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samedi 21 février 2026

12.20 - MON AVIS SUR LE FILM L'ALLEE SANGLANTE DE WILLIAM A.WELLMAN (1955)


 Vu le Film L’Allée Sanglante de William A.Wellman (1955) avec John Wayne Lauren Bacall Joy Kim Paul Fix Berry Kroeger Mike Mazurki Anita Ekberg Henry Nakamura James Ho,ng 

Dans la Chine communiste des années 1950, Tom Wilder, officier américain de la marine marchande, s'évade de prison et atteint un village isolé. Son chef, M. Tso, lui demande de conduire tous les habitants jusqu'à Hong Kong afin de fuir le régime en place, en traversant le périlleux détroit de Formose, surnommé « l'Allée sanglante ». Wilder accepte et prend la tête du convoi à bord d'un vieux ferry remis en état par les villageois. Parmi les passagers se trouve Cathy Grainger, fille d'un médecin américain. Très vite, le bateau est pris en chasse par la marine chinoise. 

Avec L'Allée sanglante (Blood Alley), je continue mon exploration passionnée de la filmographie de William A. Wellman, et décidément, pas un film sans que je lui découvre un nouveau talent. Cette fois, il nous embarque loin des plaines américaines, direction la Chine communiste des années 50, dans un récit d’aventure teinté de tension politique et d’exotisme assumé. 

L’histoire est simple et efficace : un capitaine américain, Tom Wilder, interprété par John Wayne, accepte de conduire les habitants d’un village chinois vers la liberté, fuyant le régime en place. Oui, vous avez bien lu : John Wayne face aux cocos. On est en terrain connu, et le Duke ne déçoit pas. Grosse voix, carrure imposante, regard d’acier : il occupe l’écran comme toujours. Certains diront qu’il ne joue qu’un seul rôle toute sa vie ; moi je dirais qu’il incarne une figure. Et ici, cette figure fonctionne. 

Il se murmure d’ailleurs que Wayne, via sa société Batjac, aurait mis la main à la pâte au-delà de l’interprétation. Cela ne m’étonnerait pas : le film épouse parfaitement son image, son rythme, sa manière d’être au monde. Mais derrière cette présence massive, il y a la mise en scène solide de Wellman. Il cadre large, il laisse respirer les paysages, il installe une tension progressive dans cette fuite maritime qui devient presque un western sur l’eau. 

Et puis il y a Lauren Bacall. Comment ne pas tomber sous son charme ? Elle apporte une élégance, une retenue, une intelligence dans le regard qui contrebalance la rugosité de Wayne. Quand il fait la cour et le beau, elle répond par une présence magnétique, jamais écrasée. Deux acteurs qui donnent toujours le meilleur d’eux-mêmes pour le spectateur. Leur duo fonctionne parce qu’il repose sur un équilibre : force et finesse, autorité et ironie. 

Le scénario, lui, a ses bizarreries, surtout dans son exposition. Le début peut sembler abrupt, presque maladroit dans sa façon de lancer l’intrigue. On sent que tout doit aller vite pour nous embarquer. Mais une fois le voyage enclenché, cela passe. Le moteur dramatique – fuir ou mourir – est suffisamment clair pour maintenir la tension. On suit ce bateau comme on suivrait une diligence attaquée par les Indiens dans un western classique. 

Wellman, qui a exploré tant de genres, prouve encore qu’il sait s’adapter. Film d’aventure, drame politique, romance discrète : il mélange les tonalités sans perdre le cap. La mise en scène privilégie l’action lisible, les affrontements nets, et cette sensation d’espace qui donne au film son souffle. 

Ce n’est peut-être pas son œuvre la plus profonde, ni la plus subtile politiquement, mais c’est un bon petit film d’aventures bien troussé des années 50. Exotique, tendu, porté par deux immenses stars. Et moi, je prends toujours plaisir à voir Wayne bomber le torse et Bacall lever un sourcil. 

Au fond, ce film, c’est ça : une traversée. Pas seulement géographique, mais cinématographique. Et avec Wellman à la barre, même les eaux un peu troubles du scénario finissent par nous mener à bon port. 

NOTE : 12.20

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Et, parmi les acteurs non crédités :

12.00 - MON AVIS SUR LE FILM METEORS DE HUBERT CHARRUEL ET CLAUDE LEPAPE (2025)

 


Vu le Film Météors de Hubert Charruel et Claude LePape (2025) avec Paul Kircher Idir Azougli Salif Cissé Stéphane Rideau François Pérache Elsa Bouchain Alexandra Thomas 

Mika, Daniel et Tony sont trois amis qui font la fête, boivent et fument, discutent de tout et rien. Afin de quitter la région et la ville de Saint-Dizier où ils tournent en rond, Mika et Daniel rêvent de monter un chenil à La Réunion. Tony gère une entreprise de sous-traitance dans le BTP qui fait des chantiers pour l'organisme de gestion des déchets nucléaires. Mika travaille à mi-temps dans un Burger King ; Daniel ne travaillle pas. Tout bascule lors d'un coup raté, au sortir d'une soirée très arrosée, qui fait perdre à Mika son permis de conduire et sa voiture, et envoie Mika et Daniel en garde à vue puis devant une juge en comparution immédiate  

Avec MétéorsHubert Charuel change clairement de braquet après Petit Paysan, toujours en binôme avec son scénariste Claude Le Pape. On quitte le monde rural sous tension sanitaire pour plonger dans une chronique urbaine de jeunes adultes un peu paumés, un peu à côté de la plaque, et beaucoup dans l’ennui. 

L’histoire suit trois amis : Mika, Daniel et Tony. Trois jeunes hommes pas les plus éclairés de la cité, qui ne font pas grand-chose de leurs journées mais rêvent d’ailleurs — direction La Réunion, excusez du peu. En attendant le grand départ fantasmé, ils passent leurs journées et leurs soirées à boire et à fumer des herbes pas sèches. Mika et Tony travaillent un peu, histoire de. Daniel, lui, est le glandeur absolu. Un titre qu’il porte avec une certaine constance. 

Tout bascule le jour où, dans une inconscience presque banale, ils provoquent un accident de la route. Tribunal, rappel à l’ordre, obligation de se reprendre : la réalité frappe enfin à la porte. Sur le papier, le point de départ est fort. Il y a matière à explorer la responsabilité, l’amitié, le passage à l’âge adulte. 

Mais là où Petit Paysan impressionnait par la force de ses images et par son intensité dramatique — portée notamment par un immense Swann Arlaud — ici, j’ai parfois l’impression qu’on reste un peu le cul entre deux chaises. Entre chronique sociale et comédie de potes, entre gravité et désinvolture, le film hésite. 

Côté casting, on retrouve Paul Kircher dans le rôle de Mika. Malheureusement, le personnage est peu à peu relégué au second plan. On sent un potentiel, une intériorité, mais le scénario l’oublie en route. Il devient presque effacé, ce qui est dommage tant l’acteur a déjà prouvé sa présence ailleurs. 

Tony, interprété par Salif Cissé, souffre un peu du même problème : esquissé plus qu’approfondi. On devine des fêlures, mais elles restent à l’état d’ébauche. 

Heureusement, il y a Daniel. Interprété par Idir Azougli, c’est la vraie découverte du film. Oui, glandeur absolu. Mais aussi épileptique, fragile, inquiet de devenir un boulet pour ses potes. Ce détail change tout. Il apporte une profondeur inattendue au personnage. Azougli l’habite avec une tendresse désarmante. Il y a dans son regard quelque chose de doux et d’inquiet à la fois. On comprend sa nomination aux César, et je suis sûr qu’on va le revoir. 

La mise en scène de Charuel reste sobre, proche des corps, attentive aux silences. Il filme bien les moments creux, les parkings, les appartements sans âme, les discussions nocturnes. On sent qu’il aime ses personnages, qu’il ne les juge jamais. Mais le scénario, lui, manque parfois de colonne vertébrale. Il accumule les situations sans toujours les faire converger vers un vrai bouleversement. 

Météors, c’est un film sympathique de potes, certes. Il y a des moments justes, des éclats de vérité, une vraie humanité. Mais l’ensemble reste un peu faiblard narrativement. On aurait aimé que le choc de l’accident restructure davantage le récit, qu’il fasse exploser les dynamiques. 

Je sors partagé. Pas désagréable, pas honteux, mais pas totalement abouti. Un film qui a de belles intentions, une vraie sensibilité, et un acteur qui crève l’écran. Mais qui, comme ses personnages, semble parfois ne pas savoir exactement où il veut aller. 

NOTE : 12.00

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