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mercredi 15 juillet 2026

3.10 - MON AVIS SUR LE FILM BACKROOMS DE KANE PARSONS (2026)

 


Vu le Film Backrooms de Kane Parsons (2026) avec Chiwetel Ejiofor, Renate Reinsve, Mark Duplass, Finn Bennett, Lukita Maxwell , Avan Jogia, Robert Bobroczkyi


Une étrange porte apparaît dans le sous-sol d'un magasin de meubles, ouvrant sur un réseau infini de chambres interconnectées où le temps se courbe et où, plus effrayant encore que de se perdre, plane le sentiment qu'une chose est aux aguets.

Drôle de titre, non ? On pourrait croire que l'on va pénétrer dans les arrière-salles chères au Cruising de William Friedkin. Pas du tout. Ici, les « backrooms » sont celles d'un univers sans logique, sans repère et, au bout d'un moment, sans intérêt.

Le principe est pourtant simple. Une jeune femme, Nola, et un autre protagoniste, Mallick, se retrouvent prisonniers d'un immense espace labyrinthique qui ressemble à un magasin de meubles abandonné. Des couloirs sans fin, des salles vides, des portes qui ne mènent nulle part, des fenêtres placées trop haut pour être atteintes et une créature hybride qui rôde dans ce décor cauchemardesque. L'idée de départ pouvait donner naissance à un véritable cauchemar psychologique où le spectateur se perd avec les personnages.

Sauf que l'on finit surtout par se perdre... dans l'ennui.

Pour apprécier Backrooms, il faut peut-être se mettre dans les mêmes dispositions que les héros. Imaginez : vous entrez dans une salle de cinéma comme eux pénètrent dans cet immense magasin désert. Dans les deux cas, on ne sait déjà plus très bien pourquoi on est là. Eux avancent, smartphone à la main, explorant chaque recoin ; nous, nous nous installons dans notre fauteuil avec le même objet dans la poche, prêts presque à nous y raccrocher pour survivre à la projection.

Pendant qu'ils rampent dans ce décor vide — au passage, on dirait que Shein est passé par là tant tout semble impersonnel — nous regardons défiler de longs plans fixes, des zooms interminables et des couloirs qui se ressemblent tous. Au bout de dix ou quinze minutes, on ne cherche plus à comprendre le mystère. On commence surtout à chercher la lumière des toilettes... ou mieux encore, la sortie de secours de la salle. Parce qu'on se fait chier à mort.

Et c'est là que je me suis mis à voir le film autrement.

Cette porte qui s'ouvre au fond d'un couloir, cette fenêtre inaccessible, ces pièges permanents... finalement, les prisonniers, ce n'est plus Nola ou Mallick. C'est nous. Nous sommes enfermés dans une boucle dont il semble impossible de sortir. Les prédateurs ne sont plus seulement les créatures du film, mais les distributeurs, les producteurs et les exploitants qui semblent nous dire : « Vous avez payé votre place ? Maintenant vous allez souffrir avec nous jusqu'au générique. »

Le monstre devient alors presque secondaire. Le véritable démon, c'est ce billet de cinéma qui se dématérialise au fil des minutes, pendant que notre patience disparaît exactement à la même vitesse. Les chausse-trappes sont nombreuses, les couloirs n'en finissent plus et le cinéma se transforme en piège géant où l'on veut non seulement votre argent... mais aussi votre peau.

À plusieurs reprises, j'ai eu l'impression que les producteurs avaient décidé de punir les spectateurs d'avoir choisi ce film alors qu'il y avait un match de football à la télévision.

Visuellement, on nous vend un style brut, immersif, presque documentaire. Pour ma part, j'ai surtout eu l'impression d'assister à une succession de vidéos filmées avec un smartphone. Et franchement, je suis persuadé qu'un adolescent de douze ans, avec un peu d'imagination, aurait pu faire au moins aussi bien, voire mieux.

Les Backrooms ne sont pas dans le film, elles sont dans la salle de cinéma. Une fois assis, impossible de retrouver la sortie. On erre de plan fixe en plan fixe comme des condamnés à perpétuité cherchant désespérément une issue. Au bout d'une demi-heure, le monstre ne me faisait plus peur. Ce qui me terrorisait, c'était qu'il reste encore une heure de projection. »

Le véritable film d'horreur, ce n'est pas la créature. C'est le projectionniste qui refuse d'arrêter la séance. »

Le problème n'est pas l'absence d'explications. Beaucoup de grands films vivent sur le mystère. Le problème est qu'ici, le vide finit par remplacer la mise en scène, et la répétition prend la place du suspense. On tourne en rond dans des couloirs comme dans une mauvaise idée que personne n'a osé arrêter.

Que reste-t-il une fois les lumières rallumées ?

Rien.

Ou plutôt si : un immense appel au secours. Celui du spectateur qui, comme les personnages, cherche désespérément une sortie. Mais, comme dans l'espace, personne ne vous entend crier.

Pour moi, Backrooms est l'exemple même d'un concept séduisant sur le papier qui se perd dans son propre labyrinthe. Une expérience qui prétend enfermer ses personnages, mais qui finit surtout par emprisonner son public dans un interminable couloir d'ennui.

Un Doliprane... et au lit.

NOTE : 3.10

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation Kane Parsons
  • Scénario Will Soodik (en)[], d'après la web-série Backrooms (2022) de Kane Parsons
  • Musique : Kane Parsons et Edo Van Breemen
  • Direction artistique : Alan Derksen
  • Décors : Danny Vermette
  • Costumes : Mica Kayde[]
  • Photographie : Jeremy Cox[]
  • Son : Eugenio Battaglia
  • Montage : Greg Ng
  • Production : Kori Adelson, Peter Chernin, Michael Clear, Dan Cohen, Chris Ferguson, Dan Levine, Shawn Levy, Roberto Patino, Osgood Perkins, Jenno Topping et James Wan
    • Coproduction : Marlaina Mah
    • Production exécutive : Alayna Glasthal, Kane Parsons, Jesse Savath, Judson Scott et Christopher White
  • Sociétés de production A2421 Laps ]
  • Sociétés de distribution : A24 (États-Unis) Entract Films (Québec)[3] Metropolitan (France)[7]
  • Pays de production Drapeau des États-Unis États-Unis

DISTRIBUTION

  • Chiwetel Ejiofor (VF : Frantz Confiac) : Clark, propriétaire d'un magasin de meubles et architecte raté
  • Renate Reinsve (VF Elisabeth Ventura) Dre Mary Kline, la thérapeute de Clark
    • Ember Ambrose : Mary, jeune
  • Mark Duplass (VF Bernard Gabay) : Phil, un scientifique d'Async et chercheur de Backrooms
  • Finn Bennett (VF : Gautier Battoue) : Robert « Bobby » Franklin, le petit ami de Kat
  • Lukita Maxwell (VF : Jaynelia Coadou) : Kathrine « Kat » Taylor, employée de Clark et petite amie de Bobby
  • Avan Jogia (VF : Théo Benhamour) : Naren Warne, un explorateur asynchrone des Backrooms
  • Robert Bobroczkyi (en) : Pirate Clark, une entité monstrueuse qui ressemble à Clark dans un costume de pirate et qui habite les Backrooms
  • Krista Kosonen : Nora Kline, la mère de Mary
  • Katharine Isabelle : Robin

14.10 - MON AVIS SUR LE FILM LES INCONNUS DANS LA MAISON DE HENRI DECOIN (1942)

 


Vu le Film Les Inconnus dans la Maison de Henri Decoin (1942) avec Raimu Juliette Faber Noel Roquevert Gabrielle Fontan Héléna Manson Jean Tissier Tanja Fédor Marguerite Ducouret Jazcques Baumer André Reybaz Marcel Mouloudji


Hector Loursat est un avocat déchu. Alcoolique depuis le départ de sa femme, il est incapable de s'occuper de sa fille Nicole qui est élevée par Fine, sa fidèle servante. Un soir, il trouve Gros-Louis, un repris de justice, assassiné dans son grenier. L'enquête fait apparaître que Nicole appartient à une bande de jeunes gens qui se réunissaient chaque soir dans ces combles.

Avant de découvrir cette version de 1942, je ne connaissais que le remake réalisé par Georges Lautner avec Jean-Paul Belmondo. Je dois reconnaître que l'original lui est nettement supérieur. Plus sombre, plus ambigu, plus dérangeant, il possède cette atmosphère si particulière des films français tournés sous l'Occupation, où tout semble peser sur les personnages sans que rien ne soit jamais totalement explicite.

Adapté du roman de Georges Simenon, avec un scénario signé par l'écrivain lui-même et Henri-Georges Clouzot, L'Inconnu dans la maison est un polar noir dans toute la noblesse du terme. On y retrouve immédiatement la patte de Simenon : des gens ordinaires qui cachent des abîmes, des coupables qui ont des visages d'innocents, des crimes qui ne naissent pas d'un vaste complot mais de la médiocrité humaine, de la lâcheté ou d'un mobile sordide. Chez Simenon, le mal ne porte jamais un masque démoniaque ; il se cache derrière le voisin d'en face.

Henri Decoin met parfaitement en valeur cette écriture en construisant une tension qui ne faiblit jamais. L'enquête progresse par petites touches, chaque personnage dévoile peu à peu une nouvelle facette de sa personnalité, et l'on ne découvre réellement le coupable que lors de la scène finale du procès. Un magnifique retournement de situation, parfaitement dans l'esprit de Simenon, qui oblige le spectateur à revoir tout ce qu'il croyait avoir compris.

Le film raconte l'histoire d'Hector Loursat, ancien avocat brillant devenu l'ombre de lui-même. Depuis le départ de son épouse, il s'est réfugié dans l'alcool, laissant sa fille Nicole grandir pratiquement sans lui, sous la protection de Fine, la fidèle domestique. Lorsqu'un repris de justice, Gros-Louis, est retrouvé assassiné dans le grenier de sa maison, l'enquête révèle que Nicole fréquente une bande de jeunes qui se réunissent clandestinement dans ces combles. Peu à peu, Loursat est contraint de sortir de sa torpeur pour défendre sa fille et surtout faire éclater une vérité bien plus complexe qu'il n'y paraît.

J'ai également beaucoup apprécié un détail lié à l'époque du tournage. L'un des personnages, interprété par Mouloudji, est appelé Amédée dans le film. Pourtant, son véritable nom est Ephraïm Luska. En 1942, en pleine Occupation, ce changement de prénom n'a évidemment rien d'anodin et rappelle le climat pesant dans lequel le film a été réalisé.

Ici, pas de Maigret. Simenon laisse de côté son célèbre commissaire pour nous offrir un autre personnage tout aussi fascinant : Loursat. Un avocat alcoolique... et le mot est faible ! Un immense avocat autrefois respecté, désormais détruit par ses échecs conjugaux et familiaux. Sa maison tombe en ruine comme sa vie, les bouteilles remplacent les dossiers, et tout semble annoncer une lente descente vers le néant. Pourtant, lorsque la vérité devient plus importante que son propre désespoir, il parvient à reprendre ses esprits, à mettre ses neurones au sec et à redevenir, l'espace d'un procès, le formidable avocat qu'il avait été.

Et c'est peut-être ce qui rend le film aussi fort. Il ne raconte pas seulement une enquête criminelle ; il montre aussi la renaissance d'un homme que tout le monde croyait définitivement perdu.

Il ne faut surtout pas chercher ici une histoire de complot. C'est justement tout le contraire. Une simple histoire de coupable dépassé par sa vie agitée. Simenon savait mieux que personne que les plus grands drames naissent souvent des plus petites faiblesses humaines.

Côté interprétation, Raimu livre une prestation absolument magistrale. Comme d'habitude, il occupe l'écran avec une évidence incroyable, alternant le désespoir, l'ivresse, l'ironie et la puissance lors des scènes du procès. À ses côtés, Mouloudji est remarquable de justesse, tandis que Noël Roquevert, Jean Tissier et Juliette Faber composent une galerie de personnages particulièrement crédibles. Les spectateurs les plus attentifs reconnaîtront également la voix de Pierre Fresnay en narrateur ainsi qu'une toute jeune Martine Carol dans un rôle de spectatrice.

Henri Decoin signe un polar d'une efficacité redoutable. Pas d'effets spectaculaires, pas de démonstration inutile, simplement une mise en scène élégante au service d'un scénario remarquablement construit. Pendant quatre-vingt-douze minutes, le suspense ne faiblit jamais et l'on se laisse entraîner dans cette affaire où chacun semble cacher une part de vérité.

Pour moi, L'Inconnu dans la maison est bien plus qu'un excellent polar : c'est l'une des plus belles adaptations de Simenon portées à l'écran. Une œuvre sombre, humaine, remarquablement écrite et interprétée, qui prouve une fois de plus que les meilleurs films policiers ne sont pas ceux où l'on cherche le coupable, mais ceux où l'on cherche à comprendre les hommes.

NOTE ; 14.10

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