Vu le film Sexcrimes de James MacNaughton (1998) avec Matt Dillon Kevin Bacon Theresa Russel Neve Campbell Bill Murray Daphne Rubin-Vega Robert Wagner Jeff Taylor
Sexcrimes, depuis vingt-huit ans, c’est mon petit plaisir coupable, et je ne vais certainement pas faire semblant de le découvrir aujourd’hui avec une loupe de critique intello sous prétexte qu’il faudrait chercher une profondeur philosophique à chaque film. Parfois, on a simplement envie de s’installer, de regarder quatre beaux garçons et belles filles se regarder, se désirer, se mentir, s’arnaquer et éventuellement s’entretuer. Et si en plus le réalisateur s’amuse à nous prendre pour des lapins de six semaines, je signe !
Derrière ce titre français se cache Wild Things, réalisé par John McNaughton, le même homme qui avait signé quelques années auparavant Henry, portrait d’un serial killer. Autant dire qu’il n’est pas exactement le premier venu lorsqu’il s’agit de mettre des personnages dans des situations où la morale prend rapidement ses congés.
Et ici, McNaughton va se régaler.
Tout commence avec Sam Lombardo, conseiller d’éducation dans un lycée de Floride, incarné par Matt Dillon, accusé de viol par Kelly Van Ryan, riche lycéenne interprétée par Denise Richards. Jusque-là, on pourrait croire à un thriller érotique assez classique : le beau professeur, la jolie élève, l'accusation sulfureuse, la petite ville bourgeoise qui s'agite et tout le monde qui commence à regarder tout le monde de travers.
Sauf que débarque Suzie Toller, jouée par Neve Campbell, camarade de Kelly, beaucoup moins riche et beaucoup plus marginale. Elle accuse à son tour Lombardo. Et voilà notre professeur plongé dans une affaire qui sent déjà le piège à plein nez.
Mais qui ment ?
Qui manipule qui ?
Qui veut de l'argent ?
Qui veut se venger ?
Qui veut coucher ?
Qui veut tuer ?
Et surtout : qui sera le dindon de la farce ?
C'est justement là que Sexcrimes devient un formidable petit jeu de bonneteau. Deux filles, deux garçons, six possibilités, et chacun peut être tour à tour victime, manipulateur, arnaqueur, obsédé, menteur ou assassin. Et comme personne n'est exactement ce qu'il prétend être, le spectateur avance dans le brouillard en essayant de comprendre qui tire réellement les ficelles.
J'avais bien aimé ce thriller dès sa sortie, notamment parce que le fameux coup de théâtre, même s'il peut paraître un peu téléphoné aujourd'hui, a parfaitement fonctionné sur moi. Et McNaughton sait pourquoi : il ne nous donne pas simplement une énigme à résoudre, il nous donne surtout envie d'avoir raison avant lui.
Évidemment, il nous prend pour des imbéciles.
Et nous, on se laisse faire avec plaisir !
Le film multiplie les indices, les fausses pistes et les retournements avec une gourmandise assez réjouissante. McNaughton joue avec le spectateur, prend nos vessies pour des lanternes, nous fait croire que nous avons compris, puis nous remet une petite claque derrière la tête.
Et au milieu de cette joyeuse partie de poker menteur, il y a Matt Dillon.
Ah, Matt !
Il fait tourner les têtes des personnages, mais également celle du spectateur. Et vingt-huit ans après, il n'a pratiquement pas changé, comme dirait Julio ! J'ai même eu la chance de le voir passer de près lors de mon premier Festival de Deauville, ce qui forcément ne m'a pas rendu plus objectif sur le garçon.
Parce que Matt Dillon, il n'est pas beau, il est sublime. Point.
Après Tex, alors qu'il n'avait que dix-huit ans, certains se demandaient encore s'il aurait réellement une carrière. Avec Matt, aucun échec : il est beau, point ! Et dans Sexcrimes, il utilise évidemment son physique comme une arme supplémentaire. Sam Lombardo sait qu'il plaît et Dillon joue parfaitement de cette ambiguïté : est-il le professeur victime d'une machination ou le type beaucoup moins innocent qu'il en a l'air ?
Il suffit de regarder son sourire pour commencer à avoir des doutes.
Et puis il y a Denise Richards et Neve Campbell, qui vont nous offrir un sacré crêpage de chignons. Les deux femmes se détestent et leur affrontement constitue évidemment l'un des grands plaisirs du film. Mais McNaughton ne se contente pas de les filmer comme deux rivales : il joue à fond sur leur sensualité, leurs corps, leurs regards, leurs rapports de domination et cette atmosphère moite de Floride où pratiquement tout le monde semble avoir envie de tout le monde.
C'est érotique, provocateur, parfois franchement sulfureux, mais surtout parfaitement intégré au mécanisme du thriller : le sexe devient une arme, au même titre que l'argent ou le mensonge.
Et Kevin Bacon dans tout ça ?
Kevin Bacon sexy comme une tranche de lard fumé sur le grill !
Il incarne le détective Ray Duquette, chargé de l'enquête, et il apporte au film cette présence de flic qui pense avoir compris le petit jeu alors que, évidemment, il n'est pas au bout de ses surprises. Bacon est parfaitement à l'aise dans cette ambiance de suspicion permanente et de sensualité poisseuse.
Et puis il y a Bill Murray, étonnant en avocat opportuniste, Ken Bowden, qui vient ajouter une couche supplémentaire de cynisme à cette histoire déjà bien chargée. Murray n'est pas là pour faire le clown façon SOS Fantômes : il profite tranquillement de la situation, avec cette tête de type qui semble toujours savoir quelque chose que les autres ignorent.
Le film multiplie aussi les références au thriller classique et au film noir. Plein Soleil n'est jamais bien loin dans l'esprit : identité, argent, manipulation, désir, faux-semblants, héritage et personnages prêts à tout pour obtenir ce qu'ils convoitent. Sauf qu'ici, McNaughton ajoute une bonne dose d'érotisme et transforme le tout en gigantesque jeu de dupes.
Et c'est ce qui fait le charme de Sexcrimes. Le film ne cherche pas à être raisonnable. Il veut nous divertir, nous exciter, nous faire soupçonner tout le monde et surtout nous surprendre. Il y arrive avec un casting qui semble avoir été choisi autant pour son talent que pour sa capacité à faire tourner les têtes.
Deux filles, deux garçons, six possibilités, et lorsque tout le monde commence à sortir les griffes, on comprend que le sexe n'est finalement que la partie émergée de l'iceberg. En dessous, il y a l'argent, la jalousie, la vengeance, la manipulation et quelques cadavres qui ne demandent qu'à venir compliquer les choses.
Alors oui, certains retournements peuvent aujourd'hui sembler un peu gros. Oui, on peut parfois voir venir certains coups. Mais franchement, je m'en fiche complètement. Quand j'aime un film, je ne vais pas lui retirer des points parce que j'ai compris une ficelle deux minutes avant le personnage.
McNaughton sait exactement ce qu'il fait : il nous balade avec gourmandise, il nous montre une jolie fille, un beau garçon, une piscine, du soleil, quelques mensonges et beaucoup de sexe, puis il nous demande gentiment de deviner qui manipule qui.
Et nous, comme des idiots heureux, on recommence.
Vingt-huit ans plus tard, Sexcrimes reste donc pour moi ce qu'il était à sa sortie : un excellent thriller érotique, pervers juste ce qu'il faut, drôle par moments, vicieux souvent, et surtout terriblement efficace.
Et puis soyons honnêtes : Denise Richards, Neve Campbell, Kevin Bacon et Matt Dillon réunis dans le même film, ce n'est pas exactement une punition.
Quant à Matt Dillon, je maintiens : il n'est pas beau, il est sublime.
Voilà, c'est dit.
Et si quelqu'un n'est pas d'accord, qu'il aille discuter avec Bill Murray : il saura sûrement lui vendre une assurance contre les mauvaises critiques
NOTE : 14.40
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : John McNaughton
- Scénario : Stephen Peters
- Musique : George S. Clinton
- Photographie : Jeffrey L. Kimball
- Montage : Elena Maganini
- Décors : Edward T. McAvoy
- Costumes : Kimberly A. Tillman
- Production : Steven A. Jones, Rodney M. Liber et Kevin Bacon
- Société de production : Mandalay Entertainment
- Société de distribution : Columbia Pictures
- Budget : 20 millions de dollars (14,68 millions d'euros)
- Pays de production :
États-Unis
DISTRIBUTION
- Denise Richards (VF : Barbara Delsol ; VQ : Sophie Léger) : Kelly Lanier Van Ryan
- Matt Dillon (VF : Maurice Decoster ; VQ : Gilbert Lachance) : Sam Lombardo
- Kevin Bacon (VF : Philippe Vincent ; VQ : Benoît Rousseau) : Sergent Ray Duquette
- Neve Campbell (VF : Aurélia Bruno ; VQ : Charlotte Bernard) : Suzie Marie Toller
- Theresa Russell (VF : Sylvie Moreau / Emmanuèle Bondeville ; VQ : Louise Rémy) : Sandra Van Ryan
- Daphne Rubin-Vega (VF : Nanou Garcia / Brigitte Berges ; VQ : Hélène Mondoux) : Détective Gloria Perez
- Robert Wagner (VF : Dominique Paturel ; VQ : Raymond Bouchard) : Tom Baxter
- Bill Murray (VF : Richard Darbois ; VQ : Hubert Gagnon) : Kenneth Bowden
- Carrie Snodgress (VF : Marion Game ; VQ : Élizabeth Chouvalidzé) : Ruby
- Jeff Perry (VF : Christian Peythieu ; VQ : Jean-Marie Moncelet) : Bryce Hunter
- Cory Pendergast (VF : Fabrice Josso) : Jimmy « Jimbo » Leach
- Marc Macaulay (en) (VF : Alain Flick ; VQ : Jacques Brouillet) : Walter
- Jennifer Bini Taylor : Barbara Baxter
- Toi Svane Stepp (VF : Laurence Sacquet ; VQ : Christine Bellier) : Nicole Beach
- Victoria Bass : le juge Wexman
- Dennis Neal (VF : Pierre Dourlens) : Art Maddox
- Eduardo Yáñez (VQ : Pierre Auger) : Frankie Condo
- Antoni Corone : le chef de la police
