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dimanche 18 octobre 2026

12.40 - MON AVIS SUR LE FILM NOSFERATU FANTOME DE LA NUIT DE WERNER HERZOG (1979)


 Vu le film Nosferatu Fantôme de la Nuit de Werner Herzog (1979) avec Klaus Kinski Isabelle Adjani Bruno Ganz Roland Topor Jacques Dufilho Jan Groth Walter Ladengast Lo van Hensbergen


Adapter Dracula de Bram Stoker, après le chef-d’œuvre de Friedrich Wilhelm Murnau de 1922, c’est s’attaquer à un monument du cinéma fantastique, avec le risque de réveiller un mort qui n’avait nul besoin de sortir de son cercueil. Werner Herzog relève le défi en signant une nouvelle version de Nosferatu, à la fois adaptation du roman et hommage au film muet de Murnau, mais avec une approche qui lui ressemble, faite de noirceur, de solitude et d’une fascination pour les êtres qui semblent condamnés d’avance.

Le réalisateur retrouve ici son acteur fétiche, Klaus Kinski, avec lequel les relations sont aussi tumultueuses que leur collaboration est féconde. Un duo qui fonctionne parfois à la manière d’un mariage entre deux caractères impossibles, où l’on se demande régulièrement lequel des deux finira par mordre l’autre. Pour incarner le comte Dracula, Kinski possède pourtant un physique qui semble avoir été dessiné pour le rôle, avec son crâne dégarni, ses oreilles inquiétantes, ses ongles démesurés et ce regard qui donne l’impression qu’il a déjà enterré son interlocuteur avant même de lui avoir adressé la parole.

Herzog lui offre un personnage taillé pour son univers, un vampire qui n’est pas seulement une créature assoiffée de sang, mais un être profondément malheureux, condamné à traverser les siècles dans une solitude dont même l’immortalité ne parvient pas à le consoler. Le problème, c’est que le réalisateur semble parfois tellement compatissant envers son monstre qu’il en oublie de nous faire peur. On est davantage tenté de lui offrir une couverture et une tisane que de chercher un pieu en bois pour l’empêcher de sortir la nuit.

L’histoire commence à Wismar, où Jonathan Harker, employé dans une étude immobilière, reçoit pour mission de se rendre en Transylvanie afin de conclure la vente d’une propriété au comte Dracula. Malgré les avertissements des habitants, il poursuit son voyage jusqu’au château, où il découvre un maître des lieux aussi étrange que repoussant. Dracula aperçoit alors le portrait de Lucy, l’épouse de Jonathan, et semble immédiatement fasciné par cette jeune femme dont la beauté lui rappelle celle de son épouse disparue.

Jonathan devient prisonnier du château tandis que le vampire prend la route de Wismar, emportant avec lui ses cercueils et une cargaison de rats qui vont bientôt répandre la peste dans la ville. Pendant que les habitants meurent par centaines, Lucy comprend peu à peu la nature du mal qui s'abat sur eux et tente de trouver un moyen de mettre fin au cauchemar. Le docteur Van Helsing, lui, ne semble pas vraiment pressé de résoudre le problème, ce qui n'arrange pas les affaires de cette pauvre ville.

Le scénario respecte les grandes lignes du récit de Bram Stoker tout en reprenant des éléments du film de Murnau, notamment son atmosphère funèbre et sa représentation d'un vampire davantage victime de sa condition que véritable prédateur triomphant. Herzog ne cherche pas à rivaliser avec la puissance expressionniste du film de 1922, mais à lui donner une nouvelle existence, avec des personnages qui parlent, respirent et se déplacent dans des décors réels. L'intention est louable, le résultat est parfois superbe, mais il manque à mes yeux une bonne dose de folie pour que le cauchemar prenne véritablement corps.

Les paysages des Carpates, les châteaux, les villages et les intérieurs plongés dans une lumière blafarde composent un univers glauque à souhait, parfaitement adapté à l'imaginaire de Herzog. La photographie de Jörg Schmidt-Reitwein et la musique de Popol Vuh contribuent à cette ambiance funèbre, où chaque déplacement semble annoncer une catastrophe. Les rats, les cercueils et les rues désertées donnent à la peste une présence presque tangible, et certaines images possèdent une beauté macabre qui reste longtemps en mémoire.

Mais le film finit par ressembler à une longue procession funéraire, où tout le monde avance au rythme d'un corbillard et où personne ne semble avoir l'intention d'accélérer pour échapper à la mort. Le manque de rythme devient particulièrement gênant dans un récit qui devrait faire monter l'angoisse, provoquer des sursauts et entretenir la menace permanente du vampire. Au lieu de cela, Herzog installe une lenteur qui finit par anesthésier le spectateur, comme si le comte avait trouvé le moyen de sucer le sang de l'action elle-même.

Le casting aurait pourtant permis d'insuffler davantage de folie à cette histoire. Isabelle Adjani, dans le rôle de Lucy Harker, apporte sa beauté fragile et son regard inquiet à une femme qui comprend progressivement ce que les hommes autour d'elle sont incapables de voir. Bruno Ganz incarne Jonathan avec une sobriété qui contraste avec l'étrangeté du vampire, tandis que Roland Topor, dans le rôle de Renfield, apporte une touche de démence bienvenue. Jacques Dufilho et Walter Ladengast complètent cette distribution, mais leurs personnages ne parviennent pas toujours à donner au récit l'énergie qui lui manque.

Kinski, quant à lui, semble parfois prisonnier de sa propre composition. Son Dracula est fascinant par son apparence, par sa tristesse et par cette manière qu'il a de regarder le monde comme s'il n'y trouvait plus aucune raison de vivre. Mais un vampire qui donne davantage envie de lui remonter le moral que de lui échapper n'est pas forcément le meilleur moyen de faire frissonner le public. On aurait aimé le voir plus féroce, plus imprévisible, plus dangereux, bref, retrouver cette présence animale qui aurait pu transformer chacune de ses apparitions en véritable menace.

C'est là que se situe ma réserve principale : Herzog respecte le sujet, l'atmosphère et l'héritage de Murnau, mais il semble avoir oublié qu'un Dracula reste aussi un prédateur, amateur de sang frais et de jeunes filles, et pas seulement un immortel dépressif qui traîne sa solitude d'un château à une ville contaminée. À force de vouloir nous faire éprouver de la compassion pour le monstre, il lui retire une partie de ce qui le rend terrifiant. Le fantastique a besoin de mystère, de cruauté et d'une part d'inexplicable, et je trouve que cette version se montre parfois trop sage dans sa manière de raconter l'horreur.

Il ne faut pas pour autant nier les qualités du film, qui demeure une proposition visuelle forte et une rencontre intéressante entre deux artistes dont les obsessions se répondent. Herzog sait filmer la mort, l'isolement et la déchéance, tandis que Kinski possède une présence que peu d'acteurs auraient pu apporter à ce personnage. Mais la réunion de ces deux tempéraments ne suffit pas à faire un chef-d'œuvre, pas plus qu'un beau cercueil ne garantit une bonne nuit de sommeil.

Nosferatu, fantôme de la nuit reste donc une œuvre qui mérite le détour pour son atmosphère et ses interprètes, mais qui ne m'a pas convaincu par son rythme ni par sa manière d'aborder le vampire. Murnau avait créé un classique des classiques, et Herzog lui rend un hommage respectueux, peut-être trop respectueux à mon goût, sans retrouver la même puissance de fascination.

Avec Kinski, Adjani et Ganz, il y avait pourtant de quoi réveiller les morts et faire trembler les vivants. Mais ce Dracula-là semble avoir pris un tranquillisant avant de sortir de son cercueil, et l'on finit par attendre le lever du jour non pas pour être sauvé du vampire, mais pour retrouver un peu de mouvement à l'écran.

NOTE : 12.40

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

Werner Herzog interprète la personne qui enfonce son pied dans le cercueil et a son orteil mordu par un rat.

8.90 - MON AVIS SUR LE FILM COBRA VERDE DE WERNER HERZOG


 Vu le film Cobra Verde de Werner Herzog (1987) avec Klaus Kinski King Anpaw José Lewgoy Salvatore Basile Peter Berling Guillermo Coronel Nana Agyefi Kwame II


Il y a des films qui vous transportent vers des contrées lointaines, d’autres qui vous font perdre le nord, et quelques-uns qui vous donnent surtout envie de retrouver le chemin de la sortie. Cobra Verde appartient malheureusement à cette dernière catégorie, malgré ses paysages magnifiques, ses décors impressionnants et un sujet qui aurait mérité un traitement autrement passionnant.

Werner Herzog nous entraîne au Brésil, au début du XIXe siècle, sur les traces de Francisco Manoel da Silva, surnommé Cobra Verde, un bandit qui perd son bétail à la suite d’une sécheresse et se retrouve contraint de chercher fortune ailleurs. Devenu l’intendant d’un riche propriétaire, Don Octavio Coutinho, il entretient des relations avec les trois filles de son patron, ce qui lui vaut d’être envoyé au Dahomey, en Afrique, officiellement pour y ramener des esclaves, mais surtout pour se débarrasser de cet encombrant personnage.

Le voyage tourne à l’expédition périlleuse, puisque le souverain du Dahomey ne fait pas précisément bon accueil aux visiteurs européens. Pourtant, notre homme parvient à survivre, à se rapprocher du pouvoir local et à prendre une place considérable dans ce royaume où la traite des esclaves constitue un commerce aussi lucratif qu’abominable. Le film nous fait assister à cette ascension, avant d’en montrer la fragilité et la chute.

Le sujet est particulièrement scabreux, puisqu’il nous plonge dans l’une des pages les plus sordides de l’histoire humaine, celle de la traite négrière, avec ses marchands, ses complicités politiques et ses victimes réduites à une marchandise. Le film n’est pas un documentaire historique, mais il aurait pu nous faire ressentir davantage le poids de cette tragédie, au lieu de nous laisser parfois à distance d’événements qui auraient dû nous bouleverser.

Le personnage est librement inspiré de Francisco Félix de Souza, un véritable trafiquant d’esclaves brésilien qui s’établit sur la côte de l’actuel Bénin et devint une figure puissante du royaume du Dahomey, sous le titre de Chacha de Ouidah. Cet homme d’affaires, dont les origines et la date de naissance restent discutées, bâtit sa fortune sur un commerce dont l’horreur ne doit jamais être dissimulée derrière les aventures d’un personnage hors du commun. Le roman de Bruce Chatwin, The Viceroy of Ouidah, publié en 1980, sert de base au film, mais Herzog prend de grandes libertés avec la réalité.

Était-il aussi fou que Klaus Kinski ? La comparaison serait tentante, mais elle serait surtout injuste pour l’Histoire. De Souza était un homme ambitieux, calculateur et parfaitement capable de tirer profit des rapports de force de son époque. Rien ne permet de le comparer sérieusement aux emportements personnels de l’acteur allemand. Il faut distinguer la brutalité d’un système historique de la personnalité explosive d’un comédien, même si les deux peuvent donner naissance à des personnages qui semblent échapper à toute mesure.

Et justement, parlons de Klaus Kinski, qui retrouve ici Werner Herzog pour la cinquième et dernière fois, après Aguirre, la colère de Dieu, Nosferatu, fantôme de la nuit, Woyzeck et Fitzcarraldo. Autant dire que leur collaboration n’a jamais été un long fleuve tranquille, mais que, pour ce dernier rendez-vous, les eaux sont devenues particulièrement tumultueuses.

Les deux hommes se connaissent trop bien pour s’ignorer et se détestent suffisamment pour transformer un tournage en véritable épreuve de force. Les crises de Kinski, ses exigences et ses affrontements avec le réalisateur ont rendu la production particulièrement difficile. Le directeur de la photographie Thomas Mauch quitte même le tournage après des désaccords avec l’acteur, et Viktor Růžička lui succède. L’ambiance n’était donc pas précisément celle d’une colonie de vacances au bord de l’océan.

Kinski prépare alors son propre film sur Paganini, un projet qui l’obsède, et Herzog estimera que son comédien semble déjà ailleurs. On peut se demander si l’acteur ne finit pas par se confondre avec sa créature, si Cobra Verde n’est pas devenu une nouvelle incarnation de Kinski lui-même, avec sa démesure, son regard halluciné et cette impression permanente qu’il pourrait exploser à la moindre contrariété.

Il ne joue plus seulement un personnage, il semble parfois jouer Kinski en personne, comme si le rôle n’était qu’un prétexte pour laisser libre cours à sa propre folie. Mais cette présence fascinante, qui pouvait donner une force incroyable à Aguirre ou à Fitzcarraldo, devient ici une arme à double tranchant. À force de vouloir occuper tout l’espace, Kinski finit par donner l’impression de tourner en roue libre, et le personnage perd en profondeur ce qu’il gagne en étrangeté.

Face à lui, King Ampaw incarne Taparica, tandis que José Lewgoy interprète Don Octavio Coutinho. Salvatore Basile campe le capitaine Fraternidade et Peter Berling celui de Bernabé. La distribution accompagne cette aventure sans parvenir à compenser les longueurs d’un récit qui semble parfois prisonnier de sa propre ambition.

Car Herzog reste Herzog, avec son goût des entreprises impossibles, des hommes dévorés par leurs obsessions et des paysages qui semblent appartenir à une autre planète. Le Ghana, le Brésil et la Colombie fournissent des décors naturels magnifiques, des étendues sauvages, des reliefs et une végétation qui donnent au film une véritable puissance visuelle. La musique de Popol Vuh contribue également à cette atmosphère étrange, presque irréelle, dans laquelle l’homme paraît bien petit face à la nature.

Seulement, les beaux paysages ne font pas tout, et même les plus belles images finissent par perdre leur pouvoir de fascination lorsque le récit piétine. On attend un souffle épique, une montée en puissance, une plongée dans les contradictions d’un homme et d’une époque, mais le film s’enlise dans une succession de tableaux dont la beauté ne suffit pas toujours à retenir l’attention.

Il faut reconnaître à Herzog son ambition et son courage d’avoir voulu s’attaquer à un sujet aussi lourd, sans le transformer en simple film d’aventures exotiques. Pourtant, cette volonté de filmer l’extrême finit par produire une œuvre qui donne parfois le sentiment de chercher désespérément sa raison d’être. Le spectateur peut admirer le travail accompli tout en regardant sa montre, ce qui n’est jamais le meilleur signe pour un film de plus de cent minutes.

Cobra Verde marque aussi la fin d’une aventure cinématographique exceptionnelle entre deux personnalités aussi fascinantes qu’incompatibles. Kinski disparaîtra en 1991, tandis que Herzog poursuivra sa carrière, mais cette collaboration mythique ne retrouvera jamais son chemin. Le réalisateur connaîtra ensuite une période moins visible au cinéma de fiction, avant de revenir plus tard avec d’autres œuvres marquantes. Il serait donc excessif de parler d’une disparition artistique, mais cette séparation ressemble bien à la fin d’un chapitre majeur de son cinéma.

Reste un film qui possède de véritables qualités plastiques, un sujet historique terrible et un Klaus Kinski dont la présence continue d’interroger, sans réussir à transformer ces éléments en une aventure véritablement captivante. Le serpent du titre a beau ramper dans des décors somptueux, il finit par tourner en rond.

Périlleux pour les personnages, chaotique pour le tournage et franchement ennuyeux pour le spectateur que je suis, Cobra Verde ressemble à un dernier rendez-vous manqué entre deux monstres sacrés du cinéma allemand. Herzog et Kinski avaient déjà accompli de grandes choses ensemble, mais cette fois, la folie ne produit pas le miracle attendu.

On admire les paysages, on s’interroge sur Kinski, on mesure l’horreur historique du sujet, puis on attend que le film se termine. C’est tout de même dommage quand on connaît les sommets que ces deux-là avaient atteints ensemble.

NOTE : 8.90

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

samedi 17 octobre 2026

12.00 - MON AVIS SUR LE FILM LES DENTS LONGUES DE DANIEL GELIN (1953)

 


Vu le film Les Dents Longues de Daniel Gélin (1953) avec Daniel Gélin Danièle Delorme Jean Chevrier Olivier Hussenot Jean Debucourt Louis de Funès Colette Mars Gaby Bruyère


Les Dents longues de Daniel Gélin, adapté du roman de Jacques Robert, nous entraîne dans les coulisses du journalisme à travers le parcours d'un jeune homme qui n'a pas l'intention de passer sa vie à regarder les autres réussir. Interprété par Daniel Gélin lui-même, ce journaliste ambitieux a les dents longues, très longues, au point qu'il pourrait refaire le parquet de toute une rédaction sans avoir besoin d'un menuisier !

Notre jeune loup débarque à Lyon, embauché dans un journal local, avec des rêves plein la tête et la conviction qu'il suffit de vouloir pour pouvoir. Il va pourtant découvrir que le monde de la presse ne ressemble pas exactement à l'image qu'il s'en faisait, entre les intérêts personnels, les petits arrangements, les rivalités et les ambitions qui se cachent derrière les grands discours. Ses illusions ne sont certes pas perdues, mais elles ont déjà pris quelques sacrés coups dans les gencives. Dans ce métier où l'on prétend informer le public, tout le monde n'est pas forcément pressé de lui dire la vérité !

Le film nous rappelle irrésistiblement Bel-Ami de Maupassant et Illusions perdues de Balzac, deux œuvres où les ambitions individuelles se frottent à une société qui récompense parfois davantage l'habileté à manœuvrer que le talent véritable. Les rotatives tournent à fond, mais les mensonges et les trahisons ne sont pas en reste, car la presse est aussi un petit théâtre où chacun joue son rôle en espérant décrocher la meilleure place. On découvre un univers où les convictions peuvent facilement se négocier et où les belles promesses résistent rarement à l'épreuve du pouvoir.

Notre journaliste va cependant retrouver un éclair de lucidité en montant à Paris, où il finira par atteindre le sommet de ses ambitions, avec l'aide précieuse de l'amour d'Eva, interprétée par Danièle Delorme. Cette relation apporte une dimension sentimentale bienvenue à un récit qui aurait pu se contenter de montrer les petites et grandes manœuvres d'un milieu professionnel. Derrière l'homme qui veut réussir à tout prix, il reste quelqu'un qui peut encore se demander ce qu'il est prêt à sacrifier pour parvenir à ses fins. Et c'est peut-être là que le film trouve son charme, dans ce mélange d'arrivisme, de désillusions et de sentiments qui empêche le personnage de devenir simplement un ambitieux de plus.

Daniel Gélin réalise ici son unique film en tant que cinéaste, ce qui donne à cette œuvre une place particulière dans sa carrière. On sent le plaisir de raconter une histoire solidement ancrée dans son époque, avec des personnages qui ont de l'épaisseur et un regard amusé, mais pas toujours tendre, sur les coulisses de la presse. Le film possède cette saveur du cinéma français d'autrefois, lorsque les dialogues avaient du répondant et que les ambitions humaines fournissaient un excellent carburant aux scénarios.

Le casting est un autre de ses atouts, avec Danièle Delorme qui forme un duo charmant avec Gélin, tandis que Jean Chevrier, Louis Seigner et Olivier Hussenot apportent leur présence et leur métier à cette galerie de personnages. Et puis, au détour d'une scène dans un laboratoire, on aperçoit un petit bonhomme qui ne va pas tarder à faire beaucoup de bruit : Louis de Funès ! Une apparition qui donne aujourd'hui un petit plaisir supplémentaire au cinéphile attentif, même si le bonhomme n'a pas encore déclenché la tornade qu'il deviendra par la suite.

Les Dents longues est donc un film charmant, d'une autre époque, qui nous rappelle que les travers du journalisme ne datent pas d'hier et que les ambitions dévorantes ont toujours trouvé de quoi se nourrir. Sans révolutionner le genre, Daniel Gélin signe une histoire agréable, portée par un casting de qualité et une intrigue qui mêle habilement carrière, amour et désillusions. Comme quoi, pour grimper les échelons, avoir les dents longues peut aider, mais encore faut-il savoir à qui l'on mord les mollets !

NOTE : 12.00

FICHE TECHNIQUE


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