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vendredi 31 juillet 2026

7.80 -MON AVIS SUR LE FILM LA BOUCHE DU DIABLE DE JEFF WADLOW (2026)


 Avis sur le film La Bouche du Diable de Jeff Wadlow (2026) avec Kathryn Newton Gavin Casalegno Lana Condor Tommi Rose Nico Hiraga Tayme Tapthimthon


Il faut reconnaître une chose à Jeff Wadlow : l'idée de départ est excellente. Faire un film d'horreur dans des eaux vaseuses, au milieu de grottes interminables, de tunnels noyés et de couloirs aquatiques où l'on ne distingue jamais vraiment ce qui se cache à deux mètres devant soi, c'est un décor qui possède un vrai potentiel. Cette sensation d'étouffement, l'obscurité permanente, les parois qui se resserrent, l'impossibilité de remonter à la surface... tout cela offre naturellement de très belles images et une tension qui pourrait être permanente.

Pour compléter le tableau, on ajoute un groupe de jeunes explorateurs. Évidemment, ils sont tous beaux comme dans une publicité pour le dentifrice. De jolies filles, de beaux mecs, des corps sculptés qui passent leur temps à plonger dans une eau qui ferait hésiter un canard. Il faut reconnaître que le cinéma adore ce genre de casting : plus les jeunes sont séduisants, plus le spectateur attend de voir lequel servira de menu principal.

Et justement, voilà qu'arrive la vedette. Un requin. Dans une grotte. Pourquoi pas après tout ? Après tout, le cinéma nous a déjà vendu des serpents dans des avions, des crocodiles géants dans des lacs et des pieuvres sur des paquebots. Celui-ci semble surtout avoir raté le casting des Dents de la Mer et décide de venir se faire un déjeuner de jeunes croupes alléchantes au fond d'une caverne oubliée du monde.

Là où le film commence à prendre l'eau, c'est que le concept suffit rarement à faire un bon long métrage. Une bonne idée n'est qu'un point de départ. Encore faut-il la développer, construire une montée de tension, donner un peu d'épaisseur aux personnages et éviter de céder à la facilité.

Ici, on a surtout l'impression que le scénario fait le strict minimum. Le requin est sous amphet, il traverse les galeries à une vitesse improbable, surgit de partout, disparaît aussitôt, revient sans logique et semble avoir développé un GPS intégré capable de retrouver n'importe quel étudiant perdu dans un véritable labyrinthe souterrain. On ne sait plus très bien si l'on regarde un squale ou un missile téléguidé.

Quant aux personnages... difficile de s'y attacher. Ils passent leur temps à prendre les pires décisions possibles, comme si leur unique objectif était de faciliter le travail du prédateur. Ils ont trois lignes de dialogue chacun, incapables de les rendre plausibles, et l'on finit par attendre davantage la prochaine apparition du requin que leurs prochaines répliques. Ce ne sont plus des héros, ce sont du poisson pané en attente de cuisson.

Le film accumule alors les invraisemblances, les incohérences, les faux raccords et les raccourcis scénaristiques. Les personnages survivent quand le scénario l'exige, meurent quand il faut relancer l'action et retrouvent miraculeusement leur chemin dans un réseau de galeries où le commun des mortels tournerait en rond pendant trois semaines.

C'est dommage, parce que la photographie exploite plutôt bien cet univers oppressant. Certaines séquences sous-marines fonctionnent réellement, la lumière filtrant difficilement dans l'eau trouble crée quelques images réussies et l'idée d'être coincé sous terre avec un prédateur reste une peur très efficace.

Jeff Wadlow possédait donc un décor original, une vraie idée de cinéma et un terrain de jeu parfait pour construire un huis clos aquatique étouffant. Mais il préfère multiplier les attaques spectaculaires plutôt que le suspense, les réactions absurdes plutôt que des personnages crédibles, et les facilités plutôt qu'une véritable montée de la peur.

Au final, La Bouche du Diable ressemble à un concept prometteur abandonné en cours de route. On y trouve quelques bonnes séquences, un environnement rarement vu dans ce genre de production et un monstre qui ne manque pas d'appétit, mais tout cela reste noyé sous une avalanche de clichés.

Bref, un film bourré d'invraisemblances, d'incohérences, de faux raccords... mais qui peut parfaitement faire l'affaire un soir à minuit avec des potes, un pot de pop-corn...

NOTE : 7.80

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

jeudi 30 juillet 2026

4.90 - MON AVIS SUR LE FILM CLASSE MOYENNE DE ANTONY CORDIER (2026)


 Vu le Film Classe Moyenne de Antony Cordier (2026) avec Laurent Lafitte Elodie Bouchez Zoé Abita Ramzy Bedia Laure Calamy Sami Outalbali Mahia Zrouki Candide Sanchez


Après un premier film formidable avec Douches froides, Antony Cordier semblait avoir trouvé une voix singulière dans le cinéma français. Un regard acéré sur la jeunesse, des personnages justes, une vraie mise en scène. Puis, film après film, quelque chose s'est perdu. Comme si le réalisateur s'était laissé embourgeoiser lui-même, en suivant cette mouvance d'un certain cinéma français persuadé que se moquer des familles aisées suffit à fabriquer une satire sociale.

Avec Classe Moyenne, cette impression devient une certitude.

L'histoire réunit deux couples que tout oppose. Tony (Ramzi Bedia) et Fanny (Laure Calamy), dont la situation financière est précaire, acceptent l'invitation de Charlotte (Élodie Bouchez) et Julien (Laurent Lafitte), des amis beaucoup plus fortunés, dans leur superbe maison provençale. Le temps d'un week-end, les différences de classe, les hypocrisies, les jalousies et les frustrations remontent progressivement à la surface, chacun révélant son véritable visage derrière les sourires de circonstance.

Sur le papier, le sujet pouvait être passionnant. La bourgeoisie, ses faux-semblants, ses contradictions... Claude Chabrol en a fait des chefs-d'œuvre. Mais voilà, Cordier n'est pas Chabrol. Et cela se voit à chaque scène, à chaque plan et surtout à chaque mot prononcé.

Les dialogues sonnent creux. Ils veulent être piquants, ils ne sont qu'insipides. Les personnages parlent beaucoup mais ne disent finalement rien. On sent l'envie permanente de démontrer quelque chose au spectateur plutôt que de raconter une véritable histoire.

Et pourtant, le casting avait tout pour séduire. Élodie Bouchez, Laurent Lafitte, Laure Calamy et Sami Outalbali sont des comédiens capables de porter les plus beaux textes. Encore faut-il leur donner quelque chose à jouer. Ce n'est pas en faisant 1 + 1 + 1 + 1 que l'on obtient automatiquement un bon film. Additionner les talents ne remplace jamais l'écriture.

Le film hésite constamment entre deux directions. D'un côté, un cinéma intello qui se rêve en grande critique sociale d'une bourgeoisie au cynisme exacerbé. De l'autre, un cinéma trash qui accumule les sketches potaches et les provocations sans véritable nécessité. Entre les deux existe un espace très étroit... il s'appelle ici Classe Moyenne. Malheureusement, le film reste coincé dans cet entre-deux sans jamais trouver son équilibre.

Le sentiment de gêne s'installe très vite. Pas cette gêne recherchée qui met le spectateur mal à l'aise avec intelligence. Non, une gêne provoquée par des situations qui tournent à vide, des dialogues artificiels et une mécanique qui ne décolle jamais. Et cette sensation perdure jusqu'au générique final.

La comédie estampillée cannoise semble aujourd'hui s'autoriser une étrange liberté : ne jamais être drôle. On attend le trait d'esprit, la situation qui fait mouche, le moment où tout bascule... mais rien ne vient. Les scènes s'enchaînent avec une application presque scolaire, sans rythme, sans surprise et surtout sans plaisir.

Sous le soleil de Provence, les personnages se laissent bronzer. Quant au spectateur, il attrape surtout un énorme coup de soleil de déception. Et celui-là fait mal.

On ressort avec le regret de voir Antony Cordier s'éloigner un peu plus du cinéaste prometteur de Douches froides. Comme si, à vouloir coller aux codes d'un certain cinéma français contemporain, il avait oublié l'essentiel : des personnages vivants, des dialogues qui sonnent juste et une histoire qui dépasse la démonstration.

Il reste un beau décor, quatre excellents acteurs et beaucoup d'intentions. Hélas, les intentions ne font pas les grands films. Elles font parfois simplement des films... de classe moyenne.

NOTE : 4.90

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation Antony Cordier
  • Assistant réalisateur : Clément Comet
  • Scénario : Jean-Alain Laban, Steven Mitz, Antony Cordier, Julie Peyr
  • Photographie : Nicolas Gaurin
  • Montage : Camille Toubkis
  • Musique originale : Clémence Ducreux
  • Musique additionnelle Sascha FunkeBoris BrejchaThylacine
  • Décors : Eugénie Collet, Marc-Philippe Guérig
  • Costumes : Sabrina Riccardi
  • Production : Pauline Attal et Julien Madon (producteurs), Aimée Buidine (productrice associée), Bastien Sirodot (coproducteur), Philippe Guez (producteur délégué)
  • Sociétés de production : Cheyenne Federation (Paris), Umedia (Bruxelles), en association avec la SOFICA LBPI 18
  • Budget : 2,5 millions d'euros

DISTRIBUTION

10.00 - MON AVIS SUR LE FILM CEUX QUI COMPTENT DE JEAN BAPTISTE LEONETTI (2026)

 


Vu le Film Ceux qui Comptent de Jean Baptiste Léonetti (2026) avec Sandrine Kiberlain Pierre Lottin Louise Labèque Alexis Rosenstiehl Alma Ngoc Melissa Izquierdo Kevin Marvinio


Voilà exactement le type de film qui vous prend par la main en vous disant : « Allez, maintenant tu vas pleurer. » Le problème, c'est que l'émotion ne se décrète pas. Elle se construit. Et ici, tout paraît fabriqué.

Le film suit Rose (Sandrine Kiberlain), une mère célibataire qui élève seule ses trois adolescents. Lorsqu'elle apprend qu'elle est atteinte d'un cancer grave, elle choisit de cacher sa maladie à ses enfants. Ces derniers, en pleine révolte contre le monde qui les entoure et plus souvent occupés à faire les idiots qu'à construire leur avenir, croisent la route de Jean (Pierre Lottin), un homme qui, malgré un emploi régulier, survit dans une roulotte sans chauffage. Tous vont peu à peu se retrouver liés dans une histoire où la solidarité est censée l'emporter sur les difficultés du quotidien.

Sur le papier, pourquoi pas. Encore faut-il avoir quelque chose à raconter.

Car pour faire ce genre de cinéma social teinté de fantaisie, celui que savent si bien réussir Éric Toledano et Olivier Nakache, il faut un scénario solide, des personnages vivants et une véritable humanité. Ici, les ficelles sont tellement grosses qu'on les voit dès les premières minutes. Chaque situation semble écrite pour provoquer une émotion programmée. On coche les cases les unes après les autres sans jamais réussir à surprendre.

Les adolescents passent leur temps à jouer les petits rebelles en faisant les idiots, tandis que le récit accumule les clichés jusqu'à l'épuisement. Tout cela ressemble au discours de la gauche du cinéma bien-pensante : chacun porte sa croix, chacun souffre, chacun est victime du système. À force d'empiler les symboles, le film finit surtout par devenir pesant.

Et le plus gênant, c'est qu'on a parfois l'impression que les comédiens eux-mêmes n'y croient pas totalement. Sandrine Kiberlain, pourtant capable de grandes compositions, paraît ici en pilotage automatique. Son personnage manque de chair et l'émotion ne passe jamais vraiment.

Quant à Pierre Lottin, il confirme une impression qui revient de plus en plus souvent chez moi. Oui, il a du talent. Personne ne peut lui enlever. Mais il finit par jouer toujours la même partition. Même accent, même attitude, mêmes regards, mêmes intonations. J'ai davantage l'impression de voir Pierre Lottin que Jean. À force, cela tourne au procédé. Il aurait sans doute été parfait à l'époque de la Nouvelle Vague où ce naturel un peu brut faisait partie du style. Aujourd'hui, j'attends davantage d'un acteur : qu'il compose un personnage plutôt qu'il ne se contente d'être lui-même.

Le scénario, lui, reste très bancal. Beaucoup de situations sonnent faux, certains personnages sont à peine esquissés et d'autres frisent le ridicule, notamment l'assistante sociale, caricaturale du début à la fin. On peine à croire à ce que l'on voit, tant tout semble écrit pour démontrer une idée plutôt que raconter une histoire.

Au final, on se retrouve devant un énième film français peu inspiré, à la narration approximative, rempli de bons sentiments et d'émotions faciles. Complaisant, dégoulinant de bonnes intentions, aussi superficiel que son titre.

On dit souvent que l'enfer est pavé de bonnes intentions.

Le cinéma aussi.

NOTE : 10.00

FICHE TECHNIQUE


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