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dimanche 26 avril 2026

12.90 - MON AVIS SUR LE FILM MAPPLETHORPE DE ONDI TIMONER (2018)

 


Vu le Film Mapplethorpe de Ondi Timoner (2018) avec Matt Smith Marianne Rendon John Benjamin Hickey Brandon Sklennar Tina Benko Mark Moses Brian Stokes Mitchell 

Mapplethorpe est un biopic sur le célèbre et sulfureux photographe américain Robert Mapplethorpe, mort du sida en 1989 et dont la vie était encore plus scandaleuse que ses photographies. 

Biopic frontal, sans filtre, à l’image de son sujet : Robert Mapplethorpe, figure majeure de la photographie underground, est ici disséqué autant qu’exposé. Et il y a une logique à ça : on ne filme pas Mapplethorpe, on l’affronte. 

Le film nous plonge dans le New York des années 70, cette marmite artistique où tout bouillonne, tout déborde, tout se cherche. C’est là que Mapplethorpe se construit, dans la marge, dans l’excès, dans le désir de provoquer autant que de créer. Sa relation avec Patti Smith (incarnée par Marianne Rendón) est d’ailleurs l’un des cœurs battants du film : un lien fragile, artistique, amoureux, puis inévitablement fissuré par la quête obsessionnelle de lui-même. 

Et cette quête passe par le corps. Par les corps. Par le regard. 
Mapplethorpe assume tout : sa bisexualité, ses explorations, ses dérives. Et oui, ça le mène dans des zones dangereuses — pas seulement socialement, mais humainement. Le film ne juge pas, mais il ne protège pas non plus. Il montre. Brut. 

Timoner réalise un film étonnamment élégant. Parfois trop sage face à un sujet qui ne l’est jamais vraiment. Mais elle compense par une vraie sensibilité plastique : chaque plan semble chercher à reproduire une photographie de Mapplethorpe. C’est beau, froid, presque clinique. Photogénique, évidemment. Mais volontairement distant. 

Timoner lui, suit une ligne classique de biopic : ascension, affirmation, excès, chute. Rien de révolutionnaire dans la structure, mais ça tient parce que le personnage, lui, est tout sauf classique. On aurait aimé plus de chaos, plus de folie narrative, moins de balises. Mais le film préfère rester lisible là où son sujet ne l’était pas. 

Et puis il y a Matt Smith. Là, on est ailleurs. Il ne joue pas Mapplethorpe, il le canalise. Regard magnétique, présence troublante, presque mystique dans la dernière partie du film. Il donne une dimension fantomatique à la fin de vie du photographe, comme si l’image prenait définitivement le pas sur l’homme. Clairement, il porte le film sur ses épaules. 

Autour de lui, Marianne Rendón apporte une vraie douceur, une humanité nécessaire. Elle est l’ancrage, la respiration, presque la conscience que Mapplethorpe refuse d’écouter. 

Le film insiste aussi sur le travail artistique : le Polaroid, les compositions, les fleurs, les nus masculins. Cette obsession du contrôle, du cadre parfait, du noir et blanc comme une religion. On sent bien cette volonté de révolutionner l’image, même si le film reste parfois un peu illustratif là où il aurait pu être plus sensoriel. 

“Puissant et photogénique”, oui. Mais aussi un peu trop discipliné pour un artiste qui ne l’était pas. 

Reste un portrait solide, incarné, qui capte une époque et un homme sans chercher à l’excuser. Mapplethorpe dérange, fascine, et le film suit cette ligne sans trembler. 

Pas un chef-d’œuvre.  Mais un objet cohérent, habité, et porté par un acteur qui, lui, ne fait aucun compromis.

NOTE : 12.90

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

12.90 - MON AVIS SUR LE FILM KODACHROME DE MARK RASO (2017)

 


Vu le Film Kodachrome de Mark Raso (2017) avec Ed Harris Jason Sudeikis Elizabeth Olsen Gethin Anthony Bruce Greenwood Dennis Haysbert Rob Stewart 

 

 Benjamin Ryder, photographe de renom, est atteint d'un cancer du foie. Il ne parle plus à sa famille. N'ayant plus que trois mois à vivre, il demande à son fils de l'accompagner au Kansas jusqu'au dernier laboratoire traitant encore du film Kodachrome (Dwayne's Photo, à Parsons), avant qu'il n'arrête le développement de ce type de film, faute de chimie plus produite , afin d'y faire développer ses pellicules Kodachrome datant de plusieurs dizaines d'années. 

Kodachrome, c’est d’abord une histoire de fin. Fin d’une vie, fin d’un lien, fin d’une époque aussi. Celle d’un certain rapport à l’image, au temps, à la patience. Le grand photographe Benjamin Ryder, interprété par Ed Harris, apprend qu’il est condamné par un cancer. Pas de pathos inutile, pas de violons dégoulinants : il décide simplement de faire un dernier voyage. Direction le Kansas, vers l’un des derniers laboratoires capables de développer des pellicules Kodachrome. 

Et pour ce voyage, il traîne avec lui son fils, joué par Jason Sudeikis. Un fils avec qui il n’a plus vraiment de relation. Et ça se sent. Dès les premières scènes, le passif est là, lourd, installé, presque poisseux. Pas besoin de surligner, on comprend vite que ces deux-là ne se sont pas beaucoup aimés. Ou mal. 

Le film fonctionne comme un road movie classique : voiture, paysages, silences, confrontations. Sauf qu’ici, tout tourne autour de cette idée simple mais forte : développer une pellicule avant qu’il ne soit trop tard. Une quête presque dérisoire à l’heure du numérique et de l’IA, mais justement, c’est là que le film trouve son sujet. La mémoire, le tangible, ce qu’on peut encore toucher avant que tout ne disparaisse dans des pixels. 

Ed Harris, lui, est impeccable. Fatigué, dur, cassant, mais jamais caricatural. Il impose une présence, une autorité naturelle. Même quand il ne dit rien, il raconte quelque chose. C’est un acteur qui habite ses silences, et ici, il en a beaucoup. 

En face, Jason Sudeikis me laisse plus dubitatif. Il fait le job, mais ça reste un peu en surface. On sent l’effort, mais pas toujours la profondeur. Là où Harris creuse, Sudeikis effleure. Le déséquilibre est évident, et pas forcément voulu. 

Mark Raso fait un film  propre. Trop propre peut-être. Ça roule, ça cadre bien, c’est lisible, mais ça manque de relief. On aurait aimé plus d’aspérités, plus de folie, quelque chose qui déborde un peu comme le personnage de Ryder. Là, tout est contenu, maîtrisé, presque sage. Un peu comme si le film n’osait jamais vraiment se salir les mains. 

Tout suit une trajectoire attendue. Les étapes du voyage, les tensions, les rapprochements… rien de surprenant. Ça coche les cases du genre sans jamais les bousculer. Et c’est là que le bât blesse : il y avait matière à aller plus loin, à creuser cette relation père-fils avec plus de brutalité ou de sincérité. 

Parce que l’émotion, elle est là, en filigrane. Mais elle ne déborde jamais. Elle reste coincée entre deux répliques, deux regards. On la devine plus qu’on ne la ressent pleinement. 

Et pourtant, il y a de belles choses. Des moments suspendus, des idées justes sur la photographie, sur ce que ça signifie de capturer un instant. Cette obsession de vouloir figer le temps avant qu’il ne vous échappe, ça parle. 

Mais voilà, “souriez pour la photo”, sauf qu’ici, le sourire reste un peu figé. Comme une image bien exposée, mais à laquelle il manquerait un peu d’âme. 

Kodachrome n’est pas un mauvais film. C’est un film frustrant. Parce qu’il avait tout pour être grand : un sujet fort, un acteur immense, une vraie mélancolie en toile de fond. 

Mais il reste au bord de quelque chose. Sans jamais vraiment plonger

NOTE :12.90

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Mark Raso
  • Scénario : Jonathan Tropper
  • Musique : Agatha Kaspar
  • Production : Leon Clarence, Ellen Goldsmith-Vein, Dan Levine, Shawn Levy, Eric Robinson, Jonathan Tropper
  • Sociétés de production : 21 Laps Entertainment Gotham Group
  • Société de distribution : Netflix
  • Pays de production : Drapeau des États-Unis États-Unis

DISTRIBUTION