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mercredi 8 juillet 2026

12.80 : MON AVIS SUR LE FILM RRR DE KODURI SRISAILA SRI RAJAMOULI (2022)

 


Mon avis sur le Film RRR (acronyme de Roudram Ranam Rudhiram) de Koduri Srisaila Sri Rajamouli (2022) avec N. T. Rama Rao Jr. Ram Charan Alla Bath Ajay Devgn Olivia Morris Ray Stevenson Shriya Saran


L'intrigue du film se situe en Inde dans les années 1920, durant la période du Raj britannique. Lorsque l'administrateur Scott Buxton et son épouse enlèvent Malli, une jeune fille du peuple Gond, son frère Komaram Bheem imagine un plan pour pouvoir la sauver. Sachant cela, les Britanniques décident de lancer un avis de recherche contre lui. Parallèlement, Alluri Sitarama Raju, un homme de la police impériale indienne est envoyé pour l'arrêter. Lorsque les deux hommes se rencontrent par hasard, tout va changer


Le film-événement indien qui a fait découvrir au monde entier une autre facette du cinéma indien et qui a même décroché un Oscar grâce à sa chanson Naatu Naatu. Pourtant, contrairement à ce que beaucoup imaginent, RRR n'est pas vraiment un Bollywood dans sa forme. Certes, il y a bien une scène musicale spectaculaire, mais le film est avant tout une immense fresque d'aventure, de guerre et d'action. Un film avec beaucoup d'Air... et pas seulement parce que le héros semble passer plus de temps dans les airs que sur le plancher des vaches.


Car si Rajamouli possède un sens du spectacle absolument indéniable, il possède aussi une passion débordante pour le ralenti. Ici, pratiquement chaque scène d'action est filmée comme une publicité pour shampoing : les cheveux flottent au vent, les capes virevoltent, les héros bondissent sur plusieurs mètres, les coups semblent suspendus dans le temps. Au début, on admire la maîtrise visuelle. Au bout de trois heures, les pupilles commencent sérieusement à demander une pause. À force de ralentis, cela finit même par donner soif.


Le réalisateur choisit de raconter une histoire entièrement romancée autour de deux véritables figures de la résistance indienne : Alluri Sitarama Raju et Komaram Bheem, deux révolutionnaires ayant réellement combattu la domination britannique mais qui ne se sont jamais rencontrés. Rajamouli imagine pourtant leur amitié, leurs destins qui se croisent et leurs combats communs. Pour nous, ces noms évoquent à peu près autant de souvenirs que Mandrin ou Vidocq pourraient en évoquer à un spectateur indien. Là-bas, ce sont de véritables héros populaires.


L'histoire suit d'un côté Raju, policier indien infiltré dans l'administration coloniale britannique afin de préparer une future insurrection, et de l'autre Bheem, venu secrètement à Delhi pour retrouver une jeune fille de sa tribu enlevée par le gouverneur anglais Scott Buxton et son épouse Catherine. Sans connaître leurs véritables identités, les deux hommes se lient d'une amitié indestructible avant que leurs missions respectives ne les obligent à s'affronter. Le scénario repose essentiellement sur cette fraternité impossible avant de basculer progressivement vers une immense revanche contre l'occupant britannique.


Il ne faut évidemment pas chercher ici une reconstitution historique rigoureuse. Rajamouli préfère largement fabriquer une légende moderne. Il n'est pas David Lean et ses deux héros ne sont pas Gandhi. Leur arme principale n'est ni la diplomatie ni la désobéissance civile : c'est la bagarre. Une bagarre gigantesque, chorégraphiée avec une énergie folle où tout devient projectile : poings, pieds, bâtons, chaînes, torches, arcs, flèches, motos, chevaux et même les animaux finissent par participer à la fête. Et tout cela... au ralenti bien sûr.


Comme il s'agit d'un film profondément patriotique, n'attendez aucune indulgence envers les colonisateurs britanniques. Ils prennent absolument tout sur la tête. Coups de poing, coups de pied, explosions, humiliations publiques, attaques animales, pluies de flèches... les Anglais servent de punching-ball géant pendant plus de trois heures. Le film assume totalement cette vision très manichéenne de son histoire et ressemble parfois davantage à une légende nationale qu'à un récit historique. Oui, c'est de la propagande. Mais c'est une propagande tellement généreuse dans son spectacle qu'elle finit souvent par emporter l'adhésion.


Il faut reconnaître que Rajamouli déborde d'idées de mise en scène. Chaque combat cherche à surpasser le précédent, les décors explosent de couleurs, la photographie est chatoyante, les mouvements de caméra sont permanents et l'énergie des acteurs semble inépuisable. Le film accorde également une place intéressante aux différentes langues parlées en Inde, rappelant la diversité culturelle du pays plutôt que de tout uniformiser. En revanche, derrière cette démonstration de force technique, le scénario reste finalement assez simple et parfois un peu faible. Les personnages sont davantage des symboles que des êtres de chair, et les rebondissements ne réservent finalement que peu de surprises.


Quant à Naatu Naatu, la fameuse chanson oscarisée, elle est effectivement spectaculaire. La chorégraphie est impressionnante, les danseurs semblent défier les lois de la gravité et l'énergie est communicative. Pourtant, une fois replacée dans le contexte du film, je l'ai trouvée moins extraordinaire que la réputation qui l'avait précédée. En revanche, j'ai davantage apprécié la chanson finale, Sholay, qui rend hommage à huit grandes figures révolutionnaires, indépendantistes et héroïques de l'histoire de l'Inde, chacune représentant une région du pays. Elle apporte finalement plus au récit que le numéro musical devenu mondialement célèbre.


RRR est donc une œuvre totalement décomplexée, patriotique, spectaculaire, parfois épuisante mais constamment généreuse. On peut sourire devant ses invraisemblances, lever les yeux au ciel devant ses ralentis omniprésents et regretter un scénario un peu faible, mais impossible de nier la formidable énergie qui traverse chaque image. C'est un cinéma qui ose tout, quitte à en faire beaucoup... parfois beaucoup trop. Et lorsque le générique arrive enfin après 3 h 07 de chevauchées, de combats, d'explosions, de chorégraphies, de chevelures flottant au vent et de ralentis à répétition, ce ne sont plus seulement les pupilles qui sont fatiguées... le fessier aussi commence sérieusement à réclamer son indépendance.

NOTE : 12.80

FICHE TECHNIQUE


  • Réalisation S. S. Rajamouli[]
  • Scénario : S. S. Rajamouli, Vijayendra Prasad, Sai Madhav Burra, Madhan Karky et Riya Mukherjee
  • Musique M. M. Keeravani (en) (crédité sous le nom de M M Kreem)
  • Direction artistique : Nikolai Kirilov et Anil Jadhav
  • Décors Sabu Cyril (en)
  • Costumes Rama Rajamouli (en)
  • Photographie K. K. Senthil Kumar (en) (crédité sous le nom de Senthil Kumar)
  • Montage A. Sreekar Prasad (en)
  • Production D. V. V. Danayya (en) et M. M. Srivalli
  • Société de production : DVV Entertainment
  • Sociétés de distribution : Desi Entertainment Paris / Friday Entertainment (France) ; N&N Creations (Suisse) ; Pen Marudhar Entertainment (Inde) ; Phars Film (monde)
  • Pays de production Drapeau de l'Inde Inde
  • Langues originales télougou et anglais[

DISTRIBUTION

15.10 - MON AVIS SUR LE FILM NAISSANCE D'UNE NATION DE D.W GRIFFITH (1915)

 


Avis sur le Film Naissance d'une Nation de D.W Griffith (Birth of a Nation) (1915) avec Lilian Gish Mae Marsh Henry Walthall Miriam Cooper Mary ALden Ralph Lewis Joseph Henabery Donald Crisp Raoul Walsh Edmund Burns John Ford


Il existe des films dont on peut parler uniquement en tant qu'œuvre de cinéma. Et puis il existe Naissance d'une nation de D.W. Griffith, un film qui, plus d'un siècle après sa sortie, continue de provoquer débats, malaise, admiration et rejet. Rares sont les œuvres dont l'importance artistique est aussi immense que leur contenu idéologique est contestable. C'est sans doute le plus grand paradoxe de toute l'histoire du septième art.

En 1915, Griffith ne réalise pas simplement un film. Il change définitivement la manière de raconter une histoire au cinéma. Son sens du découpage, du montage alterné, de la mise en scène des foules, des gros plans, du rythme dramatique et de l'espace cinématographique ouvre une voie qui sera empruntée par quasiment tous les réalisateurs après lui. Beaucoup de procédés qui nous paraissent aujourd'hui évidents trouvent ici leur véritable maturité. En ce sens, Naissance d'une nation est un monument fondateur.

Mais un monument peut aussi avoir des fondations profondément dérangeantes.

Le récit suit deux familles, l'une nordiste, l'autre sudiste, dont les destins se croisent pendant la guerre de Sécession puis durant la Reconstruction. Griffith déploie un souffle romanesque impressionnant, alternant scènes intimistes et batailles grandioses avec une maîtrise qui force encore aujourd'hui le respect. Certaines séquences possèdent une puissance visuelle extraordinaire, notamment les scènes de guerre qui annoncent déjà le cinéma épique moderne.

Seulement voilà.

Le regard porté sur cette histoire n'est absolument pas neutre.

Griffith adopte clairement le point de vue d'un Sud nostalgique, convaincu que la défaite de la Confédération a plongé le pays dans le chaos. Les Noirs sont presque systématiquement représentés comme des êtres violents, incontrôlables, manipulés ou incapables d'exercer le pouvoir. À l'inverse, le Ku Klux Klan apparaît comme une force restauratrice ramenant l'ordre et protégeant la population blanche.

C'est ici que commence le véritable problème.

Pendant longtemps, certains ont voulu expliquer que Griffith ne faisait que représenter une époque ou qu'il dénonçait les excès par l'absurde. Honnêtement, je n'y crois pas une seconde. La mise en scène elle-même glorifie les cavaliers du Ku Klux Klan. Leur arrivée est filmée comme celle d'une armée salvatrice. Le spectateur est clairement invité à partager leur victoire. Nous ne sommes pas devant une satire mais devant une vision assumée de l'Histoire.

Pour autant, faut-il réduire le film à cette seule dimension ?

Je ne le pense pas davantage.

Car si l'on commence à juger exclusivement une œuvre par son idéologie, on finit par oublier ce qu'elle a apporté à son art. Et ce serait une erreur historique considérable. Griffith invente ici un langage cinématographique qui inspirera Eisenstein, Ford, Hitchcock, Welles, Lean, Kubrick, Coppola, Spielberg et des centaines d'autres cinéastes. Tous, d'une manière ou d'une autre, lui doivent quelque chose.

L'immense contradiction de Naissance d'une nation est là.

Le cinéma avance grâce à un film dont le discours politique fait aujourd'hui frémir.

Il faut également replacer l'œuvre dans son contexte. Griffith est le fils d'un ancien officier sudiste et grandit avec la vision romantique de la Confédération que beaucoup d'Américains du Sud entretenaient encore au début du XXe siècle. Cela explique son regard, sans pour autant le justifier.

Le film adapte également le roman de Thomas Dixon, écrivain profondément ségrégationniste, qui voyait dans le Ku Klux Klan les défenseurs de la civilisation américaine. Griffith ne crée donc pas cette idéologie ; il choisit de la mettre en images avec un talent exceptionnel. C'est précisément cette association entre génie artistique et discours politique qui rend l'ensemble aussi inconfortable.

On évoque souvent le blackface comme principale polémique du film. Pour ma part, je relativise cet aspect. Pendant des décennies, Hollywood maquilla des acteurs blancs pour interpréter des Arabes, des Indiens, des Asiatiques, des Mexicains ou des Africains. Cette pratique, aujourd'hui justement abandonnée, était alors généralisée. Le véritable scandale de Naissance d'une nation n'est donc pas le maquillage mais bien la représentation des Noirs et surtout la réhabilitation du Ku Klux Klan.

Et c'est sans doute ce qui distingue ce film des autres productions de son époque.

Son influence ne fut pas seulement artistique.

Elle fut aussi politique.

Le succès colossal du film participa à la renaissance du Ku Klux Klan quelques mois plus tard. Des milliers d'Américains découvrirent cette organisation à travers une image héroïque fabriquée par le cinéma. Peu de films peuvent malheureusement se vanter — ou plutôt se reprocher — d'avoir eu un tel impact sur la société.

Pourtant, malgré tout cela, je refuse de jeter Naissance d'une nation aux oubliettes de l'Histoire. Le censurer ou faire comme s'il n'avait jamais existé reviendrait à effacer une partie essentielle de l'évolution du cinéma mondial. Il vaut mieux le voir, le comprendre, l'analyser et surtout le replacer dans son contexte historique plutôt que de faire semblant qu'il n'a jamais existé.

On peut admirer le cinéaste sans partager l'homme.

On peut reconnaître une révolution artistique sans adhérer au message qu'elle véhicule.

On peut même considérer que Griffith a changé le cinéma tout en estimant que sa vision de l'Histoire était profondément biaisée.

Les deux ne sont absolument pas incompatibles.

Naissance d'une nation est donc un immense film de cinéma... mais certainement pas un immense film humaniste. C'est un chef-d'œuvre technique construit sur une vision du monde qui appartient aux pages les plus sombres de l'histoire américaine. Sa puissance est intacte, son influence est incontestable, son héritage est aussi brillant que dérangeant.

Et c'est précisément parce qu'il réunit ces deux vérités qu'il demeure, plus d'un siècle après sa sortie, l'une des œuvres les plus fascinantes, les plus inconfortables et les plus essentielles à voir pour comprendre que le cinéma, comme l'Histoire, est parfois capable de produire du génie sans produire pour autant la vérité.

NOTE : 15.10

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