Vu le Film Le Poulain de Mathieu Sapin (2018) avec Alexandra Lamy Finnegan Oldfield Philippe Katherine Gilles Cohen Valérie Karsenti Brigitte Rouan Jean Claude Baudracco Gaspard Gantzer Géraldine Martineau
Un jeune homme de 25 ans intègre par un concours de circonstances l’équipe de campagne d’un candidat à l’élection présidentielle. Il devient l’assistant d’Agnès Karadzic, directrice de la communication, une femme de pouvoir et d’expérience qui l’attire et le fascine. Elle l’initie aux tactiques de campagne, et à ses côtés il observe les coups de théâtre et les rivalités au sein de l’équipe, abandonnant peu à peu sa naïveté pour gravir les échelons, jusqu’à un poste très stratégique.
« Quand il y en a poulain, il y en a pour l’autre » : voilà qui pourrait résumer la petite musique cynique de Le Poulain, film qui observe ce microcosme politique où l’on se passe le pouvoir comme un témoin de relais, au gré d’alliances parfois contre nature, chacun rêvant depuis Sciences Po de son quart d’heure ministériel.
Après Baron Noir, le cinéma politique français continue de labourer le même champ. Les mêmes tics de langage, les mêmes réunions feutrées, les mêmes stratégies de façade. Rien de fondamentalement nouveau ici, et pour cause : le film n’est pas écrit par un ancien de la maison. On reste donc à distance, dans une vision presque déjà datée de la politique, un peu fossilisée depuis l’affaire Benalla qui a dynamité cette représentation policée du pouvoir (hors peut-être l’ère Mitterrand, plus romanesque).
On suit Arnaud Jaurès, jeune novice en politique incarné par Finnegan Oldfield, qui n’a de Jaurès que le nom, mais qui sait très bien en jouer. Par l’intermédiaire de Daniel, conseiller ambigu interprété par un Philippe Katerine délicieusement trouble et jamais désintéressé par le charme d’Arnaud, il intègre l’équipe de campagne présidentielle de Pascal Presnois, excellent Gilles Cohen, crédible jusqu’au bout des dossiers.
Arnaud devient alors l’assistant d’Agnès Karadzic, directrice de la communication, bloc de glace stratégique et femme de pouvoir redoutable, incarnée avec une précision chirurgicale par Alexandra Lamy. Elle est la vraie révélation du film : froide, venimeuse, parfaitement consciente de son emprise. Elle exploite la naïveté de son poulain, le cantonne aux tâches subalternes tout en le plaçant au plus près des portes du pouvoir, là où l’on entend tout, voit tout, mais où l’on ne doit surtout rien dire.
Le scénario suit une trajectoire classique mais efficace : ascension progressive, compromissions, fascination pour les ors de la République. Arnaud monte les marches, non pour y régner, mais pour servir, jusqu’à devenir messager d’un futur gouvernement. Le pouvoir s’installe, et avec lui une nocivité rampante, presque banale.
Mathieu Sapin ne peut s’empêcher de glisser des relations sexuelles ambiguës, comme si le pouvoir était forcément une antichambre de la débauche. Le film suggère plus qu’il ne montre, reste sage, parfois trop, là où il aurait pu être plus cruel, plus mordant. Car ce qui passionne vraiment, ce sont les failles humaines : ces êtres censés être des anges mais qui restent, au fond, terriblement fragiles.
Les scènes de meetings sont volontairement ternes, les réunions de travail réalistes jusqu’à l’ennui. La présence de Gaspard Gantzer, ancien conseiller de Mitterrand, apporte une touche presque documentaire : ses gestes, ses silences, tout sonne juste, on sent qu’il connaît la musique.
La mise en scène est propre, appliquée, sans audace majeure, mais la dernière scène dans les vrais ors de la République — cour de l’Élysée, escaliers, couloirs — offre enfin un souffle cinématographique bienvenu.
Le Poulain ne révèle rien de neuf sur la politique française. On attend toujours le film qui osera regarder le pouvoir droit dans les yeux, peut-être celui sur Benalla et ses dérèglements. Finnegan Oldfield, pour une fois, en fait le minimum syndical, ce qui est presque frustrant tant on sait qu’il vaut mieux que son joli minois. Alexandra Lamy, en revanche, est impeccable, glaçante, précise, et utilise son venin à la perfection. Un film honnête, bien interprété, mais trop sage pour vraiment mordre.
NOTE : 11.90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Mathieu Sapin
- Scénario : Mathieu Sapin et Noé Debré
- Photographie : Jérôme Alméras
- Montage : Pierre Deschamps
- Premier assistant monteur : Julien Soudet
- Renfort montage : Tamouna Gugulashvili[réf. souhaitée]
- Assistante monteur son : Juliette Heintz
- Bruiteur : Pascal Chauvin[réf. souhaitée]
- Assistant Bruiteur : Franck Tassel[réf. souhaitée]
- Musique : Nicolas Repac
- Décors : Mathieu Menut
- Repérages: Sébastien Giraud
- Costumes : Anne-Sophie Gledhill
- Producteur : François Bœspflug, Stéphane Parthenay, David Grumbach et Mathieu Robinet
- Production : Pyramide Productions et BAC Films
- SOFICA : Cinémage 12, Cofimage 29, Indéfilms 6
- Distribution : BAC Films
- Budget : 4,1 millions d'euros
- Alexandra Lamy : Agnès Karadzic
- Finnegan Oldfield : Arnaud Jaurès
- Gilles Cohen : Pascal Prenois
- Valérie Karsenti : Catherine Beressi
- Philippe Katerine : Daniel
- Brigitte Roüan : Jacqueline Prenois
- Géraldine Martineau : Géraldine, journaliste TV
- Matthew Ford : un militant
- Tara Martinez : une militante
- Maud Pugliese : Leslie
- Gaspard Gantzer : Edwin
- Jean-Claude Baudracco : Jean-Claude Escoffier, le maire
- Olga Mouak : Cécile
- Frédéric Neidhardt : Bertrand
- Guillaume Costanza : Salim
- Saadia Bentaïeb : La présidente Martineau
- Dominique Ratonnat : Conseiller grisâtre
- Anne-Juliette Vassort : Assistante de Catherine Beressi
- Antoine Guiral : Journaliste dans le train
- Frédéric Niffle : Philippe
- Jacques Allaire : Henri
- Zazon Castro : Eléonore
- Daniel Trubert : Notable strasbourgeois
- Mathieu Sapin : Secrétaire général adjoint de l'Elysée

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire