Vu le Film Marathon Man de John Schlesinger (1976) avec Dustin Hoffman Laurence Olivier Roy Scheider Jacques Marin Willam Devane Marthe Keller Richard Bright Marc Lawrence Fritz Weaver
Thomas Babington « Babe » Levy, étudiant en histoire et coureur de marathon, cherche à réhabiliter la mémoire de son père, qui s'est suicidé pendant le MacCarthysme. Un accident de voiture mortel coûte la vie à Klaus Szell, frère du criminel de guerre nazi Christian Szell. Henry (« Doc »). Le frère de Babe, que ce dernier croit cadre dans une compagnie pétrolière, est en réalité un agent du gouvernement travaillant pour une agence secrète dirigée par Peter Janeway. Doc est un coursier chargé du transport de diamants appartenant à Szell et conservés dans un coffre-fort à New York. Lors d'un déjeuner avec Babe et sa petite amie suisse, Elsa Opel, Doc amène Elsa à révéler qu'elle est en réalité allemande et qu'elle a menti sur ses origines.
Avis sur Marathon Man de John Schlesinger. Il court, il court notre Thomas Levy, incarné par un Dustin Hoffman habité, nerveux, presque fiévreux, qui court d’abord pour le plaisir, pour l’illusion d’un marathon new-yorkais qui donnerait un sens à sa vie, puis qui court pour comprendre, après le meurtre brutal de son frère Doc, joué par un Roy Scheider parfait en homme trouble, ambigu jusqu’au bout, enfin il court pour survivre, traqué par les hommes de Szell, ce Szell glaçant interprété par Laurence Olivier, immense acteur de cinéma et de théâtre, qui distille la terreur avec une économie de gestes et une froideur clinique.
Pendant deux heures, Schlesinger installe une tension continue, presque suffocante, et signe l’un des plus grands thrillers politiques des années 70, un film qui fête aujourd’hui ses 50 ans et qui n’a pas pris une ride, tant sa noirceur et son pessimisme restent d’une actualité troublante.
Ici, la vérité n’est jamais bonne à connaître, surtout pour ce pauvre Thomas Levy, constamment embarqué dans des affaires qui le dépassent, dans un monde où personne ne défend réellement une cause, mais seulement des intérêts, de l’argent ou sa propre survie. Tous sont achetés, compromis, manipulés, sauf Szell, ancien nazi — pourquoi ancien d’ailleurs ? — qui continue d’incarner le mal à l’état pur, provocateur jusqu’à l’indécence, venant vendre à New York les diamants arrachés aux Juifs qu’il a fait torturer et massacrer, dans un quartier où les diamantaires pullulent à chaque coin de rue. Des années ont passé, les visages ont changé, les costumes aussi, mais la mémoire visuelle de ses victimes reste là, incrustée dans son regard et dans celui de ceux qui le reconnaissent.
La scène de la torture dentaire infligée à Thomas Levy est un choc absolu, une des plus traumatisantes de l’histoire du cinéma : chaque geste est sec, précis, brutal, et le spectateur reçoit la douleur comme un coup dans la mâchoire, avec ces frissons qui remontent le long de la colonne vertébrale. Schlesinger démontre ici tout son génie de metteur en scène, jouant avec les silences, les regards, la paranoïa, utilisant New York comme un piège urbain oppressant et Paris comme décor feutré et trompeur autour de la vente des diamants.
La mise en scène est tendue, élégante, implacable, le scénario avance sans jamais relâcher la pression, et la direction d’acteurs est exemplaire. Dustin Hoffman court, encore et encore, dans l’un de ses plus grands rôles, vulnérable, humain, dépassé, tandis que Laurence Olivier, terrifiant de retenue, offre une leçon de jeu et d’effroi pur.
Et il ne faut pas oublier Marthe Keller, magnifique et troublante, parfaite figure d’ambiguïté amoureuse et politique, ainsi que le frenchie Jacques Marin, silhouette discrète mais savoureuse, qui apporte cette touche européenne si typique du cinéma paranoïaque des années 70.
Marathon Man, c’est du thriller sec, tendu, sans graisse, un film qui serre la gorge et ne la lâche plus, un sommet du cinéma des années 70, et un rappel brutal que certaines vérités, une fois découvertes, ne vous laissent aucune chance de revenir en arrière.
NOTE ; 17.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : John Schlesinger
- Scénario : William Goldman, d'après son roman
- Musique : Michael Small
- Photographie : Conrad L. Hall
- Montage : Jim Clark
- Production : Robert Evans et Sidney Beckerman
- Société de production : Robert Evans Company
- Société de distribution : Paramount Pictures
- Dustin Hoffman (VF : Michel Bedetti) : Thomas Babbington, dit « Babe », Levy
- Laurence Olivier (VF : André Valmy) : Dr Christian Szell
- Roy Scheider (VF : Gabriel Cattand) : Henry « Doc » Levy
- William Devane (VF : Serge Sauvion) : Peter « Janey » Janeway
- Marthe Keller (VF : elle-même) : Elsa Opel
- Richard Bright (VF : Marc de Georgi) : Karl
- Marc Lawrence (VF : René Arrieu) : Erhard
- Fritz Weaver (VF : François Chaumette) : Professeur Biesenthal
- Jacques Marin (VF : lui-même) : Leclerc
- Ben Dova : Klaus Szell
- Lou Gilbert : Rosenbaum
- James Wing Woo : Chen
- Allen Joseph : le père de Babe et Doc
- Nicole Deslauriers : Nicole
- Tito Goya (VF : Serge Lhorca) : Melendez
- Lotte Palfi Andor : la vieille dame sur la 47e rue
- Fred Stuthman : le vendeur de bijoux tué par Szell
- William Martel (VF : Jacques Dynam) : le garde de la banque
- Tom Ellis (acteur texan) : le journaliste TV
- Raymond Serra : le chauffeur de camion
- Shawn McAllister : le mécanicien (non crédité)
- Treat Williams : un joggeur (non crédité)
- Nathalie Roussel : une cliente au restaurant le Dôme
- Fabio Testi : un client au restaurant le Dôme


