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samedi 7 février 2026

12.10 - MON AVIS SUR LE FILM EXIT 8 DE GENKI KAWAMURA (2025)


 Vu le Film Exit 8 de Genki Kawamura (2025) avec Kazunari Ninomiya Yamato Kochi Naru Asanuma Kotone Hanase Nana Komatsu 

Un homme coincé dans un passage de métro apparemment sans fin se lance à la recherche de la sortie 8. Les règles de sa quête sont simples : ne rien négliger d'anormal. Si une anomalie est découverte, faire demi-tour immédiatement. Sinon, continuer sa route. Enfin, quitter la sortie 8. Mais le moindre oubli le ramène à son point de départ. L'homme se démène pour parvenir à s'échapper de ce couloir infini. 

Exit 8de Genki Kawamura, adapté du jeu vidéo éponyme, commence sur une idée simple : un homme est perdu (Kazunari Ninomiya). Perdu dans le métro japonais, perdu dans ses couloirs blancs interminables, perdu dans une routine qui se répète et se tord jusqu’à devenir presque étouffante.  

Sur son chemin, il croise et recroise un autre homme lui qui marche (Yamato Kōchi), banal au premier abord, inquiétant à force de réapparitions silencieuses, et c’est précisément cette normalité qui rend la tension palpable. Kawamura choisit la simplicité comme moteur de son film et, avec elle, il construit un thriller minimaliste mais redoutable. Les grands couloirs blancs deviennent un personnage à part entière, générant une claustrophobie paradoxale où l’espace est immense mais l’air rare, et chaque déplacement, chaque regard, chaque silence prend une dimension presque physique.  

L’acteur principal porte le film avec ses micro-réactions, ses regards et sa fatigue qui s’installe, tandis que Yamato Kōchi fascine par son mystère tranquille, jamais démonstratif, jamais explicatif. Le scénario refuse les réponses toutes faites, laissant chacun inventer sa version du pourquoi du comment, et honnêtement, toutes tiennent la route. Comme le héros, on cherche la sortie non pour fuir le film mais pour respirer, et c’est étouffant, voulu, maîtrisé.  

La mise en scène, obsessionnelle et précise, joue avec le temps, l’espace et notre patience, mettant en abyme l’errance et le malaise jusqu’à nous faire sentir que nous marchons avec lui dans ce labyrinthe. C’est la preuve que l’on peut faire du cinéma fort et intelligent avec des idées simples, que l’on peut captiver et oppresser avec quelques couloirs et quelques personnages bien choisis. Un bon thriller avec un ticket de métro qu’on oblitère avec plaisir pour valider le voyage, un film qui reste en tête bien après la dernière correspondance, et qui nous rappelle que parfois, ce n’est pas la complexité qui fait le génie mais la précision et le souffle de chaque instant. 

NOTE : 12.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

Kazunari Ninomiya : l'homme perdu
Yamato Kōchi : l'homme qui marche
Naru Asanuma : l'enfant
Kotone Hanase : la fille détraquée
Nana Komatsu : la petite-amie

vendredi 6 février 2026

17.20 - MON AVIS SUR LE FILM MARATHON MAN DE JOHN SCHLESINGER (1976)


 Vu le Film Marathon Man de John Schlesinger (1976) avec Dustin Hoffman Laurence Olivier Roy Scheider Jacques Marin Willam Devane Marthe Keller Richard Bright Marc Lawrence Fritz Weaver 

Thomas Babington « Babe » Levy, étudiant en histoire et coureur de marathon, cherche à réhabiliter la mémoire de son père, qui s'est suicidé pendant le MacCarthysme. Un accident de voiture mortel coûte la vie à Klaus Szell, frère du criminel de guerre nazi Christian Szell. Henry (« Doc »). Le frère de Babe, que ce dernier croit cadre dans une compagnie pétrolière, est en réalité un agent du gouvernement travaillant pour une agence secrète dirigée par Peter Janeway. Doc est un coursier chargé du transport de diamants appartenant à Szell et conservés dans un coffre-fort à New York. Lors d'un déjeuner avec Babe et sa petite amie suisse, Elsa Opel, Doc amène Elsa à révéler qu'elle est en réalité allemande et qu'elle a menti sur ses origines. 

Avis sur Marathon Man de John Schlesinger. Il court, il court notre Thomas Levy, incarné par un Dustin Hoffman habité, nerveux, presque fiévreux, qui court d’abord pour le plaisir, pour l’illusion d’un marathon new-yorkais qui donnerait un sens à sa vie, puis qui court pour comprendre, après le meurtre brutal de son frère Doc, joué par un Roy Scheider parfait en homme trouble, ambigu jusqu’au bout, enfin il court pour survivre, traqué par les hommes de Szell, ce Szell glaçant interprété par Laurence Olivier, immense acteur de cinéma et de théâtre, qui distille la terreur avec une économie de gestes et une froideur clinique. 

 Pendant deux heures, Schlesinger installe une tension continue, presque suffocante, et signe l’un des plus grands thrillers politiques des années 70, un film qui fête aujourd’hui ses 50 ans et qui n’a pas pris une ride, tant sa noirceur et son pessimisme restent d’une actualité troublante.  

Ici, la vérité n’est jamais bonne à connaître, surtout pour ce pauvre Thomas Levy, constamment embarqué dans des affaires qui le dépassent, dans un monde où personne ne défend réellement une cause, mais seulement des intérêts, de l’argent ou sa propre survie. Tous sont achetés, compromis, manipulés, sauf Szell, ancien nazi — pourquoi ancien d’ailleurs ? — qui continue d’incarner le mal à l’état pur, provocateur jusqu’à l’indécence, venant vendre à New York les diamants arrachés aux Juifs qu’il a fait torturer et massacrer, dans un quartier où les diamantaires pullulent à chaque coin de rue. Des années ont passé, les visages ont changé, les costumes aussi, mais la mémoire visuelle de ses victimes reste là, incrustée dans son regard et dans celui de ceux qui le reconnaissent.  

La scène de la torture dentaire infligée à Thomas Levy est un choc absolu, une des plus traumatisantes de l’histoire du cinéma : chaque geste est sec, précis, brutal, et le spectateur reçoit la douleur comme un coup dans la mâchoire, avec ces frissons qui remontent le long de la colonne vertébrale. Schlesinger démontre ici tout son génie de metteur en scène, jouant avec les silences, les regards, la paranoïa, utilisant New York comme un piège urbain oppressant et Paris comme décor feutré et trompeur autour de la vente des diamants.  

La mise en scène est tendue, élégante, implacable, le scénario avance sans jamais relâcher la pression, et la direction d’acteurs est exemplaire. Dustin Hoffman court, encore et encore, dans l’un de ses plus grands rôles, vulnérable, humain, dépassé, tandis que Laurence Olivier, terrifiant de retenue, offre une leçon de jeu et d’effroi pur.  

Et il ne faut pas oublier Marthe Keller, magnifique et troublante, parfaite figure d’ambiguïté amoureuse et politique, ainsi que le frenchie Jacques Marin, silhouette discrète mais savoureuse, qui apporte cette touche européenne si typique du cinéma paranoïaque des années 70. 

Marathon Man, c’est du thriller sec, tendu, sans graisse, un film qui serre la gorge et ne la lâche plus, un sommet du cinéma des années 70, et un rappel brutal que certaines vérités, une fois découvertes, ne vous laissent aucune chance de revenir en arrière. 

 NOTE ; 17.20

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION



14.90 - MON AVIS SUR LE FILM L'ENNEMI PUBLIC DE WILLIAM A.WELLMAN (1931)


 Vu l’Ennemi Public de William A.Wellman (1931) avec James Cagney Jean Harlow Edward Woods Donald Cook Leslie Fenton Beryl Mercer Mae Clarke Robert Homans Sam McDaniel 

Tommy et Matt sont deux amis d'enfance inséparables. Tommy se livre a de petits larcins au lieu d'aller à l'école alors que Mike, son frère aîné prends une voie de bon garçon, il éveille ainsi la jalousie de Tommy qui croît que sa mère le préfère à lui. Jeune homme, toujours avec Matt, ils prennent du grade dans la pègre, entraînés par des gangsters chevronnés. Mike n'arrive pas à remettre son frère dans la bonne voie. Quelques années plus tard, à Chicago, durant la Prohibition, ils mènent la belle vie, mais Matt est tué par un gang rival. Tommy veut se venger, il exécute ses ennemis mais est blessé, il est emmené à l'hôpital. Sa mère et son frère viennent le voir pour se réconcilier. Malheureusement, le gang qui l'a blessé le retrouve et l'exécute. 

Avis sur L’Ennemi Public de William A. Wellman. Ce n’est pas la taille qui compte, et James Cagney en est la preuve éclatante : sa petite stature, loin de le freiner, a fait de lui une bombe à retardement à l’écran, une boule de nerfs, de violence et d’énergie brute, et c’est bien ce film qui a fait de lui la star qu’il méritait d’être. 


L’Ennemi Public est un film pré-code, donc réalisé avant que le code Hays ne vienne brider, surveiller et moraliser toute l’industrie hollywoodienne, et ça se sent à chaque plan, à chaque réplique, à chaque coup porté. Wellman transforme l’ascension et la chute de Tom Powers en un uppercut cinématographique, un film de gangsters sec, brutal, sans fioritures, où la mâchoire serrée de Cagney devient une arme à part entière, symbole d’un truand impulsif, violent, incapable de contrôler ses pulsions. Le scénario épouse le parcours classique du gangster — la rue, l’argent facile, la montée en puissance, l’illusion de l’invincibilité — mais Wellman refuse toute glorification facile : ici, le crime mène droit au mur, et les fameux cartons d’avertissement au début et à la fin du film viennent rappeler au spectateur que cette histoire est un exemple à ne pas suivre, une mise en garde morale imposée, certes, mais paradoxalement renforcée par la noirceur du récit. La mise en scène est nerveuse, tendue, d’une efficacité redoutable, chaque scène avançant comme une balle tirée sans sommation, et Wellman prouve qu’il est à l’aise dans tous les genres, capable de faire du cinéma d’action pur tout en dessinant un portrait social glaçant de l’Amérique de la Prohibition.

 James Cagney est tout simplement saisissant, animal, imprévisible, passant de la séduction au sadisme en un regard, et sa relation avec sa mère, glaciale et aveugle, ajoute une dimension tragique à son personnage. Face à lui, Jean Harlow apporte son glamour incendiaire, sa sensualité insolente, contrepoint parfait à cette violence masculine brute, incarnant déjà cette modernité féminine qui dérange et fascine. Le film va vite, frappe fort, ne s’excuse jamais, et quand arrive le carton final, glaçant, qui referme le destin de Tom Powers comme un cercueil claqué à la figure du public, Wellman signe une fin d’une audace folle pour l’époque. Martin Scorsese considère L’Ennemi Public comme un chef-d’œuvre, et on comprend pourquoi : tout le cinéma de gangsters moderne est déjà là, dans cette rage, cette frontalité, cette manière de filmer la violence sans la romantiser. Du grand cinéma, virulent, tendu, sans graisse, porté par un Cagney incandescent, et preuve éclatante que William A. Wellman était l’un des plus grands réalisateurs du cinéma américain classique. 

NOTE : 14.90

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

Acteurs non crédités