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lundi 20 juillet 2026

12.40 - MON AVIS SUR LE FILM NINO DANS LA NUIT DE LAURENT MICHELLI (2025)


 Vu le Film Nino dans la Nuit de Laurent Micheli (2025) avec Oscar Louis Högström Théo Augier Mara Taquin Bilal Hassani Félix Maritaud Geert Van Rampbelberg Ariel Worthalter


Ce n'est pas le Nino de Pauline Loquès, même si, finalement, ce Nino-là aurait très bien pu croiser celui de notre film au détour d'une nuit parisienne. Les deux auraient sûrement eu des choses à se raconter. Les démons de la nuit, ça rapproche.

Notre Nino, interprété par Oscar Hogstrom, est un jeune homme qui se cherche. Il avance sans véritable direction, va de connerie en connerie, accumule les mauvais choix et finit par croire que la fuite est la seule solution. Pour échapper au pire, il s'engage dans la Légion étrangère. Mais fuir est-ce vraiment la réponse ? Peut-on mettre des milliers de kilomètres entre soi et ses blessures ? Laurent Micheli répond avec beaucoup de délicatesse que non.

Nino revient rapidement à Paris, là où tout a commencé, là où il a laissé derrière lui son amour de jeunesse, Lale (la très juste Mara Taquin), mais aussi ses deux amis, Malik (Bilal Hassani) et Charlie (Théo Augier). Ce trio va lui ouvrir les portes d'un univers qu'il ne connaissait pas vraiment : celui de la nuit parisienne.

Une nuit qui n'a rien d'agressif ou de caricatural. Une nuit peuplée de créatures étranges, parfois extravagantes, souvent cabossées, mais profondément attachantes. Une nuit colorée, vibrante, libre, où chacun tente simplement d'exister sans être jugé. Petit à petit, Nino s'y immerge, s'y perd parfois, mais surtout s'y découvre.

Laurent Micheli filme cet univers avec une tendresse remarquable. Sa mise en scène, très pop, extrêmement maîtrisée, transforme Paris en un immense terrain de jeu nocturne où les néons remplacent le soleil. La photographie est superbe, les couleurs explosent sans jamais devenir artificielles, et chaque plan semble chercher à capter cette sensation étrange que la nuit peut offrir : celle d'être enfin soi-même.

Le récit est prenant, intelligent, jamais démonstratif. Il parle de solitude, d'identité, d'amitié, de reconstruction, mais sans grands discours. Tout passe par les regards, les silences, les rencontres et cette impression que la nuit autorise parfois ce que le jour interdit.

J'ai particulièrement aimé cette évocation d'un monde que l'on connaît finalement assez mal. Laurent Micheli ne cherche pas à le rendre spectaculaire. Il le montre simplement tel qu'il est, avec ses excès, ses failles, sa générosité et ses contradictions. Une plongée très rythmée dans un univers souvent fantasmé mais rarement observé avec autant d'humanité.

Le film dit aussi beaucoup sur la difficulté de trouver sa place dans un Paris devenu de plus en plus inaccessible lorsque l'on vient d'un milieu modeste. Certains cherchent un travail, d'autres cherchent un toit, Nino cherche simplement un endroit où il pourra enfin respirer.

Oscar Hogstrom possède une présence lumineuse. Il dégage quelque chose de fragile et d'attirant qui rend immédiatement son personnage attachant. On croit à chacune de ses hésitations, à chacune de ses erreurs, à chacune de ses tentatives de repartir de zéro.

À ses côtés, Théo Augier apporte une belle sensibilité tandis que Bilal Hassani confirme qu'il possède une véritable présence de cinéma. Son Malik est touchant, généreux, jamais réduit à une caricature. Et même dans un petit rôle, Félix Maritaud imprime immédiatement l'écran, comme il sait si souvent le faire.

Tout n'est pas parfait. Certaines situations auraient gagné à être davantage développées et quelques passages semblent parfois aller un peu vite. Mais ces petites faiblesses s'effacent devant la sincérité de l'ensemble.

Ce que je retiens surtout, c'est cette sensation d'avoir partagé une nuit avec des personnages que l'on n'a plus envie de quitter lorsque le soleil se lève.

Nino dans la nuit est un film charmant, sensible et profondément humain. Il nous entraîne dans un tourbillon nocturne où l'on croise des êtres perdus, drôles, excentriques, tendres ou blessés, qui cherchent tous un peu de lumière au milieu de l'obscurité.

Et finalement, si les démons de minuit existent vraiment, Laurent Micheli leur donne ici un visage étonnamment bienveillant. Une belle manière de nous rappeler que la nuit n'est pas seulement le royaume des excès, mais aussi celui des secondes chances.

NOTE : 12.40

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samedi 18 juillet 2026

15.00 - MON AVIS SUR LE FILM LES RAYONS ET LES OMBRES DE XAVIER GIANNOLI (2026)


 Vu le Film Les Rayons et les Ombres de Xavier Giannoli (2026) avec Jean Dujardin August Diehl Nastya Golubeva Meherio Patoux André Marcon Olivier Chatroux Nastya Golubeva Elina Löwensohn Vincent Colombe Philippe Torreton François de Brauer


Il y a des films qui s'imposent comme des évidences et d'autres qui divisent profondément. Les Rayons et les Ombres appartient clairement à la seconde catégorie. D'ailleurs, je me demande si Xavier Giannoli ne l'a pas voulu ainsi. À une époque où tout semble devoir être tranché entre le blanc et le noir, il choisit délibérément de rester dans les zones grises. Sur le fond comme sur la forme, son film refuse de donner des réponses simples. Résultat, après trois heures quinze de projection, je reste partagé.

Pourtant, le sujet est passionnant. Giannoli s'intéresse à Jean Luchaire (Jean Dujardin), journaliste brillant devenu l'une des figures les plus controversées de la Collaboration. Pendant l'Occupation, il choisit de travailler avec les autorités allemandes, persuadé d'agir pour la France. À travers son parcours, le réalisateur raconte autant le destin d'un homme que celui d'un pays où chacun navigue entre convictions, opportunisme, idéologie et instinct de survie.

Le film suit également sa relation avec sa fille, interprétée par Nastya Golubeva, ainsi que ses rapports avec Otto Abetz, l'ambassadeur allemand incarné par August Diehl. Tout converge vers l'épuration et le procès final où Raymond Lindon, joué par un remarquable Philippe Torreton, viendra rappeler l'Histoire avec un grand H.

Sur la forme, c'est là que commencent mes réserves.

Trois heures quinze, c'est long. Très long. Et même si l'histoire est foisonnante, Giannoli s'attarde parfois sur des séquences qui me paraissent inutilement étirées. Les débauches dans les cabarets, les longues soirées mondaines, les scènes au sanatorium... tout cela finit par ralentir un récit qui n'avait pourtant pas besoin de freiner.

Et puis il y a ces interminables séances de toux et de crachats. À un moment, on a presque envie d'offrir à Luchaire et à sa fifille une boîte de Cachou ! On finit même par se demander si toutes les compromissions de Luchaire ne seraient pas expliquées par son état de santé ou celui de sa fille. Comme Giannoli ne le dit jamais clairement, j'en déduis qu'il refuse volontairement de prendre parti.

C'est d'ailleurs sa marque de fabrique. Comme dans À l'origine ou Illusions perdues, il préfère observer ses personnages plutôt que les juger. Une démarche respectable, mais qui peut aussi frustrer.

Car pendant une bonne partie du film, Jean Luchaire apparaît presque comme un héros. Oui, j'ose le dire : un héros... ou du moins un homme que la mise en scène accompagne avec beaucoup d'empathie. Ce n'est qu'au moment du procès que les choses retrouvent une véritable perspective historique.

La scène finale est d'ailleurs, à mes yeux, la plus forte du film. Philippe Torreton, dans le rôle du procureur Raymond Lindon, délivre une véritable leçon d'Histoire. Là, enfin, les responsabilités sont rappelées et les ambiguïtés cessent un instant.

Entre-temps, Giannoli préfère montrer les contradictions plutôt que les expliquer. La dualité entre sa fille et l'Allemagne, entre Pétain et ses propres convictions, entre opportunisme politique et adhésion idéologique, reste souvent suggérée sans être réellement développée.

Plus largement, le film montre une époque où beaucoup changent de camp selon les circonstances. Un camp un jour, un autre camp le lendemain, suivant les intérêts de chacun. C'est probablement ce que Giannoli cherche à raconter, mais cette volonté permanente de rester en retrait finit parfois par créer une certaine distance émotionnelle.

J'ai également eu du mal avec la musique de Guillaume Roussel. Elle est omniprésente et prend trop souvent le dessus sur les dialogues. À plusieurs reprises, j'aurais préféré entendre respirer les acteurs plutôt que les violons.

En revanche, impossible de reprocher quoi que ce soit à la mise en scène. Elle est superbe. Les décors, les costumes, la photographie, tout respire le grand cinéma. On sent un énorme travail de reconstitution.

Mais paradoxalement, j'ai aussi l'impression que le montage a compressé une matière beaucoup plus vaste. Plusieurs personnages apparaissent, disparaissent, certaines situations sont simplement esquissées. Tout cela donne le sentiment que le projet avait peut-être été pensé, au départ, comme une série.

Et c'est sans doute là que réside mon principal regret. Soit il fallait enlever une bonne demi-heure pour donner davantage de rythme, soit il fallait assumer une véritable série afin de développer tous ces aspects passionnants qui restent finalement survolés.

Concernant les interprètes, beaucoup encensent Jean Dujardin. Pas moi. Je le trouve parfois en retrait, comme s'il n'était pas totalement convaincu par son personnage. Son jeu manque de conviction et je ne retrouve pas toujours la complexité que le rôle exige.

À l'inverse, Nastya Golubeva est une magnifique découverte. La fille de Leos Carax possède une présence étonnante et apporte beaucoup de sensibilité à un personnage qui aurait pu n'être qu'un simple faire-valoir. Elle impressionne par sa justesse.

Mais le véritable métronome du film, pour moi, c'est August Diehl. Il est absolument formidable dans le rôle d'Otto Abetz. Son ambiguïté permanente est fascinante. Diplomate raffiné, manipulateur, homme capable de séduire autant que d'inquiéter, il compose un personnage d'une richesse remarquable. Lui aussi aura connu un destin singulier : jugé, libéré... avant de mourir sur une route mal éclairée. Sic.

Au final, Les Rayons et les Ombres est un film qui ne me convainc jamais totalement, mais que je suis incapable de balayer d'un revers de main. Il est parfois trop long, souvent frustrant, volontairement ambigu, et certains choix de narration me laissent perplexe.

Mais il possède une qualité devenue rare : l'ambition.

À une époque où beaucoup de films historiques préfèrent simplifier les choses, Xavier Giannoli ose raconter une période où les certitudes n'existaient plus, où chacun avançait dans ses propres contradictions. Tout n'est pas réussi, loin de là, mais tout est pensé.

« La scène finale est sans doute la plus forte du film. Philippe Torreton y incarne le procureur Raymond Lindon — le grand-père de Vincent Lindon — et livre une véritable leçon d'Histoire. Là, enfin, les responsabilités sont rappelées et les ambiguïtés cessent un instant.

Là où Giannoli est le plus intéressant, c'est qu'il montre finalement que les frontières idéologiques étaient parfois bien moins étanches qu'on ne le raconte aujourd'hui. Beaucoup naviguent entre plusieurs fidélités. Un camp un jour, un autre le lendemain, suivant les intérêts, la peur ou simplement le vent qui tourne. Certains acclament Vichy avant de devenir résistants lorsque les Alliés approchent, d'autres jurent fidélité à une idée avant d'en défendre une autre quelques mois plus tard. Giannoli ne juge jamais frontalement cette valse des convictions ; il la montre, laissant au spectateur le soin d'en tirer ses conclusions. C'est sans doute ce qui rend son film aussi inconfortable.

Giannoli ne fait pas seulement le portrait de Jean Luchaire, il montre une époque où beaucoup ont changé de veste au gré des événements, sans transformer son film en démonstration politique.

Et même si je reste partagé, je préfère toujours un film ambitieux qui prend le risque de diviser qu'un film consensuel qui ne raconte plus rien. C'est peut-être là, finalement, la plus grande réussite de Giannoli : obliger le spectateur à continuer de réfléchir longtemps après le générique de fin.

NOTE : 15.00

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