Qu’à Fait Jack ? De David Lynch (2017) avec David Lynch Jack Cruz (le singe) Toototabon (la Poule) Emily Stofle
Le film met en scène un détective (joué par Lynch) qui interroge Jack, un singe capucin qui a peut-être commis un meurtre[5]. Jack est accusé par le détective d'avoir tué Max pour une histoire d'amour avec une poule : le dialogue décousu entre les deux, vêtus de façon identique, est à un moment interrompu par une chanson interprétée par Jack
On peut légitimement se poser la question : qu’as-tu fait David ?
Avec Qu’a fait Jack ?, David Lynch pousse encore un peu plus loin ce qu’il pratique depuis toujours : un cinéma-labyrinthe, absurde, inconfortable, et volontairement hermétique. Comme une œuvre d’art contemporain posée au milieu d’un musée, on ne comprend pas tout – parfois rien – mais on reste là, fasciné, à observer jusqu’où un homme peut aller dans le décalage le plus total.
Le film se déroule presque entièrement dans une gare froide, grise, impersonnelle, figée hors du temps. Un décor minimaliste, presque clinique, qui sert d’écrin à une situation déjà absurde : un détective, incarné par Lynch lui-même, interroge un singe capucin nommé Jack, soupçonné d’un crime pour le moins… lynchien : le viol d’une poule. Oui, il n’y a pas d’erreur. On est bien chez David Lynch, et personne ne cligne des yeux.
Le détective porte son éternel costume sombre, son regard est sérieux, concentré, presque bureaucratique. En face de lui, Jack le singe, étonnamment vêtu exactement de la même manière. Cravate, chemise, manteau. Le miroir est évident. Alter ego ? Projection mentale ? Double grotesque ? Lynch ne répondra pas, et c’est précisément là que le film commence à jouer avec nous.
Le scénario, volontairement barge, tient sur une idée unique étirée jusqu’à l’absurde : un interrogatoire où le langage devient un terrain instable. Les dialogues, à la fois très écrits et totalement incohérents, rappellent immédiatement Twin Peaks. On a l’impression que ces deux personnages se sont échappés d’une salle d’interrogatoire de la Black Lodge. Le sens glisse, se dérobe, se contredit.
David Lynch, en acteur, est parfait dans son propre univers. Raide, sérieux, presque trop rationnel face à une situation qui ne l’est pas. Le singe Jack, doublé vocalement de manière étrange, devient un personnage à part entière, à la fois comique, inquiétant et pathétique. On rit, mais un rire jaune, car derrière l’absurde se cache toujours une forme de malaise.
La mise en scène est d’une austérité radicale : plans fixes, peu de mouvements, un noir et blanc granuleux qui accentue la sensation de rêve figé. La gare devient un pur espace mental, un non-lieu où la logique n’a plus cours. Lynch filme peu, mais filme juste, chaque regard, chaque silence pesant plus que le dialogue lui-même.
Qu’a fait Jack ? n’est pas un film aimable. Ce n’est pas un film explicatif. C’est une expérience, un geste artistique, presque une provocation. Comme souvent chez Lynch, soit on entre dans le jeu, soit on reste à la porte en se demandant ce qu’on vient de regarder. Bizarre, bizarre… vous avez dit bizarre ? Comme c’est bizarre. Mais c’est aussi pour ça que certains aiment Lynch : parce qu’il ose encore proposer un cinéma qui ne s’excuse pas d’être incompréhensible.
Un court-métrage absurde, drôle, dérangeant, inutile pour certains, fascinant pour d’autres. Une œuvre qui ressemble à son auteur : libre, tordue, et totalement indifférente au confort du spectateur.
NOTE : 7.40
DISTRIBUTION
- Jack Cruz (singe) : lui-même[]
- David Lynch : détective
- Toototabon (poule) : elle-même
- Emily Stofle : serveuse

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