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mercredi 14 octobre 2026

16.40 - MON AVIS SUR LE FILM LE GRAND RESTAURANT DE JACQUES BESNARD (1966)


 Vu le Film Le Grand Restaurant de Jacques Besnard (1966) avec Louis de Funès, Bernard Blier, Olivier de Funès, Folco Lulli Venantino Venantini Noel Roquevert

Maria-Rosa Rodriguez Paul Preboist Roger Caccia Michel Modo Pierre Tornade Guy Grosso Jean Ozenne Maurice Risch

Parce que c’est Louis de Funès, le génie du rire, et que dans Le Grand Restaurant, il nous démontre une nouvelle fois l’étendue de son talent grâce à ses grimaces, ses pitreries et cette énergie qui semble ne jamais devoir s’épuiser. Pour moi, ce film s’inscrit dans la grande tradition des Branquignols, avec cette folie collective héritée notamment de Robert Dhéry et Colette Brosset, où les scènes de groupe font mouche et où le rire se transmet de spectateur en spectateur, particulièrement dans les murs du restaurant, même si les scènes extérieures sont parfois moins inspirées.

Si Jacques Besnard est bien le réalisateur, Louis de Funès est incontestablement l’âme du projet, puisqu’il participe à l’écriture du scénario, choisit ses partenaires et imprime sa marque à l’ensemble. Avec l’aide de son ami Jean Halain, fils d’André Hunebelle, il construit une comédie qui ne traîne jamais les pieds et dont on reconnaît immédiatement la patte, avec cette troupe de fidèles qui semble avoir pris ses quartiers dans la cuisine autant que dans la salle. On retrouve notamment Roger Caccia, ancien compagnon des Branquignols, mais aussi Jean Ozenne et son inoubliable « Mon Dieu, mon Dieu », Pierre Tornade toujours aussi classe, Paul Préboist, ainsi que le duo Grosso et Modo, l’un en dénonciateur et l’autre en lèche-bottes, une brigade qu’on ne souhaiterait pas forcément avoir chez soi, même pour les grandes occasions.

De Funès incarne Monsieur Septime, patron autoritaire, perfectionniste jusqu’à la maniaquerie, qui dirige son établissement comme un général commande ses troupes. Chaque serveur doit obéir au doigt et à l’œil, chaque assiette doit être irréprochable et la moindre erreur devient un crime de lèse-majesté. Derrière son costume impeccable se cache pourtant un personnage capable de perdre tous ses moyens lorsque les événements lui échappent, ce qui devient particulièrement savoureux lorsque l’intrigue policière vient bousculer son petit monde bien ordonné.

L’enlèvement du président Novalès va ainsi transformer notre tyran des fourneaux en personnage mêlé à une aventure qui le dépasse largement, entre quiproquos, rebondissements et situations rocambolesques. L’histoire sert surtout de terrain de jeu à De Funès, qui peut multiplier les expressions, les gestes improbables et les accès de panique dont il a le secret, sans que le scénario cherche à rivaliser avec son véritable moteur : le comique.

Comment ne pas évoquer la fameuse recette du soufflé aux pommes de terre, avec ses ombres chinoises qui transforment Septime, accent compris, en un Hitler absolument hilarant ? L’idée vient de De Funès lui-même et la scène aurait été tournée sous cette forme en une seule prise. Voilà un exemple de son inventivité, capable de transformer une démonstration culinaire en numéro de cabaret, avec une audace et une précision qui font encore mouche aujourd’hui. La scène de la danse, où Septime impose son rythme à un orchestre qui peine à suivre, relève de la même mécanique, tandis que les scènes de piano de Roger Caccia participent à cette ambiance de joyeux désordre parfaitement orchestré.

Les seconds rôles ne sont pas là pour faire de la figuration, et c’est aussi ce qui donne au film sa saveur. On retrouve Olivier de Funès, le fils de Louis, qui ne joue pas cette fois son fils à l’écran et qui s’éloignera ensuite du métier d’acteur pour devenir pilote. La complicité de cette troupe donne au restaurant une véritable existence, avec ses habitudes, ses petites lâchetés et ses personnages hauts en couleur. Les obsessions de De Funès sont également au rendez-vous, notamment son goût pour la Légion d’honneur, tandis que les noms de Septime et de Sévère, son personnage dans Hibernatus, renvoient tous deux à des empereurs romains.

Le Grand Restaurant est pour moi, avec Hibernatus et Oscar, une véritable Madeleine de Proust, un remède souverain pour détendre les zygomatiques et retrouver un plaisir intact devant des scènes que je connais pourtant par cœur. Certaines annoncent presque L’Aile ou la Cuisse, tant on retrouve cette obsession de la gastronomie, du cérémonial et de la perfection poussée jusqu’à l’absurde.

Revoir ce film, c’est retrouver un cinéma populaire qui ne cherche pas à se donner des airs, mais qui sait parfaitement ce qu’il veut : nous faire rire et nous faire passer une excellente soirée. Louis de Funès règne sur cette brigade avec une gourmandise communicative, et je savoure toujours autant ses colères, ses grimaces et ses inventions, sans oublier cette troupe qui lui donne la réplique avec un plaisir évident.

Un grand classique de ma comédie française, à déguster sans modération, même si le service est parfois un peu brutal. À table !

NOTE : 16.40

Réalisation : Jacques Besnard

DISTRIBUTION

mardi 13 octobre 2026

13.80 - MON AVIS SUR LE FILM UN VRAI BONHOMME DE BENJAMIN PARENT (2020)


 Vu Le Film Un Vrai Bonhomme de Benjamin Parent avec Benjamin Voisin Thomas Guy Tasnim Jamlaoui Guillaume Arnault Sami Outalbali Laurent Lucas Isabelle Carré Nils Othenin Girard


Tom, un adolescent timide et sensible, s'apprête à faire sa rentrée dans un nouveau lycée. Pour l'aider à s'intégrer, il peut compter sur les conseils de Léo, son grand frère qu'il considère comme son mentor. Léo va s'employer à faire de Tom un homme, un vrai, mais son omniprésence va rapidement se transformer en une influence toxique. Pourtant, derrière la bienveillance fraternelle de Léo, se cache un tempérament destructeur. Tom va devoir batailler pour s'affranchir de son emprise.

Je me rappelle avoir vu Un Vrai Bonhomme juste avant le confinement, dans les salles du Publicis, loin de mes bases habituelles, mais j’avais tellement envie de le découvrir que je n’ai pas regretté le déplacement, pas plus que de le revoir aujourd’hui. Il y a des films qui vous laissent un bon souvenir et d’autres qui confirment, plusieurs années plus tard, que votre première impression était la bonne. Celui de Benjamin Parent appartient à la deuxième catégorie.

Ce premier long métrage possède une fraîcheur incroyable alors qu’il aborde des sujets qui n’ont rien de réjouissant, entre le deuil et la perte d’un proche, les humiliations permanentes au lycée, la responsabilité que l’on doit assumer en grandissant et la toxicité de celui dont on attend justement qu’il nous protège. Un cocktail qui pourrait facilement plomber l’atmosphère, mais le réalisateur trouve le ton juste pour nous embarquer dans cette histoire sans nous donner l’impression de subir une leçon de morale.

Benjamin Parent nous conduit là où il veut nous emmener, sans esbroufe ni effets appuyés, en laissant l’histoire se construire progressivement comme un puzzle dont les pièces s’assemblent les unes après les autres. Le récit avance avec une belle fluidité, sans avoir besoin de multiplier les coups de théâtre pour retenir notre attention, car on s’habitue peu à peu aux personnages, à leurs contradictions et à leurs secrets, jusqu’à comprendre ce qui se joue réellement derrière les apparences. C’est intelligent, maîtrisé et particulièrement emballant.

Le scénario témoigne d’une vraie finesse d’écriture, qualité que Benjamin Parent avait déjà montrée en coécrivant Mon Inconnue de Hugo Gélin et en créant la série pour adolescents Les Grands sur OCS. Il confirme ici qu’il sait raconter une histoire, observer les adolescents sans les caricaturer et parler de leurs difficultés avec une sensibilité qui ne verse jamais dans la mièvrerie.

Reste à savoir si Tom parviendra à couper les liens qui l’enchaînent à son frère et à trouver sa propre voie, pour enfin vivre libre. Toute la force du film se trouve dans cette question, qui dépasse largement le cadre du lycée et nous renvoie à ces relations parfois étouffantes dont on ne sait pas toujours comment se libérer.

Et puis il y a les comédiens, une sacrée bande de jeunes talents dont certains ont de bonnes chances de faire parler d’eux dans la décennie à venir, car le talent, ici, il y en a au mètre carré ! On commence par Thomas Guy, qui avait 19 ans au moment du film et porte cette histoire avec une justesse remarquable, lui que l’on avait déjà aperçu dans L’Heure de la sortie de Sébastien Marnier, véritable vivier de jeunes comédiens à suivre.

Nils Othenin-Girard, remarqué notamment dans Simon et Théodore, et Guillaume Arnault, que l’on a pu voir dans Interrail et la série Marseille, complètent cette distribution prometteuse. Ils apportent à l'ensemble cette spontanéité qui évite au film de ressembler à une démonstration fabriquée sur les tourments de l'adolescence.

Mais il y a aussi celui qui fut bien davantage qu’une révélation en 2020 : Benjamin Voisin, déjà aperçu dans Été 85 et La Dernière Vie de Simon, qui dévoilait ici plusieurs facettes de son talent, passant de l’amusement à quelque chose de franchement inquiétant. À 24 ans, il avait déjà cette présence qui ne laisse pas indifférent et cette capacité à rendre un personnage aussi fascinant que dérangeant.

Depuis, il a gravi les échelons un à un, jusqu’au César du meilleur espoir masculin pour Illusions perdues, une consécration qui n’avait rien d’usurpé. On aurait également aimé le voir récompensé pour L’Étranger, tant son parcours confirme qu’il ne s’agit pas d’un feu de paille, et son incarnation prochaine du jeune Johnny Hallyday constitue une nouvelle étape à suivre. Un diamant pur, ce Benjamin Voisin, et je ne crois pas que nous ayons fini d’en entendre parler.

Un Vrai Bonhomme est une formidable découverte, un film qui aborde des thèmes douloureux avec une légèreté de ton qui n’enlève rien à leur gravité, bien au contraire. Benjamin Parent réussit son entrée dans le long métrage avec une histoire solidement construite et une distribution qui mérite tous les encouragements.

Comme quoi, pour parler sérieusement de sujets difficiles, il n'est pas nécessaire de sortir l'artillerie lourde ni de nous plomber le moral pendant deux heures. Voilà un premier film qui donne envie de suivre son réalisateur, et une belle poignée de comédiens dont certains n'ont manifestement pas fini de grimper les marches !

NOTE : 13.80

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

12.00 - MON AVIS SUR LE FILM TOUT L'OR DU MONDE DE RENE CLAIR (1961)


 Vu le Film Tout l'Or du Monde de René Clair (1961) avec Bourvil (3 Rôles) Philippe Noiret Claude Rich Alfred Adam Colette Castel Annie Fratellini Nicole Chollet Françoise Dorléac Michel Modo Claude Véga


Ah, ce cinéma pétillant de René Clair, comme il manque aujourd’hui à notre paysage cinématographique ! Une comédie pleine de malice, peuplée de personnages de la France profonde, entre campagne et montagnes, qui oppose les gens de la terre aux urbains avides d’argent, de pouvoir et de gloire. Une histoire qui n’a rien perdu de son charme, avec cette façon de rire des travers humains sans oublier de nous rappeler quelques vérités.


Dans le petit village de Cabosse, une source fait vivre les habitants et attire la convoitise d’un promoteur immobilier qui ne voit dans ce coin de campagne qu’une formidable occasion de s’enrichir. Son objectif est simple : acheter les terres et le village pour exploiter cette eau qui vaut de l’or. Évidemment, quand les billets commencent à circuler et que les sommes proposées donnent le tournis, les villageois et le maire sont prêts à céder aux sirènes de l’argent, car il est toujours plus facile de défendre ses convictions quand personne ne vous présente un joli chèque sous le nez.


Tous ? Non ! Comme un petit village Gaulois dans un autre temps , Un paysan résiste encore et toujours à l’envahisseur, Mathieu Dumont, interprété par Bourvil, qui refuse de vendre ses terres et de voir son village transformé en une opération commerciale. Face à ce récalcitrant qui contrarie ses plans, le promoteur, incarné par Philippe Noiret, va déployer tout un arsenal de pressions et d’intimidations, avec l’aide de son chauffeur, joué par Alfred Adam, et de son secrétaire, interprété par Claude Rich.


Mais le bonhomme n’a pas affaire à un simple paysan, car Mathieu a deux fils, Toine et Martial, également interprétés par Bourvil, et cette particularité va donner lieu à une série de situations cocasses dont René Clair a le secret. Avec ses trois personnages aux caractères bien distincts, Bourvil s’en donne à cœur joie, multipliant les déguisements et les transformations dans un exercice qui rappelle parfois son plaisir à jouer les personnages de composition dans Le Capitan. L’acteur s’amuse, et ce plaisir devient rapidement contagieux, tant il possède cette faculté de nous faire rire sans avoir besoin d’en rajouter.


Philippe Noiret, dans un registre inhabituel pour lui, lui donne la réplique avec un plaisir manifeste, en promoteur dont la cupidité n’a d’égale que sa détermination à mettre la main sur cette fameuse source. Le face-à-face entre les deux hommes fonctionne à merveille, l’un défendant son petit coin de paradis et l’autre rêvant déjà aux bénéfices qu’il pourrait en tirer. René Clair orchestre tout cela avec une légèreté qui n’exclut ni la satire sociale ni les coups de griffe adressés à une société où tout semble pouvoir s’acheter.


Pendant 90 minutes, les situations cocasses s’enchaînent dans cette campagne et ces montagnes où la tranquillité des habitants se trouve sérieusement perturbée par les appétits financiers. Le film possède ce charme d’un cinéma populaire qui ne prend pas son public pour un imbécile et qui sait faire passer ses idées avec humour, sans transformer la comédie en sermon. On retrouve cette joie de vivre si particulière au cinéma de René Clair, cette fantaisie qui fait sourire autant qu’elle réjouit.


Et bien sûr, avec Bourvil, la chanson n’est jamais bien loin, car notre Normand possède aussi ce talent de glisser quelques notes au milieu de ses aventures, comme si cela faisait naturellement partie du voyage.


On passe un excellent moment en compagnie de cette galerie de personnages, avec une morale qui sauve la face face aux appétits de l’argent : « L’argent ne fait pas le bonheur" et il  manque les moutons. » Une punchline qui résume parfaitement l’esprit du film, car entre les promesses de fortune et les plaisirs simples de la campagne, le choix devrait être vite fait, même si certains ont besoin de voir passer quelques millions avant de retrouver le bon sens paysan.


Tout l’Or du Monde nous rappelle qu’une source peut rapporter beaucoup d’argent, mais que la joie de vivre ne se met pas en bouteille. René Clair nous offre une comédie savoureuse, Bourvil y est formidable, Noiret apporte une opposition réjouissante, et l’on ressort avec le sourire, heureux d’avoir retrouvé un cinéma qui savait faire rire avec trois fois rien, tout en visant juste.

NOTE : 12.00

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION