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mardi 27 octobre 2026

HISTOIRE D UNE CHANSON -( DREAM A LITTLE DREAM OF ME PAR THE MAMAS AND PAPAS

 


#HistoireChansondeFilm Aujourd'hui Dream a Little Dream of Me par The Mamas and Papas entendu dans le film Beautiful Thing de Heattie McDonald


Dream a Little Dream of Me » est un standard américain écrit vers 1930-1931. La musique est de Fabian Andre et Wilbur Schwandt, les paroles de Gus Kahn (célèbre lyriciste de standards comme « Ain’t We Got Fun » ou « It Had to Be You »).

Elle a été enregistrée pour la première fois en février 1931 (Ozzie Nelson, puis Wayne King). C’est une chanson d’amour simple de l’époque de la Grande Dépression, construite sur des images de rêves, d’étoiles, de brises nocturnes et de séparations. Les paroles demandent essentiellement à l’autre de penser à soi pendant le sommeil (« Dream a little dream of me »), de dire bonne nuit, d’embrasser et de dire qu’on va manquer, tout en exprimant une solitude (« while I’m alone and blue as can be »). Le fils de Gus Kahn a résumé l’approche de son père : les jeunes ne savent pas toujours dire « je t’aime », donc les paroliers le font pour eux en 32 mesures. C’est à la fois une berceuse romantique et une chanson de longing / absence

La version la plus connue est celle de 1968, chantée en lead par Cass Elliot (Mama Cass) avec les Mamas & the Papas, sur l’album The Papas & the Mamas. Michelle Phillips a introduit la chanson dans le groupe : son père connaissait Fabian Andre (à Mexico City, où elle avait vécu enfant). Quand le groupe a appris la mort d’Andre (chute dans une cage d’ascenseur à Mexico), ils ont commencé à en parler et à essayer de se rappeler les paroles pendant une répétition. Cass l’a chantée ; c’est devenu sa chanson signature.

Elle a été sortie en single (crédité parfois « Mama Cass with The Mamas & the Papas ») et a bien marché (environ #12 aux US, #11 au UK). Le groupe était déjà en train de se séparer ; la chanson a aussi servi à lancer la carrière solo de Cass. Elle l’a interprétée avec une voix puissante et un style un peu « vintage »/années 40, ce qui collait parfaitement à sa tessiture
Beautiful Thing (réalisé par Hettie MacDonald, scénario de Jonathan Harvey, adapté de sa pièce de 1993) est une comédie dramatique britannique qui raconte la relation naissante entre deux adolescents, Jamie et Ste, dans une cité HLM de Thamesmead (sud-est de Londres), dans un contexte ouvrier des années 90. La voisine Leah est obsédée par Mama Cass et les Mamas & the Papas ; une grande partie de la bande-son est composée de leurs titres (et de ceux de Cass en solo). Le producteur Tony Garnett a indiqué que Channel 4 tenait absolument aux droits de cette musique, jugée essentielle au ton du film.

La musique crée une atmosphère d’évasion, d’optimisme et de douceur (souvent décrite comme un contrepoint au réalisme social et aux difficultés des personnages). La chanson n’est pas inventée pour le film : elle s’intègre naturellement à ce tissu sonore déjà présent dans la pièce et le film.

Le film se termine par Jamie et Ste (Glen Berry et Scott Neal) qui dansent lentement ensemble dans la cour de la cité, sur « Dream a Little Dream of Me ». Sandra (la mère de Jamie, jouée par Linda Henry) et Leah dansent à côté d’eux de façon protectrice/défiant, tandis que des voisins regardent (certains choqués, d’autres indifférents ou bienveillants). C’est une affirmation publique et simple de leur relation, sans grand discours, dans un environnement qui n’est pas particulièrement accueillant. La voix chaude et rassurante de Cass, le côté berceuse/romantique de la chanson, et le contraste avec le décor brutaliste et le regard des autres rendent la scène particulièrement émouvante et mémorable. Beaucoup de spectateurs la citent comme le moment qui « donne des frissons » ou qui résume l’esprit tendre et optimiste du film.

une chanson de longing des années 30, redécouverte et popularisée en 1968 par Cass Elliot, réutilisée en 1996 dans un film LGBTQ+ britannique pour accompagner une scène de coming-out public douce et solidaire. Le lien est à la fois musical (le personnage de Leah et la bande-son globale) et émotionnel (la douceur et l’intimité de la chanson collent au moment d’acceptation et de tendresse).

https://www.youtube.com/watch?v=ZZ0PZRYin2s

https://www.youtube.com/watch?v=HasGVmRb3t8

Stars shining bright above you; Night breezes seem to whisper "I love you." Birds singing in the sycamore tree. Dream a little dream of me. Say nighty-night and kiss me; Just hold me tight and tell me you'll miss me. While I'm alone, blue as can be, Dream a little dream of me. Stars fading but I linger on, dear--- Still craving your kiss. I'm longing to linger till dawn, dear, Just saying this... Sweet dreams till sunbeams find you--- Sweet dreams that leave all worries behind you.

But in your dreams, whatever they be, Dream a little dream of me. Stars fading but I linger on, dear--- Still craving your kiss. I'm longing to linger till dawn, dear, Just saying this... Sweet dreams till sunbeams find you--- Sweet dreams that leave all worries far behind you. But in your dreams, whatever they be, Dream a little dream of me.

9.90 - MON AVIS SUR LE FILM LE CARNAVAL DES TRUANDS DE GIUILIANO MONTALDO (1967)

 


Vu le Film Le Carnaval des Truands de Guiliano Montaldo (1967) avec Janet Leigh Edward G.Robinson Klaus Kinski Robert Hoffman Riccardo Cucciolla Roger Rigaud Adolfo Celli


Avec Le Carnaval des Truands, Giuliano Montaldo nous propose un film de braquage à la distribution aussi internationale que son financement, une production patchwork hispano-ouest-allemande-italienne qui explique ce casting hétéroclite où chacun apporte sa petite contribution à l'entreprise. Pour le charme, nous avons Janet Leigh, la blonde de Psychose, pour l'expérience Edward G. Robinson, figure incontournable du film noir américain, un peu de Frenchy avec Georges Rigaud, une touche italienne avec Adolfo Celi et, pour relever le tout, Klaus Kinski, notre piment fort qui ne demande qu'à faire monter la température. Une réunion de famille qui aurait de quoi inquiéter le banquier chargé de financer le casse !

Nous sommes dans le cinéma de genre des années soixante, celui qui savait mélanger les nationalités, les vedettes et les recettes éprouvées pour fabriquer des films destinés à circuler dans les salles du monde entier. Le scénario repose sur la préparation d'un braquage minutieux, avec une équipe de spécialistes réunis pour mettre au point une opération qui demande de l'organisation, du sang-froid et une bonne dose de confiance entre des individus qui n'ont pas forcément choisi de devenir les meilleurs amis du monde. Le casse devient alors le véritable centre de gravité du récit, chaque personnage ayant sa fonction dans cette mécanique criminelle où la moindre erreur peut faire dérailler l'ensemble.

On pense forcément à Mélodie en sous-sol ou à L'Affaire Thomas Crown, deux références qui ont donné leurs lettres de noblesse au film de cambriolage, avec cette préparation méticuleuse qui transforme le spectateur en complice de l'entreprise. Mais Giuliano Montaldo n'a pas tout à fait les mêmes ambitions, et son film ne possède ni l'élégance insolente de Steve McQueen ni la sophistication de certains modèles américains. Il se situe davantage dans cette catégorie de productions européennes qui savaient se montrer divertissantes sans prétendre révolutionner le septième art, avec un savoir-faire parfois inégal mais suffisamment de métier pour retenir l'attention.

Janet Leigh apporte son charme et sa présence à cette distribution masculine, tandis qu'Edward G. Robinson donne au film le poids d'une longue carrière passée à fréquenter les truands, les gangsters et les hommes qui ont quelques comptes à régler avec la société. Il possède cette autorité naturelle qui rend crédible un personnage impliqué dans une opération criminelle, sans avoir besoin de hausser le ton à chaque apparition. Georges Rigaud complète la distribution avec cette petite touche française qui rappelle que les coproductions européennes de l'époque ne connaissaient pas les frontières lorsqu'il s'agissait de réunir des comédiens autour d'une histoire de mauvais garçons.

Adolfo Celi, lui aussi habitué aux productions internationales, vient ajouter sa présence à cet ensemble, tandis que Klaus Kinski constitue évidemment l'élément le plus imprévisible de la distribution. Avec une telle tête, on s'attend toujours à ce qu'il finisse par exploser, qu'il envoie quelqu'un contre un mur ou qu'il transforme une simple conversation en crise de nerfs. Pourtant, ici, il ne dispose pas du même terrain de jeu que dans ses collaborations ultérieures avec Werner Herzog, où son tempérament volcanique deviendra l'un des moteurs de personnages poussés jusqu'à l'obsession. Il faut croire qu'à cette époque, le bonhomme n'avait pas encore trouvé le réalisateur capable de lui donner suffisamment de raisons de sortir de ses gonds.

Même torse nu, Kinski n'est pas Steve McQueen, et le film ne cherche d'ailleurs pas à lui faire endosser le costume du héros cool qui maîtrise chaque situation avec un sourire en coin. Sa présence constitue plutôt un ingrédient supplémentaire dans cette recette internationale, sans que son personnage puisse réellement faire dérailler la machine à lui tout seul. On aurait aimé le voir davantage exploité, mais il faut bien partager l'écran avec les autres vedettes, et le braquage réclame une certaine discipline, même chez les truands.

La constitution de l'équipe prend d'ailleurs son temps, avec une présentation des personnages qui s'étire un peu avant que les choses sérieuses commencent. On attend que la mécanique se mette en marche, que les préparatifs aboutissent et que le film cesse de nous montrer les pièces du puzzle pour enfin les assembler. Mais cette patience finit par être récompensée lorsque vient le moment du casse, qui constitue sans conteste le morceau de bravoure de l'ensemble.

La scène est longue, minutieuse et surtout pratiquement silencieuse, laissant les gestes, les regards et les déplacements prendre le relais des dialogues. C'est là que le film trouve son meilleur rythme, en faisant comprendre que le braquage n'est pas seulement une affaire de gros bras et de revolvers, mais aussi une question de précision, de coordination et de sang-froid. Le spectateur se retrouve à surveiller chaque détail, à attendre l'incident qui pourrait tout compromettre, et cette tension vaut bien quelques minutes de préparation supplémentaires.

La mise en scène de Giuliano Montaldo se montre alors plus convaincante, car elle laisse la situation produire ses propres effets au lieu de vouloir souligner constamment ce que nous sommes censés ressentir. On retrouve ce plaisir particulier des films de casse où le travail des professionnels devient presque un spectacle en soi, avec cette fascination pour les opérations parfaitement réglées qui donne envie de retenir son souffle jusqu'à la dernière minute. Si le film n'atteint pas toujours l'efficacité de ses modèles, il sait au moins nous offrir une séquence qui justifie le déplacement.

Mais la cerise sur le gâteau, c'est bien la musique d'Ennio Morricone, qui apporte une dimension supplémentaire à cette histoire de truands. Comme souvent chez le compositeur italien, la bande originale ne se contente pas d'accompagner les images, elle leur donne une personnalité, une couleur et cette petite touche léonienne qui évoque immédiatement le cinéma de genre transalpin. Morricone possède ce talent rare de donner de l'allure à une scène et de faire monter la tension sans avoir besoin de transformer chaque plan en feu d'artifice musical. Sa partition constitue l'un des principaux atouts du film et contribue largement à lui donner son identité.

Le Carnaval des Truands n'est donc pas un grand film de braquage, et il serait injuste de le placer sur le même piédestal que les œuvres qui ont véritablement marqué le genre. Il possède néanmoins le charme de ces productions européennes que l'on découvrait dans les salles de quartier, avec une copie qui avait déjà beaucoup vécu, quelques grésillements dans la bande-son et parfois une image qui semblait avoir traversé toute l'Europe avant d'arriver sur l'écran. On pouvait aussi le retrouver au programme d'une colonie de vacances, entre deux aventures plus ou moins recommandables, avec le souvenir d'une époque où le cinéma populaire savait nous faire voyager sans nous demander de consulter un catalogue de plateformes.

Il reste aujourd'hui un divertissement sympathique, porté par une distribution qui vaut le détour, une préparation de casse qui finit par tenir ses promesses et surtout une musique de Morricone qui relève l'ensemble comme un bon condiment italien. Tout le monde n'est pas Steve McQueen, Kinski n'a pas encore rencontré Herzog et Montaldo ne signe pas un chef-d'œuvre, mais le cinéma de genre n'a pas besoin de collectionner les monuments pour nous procurer du plaisir.

Et quand une bonne partition vient sauver quelques longueurs, on ne va pas faire la fine bouche : dans le carnaval des truands, les voleurs ne raflent peut-être pas la mise, mais Morricone, lui, repart avec le gros lot !

NOTE : 9.90

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION


12.90 - MON AVIS SUR LE FILM LE DOCUMENTAIRE ENNEMIS INTIMES DE WERNER HERZOG

 


Vu le Film Documentaire Ennemis Intime de Werner Herzog (1999) avec Werner Herzog Claudia Cardinale


Quand un fou rencontre un autre fou, qu’est-ce qu’ils se racontent ? Des histoires de fous, évidemment ! Avec Ennemis intimes, Werner Herzog nous offre un documentaire aussi fascinant que dérangeant sur sa relation tumultueuse avec Klaus Kinski, un acteur aussi génial que difficile à supporter, dont les colères pouvaient transformer un tournage en champ de bataille. Entre les deux hommes, ce fut une histoire d’amour et de haine, une collaboration faite d’admiration, de fascination et d’une bonne dose de folie, avec deux caractères incontrôlables dont l’un semblait tout de même avoir quelques longueurs d’avance sur l’autre. Je vous laisse deviner lequel !

Herzog raconte comment il a rencontré Kinski en 1955, dans une pension de famille à Munich, alors qu’il n’avait que treize ans et que le comédien en avait environ vingt-neuf. Le futur cinéaste vivait avec sa mère et ses deux frères dans une seule pièce, tandis que Kinski occupait une petite chambre sous les toits, dans des conditions pour le moins particulières, avec des feuilles mortes qui recouvraient le sol jusqu’aux genoux. Le personnage était déjà un phénomène à lui tout seul, capable de réciter et de travailler sa voix pendant des heures, parfois dans le plus simple appareil, tout en terrorisant les autres pensionnaires par ses crises de rage.

L’épisode de la salle de bains reste particulièrement gratiné, puisque Kinski s’y enferma pendant quarante-huit heures avant d’en détruire les installations, du lavabo aux toilettes en passant par la baignoire. Les dégâts auraient été si considérables que les débris étaient réduits en morceaux minuscules. Voilà un locataire qui ne risquait pas de récupérer sa caution ! Là où les autres pensionnaires étaient terrorisés, le jeune Herzog observait la créature avec une fascination qui ressemblait davantage à celle d’un naturaliste découvrant une espèce inconnue qu’à la peur d’un enfant devant un adulte en pleine crise.

Les deux hommes ne sont pourtant pas devenus immédiatement les inséparables que l’on imagine, et Kinski ne se souvenait probablement même pas de ce gamin qui l’avait observé dans sa jeunesse. Il faudra attendre une quinzaine d’années pour que leurs chemins se croisent à nouveau professionnellement, donnant naissance à une collaboration qui allait marquer l’histoire du cinéma avec Aguirre, la colère de Dieu, Nosferatu, fantôme de la nuit, Woyzeck, Fitzcarraldo et Cobra Verde. Une filmographie qui ferait le bonheur de n’importe quel cinéphile, mais qui a dû donner quelques cheveux blancs supplémentaires à leur entourage.

Car Herzog avait trouvé en Kinski un interprète capable d’incarner ses personnages les plus obsessionnels, ces hommes dévorés par leurs ambitions et prêts à défier toutes les limites humaines. Kinski possédait une présence physique et une intensité qui rendaient ses personnages presque inquiétants, comme si la folie ne relevait plus du jeu d’acteur mais avait élu domicile dans son cerveau. Herzog voyait en lui une merveille du monde et, dans le même temps, une véritable peste, ce qui résume assez bien cette relation où l’admiration pouvait se transformer en envie de meurtre dans le temps nécessaire pour changer de plan.

Le documentaire revient notamment sur le tournage de Fitzcarraldo, cette aventure démesurée dans laquelle Herzog entreprend de faire franchir une montagne à un immense bateau, sans les effets numériques qui permettraient aujourd’hui de réaliser la même chose depuis un studio climatisé. Quand le navire se retrouve en difficulté et que les conditions deviennent extrêmement dangereuses, le réalisateur veut continuer à tourner, tandis que Kinski accepte lui aussi de monter à bord dans des circonstances qui feraient réfléchir plus d’un cascadeur. Il faut reconnaître que, pour ces deux-là, la frontière entre le courage, l’inconscience et la folie était parfois aussi fine qu’une pellicule.

Le plus étonnant est que cette relation n’a pas seulement survécu aux conflits, elle semble s’être nourrie de cette opposition permanente. Herzog connaissait suffisamment son acteur pour savoir qu’il pouvait obtenir de lui des performances exceptionnelles, quitte à laisser passer les orages avant de remettre la caméra en marche. Kinski, de son côté, trouvait chez ce réalisateur un adversaire à sa mesure, un homme qui ne se laissait pas impressionner par ses hurlements et qui était capable de lui tenir tête. Il fallait bien cela pour travailler avec un acteur qui pouvait transformer une simple indication de mise en scène en déclaration de guerre.

Les menaces, les colères et les affrontements n’étaient pas de simples anecdotes inventées pour amuser les journalistes, et Herzog raconte sans chercher à faire de leur collaboration une belle histoire d’amitié. Les deux hommes se sont parfois menacés de mort, chacun ayant même envisagé de supprimer l’autre à certains moments. Voilà une méthode de travail qui ne figure dans aucun manuel de management, mais qui semble avoir produit des résultats cinématographiques assez extraordinaires.

Le documentaire nous montre aussi la part moins glorieuse de cette aventure, car derrière la légende des deux génies affrontés se trouvent des équipes qui ont dû supporter les conséquences de leurs comportements et des tournages dont la folie pouvait mettre les participants en danger. Il ne faudrait pas confondre le résultat artistique avec une justification de tous les excès, même si Herzog semble considérer que cette association improbable a permis d’atteindre quelque chose qu’aucun des deux n’aurait obtenu seul.

Après Cobra Verde, leur collaboration s’achève, et Kinski disparaît en 1991. Herzog, qui a consacré ce documentaire à leur histoire, laisse alors apparaître une émotion inattendue, presque une tendresse qui contraste avec les récits de fureur accumulés jusque-là. Lorsqu’il évoque l’absence de son ancien partenaire, une larme finit par venir, comme si derrière les années de conflits subsistait un lien que ni les menaces ni les disputes n’avaient réussi à effacer complètement. On comprend alors que cette relation ne se résumait pas à deux hommes qui se détestaient, mais à deux personnalités qui s’étaient mutuellement trouvées, reconnues et parfois poussées au-delà de leurs propres limites.

Bien sûr, nous n’avons ici que la version de Herzog, et l’on peut imaginer que Kinski, s’il avait été encore vivant, aurait apporté son propre piment à ce récit, probablement avec quelques coups de fourchette bien placés. Le documentaire n’est donc pas un procès contradictoire, mais le témoignage d’un réalisateur qui revient sur une relation aussi féconde que destructrice, sans parvenir à dissimuler complètement ce qu’elle lui a apporté.

Ennemis intimes est un sacré morceau de cinéma, qui nous rappelle que les grands films ne naissent pas toujours dans la sérénité et que certains artistes semblent avoir besoin de se confronter pour donner le meilleur d’eux-mêmes. Mais entre une collaboration électrique et une thérapie de couple, la frontière est parfois mince, surtout quand l’un détruit la salle de bains et que l’autre veut déplacer un bateau par-dessus une montagne.

Et quand le génie rencontre la folie, cela donne parfois des chefs-d’œuvre, mais certainement pas des vacances tranquilles pour les équipes de tournage. Avec Herzog et Kinski, on comprend enfin pourquoi le cinéma peut être une aventure humaine, artistique et parfois franchement psychiatrique, sans qu’il soit nécessaire de convoquer un scénariste pour inventer les dialogues.

NOTE : 12.90

FICHE TECHNIQUE


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