Vu le film Juste une Illusion de Olivier Nakache et Eric Toledano (2026) avec Camille Cottin Louis Garrel Pierre Lottin Simon Boubill Alexis Rosenstiehl Jeanne Lamartine Samuel Maimoun Demba Diaw Rony Kramer Giorgia Sinicorni
Neuvième collaboration entre Éric Toledano et Olivier Nakache, et au vu du succès de leurs précédents films et des réactions plutôt enthousiastes des spectateurs, j'en attendais beaucoup. Mais hélas, mon attente n'était finalement que Juste une Illusion.
Une illusion de retrouver l'esprit de leurs meilleurs films, cette manière de nous faire rire, parfois nous émouvoir, tout en racontant des histoires dans lesquelles on pouvait se reconnaître.
Cette fois, malgré son côté sympathique, le film ne me parle pas.
Il ne me transcende pas et surtout, il ne réveille pas chez moi cette nostalgie que les deux réalisateurs semblent vouloir faire remonter à la surface.
Pourtant, cette époque, je l'ai connue.
Nous sommes en 1985, j'ai 28 ans, et les tubes de la formidable bande originale sont alors complètement dans mon trip : Téléphone, 10cc et cette musique qui accompagne une époque que j'ai réellement vécue.
Alors pourquoi ça ne fonctionne pas ?
Parce que les personnages ne me parlent pas.
Le look des parents, je n'en ai pas connu de semblables autour de moi. Attention, cela ne veut évidemment pas dire que ces familles n'existaient pas, mais cette famille de banlieue, avec ses codes, ses habitudes et son quotidien, n'a jamais été le mien.
Et c'est justement là que je décroche.
Il est évident que, même si l'histoire est inventée, il y a derrière tout cela des souvenirs communs aux deux réalisateurs.
Et finalement, c'est peut-être cela qui coince le plus chez moi.
À force de faire des films qui parlent d'eux, de leur époque, de leurs souvenirs et de ce qu'ils ont vécu, j'ai parfois envie qu'ils sortent de leur album de famille.
J'aimerais qu'ils inventent.
Qu'ils nous emmènent ailleurs plutôt que de nous ressortir une nouvelle fois les cartes postales jaunies de leur jeunesse.
Le problème n'est donc pas 1985.
Le problème, c'est que je ne crois pas toujours à leur 1985.
Et je suis pourtant loin d'être convaincu par les performances de Camille Cottin et Louis Garrel.
Je les apprécie pourtant tous les deux, mais ici j'ai parfois l'impression qu'ils en font des tonnes pour exister dans le décor.
La scène de danse, notamment, est pour moi tout simplement insupportable.
On sent tellement l'effort pour retrouver l'esprit de l'époque que cela finit par produire exactement l'effet inverse.
Ils jouent les années 80 alors qu'on aurait aimé qu'ils les vivent.
On peut mettre une moustache à Louis Garrel, lui coller le costume, la coiffure et les accessoires de l'époque : ça ne fait pas automatiquement 1985.
Il manque quelque chose d'invisible, cette façon de bouger, de parler, de regarder les autres, bref, cet esprit de corps que ceux qui ont réellement vécu ces années reconnaissent immédiatement.
Et puis il y a Pierre Lottin.
Encore une fois, il m'agace avec ce personnage un peu beaucoup beauf qu'on semble vouloir lui faire jouer à répétition.
Et c'est dommage, parce que le garçon a largement démontré qu'il pouvait faire autre chose.
Quand on a vu son talent dans L'Étranger, on se dit qu'il serait peut-être temps de lui donner des rôles de composition et de lui foutre enfin la paix avec le beauf de service.
Heureusement, le film trouve sa fraîcheur du côté des deux frangins.
Simon Boublil (fils de ?) et Alexis Rosenstiehl apportent quelque chose que les adultes n'arrivent pas toujours à transmettre : de la spontanéité.
Ces deux adolescents, avec leurs petites révolutions personnelles, leurs découvertes et leurs emmerdes, amènent une fraîcheur bienvenue.
Il y a même parfois chez eux un petit parfum de La Boum, mais sans tomber dans la copie carbone.
Et curieusement, ce sont eux qui rendent le film le plus vivant.
Vu l'âge de Toledano et Nakache, on pense forcément à leur propre adolescence en regardant ces deux gamins.
Mais justement, on sent que ce n'est pas vraiment leur histoire.
Ce sont leurs souvenirs transformés en cinéma, et parfois les souvenirs ont cette fâcheuse tendance à embellir la réalité.
Comme ces vieilles cartes postales que l'on retrouve au fond d'un tiroir : elles sont jolies, elles rappellent quelque chose, mais elles ont parfois perdu leurs couleurs.
Autre chose qui me gêne franchement : comment deux réalisateurs aussi pointus ont-ils pu accumuler autant d'approximations sur la communauté qu'ils mettent en scène ?
C'est assez étonnant.
On a parfois l'impression que la documentation a été faite avec Wiki ou une IA de recherche... mais que quelqu'un a mal compris le mode d'emploi.
Et là, je reste perplexe.
Alors non, je ne vais pas massacrer le film pour le plaisir.
Il est sympathique, il possède quelques bons moments, les deux jeunes acteurs lui apportent une vraie fraîcheur et la bande-son rappelle forcément des souvenirs à ceux qui ont connu cette période.
Mais cela ne suffit pas à me faire changer d'avis.
Parce qu'au cinéma, la nostalgie des uns n'est pas forcément celle des autres.
Et quand on me demande de retrouver une époque que j'ai réellement connue, je deviens forcément plus exigeant.
Juste une Illusion est donc pour moi un film sympa... mais sans plus.
Une jolie machine à souvenirs qui fonctionne peut-être très bien chez ceux qui reconnaîtront leur famille, leur banlieue, leurs parents et leurs années 80.
Chez moi, la machine tousse un peu.
J'ai bien reconnu Téléphone, 10cc et 1985.
Mais je ne me suis pas reconnu dans le film.
Et finalement, c'est peut-être cela qui résume le mieux mon sentiment : j'attendais de retrouver mes souvenirs, je n'ai trouvé que les leurs.
Le Titre du film fait référence à la chanson Just une Illusion du groupe Imagination que le plus jeune des fils aime et que l'ainé lui donne des boutons
NOTE : 13.50
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation et scénario : Éric Toledano et Olivier Nakache
- Musique : GoGo Penguin
- Direction artistique : Anna Prat
- Décors : Jean Rabasse
- Costumes : Isabelle Pannetier
- Photographie : Augustin Barbaroux
- Montage : Dorian Rigal-Ansous
- Production : Nicolas Duval Adassovsky, Olivier Nakache, Éric Toledano, Hervé Ruet
- Sociétés de production : Quad Productions et Ten Cinéma, en coproduction avec TF1 Films Production et Gaumont[]
- Société de distribution : Gaumont (France)
- Budget : 15,48 millions d'euros[
DISTRIBUTION
- Louis Garrel : Yves Dayan
- Camille Cottin : Sandrine Dayan
- Simon Boublil : Vincent Dayan
- Alexis Rosenstiehl : Arnaud Dayan
- Pierre Lottin : Étienne Berger, le gardien
- Jeanne Lamartine : Anne-Karine Duchesnay
- Samuel Maïmoun : Nino Bernini, le copain italien de Vincent
- Demba Diaw : Oussman, un copain de Vincent
- Lilian Wallet : Thierry, un copain de Vincent
- Augusto Fornari : Monsieur Bernini
- Giorgia Sinicorni : Madame Bernini / Laure dans le film « La Ruée vers Laure »
- Rony Kramer : M. Abourmad, le rabbin
- Adèle Jayle (d) : Madame Duchesnay, la mère d’Anne-Karine
- François Raison : Monsieur Duchesnay, le père d’Anne-Karine
- David Ayala : Maurice, le patron de Lucky Look
- Agnès Boury : la vendeuse du vidéoclub
- Matthias Quiviger : Didier, le professeur de judo
- Éric Toledano : un acteur dans le film « La Ruée vers Laure » (caméo, non crédité)
- Olivier Nakache : un acteur dans le film « La Ruée vers Laure » (caméo, non crédité)
