Vu le Film Repo Man de Alex Cox (1985) avec Emilio Estevez Olivia Barash Harry Sean Stanton Jimmy Buffet Jennifer Balgobin Tracey Walter
Bienvenue dans un monde où les punks côtoient les extra-terrestres, où une Chevrolet de 1964 vaut plus que tous les lingots de Fort Knox, où les types chargés de récupérer des voitures deviennent des chasseurs de primes malgré eux. Bienvenue dans Repo Man, un OVNI cinématographique comme les années 80 savaient en fabriquer.
Un film complètement punk... avec un punk comme héros !
Otto Maddox, interprété par le toujours formidable Emilio Estevez, est un jeune rebelle qui traîne ses Doc Martens, ses cheveux en bataille et son mépris de la société dans un Los Angeles totalement déglingué. Viré de son boulot, lâché par ses copains, incompris par ses parents, Otto erre sans véritable but... jusqu'à sa rencontre avec Bud, un "Repo Man" vétéran campé par l'immense Harry Dean Stanton.
Un Repo Man, c'est quoi ? C'est un type payé pour récupérer les voitures des mauvais payeurs. Dit comme ça, ça paraît presque administratif. Chez Alex Cox, cela devient une profession à mi-chemin entre le cow-boy, le mercenaire et le philosophe de comptoir.
Bud devient rapidement le père spirituel d'Otto et lui apprend toutes les ficelles du métier. Enfin... presque. Car dans Repo Man, rien ne se passe normalement.
Une mystérieuse Chevrolet Malibu de 1964 est recherchée par absolument tout le monde. Des Repo Men concurrents, des agents gouvernementaux, des scientifiques complètement timbrés, des marginaux, des criminels... Tous veulent mettre la main dessus sans vraiment savoir ce qu'elle contient.
Et lorsqu'on découvre enfin son secret...
On comprend pourquoi ce film est devenu culte.
Je ne dévoilerai rien, mais disons simplement qu'Alex Cox démarre comme un polar urbain, poursuit comme un road movie totalement barré et termine dans un délire de science-fiction flirtant avec le fantastique. Plus le film avance, plus il semble perdre la raison... et c'est précisément ce qui le rend aussi jouissif.
Il y a dans certaines scènes une folie qui annonce presque Bad Taste de Peter Jackson. Ce même goût pour le grand n'importe quoi, les situations absurdes, les personnages qui semblent avoir échappé d'un asile et cette impression permanente que personne n'a dit au réalisateur qu'il existait des limites.
Même si la réalisation n'est pas toujours à la hauteur de ses ambitions, le fun prend immédiatement le dessus. Impossible de bouder son plaisir devant un tel chaos organisé.
Alex Cox, qui réalisera quelques années plus tard le passionnant Sid & Nancy, consacré à Sid Vicious et Nancy Spungen, affichait déjà ici tout son amour pour la culture punk. On ne sent jamais un réalisateur qui observe ce mouvement de loin. On sent un cinéaste qui le vit, qui le respire et qui en partage toute l'énergie anarchique.
La bande originale participe énormément à cette réussite. Impossible d'imaginer un autre habillage sonore. Chaque morceau transpire le punk rock et accompagne parfaitement cette galerie de personnages complètement allumés.
Car des personnages hors du commun, le film en déborde. Des Repo Men philosophes, des agents fédéraux dépassés, des savants illuminés, des marginaux, des complotistes, des malfrats... tout ce petit monde se lance dans une chasse délirante derrière cette automobile atomique qui cache un secret qu'on n'est pas près d'oublier.
Emilio Estevez est absolument parfait. Il apporte à Otto une vraie fraîcheur, beaucoup d'humour et juste ce qu'il faut d'insolence pour devenir immédiatement sympathique. Face à lui, Harry Dean Stanton est impérial. Son Bud est bourru, ironique, fatigué de la vie mais incroyablement attachant. Leur duo fonctionne à merveille et donne au film une véritable colonne vertébrale au milieu de cette douce folie.
On rit très souvent tellement tout est farfelu, invraisemblable et totalement imprévisible. Chaque scène semble vouloir surprendre la précédente. Dès qu'on croit avoir compris où le scénario nous emmène, Alex Cox balance un énorme doigt d'honneur aux conventions et repart dans une autre direction.
C'est un cocktail explosif entre polar, satire sociale, science-fiction, fantastique et humour noir. Un mélange qui, sur le papier, ne devrait jamais fonctionner... et pourtant, il fonctionne.
Repo Man est de ces films qu'on ne regardait pas simplement. On se les échangeait en VHS sous le manteau entre copains, comme un secret bien gardé réservé aux amateurs de cinéma déjanté. Il faisait partie de ces K7 usées jusqu'à la corde, qu'on rembobinait avec le même plaisir à chaque visionnage.
Farfelu ? Complètement.
Bizarre ? Évidemment.
Inclassable ? Plus que jamais.
Et c'est justement pour ça qu'on l'aime. Parce qu'il refuse d'être un film comme les autres. Il préfère enfiler son blouson de cuir, monter le son, écraser l'accélérateur et partir dans un délire atomique dont seuls les années 80 avaient le secret.
Une véritable bombe punk qui n'a jamais cherché à plaire à tout le monde... et qui est devenue, pour cette raison, un authentique film culte.
NOTE : 12.30
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Alex Cox
- Scénario : Alex Cox
- Musique : Steven Hufsteter & Tito Larriva
- Photographie : Robby Müller
- Montage : Dennis Dolan
- Production : Peter McCarthy (en) & Jonathan Wacks
- Société de production : Edge city
- Société de distribution : Universal Pictures
- Pays de production :
États-Unis
- Emilio Estevez (VF : Luq Hamet) : Otto Maddox
- Harry Dean Stanton (VF : Bernard Tixier) : Bud
- Olivia Barash (VF : Annabelle Roux) : Leila
- Vonetta McGee : Marlene
- Sy Richardson (VF : Med Hondo) : Lite
- Tracey Walter (VF : Jacques Ferrière) : Miller
- Susan Barnes : L'agent Rogersz
- Tom Finnegan (VF : Roger Lumont) : Oly
- Eddie Velez (VF : Greg Germain) : Napo
- Del Zamora (VF : Patrick Guillemin) : Lagarto
- Fox Harris (VF : Albert Augier) : J. Frank Parnell
- Dick Rude (VF : Vincent Ropion) : Duke
- Richard Foronjy : Plettschner
- Jennifer Balgobin : Debbi
- Zander Schloss (VF : Georges Caudron) : Kevin
- Miguel Sandoval : Archie
- Helen Martin : Mme Parks


