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vendredi 6 mars 2026

12.90 - MON AVIS SUR LE FILM CHRONOLOGY OF WATER DE KRISTEN STEWART (2025)

 


Vu le Film Chronology of Water de Kristen Stewart (2025) avec Imogen Poots Thora Birch James Belushi Tom Sturridge Kim Gordon Earl Cave Suzanne Flood 

Lidia Yuknavitch est une jeune femme marquée par des maltraitances — y compris sexuelles — au sein de sa famille puis par des abus, des excès et des addictions (drogues et alcools notamment). Elle va peu à peu trouver un mode d'expression à travers l'écriture et sa voie en tant que sportive, avec la natation. Elle devient finalement une enseignante, une mère et une écrivaine moderne et singulière[ 

Avec The Chronology of Water, Kristen Stewart passe derrière la caméra pour la première fois. Et soyons clairs : ce premier film ressemble bien plus à la comédienne indépendante qu’à l’icône planétaire de Twilight. Ici, pas de vampires mélancoliques, mais une plongée organique, sensorielle, presque viscérale dans l’intime. 

Adapté librement des mémoires de Lidia Yuknavitch (publiées en 2011), le film retrace le parcours chaotique d’une femme brisée dans l’enfance par les abus, qui refuse pourtant de se définir par la plainte. Au lieu de geindre, elle se reconstruit. Par la natation d’abord — l’eau comme refuge, comme matrice, comme purification — puis par l’écriture, jusqu’à devenir une grande voix littéraire. 

Ce qui frappe d’emblée, c’est la mise en scène. Stewart ne filme pas, elle fragmente. Elle éclate le récit en morceaux de mémoire, en éclats sensoriels, en visions quasi impressionnistes. On pense aux débuts de Sofia Coppola : même féminité assumée, même sexualité filmée sans voyeurisme, même mélancolie diffuse. Mais Stewart y ajoute une nervosité, une tension presque anxieuse. Le film est stressant, parfois étouffant, comme si chaque plan retenait son souffle. 

La narration fonctionne en kaléidoscope : des fragments, des bribes de scènes, des images qui semblent d’abord disjointes… et qui finissent par composer un tout. Une vraie mise en abyme par l’image. La mémoire n’est pas linéaire, elle est liquide — et Stewart épouse cette logique jusqu’au bout. 

Côté interprétation, les acteurs portent ce dispositif exigeant avec intensité. L’actrice incarnant Lidia ne cherche jamais la performance démonstrative : elle joue la fêlure, la rage rentrée, le désir de survie. Le corps est central — corps blessé, corps nageur, corps désirant — et la caméra ne le juge jamais. Elle l’accompagne. 

Le scénario, lui, refuse les facilités. Pas de grand discours explicatif, pas de psychologie surlignée. Tout passe par la sensation, par le montage, par les silences. Certains spectateurs seront déroutés, c’est certain. La mise en scène très spéciale peut perturber. Mais au moins, Stewart ne fait pas du copié-collé comme tant de jeunes réalisateurs formatés. Elle tente. Elle impose un univers. 

Et c’est peut-être là l’essentiel : on sent une cinéaste singulière en train de naître. Un regard. Une voix. Une manière de raconter la résilience sans pathos, la sexualité sans cliché, la douleur sans complaisance. 

Oui, c’est avant-gardiste. Oui, c’est parfois rugueux. Mais c’est incarné. 

On la suivra dans ses prochains films. Si elle confirme cet univers, alors Kristen Stewart ne sera plus seulement une actrice passée derrière la caméra — elle sera une vraie auteure de cinéma. 

 NOTE : 12.90

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Kristen Stewart
  • Scénario : Andy Mingo et Kristen Stewart, d'après les mémoires The Chronology of Water de Lidia Yuknavitch
  • Musique : Paris Hurley
  • Direction artistique : Askels Millers
  • Décors : Jen Dunlap
  • Costumes : Liene Dobraja
  • Montage : Olivia Neergaard-Holm
  • Photographie : Corey C. Waters
  • Production : Rebecca Feuer, Charles Gilibert, Maggie McLean, Dylan Meyer, Andy Mingo, Michael Pruss, Svetlana Punte, Ridley Scott, Kristen Stewart et Yulia Zayceva
    • Production déléguée : Scott Aharoni, Chris Cooper, Sinan Eczacibasi, Daniel John Goldberg, Abigail Honor, Yan Vizinberg et Metin Alihan Yalcindag
  • Sociétés de production : CG ProductionsScott Free Productions, Telekompanija Forma Pro, NeverMind Productions, Curious Gremlin, Forma Pro Films, Fremantle, Lorem Ipsum Corp. et Scala Films
  • Société de distribution : Les Films du losange (France)

DISTRIBUTION


13.10 - MON AVIS SUR LE FILM DOCTEUR JERRY ET MISTER LOVE (1963)


 Vu le Film Dr Jerry et Mister Love de Jerry Lewis (1963) avec Jerry Lewis Stella Stevens Del Moore Kathleen Freeman Buddy Lester Med Flory 

 Julius Kelp est un timide professeur de chimie, au physique peu avantageux mais aux brillantes capacités intellectuelles. À la suite d'une dispute avec l'un de ses élèves, il se retrouve coincé sur une étagère dans le placard de sa classe. Secouru par Stella, une étudiante dont il est secrètement amoureux, il va tenter d'acquérir un physique plus avantageux en suivant des cours de musculation. 

Hélas, le succès n'est pas au rendez-vous. Aussi décide-t-il de faire appel à ses connaissances en chimie pour inventer un élixir qui le transformera en homme séduisant. Il réussit au-delà de toute espérance et se métamorphose en Mister Love, un playboy séducteur mais égocentrique, cynique et macho. 

Docteur Jerry et Mister Love, c’est 107 minutes de show pur jus signé Jerry Lewis. 
Une adaptation très libre de L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde de Robert Louis Stevenson — libre au point de transformer la tragédie gothique en confession burlesque. 

Jerry est partout : derrière la caméra, au scénario, et deux fois devant l’objectif. 
Un double rôle qui n’en fait qu’un. 
Ou plutôt un seul homme qui se regarde dans le miroir. 

L’histoire, on la connaît mais on se laisse prendre : 
Le professeur Julius Kelp, chimiste brillant mais socialement catastrophique, est humilié par ses étudiants et ignoré par celle qu’il aime, Stella Purdy. Pour corriger ce que la nature — ou le regard des autres — lui a refusé, il invente une potion qui le transforme en Buddy Love, crooner charismatique, sûr de lui, séducteur à la voix grave et à la présence magnétique. 

Et là, évidemment, tout change. 

Julius Kelp, c’est le Jerry que l’on aime : maladroit, lunaire, un peu farfelu comme dans ses autres films, mais ici plus touchant que jamais. 
C’est le personnage qui a le plus d’intérêt, paradoxalement. 
Plein d’amour pour Stella (incarnée par Stella Stevens), qui ne le regarde pas. Il trébuche, il s’embrouille, il s’excuse d’exister. Mais il est sincère. 

Et l’autre Jerry ? 
À travers Buddy Love — né d’une éprouvette et d’un complexe — il devient superficiel, chanteur-musicien, dominateur. Ah… d’avoir côtoyé Dean Martin, on sent que l’inspiration n’est pas loin. 
Buddy Love, c’est la caricature du charme viril, celui qui prend toute la place et qui, évidemment, capte enfin le regard de Stella. 

Le scénario joue habilement sur cette dualité. 
Ce n’est pas seulement une succession de gags : c’est une réflexion déguisée sur l’image, la séduction, l’humiliation et la fabrication d’un personnage public. Jerry règle ses comptes avec le mythe du crooner cool et du clown pathétique. 

La mise en scène est étonnamment travaillée. 
Couleurs éclatantes, décors stylisés du campus, mouvements précis : Jerry n’est pas qu’un comique, c’est un vrai cinéaste. Il cadre son propre corps comme un instrument de musique, passant du burlesque au malaise en un battement de cil. 

Les gags, pour l’époque, sont hilarants. 
Mais pas seulement : ils sont pleins de poésie et de bon sens. 
Une poésie du décalage. Une humanité dans la chute. 

Le casting autour de lui fonctionne comme un miroir. Stella Stevens apporte cette fraîcheur naïve qui rend le dilemme crédible : est-elle amoureuse de l’homme ou de l’assurance ? Les seconds rôles universitaires renforcent la cruauté douce du monde académique, terrain parfait pour les humiliations fondatrices. 

Mais au fond, ce film est un autoportrait. 
Le monstre n’est pas celui qu’on croit. 
Buddy Love n’est pas la réussite : il est l’exagération, le masque. 
Julius, lui, est fragile mais vrai. 

Jerry dans toute sa splendeur : drôle et humain. 
Un show Jerry Lewis, oui — mais un show intelligent. 

Cela fait du bien de rire parfois. 
Et tant pis si les puristes n’y trouvent pas leur compte. 

Moi, oui. 

 NOTE : 13.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION