Vu le Film Les Désaxés (The Misfits) de John Huston (1961) avec Marilyn Monroe Clak Gable Montgommery Clift Eli Wallach Thelma Ritter James Baretn Estelle Winwood Kevin McCarrthy
Reno dans le Nevada, la ville des mariages expéditifs et celle des divorces rapides. C'est la raison de la présence de Roslyn à Reno, accompagnée d'Isabelle, à la fois son amie et sa logeuse.
Sur place, Roslyn rencontre Guido, un garagiste qui, à la suite de la panne de sa voiture, la conduit au tribunal pour son divorce.
Les Désaxés est un film crépusculaire dans tous les sens du terme. Crépusculaire pour ses personnages, pour un certain rêve américain, pour le western traditionnel, mais aussi pour ses interprètes. Dernier film achevé de Clark Gable, dernier film terminé de Marilyn Monroe avant sa disparition, et l'un des derniers grands rôles de Montgomery Clift, le film semble hanté par la fin d'une époque.
Dans ce Reno encore loin des néons triomphants de Las Vegas, on vient se marier à la hâte, divorcer tout aussi vite et tenter de recommencer une vie. C'est un décor de transition, peuplé d'êtres perdus qui refusent d'admettre que leur monde disparaît. Roslyn, récemment divorcée, croise la route de cow-boys modernes qui ne trouvent plus leur place dans l'Amérique des années 1960. Leur mode de vie agonise, remplacé par le progrès, les voitures et l'urbanisation.
La grande force du film de John Huston réside dans son humanité. Sous une intrigue finalement assez simple, il filme des êtres cabossés, incapables d'aimer correctement mais incapables également de vivre seuls. Le scénario de Arthur Miller, écrit spécialement pour Marilyn Monroe, porte un regard d'une rare tendresse sur ces marginaux magnifiques.
Et puis il y a cette célèbre chasse aux mustangs, moment central du film. Au-delà de sa puissance visuelle, elle agit comme une métaphore : ces chevaux sauvages représentent une liberté condamnée, tout comme ces hommes qui s'accrochent désespérément à un passé qui n'existe plus. C'est là que Les Désaxés rejoint les grands westerns crépusculaires qui seront plus tard magnifiés par Sergio Leone et Clint Eastwood.
Ce qui frappe aujourd'hui, c'est l'impression que les acteurs jouent presque leur propre destin. Gable apparaît usé mais toujours charismatique, Monroe semble fragile derrière son sourire, Clift porte sur son visage toutes ses blessures. Cette dimension involontaire donne au film une émotion supplémentaire : on ne regarde pas seulement des personnages en fin de parcours, mais des légendes qui s'apprêtent à quitter la scène.
Les Désaxés n'est peut-être pas le film le plus spectaculaire de Huston, mais il est sans doute l'un des plus émouvants. Un chant du cygne magnifique et mélancolique sur la fin des mythes américains, où les derniers cow-boys errent dans un monde qui n'a plus besoin d'eux.
NOTE : 14.90
FICHE TECHNIQUE

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