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jeudi 27 août 2026

13.90 - MON AVIS SUR LE FILM GRAVE DE JULIE DUCOUNAU (2016)

 


Vu le Film Grave de Julia Ducournau (2016) avec Garance Marillier Ella Rumpf Joanna Preiss Rabah Nait Oufella Marion Vernoux Laurent Lucas Bouli Lanners Thomas Mustin Denis Mpunga Jean-Louis Sbille


Avec Grave, Julia Ducournau signe son premier long-métrage pour le cinéma, après avoir déjà réalisé Mange pour la télévision et le court-métrage Junior, produit notamment par Julie Gayet. Alors, question existentielle : est-ce que M. le Président a vu Grave le soir, au coin du feu ? Parce qu'il fallait quand même avoir l'estomac bien accroché !


Le film de Ducournau ressemble à une véritable chorégraphie de l'horreur et de la bizarrerie, où l'anthropophagie, le sexe, les viscères, le sang et l'humiliation se mélangent dans un joyeux grand-guignol particulièrement dérangeant.


Le film commence d'ailleurs par un plan qui donne immédiatement le ton : une silhouette au bord d'une route, une image presque absurde et inquiétante dont on ne comprend pas encore la raison. Ducournau nous met directement dans l'ambiance : avec elle, il va falloir se méfier des apparences !


Justine, interprétée par Garance Marillier, entre en première année de faculté de médecine vétérinaire et retrouve sa sœur Alexia, jouée par Ella Rumpf, déjà présente dans l'école depuis l'année précédente. Et Justine est végétarienne, comme toute sa famille. Autant dire que le choix d'une école vétérinaire et son bizutage vont légèrement compliquer les choses !


Car les nouveaux doivent passer par la traditionnelle épreuve du bizutage et Justine va devoir avaler de la viande sous toutes ses formes, tandis que le sang lui coule dessus. Pour une végétarienne, l'expérience est évidemment particulièrement réjouissante !


C'est justement là que Grave trouve une partie de sa force : derrière son apparence de film gore, Ducournau parle aussi du bizutage, de l'intégration forcée, de la domination du groupe et de cette manière qu'ont certains milieux étudiants de transformer l'humiliation en rite de passage.


Justine va également se rapprocher d'Adrien, interprété par Rabah Naït Oufella, jeune homme qui affiche une certaine décontraction et une attitude de petit caïd, mais qui profite surtout de cette nouvelle liberté pour assumer pleinement son homosexualité. Entre les cadavres d'animaux, les cours de dissection, les soirées et les pulsions sexuelles, l'ambiance universitaire est pour le moins particulière !


L'intelligence du film est surtout de ne pas se contenter d'un simple enfilement de perles gore destinées à faire vomir les spectateurs les plus sensibles. Ducournau construit une véritable ambiance anxiogène et utilise le sang, la chair et les transformations physiques pour faire monter progressivement le malaise.


Et puis il y a cette idée très thriller de Grave : ne jamais se fier aux apparences. Ce qui paraît normal ne l'est jamais complètement et ce qui semblait monstrueux peut finalement devenir beaucoup plus humain qu'on ne l'imaginait.


Les scènes de sexe, les corps malmenés, les dissections et les effets sanguinolents ne sont donc pas seulement là pour faire joli dans la vitrine du cinéma de genre. Tout cela participe à une véritable mise en scène de la découverte de soi, de la sexualité, de la violence et des instincts.


Techniquement, en revanche, je suis un peu moins enthousiaste. C'est légèrement bâclé, mais vraiment légèrement ! Je ne ressens pas toujours la fluidité que j'aurais souhaitée dans la photographie ou dans certains décors. Rien de catastrophique, mais suffisamment pour que cela me gêne par moments.


En revanche, une nouvelle fois, il est prouvé que les maquilleurs français savent faire des miracles. Entre le sang, les blessures et les transformations corporelles, le travail est remarquable. Bon, ils sont beaucoup moins doués lorsqu'on leur demande de vieillir artificiellement de jeunes acteurs, ce qui semble être devenu une maladie très à la mode dans le cinéma français !


Mais la véritable force de Grave, ce sont ses jeunes acteurs.


À commencer par Garance Marillier, formidable en Justine, d'abord naïve et réservée, puis de plus en plus inquiétante. On l'avait déjà vue dans Mange et dans Junior, et Ducournau avait donc déjà trouvé en elle une interprète capable de faire passer beaucoup de choses avec un simple regard.


Ella Rumpf, dans le rôle d'Alexia, sa sœur, est elle aussi particulièrement convaincante dans ce personnage complètement à l'arrache, sanglant et imprévisible. Je l'avais découverte en 2013 dans Dehors c'est l'été, et elle montre ici une sacrée présence.


Et puis il y a Rabah Naït Oufella, sans doute le plus connu des jeunes acteurs du film avec, évidemment, Bouli Lanners et Laurent Lucas. Ce garçon de 24 ans avait déjà un sacré parcours derrière lui puisqu'il faisait partie, à seulement 14 ans, de la classe filmée par Laurent Cantet dans Entre les murs, Palme d'Or à Cannes.


Fan de rap, il a ensuite continué son parcours avec L'Ascension, La Journée de la jupe et d'autres films, avant de se retrouver notamment dans Bande de filles de Céline Sciamma, Nocturama de Bertrand Bonello ou encore Patients de Grand Corps Malade.


Pour Grave, Ducournau lui propose un personnage assez différent de ce qu'il avait pu jouer auparavant : Adrien, un jeune homme gay qui se retrouve plongé dans cette étrange jungle universitaire. Un choix qui avait de quoi surprendre l'acteur, mais qui fonctionne parfaitement.


Grave, c'est donc grave gore, grave sexy, grave bizarre… mais surtout grave bon !


On aurait aimé pouvoir dire à l'époque : « Cette réalisatrice, on va la suivre avec plaisir. » Malheureusement, pour moi, la suite a été beaucoup moins convaincante. Titane, pourtant Palme d'Or, m'a laissé complètement froid, et Alpha, avec son allégorie autour du sida, m'a paru franchement raté.


Comme quoi, même lorsqu'une réalisatrice possède un univers aussi personnel que Julia Ducournau, le talent ne garantit pas forcément que toutes les expériences cinématographiques vont fonctionner.


Mais pour son premier long-métrage, elle avait frappé fort. Grave ne cherche pas à faire dans la dentelle, et heureusement : il mord, il saigne, il dérange, il surprend et il laisse quelques traces sur le spectateur.


Et finalement, c'est peut-être cela, le plus important : après Grave, impossible de regarder une escalope, une salle de dissection ou même un bizutage de la même manière !


Grave Gore, Grave Sexy, Grave Bizarre… mais à l'arrivée

Grave Bon

NOTE : 13.90

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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