Vu le Film Le Dernier Métro de François Truffaut (1980) avec Catherine Deneuve Gérard Depardieu Heinz Bennett Jean Poiret Jean Louis Richard Andréa Ferréol Paulette Dubost Maurice Risch Richard Bohringer
Le Dernier Métro est un des chefs-d’œuvre du cinéma français des années 80, et pourtant Truffaut nous plonge dans une période où les Parisiens n’avaient guère le temps de boire un verre après le cinéma ou le théâtre : il fallait regarder sa montre pour ne pas louper le fameux dernier métro vers une heure du matin, même quand il n’est pas sur l’Île de la Cité… private joke !
En 1942, dans un Paris occupé, on rentre donc vite chez soi, à travers les rues sombres, et si l’on peut rester au chaud au théâtre , c’est encore mieux.
C’est justement ce que propose Truffaut avec ce théâtre de Montmartre, véritable petit monde où l’intrigue se joue autant sur scène que dans les coulisses et jusque dans la cave, presque à la hauteur du souffleur.
Marion Steiner (Catherine Deneuve), grande comédienne de théâtre, prépare la nouvelle pièce de son mari Lucas Steiner (Heinz Bennent), officiellement absent parce que juif et obligé de se cacher.
Mais Lucas n’est pas bien loin : il vit dans la cave du théâtre, où il dirige la pièce en secret, connu seulement de trois personnes.
Et Truffaut s’amuse merveilleusement avec ce décor, passant d’une pièce à l’autre, d’une porte à une fenêtre, de la scène aux coulisses, comme si tout le théâtre était une immense machine à raconter des histoires.
Pendant ce temps, au-dessus de lui, un autre drame se joue, beaucoup plus sentimental celui-là.
Bernard Granger (Gérard Depardieu), grande gueule, hâbleur, un peu escroc et surtout très sûr de lui, débarque dans la troupe et décroche le premier rôle.
Mais Bernard ne veut pas seulement être le premier sur scène : il veut aussi être le premier auprès des femmes.
Il court après Arlette, la costumière, qui le rejette pour d’autres amours interdites, puis s’intéresse à Marion, qui le repousse, se rapproche, puis le repousse encore.
Ah, l’amour entre cour et jardin n’est décidément pas simple !
Et puis il y a Daxiat (Jean-Louis Richard), l’abominable critique antisémite qui traque les Juifs avec une ferveur qui lui ferait presque oublier de regarder les spectacles.
Ah, s’il savait !
Il finira par recevoir une belle correction de Bernard Granger, intermède qui rappelle d’ailleurs une histoire bien réelle vécue par Jean Marais, qui avait lui aussi cogné un critique pendant cette période.
Tout est parfait dans ce film : l’atmosphère, les dialogues, les décors, les personnages et cette manière de parler de l’Occupation sans jamais transformer le film en leçon d’Histoire.
Catherine Deneuve y est royale, d’une beauté presque irréelle, une beauté de théâtre.
Depardieu est bourrin comme on l’aime, Poiret précieux à souhait, Jean-Louis Richard délicieusement machiavélique, et Maurice Risch, en régisseur, apporte ses bonnes saillies verbales et son efficacité indispensable.
Truffaut mélange avec une intelligence rare le théâtre, l’amour, la peur, la jalousie, le mensonge et la survie.
Le Dernier Métro obtiendra dix César, véritable Grand Chelem, et franchement, difficile de trouver cela immérité.
Car le film est à la fois une joie et une souffrance, un film sur une époque terrible mais traversé de vie, d’humour, de désir et de théâtre.
Le Dernier Métro, c’est tout simplement du grand Truffaut.
Une joie, une souffrance, mais surtout un plaisir et une joie.
NOTE ; 17.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : François Truffaut
- Scénario et dialogues : François Truffaut, Suzanne Schiffman et Jean-Claude Grumberg
- Musique : Georges Delerue, chansons des années 1930-1940
- Producteur : François Truffaut (non crédité)
- Production : Les Films du Carrosse, SEDIF Productions, Société française de production (SFP) et TF1 Films Production
- Directeur de production : Jean-José Richer
- Régisseur : Jean-Louis Godfroy
- Directeur de la photographie : Néstor Almendros
- Montage : Martine Barraqué
- Chef décorateur : Jean-Pierre Kohut-Svelko
- Costumes : Lisele Roos
- Assistants réalisateur : Suzanne Schiffman, Emmanuel Clot
- Ingénieur du son : Michel Laurent
- Distribution : Gaumont (France)
DISTRIBUTION
- Catherine Deneuve : Marion Steiner (Hélèna dans la pièce)
- Gérard Depardieu : Bernard Granger (M. Carl dans la pièce)
- Heinz Bennent : Lucas Steiner
- Jean Poiret : Jean-Loup Cottins
- Andréa Ferréol : Arlette Guillaume
- Paulette Dubost : Germaine Fabre
- Jean-Louis Richard : Daxiat
- Maurice Risch : Raymond Boursier
- Sabine Haudepin : Nadine Marsac (Harriette dans la pièce)
- Christian Baltauss : remplaçant de Bernard
- Pierre Belot : réceptionniste
- René Dupré : Valentin
- Aude Loring
- Alain Tasma : Marc
- Rose Thierry : mère de Jacquot / concierge
- Jacob Weizbluth : Rosen
- Jean-Pierre Klein : Christian Leglise
- Rénata : Greta Borg, la chanteuse de cabaret
- Marcel Berbert : Merlin
- Hénia Ziv : Yvonne, la femme de chambre
- László Szabó : lieutenant Bergen
- Martine Simonet : Martine, la voleuse
- Jean-José Richer : René Bernardini
- Jessica Zucman : Rosette Goldstern, la couturière juive
- Richard Bohringer : officier de la Gestapo
- Franck Pasquier : Jacquot

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