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vendredi 30 octobre 2026

13.10 - MON AVIS SUR LE FILM TARENTULA ! DE JACK ARNOLD (1955)

 


Vu le film Tarentula de Jack Arnold (1955) avec John Agar Lee J.Caroll Mara Corday Nestor Palva Ross Elliott Edwin Rand Raymond Bailey Clint Eastwood


Jack Arnold, le réalisateur de L’Homme qui rétrécit, récidive cette fois en mettant en scène une grosse bébête pleine de poils, bien plus grande que les humains, qui vont évidemment avoir peur comme jamais. Non, ce n’est pas King Kong, mais une tarentule qui a visiblement abusé des hormones de croissance et qui n’a rien à envier à ma grand-mère question pilosité des pattes. Quel plaisir, à l’heure des effets spéciaux à outrance sur fond vert, et de certains films déjà fabriqués avec des images d’IA, de retrouver ces productions à l’ancienne où l’on faisait avec les moyens du bord, beaucoup d’ingéniosité et quelques ficelles, même si notre araignée géante ne passe pas exactement inaperçue dans le paysage.

L’histoire nous entraîne dans une petite bourgade américaine qui n’avait certainement pas prévu de recevoir un tel invité à sa table. À la suite d’expériences scientifiques et de manipulations génétiques destinées à accélérer la croissance des animaux, une tarentule atteint des proportions monstrueuses et finit par s’échapper. La bestiole se met alors à semer la terreur dans la région, écrasant tout sur son passage et menaçant les habitants qui n’avaient rien demandé, sinon de vivre tranquillement chez eux. Comme quoi, il faut toujours se méfier des scientifiques qui veulent jouer aux apprentis sorciers, car leurs découvertes finissent rarement par vous livrer un gentil petit caniche.

Mais Tarentula n’est pas seulement une histoire de grosse araignée qui aurait oublié de grandir raisonnablement, c’est aussi une curieuse histoire d’amour non consentie, puisque notre monstre semble s’être entiché des humains au point de leur courir après sans leur demander leur avis. La pauvre créature ne comprend manifestement pas que son charme animal laisse à désirer et que ses avances ne sont pas franchement du goût de la population locale. Notre bébête éconduite poursuit donc ses petites affaires à travers les champs et les abords de la ville, tandis que les habitants tentent de sauver leur peau. Il faut dire qu’avec huit pattes et une taille pareille, difficile de lui conseiller gentiment de rentrer chez elle.

Ce qui fait le charme du film, c’est cette manière de faire monter la tension sans avoir besoin de nous bombarder d’effets numériques toutes les trente secondes. Jack Arnold sait installer une atmosphère inquiétante, et le montage entretient le suspense en alternant les réactions des personnages et les apparitions de la créature. La musique contribue également à cette angoisse, la partition du film est signée Henry Mancini. La grande tarentule n’a certes pas besoin de se cacher longtemps pour impressionner, mais il faut la voir détruire une maison pour apprécier le travail accompli par les techniciens des effets spéciaux. C’est du cinéma artisanal, avec ses limites, ses astuces et une efficacité qui n’a pas forcément besoin de machines dernier cri pour fonctionner.

Bien sûr, il faut accepter quelques invraisemblances et ne pas s’attendre à une reconstitution scientifique de la vie des araignées, mais ce genre de production possède une générosité que je retrouve avec plaisir. La menace est visible, les personnages la prennent au sérieux et le réalisateur ne cherche pas à se moquer de son propre film. La tarentule a beau ressembler à une pelote de laine sur pattes, elle parvient à provoquer une inquiétude bien réelle, notamment grâce à la façon dont Arnold la fait surgir dans le paysage et donne aux habitants le sentiment qu’aucun endroit n’est vraiment à l’abri.

Devant la caméra, les acteurs font leur boulot sans en rajouter, avec John Agar dans le rôle du docteur Matt Hastings, Leo G. Carroll dans celui du professeur Gerald Deemer et Mara Corday en Steve, l'assistante du scientifique, qui se retrouve au cœur de cette aventure. Le professeur Deemer est justement l’un de ces savants dont les recherches finissent par leur échapper, et le film exploite avec efficacité cette vieille peur de voir la science produire des résultats que personne ne sait plus contrôler. Mara Corday apporte la présence féminine nécessaire à cette histoire, tandis que John Agar incarne ce héros pragmatique qui doit bien finir par trouver un moyen d’arrêter le monstre.

Et puis, comme souvent dans les films de science-fiction de cette époque, on découvre dans un coin de l’écran une future vedette venue faire un petit tour avant de prendre son envol. Ici, c’est Clint Eastwood, encore loin de devenir l’homme sans nom ou l’inspecteur Harry, qui apparaît dans le rôle d’un pilote d’avion. Une apparition brève, mais toujours amusante à revoir lorsqu’on connaît la carrière qui l’attendait.

Tarentula, sorti en 1955, n’a évidemment pas la sophistication technique des productions actuelles, mais il possède ce que beaucoup de films contemporains oublient parfois en multipliant les images spectaculaires : une histoire simple, une tension bien entretenue et un monstre dont on attend chaque apparition avec une certaine gourmandise. Jack Arnold connaît son métier et sait comment faire vivre une menace avec les moyens de son époque, sans noyer le spectateur sous des effets gratuits. Alors, oui, notre araignée géante est un peu trop poilue, ses dimensions sont quelque peu exagérées et les scientifiques feraient mieux de changer de métier, mais quel plaisir de retrouver cette science-fiction à l’ancienne, où une grosse bébête pouvait encore vous donner quelques frissons sans avoir besoin d’être fabriquée par une intelligence artificielle. Et si vous croisez une tarentule dans votre jardin, un conseil : évitez de lui proposer un petit verre, elle risquerait de se sentir chez elle.

NOTE : 13.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

HISTOIRE D'UNE CHANSON HIGH NOON DE DIMITRI TIOKIN (FILM LE TRAIN SIFFLERA 3 FOIS)


 
#HistoireChansonsdeFilm , Aujourd’hui, nous allons prendre le train, ou plutôt attendre son arrivée en gare, avec une chanson devenue indissociable de l’histoire du western : The Ballad of High Noon, également connue sous les titres High Noon et Do Not Forsake Me, Oh My Darlin’. Elle accompagne le film de Fred Zinnemann, High Noon, sorti en 1952 et connu chez nous sous le titre Le Train sifflera trois fois. Une chanson qui, à elle seule, annonce la couleur : le train arrive, les ennuis aussi, et il n’y aura pas grand monde pour vous tenir compagnie sur le quai !


La musique est signée Dimitri Tiomkin, compositeur né en Russie, devenu l’un des grands noms de la musique hollywoodienne, tandis que les paroles sont de Ned Washington, auteur de nombreux succès pour le cinéma. Tiomkin s’est notamment inspiré de chansons américaines traditionnelles, dont certaines figuraient dans le recueil The American Songbag de Carl Sandburg. On a également évoqué des résonances avec la musique folklorique russe, une influence plausible chez ce compositeur qui avait grandi dans cet univers musical.

Mais l’histoire de cette chanson est aussi celle d’un pari audacieux. Lors des projections d’essai, le film aurait suscité des réactions mitigées, notamment en raison de son rythme et de son apparente immobilité. Tiomkin eut alors l’idée d'utiliser une chanson pour donner davantage de mouvement à l'ensemble, en installant une tension musicale qui accompagnerait le compte à rebours jusqu'à l'arrivée du train de midi. Il acquit les droits de la chanson et contribua à son lancement commercial avant la sortie du film. La version de Frankie Laine allait notamment connaître un beau succès, participant à faire connaître le titre au grand public.

Dans le film, c’est Tex Ritter, chanteur de country et acteur de westerns, qui interprète la chanson pendant le générique d’ouverture. L’accompagnement est volontairement dépouillé, avec une guitare et des sonorités d’accordéon, auxquelles s’ajoute le Hammond Novachord, un instrument électronique ancien dont le timbre contribue à cette atmosphère particulière. La mélodie revient ensuite sous différentes formes au fil du récit. Elle n’est donc pas simplement là pour meubler le générique : elle devient un véritable fil conducteur musical, une horloge qui égrène les minutes avant le règlement de comptes.

Car cette chanson raconte pratiquement toute l’histoire du film. Le marshal Will Kane, incarné par Gary Cooper, vient de se marier avec Amy, interprétée par Grace Kelly, lorsqu’il apprend que Frank Miller, un criminel qu’il avait envoyé en prison, doit arriver par le train de midi. Miller revient avec des hommes bien décidés à se venger. Kane pourrait partir avec sa jeune épouse et abandonner la ville à son sort. Pourtant, il décide de rester et d’affronter seul ceux qui viennent le tuer. Il cherche de l’aide auprès des habitants, mais les uns après les autres, ils se défilent. Il faut croire que le courage collectif a parfois une fâcheuse tendance à prendre le train avant les autres.

Le titre le plus célèbre de la chanson, Do Not Forsake Me, Oh My Darlin’, signifie « Ne m’abandonne pas, ô ma chérie ». Ces mots sont ceux d’un homme qui réclame le soutien de sa femme au moment même où tout semble se liguer contre lui. Le refrain exprime sa peur de la perdre, mais aussi le déchirement entre l’amour et le devoir. Will Kane n’est pas un héros invulnérable : c’est un homme qui doute, qui redoute la mort et qui voudrait pouvoir compter sur ceux qui l’entourent. La chanson donne ainsi une voix à ses émotions, là où son visage impassible et son attitude stoïque en disent beaucoup moins.

Le film lui-même dépasse largement le cadre du western traditionnel. Son scénariste, Carl Foreman, allait être victime de la chasse aux sorcières anticommuniste à Hollywood. Beaucoup ont donc vu dans cette histoire celle d’un homme abandonné par ses concitoyens parce qu’il refuse de se soumettre à la pression collective. Le rapprochement avec le maccarthysme est devenu l’une des grandes clés de lecture du film : quand il faut défendre ses convictions, les bonnes paroles ne suffisent pas toujours et les prétendus amis sont parfois les premiers à disparaître.

La chanson a connu plusieurs interprétations, mais celle de Tex Ritter reste intimement liée au film. La version de Frankie Laine, enregistrée en 1952, a rencontré un succès commercial important, atteignant la cinquième place du classement américain et la septième au Royaume-Uni. Celle de Ritter s’est classée à la douzième place aux États-Unis. Deux voix, deux approches, mais une même mélodie qui rappelle que le western peut aussi se raconter en chansons.

La récompense suprême est arrivée en 1953 : The Ballad of High Noon a remporté l’Oscar de la meilleure chanson originale, tandis que Dimitri Tiomkin a également reçu celui de la meilleure musique pour le film. L'American Film Institute l'a ensuite classée parmi les grandes chansons de l'histoire du cinéma américain, à la vingt-cinquième place de sa sélection des cent plus grandes chansons de films.

Voilà donc une chanson qui ne se contente pas d'illustrer un western : elle en résume le suspense, les dilemmes et la solitude du héros. Elle nous fait entendre le train avant même qu'il n'entre en gare, et nous rappelle que, parfois, le plus difficile n'est pas d'affronter les bandits, mais de découvrir combien de personnes sont prêtes à vous laisser vous débrouiller tout seul.

Elle a été enregistrée dès 1952 par plusieurs interprètes, dont Claude Dupuis (souvent cité comme la version liée au film en France) et Lucienne Delyle. C’est surtout John William qui l’a popularisée et qui en a fait un de ses grands succès (elle a contribué à lancer sa carrière). Des versions plus récentes existent, notamment par Eddy Mitchell.Les paroles françaises gardent l’esprit de supplication et de solitude, mais elles sont plus centrées sur le désarroi amoureux et la peur de l’abandon que sur le contexte western précis.En résumé, « High Noon » n’est pas seulement un thème de western : c’est une ballade qui a sauvé un film, gagné un Oscar, lancé une mode des chansons de générique et qui continue de résonner par sa mélodie simple et son message sur le courage face à l’abandon.Principaux interprètes
Autres versions notables : Connie Francis, Jimmie Rodgers, Duane Eddy (instrumentale), Faron Young, Walter Brennan, etc.
Version française : « Si toi aussi tu m’abandonnes »Les paroles françaises (adaptation non littérale) sont d’Henri Contet et Max François. La version française s’appelle « Si toi aussi tu m’abandonnes

Et quand le train siffle trois fois, il est déjà trop tard pour prétendre qu'on n'avait pas entendu l'appel.

https://www.youtube.com/watch?v=Ty6E6lVqAk0

Do not forsake me, oh my darlin'
On this our wedding day
Do not forsake me, oh my darlin'
Wait, wait along
I do not know what fate awaits me
I only know I must be brave
And I must face a man who hates me
Or lie a cowardly corpse in my grave
Oh, to be torn 'twixt love and duty
Supposin' I lose my fair-haired beauty?
Look at that starling, look at that stranger
Those are the men riding in from the danger
Oh, do not forsake me, oh my darlin'
You made those vows, now walk the line
Be not a coward, oh my darlin'
Have mercy on one who'll be thine
You made those vows, now walk the line
Do not forsake me, oh my darlin'

jeudi 29 octobre 2026

11.50 - MON AVIS SUR LE FILM LA FAMILLE BELIER DE ERIC LARTIGAU (2014)

 


Mon avis sur le Film La Famille Bélier de Eric Lartigau (2014) avec Louane Karin Viard Eric Elmosino François Damiens Ilan Bergala Lukas Gelberg Roxane Duran Jérome Kircher Mar Sodupe


Qu'est-ce qui a bien pu prendre une nouvelle fois aux critiques français pour nous vendre La Famille Bélier comme le nouveau Intouchables, un grand film populaire et bouleversant ? Touchant à notre portefeuille, oui, mais pour le reste, on repassera. Car malgré un sujet qui méritait mieux, Éric Lartigau nous livre un film bavard, ce qui peut paraître assez cocasse pour une histoire où la majorité des personnages sont sourds, puisque Paula, la jeune fille de la famille, traduit tout ce qui se dit, tandis que les mimiques de ses parents viennent compléter un concert de paroles qui n'en finit plus.

Dans la famille Bélier, tout le monde est sourd, sauf Paula, seize ans, qui sert d'interprète à ses parents dans la vie quotidienne, notamment pour faire tourner leur exploitation agricole. Lorsque son professeur de musique découvre qu'elle possède un véritable don pour le chant, il l'encourage à préparer le concours de Radio France, une perspective qui pourrait lui ouvrir les portes d'une nouvelle vie, mais qui l'obligerait aussi à quitter les siens et à franchir le cap de l'âge adulte. Voilà donc Paula confrontée au choix difficile entre sa famille et son avenir, avec, en prime, Michel Sardou pour lui souffler la direction à prendre.

Le film est sympathique par moments, mais ces moments restent trop rares à mon goût et doivent beaucoup à Louane Emera, découverte dans The Voice, qui fait ici ses premiers pas au cinéma. Charmante, spontanée et plutôt convaincante lorsqu'elle chante, elle apporte une fraîcheur que le reste du film peine à retrouver. Son personnage possède une vraie raison d'être et son dilemme fonctionne, même si l'on sent parfois que le scénario appuie un peu trop fort sur les ficelles de l'émotion. À ses côtés, Ilian Bergala campe son petit copain avec suffisamment de charme pour faire battre quelques cœurs, notamment chez les demoiselles de la salle, tandis que Luca Gelberg, qui joue le frère de Paula et qui est lui-même sourd, s'en sort avec une justesse appréciable.

Les parents, pourtant au centre du sujet, me laissent beaucoup plus perplexe. Karin Viard est épouvantablement mauvaise, multipliant les grimaces et les effets jusqu'à donner l'impression qu'elle cherche à faire disparaître un troupeau de rhinocéros à elle toute seule. Les rhinocéros finiront peut-être par s'éteindre, mais cette performance très lourde risque, elle, de rester dans les mémoires. François Damiens ne m'emballe guère davantage, avec sa barbe et son numéro qui donnent parfois l'impression qu'il vient de sortir d'une de ses caméras cachées. Quant à l'acteur qui interprète le maire, il est franchement épouvantable, ce qui ne contribue pas à relever le niveau général.

La vraie vedette du film, finalement, n'est peut-être ni Paula ni ses parents, mais bien Michel Sardou, dont les chansons occupent une place considérable dans cette histoire. Il faut rappeler que le chanteur n'avait pas l'habitude d'autoriser la reprise de son répertoire, ce qui rend l'utilisation de ses titres assez remarquable. Grégory Lemarchal avait notamment eu le privilège de chanter En chantant avec Sardou lui-même sur la scène de l'Olympia. Ici, on retrouve également Je vais t'aimer, La Maladie d'amour et, bien sûr, Je vole, qui donne au film son moment le plus évident d'émotion.

« Mes chers parents, je pars, je vous aime mais je pars, vous n'aurez plus d'enfant ce soir, je m'enfuis pas, je vole… » Ces paroles correspondent parfaitement au thème du film, puisque Paula doit apprendre à quitter le nid familial sans pour autant cesser d'aimer les siens. Sardou devient ainsi le meilleur allié du scénario, et ses chansons apportent une émotion que la réalisation ne parvient pas toujours à faire naître par ses propres moyens.

J'espérais découvrir le langage des signes, comprendre un peu mieux la vie quotidienne d'une famille sourde et voir comment le cinéma pouvait traduire cette réalité sans la transformer en numéro de cirque. J'ai surtout eu l'impression d'assister au Lac des cygnes, tant certains personnages semblent s'enfoncer dans les effets appuyés, les grimaces et les situations fabriquées pour arracher quelques larmes au spectateur. On ne comprend pas toujours les dialogues, mais on finit par s'en moquer, puisqu'ils ne racontent pas grand-chose de passionnant.

Je ne suis d'ailleurs pas certain que les personnes sourdes se reconnaissent pleinement dans cette représentation, qui repose beaucoup sur les mimiques et les réactions exagérées. Les grands films consacrés à la surdité, comme Les Enfants du silence, ont montré qu'il était possible de traiter ce handicap avec une autre exigence, en donnant une véritable place à ceux qui le vivent. Ici, la présence de Luca Gelberg apporte justement une authenticité qui manque parfois aux autres interprétations.

Quant à Éric Lartigau, sa réalisation ne me laissera pas un souvenir impérissable. Le cinéaste de Mais qui a tué Pamela Rose ? et de H ne me semble pas avoir trouvé ici une mise en scène à la hauteur de son sujet, et l'on se retrouve devant une mécanique de comédie populaire qui cherche constamment à nous faire rire ou pleurer, sans toujours y parvenir.

Au bout de cette histoire, je retiens donc Louane, le charme d'Ilian Bergala et les chansons de mon idole Michel Sardou, qui sauvent les meubles et empêchent le film de sombrer complètement. La réussite commerciale est indéniable, mais le succès public ne suffit pas à transformer une comédie sympathique en grand film sur le handicap. La Famille Bélier se situe davantage dans la lignée de La Boum que dans celle des Enfants du silence, et ce n'est déjà pas tout à fait la même ambition.

Pour ma part, j'attendais davantage qu'une histoire de passage à l'âge adulte emballée dans les chansons de Sardou et quelques scènes destinées à faire pleurer dans les chaumières. Louane s'en sort avec les honneurs, Sardou reste Sardou, mais le cinéma, lui, aurait mérité de pousser un peu plus loin le volume de ses ambitions.

NOTE : 11.50

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

16.30 - MON AVIS SUR LE FILM HOPE DE NA HONG JIN (2026)

 


Vu le film Hope de Na Hong-jin (2026) avec Hwang Jeong-min Michael Fassbender Jo In-sung Jung Ho-yeon Alicia Vikander Taylor Russell Cameron Britton


On attendait impatiemment le retour de Na Hong-jin, ce réalisateur sud-coréen qui nous avait offert trois chefs-d’œuvre du thriller ultra-violent avec The Chaser, The Murderer et The Strangers. Autant dire qu’après une telle trilogie, on l’attendait au tournant avec Hope, son incursion dans la science-fiction et ses extraterrestres qui ne sont manifestement pas venus pour nous apporter des fleurs.


Tout commence à Hope, un village portuaire où des entités extraterrestres ont décidé de prendre leurs quartiers, peut-être pour profiter d’un petit bain de soleil, sauf que leurs principales activités consistent plutôt à terroriser les autochtones. Les habitants découvrent rapidement que leurs nouveaux voisins ne sont pas du genre à respecter le règlement de copropriété, et que la cohabitation risque de tourner au cauchemar. Face à ces créatures aux intentions franchement peu serviables, chacun va tenter de sauver sa peau dans un déchaînement de violence, de courses-poursuites et de situations qui échappent rapidement à toute logique raisonnable.


Na Hong-jin ne nous ment ni sur le budget ni sur ses ambitions, puisqu’il nous embarque pendant deux heures quarante dans un délire de science-fiction absolument insensé, où des humains tentent de survivre à des choses poisseuses, gluantes et manifestement peu disposées à retourner d’où elles viennent. Le réalisateur ne nous lâche pas une seconde, nous faisant passer de l'effroi à l'incrédulité, avec cette manière de faire monter la tension jusqu'à nous donner envie de vérifier si notre fauteuil est toujours entier.


Impossible de résumer Hope sans lui faire perdre une bonne partie de sa folie, tant le scénario multiplie les situations improbables, les rebondissements et les visions hallucinées. C'est bordélique, frapadingue, ahurissant, mais d'un bordel jouissif qui donne le sentiment d'assister à quelque chose que l'on n'avait encore jamais vu. Les extraterrestres sont baveux, gluants, terrifiants et désespérément accrochés à notre monde, sans la moindre intention de rentrer à la maison comme dans le film de Spielberg. Non, ceux-là restent collés à nous, et leur conception de la visite amicale ressemble davantage à une séance de torture qu'à un échange de civilités intergalactiques.


La première partie est peut-être la meilleure, avec une tension remarquable, des personnages inquiétants et une atmosphère qui rappelle parfois le cinéma de Tarantino, lorsque les psychopathes prennent le contrôle de la situation et que l'on comprend que personne ne sortira indemne de la rencontre. Mais Na Hong-jin ne se contente pas de reproduire les recettes de ses précédents films, puisqu'il change complètement de terrain de jeu pour nous entraîner dans une aventure où la science-fiction devient le prétexte à toutes les audaces.


Le scénario est admirable, à condition d'accepter de rentrer dans le délire du réalisateur, qui mélange créativité, émotion et humour sans demander la permission à personne. Ce monde est fou, mais il est admirablement filmé, à l'ancienne, ai-je envie de dire, avec des travellings saisissants, des mouvements de caméra qui semblent ne jamais vouloir s'arrêter et une photographie de dingue. Les compositions sont parfois presque manichéennes, les images possèdent une puissance folle et la mise en scène donne une ampleur exceptionnelle à ce chaos organisé, même lorsque l'on se demande sérieusement où le cinéaste veut nous emmener.


Le casting participe pleinement à cette aventure, les interprètes devant affronter des situations qui semblent parfois relever du cauchemar éveillé plutôt que d'un tournage ordinaire. Les personnages ne sont pas là pour faire de la figuration devant des monstres numériques, mais pour essayer de comprendre ce qui leur arrive, de résister et, si possible, de ne pas finir en pièces détachées. On s'attache à ces êtres humains ballotés dans un univers qui ne leur laisse guère de répit, et l'émotion parvient à se frayer un chemin au milieu de cette débauche de violence et de visions hallucinantes.


Na Hong-jin réussit surtout à maintenir une tension presque permanente, sans nous laisser le temps de reprendre tranquillement nos esprits, et les deux heures quarante passent à une vitesse folle. On souffle, on respire, on expire, avant de repartir de plus belle dans une succession de scènes qui semblent vouloir tester les limites de notre résistance. Quant à nos ongles, ils risquent de laisser quelques traces sur les accoudoirs, car il devient difficile de rester tranquillement installé devant pareil spectacle.


On pourra rester frustré par une conclusion qui ne répond pas nécessairement à toutes les questions et laisse le spectateur avec son lot d'interrogations, mais ce serait presque reprocher à un tel film de ne pas nous avoir fourni le mode d'emploi avant de nous envoyer dans l'espace. Hope est un film qui se vit autant qu'il se comprend, et il faut accepter de se laisser emporter par son univers plutôt que de chercher à tout prix une explication rationnelle à chaque image.


Du grand cinéma, généreux, démesuré et complètement déjanté, qui prouve que Na Hong-jin n'a pas perdu la main depuis ses précédents chefs-d'œuvre, même s'il a décidé de troquer les tueurs en série contre des visiteurs venus d'ailleurs. Après trois thrillers qui nous avaient déjà sérieusement secoués, le voilà qui s'attaque aux extraterrestres avec une ambition folle et une inventivité visuelle qui laisse sur le carreau bien des productions plus conventionnelles.


Et si l'on ressort de Hope avec quelques frustrations et la désagréable impression que ces bestioles ne sont pas près de nous lâcher, on aura au moins vécu une expérience de cinéma aussi insensée qu'inoubliable. Quant à savoir ce que signifie réellement tout ce cirque, comprenne qui pourra, mais une chose est certaine : pendant deux heures quarante, Na Hong-jin nous aura fait oublier le monde extérieur, et ce n'est déjà pas si mal.

NOTE : 16.30

FICHE TECHNIQUE


  • Réalisation et scénario : Na Hong-jin
  • Musique : Michael Abels[]
  • Décors : Lee Hwo-kyoung[]
  • Costumes : Jo Hee-ran
  • Photographie : Hong Kyung-pyo[]
  • Son : Kim Chang-sub[]
  • Montage : Kim Sun-min[Production : Chae Ji-woong[], Kim Sae-mi[] et Na Hong-jin[]
    • Production déléguée : Joo Seung-wan[]
    • Coproduction : Son Seung-hyun
  • Sociétés de production : Forged Films[], en coproduction avec Plus M Entertainment[]
  • Sociétés de distribution : Plus M Entertainment[] ; Universal Pictures International France (France)[]
  • Budget : 70 à 100 milliards de won[]
  • Pays de production : Drapeau de la Corée du Sud Corée du Sud

DISTRIBUTION