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mardi 5 mai 2026

15.80 - MON AVIS SUR LE FILM MILLE MILLIARDS DE DOLLARS DE HENRI VERNEUIL (1982)


 Vu le film  #MilleMilliardsdeDollars de Henri Verneuil (1982) avec Patrick Dewaere Any Duperey Fernand Ledoux Robert Party Mel Ferrer Caroline Cellier Charles Denner Camille Clavel Jeanne Moreau Jacques François Michel Auclair Jean Laurent Cochet Rachid Ferrache André Falcon Edith Scob Jean Pierre Kalfon Marc Eyraud  

 Grand reporter au journal La Tribune, Paul Kerjean reçoit un appel téléphonique d'un informateur anonyme, qui lui donne rendez-vous dans un parking désert. Son interlocuteur l'informe que l'industriel et politicien Jacques Benoît-Lambert aurait reçu des pots-de-vin pour céder l'entreprise « Electronique de France », à la tête de laquelle il vient d'être nommé, à la multinationale américaine GTI. Après avoir eu confirmation des accusations en approfondissant son enquête, en interrogeant l'épouse trompée de JBL et le détective privé engagé par cette dernière pour suivre ce dernier et sa maîtresse, Laura Weber, Kerjean fait publier son article qui connaît un énorme retentissement et provoque un scandale. 

Mille Milliards de Dollars de Henri Verneuil, c’est le genre de polar politique qui ne cherche pas à faire joli : il cogne, il dérange, et surtout, il reste en tête. Un grand film, un vrai, avec cette patte Verneuil immédiatement reconnaissable, presque signature à chaque scène, comme dans I… Comme Icare. On est en terrain connu, mais jamais en terrain confortable. 

L’histoire suit Paul Kerjean, journaliste à La Tribune, qu’on envoie enquêter sur un suicide un peu trop propre pour être honnête. Très vite, ça sent le roussi, et pas qu’un peu : derrière, il y a une multinationale américaine, tentaculaire, froide, méthodique. Et Kerjean, lui, ancien journaliste de province, va faire ce que les autres ne font plus : creuser. Quitte à se mettre tout le monde à dos. Ses patrons, frileux comme jamais — plus encore que les enquêteurs des Hommes du Président auxquels on pense forcément — préféreraient qu’il regarde ailleurs. Mauvais client. 

 

On retrouve là le thème cher à Verneuil : un homme seul contre un système. Et pas un système abstrait, non, un système incarné, organisé, huilé. Comme dans Icare ou Le Serpent, il y a cette scène “en marge” qui dit tout : ici, ce fameux week-end de séminaire d’une filiale française d’une multinationale américaine. Moment presque suspendu, glaçant, qui éclaire les comportements, les compromissions, les renoncements. Du grand Verneuil. 

 

Et au centre, il y a Patrick Dewaere. Parfait, comme d’habitude, mais ici différent. Moins tête brûlée, moins écorché vif à fleur de peau. Il est droit comme un I, ancré dans ses convictions, presque rigide moralement. Et ça le rend encore plus fort. On le sent fatigué du monde, mais incapable de lâcher. Clairement un de ses meilleurs rôles. 

 

Autour de lui, que du solide. Jean-Pierre Kalfon, Michel Auclair, Charles Denner ou André Falcon , Jeanne Moreau et le fidèle Robert Party — tous impeccables. Pas un de trop, pas un qui cabotine. Chacun apporte sa pièce à l’édifice. Et puis cette petite touche “Verneuil” : une vedette américaine, Mel Ferrer, comme dans Icare. Classe, froide, presque clinique. Sans oublier le très furtif Rachid Ferrache, clin d’œil discret mais marquant. 

 

Verneuil film chirurgicale. Il ne fait pas dans l’esbroufe. Il cadre, il pose, il laisse les scènes respirer, puis il serre la vis. Pas d’effets inutiles, mais une tension constante. On sent le piège se refermer lentement. Le montage est précis, jamais démonstratif, toujours efficace. 

 

Dense, documenté, engagé sans être lourd. Ça parle de pouvoir, d’argent, de manipulation, de presse muselée — et ça reste d’une actualité presque insolente. Chaque dialogue sonne juste, chaque révélation fait mouche. 

 

Et puis la musique de Philippe Sarde. Parfaite. Elle ne souligne pas, elle accompagne. Elle glisse dans les scènes, elle installe une atmosphère, elle renforce sans écraser. Exactement ce qu’il faut. 

Je me souviens encore de la première fois où je l’ai vu, au Grand Rex. Claque immédiate. Ce genre de film qui te prend sans te lâcher et qui te laisse avec un goût un peu amer, mais nécessaire. 

Un grand polar, un vrai. Engagé, tendu, incarné. Du Verneuil pur jus. Et franchement, ça fait du bien.


NOTE ; 15.80


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lundi 20 avril 2026

15.20 - MON AVIS SUR LE FILM LA BALANCE DE BOB SWAIN (1982)


 Vu le Film La Balance de Bob Swain (1982) avec Richard Berry Maurice Ronet Nathalie Baye Philippe Léotard Tcheky Karyo Jean Paul Comard Florent Pagny Christophe Malavoy Bernard Freyd Galia Salimo Sam Karmann 

Pour faire face à la croissance d'une nouvelle criminalité, « sauvage » et plus violente, la police judiciaire crée les Brigades territoriales, seules unités de la police intégrées dans le tissu urbain de la pègre. Chaque groupe a son propre réseau d'informateurs sans lequel il ne peut pas travailler. Ces informateurs, ou indicateurs, sont surnommés « les balances ». 

Parler de La Balance aujourd’hui, c’est comme rouvrir une plaie du polar français qui ne s’est jamais vraiment refermée. Parce que ce film-là, ce n’est pas juste un succès, ce n’est pas juste 3 César, c’est un coup de couteau dans un cinéma policier qui, à l’époque, commençait à tourner en rond. Et au milieu de tout ça, il y a elle, Nathalie Baye, à qui cet hommage s’impose presque naturellement. 

Après être passée entre les mains de François Truffaut, Alain Cavalier ou Maurice Pialat, elle change de peau. Et pas à moitié. Elle plonge. Nini, c’est pas un rôle, c’est une chute. Une prostituée, amoureuse, paumée, lucide et pourtant incapable de s’en sortir. Une femme qui sait qu’elle va se faire broyer et qui avance quand même. Et Baye ne triche jamais. Elle joue une “pute” avec une classe insolente, une vérité presque gênante. Elle est magnifique parce qu’elle ne cherche jamais à l’être. 

Face à elle, Philippe Léotard en Dédé, c’est la déflagration. Un type imprévisible, violent, minable, attachant malgré lui. L’amour entre Nini et Dédé, c’est pas du cinéma, c’est une dépendance. Un truc sale, dangereux, qui pue la fin tragique. Et évidemment, ça sent la fin tragique. 

Et pendant ce temps-là, la machine se met en marche. La PJ débarque, menée par Richard Berry en inspecteur Palluzi, avec son équipe entre cow-boys fatigués et bleus sans expérience. Ici, pas de méthode propre : tous les coups sont permis. Manipuler, presser, utiliser Nini jusqu’à la moelle. Pas de sentiments. Juste du résultat. Parce que dans ce monde-là, on a rien sans rien. 

 Mathieu Fabiani, ancien flic, qui a écit le scénatio transpire le vécu. Ça se sent dans chaque dialogue, dans chaque situation. Rien ne sonne faux. On est dans du brut, du vécu, du terrain. Et ça se passe à Belleville, pas le Belleville carte postale, mais celui de la prostitution, de la came, des deals à la sauvette. Un décor qui n’en est pas un : un terrain miné. 

Au-dessus de tout ça plane Roger Massina, truand corse qui tient le quartier, entouré de ses chiens de guerre, dont un Tchéky Karyo déjà flippant en Pétrovic. Pas de quartier, pas de sentiments. La loi, c’est la rue. Pas la justice. 

Et puis ce casting… avec le recul, c’est presque indécent. Richard Berry Christophe Malavoy, Maurice Ronet, Sam Karmann , Tcheky Karyio et bien sur Nathalie Baye que des trajectoires qui vont compter. Sans oublier les silhouettes : Florent Pagny, François Berléand… comme si le film avait aspiré toute une génération. 

Bob Swaim met en scène une réalisation sèche, sans gras, presque documentaire. Pas d’effets, pas de glamour. Juste des corps, des visages, des rues. Et une tension constante. On pense à L.627 ou Le Petit Lieutenant pour cette sensation d’équipe, de terrain, de quotidien poisseux… sauf que La Balance arrive avant et frappe plus fort. 

Et c’est peut-être ça le plus fou : 44 ans après, le film n’a pas pris une ride. Toujours aussi efficace. Toujours aussi dérangeant. Comme un témoignage brut d’une époque où le polar français osait encore se salir les mains. 

Et puis il y a ce paradoxe : un coup de maître… sans lendemain. Comme si Bob Swaim avait tout mis là, d’un coup. Un chant du cygne prématuré. 

Mais quel chant. Un film qui cogne, qui gratte, qui reste. Et au centre, Nathalie Baye. Inoubliable. 

NOTE 15.20

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