Vu le Film Knox de Michael Keaton (2023) avec Michael Keaton Michael Madsen Al Pacino Suzy Nakamura Joanna Kulig Ray McKinnon Lela Loren Marcia Gay Harden
John Knox est un tueur à gages expérimenté travaillant pour le compte d'un certain Jericho. Cependant, il voit ses capacités peu à peu diminuer. Il passe alors des examens médicaux. Le docteur lui diagnostique une forme de démence à évolution rapide : la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Le docteur Burns le prévient qu'il ne lui reste que quelques semaines et lui conseille de se rapprocher de sa famille.
On n’est jamais si bien servi que par soi-même. Et Keaton l’a bien compris. Quinze ans après The Merry Gentleman, il repasse derrière la caméra… mais surtout devant. Et pas pour faire de la figuration. Non. Il s’offre un rôle à contre-emploi : un tueur à gages. Lui, l’ancien sauveur de Gotham dans Batman, qui troque la cape pour une conscience qui s’effrite. Forcément, il y a un petit goût de revanche là-dedans, ou au moins une frustration assumée de ne pas avoir assez joué dans ce registre.
John « Aristotle » Knox, c’est un professionnel. Méthodique, froid, précis. Mais voilà, le corps lâche. Le cerveau surtout. Diagnostic brutal : la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Et pour un homme dont le métier repose sur la mémoire, les détails, la rigueur… c’est comme demander à un pianiste d’oublier ses notes.
Alors Knox s’organise. Il met de l’ordre dans sa vie, comme on nettoie une scène de crime. Il s’appuie sur Xavier Crane, escroc élégant joué par Al Pacino. Mentor, ami, peut-être un peu les deux. Et puis cette idée qui surgit : un dernier contrat. Mais pas un contrat comme les autres. Un contrat personnel. Trop personnel. Celui qui ne laisse pas de place au retour en arrière.
Le film avance alors comme une mécanique connue. Très connue. Un thriller classique, presque scolaire par moments. On pense à des figures comme Mr. Wolf dans Pulp Fiction, ce genre de personnages qui règlent les problèmes avec efficacité et détachement. Sauf qu’ici, la machine grippe. La mémoire flanche. Et c’est là que le film trouve son petit supplément d’âme.
La mise en scène de Keaton est sobre. Trop peut-être. Il ne cherche jamais à en faire trop, mais du coup, il ne marque pas vraiment non plus. C’est propre, appliqué, mais sans éclat. On sent un réalisateur qui contrôle, mais qui n’ose pas déborder. Pas de vraie prise de risque visuelle, pas de tension qui explose. Ça reste contenu, presque trop sage pour un sujet aussi brutal.
Keaton suit une ligne droite, avec ses étapes attendues. La maladie comme compte à rebours, le dernier acte comme rédemption, et cette sensation permanente d’avoir déjà vu ça ailleurs. Mais il tient grâce à son idée centrale : la perte de mémoire comme ennemi intérieur. Et ça, ça fonctionne.
Mais soyons honnêtes : le cœur du film, ce sont les acteurs. Keaton est fatigué, usé, presque déjà ailleurs. Et c’est exactement ce qu’il faut. Il joue sur la retenue, sur les silences, sur les trous. Il ne surjoue jamais la maladie, il la laisse s’installer doucement, comme une ombre.
Face à lui, Pacino… c’est Pacino. Moins flamboyant qu’avant, plus posé, presque crépusculaire. On sent la légende, mais aussi le poids des années. Et quelque part, ça colle parfaitement au film. Deux icônes, un peu loin de leur gloire d’antan, qui se retrouvent dans une histoire de fin de parcours. Presque un miroir.
Et puis il y a ce final. Celui qui relève le tout. Celui qui donne du sens à ce voyage un peu trop balisé. Sans lui, le film serait resté un thriller efficace mais anecdotique. Avec lui, il gagne une dimension plus humaine, plus amère.
Knox Goes Away est un thriller efficace, oui. Mais qui manque de jus. De folie. De cette étincelle qui fait passer d’un bon film à quelque chose de mémorable.
Reste un Keaton solide, un Pacino fidèle, et cette idée simple :
quand la mémoire s’efface, il ne reste plus que les choix. Et parfois, un dernier.
NOTE : 9.90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Michael Keaton
- Scénario : Gregory Poirier
- Musique : Alex Heffes
- Directeur artistique : Glen Hall
- Décors : William Arnold
- Costumes : Debra Hanson
- Photographie : Marshall Adams
- Montage : Jessica Hernández
- Production : Nick Gordon, Trevor Matthews, Michael Sugar et Ashley Zalta
- Sociétés de production : Brookstreet Pictures et Sugar 23
- Sociétés de distribution : Elevation Pictures (Canada), Saban Films (États-Unis)
- Michael Keaton (VF : Bernard Lanneau ; VQ : Daniel Picard) : John « Aristotle » Knox
- James Marsden (VFB : Pierre Lognay ; VQ : Martin Watier) : Miles Knox
- Al Pacino (VF : Patrick Raynal ; VQ : Marc Bellier) : Xavier Crane
- Suzy Nakamura (VFB : Fabienne Loriaux ; VQ : Cynthia Wu-Maheux) : l'inspectrice Emily Ikari
- Joanna Kulig (VFB : Célia Torrens ; VQ : Marie-Laurence Boulet) : Annie
- Ray McKinnon (VFB : Steve Driesen ; VQ : Frédéric Desager) : Thomas Muncie
- John Hoogenakker (VFB : Alexandre Crépet ; VQ : Louis-Olivier Mauffette) : le lieutenant Rale
- Lela Loren : Cheryl Knox
- Marcia Gay Harden (VFB : Catherine Conet ; VQ : Élise Bertrand) : Ruby Knox, l'ex-femme de John.
- Dennis Dugan : Philo Jones
- Jay Paulson (VFB : Karim Barras ; VQ : Paul Ahmarani) : l'inspecteur Gelfuso
- Paul Perri (en) (VFB : Michel Hinderyckx) : Dr Burns
- Chad Donella : Jordan Moore
