Pages

mardi 8 septembre 2026

12.00 - MON AVIS SUR LE FILM IPHIGENIE DE MICHEL CACOYANIS (1977)


 Vu le Film Iphigénie de Michel Cacoyanis (1977) avec Tatiána Papamóschou Irène Papas Kóstas Kazákos Kosta Karras Christos Tsagas Panos Mihalopoulos Dimitri Aronis


Dire que la tragédie grecque n’est pas mon monde, c’est un euphémisme, mais depuis la sortie de L’Odyssée de Christopher Nolan, on commence à s’intéresser à cette période finalement peu apprise à l’école, et ce n’est peut-être pas plus mal, car derrière tous ces noms qui semblaient réservés aux cours de grec ancien, il y a quand même de sacrées histoires. On y retrouve d’ailleurs deux personnages importants chez Homère, Achille et Ulysse, même si ici ils ne sont pas encore dans leurs grandes aventures.

Iphigénie de Michel Cacoyannis est le dernier volet de sa trilogie consacrée à la tragédie grecque, après Électre et Les Troyennes, et s’inspire d’Iphigénie à Aulis d’Euripide. Ici, les Dieux de l’Olympe exigent le sacrifice d’Iphigénie, fille d’Agamemnon et de Clytemnestre, afin que les vents permettent enfin à la flotte grecque de partir vers Troie. Rien que ça, et nous qui nous plaignons parfois des problèmes de circulation !

Iphigénie, interprétée par Tatiana Papamóschou, arrive pourtant dans cette histoire comme une jeune fille qui ne se doute absolument pas du destin qui l’attend. Son père Agamemnon, chef de l’armée grecque, est pris entre son rôle de père et celui de commandant, tandis que Ménélas, son frère, n’est pas franchement là pour arranger les choses. Il faut dire que toute cette guerre de Troie est quand même partie d’une histoire de femme, Hélène, et qu’il faut maintenant sacrifier une autre femme pour pouvoir aller la récupérer : chez les Grecs anciens, les femmes ne sont décidément pas très bien loties.

Et si vous voulez voir Iphigénie, notamment dans sa relation avec sa mère Clytemnestre, vous allez surtout comprendre que le véritable drame est là. Irène Papas est formidable dans ce rôle de mère qui découvre progressivement que sa fille doit être sacrifiée et qui refuse évidemment d’accepter cette décision. Face à elle, Tatiana Papamóschou est remarquable, passant de l’insouciance à la compréhension de ce qui l’attend, avec cette innocence qui rend son destin encore plus terrible.

Mais le plus important pour Cacoyannis reste aussi les hommes, Agamemnon et Ménélas, ces deux frères qui parlent de guerre, de pouvoir, de devoir et de gloire pendant que le sacrifice d’une jeune fille devient une nécessité militaire. Comme dans la Grèce antique, les femmes ne sont finalement que des vases pour faire beau, même lorsqu’elles sont au centre de toute l’histoire. Et j’avais déjà eu cette impression dans le film de Nolan, où les hommes occupent encore largement le devant de la scène.

C’est pourtant Clytemnestre qui apporte toute la dimension humaine au film, car derrière les Dieux, les héros et les grandes destinées, il y a simplement une mère qui comprend qu’on veut lui prendre sa fille. Cacoyannis ne cherche pas à faire de cette tragédie un spectacle artificiel, il filme les visages, les corps, les regards et cette tension qui s’installe progressivement jusqu’à rendre presque étouffante cette attente du sacrifice.

Les décors sont magnifiques, les costumes également, et le travail sur le son participe énormément à l’atmosphère du film, tout comme les scènes de bataille qui donnent une véritable ampleur à cette histoire sans jamais faire oublier que derrière les armées et les navires se trouve une famille complètement déchirée.

Achille est lui aussi présent dans cette histoire, puisqu’il se retrouve mêlé malgré lui au destin d’Iphigénie, tandis qu’Ulysse participe aux décisions qui doivent permettre à l’expédition grecque de se mettre enfin en route. Mais là encore, ce ne sont pas forcément les héros que l’on retient le plus, car le véritable affrontement se joue entre Agamemnon, Clytemnestre et Iphigénie.

C’est très tragique à suivre sans des fiches, parce qu’il faut parfois s’y retrouver entre les noms, les liens de parenté, les Dieux, les histoires précédentes et cette guerre qui n’a même pas encore commencé. Mais une fois que l’on accepte de se laisser embarquer, on découvre et on apprécie, parce que Cacoyannis réussit à rendre cette vieille tragédie d’Euripide étonnamment vivante.

Et puis il y a Irène Papas, qui n’a franchement pas besoin de beaucoup de choses pour imposer sa présence, avec ce visage et ce regard capables de faire comprendre toute la douleur d’une mère sans avoir besoin de nous réciter trois pages de dialogue.

Moi qui ne suis vraiment pas un spécialiste de la tragédie grecque, j’ai donc fini par me laisser prendre par cette histoire de sacrifice, de guerre, de pouvoir et de famille. Cacoyannis ne cherche pas à faire oublier que nous sommes dans la Grèce antique, il assume au contraire pleinement cette époque, ses croyances et ses codes, mais il parvient surtout à nous faire comprendre les personnages.

Iphigénie est donc un film puissant, magnifique dans ses décors et ses costumes, porté par une distribution remarquable et surtout par ce duo entre Iphigénie et sa mère qui donne au récit toute sa dimension émotionnelle. Une tragédie grecque qui n’est toujours pas vraiment mon monde, mais quand elle est racontée avec autant de force, je veux bien faire

NOTE : 12.00

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

lundi 7 septembre 2026

14.10 - MON AVIS SUR LE FILM LE CHRIST S'EST ARRETE A EBOLI (1979)

 


Vu le Film Le Christ s'est Arrêté à Eboli de Francesco Rosi (1979) avec Gian Maria Volonté Léa Massari Irène Papas Alain Cuny Accursio Di Léo Paolo Bonacelli Stavros Tornes


Avoir au générique Francesco Rosi, Gian Maria Volonté, Irène Papas, Alain Cuny et Léa Massari, c’est déjà une sacrée promesse de cinéma. Alors certes, Francesco Rosi ne fait pas grimper ses héros sur le pont Bir-Hakeim ou descendre les tours de New York sur un fil, mais cela reste néanmoins un grand moment de cinéma, adapté du roman autobiographique de Carlo Levi. Et quand on voit l’actualité actuelle, on devrait presque faire voir ou lire cette histoire à tout le monde.

En 1935, Carlo Levi, médecin et peintre antifasciste, est condamné à l’exil intérieur par le pouvoir de Mussolini et envoyé dans un petit village de Basilicate, dans le sud de l’Italie. Il n’a pas le droit d’exercer officiellement la médecine, mais il va mettre les quelques libertés qui lui restent au profit des paysans et des habitants de cette terre oubliée. Pour eux, cet homme venu d’ailleurs va peu à peu devenir bien plus qu’un médecin, presque un sauveur, dans un monde où le pouvoir de Rome semble avoir oublié jusqu’à leur existence.

Rosi a eu l’intelligence de tourner dans la région même où Carlo Levi avait vécu son exil, donnant au film une authenticité magnifique. Ces villages, ces paysages, ces pierres, ces visages semblent conserver les couleurs, les odeurs et les souvenirs que Levi avait emportés avec lui. Le réalisateur prend son temps, et c’est justement ce temps qui permet au film de respirer, de montrer à la fois la beauté et la misère de cette population abandonnée par le pouvoir fasciste, parce que le pouvoir n’aime jamais beaucoup les petites gens lorsqu’elles deviennent trop visibles.

On assiste alors au contraste entre deux mondes qui ne poursuivent absolument pas les mêmes objectifs : d’un côté, celui des paysans, attachés à leurs traditions, à leur terre et à une forme de solidarité protectrice ; de l’autre, celui du pouvoir fasciste qui veut imposer sa modernité, sa vision de l’Italie et son autorité jusque dans les endroits les plus reculés. Rome parle de progrès, mais pour ceux qui vivent ici, le progrès ressemble surtout à quelque chose qui se passe très loin d’eux.

Mais Le Christ s’est arrêté à Eboli est aussi le portrait d’un homme qui va découvrir pendant deux années d’exil la solitude, l’injustice, mais également une forme d’inspiration et une autre manière de regarder le monde. Carlo Levi arrive en étranger et repartira profondément marqué par ces hommes et ces femmes qu’il était pourtant censé simplement subir pendant son éloignement.

Et pour faire un grand film, il faut aussi de grands acteurs. Alain Cuny est formidable en baron Rotundo, Irène Papas est sublime en Giulia, Léa Massari apporte toute sa présence à Luisa Levi, mais surtout Gian Maria Volonté est exceptionnel dans le rôle de Carlo Levi. Il porte littéralement le film sur ses épaules, avec une grâce presque christienne, sans jamais en faire trop, simplement avec ce regard, cette présence et cette manière de laisser parler le personnage avant même qu’il ouvre la bouche.

Rosi signe donc un film magnifique, profondément humain et politique sans jamais avoir besoin de hurler son message. Une histoire d’hommes oubliés, de pouvoir, de liberté et de résistance qui, malheureusement, n’a pas pris une ride. Et quand on regarde autour de nous aujourd’hui, cette vieille histoire de 1935 finit par prendre un drôle de goût de présent : Le Christ s’est arrêté à Eboli, mais il ferait peut-être bien de reprendre la route avant que certains pouvoirs ne décident à nouveau de l’arrêter ailleurs.

NOTE : 14.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION


jeudi 3 septembre 2026

11.20 - MON AVIS SUR LE FILM ARSENE LUPIN CONTRE ARSENE LUPIN (1962)


 Vu le Film Arsène Lupin contre Arsène Lupin de Edouard Molinaro (1962) avec Jean Claude Brialy Jean Pierre Cassel Anne Vernon Geneviève Grad Françoise Dorléac Jean le Poulain Michel Vitold Daniel Cauchy Jean Marie Proslier


Voilà un film qui avait pourtant tout pour réussir son casse. Édouard Molinaro derrière la caméra, deux jeunes premiers à la mode avec Jean-Claude Brialy et Jean-Pierre Cassel, les jolies Lupinettes Anne Vernon, Geneviève Grad et Françoise Dorléac, enfin une jolie brochette de seconds rôles comme on les aime, il y avait de quoi fabriquer une comédie policière enlevée, avec des dialogues savoureux, des coups de théâtre et surtout cette élégance indispensable à Arsène Lupin.

L'industriel André Laroche vient de mourir et à son enterrement se trouve François de Vierne, à qui sa mère confesse : « Laroche était Arsène Lupin, et tu es son fils. » Arsène Lupin avait eu un autre fils, Gérard Dagmar, danseur, magicien et parfois cambrioleur. François de Vierne apprend chez le notaire qu'il doit rechercher le trésor royal de Poldavie. Le trésor est successivement trouvé par Gérard, repris par François, puis volé par le consul de Poldavie, le sinistre Von Krantz, qui n'hésite pas à faire enlever le petit prince de Poldavie, frère de la jolie Catherine. Finalement le trésor est récupéré et François avec la jeune journaliste Nathalie, Gérard et la princesse Catherine n'ont plus qu'à filer le parfait amour.

Deux jeunes premiers à la mode, Cassel et Brialy, les jolies Lupinettes Vernon, Grad et Dorléac et une jolie brochette de seconds rôles comme on les aime, on pouvait s'attendre à une comédie policière enlevée avec des dialogues savoureux, mais voilà le scénario n'est pas du tout l'adaptation d'un roman de Maurice Leblanc, mais ne fait que s'en inspirer et c'est là qu'il manque le sel des romans de Leblanc.

Maintenant on apprend joliment que le vrai Lupin, une photo dans un cadre signifie qu'il s'agit de Robert Lamoureux, allait fricoter à gauche à droite, cela n'était pas une nouveauté, mais laissait aussi en gage des beaux cadeaux de la vie à ses dames, mais sans s'en occuper, d'où les rejetons Cassel et Brialy qui se revendiquent d'être leurs fils.

L'enquête du film étant sans peu d'importance, on s'intéresse plus aux deux rejetons charmants certes mais qui manquent de la classe du vrai A.L. Ils sont sympathiques, élégants, débrouillards, savent manier la séduction comme le cambriolage, mais le père avait quand même une autre allure.

Et puis cette histoire de trésor de Poldavie, de consul sinistre, de petit prince enlevé et de jolies jeunes femmes donne surtout l'occasion à Molinaro de nous servir une comédie d'aventures plutôt légère, agréable à regarder, mais qui reste bien éloignée de la malice et de l'intelligence des romans de Maurice Leblanc.

On aurait aimé retrouver davantage de ce Lupin qui pouvait voler une fortune avec le sourire, ridiculiser la police et séduire les femmes tout en donnant l'impression que tout était prévu depuis le début. Ici, ses deux fils ont beau multiplier les combines, ils restent des héritiers un peu pâles de leur illustre papa.

Le film possède pourtant un joli casting et une bonne humeur communicative, mais quand on vient chercher Arsène Lupin, forcément, on compare. Et pour moi la comparaison est vite faite : Georges Descrières restera toujours et seul vrai Arsène Lupin, qu'on se le dise du côté de Netflix.

Le casse est donc sympathique, les deux fils sont charmants, les Lupinettes sont là, le trésor est récupéré et tout le monde peut filer le parfait amour, mais il manque au film ce petit supplément de classe qui transformait les aventures de Lupin en véritables bijoux

NOTE : 11.20

FICHE TECHNIQUE



DISTRIBUTION