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jeudi 8 octobre 2026

6.90 - MON AVIS SUR LE FILM CHRONIQUE D'UN INDIC DE LAURENT HERBIET (2025)


 Vu le film Chronique d'un Indic de Laurent Herbiet (2025) avec Simon Abkarian Quentin Dolmaire Maureen Gilleron Eric Caravaca Robinson Stevenin Soufiane Guerrab David Ayala Dinara Drukarova Xavier Maly Catherine Schaub-Abkarian


Qu’un film français, et de surcroît un thriller, ne trouve pas son public avant même sa sortie en salles n’était déjà pas un signe très encourageant, car si le polar peut parfois réserver de bonnes surprises, encore faut-il lui donner les moyens de retenir l’attention du spectateur. Avec Chronique d’un indic, Laurent Herbiet nous propose un film qui a connu une drôle de carrière avant même d’arriver devant les spectateurs, puisqu’il est resté dans les cartons de son producteur, faute d’exploitant intéressé par sa distribution en salles, avant que Canal+ ne lui offre une possibilité de sortir de l’oubli.

On pourrait se réjouir de voir un film ainsi repêché, car après tout, une œuvre mérite toujours d'être jugée sur ce qu'elle raconte plutôt que sur les circonstances de sa naissance. Mais encore faut-il que le résultat soit à la hauteur de cette seconde chance, et c'est là que les choses se gâtent sérieusement, car pour ma part, je me demande si ce film n'aurait pas été mieux à sa place sur l'étagère où il avait été soigneusement rangé.

Nous suivons Lakhdar, interprété par Simon Abkarian, un homme qui semble avoir fait des allers-retours entre la prison et la liberté une véritable occupation à plein temps. Ses délits relèvent plutôt de petits larcins que du grand banditisme, mais il possède cette faculté de se mettre dans des situations impossibles, comme si les ennuis lui collaient à la peau et qu'il était incapable de mener une existence normale pendant plus de quelques jours.

Avec un copain joué par Quentin Dolmaire, méconnaissable dans ce rôle, Lakhdar va jusqu'à s'inventer une vie de flic et se mêle d'affaires dans lesquelles il ferait pourtant mieux de ne pas mettre les pieds. L'idée aurait pu donner lieu à un polar grinçant, à une comédie noire ou à un portrait de marginal suffisamment ambigu pour nous tenir en haleine, mais encore aurait-il fallu que le scénario trouve un véritable angle d'attaque au lieu de recycler des situations que le cinéma nous a déjà servies à toutes les sauces.

Le problème, c'est que Lakhdar n'est pas franchement le genre de personnage auquel on a spontanément envie de s'attacher. Il voudrait voir sa fille davantage, retrouver une place dans son existence et peut-être donner un sens à sa vie, mais sa vulgarité, son laisser-aller et ses bêtises à répétition ne facilitent guère les retrouvailles. On comprend qu'un homme puisse être abîmé par son parcours, qu'il traîne derrière lui des années d'échecs et de mauvaises décisions, mais encore faut-il que le film nous fasse ressentir quelque chose au-delà de l'agacement.

Or, à force de regarder ce personnage s'enfoncer dans ses propres contradictions, on finit par se demander où le réalisateur veut nous emmener. La rédemption d'un homme cabossé par la vie est un sujet qui peut donner de grands films, mais ici, le scénario paraît tourner en rond sans parvenir à faire émerger une véritable émotion. Lakhdar accumule les mauvais choix, les situations gênantes et les comportements discutables, sans que la mise en scène réussisse à transformer cette succession de déconvenues en portrait humain convaincant.

Certaines situations finissent même par mettre mal à l'aise, notamment la relation entre Lakhdar et un travesti en prison, dont le traitement m'a paru particulièrement embarrassant, surtout lorsque l'on considère la place de l'enfant dans cette histoire. Il ne s'agit pas de demander au cinéma de détourner les yeux devant les réalités les plus dérangeantes, mais encore faudrait-il que ces scènes aient une véritable nécessité dramatique, plutôt que de donner l'impression d'être là pour provoquer sans apporter grand-chose au récit.

L'Histoire semble ainsi accumuler les thèmes comme on remplit un panier de courses, sans se demander si tous ces ingrédients peuvent réellement faire un bon repas. La prison, les petits trafics, les mensonges, la famille, la paternité contrariée et les relations compliquées auraient pu nourrir un film dense, à condition de leur donner une cohérence et des personnages capables de nous intéresser. Mais nous avons surtout droit à une histoire dont les ressorts paraissent usés avant même d'avoir été actionnés, avec cette impression désagréable d'avoir déjà vu le même film mille fois, et neuf cent quatre-vingt-dix-neuf fois de trop.

La mise en scène ne parvient malheureusement pas à sauver l'ensemble, car les personnages ne sont jamais véritablement mis en valeur et les situations manquent de cette tension qui devrait faire le sel d'un thriller. On attend un déclic, une scène, un dialogue ou un retournement capable de réveiller notre intérêt, mais le film poursuit son chemin sans parvenir à provoquer autre chose qu'une lassitude grandissante.

Simon Abkarian, qui tient le rôle principal, ne me semble pas davantage trouver ici un personnage à la mesure de ses possibilités. Lui qui avait incarné le général de Gaulle dans De Gaulle d'Antonin Baudry paraît cette fois bien loin de cette stature, comme si Lakhdar n'était pour lui qu'un passage obligé entre le début du tournage et le clap de fin. Je ne prétends pas que l'acteur soit incapable d'incarner un personnage aussi peu recommandable, mais encore faudrait-il lui offrir une matière qui permette de dépasser la simple accumulation de gestes vulgaires et de mauvaises décisions.

Quentin Dolmaire, lui aussi, se retrouve embarqué dans cette histoire sans que le film parvienne à donner suffisamment de relief à leur association. Le duo aurait pu apporter une dimension inattendue à cette fausse aventure policière, mais il manque une véritable dynamique entre les personnages pour que l'on se laisse prendre au jeu.

On en revient donc à cette curieuse destinée d'un film que personne ne semblait vouloir distribuer en salles et qui a finalement été sauvé par Canal+. Il faut reconnaître que la chaîne lui a offert une chance supplémentaire d'être vu, ce qui est toujours préférable à une disparition définitive dans les archives d'un producteur. Mais la question reste entière : fallait-il vraiment sortir ce film des cartons pour en arriver là ?

Je n'ai pas trouvé grand-chose à sauver dans cette chronique qui ne parvient ni à faire vibrer son intrigue policière ni à donner une véritable épaisseur à son personnage principal. Le cinéma français est pourtant capable de nous offrir de formidables polars, des personnages détestables mais fascinants et des histoires qui nous poursuivent longtemps après le générique. Ici, je suis surtout resté à distance, sans émotion particulière et sans cette petite étincelle qui donne envie de défendre un film malgré ses défauts.

Canal+ a donc sauvé Chronique d'un indic de l'oubli, mais le sauvetage n'est pas toujours synonyme de miracle, et il arrive qu'un film reste sur l'étagère pour de bonnes raisons. Tout ça pour ça, serait-on tenté de dire, car après avoir attendu aussi longtemps pour rencontrer son public, Lakhdar aurait peut-être mieux fait de rester en cellule, tandis que le film aurait pu continuer à purger sa peine dans les cartons du producteur.

NOTE : 6.90

DISTRIBUTION

  • Simon Abkarian : Lakhdar
  • Quentin Dolmaire : Pamplemousse
  • Maureen Gilleron : Jenny
  • Soufiane Guerrab
  • Éric Caravaca
  • Robinson Stévenin
  • David Ayala : L'aristo

6.20 - MON AVIS SUR LE FILM JACK L'EVENTREUR DE JESUS FRANCO (1976)

 


Vu le film Jack l'Eventreur de Jésus Franco (1976) avec Klaus Kinski Joséphine Chaplin Andre Mannkopff Herbert Fux Lina Romay Nikola Weisse Hans Gaugler Ursula von Wiese


Que ne faut-il pas faire pour participer à un défi cinématographique ! Même lorsqu’on connaît bien l’histoire du célèbre tueur de Whitechapel, qui terrorisa Londres en 1888 en assassinant plusieurs femmes, principalement des prostituées, on peut encore tomber sur un film qui vous donne envie de retourner aux archives plutôt que de poursuivre le visionnage. Avec Jack l’Éventreur, le réalisateur espagnol Jesús Franco nous embarque dans une drôle d’aventure qui risque de laisser quelques traces, pas forcément celles qu’on espérait.


Il faut dire que le bonhomme n’est pas exactement un débutant lorsqu’il s’agit de fréquenter les bas-fonds du cinéma d’horreur, avec ses créatures perverses, ses femmes dénudées et ses scènes de violence qui flirtent allègrement avec l’érotisme de mauvais genre. Un univers qui lui colle à la peau et dans lequel il semble particulièrement à son aise, même si l’on peut légitimement se demander si tout cela sert encore le cinéma ou simplement les habitudes d’un réalisateur qui a trouvé sa recette.


L’histoire de Jack l’Éventreur semblait pourtant taillée pour lui, avec cette série de meurtres qui a marqué l’histoire criminelle et dont l’auteur véritable n’a jamais été identifié avec certitude. Le mystère reste entier, les hypothèses se sont multipliées au fil des décennies et les amateurs de criminologie ont eu largement le temps de se creuser les méninges. Il y avait donc matière à proposer un portrait inquiétant, à explorer la psychologie d’un assassin ou à tenter de comprendre ce qui se cache derrière une telle folie meurtrière.


Encore fallait-il avoir quelque chose de nouveau à raconter, et c’est là que les choses se compliquent sérieusement pour notre cher Jesús.


Au lieu de véritablement creuser la personnalité du tueur, le film donne surtout l’impression d’enchaîner les scènes trash et sanglantes, comme si l’accumulation de sévices et de situations malsaines suffisait à fabriquer une œuvre dérangeante. Les meurtres deviennent alors davantage des prétextes à exhiber les obsessions du cinéaste qu’une manière de nous faire entrer dans l’esprit d’un homme qui a réellement existé, même si son identité demeure inconnue.


On pourra toujours me rétorquer que les amateurs du genre y trouvent leur compte, et ils existent certainement, car le cinéma d’exploitation a ses fidèles, ses défenseurs et ses petites chapelles où l’on ne s’étonne plus de grand-chose. Mais entre montrer des horreurs à l’écran et parvenir à raconter une histoire qui possède une véritable épaisseur, il y a tout de même une différence que notre réalisateur semble parfois oublier en cours de route.


Le plus amusant, si l’on peut dire, reste cette fin inventée qui ne correspond nullement à une vérité historique établie. Après avoir joué avec un personnage dont l’identité constitue encore aujourd’hui une énigme, Jesús Franco choisit de refermer le dossier à sa manière, sans que les manuels de criminologie aient besoin de modifier leurs chapitres pour autant. La liberté du cinéaste est une chose, mais lorsqu’on s’attaque à une affaire aussi célèbre, on aimerait que l’imagination apporte autre chose qu’une conclusion sortie du chapeau.


Heureusement, Klaus Kinski est là pour donner un peu de relief à cette entreprise. L’acteur allemand, dont la folie légendaire faisait presque partie du personnage public, possède cette présence inquiétante qui peut transformer une simple apparition en moment de cinéma. Encore faut-il que le film lui offre un terrain à la hauteur de son talent, car Kinski a beau en faire des tonnes, il ne peut pas toujours sauver un scénario qui semble davantage préoccupé par ses débordements que par sa construction.


Il faut reconnaître que le bonhomme porte admirablement son patronyme dans ce genre de production, avec cette intensité qui peut fasciner autant qu’elle finit par fatiguer. Mais à force de tirer sur la pellicule dans tous les sens, on finit par se demander si le véritable éventreur du film n’est pas celui qui se trouve derrière la caméra, occupé à découper son histoire en morceaux plutôt qu’à lui donner une âme.


Je ne prétendrai pas que Jesús Franco n’a aucun talent, car il possède un univers bien à lui, une manière de filmer qui ne ressemble pas à celle de tout le monde et une place particulière dans le cinéma d’exploitation européen. Encore faudrait-il que cette singularité débouche sur autre chose qu’une succession de scènes provocantes, car la transgression pour la transgression finit par tourner en rond, même lorsqu’on lui ajoute quelques litres de faux sang.


Pour ce qui me concerne, ce Jack l’Éventreur ne m’aura donc pas convaincu, et je préfère largement conserver le mystère de Whitechapel plutôt que de subir cette reconstitution qui prend des libertés sans réussir à leur donner une véritable raison d’être. Le défi est peut-être accompli sur le papier, mais mon enthousiasme, lui, a pris la fuite avant le générique.


Bon allez, on rembobine ma cassette VHS, on la remet dans son carton au grenier et on fait comme si je n’avais jamais vu ce film. Quant à Klaus Kinski, il pourra toujours se consoler en sachant qu’il n’a pas été le seul à éventrer quelque chose dans cette histoire : son réalisateur s’est chargé de la pellicule !

NOTE : 6.20

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation et scénario : Jesús Franco (crédité comme Jess Franco)
  • Montage : Marie-Luise Buschke
  • Musique : Walter Baumgartner
  • Photographie : Peter Baumgartner et Peter Spoerri
  • Société de production : Elite Film (Suisse) et Cinemec (Cinemec)
  • Pays de production : Drapeau de l'Allemagne de l'Ouest Allemagne de l'Ouest, Drapeau de la Suisse Suisse

DISTRIBUTION

mercredi 7 octobre 2026

14.10 - MON AVIS SUR LE FILM VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS DE JULIEN DUVIVIER (1956)

 


Vu le Film Voici le Temps des Assassins
de Julien Duvivier (1956) avec Jean Gabin Danièle Delorme Gérard Blain Lucienne Bogaert Germaine Kerjean Gabrielle Fontan Jean Paul Roussillon Aimé Clariond Robert Pizani Liliane Bert


Toujours un plaisir de retrouver un film noir des années d’après-guerre, d’autant plus lorsqu’il est signé Julien Duvivier, grand réalisateur éclectique qui savait nous emmener dans des univers aussi différents que passionnants, avec cette noirceur et ce regard sur les êtres humains qui font toute la force de son cinéma. Avec Voici le temps des assassins, nous sommes plongés dans le cœur de Paris, aux Halles, bien avant leur déménagement à Rungis, dans un quartier qui possédait une vie extraordinaire, avec ses marchands, ses bistrots, ses restaurants, ses hôtels peu fréquentables et toute cette faune parisienne qui vivait au rythme du marché. Un autre temps que j’ai connu sur la fin, et dont le film restitue merveilleusement l’atmosphère, au point que l’on croirait presque sentir les odeurs des étals et des cuisines à travers l’écran.

C’est dans ce Paris populaire qu’André Châtelin (Jean Gabin), restaurateur à l’enseigne Au rendez-vous des Innocents, mène une existence tranquille auprès de sa mère. C’est un homme bon, généreux, respecté dans son quartier, une figure majeure de ce petit monde où les relations humaines comptent encore autant que le contenu de l’assiette. Châtelin est de ces personnages que l’on aime immédiatement, un homme qui n’a pas besoin de faire de grands discours pour inspirer confiance et sympathie, et qui semble avoir trouvé son bonheur dans son travail et son entourage.

Mais le bonheur est une chose fragile, surtout chez Julien Duvivier, qui n’a jamais été le cinéaste le plus optimiste de la bande, et le malheur va bientôt frapper à la porte de notre restaurateur sans qu’il se doute un instant de ce qui l’attend. Une jeune femme, Catherine (Danièle Delorme), se présente à lui comme la fille de sa première épouse, en lui annonçant la mort de sa mère. Touché par cette jeune femme qui semble avoir déjà beaucoup souffert, Châtelin va d’abord lui ouvrir sa porte par pitié, avant de se laisser prendre au piège de ses sentiments et de l’épouser, dans une situation tragiquement ubuesque où la générosité d’un homme devient sa plus grande faiblesse.

Car Catherine n’est pas exactement la jeune femme éplorée qu’elle prétend être, et les mensonges s’accumulent derrière son visage angélique. Elle cherche notamment à se débarrasser de Gérard (Gérard Blain), le commis de Châtelin, qui représente bien davantage qu’un simple employé aux yeux du restaurateur, puisqu’il est presque devenu son fils spirituel. Mais le pire reste à venir, car la mère de Catherine (Lucienne Bogaert) n’est pas morte, contrairement à ce que sa fille a raconté, et son état, aggravé par la drogue, révèle une réalité autrement sordide.

Lorsque Châtelin découvre enfin la vérité, il demande à Catherine de quitter sa vie, pensant pouvoir mettre un terme à cette histoire infernale. C’est mal connaître la jeune femme, qui n’a pas l’intention de renoncer aussi facilement à ses projets. Elle va alors entreprendre de séduire Gérard et de mettre en place un plan destiné à se débarrasser définitivement de celui qui lui a pourtant offert son toit, son affection et sa confiance. La bonté de Châtelin devient ainsi le terrain de jeu d’une manipulatrice qui sait parfaitement exploiter les sentiments des autres pour arriver à ses fins.

Toute la force du film réside dans cette ambiance noire qui nous enveloppe progressivement, alors même que le décor des Halles semble débordant de vie. Duvivier nous fait presque respirer ce Paris disparu, ses cuisines, ses marchés et ses rues animées, tout en faisant monter une tension qui finit par nous étouffer. Ce contraste entre la chaleur du restaurant et la froideur des manipulations donne au récit une saveur particulièrement amère, comme si le pire pouvait se cacher derrière la porte d’un établissement où l’on vient pourtant chercher un bon repas et un peu de convivialité.

Et puis il y a Jean Gabin, immense dans ce rôle de patriarche au grand cœur, dont la stature et la présence imposent immédiatement le respect. Il incarne cet homme solide, attachant, qui pense encore que la bonté et la confiance peuvent suffire à rendre les relations humaines supportables, avant de découvrir que certaines personnes n’ont aucun scrupule à transformer ces qualités en instruments de destruction. Face à lui, Danièle Delorme est sublime, avec cette apparence fragile et cette capacité à dissimuler ses intentions derrière un visage auquel on donnerait presque le bon Dieu sans confession. Voilà une sacrée manipulatrice, et le piège fonctionne d’autant mieux que l’on comprend comment Châtelin peut se laisser prendre.

Gérard Blain apporte également sa présence à cette histoire où les sentiments deviennent des armes, tandis que Lucienne Bogaert contribue à la dimension tragique de cet univers peuplé de personnages abîmés. Les seconds rôles féminins participent pleinement à cette noirceur, sans oublier la mise en scène solide et précise de Duvivier, qui maîtrise son récit et son atmosphère avec une efficacité remarquable.

Voici le temps des assassins est donc un petit bijou du cinéma noir français, un film qui mêle le Paris populaire d’autrefois à une histoire de manipulation, de mensonges et de cruauté humaine, sans jamais perdre de vue ses personnages. On se laisse emporter par cette ambiance, on s’attache à cet homme généreux, on voudrait le voir ouvrir les yeux avant qu’il ne soit trop tard, mais le piège se referme inexorablement. Duvivier nous rappelle que les plus grands malheurs ne viennent pas toujours de ceux dont on se méfie, mais parfois de ceux auxquels on ouvre sa porte et son cœur.

Un grand Gabin, une Danièle Delorme diabolique et un Duvivier au sommet de son art : voilà un film noir qui n’a rien perdu de sa puissance et dont l’issue ne donne guère envie de croire aux contes de fées. Aux Halles, on savait pourtant faire de bonnes choses, mais cette fois, le menu est particulièrement indigeste pour notre pauvre Châtelin !

NOTE : 14.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION