De Grasse
Edited byJames E. Newcom
Music byArthur Lange
Distributed byUnited Artists

DISTRIBUTION



12.80 - MON AVIS SUR LE FILM LE SALON DE MUSIQUE DE SATYAJIT RAY (1958)


 Vu le Film Le Salon de Musique de  Satyajit Ray (1958) avec Chhabi Biswas   Padam Dedvi Pinaki Sengupta  Begum Aktar 

Inspiré du roman éponyme de Tarasankar Bandyopadhyay (en), le film est une étude détaillée et dramatique des derniers jours de Biswambhar Roy, de la caste des zamindar, noble propriétaire terrien et mécène du Bengale sur le déclin : sacrifiant sa fortune et sa famille à sa passion pour les arts en donnant de splendides réceptions de musique et de danse dans son salon de musique, Biswambhar Roy n'a que mépris pour Mahim Ganguli, un voisin parvenu aux attitudes grossières, usurier dont la richesse s'affirme aux fil des ans à ses dépens. 

Je l’avoue sans détour : mon inculture sur le cinéma indien est presque abyssale, et donc sur Satyajit Ray aussi. Je découvre totalement, sans les clés historiques, sociales ou culturelles. Et pourtant, malgré ce manque de repères, le film m’a happé. Comme quoi le cinéma traverse les frontières, même quand on n’a pas la boussole. 

Le Salon de Musique (1958) raconte la lente agonie d’un aristocrate bengali, Huzur Biswambhar Roy, un zamindar – grand propriétaire terrien – interprété par Chhabi Biswas. L’homme vit reclus dans son palais qui tombe en ruine, vestige d’une splendeur passée. Autour de lui, tout s’effondre : sa fortune, son statut, son monde. Ne restent que ses souvenirs, son orgueil… et son salon de musique. 

Ce salon, c’est son royaume intérieur. Sa fierté. Son dernier bastion. Là où il convoque les musiciens, les danseuses, où il expose encore une grandeur qui n’existe déjà plus. Là où il se persuade que le temps n’a pas prise. Ce n’est pas seulement une pièce : c’est un mausolée vivant. 

Ray ne filme pas seulement un homme, il filme la fin d’une époque. Celle d’une aristocratie balayée par la modernité. Le voisin enrichi, plus pragmatique, représente ce monde nouveau. Roy, lui, reste figé. Il préfère se ruiner plutôt que de céder un pouce de dignité. Orgueil sublime ou aveuglement tragique ? Sans doute les deux. 

Ce qui me frappe, c’est le mystère qui enveloppe le film. Ce vieil homme reclus, ce château délabré, ces immenses pièces presque vides… On est dans une atmosphère quasi onirique. Comme si le palais flottait hors du temps. Ses deux seuls véritables compagnons semblent être son cheval – symbole d’une noblesse archaïque – et ce salon de musique. Les humains passent, la musique reste. 

La mise en scène de Ray est d’une précision chirurgicale. Les cadres sont composés avec une élégance rare. Chaque plan semble réfléchir à la décrépitude : les lustres poussiéreux, les murs fissurés, les regards perdus dans le vide. La photographie en noir et blanc sublime la décadence. On sent la chaleur, l’humidité, le poids du silence. 

Le scénario est simple en apparence : un homme refuse de voir le monde changer. Mais cette simplicité est trompeuse. Tout repose sur l’observation, sur les gestes, sur les silences. Ray se concentre presque exclusivement sur son zamindar, oubliant quelque peu les autres personnages qui ne sont pas réellement développés. Mais est-ce un défaut ? Peut-être pas. Car tout passe par lui. Par son regard. Par sa solitude. 

Chhabi Biswas est monumental. Son port altier, son mépris à peine voilé, son entêtement presque pathétique… Il donne au personnage une profondeur fascinante. Il n’est jamais caricatural. Il est à la fois ridicule et tragique. Grand et minuscule. C’est un rôle d’orgueil et de ruine. 

Les séquences musicales sont hypnotiques. Elles ne sont pas de simples interludes : elles sont le cœur du film. La musique devient refuge, affirmation de statut social, dernière étincelle d’un monde bourgeois qui se meurt. Roy ne vit plus que pour ces instants suspendus. Il ensevelit sa réalité sous les notes. 

Je découvre ce cinéma, et je découvre une autre manière de raconter. Plus lente, plus contemplative, moins démonstrative. Je n’ai peut-être pas toutes les clés culturelles, mais l’émotion passe. Le film parle universellement de la peur du déclassement, du refus du changement, de l’illusion du prestige. 

La fin, presque hallucinée, renforce cette dimension onirique. Comme si l’homme se dissolvait dans ses souvenirs, incapable d’habiter le présent. On assiste à l’extinction d’une lumière, sans éclat, mais avec une immense dignité tragique. 

Oui, je découvre. Oui, je n’avais pas les repères. Mais je ressors marqué. Le Salon de Musique n’est pas un film spectaculaire, c’est un film qui s’installe en vous. Une élégie. Une méditation sur le temps. Et une très belle porte d’entrée vers un cinéaste que je dois désormais explorer davantage. 

NOTE : 12.80

FICHE TECHNIQUE


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