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samedi 10 janvier 2026

14.20 - MON AVIS SUR LE FILM GOODBYE LENIN DE WOLFGANG BECKER (2003)


 Vu le film Goodbye Lenin ! De Wolfgang Becker (2003) avec Daniel Bruhl Katrin Sass Maria Simon Chulpan Khamatova Alexandre Beyer Florian Lukas Jurgen Holtz 

Après la fuite de son mari Robert à l'Ouest en 1978, Christiane Kerner s'est totalement investie dans la vie sociale du régime communiste de l'Allemagne de l'Est. Elle est reconnue comme une camarade exemplaire par le parti. Son fils, Alexander, surnommé Alex, rêve de devenir cosmonaute comme son idole, Sigmund Jähn. 

Mais dix ans plus tard, il est devenu un jeune homme désabusé. Sa mère aide ses voisins à rédiger leurs critiques constructives au sujet de la taille des vêtements et sa sœur, Ariane, élève seule son bébé après sa rupture. 

Wolfgang Becker a réussi un pari rare : nous faire rire avec une comédie de situation souvent cocasse, parfois burlesque, tout en nous invitant à méditer sur le sens de l’Histoire contemporaine. Good Bye, Lenin! n’est pas qu’un film malin sur la chute du Mur, c’est une fable politique, intime et universelle, racontée à hauteur de cuisine familiale et de journal télévisé bricolé. 

Si le film a rencontré un tel succès en Allemagne, ce n’est évidemment pas un hasard. Les Allemands sont les premiers concernés par cette double allégorie : celle d’un peuple coupé en deux pendant quarante ans, à l’image de cette famille berlinoise fracturée par le Mur, et celle d’un socialisme militant dont le cœur s’arrête littéralement de battre. Une mère communiste convaincue, plongée dans le coma au moment où le monde qu’elle défendait s’effondre : difficile de trouver métaphore plus simple, et plus cruelle. 

Mais Becker ne se contente pas de filmer un cas allemand. Il parle de nous tous. De ces faux-semblants politiques, de ces mensonges nécessaires ou supposés bienveillants, de ce besoin presque enfantin de préserver l’unité familiale face à la menace de l’éclatement. Ici, mentir devient un acte d’amour, et l’illusion une dernière ligne de défense contre la brutalité du réel. 

Le scénario est d’une intelligence remarquable : inventif sans être démonstratif, émouvant sans jamais céder au mélo. Si le rythme de la comédie n’est pas toujours soutenu, la richesse de la matière narrative maintient l’intérêt de bout en bout. Becker sait prendre son temps, observer ses personnages, laisser les situations respirer. 

La reconstitution historique est précise et vivante : l’excitation collective de l’été 1990 est rendue avec justesse – foires automobiles improvisées, reconversion de la monnaie, Coupe du monde, invasion des marques de l’Ouest. Tout cela a parfois des allures de carnaval absurde, et le film assume pleinement cette dimension de fable paradoxale. 

Cette relecture ironique de l’Histoire n’est jamais gratuite. Elle exprime une nostalgie diffuse de l’Allemagne de l’Est, non pas idéologique, mais humaine. Une nostalgie des liens, des repères, d’un monde imparfait mais connu. 

Les personnages sont profondément attachants, souvent pathétiques, parfois irrésistiblement cocasses. Mention spéciale à ce disciple de Kubrick autoproclamé qui aide Alex à fabriquer de faux journaux télévisés : la télévision comme dernier rempart contre la vérité, voilà une idée aussi drôle que vertigineuse. 

Daniel Brühl, que l’on découvrait ici, est tout simplement remarquable. Il porte le film avec une justesse et une énergie impressionnantes, oscillant entre tendresse, obsession et épuisement moral. Il a depuis confirmé qu’il était un excellent acteur, mais tout est déjà là. Autour de lui, le casting est parfaitement dirigé, sans une note fausse. 

La mise en scène de Becker est discrète, élégante, toujours au service du récit. Et la musique de Yann Tiersen apporte au film une aura supplémentaire, une mélancolie douce qui enveloppe les images sans jamais les alourdir. 

La scène finale, avec l’ultime faux reportage télévisé, est particulièrement forte : une mère qui a compris, un fils encore prisonnier de sa propre fiction, et ce regard silencieux qui dit tout. Un moment suspendu, d’une justesse bouleversante. 

Good Bye, Lenin! est un très beau film : profond sur une tonalité légère, émouvant sans être larmoyant, politique sans manichéisme. Il n’épargne personne et ose imaginer une troisième voie utopique… qui n’a pas été. Et c’est peut-être pour cela qu’il touche autant. 

NOTE : 14.20

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