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lundi 5 janvier 2026

12.20 - MON AVIS SUR LE FILM CARMEN DE ERNST LUBITSCH (1918)


 Vu le film Carmen de Ernst Lubitch (1918) avec Pola Negri Harry Liedtke Leopold Von Ledebur Grete Diercks Sophie Pagay 

S’aventurer dans Carmen d’Ernst Lubitsch (1918), c’est accepter de quitter sa zone de confort : un long métrage muet, allemand, d’avant Weimar, diffusé sur Arte (merci à eux), avec un casting quasi fantomatique pour le spectateur moderne, à l’exception notable de Pola Negri, et une double filiation lourde à porter : la nouvelle de Prosper Mérimée et l’ombre écrasante de Bizet. Autant dire que le défi était réel… et relevé sans trop de boutons cette fois-ci. 

L’histoire, on la connaît : Don José, soldat droit et naïf, tombe sous le charme vénéneux de Carmen, bohémienne libre, sensuelle et dangereuse, qui n’aime qu’une chose plus que les hommes : sa liberté. José abandonne tout pour elle, sombrant peu à peu dans la jalousie, la violence et la déchéance, pendant que Carmen se lasse et regarde ailleurs, jusqu’à l’inévitable tragédie finale. Lubitsch respecte les grandes lignes du mythe, simplifie l’intrigue mais conserve l’essentiel : la fatalité, la passion destructrice et l’incompatibilité entre amour et liberté. 

Frustration majeure (et assumée) : la musique. On reconnaît la partition, on la fredonne intérieurement, mais sans les paroles du livret, sans le Toréador, sans les voix, il manque quelque chose. C’est comme manger un plat que l’on adore… sans l’assaisonnement principal. Cela dit, la bande sonore musicale choisie pour accompagner le film fonctionne très bien et convainc par sa qualité et sa cohérence, même si l’opéra reste ici un fantôme. 

Côté mise en scène, Lubitsch fait preuve d’une élégance déjà très maîtrisée. Les scènes de foule sont impressionnantes pour l’époque, lisibles, bien chorégraphiées, avec un vrai sens du cadre et du mouvement. On sent qu’il sait où poser sa caméra et comment raconter sans paroles. Certaines séquences spectaculaires, notamment les scènes de rue et de tension collective, témoignent d’un vrai savoir-faire, sans esbroufe mais avec précision. 

Les acteurs, eux, sont inégaux mais dominés par Pola Negri, qui crève littéralement l’écran. Son jeu est intense, physique, expressif sans tomber dans l’hystérie permanente du muet. Elle impose une Carmen sensuelle, dominatrice, parfois cruelle, toujours insaisissable. Face à elle, Don José reste plus effacé, presque écrasé par la personnalité de Carmen, ce qui fonctionne finalement assez bien dramaturgiquement. 

Le scénario reste simple, parfois un peu raide, mais efficace. Lubitsch ne cherche pas encore la sophistication morale de ses films américains futurs, mais il pose déjà les bases : clarté du récit, sens du rythme, goût pour la stylisation plutôt que le réalisme brut. 

Au finalCarmen n’est pas une révélation absolue ni un chef-d’œuvre foudroyant, mais un film solide, élégant et historiquement passionnant, porté par une grande actrice et une mise en scène sûre. Une curiosité qui mérite le détour, surtout pour qui aime le cinéma muet sans œillères… et qui accepte de chanter Bizet dans sa tête. 

NOTE : 12.20

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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