Vu le film Les Enfants de la Résistance de Christophe Barratier (2026) avec Artus Gérard Jugnot Pierre Deladonchamps Nina Filbrandt Spalony Octave Gerbi Leslie Medina Julien Pestel Vanessa Guide
En 1940, durant la Seconde Guerre mondiale, trois enfants — François, Eusèbe et Lisa — vivent dans un petit village français fictif nommé Pontain l’Écluse situé près de la ligne de démarcation. Ils commencent par vandaliser les affiches de propagande nazie. Peu après, ils vont s'inspirer de leurs ainés résistants et se lancer courageusement dans une aventure secrète : résister aux forces du Troisième Reich, dans une France occupée. Via leur réseau « le lynx », le trio va commettre de nombreux sabotages et missions clandestines.
Barratier, Jugnot, des enfants… on attend toujours que ces derniers chantent. C’est un peu le problème avec le cinéma de Christophe Barratier : film après film, il rejoue la même partition. Les mêmes violons, les mêmes regards humides, les mêmes recettes destinées à faire monter les larmes. Une mécanique bien huilée qui a donné un chef-d’œuvre avec Les Choristes, mais qui ici tourne un peu à vide. Car n’est pas Les Choristes qui veut.
Adapté de la bande dessinée de Vincent Dugomier et Benoît Ers, Les Enfants de la Résistance nous transporte dans le petit village fictif de Pontain-l’Éclus durant l’Occupation. Les hommes, souvent jeunes, sont arrêtés par la Gestapo ou envoyés vers un destin incertain. Face à cette absence, les enfants décident de prendre les choses en main. Sabotages, messages clandestins, coups de main aux résistants : ils deviennent les héros d’une aventure où ils tentent de sauver leurs aînés et de tenir tête à l’occupant.
Sur le papier, l’idée est séduisante. Après tout, raconter la Résistance à hauteur d’enfant permet d’aborder une période sombre avec un regard différent. Mais à l’écran, la mayonnaise ne prend jamais vraiment. Le principal défaut du film est son rythme. Barratier étire certaines scènes, accélère d’autres, et l’ensemble manque de souffle. On regarde défiler les événements sans jamais ressentir l’urgence ou le danger qui devraient pourtant habiter cette histoire.
Le scénario suit consciencieusement les étapes attendues, mais sans surprise. Tout paraît balisé à l’avance. Les gentils sont très gentils, les méchants très méchants. Cette vision caricaturale finit par enlever toute complexité à une période qui en regorgeait pourtant. Le film préfère souvent la démonstration à l’émotion.
Côté casting, c’est malheureusement l’une des grandes déceptions. Trouver des enfants capables de porter un film est un exercice difficile. Certains réalisateurs dénichent des pépites ; ici, la pioche semble être restée vide. Les jeunes interprètes peinent à donner chair à leurs personnages et l’on ressent rarement cette spontanéité qui fait les grandes réussites du genre.
Chez les adultes, le constat n’est guère plus enthousiasmant. Certains surjouent, d’autres semblent ne pas jouer du tout. Je ne citerai personne, mais il y en a un qui a un petit truc en plus… malheureusement pas celui de la comédie. Le résultat donne parfois l’impression d’assister à une succession de numéros qui ne trouvent jamais le ton juste.
Visuellement, Barratier reste fidèle à lui-même. L’image est soignée, les décors reconstitués avec application, la musique souligne consciencieusement chaque émotion. Mais cette élégance formelle ne suffit pas à masquer le manque d’âme qui se dégage de l’ensemble. On sent davantage la volonté de cocher toutes les cases du film patrimonial familial que celle de raconter une histoire réellement incarnée.
Le plus frustrant est que le sujet avait du potentiel. La Résistance vue par des enfants pouvait offrir un récit à la fois aventureux et émouvant. Au lieu de cela, le film reste prisonnier de ses intentions pédagogiques et de ses facilités narratives.
Peut-être que le public y trouvera son compte. Barratier possède un savoir-faire qui parle à beaucoup de spectateurs. Mais cette fois, je n’ai pas marché. Loin de la grâce des Choristes, Les Enfants de la Résistance m’a laissé l’impression d’un film convenu, manichéen et sans véritable relief. Une œuvre qui veut émouvoir à tout prix mais qui, à force d’appliquer sa recette, finit surtout par réciter sa leçon. Et quand la leçon remplace l’émotion, même les plus beaux violons ne suffisent plus à faire chanter le film.
"Barratier continue de suivre son chemin, celui qu'il emprunte depuis des années, avec ses enfants courageux, ses bons sentiments et ses violons toujours prêts à entrer en scène. Le problème, c'est qu'à force de parcourir la même route, il finit par tourner en rond. Et cette fois, malgré toute la bonne volonté du monde, je ne l'ai pas suivi jusqu'au bout du chemin. Alors en cadeau, je lui laisse la chanson : « Va sur ce chemin ». Moi, je vais en prendre un autre."
NOTE : 9.80
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Christophe Barratier
- Scénario : Christophe Barratier et Stéphane Keller, d'après la bande dessinée Les Enfants de la résistance de Vincent Dugomier et Benoît Ers
- Musique : Philippe Rombi
- Décors : Jérémy Streliski
- Costumes : Marie Frémont
- Photographie : Jérôme Alméras
- Montage : Yves Deschamps
- Production : Christophe Cervoni et Marc Fiszman
- Sociétés de production : Axel Films ; coproduit par Studiocanal, TF1 Films Production, BNP Paribas Fortis Film Finance ; avec la participation de Canal+, Ciné+ OCS, TF1, TMC
- Société de distribution : StudioCanal (France)
DISTRIBUTION
- Lucas Hector : François
- Nina Filbrandt-Spalony : Lisa
- Octave Gerbi : Eusèbe
- Artus : Marcel
- Gérard Jugnot : le père Proslier
- Pierre Deladonchamps : le maire
- Franz-Rudolf Lang : le notaire
- Leslie Medina : Marceline
- Julien Pestel : Marnier
- Julien Arruti : Germain
- Vanessa Guide : Julienne
- Rayane Huber : Martin
- Julie Fournier : Henriette
- François Göske : Sentinelle
- Julien Vivante : Poupon
- Oscar Boissière : Luc
- Rémi Alexandre : le cheminot
- Paul Ducloux : Jean[4


