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dimanche 8 février 2026

12.70 - MON AVIS SUR LE FILM L'ETRANGE INCIDENT DE WILLIAM A.WELLMAN (1943)

 


Vu l’Etrange Incident de William A.Wellman (1943) avec Henry Fonda Dana Andrews Mary Beth Hughes William Eythe Anthony Quinn Harry Morgan Jane Darwell Matt Briggs Jane Darwell 

Dans les années 1880, dans un village du Nevada, se répand la nouvelle du meurtre de Kincaidéleveur de bétail. En l'absence du Shérif, quelques personnalités influentes ainsi que l'Adjoint forment rapidement une milice afin de retrouver les coupables. La poursuite, menée par le major Tetley, aboutit à l'arrestation de trois hommes qui sont en possession de bétail portant la marque de l'éleveur. Arrêtés en pleine nuit à bonne distance du village, au lieu-dit "Ox-Bow", ils seront pendus à l'aube. 

Avis sur L’Étrange Incident de William A. Wellman. Encore un western pour le maître, mais un western qui lâche les chevaux pour regarder les hommes droit dans les yeux, et ce qu’il raconte fait froid dans le dos tant le sujet reste d’une actualité troublante.  

Ici, pas de grande chevauchée héroïque ni de duel au soleil, mais une ville, une foule, et l’absence du shérif, ce détail qui transforme des citoyens ordinaires en milice improvisée. Trois hommes sont accusés d’avoir volé du bétail ; aucune preuve formelle, aucun fait établi, juste des soupçons, des rumeurs, et l’envie pressante d’en finir vite, corde au cou et flingue à la ceinture.  

Les accusés, eux, affirment avoir acheté les bêtes, mais dans cet Ouest-là, la parole pèse peu face à la peur collective et à la soif de justice expéditive. Tout le film se joue sur les non-dits, les regards fuyants, les silences lourds, et Wellman, fidèle à lui-même, filme cette montée de la violence avec une sécheresse implacable. Un homme va pourtant s’élever contre la foule, demander simplement d’attendre le shérif, de laisser la justice faire son travail : un ouvrier du bétail, incarné par un Henry Fonda jeune, déjà habité par cette droiture morale qui deviendra sa signature. Fonda est remarquable de retenue, jamais héroïque au sens classique, mais obstiné, presque maladroit dans sa tentative de raisonner une ville qui ne veut plus réfléchir.  

Face à lui, la communauté, bloc informe et inquiétant, où chacun se cache derrière l’autre, et où la responsabilité individuelle se dissout dans le groupe. Wellman met en scène ce mécanisme avec une précision presque clinique, transformant un western en véritable film noir rural, où la corde remplace le revolver et où la mort se décide à main levée. La mise en scène est tendue, parfois austère, volontairement dépouillée, et si le film est sans doute moins équilibré que certains sommets du réalisateur, il n’en demeure pas moins d’une force morale évidente.  

Le scénario avance comme un piège qui se referme lentement, laissant au spectateur le temps de comprendre, puis de redouter l’inévitable. Les acteurs secondaires sont tous à leur place, figures ordinaires d’une lâcheté banale, jamais caricaturales, ce qui rend l’ensemble encore plus dérangeant. On sent que Wellman ne cherche pas à flatter le public, mais à le confronter à une réalité brutale : la justice, la vraie, ne peut pas se rendre à coups de flingue et de cordes sans perdre son âme. Western noir, presque désespéré, L’Étrange Incident parle moins de l’Ouest que de la facilité avec laquelle une société peut basculer quand la loi s’absente.  

Ce n’est peut-être pas le film le plus abouti de Wellman, mais c’est assurément l’un de ses plus courageux. Un western sec, sombre, sans poudre aux yeux, qui rappelle que le danger ne vient pas toujours des hors-la-loi, mais souvent de ceux qui se prétendent du bon côté. Du cinéma qui dérange, et c’est très bien comme ça. 

 NOTE : 12.70

FICHE TECHNIQUE



FICHE TECHNIQUE

Acteurs non crédités

13.80 - MON AVIS SUR LE FILM LA VILLE ABANDONNEE DE WILLIMAM A.WELLMAN (1948)

 


Vu le Film La Ville Abandonnée de William A.Wellman (1948) avec Grégory Peck Richard Widmark Ann Baxter James Barton John Russell Charles Kemper Harry Morgan Robert Arthur Chie Yowlachie 

Après avoir braqué une banque, des hors-la-loi s’enfoncent dans le désert de sel pour échapper à leurs poursuivants. Exténués, ils échouent dans une ville fantôme, Yellow Sky, où vivent un vieux chercheur d’or et sa petite-fille. L’appât de l’or divise la bande de hors-la-loi qui finit par s’entretuer, à l’exception de ceux qui ont pris le parti du grand-père et de sa petite-fille. 

. Nouveau terrain de jeu pour Wellman, le western, et autant le dire tout de suite : le monsieur s’y promène avec une aisance confondante. Lui qu’on associe au film de guerre, au film noir, au cinéma viril et tendu, trouve ici un genre poreux, idéal pour ses obsessions.  

Car La Ville abandonnée est un western qui regarde franchement du côté du film noir, un western sec, nerveux, presque claustrophobe malgré l’immensité du décor. Tout commence comme un polar des années 30 : des hors-la-loi en fuite, un casse qui a mal tourné, une cavale désespérée.  

Sauf qu’au lieu de ruelles sombres et de bars enfumés, Wellman nous balance ses gangsters dans un désert de sel, la Vallée de la Mort, un endroit qui porte bien son nom et qui donne soif rien qu’à l’écran.  

La fuite les conduit dans une petite ville abandonnée, fantôme de civilisation, décor parfait pour un huis clos étouffant où les masques vont tomber. À la tête de cette bande, Richard Widmark, sadique, nerveux, dangereux à chaque regard, et Gregory Peck, plus droit, plus retenu, presque déjà rongé par une culpabilité qui ne demande qu’à émerger.  

Transposez l’action dans une ville américaine des années 30 et vous avez un pur film de gangsters ; ici, le décor western ne change pas la nature des hommes, il la met à nu. Et comme toujours chez Wellman, le scénario avance au couteau : l’arrivée d’un chercheur d’or, simple grain de sable, suffit à faire exploser l’équilibre précaire du groupe, révélant les tensions, la paranoïa, la violence latente. 

 La mise en scène est d’une précision remarquable, chaque plan enferme un peu plus les personnages dans cette ville morte qui devient une prison à ciel ouvert. Widmark est glaçant, animal, imprévisible, probablement l’un de ses rôles les plus venimeux ; Peck, le beau Gregory Peck, le “gendre idéal”, joue justement contre son image, dans la retenue et le repentir progressif, et c’est cette opposition qui fait tout le sel du film.  

Et comme dans tout bon western, il y a la femme, Constance Mae, incarnée par Ann Baxter : garçon manqué mais pas trop, forte sans être caricaturale, figure féminine qui dérange l’ordre masculin et agit comme un révélateur moral. Wellman dirige ses acteurs avec une autorité tranquille, sans effets inutiles, laissant la tension monter naturellement, soutenue par la musique d’Alfred Newman, maître du genre, qui nous rappelle à chaque note que nous sommes bien dans un western, même si celui-ci sent la poudre froide et la fatalité.  

La Ville abandonnée est du grand cinéma classique, intelligent, tendu, parfaitement maîtrisé, un western noir avant l’heure, où la violence n’est jamais gratuite et où les personnages comptent plus que les balles. Wellman prouve une fois de plus qu’il n’y a pas de “nouveau genre” pour lui, seulement des terrains où exercer son sens du récit, de la mise en scène et de l’humain. Du cinéma sec, tendu, adulte. Du cinéma, tout simplement. 

NOTE : 13.80

FICHE TEHCHNIQUE


DISTRIBUTION


samedi 7 février 2026

12.10 - MON AVIS SUR LE FILM EXIT 8 DE GENKI KAWAMURA (2025)


 Vu le Film Exit 8 de Genki Kawamura (2025) avec Kazunari Ninomiya Yamato Kochi Naru Asanuma Kotone Hanase Nana Komatsu 

Un homme coincé dans un passage de métro apparemment sans fin se lance à la recherche de la sortie 8. Les règles de sa quête sont simples : ne rien négliger d'anormal. Si une anomalie est découverte, faire demi-tour immédiatement. Sinon, continuer sa route. Enfin, quitter la sortie 8. Mais le moindre oubli le ramène à son point de départ. L'homme se démène pour parvenir à s'échapper de ce couloir infini. 

Exit 8de Genki Kawamura, adapté du jeu vidéo éponyme, commence sur une idée simple : un homme est perdu (Kazunari Ninomiya). Perdu dans le métro japonais, perdu dans ses couloirs blancs interminables, perdu dans une routine qui se répète et se tord jusqu’à devenir presque étouffante.  

Sur son chemin, il croise et recroise un autre homme lui qui marche (Yamato Kōchi), banal au premier abord, inquiétant à force de réapparitions silencieuses, et c’est précisément cette normalité qui rend la tension palpable. Kawamura choisit la simplicité comme moteur de son film et, avec elle, il construit un thriller minimaliste mais redoutable. Les grands couloirs blancs deviennent un personnage à part entière, générant une claustrophobie paradoxale où l’espace est immense mais l’air rare, et chaque déplacement, chaque regard, chaque silence prend une dimension presque physique.  

L’acteur principal porte le film avec ses micro-réactions, ses regards et sa fatigue qui s’installe, tandis que Yamato Kōchi fascine par son mystère tranquille, jamais démonstratif, jamais explicatif. Le scénario refuse les réponses toutes faites, laissant chacun inventer sa version du pourquoi du comment, et honnêtement, toutes tiennent la route. Comme le héros, on cherche la sortie non pour fuir le film mais pour respirer, et c’est étouffant, voulu, maîtrisé.  

La mise en scène, obsessionnelle et précise, joue avec le temps, l’espace et notre patience, mettant en abyme l’errance et le malaise jusqu’à nous faire sentir que nous marchons avec lui dans ce labyrinthe. C’est la preuve que l’on peut faire du cinéma fort et intelligent avec des idées simples, que l’on peut captiver et oppresser avec quelques couloirs et quelques personnages bien choisis. Un bon thriller avec un ticket de métro qu’on oblitère avec plaisir pour valider le voyage, un film qui reste en tête bien après la dernière correspondance, et qui nous rappelle que parfois, ce n’est pas la complexité qui fait le génie mais la précision et le souffle de chaque instant. 

NOTE : 12.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

Kazunari Ninomiya : l'homme perdu
Yamato Kōchi : l'homme qui marche
Naru Asanuma : l'enfant
Kotone Hanase : la fille détraquée
Nana Komatsu : la petite-amie