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dimanche 15 mars 2026

13.10 - MON AVIS SUR LE FILM LES AIGLES DE LA REPUBLIQUE DE TARIK SALEH (2025)


 Vu le Film Les Aigles de la République de Tarik Saleh (2025) avec Farès Farès Lyna Khoudri Zineb Triki Amr Waked Cherin Dabis Ahmed Kairy Nael Donia Massoud 

L'acteur le plus apprécié en Égypte, George Fahmy, qui tourne surtout dans des films sentimentaux, subit des pressions pour jouer le rôle du président Al-Sissi dans un film de propagande. Il accepte à contrecœur 

Avec Les Aigles de la RépubliqueTarek Saleh, réalisateur suédois d’origine égyptienne, poursuit le travail qu’il mène depuis plusieurs années : un cinéma de polar politique tendu, sombre et souvent lucide sur son pays d’origine. Après ses précédents films où l’Égypte apparaissait déjà comme un théâtre d’ombres et de manipulations, Saleh confirme qu’il aime explorer les coulisses du pouvoir, là où la politique ressemble parfois à un thriller. 

Et pour cela, il a un atout majeur : Fares Fares, son acteur fétiche, véritable caméléon du cinéma contemporain. Ici, il incarne un acteur populaire spécialisé dans les films sentimentaux, ces mélodrames très prisés du cinéma égyptien. Un comédien habitué aux histoires d’amour et aux regards langoureux… mais certainement pas aux intrigues politiques. 

Le point de départ est pourtant digne d’un grand scénario de thriller. Le pouvoir lui propose soudain le rôle de sa vie : incarner à l’écran Abdel Fattah al-Sissi, le président du pays. Une proposition impossible à refuser… et pourtant impossible à accepter sans conséquences. 

Car derrière l’honneur apparent se cache une mécanique bien huilée : celle de la propagande. Le cinéma devient un outil politique, et l’acteur un simple instrument au service du pouvoir. À partir de là, le film prend des allures de pacte faustien. Comme Faust, il signe peut-être là son arrêt de mort artistique — et peut-être même plus. 

Doit-il jouer le jeu ? Devenir le visage d’une glorification officielle du président ? Ou refuser, au risque de se retrouver broyé par la machine politique ? 

Tarek Saleh construit cette histoire comme un engrenage. Chaque décision entraîne la suivante, chaque rencontre dévoile un nouveau niveau de manipulation. Le scénario est presque diabolique dans sa manière d’enfermer le personnage dans une spirale où la liberté semble disparaître peu à peu. 

La mise en scène, elle, reste solide et efficace. Saleh filme ce monde avec une froideur clinique : couloirs du pouvoir, studios de cinéma, discussions feutrées où chaque phrase peut être une menace déguisée. Tout respire la tension. 

Mais le cœur du film reste l’interprétation de Fares Fares. Il réussit à rendre son personnage à la fois arrogant, fragile et profondément humain. On voit cet acteur populaire comprendre progressivement qu’il est devenu un pion sur l’échiquier du pouvoir. 

Et c’est là que le film trouve sa dimension satirique. Les Aigles de la République devient une critique acerbe des laquais du pouvoir, de ceux qui transforment l’art en instrument de propagande. Le cinéma, au lieu de raconter des histoires, devient un outil de glorification politique. 

Autour de Fares Fares, les seconds rôles participent à cette atmosphère trouble : producteurs complaisants, responsables politiques ambiguës, intermédiaires inquiétants. Personne n’est vraiment innocent dans ce système. 

Le scénario progresse alors comme un thriller politique classique, mais toujours avec cette ironie froide propre à Saleh. Les dialogues sont souvent acérés, et l’humour n’est jamais loin, un humour noir bien sûr. 

Puis arrive cette scène vers la fin — étonnante, imprévue, presque déstabilisante. Une scène qui surprend le spectateur et qui ose une rupture de ton inattendue. Peut-être trop pour certains, mais elle a le mérite de marquer les esprits. 

Au final, le film fonctionne comme un thriller efficace, porté par une mise en scène maîtrisée et un scénario redoutablement construit. 

Et surtout par un acteur exceptionnel. 

Car Fares Fares, une fois de plus, prouve qu’il peut tout jouer : le héros, l’homme ordinaire, ou ici un comédien pris au piège de la politique. 

Un polar politique tendu, intelligent et parfois cruel. 

Bref, du grand cinéma. 

NOTE : 13.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

  • Fares Fares : George El-Nabawi (George Fahmy)
  • Lyna Khoudri : Donya
  • Zineb Triki : Suzanne
  • Amr Waked : Docteur Mansour
  • Cherien Dabis : Rula
  • Ahmed Kairy : Fawzy
  • Nael : El Ghul
  • Sherwan Haji : Yasser Islam
  • Suhaib Nashwan : Ramy
  • Donia Massoud : la femme de George
  • Kemal Mustafa : El Sisi
  • Hesham Abdel Hamid : Général Hegazy
  • Linda Mutawi : la femme du ministre de l'intérieur
  • Hassan El Sayed : l'évêque copte
  • Tamim Heikal : Abu Talaat

8.30 - MON AVIS SUR LE FILM JERRY SOUFFRE DOULEUR DE JERRY LEWIS (1964)


 Vu le Film Jerry Souffre Douleur de Jerry Lawis (1964) avec Jerry Lewis Ina Balin Peter Lorre Scatman Crothers Keenan Wynn Evererr Sloane Phil Harris Richard Deacon 

Un comédien célèbre périt dans un accident d'avion. Les membres de son équipe de direction, craignant d'être sans emploi, décident de trouver quelqu'un pour prendre sa place. Stanley Belt est un groom à leur hôtel et ils décident qu'il deviendra leur prochaine star. Stanley n'a pas de talent évident, mais ses nouveaux directeurs utilisent leur pouvoir pour lui ouvrir des portes, y compris une apparition sur The Ed Sullivan Show, mais il apparaît que Stanley ne développera jamais de talent. 

Avec Jerry souffre‑douleurJerry Lewis s’amuse avec un milieu qu’il connaît bien : celui du spectacle et surtout de la télévision, univers impitoyable où la gloire peut tomber… ou être fabriquée de toutes pièces. Ici, Stanley Belt, brave garçon un peu lunaire et souffre-douleur professionnel, apprend brutalement à ses dépens que dans ce monde-là, la camaraderie est souvent une illusion et que ses « amis » peuvent surtout être… ses pires producteurs. 

L’histoire est simple mais efficace. Lorsqu’une grande vedette de télévision disparaît accidentellement, toute l’équipe de la chaîne cherche un remplaçant docile, malléable, bref quelqu’un que l’on pourra modeler à volonté. Leur choix se porte sur Stanley, interprété par Lewis lui-même, qui devient du jour au lendemain le projet médiatique le plus improbable de la télévision. Le problème, évidemment, c’est qu’on ne transforme pas si facilement un homme maladroit en star nationale. 

C’est là que le film trouve son ressort comique : Stanley va subir un entraînement absurde pour devenir vedette. Cours de danse, leçons de chant, conseils de charme… tout passe par le filtre du burlesque de Jerry Lewis. Et comme souvent chez lui, la maladresse devient un art à part entière. Occasion rêvée pour Lewis de faire l’imbécile, mais avec une précision comique toujours redoutable. 

Il faut dire que Lewis ne se contente pas d’être l’acteur principal : il met aussi en scène le film, et cela se ressent dans le rythme. Sa mise en scène privilégie les gags visuels, les ruptures de ton et les situations volontairement absurdes. Certaines séquences semblent presque improvisées, comme si Lewis profitait du film pour tester des idées comiques ou simplement pour jouer avec son personnage. 

Le scénario reste volontairement léger. On sent bien que l’objectif n’est pas de construire une satire féroce de la télévision, mais plutôt un terrain de jeu pour son comique. Pourtant, derrière la farce, se glisse une petite ironie sur ce monde où l’on fabrique des stars comme on fabrique un produit. 

Autour de lui, le casting est savoureux et parfois inattendu. On retrouve notamment Peter Lorre, figure mythique du cinéma fantastique et noir, ici dans l’un de ses derniers rôles. Sa présence donne au film une petite saveur mélancolique, presque étrange. À ses côtés, Keenan Wynn et John Carradine, eux aussi habitués à des rôles plus sombres, participent avec un plaisir visible à cette comédie déjantée. 

Le film s’amuse aussi à multiplier les apparitions et les clins d’œil. On peut ainsi reconnaître Scatman Crothers, le toujours élégant George Raft, ou encore les célèbres The Four Step Brothers, grandes stars des claquettes, qui apportent une touche de spectacle et de music-hall à l’ensemble. 

Car oui, Jerry Lewis ne se prive de rien : il chante, danse, se déguise et multiplie les numéros. Tout cela participe à l’esprit du film, qui ressemble parfois davantage à une revue comique qu’à une véritable intrigue narrative. 

Soyons honnêtes : ce n’est pas le meilleur film de Jerry Lewis. Le scénario reste mince et certaines situations s’étirent un peu. Mais ce n’est pas vraiment le but recherché. L’essentiel est ailleurs : voir Lewis jouer avec son personnage, tester des gags, et transformer chaque scène en terrain de jeu burlesque. 

Et puis il y a ce plaisir un peu contagieux : lui s’amuse, et nous aussi. Ce qui est, après tout, le principal. 

Jerry souffre-douleur n’est peut-être pas un grand film, mais c’est un divertissement sympathique, porté par un Jerry Lewis fidèle à lui-même : clown génial, incontrôlable et toujours prêt à transformer la moindre situation en numéro comique. 

Pour se divertir… pas plus, mais pas moins non plus. 

NOTE : 8.30

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

Et dans leurs propres rôles :

Dans la séquence au Copa Café, le groupe de dance afro-américain The Four Step Brothers (en), l'un des groupes de danse acrobatique et de claquettes les plus fameux, exécute un numéro en première partie. Les Four Step Brothers ont effectué plusieurs apparitions avec Jerry Lewis et Dean Martin, en particulier dans la Colgate Comedy Hour au début des années cinquante.