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mardi 10 mars 2026

14.40 - MON AVIS SUR LE FILM RANGO DE GORE VERBINSKI (2011)


 Vu le Film d’Animation Rango de Gore Verbinski (2011) avec les voix de Johnny Depp Isla Fisher Ned Beatty Abigail Breslin Bill Nighy Alfred Molina ray Winstone Timothy Oliphant 

(Le personnage du Maire John Tortoise à la voix de Ned Beatty° 

Quatre hiboux mariachis racontent l'histoire de Rango, sur fond de musique mexicaine. 

Un caméléon domestique sans nom fan de théâtre, metteur en scène et improvisateur vit dans un terrarium, persuadé d'être un héros, mais un accident de voiture le projette brusquement dans la réalité, en plein désert de Mojave. Après avoir rencontré le responsable de l'accident, un vieux tatou qui cherchait simplement à traverser la route, il s'enfonce dans le désert à la recherche d'une ville où le tatou lui a conseillé d'aller. 

Il y a les westerns de Sergio Leone, ceux de Raoul Walsh, de John Sturges et bien sûr de John Ford… et désormais il y a Rango. Avec ce film d’animation sorti en 2011, Gore Verbinski signe sans doute le plus bel hommage moderne au western. Un hommage fait avec amour, humour et une précision presque maniaque dans les références. 

Car dès les premières minutes, le ton est donné : ce lézard un peu mythomane qui se rêve héros de théâtre ressemble étrangement à un certain Clint Eastwood… même en reptile. Et les bandits que l’on croise dans ce désert pourraient sortir tout droit d’un film de Leone : on croit reconnaître les silhouettes de Lee Van Cleef, de Eli Wallach ou de Lee Marvin. Les références pleuvent tout au long du film et c’est franchement jouissif tant elles sont précises et savoureuses. 

L’histoire commence comme une ballade absurde dans le désert. Rango, un lézard domestique un peu acteur dans l’âme, se retrouve perdu au milieu de nulle part après un accident de voiture. Perdu dans le désert depuis trop longtemps, comme dirait Jean Patrick Capdevielle dans sa chanson, notre héros échoue finalement dans la petite ville poussiéreuse de Dirt. 

Et là, on entre en plein western. Cercueils qui traînent, buissons secs qui roulent dans la rue, poussière omniprésente, trognes patibulaires et regards en coin… Verbinski recrée tout l’imaginaire du Far West, mais avec un humour grinçant. Dans cette ville, l’eau est plus précieuse que l’or et elle est contrôlée par un maire manipulateur et corrompu, incarné par une tortue inquiétante. 

Rango, menteur professionnel mais comédien enthousiaste, improvise alors un personnage de pistolero invincible. À force de raconter ses exploits imaginaires, il finit par être nommé shérif de la ville. Le problème, évidemment, c’est qu’il va devoir prouver qu’il est réellement ce héros qu’il prétend être. Le voilà donc embarqué malgré lui dans une aventure où il devra affronter bandits, serpents et complots autour de l’eau potable. 

Ce qui rend le film remarquable, c’est l’équilibre entre parodie et respect du genre. Le Far West est montré comme un monde hostile : la mort est partout, les habitants ont des visages fatigués, les rues sont envahies par la poussière et les squelettes semblent presque faire partie du décor. Verbinski n’idéalise pas cet Ouest mythique ; au contraire, il le regarde avec un œil ironique et parfois critique. 

La mise en scène est d’une richesse étonnante pour un film d’animation. Verbinski filme son désert comme un véritable western, avec des cadrages larges, des duels silencieux et des entrées de personnages dignes des classiques du genre. La caméra glisse dans les rues de Dirt comme dans un décor de Ford ou de Leone, mais avec un humour visuel qui rappelle parfois les cartoons les plus inventifs. 

Techniquement, le film est impressionnant. L’animation signée par le studio Industrial Light & Magic donne aux personnages une texture presque poussiéreuse, comme s’ils avaient réellement vécu dans ce désert brûlant. Les visages sont pleins de rides, de cicatrices et de détails. On est très loin de l’animation lisse habituelle : ici, chaque personnage semble avoir vécu mille aventures. 

Le casting vocal est également une réussite. Johnny Depp prête sa voix à Rango avec une énergie théâtrale parfaite pour ce personnage mythomane et attachant. À ses côtés, Isla Fisher donne du tempérament à Beans, tandis que Bill Nighy incarne un serpent terrifiant nommé Rattlesnake Jake, véritable incarnation du pistolero mythique. 

Mais au-delà des références et de la technique, Rango raconte surtout la naissance d’un héros. Un héros improbable, un peu menteur, un peu trouillard, mais qui finit par comprendre que les légendes ne valent que si l’on ose les vivre. 

Et c’est peut-être là que le film devient le plus beau : derrière l’humour et les clins d’œil, Verbinski parle du pouvoir des histoires et de ces personnages qui deviennent des mythes parce qu’ils osent affronter la poussière du monde. 

Au finalnotre lézard ne lézarde pas. Comme Lucky Luke, il pourra repartir vers de nouvelles aventures après avoir remis un peu d’ordre dans cette ville perdue au milieu du désert. 

Un western animé brillant, drôle, malin et amoureux du genre. Bref, un vrai film de western… simplement joué par des reptiles. 🦎🤠 

NOTE : 14.40

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION (VOIX)



13.90 - MON AVIS SUR LE FILM L'INSPECTEUR HARRY DE DON SIEGEL (1971)

 


Vu le Film L’Inspecteur Harry (Dirty Harry) de Don Siegel (1971) avec Clint Eastwood Andrew Robinson Harry Guardino John Verrnon Reni Santoni Mae Mercer John Mitchum John Larch Josef Summer Don Siegel James Nolan 

(John Vernon joue le Maire de San Francisco)  

Alors qu'une jeune femme se baigne dans une piscine située sur un toit de San Francisco, un homme l'assassine à l'aide d'un fusil de calibre .30-06 Springfield. Chargé de l'enquête, l'inspecteur Harry Callahan trouve la douille usagée sur un toit situé non loin du lieu du crime, et un message d'un dénommé « Scorpion ». Le message réclame une rançon, faute de laquelle le tueur en série tuera une personne par jour en commençant par « un prêtre catholique ou un nègre ». 

C’est la première fois que l’on voyait le Blond et sa grande carcasse quitter les rues poussiéreuses du Far West pour arpenter celles de San Francisco. Après avoir dégainé dans les westerns de Sergio Leone, Clint Eastwood troque ici le colt du cow-boy contre le revolver du policier urbain. Et le résultat est explosif. Le film sort en 1971 et inaugure une saga qui s’étendra jusqu’en 1988, mais il faut surtout savourer ce premier opus – et son excellent successeur Magnum Force – avant que la mécanique de la série ne finisse par déborder le personnage. 

Tout est résumé dans la réplique devenue mythique : 
« You've got to ask yourself a question: Do I feel luckyWell, do yapunk? ». 
Cette phrase résume parfaitement l’inspecteur Harry Callahan : un flic brut de décoffrage, direct, ironique, et qui ne s’embarrasse pas toujours de la procédure. À l’époque, ce ton était inhabituel, presque provocateur. Pourtant, ce personnage va devenir une référence pour toute une génération de policiers de cinéma, des héros comme John McClane ou Martin Riggs lui devront beaucoup. 

La réussite du film tient aussi à son antagoniste. Le rôle du tueur Scorpion devait initialement revenir à Audie Murphy, star des westerns et héros de guerre américain. Mais l’acteur meurt tragiquement dans un accident d’avion avant le tournage. Il est remplacé par Andrew Robinson, qui livre une prestation glaçante. Robinson incarne un psychopathe inquiétant et nerveux, dont la folie contraste parfaitement avec la froide détermination d’Eastwood. Sa carrière sera ensuite irrégulière, mais on le reverra notamment dans Charley Varrick de Siegel, aux côtés de Walter Matthau, ou encore dans The Drowning Pool de Stuart Rosenberg avec Paul Newman. 

Une anecdote savoureuse : durant le tournage, Don Siegel tombe malade. Eastwood, qui commence alors à s’intéresser sérieusement à la mise en scène, tourne lui-même la scène où Callahan empêche un homme de se suicider. Un petit moment de cinéma qui annonce la carrière de réalisateur qu’il développera par la suite. 

Techniquement, le film appartient encore à une époque où les cascades se faisaient vraiment. Pas d’images numériques : les cascadeurs passent à travers les vitres, dévalent des escaliers ou traversent des planchers en bois pour de vrai. Les impacts de balles éclatent parfois avec un léger retard, les poches de faux sang aussi… mais c’est précisément ce réalisme artisanal qui donne au film son charme aujourd’hui. 

La mise en scène de Siegel est sèche, nerveuse et efficace. Il filme San Francisco comme un véritable terrain de chasse urbain : les rues en pente, les toits, les parkings et même le célèbre stade deviennent des décors de tension. La musique, typique du début des années 70, ajoute cette atmosphère étrange et reconnaissable qui rappelle parfois certains polars européens ou les films de Georges Lautner. 

Le film regorge aussi de clins d’œil amusants. À un moment, l’inspecteur Harry passe devant un cinéma qui projette Play Misty for Me, le premier film réalisé par Eastwood l’année précédente. Sur un mur du métro apparaît aussi le prénom Kyle, qui est celui de son fils né en 1968. 

Enfin, la scène finale est devenue légendaire : après avoir réglé l’affaire à sa manière, Callahan jette son insigne dans l’eau. Un geste symbolique qui rappelle celui de Gary Cooper dans High Noon. Comme le marshal du western classique, Harry semble dire qu’il a fait ce qu’il fallait, mais que le monde moderne n’a peut-être plus vraiment de place pour ce genre de justiciers. 

Dirty Harry est bien plus qu’un simple polar. C’est la rencontre parfaite entre un acteur iconique, un réalisateur maître du cinéma d’action et un personnage qui va marquer durablement la culture populaire. Le film a certes vieilli dans ses effets et ses techniques, mais il conserve une énergie brute et un charme que beaucoup de polars modernes peinent à retrouver. 

Et quand Eastwood braque son énorme revolver en demandant si l’on se sent chanceux… on comprend immédiatement pourquoi ce film est entré dans la légende.

NOTE : 13.90

FIVCHE TECHNIQUE



DISTRIBUTION