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vendredi 27 mars 2026

13.10 - MON AVIS SUR LE FILM JERRY CHEZ LES CINOQUES DE FRANK TASHLIN (1964)


 Vu le Film Jerry chez les Cinoques de Frank Tashlin (1964) avec Jerry Lewis Susan Olivier Karen Sharpe Kathleen Freeman Everett Sloane Glenda Farrell 

Jerôme Littlefield est infirmier dans une clinique huppée de Los Angeles. Malgré son envie de bien faire, il enchaîne les maladresses. 

Rien que le titre annonce la couleur, et pour une fois il ne ment pas : on entre ici dans un asile, mais très vite une question s’impose, la seule qui vaille — qui est vraiment le plus fou dans l’histoire ? Car si les pensionnaires ont leurs manies, leurs obsessions, leurs délires bien rangés dans des cases médicales, l’arrivée de Jerry comme infirmier fait voler tout ça en éclats avec une jubilation totale. Et là où le film est très fort, c’est qu’il ne se contente pas d’empiler les gags, il les laisse proliférer comme une contagion, une épidémie de folie douce dont Jerry serait le patient zéro. 

L’histoire, simple en apparence, suit ce personnage de Stanley — Jerry évidemment — engagé comme aide-soignant dans un institut psychiatrique, un lieu censé être sous contrôle, organisé, structuré, mais qui devient en quelques minutes un laboratoire de chaos. Chaque patient devient un ressort comique, chaque situation une bombe à retardement, et Stanley, avec sa maladresse congénitale, ne fait qu’aggraver les symptômes. On n’est pas dans une satire méchante, on est dans une mécanique de dérèglement permanent, où la logique n’a plus sa place. 

Et là, il faut le dire clairement : Jerry est bien meilleur quand il est dirigé par quelqu’un comme Tashlin. Frank Tashlin le connaît par cœur, il sait exactement quand le laisser partir et quand le canaliser. Résultat, le film trouve un équilibre rare entre délire pur et précision de mise en scène. Là où Jerry seul peut parfois se perdre dans ses propres excès, ici tout est tenu, cadré, rythmé. Chaque gag arrive au bon moment, chaque débordement est rattrapé au vol. 

Le casting autour de lui joue un rôle essentiel, car il faut des visages solides pour encaisser la tempête. Les patients, les médecins, tout ce petit monde compose une galerie savoureuse, chacun avec sa folie propre, mais jamais écrasé par Jerry, au contraire, ils participent tous à cette montée en puissance du délire. 

Et puis il y a ces situations… Jerry infirmier, c’est déjà une idée en soi. Mais quand on le voit manipuler des seringues, organiser des soins, tenter d’imposer un semblant d’ordre, on comprend très vite que le danger ne vient plus des malades. Mieux vaut effectivement se tenir loin de ses aiguilles. Chaque geste devient suspect, chaque tentative d’aide tourne à la catastrophe, et c’est là que le film touche juste : on rit parce que tout dérape, mais jamais gratuitement. 

Les gags s’enchaînent, se répondent, s’accumulent. Ce n’est plus une suite de sketches, c’est une montée en pression. Une spirale. On sent que tout va exploser, et Tashlin orchestre ça avec une précision redoutable, jouant sur le rythme, les ruptures, les silences parfois, avant de relancer la machine. 

Il y a dans ce film une vraie science du burlesque. Pas seulement dans le jeu de Jerry, mais dans la construction. Le scénario, sous ses airs légers, est une mécanique parfaitement huilée où chaque élément revient, se transforme, s’amplifie. 

Et cette question qui revient sans cesse : qui est le fou ? Les patients enfermés dans leurs névroses… ou cet infirmier incapable de fonctionner normalement dans un monde qui l’exige ? 

Jerry ne joue pas un fou, il joue un homme inadapté, et c’est encore plus drôle. Le film ne juge jamais, il observe, il amplifie, il déforme. Et nous, on suit, de plus en plus embarqués. 

Jusqu’à ce que le rire devienne presque incontrôlable. Jusqu’à cette sensation d’être nous-mêmes contaminés. 

Et quand tout s’emballe, quand la logique disparaît complètement, il ne reste plus qu’à lâcher prise. C’est du grand spectacle comique, maîtrisé, précis, généreux. 

Un Jerry au sommet, porté par un metteur en scène qui sait exactement quoi faire de lui. on entre chez les cinoques en spectateur…on en ressort prêt pour la camisole de force tellement on a ri. 

NOTE : 13.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

 

 

8.90 - MON AVIS SUR LE FILM TE CASSE PAS LA TETE JERRY DE JERY LEWIS (1968)

 


Vu le Film Te Casses pas la Tête Jerry de Jerry Lewis (1968) avec Jerry Lewis Patricia Routledge Terry Thomas Jacqueline Pearce Bernard Cribbins John Bluthal 

George Lester, un Américain idiot, a un plan pour devenir riche rapidement : transformer l'appartement londonien de sa femme Pamela, de qui il est séparé, en discothèque à la mode. Furieuse, la future ex-Mme Lester lui ordonne de le remettre en état. 

Après les États-Unis, avant la France, voilà Jerry en escale à Londres, et rien que ce déplacement géographique suffit à relancer la machine comique. Car chez lui, le décor n’est jamais un simple fond : c’est un partenaire, parfois même une victime. Londres, avec son flegme, ses règles, sa tenue impeccable, devient le terrain idéal pour que Jerry vienne tout dérégler avec une précision de funambule ivre. On retrouve ce tempo si particulier, cette manière d’installer une situation presque anodine, de la faire durer, de la tendre comme un élastique jusqu’à ce qu’elle claque en plein visage du spectateur. Et dans ce film, il est à son meilleur niveau, celui où le moindre geste, le moindre regard, la moindre hésitation devient matière à gag. Son corps reste son principal outil : élastique, imprévisible, capable de passer du contrôle absolu à la catastrophe totale en une fraction de seconde.  

 

Il ne joue pas dans le décor londonien, il le désorganise méthodiquement, transformant chaque code social en piège comique. Là où un Anglais reste droit, lui se plie ; là où tout doit être contenu, lui déborde. Et c’est précisément dans ce décalage que naît le rire.  

Mais ce qui fait la force du film, c’est qu’au-delà de la mécanique burlesque, il y a toujours cette tendresse, cette fragilité presque enfantine qui empêche Jerry de devenir cruel. Il ne ridiculise jamais vraiment les autres, il se sacrifie lui-même au gag, il est le premier à tomber pour que le spectateur se relève en riant. Certains enchaînements sont d’une simplicité désarmante, presque muets, hérités d’un autre temps, tandis que d’autres relèvent d’une véritable chorégraphie physique où chaque mouvement est millimétré. 

 Le film ne cherche pas à moderniser son langage, il assume pleinement son style, et c’est cette fidélité qui le rend aussi efficace. Londres apporte une rigidité qui sert de contrepoint parfait à son chaos intérieur, et cette opposition fonctionne à merveille, comme une partition parfaitement accordée entre discipline et anarchie. On sent un Jerry libre, inspiré, qui maîtrise totalement son rythme et son univers, capable de faire durer un gag jusqu’à l’absurde sans jamais perdre le spectateur.  

C’est un cinéma qui ne s’explique pas vraiment, il se ressent, il se vit, presque physiquement. Et dans ce voyage londonien, il atteint une forme d’équilibre rare entre maîtrise et folie. Un film qui ne se casse pas la tête, peut-être, mais qui prouve surtout qu’avec un tel sens du tempo, du corps et du regard, Jerry Lewis n’a jamais eu besoin de réfléchir longtemps pour nous faire rire — il lui suffisait d’exister à l’écran. 

 NOTE ; 8.90

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Jerry Paris
  • Scénario : Max Wilk, d'après son roman Don't Raise the Bridge, Lower the River
  • Direction artistique : John Howell
  • Photographie : Otto Heller
  • Montage : Bill Lenny
  • Musique : David Whitaker
  • Chorégraphie : Leo Kharibian
  • Production : Walter Shenson ; Leon Becker (production associée)
  • Société de production : Walter Shenson Productions
  • Société de distribution : Columbia Pictures
  • Pays : Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni

DISTRIBUTION


6.90 - MON AVIS SUR LE FILM L'ULTIME HERITIER DE JOHN PATTON FORD


 Vu le Film L’Ultime Héritier ( Home to Make a Killing) de John Patton Ford (2026) avec Glenn Powell Margaret Qualley Ed Harris Jessica Henwick Zach Woods Topher Grace James Frecheville Bill Camp Neil Williams Adrian Lukis 

Mal aimé de sa propre famille, Becket Redfellow décide d'orchestrer une machination diabolique et meurtrière afin de s'approprier leur fortune. 

Encore une production A24 qui veut faire chic, malin, décalé… et qui au final laisse un goût bien fade. À part un éclair isolé comme The Marty Supreme, on commence à connaître la musique : c’est propre, c’est emballé, mais ça manque cruellement de saveur. 

Et là où ça devient franchement agaçant, c’est la grosse entourloupe sur le pitch. On vend le film comme une relecture de Noblesse oblige de Robert Hamer. Rien que ça. Autant dire qu’on appâte le chaland avec du lourd. Sauf qu’il faudrait peut-être, avant de jouer à ça, avoir vu l’original. Ou au moins compris pourquoi il est culte. 

Parce que dans Noblesse oblige, il y avait Alec Guinness, immense, qui s’amusait à incarner pas moins de huit héritiers, tous plus savoureux les uns que les autres. Et en face, une vraie présence, Vincent Price un vrai venin, quelque chose qui marquait. 

Ici ? On se retrouve avec Glen Powell, bellâtre lisse, déjà pas franchement inoubliable dans le remake de The Running Man, et qui confirme qu’il ne suffit pas d’avoir une gueule pour porter un film. Il traverse l’histoire sans jamais lui donner de relief. Pas de folie, pas d’ambiguïté, rien. 

Et pourtant, la base est là. Une intrigue d’héritage, des obstacles humains à éliminer, une mécanique qui devrait être jubilatoire. Mais tout sonne faux. Le scénario suit vaguement les traces sans jamais retrouver l’élégance ni le mordant. Là où l’original jouait sur l’ironie et le raffinement, ici on a une version édulcorée, presque paresseuse. 

La mise en scène est du même tonneau : plate. Mais vraiment plate. On est plus proche d’une télénovela un peu chic que d’un vrai film de cinéma. Aucun souffle, aucune invention, aucun regard. Ça s’enchaîne, ça s’aligne, et ça s’oublie aussitôt. 

Et au milieu de ça, les pauvres Margaret Qualley et Jessica Henwick. Reléguées au rang de potiches de luxe, là pour faire joli autour du héros. C’est d’autant plus frustrant qu’elles ont toutes les deux de quoi exister à l’écran, mais ici, rien. On les utilise, puis on les oublie. 

Le film donne constamment l’impression de cocher des cases sans jamais comprendre ce qu’il fait. Il reprend des éléments, des situations, une structure… mais il oublie l’essentiel : le ton. L’humour. Le panache. 

Parce que Noblesse oblige, c’était une mécanique brillante portée par une vraie cruauté élégante. Ici, aucune classe. Aucun peps. Et surtout, aucun humour digne de ce nom. On attend le sourire, il ne vient jamais. 

On a beau chercher, tout semble artificiel. Les personnages, les enjeux, les relations. Comme si le film n’y croyait jamais lui-même. Et forcément, nous non plus. 

Quand on fait un remake – ou même quand on s’en inspire fortement – il faudrait peut-être commencer par regarder l’original. Pas pour copier, mais pour comprendre. Ici, on a juste l’emballage sans le contenu. 

Seul plaisir est de voir Ed Harris mais dans un rôle sans relief 

L’Ultime Héritier coche toutes les mauvaises cases : casting mal exploité, mise en scène inexistante, scénario sans mordant. 

Remake inutile. 

NOTE : 6.90

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation et scénario : John Patton Ford
  • Musique : Emile Mosseri
  • Direction artistique : N/A
  • Décors : Christian Huband
  • Costumes : Jo Katsaras
  • Montage : Harrison Atkins
  • Photographie : Todd Banhazl
  • Production : Graham BroadbentPeter Czernin et Adam Friedlander
    • Production exécutive : Joe Naftalin
  • Sociétés de production : Blueprint Pictures et Studiocanal
  • Sociétés de distribution : A24 (États-Unis), Studiocanal (France)

DISTRIBUTION