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vendredi 10 juillet 2026

13.90 - MON AVIS SUR LE FILM LA HAINE DE MATTHIEU KASSOVITZ (1995)

 


Vu le Film La Haine de Matthieu Kassovitz (1995) avec Vincent Cassel Hubert Koundé Said Tagmaoui Vincent Lindon Bernie Bonvoisin Matthieu Kassovitz Karim Belkhadra Cut Killer Nabil Ben Mhamed Zinedine Soualem Philippe Nahon


J'ai un avis partagé sur La Haine. C'est sans doute l'un des films français les plus célébrés de ces trente dernières années, un film devenu un symbole, parfois même un étendard. Mais justement, c'est peut-être là que commence mon malaise.


Le côté anti-flics de Matthieu Kassovitz, qui en a fait sa marque de fabrique pendant des années, finit par devenir franchement gonflant. Sans être aveugle sur ce qui se passe réellement dans la vraie vie, ni sur les violences policières qui existent, en parler H24 finit par rendre le discours pesant. À force d'appuyer toujours sur la même touche, le message perd de sa force et finit par ressembler à une démonstration.


Et ce ne sont pas ces diatribes contre la police qui constituent les meilleures qualités du film. Pas plus que son regard sur la banlieue. Surtout lorsqu'on n'y a jamais vraiment vécu... (merci Papa). J'ai souvent le sentiment d'assister à une accumulation de clichés, aussi bien sur la police que sur les cités et leurs habitants. Comme si chacun était enfermé dans un rôle dont il ne pouvait plus sortir.


L'histoire est pourtant d'une simplicité redoutable. Après qu'Abdel, un jeune habitant d'une cité, est grièvement blessé lors d'une bavure policière, la tension monte d'un cran. Durant une journée et une nuit, trois amis arpentent leur quartier puis Paris : Vinz, le plus impulsif, Hubert, le plus réfléchi, et Saïd, éternel médiateur. La découverte d'un revolver perdu par un policier fait monter la pression. Chacun va être confronté à ses propres limites, jusqu'à cette nuit où tout bascule.


Mais là où Kassovitz est incontestablement très fort, c'est dans sa mise en scène. Il possède un vrai sens du cadre et multiplie les idées de plans qui marquent durablement la mémoire. Chaque mouvement de caméra semble pensé, chaque composition raconte quelque chose. Son choix d'imposer le noir et blanc, contre l'avis de certains producteurs, donne au film une puissance supplémentaire. Les contrastes renforcent la dureté du récit et offrent au film une dimension presque intemporelle.


Visuellement, La Haine demeure une véritable leçon de cinéma.


En revanche, je n'ai jamais été un grand fan de Vincent Cassel dans ce rôle. Pour les mêmes raisons que son réalisateur : pas vraiment un mec de banlieue... (merci Papa). Il se la pète parfois un peu trop et en fait des tonnes dans ce personnage de racaille prête à exploser à la moindre étincelle. Son énergie est indéniable, mais je reste à distance de son interprétation.


À l'inverse, Saïd Taghmaoui est absolument formidable. Pour moi, il mange toutes les scènes. Sa façon de se déplacer, sa tchatche, son regard malicieux, son sourire, son naturel... Il apporte une humanité permanente au trio. Il est celui qui fait respirer le film entre deux accès de tension. Rien d'étonnant à ce qu'il ait ensuite construit une très belle carrière aux États-Unis.


Hubert Koundé, lui aussi, impressionne par sa sobriété. Son personnage est le plus lucide des trois, celui qui cherche encore à croire qu'une autre vie est possible, même si tout semble s'acharner contre lui.


En revoyant le film aujourd'hui, on s'amuse également à reconnaître le nombre impressionnant de seconds rôles devenus célèbres : François Levantal, toujours aussi formidable, Vincent Lindon, Marc Duret, Bernie Bonvoisin et bien d'autres encore. Un véritable défilé de futurs visages incontournables du cinéma français.


Côté musique, je reste un peu sur ma faim. En dehors de cette scène devenue culte où DJ Cut Killer balance son mix depuis la fenêtre d'un immeuble, la bande originale est finalement assez discrète. Je pense que davantage de morceaux de rap auraient accompagné naturellement l'univers du film. Mais ce n'était sans doute pas encore totalement la culture cinématographique de Kassovitz à cette époque.


Ironie du temps, il se rattrapera bien plus tard avec l'adaptation de La Haine sur scène, que j'ai trouvée absolument formidable. Comme si, avec les années, le film avait fini par dépasser son propre réalisateur. Une œuvre devenue plus grande que celui qui l'avait imaginée.


Et puis il y a cette fin.


Cette dernière image entre l'inspecteur Notre-Dame (Marc Duret) et Hubert (Hubert Koundé), chacun pointant une arme vers l'autre. Puis la caméra abandonne le face-à-face pour venir se fixer sur le visage de Saïd. Un coup de feu retentit.


Que s'est-il passé ?


Qui a tiré ?


Qui est tombé ?


On ne le saura jamais.


Une conclusion qui laisse le spectateur avec ses certitudes... ou ses doutes. Et c'est probablement là que La Haine atteint son sommet. Non pas dans son discours, qui me laisse partagé, mais dans sa capacité à nous abandonner avec une image et un bruit qui continuent de résonner longtemps après le générique.


Alors oui, La Haine est un grand film de mise en scène, un film qui a marqué son époque et influencé des générations de cinéastes. Mais quant à son message, des deux côtés d'ailleurs, je reste partagé. Et c'est peut-être finalement cette hésitation qui me donne encore envie d'y revenir, près de trente ans plus tard.

NOTE : 13.90

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jeudi 9 juillet 2026

14.30 - MON AVIS SUR LE FILM LA PROIE NUE DE CORNEL WILDE (1965)

 


Vu le Film La Proie Nue de Cornel Wilde (1965) avec Cornel Wilde Gert van den Bergh Bella Randles Ken Gampu atrick Mynhardt


Voilà un film qui vous remue les tripes… mais pas celles de Caen. Ici, on est dans le viscéral, le primaire, le sauvage. Dès les premières minutes, Cornel Wilde vous attrape à la gorge et ne vous lâche plus. Il ne cherche jamais à rendre son spectacle confortable, encore moins agréable. Il veut choquer, déranger, mettre le spectateur à bout de nerfs. Mission accomplie.

L'histoire est d'une simplicité biblique. En Afrique, un groupe de chasseurs d'ivoire massacre des éléphants pour s'enrichir. Parmi eux, un guide blanc (Cornel Wilde) est accusé par une tribu d'avoir participé à ces exactions. Les villageois décident alors de rendre leur propre justice. Tous les chasseurs sont exécutés dans des supplices d'une brutalité inouïe. Seul le personnage de Wilde parvient à s'échapper et devient la proie d'une chasse à l'homme impitoyable menée par un guerrier (interprété par Gert van den Bergh), déterminé à le retrouver coûte que coûte.

Sur le papier, on pourrait naturellement prendre parti pour les villageois. Après tout, les véritables monstres sont bien ces chasseurs qui massacrent des éléphants sans défense pour quelques défenses d'ivoire. Difficile de ne pas avoir envie de leur faire payer leurs crimes. Mais Cornel Wilde prend un risque immense : il refuse de faire des uns des héros et des autres des démons caricaturaux.

Très vite, la violence des représailles devient si extrême qu'elle finit par mettre le spectateur mal à l'aise. Les tortures, les exécutions, les humiliations... tout est montré avec une sécheresse glaçante. À force de vouloir punir la barbarie, les villageois finissent eux-mêmes par sombrer dans une barbarie identique. La faim de justice ne justifie pas tous les moyens. C'est précisément là que le film devient dérangeant. On ne sait plus vraiment qui soutenir.

Il existe heureusement un instant suspendu, presque miraculeux, lors de la rencontre avec la petite fille. Pendant quelques minutes, le film respire enfin. L'humanité reprend ses droits avant que la folie meurtrière ne reprenne le dessus. Une parenthèse fragile dans un océan de violence.

Ce qui impressionne surtout, c'est le courage de Cornel Wilde. En 1965, montrer les chasseurs blancs comme les véritables destructeurs de la nature relevait presque de la provocation. À une époque où ils étaient souvent présentés comme les aventuriers héroïques des grands films exotiques, La Proie nue inverse totalement les rôles. Ici, il n'y a pas de Tarzan pour venir sauver les assassins des animaux.

Cornel Wilde, à la fois réalisateur et acteur principal, porte son film avec une présence physique incroyable. Son personnage parle très peu, mais son corps raconte tout : la peur, l'épuisement, la douleur, l'instinct de survie. Chaque course, chaque chute, chaque blessure paraît réelle. On souffre avec lui, même lorsque l'on n'oublie jamais pourquoi il est pourchassé.

La mise en scène est d'une efficacité redoutable. Sans effets inutiles, Wilde transforme la nature en piège permanent. Chaque rivière, chaque falaise, chaque animal devient un obstacle supplémentaire dans cette fuite désespérée. On transpire autant que lui.

Le film est violent, parfois insoutenable, mais jamais gratuit. Cette violence sert un véritable propos sur la vengeance, la déshumanisation et la loi du talion. Œil pour œil... jusqu'à ce que tout le monde devienne aveugle.

Et puis il y a ce message qui traverse tout le film : honte à ceux qui massacrent les animaux pour le plaisir ou le profit. Les éléphants n'avaient rien demandé. Eux sont les seules victimes totalement innocentes de cette tragédie.

La Proie nue est un film hors norme, hors champ pour son époque et encore aujourd'hui d'une puissance incroyable. Une œuvre qui fascine autant qu'elle répugne, qui impressionne autant qu'elle donne parfois envie de détourner le regard... ou d'aller vomir derrière le canapé. Ce n'est certainement pas un film que l'on regarde pour se détendre un dimanche après-midi, mais c'est un choc de cinéma comme on en voit rarement.

Et si certains trouvent le film trop violent, qu'ils se rassurent : les éléphants, eux, auraient probablement trouvé les chasseurs encore plus violents. C'est peut-être là tout le paradoxe – et toute la force – de cette œuvre implacable.

NOTE : 14.30

FICHE TECHNIQUE


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17.00 - MON AVIS SUR LE FILM LE CLAN DES SICILIENS DE HENRI VERNEUIL (1969)


 Vu le film Le Clan de Siciliens de Henri Verneuil (1969) avec Jean Gabin Alain Delon Lino Ventura Irina Demick Amadeo Nazzari Danielle Volle Marc Porel Sydney Chaplin Edward Meeks Jacques Duby Yves Lefevre André Pousse


S'il y a un film policier français qui mérite de figurer au panthéon du Cinéma, toutes catégories confondues, c'est bien Le Clan des Siciliens. Un monument. Une pierre angulaire. Un de ces films qui résument à eux seuls ce que le polar français a produit de plus élégant, de plus intelligent et de plus impressionnant à la fin des années 60.

Quand on aligne sur une même affiche Jean Gabin, Lino Ventura et Alain Delon, on pourrait croire que le plus difficile est fait. Erreur. Encore faut-il parvenir à leur donner chacun une véritable place, un personnage à leur mesure et éviter que l'un ne fasse de l'ombre aux deux autres. C'est pourtant l'exploit qu'accomplit Henri Verneuil. Trois monstres sacrés. Trois tempéraments. Trois façons de jouer. Trois présences qui se complètent au lieu de s'annuler.

À la baguette, Henri Verneuil, l'un des grands maîtres du cinéma populaire français, dirige son monde avec une assurance insolente. Rien ne dépasse. Tout semble couler de source alors que chaque scène est construite comme un mécanisme d'horlogerie. Derrière cette précision, on retrouve José Giovanni au scénario. Et quand José Giovanni écrit des truands, il sait de quoi il parle. Son univers transpire la vérité, l'honneur, les codes, la loyauté, les trahisons et les règlements de comptes.

L'histoire est d'une efficacité redoutable. Roger Sartet (Alain Delon), dangereux criminel, réussit une spectaculaire évasion avec l'aide du puissant clan sicilien dirigé par Vittorio Manalese (Jean Gabin). En échange de cette liberté retrouvée, Sartet devra participer à un coup exceptionnel : le vol des bijoux d'une prestigieuse exposition internationale transportés en avion. Face à eux, le commissaire Le Goff (Lino Ventura) comprend rapidement qu'il n'a pas affaire à des malfrats ordinaires. Patient, méthodique, il installe peu à peu son piège, persuadé que le moindre faux pas fera éclater les rivalités au sein du clan.

Le scénario est en béton armé. Chaque détail compte. Chaque dialogue prépare la suite. Pas une scène ne paraît inutile. Verneuil déroule son récit avec une maîtrise qui force encore aujourd'hui le respect. Plus de cinquante ans après sa sortie, le film n'a pas pris une ride. Pas une seule.

Jean Gabin est absolument impérial. Sans doute l'un de ses plus beaux rôles de la fin de sa carrière. Son Vittorio Manalese impose le silence d'un simple regard. Il est le patriarche, le chef de famille, l'homme d'honneur qui protège les siens selon des règles immuables. Chez lui, la parole donnée vaut contrat. La famille passe avant tout. Et lorsqu'on touche à cet équilibre, la vengeance devient une évidence. Gabin joue cela avec une autorité tranquille absolument fascinante.

Face à lui, Alain Delon incarne Roger Sartet avec tout ce qui faisait son charisme. Grande gueule. Beau gosse. Insolent. Il sait parfaitement que la vie qu'il mène ne lui promet pas une longue retraite au soleil. Alors autant vivre vite, intensément, quitte à brûler la chandelle par les deux bouts. Delon apporte cette arrogance presque animale qui fait merveille face à la froide autorité de Gabin.

Et puis il y a Lino Ventura. Son inspecteur Le Goff est l'exact opposé des deux truands. Pas d'esbroufe. Pas d'effets de manche. Juste une intelligence froide, une obstination sans faille et cette manière presque flegmatique — comme dans Garde à vue quelques années plus tard — de compter les points, d'observer, d'attendre le bon moment. Il ne court pas après les criminels ; il referme lentement mais sûrement la tenaille. Et lorsque celle-ci se referme, il devient évident que les ennemis d'hier vont finir par s'affronter entre eux.

La dernière partie possède même quelque chose d'un western moderne. Impossible de ne pas penser, par instants, à Sergio Leone dans cette manière de laisser monter la tension avant l'inévitable confrontation. Les regards parlent autant que les armes.

Et puis il y a Ennio Morricone.

Que demander de plus ?

Sa partition fait partie des musiques les plus célèbres de toute l'histoire du cinéma français. Quelques notes suffisent pour reconnaître immédiatement le film. Elle accompagne chaque scène sans jamais l'écraser. Elle installe une atmosphère unique, élégante, inquiétante, presque hypnotique. Vous connaissez la musique... Gabin, Delon et Ventura vous en donnent le ton.

Les dialogues de José Giovanni font également beaucoup. Ils sonnent juste, ils claquent, ils caractérisent les personnages en quelques mots. Pas besoin de longs discours lorsqu'une simple réplique suffit à résumer un homme.

Autour des trois vedettes gravite en plus cette formidable galerie de seconds rôles qui faisait la richesse du cinéma français de cette époque. Personne n'est là pour faire de la figuration. Chacun apporte sa pierre à un édifice qui semble inébranlable.

L'adaptation du roman d'Auguste Le Breton est une réussite absolue. Le suspense ne faiblit jamais durant près de deux heures, malgré les coupes imposées à l'époque par la Fox qui ont privé le film de plusieurs minutes. Même ainsi, l'ensemble conserve une puissance narrative exceptionnelle.

Ce film rappelle surtout une évidence : le cinéma policier français des années 60 et 70 faisait partie des meilleurs du monde. Et j'ai même envie de retirer le "parmi". Il était peut-être tout simplement le meilleur. Les Américains avaient leurs gangsters, les Italiens leurs polars nerveux, mais nous avions cette classe, cette écriture, cette élégance, cette science du casting qui rendaient nos grands polars immédiatement reconnaissables.

L'ambiance, les dialogues de José Giovanni, la mise en scène chirurgicale de Verneuil et la partition mythique de Morricone y sont pour beaucoup. Gabin, Delon et Ventura, eux, vous servent sur un plateau des numéros d'acteurs — n'ayons pas peur des mots — brillantissimes.

Oui, cette partition à trois est bel et bien un incontournable du cinéma français. Un classique absolu. Un film qui traverse les décennies avec une facilité insolente et qui continue de donner une leçon de cinéma à bien des productions actuelles.

Merci Messieurs.

NOTE : 17.00

FICHE TECHNIQUE


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