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lundi 21 septembre 2026

13.80 - MON AVIS SUR LE FILM ZULU DE JEROME SALLE (2013)

 


Vu le film Zulu de Jérome Salle (2013) Avec Forrest Whitaker Orlando Bloom Conrad Kemp Inge Beckmann Tinarie van Wyk-Loots Regardt van den Bergh Patrick Lyster Randal Majyet


Vu le film Zulu de Jérôme Salle, avec Forest Whitaker et Orlando Bloom, présenté en clôture du Festival de Cannes 2013. Le film est adapté du roman éponyme de Caryl Férey, publié en 2008 dans la collection « Série noire », et nous entraîne en Afrique du Sud, où deux flics que tout pourrait opposer vont devoir travailler ensemble malgré leurs différences de parcours et de milieu.

D’un côté, Ali Sokhela, d’origine zouloue, interprété par Forest Whitaker, et de l’autre Brian Epkeen, dont le père était un Afrikaner proche du pouvoir de l’époque de l’apartheid, joué par Orlando Bloom. Mais nous ne sommes pas dans un film où les deux policiers vont passer leur temps à se regarder en chiens de faïence à cause de leur couleur de peau. Mandela est passé par là, l’ANC est au pouvoir et les postes de l’administration sont désormais également occupés par des Noirs, ce qui n’avait évidemment jamais été le cas sous l’ancien régime.

Les deux hommes vont devoir résoudre le meurtre particulièrement sordide d’une jeune fille, retrouvée morte après avoir été droguée, tandis que d’autres adolescents des townships disparaissent. Très rapidement, l’enquête va les conduire sur la piste de trafiquants de drogue et de réseaux particulièrement violents, dans une véritable guérilla urbaine où les flics affrontent des types qui ne semblent pas vraiment avoir prévu de leur offrir le thé.

Et derrière ce polar particulièrement musclé, Jérôme Salle montre une Afrique du Sud qui a changé politiquement mais dont les fractures sociales sont toujours bien présentes. On s’aperçoit finalement que la seule différence avec avant, c’est que les riches restent riches, mais maintenant ils peuvent être blancs ou noirs, tandis que les pauvres sont toujours majoritairement noirs. Les vieux relents de l’apartheid ne sont donc pas si éloignés que cela, même après Mandela, dans un pays qui veut afficher une image moderne mais qui reste profondément gangrené par la pauvreté, les trafics et les inégalités.

Les deux policiers vont donc s’attaquer à ces cartels de drogue qui ne semblent pas particulièrement apprécier que la police mette le nez dans leurs affaires, et l’enquête va rapidement basculer dans une violence exacerbée. Jérôme Salle ne fait pas vraiment dans la dentelle, avec des fusillades, des passages particulièrement brutaux et une violence qui touche également les femmes, souvent battues, violées ou tuées. Le film est d’ailleurs extrêmement violent, mais cette violence sert aussi à montrer un environnement où la loi semble parfois avoir beaucoup de mal à reprendre ses droits.

Jérôme Salle sait surtout tenir le spectateur en haleine et construire son polar sans oublier la dimension politique de son histoire. Il ne se contente pas de nous envoyer deux flics courir après des trafiquants dans les rues du Cap, il utilise cette enquête pour montrer un pays qui tente de tourner la page de son passé sans avoir réussi à effacer toutes les cicatrices.

Forest Whitaker est, comme d’habitude, très bon, mais ce n’est pas vraiment une nouveauté avec lui. L’énorme surprise vient plutôt d’Orlando Bloom, que je n’attendais absolument pas dans ce registre. Il est criant de vérité dans le rôle de Brian Epkeen, flic alcoolique, violent, parfois incontrôlable, mais qui reste droit dans ses bottes malgré ses démons personnels. On est presque dans une sorte de Clint Eastwood chez Sergio Leone, avec moins de cigare mais beaucoup plus de problèmes de bouteille.

Et puis Orlando Bloom a manifestement décidé de laisser Legolas dans le vestiaire pour venir prendre quelques kilos de muscles et se coltiner les rues du Cap. Pour vous les filles, sachez également qu’il se donne totalement à son rôle et qu’on le voit même entièrement nu, de la tête aux pieds… enfin, surtout jusqu’aux fesses, parce qu’il faut quand même garder un peu de suspense dans une chronique cinéma.

C’est assez amusant de le revoir peu après dans The Hobbit, avec une bonne centaine de kilos en moins, un arc et des flèches à la place du flingue et beaucoup moins l’impression qu’il pourrait vous casser la figure au coin d’une rue.

Avec Zulu, Jérôme Salle réussit donc un polar particulièrement tendu, violent et efficace, mais qui ne se contente pas de courir après les méchants. Il utilise cette histoire de flics et de trafiquants pour regarder une Afrique du Sud moderne, toujours marquée par son passé et ses énormes inégalités. Une enquête policière qui devient progressivement le portrait d’un pays où l’apartheid a officiellement disparu, mais où ses conséquences sont encore loin de l’être.

Et avec Forest Whitaker et surtout un Orlando Bloom que l’on n’attendait pas du tout là, le casting apporte suffisamment de force pour que cette virée sud-africaine laisse quelques traces. Quant à Orlando, après avoir vu Zulu, difficile de regarder Legolas de la même façon avec son petit arc et ses flèches !

NON : 13.80

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

16.30 - MON AVIS SUR LE FILM PILLION DE HARRY LIGHTON (2025)


 Vu le Film Pillion de Harry Lighton (2025) avec Harry Melling Alexander Skarsgård Brian Martin Georgina Hellier Jake Shears Kavcic Miha Zamir Meziti Paul Taillis


Si l’on s’attarde sur le pitch de Pillion, qui nous parle de domination et de soumission entre hommes, et que l’on regarde les premières images qui semblent annoncer un film plus que trash, on peut se dire que l’on va passer une soirée un peu spéciale. Comme souvent, j’ai pourtant donné sa chance au film avant de me faire une opinion, et j’ai bien fait, car derrière ce pitch qui pouvait laisser craindre un simple catalogue de pratiques BDSM, je suis tombé sur un film d’une extrême pudeur, beaucoup plus intéressant que ce que son résumé pouvait laisser penser.

Adapté du roman Box Hill d’Adam Mars-Jones, le film de Harry Lighton nous présente Colin, un jeune homme introverti, pas vraiment beau, mais avec quel regard, qui va tomber non pas sous le charme mais sous la domination de Ray, un homme plus âgé incarné par Alexander Skarsgård. Ray fait subir à Colin différentes humiliations physiques et mentales dans le cadre de jeux BDSM, mais la relation entre les deux hommes est consentie et c’est justement là que le film devient beaucoup plus intéressant que son pitch.

Au départ, on prend évidemment fait et cause pour Colin, ce garçon qui semble subir les exigences de Ray et qui accepte des situations pour le moins particulières. On pourrait donc se retrouver dans une sorte de 50 Nuances de Grey Gay, avec le beau mâle dominant d’un côté et Colin dans le rôle de la petite « pute » de Ray de l’autre. Sauf que Harry Lighton ne s’arrête pas à cette mécanique et comprend très vite que le personnage le plus important n’est pas Ray, malgré sa belle gueule et ses beaux muscles, mais Colin.

Parce que Colin est un garçon sans grande envergure, chanteur dans une chorale, dont la vie semble aussi excitante qu’une réunion de copropriété un lundi matin. Il ne cherche finalement pas tellement à exister qu’à donner à sa vie une intensité à la hauteur de son ennui. Ouvertement gay, il choisit cette relation et recherche justement ces sensations qui vont lui permettre de sortir de son quotidien.

Et petit à petit, le rapport de force se renverse. Celui que l’on croyait dominé devient presque celui qui dicte les règles à son maître provisoire, car Ray n’est finalement qu’une rencontre parmi d’autres dans la vie de Colin. Ce qui semblait être une relation de domination devient donc beaucoup plus ambigu et intéressante, puisque Colin pousse Ray à exercer sur lui cette domination qu’il recherche lui-même. Le véritable pouvoir n’est alors peut-être pas là où on pensait le trouver.

C’est cette idée qui m’a particulièrement intéressé dans le film, parce qu’elle dépasse largement le simple rapport sexuel entre deux hommes et peut même faire réfléchir, sans que le réalisateur ait besoin de sortir le panneau lumineux « attention, réflexion philosophique ». Il y a quelque chose dans cette relation qui renvoie plus largement à l’état du monde, aux rapports entre agresseurs et victimes, entre celui qui croit posséder le pouvoir et celui qui choisit finalement de lui donner ce pouvoir.

Pour son premier film, Harry Lighton montre une véritable maîtrise du temps et de l’image, sans en faire des tonnes mais sans tomber non plus dans une pudeur artificielle. Il montre ce qu’il faut montrer, assume son sujet et laisse surtout ses personnages exister. C’est assez rare pour être signalé, surtout avec un sujet pareil qui aurait très facilement pu basculer dans le film à provocation permanente.

Et pour ce type de rôle, il fallait deux acteurs capables de croire à ce qu’ils font, même si évidemment tout cela est chorégraphié et encadré. D’un côté, Alexander Skarsgård, la belle bête suédoise, qui approche des cinquante ans, des kilos de muscles et pas beaucoup de grammes de graisse, avec une beauté de Viking qui semble avoir été livrée directement depuis la Scandinavie. Ray possède donc le physique du personnage qui pourrait naturellement prendre le dessus.

Et de l’autre, Harry Melling, trente-huit ans, qui n’a évidemment pas le même physique mais qui crève l’écran comme rarement. Ce garçon, je l’avais déjà repéré dans La Ballade de Buster Scruggs, Le Diable, tout le temps et The Lost City of Z, et les aficionados de Harry Potter reconnaîtront évidemment le jeune rondouillard Dudley Dursley. Eh oui, il a bien fondu le Harry Melling !

Il nous revient ici avec une silhouette émaciée qui fait ressortir encore davantage ses yeux et surtout son talent. Son Colin n’est jamais ridicule, même lorsqu’il se retrouve dans des situations pour le moins particulières, et c’est justement parce que Melling joue le personnage avec une vraie fragilité qu’on finit par s’intéresser à ce garçon bien davantage qu’au beau Viking qui lui sert de maître.

J’ai également beaucoup aimé les scènes avec les parents de Colin, qui acceptent son coming out et reçoivent Ray chez eux. Deux mondes qui se rencontrent et qui n’ont franchement pas grand-chose en commun, ce qui donne une scène assez drôle sans avoir besoin de forcer le trait.

Au bout du compte, Pillion est une très bonne surprise, un film qui pouvait facilement être racoleur mais qui choisit finalement de parler de désir, de solitude, de domination et surtout de la manière dont chacun peut trouver sa propre façon d’exister. Harry Lighton ne juge pas ses personnages et ne cherche pas non plus à nous expliquer ce que nous devons penser de leur relation.

Je m’attendais à un film beaucoup plus trash et je découvre finalement une œuvre pudique, intelligente et surtout portée par deux acteurs qui s’engagent totalement dans leurs personnages. Harry Melling y est particulièrement impressionnant et confirme que le petit Dudley Dursley a définitivement quitté le placard de Privet Drive.

Une vraie découverte et même un coup de cœur qui vient directement entrer dans mon TOP 30 des films vus en 2026. Comme quoi, parfois, il suffit de ne pas s’arrêter au pitch pour découvrir autre chose derrière la vitrine.

NOTE : 16.30

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation et scénario Harry Lighton
  • Musique Oliver Coates
  • Photographie Nick Morris
  • Montage Gareth C. Scales
  • Décors : Francesca Massariol
  • Costumes : Grace Snell
  • Production : Emma Norton, Ed Guiney, Andrew Lowe et Lee Groombridge
  • Sociétés de production : Element Pictures, BFI et BBC Film
  • Société de distribution : Picturehouse Cinemas (Royaume-Uni), Memento (France)[2]
  • Pays de production Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni

DISTRIBUTION