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vendredi 28 août 2026

14.80 - MON AVIS SUR LE FILM GOOD LUCK HAVE FUN DON'T DIE DE GORE VERBINSKI (2025)

 


Vu le Film Good Luck, Have Fun, Don't Die de Gore Verbinski (2025) avec Sam Rockwell Juno Temple Haley Lu Richardson Michael Pena Zazie Beetz Asim Chaudhry


Voilà un film de science-fiction avec voyage dans le temps, intelligence artificielle, monde virtuel, apocalypse et tout le toutim… complètement barré, et le mot est faible ! Il faut dire que Gore Verbinski est un spécialiste du genre. Entre La Souris, les trois premiers Pirates des Caraïbes, A Cure for Life et surtout son extraordinaire film d’animation Rango, qui pourrait presque être considéré comme le laboratoire de sa folie créatrice, Verbinski a toujours démontré qu’il était un très bon réalisateur, mais surtout un grand conteur d’histoires étranges.

Et ici, il met le paquet !

L’histoire commence dans un restaurant de Los Angeles où débarque un homme venu du futur, interprété par l’excellent Sam Rockwell. Il affirme être revenu dans le passé pour empêcher une catastrophe provoquée par une intelligence artificielle devenue incontrôlable. Et ce n’est pas la première fois qu’il tente le coup : il en est déjà à sa 117e tentative ! Son idée est donc de recruter dans ce restaurant une bande de parfaits inconnus qui vont devenir, qu’ils le veuillent ou non, les derniers défenseurs de l’humanité.

Et forcément, avec Verbinski derrière la caméra, on ne va pas avoir droit à un banal film de science-fiction où trois informaticiens tapent sur un clavier pendant deux heures pour sauver la planète !

Le réalisateur nous met en garde contre les dangers des intelligences artificielles en envoyant du futur un homme chargé de prévenir les humains que leur fascination pour les machines pourrait bien les conduire à leur perte. Des lycéens sont scotchés à leurs smartphones pendant les cours, n’écoutant plus leurs professeurs mais une application qui les dirige progressivement vers un monde où la technologie finit par penser à leur place.

Le propos est évidemment volontairement excessif, mais c’est justement là que le film devient intéressant. Verbinski ne cherche pas à nous faire un documentaire sur les dangers de l’intelligence artificielle : il pousse le curseur à fond et transforme nos petites habitudes numériques en cauchemar futuriste. Le complotisme cher aux Américains se mélange à l’anticipation, à la satire et à une véritable réflexion sur notre dépendance aux écrans.

Car c’est aussi le principe des films d’anticipation : nous raconter demain pour nous faire réfléchir à aujourd’hui.

Bon… même si Verbinski ne nous laisse absolument pas le temps de réfléchir !

Cela va à cent à l’heure, sans limitation de vitesse, avec plusieurs histoires parallèles qui se croisent entre monde réel et monde virtuel. Le spectateur se retrouve exactement dans la situation des clients du bar : Pourquoi ? Comment ? Dans quel état j’ère ?

Et quand le film décide de transformer les chats en énormes bestioles capables de dévorer les humains comme de vulgaires croquettes, on comprend définitivement que nous ne sommes plus dans une science-fiction traditionnelle. Des chats gigantesques façon T-Rex qui considèrent l'être humain comme de la nourriture : voilà une excellente manière de rappeler à l'espèce humaine qu'elle n'est peut-être pas tout en haut de la chaîne alimentaire !

Il y a du Matrix, il y a du Black Mirror, mais surtout il y a du Gore Verbinski partout. Le réalisateur mélange les genres, les références, les niveaux de réalité et les situations absurdes avec une liberté réjouissante. Et plus le film avance, plus le spectateur accepte de se laisser embarquer dans ce grand huit cinématographique sans chercher à comprendre où se trouve la prochaine boucle.

Visuellement, comme dans ses précédents films, Verbinski maîtrise parfaitement le spectaculaire et les effets visuels. Mais contrairement à certains blockbusters qui utilisent leurs effets spéciaux pour cacher qu'ils n'ont pas grand-chose à raconter, ici les images participent pleinement à la folie générale. Tout est fait pour nous perdre, nous surprendre et surtout nous amuser.

Et les comédiens sont à la hauteur du délire.

Haley Lu Richardson apporte à Ingrid cette dose d'humanité et de curiosité nécessaire pour ne pas complètement perdre le spectateur dans le chaos. Juno Temple, en Susan, complète parfaitement cette galerie de personnages improbables, tandis que Michael Peña et Zazie Beetz participent eux aussi à cette équipée sauvage où personne ne semble vraiment savoir ce qu'il fait là.

Mais surtout, il y a Sam Rockwell.

Et là, mes amis, on touche au génie !

Rockwell est le genre d'acteur capable de jouer un type complètement paumé tout en donnant l'impression qu'il maîtrise parfaitement son personnage. Son visiteur du futur est une merveille de décalage : il arrive avec ses explications impossibles, son urgence permanente et cette tête de gars qui semble avoir déjà vécu la catastrophe 116 fois et qui n'a franchement pas envie de recommencer une 117e.

Il s'en donne à cœur joie et porte une bonne partie du film sur ses épaules. Et quand on connaît le talent du bonhomme pour jouer les personnages détraqués, lunaires ou complètement imprévisibles, on comprend pourquoi Verbinski l'a choisi.

Good Luck, Have Fun, Don't Die est donc une belle surprise, passée un peu sous les radars, et c'est vraiment dommage. Ce n'est certainement pas un film à prendre au premier degré. C'est une grosse machine à dérailler, une comédie de science-fiction qui mélange voyage dans le temps, apocalypse, satire technologique et humour complètement déjanté.

Verbinski nous livre finalement un film qui ressemble à son cinéma : spectaculaire, étrange, inventif, généreux et totalement imprévisible.

Et derrière le bordel organisé, il y a quand même un message assez simple : attention à ce que nous faisons de nos machines avant que nos machines décident de ce qu'elles vont faire de nous.

Mais Verbinski préfère évidemment nous faire passer le message avec des explosions, des réalités parallèles, des adolescents hypnotisés par leurs écrans, des chats de la taille d'un T-Rex et un Sam Rockwell venu du futur pour sauver une humanité complètement à l'ouest.

Alors oui, c'est allumé.

Oui, c'est déjanté.

Oui, parfois on se demande sérieusement dans quel état était le scénario quand il a été écrit.

Mais c'est précisément pour cela que ça fonctionne.

Gore Verbinski nous laisse un message : « Nique l'IA, et vive les humains ! »

Déjanté, inventif, spectaculaire et complètement barré : que demandez de plus ?

NOTE : 14.80

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation Gore Verbinski
  • Scénario : Matthew Robinson
  • Musique Geoff Zanelli
  • Décors : David Brisbin
  • Costumes : Neil McClean
  • Photographie : James Whitaker
  • Montage Craig Wood
  • Production : Denise Chamian, Robert Kulzer, Oliver Obst et Erwin Stoff
    • Production déléguée : Oliver Berben, Warren Goz, Samuel Hall, George Parra, Matthew Robinson, Michael Rothstein et Richard S. Wright
  • Sociétés de production : 3 Arts Entertainment, Blind Wink ProductionsConstantin Film, Robert Kulzer Productions et WAM Films
  • Sociétés de distribution : Briarcliff Entertainment (États-Unis), Belga Films (Belgique), Metropolitan Filmexport (France)

DISTRIBUTION

jeudi 27 août 2026

12.40 - MON AVIS SUR LE FILM LE NETTOYEUR DE GEORGE MARSHALL (1954)


 Vu le Film Le Nettoyeur de George Marshall (1954) avec Audie Murphy Marie Blanchard Lyle Berger Thomas Mitchell Edgar Buchanan Lori Nelson Mary Wickes Wallace Ford George Wallace John Doucette


Avec Le Nettoyeur, George Marshall remet le couvert et, accessoirement, refait son propre film : il s’agit ni plus ni moins du remake de Femme ou Démon, réalisé par Marshall en 1939 avec Marlene Dietrich et James Stewart. Mais autant prévenir tout de suite : le titre français, Le Nettoyeur, fait très polar bien noir, voire film avec Van Damme qui débarque pour faire le ménage. Alors qu’en réalité, nous sommes tout simplement devant un bon vieux western des années 50, comme Hollywood en pondait des dizaines par an.

Marshall n’invente évidemment rien dans le genre. Le héros arrive en diligence dans une petite ville de l’Ouest qui semble attendre son messie, histoire de débarrasser tout le monde du mal qui règne sur place. Très biblique, ce truc : un homme providentiel arrive, découvre une ville pourrie jusqu’à l’os, et va devoir remettre un peu d’ordre dans tout ce bazar. En face, le méchant est évidemment plein d’argent, suffisamment puissant pour acheter les consciences, tricher aux cartes et surtout tuer tout ce qui se trouve sur son chemin.

Et comme nous sommes dans un western, il y a la belle chanteuse et danseuse du saloon, amoureuse du héros, parce qu’un cow-boy solitaire sans jolie fille pour lui sourire derrière un comptoir, ça manquerait quand même de finition. Ajoutez le vent qui souffle dans les rues désertes, les portes de saloon, les regards qui en disent long, les duels au revolver, les baffes distribuées avec générosité et les règlements de comptes : vous avez pratiquement le western américain dans sa boîte.

Alors, qu’est-ce que Le Nettoyeur a de plus que les autres ? Tout simplement Audie Murphy.

Et là, forcément, le film prend une autre dimension. Audie Murphy n’est pas seulement une vedette de western : c’est l’un des soldats américains les plus décorés de la Seconde Guerre mondiale. Un véritable héros national devenu acteur, avec cette particularité assez incroyable de posséder à l’écran une présence qui ne semble jamais fabriquée. Il n’a pas besoin d’en faire des tonnes. Il entre dans le cadre, regarde, parle peu, et ça suffit.

Et puis il y avait les fans. Audie Murphy était une véritable idole, le genre de garçon devant lequel une partie du public féminin devait se pâmer avant même qu’il ait dégainé son revolver. La classe au naturel, pourrait-on dire. Pas besoin de muscles gonflés à la salle de sport ni de répliques écrites au marteau-piqueur : Audie Murphy avait cette gueule tranquille et cette manière de se tenir qui faisaient déjà le boulot.

Son personnage correspond d’ailleurs parfaitement à cette image. Un homme qui arrive de l’extérieur, découvre une ville sous la coupe d’un individu peu recommandable et comprend rapidement qu’il va falloir sortir les armes. Rien de révolutionnaire, certes, mais le cinéma populaire n’a jamais prétendu réinventer la Bible à chaque western.

George Marshall connaît parfaitement les mécanismes du genre. Il sait quand faire entrer le héros, quand montrer le méchant, quand laisser souffler le vent dans une rue vide et quand préparer le duel final. C’est du cinéma classique, propre, efficace, sans chercher à faire croire qu’il vient de découvrir l’Amérique.

On sent d’ailleurs toute cette tradition du western de studio des années 50 : une histoire simple, des personnages immédiatement identifiables et une morale qui ne demande pas trois heures d’explications. Le bien et le mal se reconnaissent au premier coup d’œil. Le méchant triche, menace et tue ; le héros encaisse, observe et finit par réagir. La belle attend, le saloon s’agite et les revolvers parlent lorsque les mots ne suffisent plus.

C’est précisément ce côté déjà-vu qui pourrait aujourd’hui faire sourire. Mais il faut remettre le film dans son époque. À cette époque, le public américain voulait du western, des chevaux, des revolvers, des duels, des saloons, des héros et des méchants. Hollywood lui en donnait. Et personne ne demandait à chaque nouveau film de réinventer John Ford.

Le Nettoyeur appartient donc à cette grande famille de westerns classiques qui ne cherchent pas forcément à laisser leur nom dans l’histoire du cinéma, mais simplement à raconter une bonne histoire pendant une heure et demie.

Et finalement, c’est peut-être là son principal charme.

On ne regarde pas Le Nettoyeur pour découvrir une révolution cinématographique. On le regarde pour retrouver une époque où le western était encore un genre populaire, où les héros entraient dans une ville poussiéreuse avec une allure de croque-mort et où un duel dans la rue pouvait régler en trente secondes un problème que nous aurions aujourd’hui traité avec douze réunions et trois avocats.

Alors oui, tout est déjà vu. Le héros, le méchant, la fille du saloon, les tricheries aux cartes, les baffes, le vent, les revolvers et la poussière : tout y est !

Mais il y a Audie Murphy.

Et rien que pour lui, on se fixe dans le fauteuil et on regarde ce film d'une autre époque, avec le sourire et sans chercher à lui demander ce qu’il n’a jamais eu l’intention de nous donner.

Un western classique, carré, efficace, sans prétention, porté par une vedette qui, elle, n’avait pas besoin de tricher aux cartes pour gagner la partie.

NOTE : 12.40

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION