Vu le film Les Seins de glace de Georges Lautner (1974) avec Mireille Darc AlainN Delon Claude Brasseur André Falcon Emilio Messina Michel Peyrelon Philippe Castelli Jean Luisi
Un écrivain cherche l'inspiration sur une plage de la Côte d'Azur. Il y rencontre Peggy, une jeune femme mystérieuse qui lui fait penser à l'héroïne de son roman. Il entreprend la conquête de cette jeune femme étrange et probablement psychopathe, protégée par un puissant avocat et ses hommes de main.
Des meurtres sont commis. Peggy est la suspecte numéro 1. Elle avait auparavant tué son mari à coups de pic à glace.
Les Seins de glace (1974) de Georges Lautner (pas vraiment à l’aise dans le genre) est l’un de ces films policiers des années 70 qui, sur le papier, promettent beaucoup et laissent finalement une impression de froid persistant. Adapté d’un roman de Richard Matheson — auteur pourtant maître des atmosphères troubles et des récits psychologiques — le film semble ici avoir perdu une bonne partie de sa substance en route. On retrouve Alain Delon, figure incontournable du polar français de l’époque, dans un rôle taillé sur mesure : regard acier, mutisme élégant, présence magnétique. Mais cette fois, même Delon ne suffit pas à faire oublier la faiblesse d’un scénario qui peine à tenir la distance.
L’histoire, pourtant intrigante, suit François Rollin, publicitaire parisien fasciné par une femme mystérieuse, Peggy Lister, qu’il croit reconnaître comme une meurtrière. Entre désir, obsession et manipulation, le film tente d’installer un climat de suspense psychologique. Mais la mécanique narrative grince rapidement : le rythme est lent sans être hypnotique, la tension annoncée ne décolle jamais vraiment, et l’ensemble donne l’impression d’un polar engourdi, figé dans une poussière très années 70. Georges Lautner, habituellement si à l’aise dans la comédie et le dialogue qui claque, semble ici moins inspiré dans le drame pur, comme s’il filmait à contre-emploi.
Si le scénario et la mise en scène ne me captivent pas, une chose retient néanmoins l’attention : les acteurs. Alain Delon fait du Delon, et ses regards à Mireille Darc valent presque à eux seuls le déplacement. Il y a dans ces silences, dans ces échanges muets, une tension bien plus efficace que ce que le script propose. Mais la vraie révélation — ou plutôt la vraie confirmation — c’est Mireille Darc. Loin d’être uniquement la jolie blondinette à la chute de reins vertigineuse à laquelle on ne peut résister, elle prouve ici qu’elle est aussi une actrice solide, capable de faire ressentir à l’écran des sentiments complexes, ambigus, parfois douloureux, sans jamais forcer le trait.
À noter également, presque comme une curiosité cinéphile, la présence en tant qu’assistants réalisateurs de Robin Davis et Claude Othnin-Girard, qui feront par la suite leurs propres chemins derrière la caméra. Un détail qui rappelle que même dans un film mineur, l’histoire du cinéma continue de s’écrire en coulisses.
Avec le temps, Les Seins de glace devient malheureusement ringard, et rien ne semble vraiment fait pour nous réveiller. Le film reste figé, froid, à l’image de son titre, et laisse un sentiment de frustration : celui d’un projet qui aurait pu être un grand thriller psychologique mais qui se contente d’être un polar mineur. Reste la beauté glacée de Mireille Darc, la présence de Delon, et cette impression persistante qu’ici, le charme des acteurs dépasse largement la force du film.
Un polar qui se regarde aujourd’hui davantage par curiosité, pour son casting et son époque, que pour son efficacité cinématographique.
NOTE : 11.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Georges Lautner
- 1er Assistant réalisateur : Claude Othnin-Girard
- Réalisateur de seconde équipe : Robin Davis
- Scénario : Georges Lautner, d'après le roman de Richard Matheson Les Seins de glace (Someone Is Bleeding), paru en 1953[]
- Photographie : Maurice Fellous
- Musique : Philippe Sarde
- Producteur : Raymond Danon, Jacques Dorfmann
- Pays de production :
France -
Italie
- Claude Brasseur : François Rollin
- Mireille Darc : Peggy Lister
- Alain Delon : Marc Rilson
- André Falcon : commissaire Garnier
- Emilio Messina (fi) : Steig
- Michel Peyrelon : Albert
- Philippe Castelli : l'homme dans le parking
- Jean Luisi : le gérant de l'hotel
- Nicoletta Machiavelli (VF : Michèle Bardollet) : Jacqueline Rilson
- Fiore Altoviti : Denis Rilson

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