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dimanche 4 octobre 2026

7.90 - MON AVIS SUR LE FILM J'AI Tué Raspotine de Robert Hossein (1968)

 


Vu le film J'Ai Tué Raspoutine de Robert Hossein (1968) avec Gert Groebe Robert Hossein

Peter McEnery Géraldine Chaplin Patrick Balkany Ivan Desny Roger Pigaaut Umberto D'Orsi Ira von Fürstenberg

J’ai tué Raspoutine de Robert Hossein est un film que je découvre surtout pour l’histoire qu’il raconte, beaucoup plus que pour la qualité de sa réalisation, qui donne parfois l’impression d’assister à un téléfilm tourné en studio avec quelques décors historiques autour. Les scènes extérieures sont finalement assez rares et tout ou presque se concentre dans le fameux Palais Moika de Saint-Pétersbourg, où le jeune prince Félix Ioussoupov va préparer l’élimination de celui qu’il considère comme un tyran sanguinaire, avec son physique quelque part entre Attila et Dracula.

L’histoire est pourtant passionnante, puisque Raspoutine, le fameux « moine fou » venu s’imposer auprès de la famille impériale russe, exerce une influence considérable sur la cour de Nicolas II et surtout sur l’impératrice Alexandra. Ioussoupov, membre d’une des familles les plus riches de Russie, décide alors qu’il faut en finir avec lui. Le film nous montre la préparation de cette nuit du 16 au 17 décembre 1916, lorsque le prince attire Raspoutine dans son palais sous prétexte d’une réception et d’une rencontre avec son épouse Irina.

On suit donc la préparation des festivités, entre macarons et vin local, pendant que tout le monde sait plus ou moins que la soirée doit se terminer par la mort de l’invité. Raspoutine est convié à descendre dans une pièce du palais, où Ioussoupov lui fait manger des gâteaux et boire du vin prétendument empoisonnés. Rien ne semble fonctionner, ce qui va évidemment contribuer à fabriquer la légende de l’homme quasiment immortel. Après le poison viennent les coups de feu, puis d’autres violences encore, jusqu’à ce que les conspirateurs parviennent finalement à se débarrasser de lui.

Le film présente dès le début le véritable Félix Ioussoupov et l’historien Alain Decaux comme pour nous prévenir que cette version est la bonne. À l’époque, Ioussoupov lui-même racontait cette histoire comme un témoignage direct, et Decaux apporte son sérieux d’historien. Maintenant, plus personne n’est là pour venir dire le contraire, même si l’Histoire a cette fâcheuse habitude de laisser derrière elle plusieurs versions d’un même événement.

Robert Hossein choisit donc de privilégier cette version des faits, mais son film manque singulièrement d’ampleur. On est dans la Russie impériale, dans les derniers mois d’un régime qui va disparaître quelques semaines plus tard, et pourtant on a souvent l’impression d’être enfermé dans un décor de théâtre. Le Palais Moika devient presque le personnage principal, d’autant que celui qui n’en est pourtant pas propriétaire semble avoir imposé sa présence partout.

Le casting est lui aussi très international, mais avec une particularité assez amusante : pas un acteur russe pour jouer cette histoire russe. Gert Fröbe, massif et inquiétant, compose un Raspoutine qui possède effectivement quelque chose du personnage de légende, tandis que Peter McEnery paraît beaucoup moins inspiré dans le rôle de Félix Ioussoupov. Ira von Fürstenberg apporte également son élégance au casting, et les amateurs d’histoire pas trop pointus pourront même apercevoir un certain Patrick Balkany, ex-futur maire de Levallois et personnage qui, à l’image du phénix, aura toujours trouvé le moyen de renaître de ses cendres et de rester dans les coulisses de la politique.

Ce qui reste finalement de J’ai tué Raspoutine, c’est surtout cette incroyable histoire d’un prince qui décide de supprimer l’un des hommes les plus influents de la cour impériale et qui va participer, directement ou indirectement, à l’une des dernières grandes péripéties de la Russie des tsars.

Le film est loin de posséder la puissance que mériterait un tel sujet, mais il a au moins le mérite de remettre sous nos yeux cette nuit incroyable où poison, revolvers, coups et légende se sont mélangés dans les sous-sols du Palais Moika.

Robert Hossein avait pourtant une matière extraordinaire entre les mains ; dommage qu’il nous donne parfois l’impression d’avoir installé une caméra de télévision dans un palais et d’avoir attendu que les personnages viennent faire leur histoire devant elle. Robert Hossein a tué deux fois Raspoutine.

NOTE : 7.90

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6.20 - MON AVIS SUR LE FILM CHACUN POUR SOI DE GIORGIO CAPITANI (1968)

 


Vu le film Chacun pour Soi de Giorgio Capitani (1968) avec Van Heflin Gilbert Roland Klaus Kinski George Hilton Sarah Ross Teodoro Corrà


Chacun pour soi de Giorgio Capitani est typiquement le genre de western européen de la fin des années 60 qui devait être produit à la pelle pour alimenter les salles de quartier, avec ses chevaux, ses colts, ses gueules patibulaires et son histoire d’or qui finit forcément par faire disparaître quelques copains en cours de route. Celui-là, pourtant, aucun souvenir, comme quoi même les westerns spaghettis ont parfois droit à leur trou de mémoire.

Dans cette coproduction entre l’Italie et l’Allemagne, on retrouve un casting assez étonnant, avec une majorité d’acteurs italiens dans les seconds rôles, mais aussi deux Américains venus probablement chercher quelques dollars supplémentaires : Gilbert Roland et surtout Van Heflin, qui en est ici à l’une de ses dernières apparitions au cinéma. On sent d’ailleurs que le temps a passé et qu’il paraît bien fatigué, mais il conserve cette présence de vieux routier du western qui lui permet de s’en sortir plus que bien.

Au milieu de tout ce beau monde, il y a évidemment Klaus Kinski, incontrôlable comme toujours, qui n’a pas besoin de beaucoup d’efforts pour jouer une ordure puisque le costume lui va comme un gant. L’histoire tourne autour d’un trésor et d’un partage qui va évidemment très mal se terminer, puisque lorsqu’il y a de l’or à prendre, la notion de camaraderie devient rapidement une vieille plaisanterie. Chacun commence donc à penser à soi, et les copains deviennent progressivement des concurrents, voire des cadavres potentiels.

Le film lorgne ouvertement du côté du Trésor de la Sierra Madre, mais il ne faut surtout pas s’attendre à retrouver le chef-d’œuvre de John Huston. Le remake n’en a finalement que le principe général : quelques hommes, de l’or, la cupidité qui s’installe et l’amitié qui part en morceaux. Pour le reste, Capitani, dont ce sera d’ailleurs le seul western, n’a pas le quart de la moitié du talent de Huston pour transformer cette chasse au trésor en véritable descente aux enfers humaine.

La musique, elle, essaie visiblement de marcher sur les traces d’Ennio Morricone et de Sergio Leone, mais elle ressemble davantage à quelqu’un qui aurait regardé les partitions de Leone par-dessus son épaule. Ça fonctionne parfois, mais sans jamais retrouver cette classe et cette puissance qui faisaient immédiatement reconnaître un grand western italien.

Van Heflin reste donc la bonne surprise, malgré son état physique qui donne parfois l’impression qu’il pourrait avoir davantage besoin d’un fauteuil que d’un cheval. Gilbert Roland, lui, arbore un bronzage impeccable et une gomina tellement disciplinée qu’on pourrait presque lui confier la surveillance d’une frontière : pas une mèche qui dépasse, pas un poil de travers.

Quant à Kinski, il fait du Kinski, c’est-à-dire qu’il joue l’ordure avec cette inquiétante facilité qui lui était propre. On ne sait jamais vraiment s’il joue un personnage ou s’il vient simplement de quitter sa journée de travail.

On regrettera surtout que le film manque de souffle et de personnalité, malgré quelques scènes qui rappellent ce que pouvait produire le western européen à cette époque. Mais entre les ambitions affichées, la référence évidente au film de Huston et une réalisation qui reste très loin du compte, Chacun pour soi demeure surtout un western de série parmi tant d’autres, de ceux qui ont probablement fait les beaux jours des salles de quartier avant de disparaître des mémoires. Même les spectateurs avaient fini par avoir leur rôle dans le décor, toujours en train de bouger et, à l’époque, avec les vapeurs de cigarettes qui accompagnaient les séances… non, je rigole, quoique pour certaines salles de quartier, on n’en était peut-être pas si loin !

NOTE : 6.20

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samedi 3 octobre 2026

11.50 - MON AVIS SUR LE FILM SANS LAISSER D'ADRESSE DE JEAN PAUL LE CHANOIS (1950


 Vu le Film Sans Laisser d'Adresse de Jean Paul le Chanois (1950) avec Danièle Delorme Bernard Blier Julien Carette Pierre Trabaud Gérard Oury Louis de Funès France Roche Annie Girardot Michel Piccoli Juliette Gréco et ...


Avec Sans laisser d’adresse, Jean-Paul Le Chanois nous offre une comédie populaire française comme on savait les faire dans les années 50, avec du cœur, de l’humour et surtout une formidable balade dans le Paris de l’époque. Ici, pas besoin de GPS ni de chauffeur VTC, il suffit de monter dans le taxi d’Émile Gauthier, gouailleur au grand cœur interprété par un Bernard Blier une nouvelle fois parfait.

Sa passagère, pratiquement unique pendant tout le trajet, est Thérèse Ravenaz, une jeune provinciale venue de Chambéry à Paris pour retrouver le père de son bébé. Le problème, et il est de taille, c’est que monsieur est déjà marié, père de famille et surtout particulièrement coureur. Autant dire que la jeune femme n’est pas venue à Paris pour faire du tourisme, même si son périple va justement nous offrir une magnifique visite de la capitale.

Pendant cette course à travers Paris, Émile va peu à peu se retrouver embarqué dans les problèmes de Thérèse et, derrière le chauffeur de taxi un peu grande gueule, c’est toute une solidarité qui va se mettre en place autour de cette jeune femme perdue. Danièle Delorme apporte à Thérèse une lumière et une fragilité qui rendent son personnage immédiatement attachant, sans jamais tomber dans le mélo facile.

Le film parle finalement de famille, de solitude, de débrouille et de solidarité entre ces âmes perdues qui se croisent dans un Paris encore populaire. Et puis il y a ce fameux taxi, véritable fil conducteur de l’histoire, qui nous promène dans le Paris des années 50, avec ses rues, ses monuments et cette ville qui n’a pas encore été transformée en musée à ciel ouvert pour touristes.

C’est aussi un plaisir de retrouver le génial Julien Carette, toujours capable de faire exister un personnage en quelques scènes, ainsi qu’un certain Louis de Funès, encore loin de la folie furieuse qui fera sa gloire quelques années plus tard. On le retrouve ici dans une salle de maternité, attendant que son bébé arrive dans ce monde, et forcément, quand on sait ce que le bonhomme va devenir, la scène possède aujourd’hui une petite saveur supplémentaire.

Et puis arrive un moment suspendu avec Juliette Gréco, dans un cabaret enfumé de Saint-Germain-des-Prés. Sa présence suffit à changer l’atmosphère et sa voix magique rappelle immédiatement cette époque où Paris pouvait encore vivre la nuit autrement qu’entre deux restaurants hors de prix.

Et si vous êtes bien attentifs, vous pourrez également apercevoir ici ou là quelques futurs grands noms du cinéma français : Gérard Oury, Simone Signoret, Annie Girardot ou encore Michel Piccoli. Rien que cela donne envie de jouer à « cherchez la future star » pendant le film.

Sans laisser d’adresse est donc une jolie comédie populaire, pleine de bons sentiments mais sans être écœurante, portée par Bernard Blier et Danièle Delorme, avec Paris comme troisième personnage. Une époque, une ville, un taxi, une jeune femme enceinte et une poignée de personnages qui vont, chacun à leur manière, essayer de lui donner un coup de main.

Et surtout, un Paris des années 50 que l’on traverse tranquillement à bord du taxi d’Émile Gauthier, avec Bernard Blier au volant : voilà peut-être le meilleur moyen de visiter la capitale sans payer le prix d’un taxi actuel !

NOTE : 11.50

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