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jeudi 5 mars 2026

13.20 - MON AVIS SUR LE FILM L'ESPION DE DIEU DE TODD TOMARNICKI (2024)

 


Vu le Film L’Espion de Dieu de Todd Tomarnicki (2024) avec Jonas Dassler August Diehl Flula Borg David Jonsson Morite Bleibtreu Clarke Peters 

Dans les années 1940, un pasteur allemand rejoint les rangs de la résistance en s'opposant publiquement au régime nazi. 

Il y avait matière à grand film. 
Raconter la vie de Dietrich Bonhoeffer, pasteur luthérien engagé dans la résistance au nazisme, théologien brillant, homme de foi traversé par le doute, exécuté en 1945 pour avoir participé au complot contre Hitler… Sur le papier, c’est du solide. Du tragique. Du vertigineux. 

Le film s’attaque donc à cette figure complexe, membre de l’« Église confessante », opposant au régime, pris dans les réseaux de résistance allemande et lié aux conjurés du 20 juillet. Un homme qui tenta, à sa manière, de résister à l’emprise de la barbarie en Allemagne. Rien que ça. 

Mais voilà. 

La réalisation de Komarnicki manque cruellement de lyrisme. On aurait attendu une mise en scène habitée, traversée par le doute moral, par la tension spirituelle. Or tout semble un peu sage, un peu plat, presque scolaire. La caméra ne cherche jamais vraiment la mise en abyme entre la foi et l’action politique, entre la parole théologique et le geste clandestin. C’est propre, mais figé. 

Le scénario, lui, survole trop les personnages. On effleure les dilemmes sans jamais les creuser. Bonhoeffer n’est pas un saint figé dans le marbre, c’était un homme traversé par des contradictions — le film aurait pu s’y engouffrer. À la place, on avance par tableaux successifs, parfois illustratifs, parfois simplificateurs. 

Et il y a ces approximations historiques, pour ne pas dire des erreurs. C’est toujours délicat quand on manipule l’Histoire pour fabriquer une dramaturgie plus percutante. On sent par moments une volonté d’en faire presque un petit brûlot contemporain, susceptible de servir certaines idéologies. C’est dommage. L’histoire réelle était déjà suffisamment puissante, nul besoin de la tordre. 

Là où le film tient, en revanche, c’est dans son casting. 

Jonas Dassler, dans le rôle de Bonhoeffer, apporte une intensité fragile, une intériorité crédible. Il ne surjoue jamais la sainteté, il incarne un homme habité. Son regard fait passer plus de choses que certains dialogues explicatifs. 

Face à lui, August Diehl fait le job — plus que nécessaire. Présence magnétique, retenue, précision. Chaque scène où il apparaît gagne en densité. On sent l’acteur rompu aux rôles ambigus, capables d’habiter les zones grises de l’Histoire. 

C’est d’ailleurs paradoxal : les acteurs apportent une profondeur que la mise en scène ne creuse pas. Comme si le film était en permanence en dessous de son propre sujet. 

On aurait aimé que le réalisateur et producteur respecte davantage l’histoire de ce héros allemand qui a osé s’élever contre le fascisme. Il y avait des choses à dire — sur la foi confrontée au mal absolu, sur la responsabilité individuelle, sur la résistance intérieure avant la résistance politique — mais elles restent en surface. 

Cela reste superficiel. Dommage. 

Parce que Bonhoeffer méritait mieux qu’une réalisation d’une platitude qui défie le temps. 

Un film intéressant sur le fond, frustrant dans la forme. 
Un biopic qui informe, mais n’élève pas. 
Et quand on parle d’un homme qui a choisi la hauteur morale face à la barbarie, c’est un peu ironique. 

NOTE : 13.20

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation et scénario : Todd Komarnicki
  • Musique : Antonio Pinto et Gabriel Ferreira
  • Décors : John Beard
  • Costumes : Chouchane Tcherpachian
  • Photographie : John Mathieson
  • Montage : Blu Murray
  • Production : Camille Kampouris, Emmanuel Kampouris, Chloe Kassis-Crowe, Todd Komarnicki, Mark O'Sullivan et John B. Scanlon
Producteurs délégués : Richard Caleel, Vivienne De Courcy, John Hubbard, Ros Hubbard, Sarada McDermott, Lars P. Winther

  • Sociétés de production : Crow's Nest Productions, Fontana, In Plain Sight Group et Guy Walks into a Bar Productions
  • Sociétés de distribution : Angel Studios, Saje distributio

DISTRIBUTION

10.30 - MON AVIS SUR LE FILM EN MEME TEMPS DE GUSTAV KERVERN ET BENOIT DELEPINE (2022)

 


Vu le Film En Même Temps de Gustav Kervern et Benoit Delépine (2022) avec Vincent Macaigne Jonathan Cohen Thomas VDB Yolande Moreau Jehnny Beth India Hair Laetitia Dosch François Damiens Anna Mouglalis Doully 

Un maire de droite , Didier Bequet (Jonathan Cohen) tente de corrompre un maire de gauche écologiste voisin , Pascal Molitor (Vincent Macaigne) , pour construire un parc de loisirs à l'endroit où se trouve une forêt primaire. Des activistes féministes lient les deux personnages en les collant, ce qui va mener dès lors à des situations improbables. 

Avec En Même Temps, Gustave Kervern et Benoît Delépine, nos deux anarchistes officiels du cinéma français, anciens trublions de Groland, livrent une énième comédie politique. Piquante… mais soft. Presque trop sage. Là où Groland ose tout, ici ils retiennent un peu les coups. À peine quelques situations ubuesques pour rappeler qu’on est bien chez eux. 

L’histoire est simple et délicieusement absurde sur le papier : deux maires de communes voisines, l’un de droite, l’autre de gauche écologiste, magouillent chacun dans leur coin autour d’un projet de parc de loisirs avec corruption à la clé – évidemment. Le maire de droite, interprété par Jonathan Cohen, est un opportuniste charmeur et cynique ; celui de gauche, joué par Vincent Macaigne, est un idéaliste lunaire, maladroit et sincère. Deux visions du monde, deux égos, deux hypocrisies aussi. 

Mais voilà que des militantes féministes, radicales et déterminées, décident de les piéger : les deux hommes se retrouvent littéralement collés l’un à l’autre. Métaphore un peu lourde de la politique française obligée de faire coalition ? Peut-être. Toujours est-il que lorsque les deux maires ne sont pas physiquement attachés, le film fonctionne bien mieux. Les dialogues fusent, les piques sont tordantes, parfois hard, et on retrouve le goût du duo pour la satire grinçante. 

En revanche, dès qu’ils restent collés… cela fonctionne moins. Le comique de contrainte s’épuise vite. On dirait du Quentin Dupieux, c’est dire — mais sans la radicalité absurde totale. Le dispositif prend le pas sur le rythme, et la mécanique scénaristique semble tourner en rond. 

Les militantes, elles, sont dépeintes comme des excitées du bulbe. C’est volontairement caricatural, sans doute pour taper sur tout le monde, mais le trait est épais. On sent que les idées politiques des deux réalisateurs se voient comme un nez au milieu de la figure. La satire est orientée, assumée, mais parfois un peu démonstrative. 

Reste les acteurs. Et là, difficile de bouder son plaisir. Jonathan Cohen joue parfaitement le notable roublard, entre sourire Colgate et lâcheté institutionnelle. Mais surtout, il y a Vincent Macaigne. Toujours. Fragile, drôle, excessif, touchant. Un acteur qui transforme la moindre hésitation en moment de vérité burlesque. À quand un César, bordel ? 

La mise en scène est volontairement modeste, presque télévisuelle par moments. Peu d’invention visuelle, peu d’audace formelle. Le film repose essentiellement sur le duo et le dialogue. Le scénario, lui, a une bonne idée de départ, mais peine à la renouveler sur la durée. 

Alors oui, il y a des éclairs. Oui, on sourit souvent. Oui, certaines répliques font mouche. Mais l’ensemble manque d’ampleur, de folie, de ce petit supplément d’anarchie qui faisait la force de leurs œuvres les plus mordantes. 

Un film sympathique, parfois drôle, porté par des comédiens impeccables — surtout Macaigne — mais qui ne restera pas dans les annales des urnes. 

Et c’est peut-être ça, le vrai problème : on attendait une bombe artisanale. On a eu un pétard mouillé… mais attachant. 

NOTE : 10.30

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION