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lundi 27 octobre 2025

4.20 - MON AVIS SUR LE FILM AMELIA'S CHILDREN DE GABRIEL ABRANTE (2024)


 Vu le Film Amelia’s Children de Gabriel Abrante (2024) avec Alba Batista Jack Haven Anabela Moreira Carloto Cotta Rita Blanco Sonia Balaco 

 

Orphelin depuis sa naissance, Edward découvre à l'âge adulte qu'il a un jumeau et une mère qu'il ne connaît pas. Avec sa petite amie Ryley, il part les rencontrer dans leur magnifique demeure isolée au cœur d'une région recluse. 

« Amelia’s Children », de Gabriel Abrantes, s’inscrit dans un territoire où le cinéma portugais s’aventure rarement : l’horreur. Et si l’audace du geste peut susciter une curiosité légitime, le résultat reste largement en-deçà de ses ambitions. Le film repose sur un schéma narratif déjà archi-pratiqué, et ne tente jamais de s’en émanciper. L’originalité attendue ne viendra pas : tout est familier, balisé, vu mille fois, et jamais transcendé. Pas Friedkin qui veut. 

L’intrigue suit Edward (Carloto Cotta), persuadé d’avoir été adopté. En quête d’identité, il retrouve la trace de sa famille au Portugal et part avec sa compagne Rita (Brigette Lundy-Paine). Le couple est accueilli dans un manoir isolé par Amélia (Alba Baptista), mère trop douce pour être honnête, et par Manuel, frère jumeau d’Edward — incarné lui aussi par Carloto Cotta. Très vite, le vernis familial se fissure : dépendance maternelle, secrets enfouis, relation fusionnelle malsaine, enfermement psychologique. L’horreur s’installe, mais tard. Trop tard. 

Le problème dominant est rythmique : le film parle beaucoup et n’avance pas. Une longue exposition étire les scènes et dilue la tension. Là où un grand metteur en scène aurait installé le malaise par l’image, Abrantes verbalise, explique, commente. Lorsqu’on atteint enfin le cœur du sujet, l’impact est affaibli : le spectateur a déjà pris de l’avance sur le récit. 

Côté mise en scène, tout est appliqué, propre, mais sans nerf. Le décor du manoir, les cadres, la lumière : l’ensemble fonctionne plastiquement, mais jamais comme vecteur d’angoisse. Pas de véritable montée, pas de bascule choc, pas de séquence marquante. Le film mime des codes américains mainstream mais sans les dynamiter ni les maîtriser pleinement. 

Les acteurs restent l’élément le plus solide. Carloto Cotta tire clairement son épingle du jeu : dualité crédible, présence physique, intensité retenue. Brigette Lundy-Paine apporte une fragilité intéressante à Rita, souvent seule boussole rationnelle du récit. Alba Baptista compose une mère-araignée convaincante, même si le personnage aurait gagné à être écrit avec plus d’outrance ou d’ambiguïté. 

Le scénario, lui, demeure prévisible : secrets familiaux, séduction toxique, enfermement, répétition du trauma. Rien ne surprend, rien ne dévie. Même le twist final se contente de confirmer ce que l’on avait anticipé depuis longtemps. Le film refuse la radicalité et se contente de reproduire. 

le cinéma de genre portugais existe, mais pas encore à pleine puissance. « Amelia’s Children » en est un symptôme plus qu’un accomplissement. L’œuvre se regarde sans peine, mais sans frisson, sans choc, sans souvenir durable. Un essai honorable, mais tiède. Un film qui veut plaire au plus grand nombre, et qui finit par ne marquer personne. 

NOTE : 4.20

FICHE TECHNIQUE

PortugueseA Semente do Mal
Directed byGabriel Abrantes
Written byGabriel Abrantes
Produced by
  • Gabriel Abrantes
  • Margarida Lucas
Starring
CinematographyVasco Viana
Edited byMargarida Lucas
Music byGabriel Abrantes
Production
company
Artificial Humors
Distributed byNOS Audiovisuais

DISTRIBUTION

samedi 28 décembre 2024

11.30 - MON AVIS SUR LE FILM SCANDALEUSEMENT VOTRE DE THEA SHARROCK (2024)

 


Vu le film Scandaleusement Votre ( Wicked Little Letters) deThéa Sharrock (2024) Jessie Buckley Olivia Colman Anjana Vason Joanna Scanlan Gemma Jones Lolly Adefope  Malachi Kirby Eileen Atkins Timothy Spall

Dans la petite ville anglaise de Littlehampton vers 1920, Edith Swan, vieille fille bigote sous l'emprise d'un père tyrannique, reçoit une série de lettres anonymes à caractère obscène. Son père accuse immédiatement leur voisine Rose Gooding, une jeune femme irlandaise aux mœurs libres pour l'époque et au tempérament très tranché. Il pousse sa fille à porter l'affaire en justice. Mais très vite des doutes apparaissent sur le véritable auteur de ces lettres anonymes, et une femme agent de police mène secrètement la contre-enquête.

Scandaleusement vôtre est un ravissement pour les amateurs de comédies policières à l’anglaise. Située dans les années 1920, l’intrigue s’inspire d’un fait divers réel, mais s’offre le luxe d’une mise en scène exquise et d’une satire sociale à la fois mordante et délicieusement absurde. Thea Sharrock, fidèle à la tradition britannique, distille un mélange détonant de mystère, d'humour noir et de dialogues affûtés.

Dès les premières minutes, le ton est donné : des robes à perles qui virevoltent dans des salons cossus, des non-dits qui se transforment en sous-entendus assassins, et des dames qui, sous leurs airs de respectabilité, cachent une soif insatiable de vengeance et de pouvoir. Si le coupable s’avère évident rapidement – un choix narratif qui pourrait rebuter certains amateurs de mystères plus complexes – ce n’est pas tant l’énigme qui captive ici, mais bien le chemin tortueux et jubilatoire qui mène à la résolution.

Olivia Colman brille une fois de plus. Son personnage, mi-dame de fer, mi-démon sous les jupons, est un régal. Elle excelle dans cet art d’osciller entre cruauté et désarmante vulnérabilité. Face à elle, Jessie Buckley, véritable révélation de l’année, livre une performance éblouissante. Son jeu subtil et nuancé offre un contrepoint parfait à l’intensité de Colman, leur duo devenant le cœur palpitant du film.

Visuellement, The Sharrock s’amuse avec les codes esthétiques des années folles. Les décors, magnifiquement reconstitués, rappellent l'élégance de Downton Abbey, tandis que la musique jazzy insuffle une énergie électrique. Cette ambiance feutrée, contrastée par des dialogues tranchants et des situations grotesques, évoque l’esprit d’Agatha Christie, mais avec une touche plus irrévérencieuse.

Les thèmes explorés vont au-delà du simple whodunit. Derrière les intrigues de meurtres se cachent des critiques sociales acérées : les disparités de classes, l’hypocrisie des conventions, et la manière dont les femmes de l’époque utilisaient les moyens à leur disposition – parfois meurtriers – pour se libérer des chaînes patriarcales.

Malgré quelques longueurs dans le dernier acte, où l’intrigue peine à maintenir son rythme effréné, Scandaleusement vôtre reste une réussite. Thea Sharrock parvient à équilibrer l'humour noir avec une vraie tendresse pour ses personnages, même les plus détestables.

Ce  film ne réinvente pas le genre, mais il le célèbre avec un charme indéniable. Une enquête délicieusement grinçante, portée par deux actrices au sommet de leur art, et une ambiance qui nous transporte dans un univers où chaque sourire cache une dague. À voir sans hésiter, pour le plaisir de se faire scandaliser avec style.

 NOTE : 11.30

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION