Vu Le Film Le Saint de Philip Noyce (1997) avec Val Kilmer Elizabeth Shue Rade Serbesija Valery Nikolaev Henry Goodman Alun Armstrong Michael Byrne
Le Saint, voleur international élevé en orphelinat, dont les largesses aux bonnes œuvres lui vaudront une excellente réputation. Il cible Ivan Tretiak, riche homme d'affaires russe qui envisage de prendre le pouvoir. Pour huit millions de dollars, il lui propose de lui céder la formule de la fusion à froid mise au point par la physicienne Emma Russell. Tretiak lui verse la somme convenue mais Le Saint tombé sous le charme de la scientifique lui fait faux bond…
Adapter Simon Templar, ce n'est pas adapter n'importe quel héros. Créé par Leslie Charteris, Le Saint est une véritable institution de la littérature policière. Pour toute une génération, son visage reste surtout celui de Roger Moore, incarnation parfaite de l'élégance britannique : charme, ironie, distinction et cette classe naturelle qui faisait de lui le plus hype des Britanniques bien avant qu'il ne devienne James Bond. Autant dire que la barre était placée très haut.
Le problème du film de Phillip Noyce est justement là. Dès les premières minutes, on comprend que ce Simon Templar n'a plus grand-chose à voir avec celui qui a marqué les mémoires. Ici, le Saint devient une sorte de baroudeur international évoluant dans un film d'action typiquement années 90, davantage préoccupé par les poursuites, les explosions et les gadgets que par le raffinement du personnage original.
Pourtant, difficile de nier les qualités de Val Kilmer. L'acteur est magnifique à l'écran, possède un charisme certain et s'investit pleinement dans son rôle. Mais justement, il y a pour moi une erreur de casting fondamentale : Simon Templar est anglais jusqu'au bout des ongles. Le voir incarné par un Américain retire une partie essentielle de son identité. Kilmer fait ce qu'il peut, mais il ne dégage jamais cette élégance britannique naturelle qui faisait tout le sel du personnage.
L'histoire nous entraîne dans la Russie post-soviétique où Templar est engagé pour dérober la formule révolutionnaire de la scientifique Emma Russell, incarnée par Elisabeth Shue. Entre les manœuvres politiques d'un magnat du pétrole ambitieux et les enjeux économiques colossaux, le voleur de génie se retrouve partagé entre sa mission et ses sentiments naissants pour la jeune femme.
Sur le papier, cela pourrait fonctionner. Dans les faits, la romance sonne faux du début à la fin. On nous dit que les personnages tombent amoureux, mais on ne le ressent jamais réellement. Leur relation semble davantage dictée par le scénario que par une véritable alchimie. Résultat : difficile de s'attacher à leurs états d'âme ou de croire à leur passion.
Le film tente également de jouer la carte des multiples identités. Simon Templar change constamment de visage, de nom et de personnalité afin d'échapper à ses poursuivants. L'idée rappelle évidemment les futurs Mission Impossible. Sauf qu'ici, même avec tout le maquillage du monde, un chien aveugle le reconnaîtrait. Le procédé finit davantage par faire sourire que par convaincre.
Autour d'eux, les personnages restent désespérément stéréotypés. Les méchants sont méchants parce qu'il faut des méchants, les gentils sont gentils parce qu'il faut des gentils, et personne ne dépasse réellement sa fonction dans le récit. Dès lors, les péripéties s'enchaînent sans véritable enjeu émotionnel.
Phillip Noyce met son savoir-faire habituel au service de l'ensemble. La réalisation est efficace, le rythme ne faiblit jamais, les décors internationaux apportent une certaine ampleur et l'action remplit correctement son cahier des charges. Mais tout cela ressemble davantage à un thriller d'aventure générique qu'à une véritable aventure du Saint.
Le Saint est un divertissement regardable, parfois sympathique, mais qui trahit selon moi l'essence même de son héros. Là où Roger Moore incarnait la classe british à l'état pur, Val Kilmer se retrouve transformé en aventurier passe-partout. Il reste un peu d'action, un peu de romance, quelques changements de visage et beaucoup de bonne volonté, mais l'âme du personnage semble s'être évaporée en cours de route.
Bref, un Saint qui a perdu son auréole... et qui n'est finalement pas très catholique.
NOTE : 11.80
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Phillip Noyce
- Scénario : Jonathan Hensleigh et Wesley Strick, d'après le personnage créé par Leslie Charteris
- Musique : Graeme Revell
- Décors : Peter Young
- Costumes : Marlene Stewart
- Photographie : Phil Meheux
- Prises de vues additionnelles : Alex Thomson
- Montage : Terry Rawlings
- Production : David Brown, Robert Evans, William J. MacDonald et Mace Neufeld
- Sociétés de production : Mace Neufeld Productions et Rysher Entertainment
- Société de distribution : Paramount Pictures
DISTRIBUTION
- Val Kilmer (VF : Emmanuel Jacomy) : Simon Templar
- Elisabeth Shue (VF : Michèle Buzynski) : Dr Emma Russell
- Rade Šerbedžija (VF : Alexandre Arbatt) : Ivan Tretiak
- Valery Nikolaev (VF : Guana Tchoursine) : Ilya Tretiak
- Henry Goodman : Dr Lev Botvin
- Alun Armstrong (VF : Sylvain Lemarié) : l'inspecteur Teal
- Michael Byrne (VF : Marcel Guido) : Vereshagin, l'homme de main d'Ivan Tretiak
- Evguéni Lazarev : le président Karpov
- Charlotte Cornwell (VF : Marie Marczack) : l'inspecteur Rabineau
- Velibor Topić : Skinhead
- Tommy Flanagan : Scarface
- Emily Mortimer (VF : Ethel Houbiers) : la femme dans l'avion
- David Schneider : le comédien du Rat Club
- Ravil Isyanov : le garde de Tretiak
- Richard Cubison : un douanier
- Benjamin Whitrow : le président d'Oxford
- Julian Rhind-Tutt (VF : Jérôme Rebbot) : le jeune étudiant
- Barbara Jefford : la femme universitaire
- William Hope : le fonctionnaire du département d'État
- Michael Cochrane : le courtier de la fusion froide
- Akiko : la petite amie japonaise
- Roger Moore : l'animateur radio dans la voiture (caméo vocal)

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