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jeudi 6 août 2026

16.10 - MON AVIS SUR LE FILM OLD BOY DE PARK CHAN WOOK (2003°

 


Vu le Film Old Boy de Park Chan-wook (2003) avec Choi Min-sik Yu Ji-tae Kang Hye-jeong Ji Dae-han Oh Dal-soo Kim Byeong-ok Yun Jin-seo


Le scénario est adapté du manga éponyme de Nobuaki Minegishi et Garon Tsuchiya, publié en 1997, lui-même largement inspiré du Comte de Monte-Cristo. Comme quoi, la vengeance est un plat qui voyage très bien, de Dumas jusqu'à la Corée du Sud.

Imaginez un instant. Vous êtes enfermé, non pas derrière des barreaux, mais dans une chambre sans fenêtre, avec une seule porte. Quinze ans. Pas un rayon de soleil. Pas de journaux. Pas d'internet. Pas de Secret Story, pas de TPMP, pas de Coupe du Monde, pas même un McDo pour déprimer autrement. Dans quel état sortiriez-vous ? Probablement avec une seule idée en tête : la vengeance. Un mot essentiel dans toute la filmographie de Park Chan-wook.

C'est exactement ce qui arrive à Oh Dae-su (immense Choi Min-sik). Enlevé sans raison apparente, séquestré pendant quinze longues années dans une cellule où son unique lien avec le monde extérieur est la télévision, il découvre avec horreur que sa femme a été assassinée... et que le principal suspect n'est autre que lui-même. Lorsqu'il retrouve enfin la liberté, il n'a plus qu'une obsession : retrouver celui qui lui a volé quinze ans de sa vie et comprendre pourquoi.

Son premier repas est déjà tout un programme : une pieuvre vivante et ses tentacules. Une scène devenue mythique qui résume parfaitement le personnage. Comme si la rage qui l'habite ne pouvait plus être contenue et devait désormais dévorer tout ce qui se trouve sur son passage.

Park Chan-wook nous prend littéralement aux tripes et ne nous lâche plus pendant deux heures. La violence est extrême, parfois insoutenable, souvent dérangeante, mais jamais gratuite. Elle raconte quelque chose, elle accompagne la folie des personnages et participe à cette descente aux enfers dont personne ne sort indemne.

Il faut voir Old Boy comme un véritable opéra. Chaque combat, chaque déplacement, chaque regard semble chorégraphié avec une précision d'orfèvre. L'inoubliable affrontement dans le couloir, filmé en un long plan latéral, est devenu une référence absolue du cinéma mondial. Ce n'est plus une bagarre, c'est une danse macabre.

Mais réduire Old Boy à sa violence serait une énorme erreur. Derrière le thriller se cache un drame humain bouleversant. Celui d'un homme auquel on a volé quinze années d'existence, sa famille, son identité, sa raison de vivre. Plus il avance vers la vérité, plus il s'approche d'un précipice dont il ignore encore la profondeur.

Le scénario avance comme une mécanique infernale. Chaque réponse soulève une nouvelle question jusqu'à ce que Park Chan-wook assène un des plus grands twists de l'histoire du cinéma. Un retournement aussi choquant que tragique qui vous laisse totalement sonné. Le coup de grâce. Celui qui transforme un excellent thriller en immense tragédie.

Grand Prix du Festival de Cannes en 2004 sous la présidence de Quentin Tarantino, Old Boy n'a rien volé de sa réputation. C'est un film qui vous marque au fer rouge, vous bouscule, vous secoue et refuse de quitter votre mémoire longtemps après le générique.

Un thriller captivant, un drame poignant, une tragédie grecque moderne trempée dans le sang et les larmes.

Grand thriller glaçant... et mouillé !

NOTE : 16.10

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samedi 4 juillet 2026

13.00 - MON AVIS SUR LE FILM CRIME CONTRE L'HUMANITE DE NORMAN JEWISON (2003)


 Vu le Film Crime Contre l Humanité de Norman Jewison (2003) avec Michael Caine Tilda Swinton Jeremy Northam Charlotte Rampling Ciarian Hinds Alan Bates


Il y a des films qui divertissent. Et il y a ceux qui mettent un coup de poing dans l'estomac. Crime contre l'Humanité fait partie de cette seconde catégorie. Ici, aucune place pour le sourire. Norman Jewison signe un thriller politique et judiciaire d'une noirceur absolue, inspiré notamment de l'affaire Paul Touvier, l'un des criminels de guerre français les plus tristement célèbres.

Pendant des décennies, dans le sud de la France, certains ont préféré protéger un homme plutôt que la vérité. Police, justice, mais surtout une partie de l'Église catholique ont caché, nourri, financé et menti pour permettre à cet homme d'échapper à la justice. Une réalité qui dépasse parfois la fiction et qui donne au film une puissance encore plus glaçante.

Pour incarner ce monstre, Jewison a eu une idée de génie : choisir l'un des acteurs les plus sympathiques du cinéma, Michael Caine. Celui que l'on associe si souvent à l'élégance, à la bienveillance ou à l'humour devient ici le visage du mal. Son Pierre Brossard ne crie jamais, n'en fait jamais trop. Il est calme, presque courtois. C'est justement ce qui le rend terrifiant. Chaque regard, chaque silence, chaque mot prononcé donne froid dans le dos. Michael Caine livre sans doute l'une des prestations les plus glaçantes de sa carrière.

Face à lui, Tilda Swinton incarne une juge déterminée à faire émerger la vérité, tandis que Jeremy Northam campe un gendarme dont l'enquête va peu à peu mettre au jour des complicités insoupçonnées. Tous deux avancent dans un véritable champ de mines politique et moral, où chaque révélation fait vaciller un peu plus les certitudes.

Mais le film ne s'arrête pas à la simple traque d'un ancien criminel de guerre. Il démontre que la vérité d'un instant n'est jamais aussi simple qu'elle en a l'air. Derrière la chasse menée par un groupe juif contre Pierre Brossard se cache une autre interrogation : cet homme est-il seulement poursuivi par ceux qui veulent le juger... ou également par ses anciens complices qui souhaitent le faire taire avant qu'il ne parle ?

C'est toute l'intelligence du scénario. Jewison ne livre jamais un thriller manichéen. Il construit un récit où les fantômes de la Seconde Guerre mondiale continuent d'empoisonner le présent, où les réseaux d'influence, les silences et les mensonges semblent parfois plus dangereux que les armes.

L'atmosphère est lourde du début à la fin. Chaque scène respire la peur, la culpabilité et les non-dits. On sent que le passé refuse de mourir et qu'il continue de hanter les vivants.

Le casting international est d'une remarquable justesse. Aucun acteur ne cherche à voler la vedette à l'autre. Chacun apporte sa pierre à un édifice d'une redoutable efficacité.

Ce qui glace le plus, c'est que le film rappelle une évidence souvent oubliée : les crimes contre l'humanité ne disparaissent pas avec le temps. Tant que les responsables sont protégés, ils continuent d'exister dans la mémoire des victimes.

Crime contre l'Humanité n'est pas un film rigolo. Pas une seule seconde. C'est un film passionnant, oppressant, profondément dérangeant. Un thriller qui fait froid dans le dos parce qu'il puise sa force dans une réalité historique que certains auraient préféré voir disparaître.

Et lorsqu'un acteur aussi profondément humain que Michael Caine réussit à incarner avec une telle crédibilité l'horreur absolue, on comprend que les plus grands monstres ne sont pas toujours ceux qui hurlent. Ce sont parfois ceux qui vous regardent avec le sourire

NOTE : 13.00

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samedi 10 janvier 2026

14.20 - MON AVIS SUR LE FILM GOODBYE LENIN DE WOLFGANG BECKER (2003)


 Vu le film Goodbye Lenin ! De Wolfgang Becker (2003) avec Daniel Bruhl Katrin Sass Maria Simon Chulpan Khamatova Alexandre Beyer Florian Lukas Jurgen Holtz 

Après la fuite de son mari Robert à l'Ouest en 1978, Christiane Kerner s'est totalement investie dans la vie sociale du régime communiste de l'Allemagne de l'Est. Elle est reconnue comme une camarade exemplaire par le parti. Son fils, Alexander, surnommé Alex, rêve de devenir cosmonaute comme son idole, Sigmund Jähn. 

Mais dix ans plus tard, il est devenu un jeune homme désabusé. Sa mère aide ses voisins à rédiger leurs critiques constructives au sujet de la taille des vêtements et sa sœur, Ariane, élève seule son bébé après sa rupture. 

Wolfgang Becker a réussi un pari rare : nous faire rire avec une comédie de situation souvent cocasse, parfois burlesque, tout en nous invitant à méditer sur le sens de l’Histoire contemporaine. Good Bye, Lenin! n’est pas qu’un film malin sur la chute du Mur, c’est une fable politique, intime et universelle, racontée à hauteur de cuisine familiale et de journal télévisé bricolé. 

Si le film a rencontré un tel succès en Allemagne, ce n’est évidemment pas un hasard. Les Allemands sont les premiers concernés par cette double allégorie : celle d’un peuple coupé en deux pendant quarante ans, à l’image de cette famille berlinoise fracturée par le Mur, et celle d’un socialisme militant dont le cœur s’arrête littéralement de battre. Une mère communiste convaincue, plongée dans le coma au moment où le monde qu’elle défendait s’effondre : difficile de trouver métaphore plus simple, et plus cruelle. 

Mais Becker ne se contente pas de filmer un cas allemand. Il parle de nous tous. De ces faux-semblants politiques, de ces mensonges nécessaires ou supposés bienveillants, de ce besoin presque enfantin de préserver l’unité familiale face à la menace de l’éclatement. Ici, mentir devient un acte d’amour, et l’illusion une dernière ligne de défense contre la brutalité du réel. 

Le scénario est d’une intelligence remarquable : inventif sans être démonstratif, émouvant sans jamais céder au mélo. Si le rythme de la comédie n’est pas toujours soutenu, la richesse de la matière narrative maintient l’intérêt de bout en bout. Becker sait prendre son temps, observer ses personnages, laisser les situations respirer. 

La reconstitution historique est précise et vivante : l’excitation collective de l’été 1990 est rendue avec justesse – foires automobiles improvisées, reconversion de la monnaie, Coupe du monde, invasion des marques de l’Ouest. Tout cela a parfois des allures de carnaval absurde, et le film assume pleinement cette dimension de fable paradoxale. 

Cette relecture ironique de l’Histoire n’est jamais gratuite. Elle exprime une nostalgie diffuse de l’Allemagne de l’Est, non pas idéologique, mais humaine. Une nostalgie des liens, des repères, d’un monde imparfait mais connu. 

Les personnages sont profondément attachants, souvent pathétiques, parfois irrésistiblement cocasses. Mention spéciale à ce disciple de Kubrick autoproclamé qui aide Alex à fabriquer de faux journaux télévisés : la télévision comme dernier rempart contre la vérité, voilà une idée aussi drôle que vertigineuse. 

Daniel Brühl, que l’on découvrait ici, est tout simplement remarquable. Il porte le film avec une justesse et une énergie impressionnantes, oscillant entre tendresse, obsession et épuisement moral. Il a depuis confirmé qu’il était un excellent acteur, mais tout est déjà là. Autour de lui, le casting est parfaitement dirigé, sans une note fausse. 

La mise en scène de Becker est discrète, élégante, toujours au service du récit. Et la musique de Yann Tiersen apporte au film une aura supplémentaire, une mélancolie douce qui enveloppe les images sans jamais les alourdir. 

La scène finale, avec l’ultime faux reportage télévisé, est particulièrement forte : une mère qui a compris, un fils encore prisonnier de sa propre fiction, et ce regard silencieux qui dit tout. Un moment suspendu, d’une justesse bouleversante. 

Good Bye, Lenin! est un très beau film : profond sur une tonalité légère, émouvant sans être larmoyant, politique sans manichéisme. Il n’épargne personne et ose imaginer une troisième voie utopique… qui n’a pas été. Et c’est peut-être pour cela qu’il touche autant. 

NOTE : 14.20

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