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samedi 1 août 2026

15.10 - MON AVIS SUR LE FILM LA CAGE AUX FOLLES DE EDOUARD MOLINARO (1978)

 


Vu le Film La Cage aux Folles de Edouard Molinaro (d'après la Pièce de Jean Poiret) (1978) avec Michel Serrault Ugo Tognazzi Rémi Laurent Claire Maurier Luisa Maneri Michel Galabru Carmen Scarpitta Venantino Venantini Benny Luke


Adapter une pièce de théâtre culte au cinéma est toujours un exercice délicat. La Cage aux Folles, d'après l'immense succès de Jean Poiret, y parvient en grande partie, même si, avec le recul, le film a très mal vieilli techniquement. Visuellement, cela sent parfois la série Z, avec une mise en scène très datée et une réalisation qui manque singulièrement d'ambition. Heureusement, il reste l'essentiel : le texte de Jean Poiret, son sens du dialogue, ses répliques qui font mouche et ses situations devenues mythiques.

Et puis, impossible pour moi de ne pas revenir à la pièce originale, que l'on peut encore voir sur l'INA. Là, on atteint un niveau exceptionnel. Le duo Poiret-Serrault y est absolument irrésistible. Ils se connaissent par cœur, leur complicité saute aux yeux et chaque regard, chaque silence, chaque réplique sonne juste. Personnellement, j'ai eu la chance de voir la pièce avec Didier Bourdon et Christia Clavier , et le plaisir était toujours intact.

L'histoire est d'une simplicité redoutable. Renato Baldi dirige avec son compagnon Albin, vedette du cabaret sous le nom de Zaza Napoli, un établissement transformiste de Saint-Tropez, "La Cage aux Folles". Leur quotidien bascule lorsque Laurent, le fils de Renato, annonce son mariage avec Muriel, la fille d'un député ultra-conservateur, chef d'un mouvement de défense de la morale. Pour éviter le scandale, Laurent demande à ses deux pères de jouer le jeu de la famille traditionnelle. Évidemment, rien ne va se passer comme prévu.

On réduit souvent La Cage aux Folles à une simple comédie sur l'homosexualité. C'est beaucoup plus intelligent que cela. La pièce, comme le film, parle évidemment de tolérance envers les LGBT à travers le personnage de Zaza Napoli, mais elle s'attaque aussi avec une ironie féroce à la pudibonderie, à l'hypocrisie bourgeoise et à tous les intégrismes, notamment religieux, qui prétendent donner des leçons de morale. Et franchement, près d'un demi-siècle plus tard, difficile de ne pas y voir une résonance toujours aussi actuelle.

Ugo Tognazzi, en Renato, fait le minimum. C'est un immense acteur, mais ce n'est tout simplement pas le rôle qui lui correspond le mieux. On sent qu'il est davantage là pour assurer le service. Il ira même jusqu'à tourner les deux suites... sûrement avec un joli chèque à la clé.

À ses côtés, le regretté Rémi Laurent, que l'on avait adoré dans À nous les petites Anglaises, apporte toute sa fraîcheur et son charme au personnage de Laurent. Quant à Michel Galabru, il retrouve un de ces rôles excessifs qu'il affectionnait tant. Il en fait des tonnes, mais c'est précisément ce qui fonctionne avec son personnage.

Mais soyons honnêtes : La Cage aux Folles, c'est avant tout Michel Serrault. Quel immense acteur ! Son Zaza Napoli est tout simplement un des plus grands rôles de sa carrière, récompensé d'ailleurs par un César amplement mérité. Plus extravagante que son modèle revendiqué, Michou, beaucoup plus réservé dans la vie malgré son goût de la fête, sa Zaza oscille en permanence entre le burlesque et l'émotion. Serrault ne compose pas un simple personnage comique, il lui donne une humanité bouleversante.

Le personnage joué par Michel Serrault vaut à lui seul le détour. Ceci dit, uniquement se focaliser là-dessus serait faire injure au reste. Ce serait laisser de côté des répliques qui claquent bien comme il faut, ce serait laisser de côté bon nombre de séquences devenues cultes. Le beurrage des biscottes est un monument de comédie. Le dîner avec la famille de la future mariée reste une mécanique de précision où chaque regard, chaque mensonge et chaque catastrophe font monter le rire.

Le scénario est remarquablement construit, alternant quiproquos, satire sociale et dialogues ciselés. On rit énormément, mais jamais gratuitement. Derrière chaque gag se cache une critique d'une société qui préfère les apparences à la sincérité.

Le succès fut colossal : près de 24 millions de spectateurs à travers le monde, et, fait assez incroyable pour une comédie française de cette époque, son plus grand triomphe eut lieu... aux États-Unis !

Alors oui, le film accuse aujourd'hui le poids des années. Techniquement, il n'impressionne plus. Mais quand on possède un texte signé Jean Poiret, des répliques aussi brillantes, un personnage comme Zaza Napoli et un Michel Serrault au sommet de son art, le temps finit par devenir un détail.

Alors, pour Serrault, pour l'idée géniale de Jean Poiret, pour ses dialogues inoubliables et ses répliques cultes... entrons passer une soirée dans La Cage aux Folles.

NOTE : 15.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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