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dimanche 12 avril 2026

13.20 - MON AVIS SUR LE FILM LE PHOTOGRAPHE DE MAUTHAUSEN DE MAR TARGARONA (2018)


 Vu le Film Le Photographe de Mauthausen de Mar Targarona (2018) avec Mario Casas Richard Van Weyden Alain Hernandez Adria Salazar Eduard Buch Stefan Weinert Frank Feyst 

En 1943, en fonction de leur passé républicain et de leur engagement contre le franquisme en Espagne, allié du Troisième Reich, ces Espagnols sont alors considérés comme des prisonniers politiques. Le jeune Francesc Boixphotographe de métier, est affecté au service d'identification du camp de concentration de Mauthausen sous le commandement de Franz Ziereis, et bras droit de Paul Ricken, le gardien de Mauthausen. Témoin de l’horreur, il tente au jour le jour de cacher des négatifs qui prouvent crimes et abus commis à la campagne à la fin de la guerre. Il a également réalisé de nombreuses photographies de Mauthausen après la libération en mai 1945 et a témoigné au procès de Nuremberg. 

Avis sur le film Le Photographe de Mauthausen de Mar Targarona — être opposant au franquisme et finir broyé par la machine nazie, voilà une trajectoire qui ne laisse aucune place au confort du spectateur, et le film raconte le destin réel de Francesc Boix, républicain espagnol capturé puis envoyé au camp de concentration de Mauthausen, un homme qui ne devait pas survivre mais qui va devenir témoin 

Boix n’est pas un héros au départ juste un survivant parmi les autres et c’est justement ça qui fait mal parce que son “privilège” si on ose appeler ça comme ça c’est son œil, son talent de photographe va le faire passer du côté des images plutôt que des pierres à porter mais attention on n’est pas dans un confort hollywoodien il photographie l’horreur il la classe il l’archive pour ses bourreaux 

Mario Casas porte le film avec un visage qui encaisse plus qu’il ne joue il ne cabotine jamais il encaisse il observe il intériorise et c’est exactement ce qu’il fallait autour de lui les seconds rôles gardiens prisonniers silhouettes composent une humanité écrasée ou monstrueuse sans caricature inutile 

Targarona film sèchement presque retenue pas de grandes envolées pas de lyrisme déplacé il cadre il montre il laisse respirer le silence et ce silence pèse plus lourd que n’importe quelle musique dramatique 

 Il suit aussi une ligne claire survivre cacher transmettre Boix et ses camarades organisent la dissimulation des négatifs chaque cliché devient une arme chaque image volée est une preuve contre l’oubli et là le film touche quelque chose de rare  

on n’est plus dans le simple récit de camp on est dans la fabrication de la mémoire parce que ces photos ce ne sont pas juste des images ce sont des coups de poing différés des bombes à retardement destinées à exploser après la guerre notamment lors des procès nazis 

 Il y a des films où l’on juge la mise en scène il y a des films où l’on juge le jeu des acteurs et puis il y a ceux où l’histoire vous regarde droit dans les yeux et vous dit tu vas te taire et regarder celui-ci est de ceux-là, alors oui on pourrait chipoter dire que certains passages sont attendus que la narration reste classique mais franchement est-ce que c’est ça qu’on vient chercher ici 

 La puissance des mots le choc des photos et ici les photos gagnent parce qu’au fonBoix ne vole pas des images il vole la vérité aux bourreaux et rien que pour ça le film existe

NOTE : 13.20

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Mar Targarona
  • Scénario : Roger Danès et Alfred Pérez Fargas
  • Musique : Diego Navarro
  • Direction artistique : Rosa Ros
  • Décors : Magdolna Varga
  • Costumes : Mercè Paloma
  • Photographie : Aitor Mantxola
  • Montage : José Luis Romeu
  • Production : István Major, Joaquín Padró et Mar Targarona
  • Sociétés de production : Rodar y Rodar ; FilmTeam, Institut Català de les Empreses Culturals (ICEC), Instituto de la Cinematografía y de las Artes Audiovisuales (ICAA), Radio Televisión Española (RTVE), Televisió de Catalunya (TV3) et We Produce 2017 (coproductions)
  • Sociétés de distribution : Filmax ; Netflix

DISTRIBUTION

  • Mario Casas : Francesc Boix, le photographe
  • Richard van Weyden : l'adjudant-chef SS Paul Ricken (de), responsable du service photographique
  • Alain Hernández : Valbuena
  • Adrià Salazar : Anselmo
  • Eduard Buch : Fonseca
  • Stefan Weinert : Franz Ziereis, le commandant, puis le SS-Standartenführer
  • Nikola Stojanovic : Hans Bonarewitz, l’évadé caché dans une caisse en bois
  • Rubén Yuste : Rosales
  • Frank Feys : Popeye
  • Marc Rodríguez : Enfermero
  • Albert Mora : le musicien
  • Joan Negrié : Lejías
  • Luka Peroš : SS-Hauptsturmführer Karl Schulz
  • Rainer Reiners : Poschacher
  • Toni Gomila : Francisco
  • Macarena Gómez : Dolores
  • Emilio Gavira : Alexander « A. K. » Katan, le prisonnier
  • Soma Zámbori : Chmielewski
  • Erik Gyarmati : Siegfried
  • Marta Holler : Anna Pointner
  • Dénes Ujlaky : Albert Pointner
  • Miguel Ángel González : le prisonnier espagnol squelettique
  • Andreu Carandell : le prisonnier du crématorium
  • Patrik Petrovski : le kapo de la menuiserie
  • Minnie Marx : la SS des prostituées
  • Koos Vos : le SS du bureau politique
  • Abel Rodríguez : le garçon parti
  • Roger Vilà : le garçon mort
  • Igor Szpakowski : le garçon Pérez
  • Gábor Deák : le SS privé
  • Ági Krasznahorkai : Mme Ziereis
  • Mariann Kocsis : Mme Poschacher
  • Balázs Szitás : le prisonnier buffon
  • Bernat Cot : le prisonnier dessinateur
  • Ralph Herbling : le médecin allemand
  • Guifré Baró : l’assistant du magicien
  • Roger Bosch : le musicien à la mandoline
  • Guillem Gefaell : le musicien à la guitare
  • Kristóf Widder : le SS chauffeur
  • Norbert Kovacs : le serveur
  • Péter Sokorai : le second serveur
  • Balazs Lengyel : le prisonnier autrichien
  • Laszlo Tamás Farkas : le second prisonnier autrichien

16.10 - MON AVIS SUR LE FILM PANIQUE A NEEDLE PARK DE JERRY SCHATZBERG (1970)


 Vu le Film Panique à Needle Park de Jerru Schatzberg (1970) avec Al Pacino Kitty Winn Alan Vint Richard Bright Raul Julia Marcia Jean Kurtz Warren Finnerty Joe Santos Payl Sorvino 

Le film dépeint la vie d'un groupe d'héroïnomanes à New York. Le contexte est pour eux particulièrement difficile en raison d'une grande pénurie de drogue à New York par suite d'une saisie faite par les forces de l'ordre. Bobby (Al Pacino), un des héroïnomanes, tombe amoureux de Helen (Kitty Winn) et l'initie à cette drogue. Le film est donc surtout la chronique de leur chute, d'une charmante histoire d'amour à l'enfer de la toxicomanie. 

Double légende à l’affiche de ce film : le réalisateur, que j’ai eu la chance de rencontrer à Deauville en 2023, et devant la caméra, le monstre sacré Al Pacino. Là, on ne joue plus, on est dans le dur, dans ce que les années 70 ont produit de plus cru. 

Cette fois, notre cher Al n’est pas un flic infiltré, non, il est dans la sauce. En plein dedans. Lui, c’est Bobby, petit dealer de rien du tout, qui traîne sa came et sa dégaine dans un New York poisseux, où la drogue et les toxicomanes sont aussi nombreux que les cafards. Et cafard, c’est exactement l’état dans lequel est mis le spectateur. 

Parce que ce qu’on voit, c’est la misère. La vraie. Physique, mentale, sociale. Des gamins qui se défoncent sans aucune raison apparente, si ce n’est oublier, s’isoler, être hors système. Disparaître sans faire de bruit. Schatzberg ne cherche pas à expliquer, il montre. Et ça fait mal. 

Bobby tombe amoureux de Helen, incarnée par Kitty Winn. Et là, tu te dis peut-être qu’il va y avoir une lumière. Une sortie. Une rédemption. Mais non. Mauvaise pioche. Au lieu de la stabiliser, il l’embarque avec lui dans sa chute. Une chute lente, sale, inévitable. L’amour ici, c’est pas une bouée, c’est un poids en plus qui t’entraîne vers le fond. 

Le scénario est simple, presque minimaliste, mais d’une efficacité redoutable. Pas de grands discours, pas de morale plaquée. Juste une trajectoire. Une descente. Et chaque scène enfonce un peu plus le clou. Jusqu’à l’inconfort total. 

Et alors la mise en scène… Schatzberg fait du cinéma brut. Il te balance les seringues, les piqûres, les défonces, les manques, les alertes médicales en pleine figure. Sans filtre. Sans musique pour te tenir la main. On est presque dans le documentaire, avec une caméra qui semble traîner là par hasard, au milieu de ces vies foutues. 

C’est du cinéma Actors Studio dans ce qu’il a de plus organique. Les corps parlent, les regards suffisent. Et nous, spectateurs, on se défonce à ce type de cinéma. Violent, oui. Mais terriblement efficace. 

Et Pacino… mais Pacino quoi. Déjà immense. Déjà habité. Il ne joue pas Bobby, il est Bobby. Cette nervosité, cette fragilité derrière la tchatche, cette manière de te faire sentir que tout peut exploser à chaque seconde. C’est de l’orfèvrerie. 

Et face à lui, Kitty Winn est bouleversante. Elle ne surjoue jamais. Elle glisse, lentement, presque innocemment, vers quelque chose de plus sombre. Et c’est justement cette douceur qui rend sa chute encore plus violente. 

Les seconds rôles ne sont pas là pour faire joli. Ils existent, ils respirent, ils puent la rue. On sent que tout ce petit monde a été observé, digéré, recraché avec une sincérité totale. 

New York n’est pas un décor, c’est un personnage. Sale, étouffant, indifférent. Une ville qui avale ses gamins et ne recrache rien. 

Ce film, c’est une expérience. Pas un divertissement. Une immersion. Une claque. 

On ressort pas grandi. On ressort marqué. Et franchement… qu’est-ce que c’est bon. 

Parce que oui, c’est violent. Oui, c’est inconfortable. Mais c’est du cinéma. Du vrai. Du cinéma qui ne triche pas. 

Et ça, aujourd’hui, ça vaut de l’or. 

 NOTE ; 16.10

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