Vu le film Chronique d'un Indic de Laurent Herbiet (2025) avec Simon Abkarian Quentin Dolmaire Maureen Gilleron Eric Caravaca Robinson Stevenin Soufiane Guerrab David Ayala Dinara Drukarova Xavier Maly Catherine Schaub-Abkarian
Qu’un film français, et de surcroît un thriller, ne trouve pas son public avant même sa sortie en salles n’était déjà pas un signe très encourageant, car si le polar peut parfois réserver de bonnes surprises, encore faut-il lui donner les moyens de retenir l’attention du spectateur. Avec Chronique d’un indic, Laurent Herbiet nous propose un film qui a connu une drôle de carrière avant même d’arriver devant les spectateurs, puisqu’il est resté dans les cartons de son producteur, faute d’exploitant intéressé par sa distribution en salles, avant que Canal+ ne lui offre une possibilité de sortir de l’oubli.
On pourrait se réjouir de voir un film ainsi repêché, car après tout, une œuvre mérite toujours d'être jugée sur ce qu'elle raconte plutôt que sur les circonstances de sa naissance. Mais encore faut-il que le résultat soit à la hauteur de cette seconde chance, et c'est là que les choses se gâtent sérieusement, car pour ma part, je me demande si ce film n'aurait pas été mieux à sa place sur l'étagère où il avait été soigneusement rangé.
Nous suivons Lakhdar, interprété par Simon Abkarian, un homme qui semble avoir fait des allers-retours entre la prison et la liberté une véritable occupation à plein temps. Ses délits relèvent plutôt de petits larcins que du grand banditisme, mais il possède cette faculté de se mettre dans des situations impossibles, comme si les ennuis lui collaient à la peau et qu'il était incapable de mener une existence normale pendant plus de quelques jours.
Avec un copain joué par Quentin Dolmaire, méconnaissable dans ce rôle, Lakhdar va jusqu'à s'inventer une vie de flic et se mêle d'affaires dans lesquelles il ferait pourtant mieux de ne pas mettre les pieds. L'idée aurait pu donner lieu à un polar grinçant, à une comédie noire ou à un portrait de marginal suffisamment ambigu pour nous tenir en haleine, mais encore aurait-il fallu que le scénario trouve un véritable angle d'attaque au lieu de recycler des situations que le cinéma nous a déjà servies à toutes les sauces.
Le problème, c'est que Lakhdar n'est pas franchement le genre de personnage auquel on a spontanément envie de s'attacher. Il voudrait voir sa fille davantage, retrouver une place dans son existence et peut-être donner un sens à sa vie, mais sa vulgarité, son laisser-aller et ses bêtises à répétition ne facilitent guère les retrouvailles. On comprend qu'un homme puisse être abîmé par son parcours, qu'il traîne derrière lui des années d'échecs et de mauvaises décisions, mais encore faut-il que le film nous fasse ressentir quelque chose au-delà de l'agacement.
Or, à force de regarder ce personnage s'enfoncer dans ses propres contradictions, on finit par se demander où le réalisateur veut nous emmener. La rédemption d'un homme cabossé par la vie est un sujet qui peut donner de grands films, mais ici, le scénario paraît tourner en rond sans parvenir à faire émerger une véritable émotion. Lakhdar accumule les mauvais choix, les situations gênantes et les comportements discutables, sans que la mise en scène réussisse à transformer cette succession de déconvenues en portrait humain convaincant.
Certaines situations finissent même par mettre mal à l'aise, notamment la relation entre Lakhdar et un travesti en prison, dont le traitement m'a paru particulièrement embarrassant, surtout lorsque l'on considère la place de l'enfant dans cette histoire. Il ne s'agit pas de demander au cinéma de détourner les yeux devant les réalités les plus dérangeantes, mais encore faudrait-il que ces scènes aient une véritable nécessité dramatique, plutôt que de donner l'impression d'être là pour provoquer sans apporter grand-chose au récit.
L'Histoire semble ainsi accumuler les thèmes comme on remplit un panier de courses, sans se demander si tous ces ingrédients peuvent réellement faire un bon repas. La prison, les petits trafics, les mensonges, la famille, la paternité contrariée et les relations compliquées auraient pu nourrir un film dense, à condition de leur donner une cohérence et des personnages capables de nous intéresser. Mais nous avons surtout droit à une histoire dont les ressorts paraissent usés avant même d'avoir été actionnés, avec cette impression désagréable d'avoir déjà vu le même film mille fois, et neuf cent quatre-vingt-dix-neuf fois de trop.
La mise en scène ne parvient malheureusement pas à sauver l'ensemble, car les personnages ne sont jamais véritablement mis en valeur et les situations manquent de cette tension qui devrait faire le sel d'un thriller. On attend un déclic, une scène, un dialogue ou un retournement capable de réveiller notre intérêt, mais le film poursuit son chemin sans parvenir à provoquer autre chose qu'une lassitude grandissante.
Simon Abkarian, qui tient le rôle principal, ne me semble pas davantage trouver ici un personnage à la mesure de ses possibilités. Lui qui avait incarné le général de Gaulle dans De Gaulle d'Antonin Baudry paraît cette fois bien loin de cette stature, comme si Lakhdar n'était pour lui qu'un passage obligé entre le début du tournage et le clap de fin. Je ne prétends pas que l'acteur soit incapable d'incarner un personnage aussi peu recommandable, mais encore faudrait-il lui offrir une matière qui permette de dépasser la simple accumulation de gestes vulgaires et de mauvaises décisions.
Quentin Dolmaire, lui aussi, se retrouve embarqué dans cette histoire sans que le film parvienne à donner suffisamment de relief à leur association. Le duo aurait pu apporter une dimension inattendue à cette fausse aventure policière, mais il manque une véritable dynamique entre les personnages pour que l'on se laisse prendre au jeu.
On en revient donc à cette curieuse destinée d'un film que personne ne semblait vouloir distribuer en salles et qui a finalement été sauvé par Canal+. Il faut reconnaître que la chaîne lui a offert une chance supplémentaire d'être vu, ce qui est toujours préférable à une disparition définitive dans les archives d'un producteur. Mais la question reste entière : fallait-il vraiment sortir ce film des cartons pour en arriver là ?
Je n'ai pas trouvé grand-chose à sauver dans cette chronique qui ne parvient ni à faire vibrer son intrigue policière ni à donner une véritable épaisseur à son personnage principal. Le cinéma français est pourtant capable de nous offrir de formidables polars, des personnages détestables mais fascinants et des histoires qui nous poursuivent longtemps après le générique. Ici, je suis surtout resté à distance, sans émotion particulière et sans cette petite étincelle qui donne envie de défendre un film malgré ses défauts.
Canal+ a donc sauvé Chronique d'un indic de l'oubli, mais le sauvetage n'est pas toujours synonyme de miracle, et il arrive qu'un film reste sur l'étagère pour de bonnes raisons. Tout ça pour ça, serait-on tenté de dire, car après avoir attendu aussi longtemps pour rencontrer son public, Lakhdar aurait peut-être mieux fait de rester en cellule, tandis que le film aurait pu continuer à purger sa peine dans les cartons du producteur.
NOTE : 6.90
DISTRIBUTION
- Simon Abkarian : Lakhdar
- Quentin Dolmaire : Pamplemousse
- Maureen Gilleron : Jenny
- Soufiane Guerrab
- Éric Caravaca
- Robinson Stévenin
- David Ayala : L'aristo


