Vu le Film Gervaise de René Clément (1956) avec Maria Schell François Périer Armand Mestral Florelle Suzy Delair Christian Ferez Maria Lopez Jany Holt Paul Preboist Gérard Darrieu
Voir un film adapté de Zola, on est sûr de ne pas être dans la fantaisie d’un Fantômas ou d’un Boule et Bill !
Avec L’Assommoir, René Clément s’attaque à un monument de la littérature française et à un Zola qui ne perd pas la main.
L’auteur de J’Accuse, Nana et Germinal ne cherche certainement pas à nous raconter une jolie histoire.
Il nous plonge directement dans la misère, la boue, l’alcool et la déchéance.
Gervaise (Maria Schell) est une petite blanchisseuse qui tente simplement de vivre et d’élever ses enfants.
Mais son mari Lantier l’abandonne, la laissant avec ses deux enfants et une existence déjà bien compliquée.
Elle finira par se retrouver avec Coupeau, ouvrier zingueur alcoolique, coléreux et violent.
Et là, franchement, François Périer est formidable !
Pour moi, c’est même l’un de ses meilleurs rôles.
Il compose un Coupeau à la fois inquiétant, pitoyable et profondément humain dans sa déchéance.
Un homme qui s’enfonce dans l’alcool et entraîne avec lui ceux qui ont eu le malheur de l’aimer.
À ses côtés, Florelle incarne sa mère, une marâtre qui ne laisse personne dire du mal de son chérubin.
Même lorsque le chérubin en question se comporte comme un véritable salaud !
Gervaise aura avec Coupeau une fille : Nana.
Oui, cette Nana-là, celle qui deviendra l’héroïne du célèbre roman de Zola.
Et quand on connaît son destin, on se dit qu’ils auraient peut-être pu réfléchir deux minutes avant d’agrandir la famille !
Mais chez Zola, les malheurs arrivent rarement seuls.
Ils se reproduisent même avec une régularité presque industrielle.
Gervaise, elle, essaie pourtant de s’en sortir.
Elle travaille, elle veut monter sa blanchisserie et offrir une vie meilleure aux siens.
Mais autour d’elle, chacun semble davantage préoccupé par son propre intérêt que par celui du voisin.
Lantier, Coupeau, Virginie Poisson et les autres ne sont pas vraiment là pour distribuer de la tendresse.
Suzy Delair, en Virginie, apporte elle aussi cette dose de méchanceté et de rancœur qui finit de pourrir l’existence de Gervaise.
Armand Mestral est un Lantier parfaitement à sa place dans cet univers sans pitié.
Et derrière lui, il y a aussi Etienne, son fils, qui deviendra le héros de Germinal.
Avec L’Assommoir commence donc l’une des grandes sagas de Zola, celle des Rougon-Macquart.
Une immense fresque où les destins se croisent, se répondent et souvent se fracassent.
Zola photographie une époque où la misère est à tous les coins de rue.
Pas la misère joliment éclairée pour faire pleurer dans les chaumières.
La vraie, celle qui sent le linge humide, la sueur, l’alcool et les lendemains qui déchantent.
C’est peut-être ce qui distingue Zola de Flaubert ou de Balzac.
Il est moins flamboyant, mais beaucoup plus terre à terre.
Il colle à son époque, aux gens, aux corps et aux petites tragédies quotidiennes.
Et surtout, il ne cherche pas à rendre ses personnages plus beaux qu’ils ne sont.
Dans Gervaise, à part Gervaise, peu de personnages attirent véritablement l’empathie.
La majorité pense à elle-même et tant pis pour les dégâts !
Il y a aussi chez Zola une constante terrible : les femmes sont battues, abandonnées, humiliées.
Et les enfants ne sont guère mieux lotis, condamnés à subir les fautes des adultes.
C’est une photographie sociale d’une époque où la misère n’épargnait personne.
René Clément réussit parfaitement à retranscrire cette époque et surtout l’atmosphère étouffante du roman.
Il ne fait pas de L’Assommoir une simple illustration littéraire.
Il en restitue la noirceur, la violence et la lente descente aux enfers.
Et il est magnifiquement aidé par des comédiens exceptionnels de la grande époque de notre cinéma.
Maria Schell est bouleversante en Gervaise, femme courageuse qui voit peu à peu ses espoirs partir en morceaux.
François Périer est impressionnant en Coupeau, véritable bombe à retardement humaine.
Florelle, Suzy Delair et Armand Mestral complètent admirablement cette galerie de personnages peu recommandables.
Gervaise est donc un grand film populaire, mais surtout un film profondément humain et social.
René Clément respecte Zola sans l’adoucir et sans transformer sa misère en spectacle confortable.
Une œuvre dure, sombre, magnifique, qui rappelle que chez Zola, quand on ouvre la porte, il y a rarement quelqu’un qui vient apporter des fleurs !
NOTE : 15.90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : René Clément, assisté de Claude Clément, Léonard Keigel, Serge Friedman
- Scénario et dialogues : Jean Aurenche et Pierre Bost, d'après le roman d'Émile Zola : L'Assommoir
- Décors : Paul Bertrand, assisté de Roger Briaucourt et James Allan
- Costumes : Antoine Mayo, assisté de Jean Boulet et Jacqueline Guyot
- Photographie : Robert Juillard, assisté de Daniel Diot
- Opérateur : Jacques Robin
- Musique : Georges Auric, direction musicale : Jacques Météhen - Polka de Jean Guélis
- Chanson : Raymond Queneau (paroles), chantée par Maria Lopez
- Effets spéciaux : Gérard Cogan
- Montage : Henri Rust
- Son : Antoine Archimbault
- Maquillage : Boris de Fast, assisté de Georges Klein
- Coiffures : Simone Knapp, assistée de Jeanne Néant
- Photographe de plateau : Roger Corbeau
- Production : Agnès Delahaie Production, Silver Films, Cinémato, C.I.C.C
- Distribution : Corona
- Tournage du au
- Pays de production :
France
DISTRIBUTION
- Maria Schell : Gervaise Macquart, la blanchisseuse
- François Périer : Coupeau, l'ouvrier-couvreur, mari de Gervaise
- Suzy Delair : Virginie Poisson, une rivale de Gervaise
- Armand Mestral : Lantier, l'ancien amant de Gervaise et amant d’Adèle puis de sa sœur Virginie, ex-chapelier "paresseux"
- Maria Lopez : Amanda, la chanteuse de cabaret
- Christian Denhez : Étienne (fils de Gervaise et de Lantier) à 8 ans
- Christian Ferez : Étienne à 13 ans
- Chantale Gozzi : Nana jeune (fille de Gervaise et de Coupeau) (non créditée)
- Françoise Héry : Nana à 5 ans (non créditée)
- Patrice Catineaud : Claude (premier fils de Gervaise et de Lantier) à 6 ans (non crédité)
- Jany Holt : Mme Lorilleux
- Mathilde Casadesus : Mme Boche, la concierge
- Florelle : Maman Coupeau, la mère de Coupeau
- Micheline Luccioni : Clémence
- Lucien Hubert : M. Poisson
- Jacques Harden : Goujet, le forgeron amoureux de Gervaise
- Jacques Hilling : M. Boche, le concierge
- Hélène Tossy : Mme Bijard
- Amédée : Mes Bottes, un camarade de Coupeau
- Hubert de Lapparent : M. Lorilleux
- Rachel Devirys : Mme Fauconnier
- Jacqueline Morane : Mme Gaudron
- Yvonne Claudie : Mme Putois
- Georges Paulais : Père Bru
- Gérard Darrieu : Charles, l'ouvrier du lavoir
- Pierre Duverger : M. Gaudron
- Marcelle Féry : la patronne du lavoir
- Denise Péronne : une laveuse
- Simone Duhart : la marchande de poissons
- André Wasley : Père Colombe
- Ariane Lancell : Adèle
- Aram Stéphan : le maire
- Georges Peignot : M. Madinier
- Max Elbèze : Zidore
- Jean Relet : le sergent de ville
- Roger Dalphin : un ouvrier
- Jean Daurand : un ouvrier (non crédité)
- Armand Lurville : le président du tribunal
- Jean Gautrat : Bec Salé
- Michèle Caillaud : Lalie
- Gilbert Sanjakian : le fils Boche à 6 ans
- Yvette Cuvelier : Augustine (employée de la blanchisserie) à 13 ans (non créditée)
- Paul Préboist : un spectateur au cabaret
- Jacques Bertrand : le contremaître de l'usine
- Marie France Brette : la fille Boche
- Rita Cadillac : doublure de Suzy Delair pendant la fessée

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