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samedi 19 septembre 2026

15.20 - MON AVIS SUR LE FILM QUAND VIENT LA NUIT DE MICHAEL R.ROSKAM (2014)

 


Vu le film Quand Vient la Nuit de Michael R.Roskam (2014) avec Tom Hardy Noomi Rapace Matthias Schoenaerts James Gandolfini John Ortiz Elizabeth Rodriguez Morgan Spector James Frechville


Il semble toujours difficile pour un réalisateur européen, après un premier film réussi comme Bullhead, de faire ses premiers pas dans l’univers d’Hollywood. On lui permet souvent de faire ses gammes en tant que filmmaker, mais avec cette curieuse impression qu’il doit quand même rester à sa place. Et bien Michael R. Roskam, lui, arrive avec ses habitudes européennes et surtout avec des acteurs qui le sont tout autant, Noomi Rapace, Tom Hardy et Matthias Schoenaerts, pour adapter une œuvre de Dennis Lehane, l’auteur de Mystic River. Et le résultat est un vrai thriller, qui peut rappeler le film déjà cité ou certains films réalisés par Ben Affleck.

On est pourtant davantage dans le thriller que dans le film d’action, car malgré les personnages et le milieu dans lequel ils évoluent, il ne se passe finalement pas énormément de choses. Mais ce n’est absolument pas gênant, car Quand vient la nuit est avant tout un film d’ambiance, dans lequel Roskam prend son temps pour nous permettre de découvrir petit à petit la véritable nature des personnages.

Bob Saginowski, barman solitaire interprété par Tom Hardy, travaille dans un bar de Brooklyn appartenant à son cousin Marv, joué par James Gandolfini, ancien caïd qui a perdu beaucoup de son pouvoir. Le bar sert également de « Drop Bar », ces établissements utilisés par la mafia pour blanchir son argent. Lorsque le bar est braqué, Bob se retrouve malgré lui au centre d’une histoire qui va faire remonter à la surface de vieux drames et surtout réveiller des personnages qui n’ont pas grand-chose à perdre.

Car ici, tout le monde ment et personne n’est vraiment celui qu’il prétend être. Certains se donnent plus de pouvoir qu’ils n’en ont réellement, d’autres jouent les salauds alors qu’ils sont beaucoup plus fragiles qu’ils veulent le laisser croire. Et puis il y a ceux qui sont transparents, comme le dit finalement un flic, capables de manipuler leur petit monde pour parvenir à leur propre quête.

Bob est justement de ceux-là. Un homme solitaire, presque effacé, qui semble vivre en marge des autres et dont le seul véritable lien avec l’extérieur passe par un chien battu qu’il recueille. Un chien que BB aurait probablement apprivoisé depuis longtemps, mais Tom est déjà sur le coup.

Roskam filme d’ailleurs souvent comme James Gray, en s’intéressant à l’animalité des personnages, à leurs instincts, à leur violence contenue et à cette manière qu’ils ont de se regarder avant de passer à l’acte. Et le chien devient presque le représentant de cette animalité, miroir de personnages qui essaient tant bien que mal de rester humains.

Tout est filmé au plus près des acteurs, sur leurs visages, leurs regards, leurs silences et leurs expressions. La femme est ici presque laissée pour compte, voire légèrement sacrifiée, ne servant finalement qu’à garder le chien et à créer un lien avec Bob. Le film est surtout une affaire d’hommes, de solitude, de violence et de rapports de domination.

Tom Hardy confirme ici, après treize ans de carrière et surtout depuis Bronson, qu’il est un grand acteur. Il possède cette faculté assez rare de faire passer énormément de choses sans avoir besoin d’en faire des tonnes. Même sans expression, il est parfois plus expressif que la majorité des acteurs français, n’est-ce pas Guillaume !

À l’écran, Roskam nous offre également un duo féroce entre Tom Hardy et Matthias Schoenaerts, deux hommes qui semblent constamment se mesurer, avec une violence à fleur de peau et des sous-entendus à peine voilés. L’absence presque totale de femmes dans leur cercle renforce encore cette impression de confrontation permanente, comme si chacun cherchait à savoir jusqu’où l’autre est capable d’aller.

La violence, justement, surgit de manière aussi inattendue que prévisible, parce que Roskam nous fait comprendre dès le début que tout cela finira forcément par exploser. Il ne cherche pas l’action permanente, il préfère installer une tension qui monte lentement, jusqu’au moment où les masques tombent.

Quand vient la nuit est donc un thriller sombre, froid et surtout très humain dans ce qu’il montre de ses personnages, avec un réalisateur européen qui semble avoir parfaitement compris qu’Hollywood ne l’obligeait pas forcément à abandonner sa manière de filmer. Il garde cette proximité avec les acteurs, cette attention aux silences et cette fascination pour des hommes qui cachent beaucoup plus qu’ils ne veulent bien le montrer.

Et finalement, dans ce bar où circule l’argent sale, où chacun ment et où personne ne fait vraiment confiance à personne, le plus honnête de toute l’histoire est peut-être encore le chien. Ce qui, dans ce genre de film, est déjà un sacré compliment.

NOTE : 15.20

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14.80 - MON AVIS SUR LE FILM F/X EFFET DE CHOC DE ROBERT MANDEL (1986)

 


Vu le F/X Effet de Choc de Robert Mandel (1986) avec Bryan Brown Brian Dennehy Cliffde Young Mason Adams Diane Venora Jerry Orbach Joe Grifasi


Voilà un bon petit polar bien dans le style des années 80, avec son mélange d’action, de fun, de jolies filles et surtout une bande originale immédiatement reconnaissable, comme on savait les faire à cette époque. F/X, effet de choc de Robert Mandel nous emmène dans le milieu du cinéma, plus précisément celui des effets spéciaux, avant de mélanger joyeusement ce petit monde avec celui de la police et de la mafia.


D’un côté, nous avons Roland « Rollie » Tyler, interprété par Bryan Brown, spécialiste des effets spéciaux, un véritable magicien capable de faire disparaître ou apparaître à peu près n’importe quoi devant une caméra. Son domicile ressemble d’ailleurs à une véritable caverne d’Ali Baba, remplie de créatures en plastique, de maquillages, de gadgets et de tout un tas de choses étranges qui vont rapidement s’avérer beaucoup plus utiles qu’un simple décor de film.


De l’autre côté, la police vient lui demander un petit service qui sort légèrement de ses habitudes professionnelles : faire disparaître sous un maquillage particulièrement sophistiqué un ancien criminel de la mafia, interprété par Jerry Orbach, devenu repenti et placé sous protection. Rollie pense évidemment participer à une opération policière parfaitement encadrée, mais il va très vite comprendre qu’il a mis les pieds dans une histoire beaucoup moins propre que prévu.


À partir de là, les ennuis commencent et notre spécialiste des effets spéciaux va se retrouver embarqué dans des aventures aussi ubuesques que rocambolesques. Ce qui fait justement le charme du film, c’est cette manière de transformer les techniques du cinéma en véritables armes de survie. Rollie ne possède ni les muscles d’un Schwarzenegger ni l’entraînement d’un flic, mais il possède quelque chose de beaucoup plus amusant : son imagination et tout le matériel qui dort dans sa fameuse caverne d’Ali Baba.


Maquillages, faux cadavres, créatures en mousse, trucages et effets visuels vont ainsi servir à tromper les adversaires, et même si certains effets ont évidemment bien vieilli, on s’amuse encore des situations dans lesquelles le cinéma devient une arme à part entière.


Rollie va également faire équipe avec le lieutenant Leo McCarthy, interprété par l’excellent Brian Dennehy, un flic à l’ancienne qui apporte au film une bonne dose de caractère et d’humour. Le duo fonctionne particulièrement bien, même si j’ai préféré la suite, dans laquelle McCarthy prend davantage de place. Dennehy y devient encore plus intéressant et apporte cette présence de vieux briscard qui colle parfaitement à ce genre de polar.


On retrouve ici tout ce que j’aime dans certains films de cette période : une histoire qui ne cherche pas à philosopher pendant trois heures, de l’action, quelques jolies filles, des personnages qui ont du caractère, des situations parfois invraisemblables et surtout cette volonté de divertir le spectateur sans lui demander de remplir une déclaration d’impôts à la sortie.


Alors oui, F/X, effet de choc a forcément pris quelques rides en quarante ans, notamment dans ses effets visuels et certaines ficelles scénaristiques, mais ce n’est pas vraiment le problème. On regarde ça avec le plaisir d’un cinéma qui savait encore s’amuser avec ses propres artifices.


Et puis il y a Bryan Brown, parfait dans ce rôle de technicien du cinéma transformé malgré lui en héros de polar, qui utilise finalement son métier pour se sortir des situations les plus improbables. Une idée suffisamment originale pour donner au film son identité et éviter qu’il ne soit simplement un polar de plus.


Quarante ans plus tard, F/X, effet de choc reste donc un film fun, sympathique et surtout représentatif d’une époque où l’on pouvait encore mélanger cinéma, police, mafia, effets spéciaux et humour sans avoir besoin de nous expliquer pendant dix minutes pourquoi tout cela était important.


Ce n’est peut-être plus aussi spectaculaire qu’à l’époque, mais franchement, Rollie Tyler dans sa caverne d’Ali Baba avec ses monstres en plastique et ses maquillages, accompagné d’un Brian Dennehy qui en impose, ça fonctionne toujours. Et parfois, c’est exactement ce qu’on demande à un bon polar : nous divertir, nous faire sourire et nous laisser passer un bon moment sans nous prendre pour des imbéciles.

NOTE ! 16.90

FICHE TECHNIQUE


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16.90 - MON AVIS SUR LE FILM LE NOM DE LA ROSE DE JEAN JACQUES ANNAUD (1986)


 Vu le film Le Nom de la Rose de Jean Jacques Annaud (1986) avec Sean Connery Christian Slater Michael Lonsdale Valentina Vargas Ron Perlman Fred Murray Abraham


Voilà un film qui nous plonge dans un monde étrange, qui n’a peut-être pas trouvé son public à la hauteur de la qualité intrinsèque de son contenu. Jean-Jacques Annaud adapte en 1986 le roman d’Umberto Eco et nous offre avec Le Nom de la rose un véritable polar médiéval, bien avant que le genre ne devienne à la mode. Nous sommes en 1327, dans une abbaye bénédictine isolée d’Italie du Nord, perdue dans les montagnes, où le froid semble aussi présent que le silence et où personne ne parle beaucoup, sauf lorsqu’il s’agit de théologie, de religion ou de quelque chose qu’il vaudrait mieux ne pas révéler.


Nous suivons le franciscain Guillaume de Baskerville (sans ses chiens) avec tout son talent de détective interprété par Sean Connery,  accompagné du jeune Adso de Melk, un novice encore puceau qui découvre en même temps le monde, la religion et probablement quelques autres choses, sous les traits d’un jeune Christian Slater. Tous deux arrivent dans cette abbaye afin de participer à une rencontre théologique entre franciscains et représentants de la papauté, mais leur séjour va rapidement prendre une tournure beaucoup moins religieuse et beaucoup plus criminelle.


Après quelques palabres avec les occupants de l’abbaye, Guillaume et Adso découvrent surtout un endroit particulièrement strict, où chacun semble cacher quelque chose et où les sourires ne sont pas franchement monnaie courante. Et comme si cette ambiance ne suffisait pas, une série de morts mystérieuses vient soudainement perturber la tranquillité monastique. Des cadavres apparaissent, les morts s’accumulent et Guillaume, qui n’est décidément pas venu là pour compter les moutons, va devoir mener l’enquête afin de comprendre qui tue, pourquoi et surtout ce que certains cherchent désespérément à cacher.


Nos deux compères vont alors rencontrer des personnages plus bizarres les uns que les autres, et pratiquement chacun devient un potentiel coupable. Il y a l’inquiétant Jorge de Burgos, moine aveugle et gardien d’une mémoire qu’il entend bien protéger, Salvatore, personnage difforme et inquiétant joué par Ron Perlman, le bibliothécaire Malachie, le vieux moine Bérenger, le maître des lieux Abbon interprété par Michael Lonsdale, et bien d’autres religieux dont les visages ne donnent pas vraiment envie de demander l’heure.


On parle du diable, de sorcellerie, de l’Apocalypse, de chats noirs, de femmes considérées comme des créatures du démon et surtout de cette bibliothèque extraordinaire qui constitue le véritable cœur de l’énigme. Une bibliothèque labyrinthique, secrète, interdite, qui semble contenir tout le savoir du monde et dont les livres sont parfois plus dangereux que les armes. On pourrait presque croire qu’Umberto Eco avait lui-même poussé la porte pour venir vérifier que personne ne mettait les mains dans ses rayonnages.


Annaud réussit surtout à faire de cette abbaye un personnage à part entière, avec ses couloirs sombres, ses escaliers, ses passages secrets, ses cellules glaciales et cette bibliothèque qui ressemble davantage à un labyrinthe qu’à un lieu destiné à la lecture. Le savoir est ici une arme, et ceux qui contrôlent les livres contrôlent aussi une partie de la vérité. Une idée particulièrement forte dans un monde où certains religieux préfèrent brûler un livre plutôt que de laisser un homme le lire.


Bien avant Seven, Annaud nous montre les conséquences de la folie des hommes à travers ces cadavres enveloppés de sang, de peur et de vengeance. Mais là où Seven plonge dans une noirceur contemporaine, Le Nom de la rose utilise le Moyen Âge, la religion et la peur du démon pour raconter finalement quelque chose de très humain : la volonté de contrôler la pensée et d’empêcher le savoir de circuler.


Pendant que Guillaume cherche le meurtrier, Adso découvre quant à lui un autre mystère, beaucoup plus terrestre. Il va perdre sa virginité avec une jeune femme dont il ignore même le nom, une rencontre à la fois sensuelle et tragique qui va profondément le troubler. Le jeune homme se retrouve alors confronté à un cruel dilemme entre l’amour qu’il découvre et la fidélité qu’il doit à son maître, à son ordre et à sa foi. Pour un jeune puceau fraîchement débarqué dans une abbaye, il y a franchement mieux comme première expérience sentimentale.


Sean Connery est parfait dans le rôle de Guillaume de Baskerville, mélange d’intelligence, de malice, de scepticisme et d’autorité, un personnage qui préfère observer et réfléchir plutôt que croire aveuglément ce qu’on lui raconte. Christian Slater, encore très jeune, apporte à Adso cette naïveté nécessaire qui permet au spectateur de découvrir ce monde à travers ses yeux.


Le casting est d’ailleurs particulièrement solide avec Michael Lonsdale, F. Murray Abraham dans le rôle de l’inquisiteur Bernard Gui, Ron Perlman, Elya Baskin et quelques gueules monastiques qui semblent avoir été sélectionnées pour nous rappeler que l’époque n’était pas franchement réputée pour son esthétique.


Le Nom de la rose possède toutes les qualités d’un grand film épique, historique et presque biblique, bien avant que Da Vinci Code ne vienne à son tour mélanger religion, énigmes, secrets et vieux bouquins. Mais Annaud va beaucoup plus loin que le simple thriller médiéval en faisant du savoir et de sa transmission l’un des véritables enjeux du film.


Et c’est probablement cela qui reste le plus fort : sauver les livres, sauver la connaissance, sauver une mémoire que certains voudraient enfermer à double tour dans une bibliothèque interdite. Ici, le livre devient un personnage central de l’énigme, presque aussi important que Guillaume, Adso ou le meurtrier.


Un film étrange, sombre, parfois brutal, souvent fascinant, qui réussit à mélanger enquête policière, religion, philosophie, amour, mort et connaissance sans perdre son histoire en route. Et lorsque tout s’achève, il ne reste finalement que les noms, les souvenirs et les livres, comme une trace de ce que les hommes ont essayé de préserver ou de détruire.


Stat rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus.

NOTE : 16.90

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