Vu le Film Le Grand Restaurant de Jacques Besnard (1966) avec Louis de Funès, Bernard Blier, Olivier de Funès, Folco Lulli Venantino Venantini Noel Roquevert
Maria-Rosa Rodriguez Paul Preboist Roger Caccia Michel Modo Pierre Tornade Guy Grosso Jean Ozenne Maurice Risch
Parce que c’est Louis de Funès, le génie du rire, et que dans Le Grand Restaurant, il nous démontre une nouvelle fois l’étendue de son talent grâce à ses grimaces, ses pitreries et cette énergie qui semble ne jamais devoir s’épuiser. Pour moi, ce film s’inscrit dans la grande tradition des Branquignols, avec cette folie collective héritée notamment de Robert Dhéry et Colette Brosset, où les scènes de groupe font mouche et où le rire se transmet de spectateur en spectateur, particulièrement dans les murs du restaurant, même si les scènes extérieures sont parfois moins inspirées.
Si Jacques Besnard est bien le réalisateur, Louis de Funès est incontestablement l’âme du projet, puisqu’il participe à l’écriture du scénario, choisit ses partenaires et imprime sa marque à l’ensemble. Avec l’aide de son ami Jean Halain, fils d’André Hunebelle, il construit une comédie qui ne traîne jamais les pieds et dont on reconnaît immédiatement la patte, avec cette troupe de fidèles qui semble avoir pris ses quartiers dans la cuisine autant que dans la salle. On retrouve notamment Roger Caccia, ancien compagnon des Branquignols, mais aussi Jean Ozenne et son inoubliable « Mon Dieu, mon Dieu », Pierre Tornade toujours aussi classe, Paul Préboist, ainsi que le duo Grosso et Modo, l’un en dénonciateur et l’autre en lèche-bottes, une brigade qu’on ne souhaiterait pas forcément avoir chez soi, même pour les grandes occasions.
De Funès incarne Monsieur Septime, patron autoritaire, perfectionniste jusqu’à la maniaquerie, qui dirige son établissement comme un général commande ses troupes. Chaque serveur doit obéir au doigt et à l’œil, chaque assiette doit être irréprochable et la moindre erreur devient un crime de lèse-majesté. Derrière son costume impeccable se cache pourtant un personnage capable de perdre tous ses moyens lorsque les événements lui échappent, ce qui devient particulièrement savoureux lorsque l’intrigue policière vient bousculer son petit monde bien ordonné.
L’enlèvement du président Novalès va ainsi transformer notre tyran des fourneaux en personnage mêlé à une aventure qui le dépasse largement, entre quiproquos, rebondissements et situations rocambolesques. L’histoire sert surtout de terrain de jeu à De Funès, qui peut multiplier les expressions, les gestes improbables et les accès de panique dont il a le secret, sans que le scénario cherche à rivaliser avec son véritable moteur : le comique.
Comment ne pas évoquer la fameuse recette du soufflé aux pommes de terre, avec ses ombres chinoises qui transforment Septime, accent compris, en un Hitler absolument hilarant ? L’idée vient de De Funès lui-même et la scène aurait été tournée sous cette forme en une seule prise. Voilà un exemple de son inventivité, capable de transformer une démonstration culinaire en numéro de cabaret, avec une audace et une précision qui font encore mouche aujourd’hui. La scène de la danse, où Septime impose son rythme à un orchestre qui peine à suivre, relève de la même mécanique, tandis que les scènes de piano de Roger Caccia participent à cette ambiance de joyeux désordre parfaitement orchestré.
Les seconds rôles ne sont pas là pour faire de la figuration, et c’est aussi ce qui donne au film sa saveur. On retrouve Olivier de Funès, le fils de Louis, qui ne joue pas cette fois son fils à l’écran et qui s’éloignera ensuite du métier d’acteur pour devenir pilote. La complicité de cette troupe donne au restaurant une véritable existence, avec ses habitudes, ses petites lâchetés et ses personnages hauts en couleur. Les obsessions de De Funès sont également au rendez-vous, notamment son goût pour la Légion d’honneur, tandis que les noms de Septime et de Sévère, son personnage dans Hibernatus, renvoient tous deux à des empereurs romains.
Le Grand Restaurant est pour moi, avec Hibernatus et Oscar, une véritable Madeleine de Proust, un remède souverain pour détendre les zygomatiques et retrouver un plaisir intact devant des scènes que je connais pourtant par cœur. Certaines annoncent presque L’Aile ou la Cuisse, tant on retrouve cette obsession de la gastronomie, du cérémonial et de la perfection poussée jusqu’à l’absurde.
Revoir ce film, c’est retrouver un cinéma populaire qui ne cherche pas à se donner des airs, mais qui sait parfaitement ce qu’il veut : nous faire rire et nous faire passer une excellente soirée. Louis de Funès règne sur cette brigade avec une gourmandise communicative, et je savoure toujours autant ses colères, ses grimaces et ses inventions, sans oublier cette troupe qui lui donne la réplique avec un plaisir évident.
Un grand classique de ma comédie française, à déguster sans modération, même si le service est parfois un peu brutal. À table !
NOTE : 16.40
- Scénario : Jean Halain
- Adaptation : Jean Halain, Louis de Funès, Jacques Besnard (et Jean Marion, non crédité[c])
- Dialogues : Jean Halain
- Scénario : Jean Halain
- Décors : Paul-Louis Boutié, assisté de Henri Sonois et Olivier Girard
- Photographie : Raymond Lemoigne (directeur de la photographie), Jean Benezech (cadreur), Vladimir Ivanov (assistant-cadreur)
- Son : René-Clément Forget
- Assistant-réalisateur : Michel Lang, Pierre Cosson
- Chorégraphie : Colette Brosset
- Effets spéciaux (« cascades ») : Gil Delamare
- Photographe de plateau : Roger Corbeau
- Montage : Gilbert Natot
- Musique : Jean Marion
- Production : Alain Poiré
- Société de production : Société nouvelle des établissements Gaumont
DISTRIBUTION
- Louis de Funès : M. Septime, patron d'un grand restaurant parisien
- Bernard Blier : le commissaire divisionnaire
- Folco Lulli : M. Novalès, le président sud-américain
- Venantino Venantini : Enrique
- Maria-Rosa Rodriguez : Sophia, la secrétaire du président Novalès
- Paul Préboist : le sommelier
- Noël Roquevert : le ministre
- Raoul Delfosse : Marcel, le chef cuisinier
- Max Montavon : le violoniste
- Roger Caccia : le pianiste
- Jean Ozenne : le maître d'hôtel, qui répète « Mon Dieu ! Mon Dieu ! »
- Pierre Tornade : le second maître d'hôtel
- Maurice Risch : Julien, un serveur
- Guy Grosso : un serveur
- Michel Modo : Petit-Roger, le serveur lèche-bottes
- Jacques Dynam : un serveur
- Paul Faivre : le client taché
- André Badin : l'invité insignifiant du ministre
- Julián Antonio Ramírez : le général conspirateur
- Frédéric Santaya : un conspirateur
- Eugene Deckers : le complice de Novalès
- inconnu : le commandatore Riganti
- Claus Holm : le Doktor Müller (non crédité au générique)
- Marc Arian : un dîneur
- Roger Lumont : un dîneur
- Olivier de Funès : le filleul de Marcel, le chef cuisinier
- René Bouloc : un serveur
- Yves Elliot : un maître d'hôtel
- Henri Marteau : le second inspecteur adjoint
- Jacques Legras : l'agent de police
- Yves Arcanel : Henri, un policier
- Albert Dagnant : un conspirateur
- Bernard Dumaine : le client satisfait
- Pierre Roussel : un serveur
- Robert Dalban : un conspirateur français
- Robert Destain : le baron, un client du restaurant
- France Rumilly : la baronne, une cliente avec son chien
- Jack Bérard : le portier
- Adrien Cayla-Legrand : un dîneur
- Jean Droze : un serveur
- Henri-Jacques Huet
- René Berthier : un client du restaurant


