Vu le Film Une Place pour Pierrot de Hélène Médigue (2025) avec Grégory Gadebius Marie Gillain Patrick Mille Mathilde Labarthe François Vincentelli Vincent Elbaz Mariane Basler Hélène Médigue Atmen Kélif Nicolas Briançon
Pierrot, 50 ans, est autiste et vit dans un foyer. Sa sœur Camille, 45 ans, avocate et mère célibataire, découvre qu'il subit une surmédication qui le fait régresser. Révoltée, elle décide de le prendre chez elle en attendant de trouver un lieu adapté à sa différence. Une longue quête commence.
Une place pour Pierrot, premier film de fiction d’Hélène Médigue, aborde un sujet délicat : l’autisme à l’âge adulte. Un terrain miné pour le cinéma, où le moindre excès explicatif ou mélodramatique peut faire décrocher le spectateur, et où l’acteur — surtout lorsqu’il n’est pas autiste — avance en permanence sur un fil. Le film a au moins l’intelligence de le savoir et tente d’éviter les pièges les plus grossiers.
Pierrot a cinquante ans. Il vit dans un environnement institutionnel nocif et surmédicamenteux, plus destiné à gérer qu’à accompagner. Sa sœur décide de l’en sortir, persuadée qu’il mérite mieux qu’un quotidien anesthésié. L’idée est belle, presque évidente : offrir à Pierrot une autre place, plus humaine, plus digne. Mais une fois hors de cet univers cadré, tout se complique. Pierrot cherche la sécurité dans la répétition, dans les rituels, dans la présence rassurante de sa sœur… et parfois dans les amis de celle-ci, ce qui est déjà beaucoup moins simple.
Le choix de Grégory Gadebois pour incarner Pierrot est sans doute l’une des grandes réussites du film. Massif, imposant, presque intimidant, Gadebois joue à contre-emploi apparent. Son corps devient un paradoxe : une enveloppe solide pour un homme intérieurement fragile. Il évite l’imitation, la caricature, et travaille sur les silences, les regards, la maladresse physique. Son interprétation est juste, tenue, souvent touchante. Mais même Gadebois ne peut pas tout porter seul.
La mise en scène d’Hélène Médigue est pudique, retenue, parfois trop. On sent que le film est nourri de souvenirs personnels, inspiré par son propre frère, et c’est peut-être là que le bât blesse. Le film semble souvent hésiter entre la fiction et le témoignage intime. À force de délicatesse, il garde le spectateur à distance. On observe Pierrot, on le respecte, mais on n’entre pas vraiment en lui.
Le scénario avance par touches successives, sans véritable tension dramatique. Les situations s’enchaînent plus qu’elles ne se construisent, et le film donne parfois l’impression de rester enfermé dans son propre cadre émotionnel. Trop personnel pour devenir universel, pas assez incarné pour bouleverser. On comprend les intentions, on partage la bienveillance, mais l’émotion reste contenue, presque bridée.
Une place pour Pierrot est un film sincère, honnête, porté par un acteur remarquable, mais qui peine à dépasser son origine autobiographique. Un film respectable, important dans ce qu’il tente de dire, mais qui laisse une sensation de retenue permanente. Et clairement, pas vraiment le film idéal pour fêter un réveillon — à moins d’aimer commencer l’année dans le silence et la gravité.
Un film à voir pour Gadebois, pour le sujet, pour la démarche… mais qui, malgré ses qualités, ne trouve pas toujours sa place chez le spectateur.
NOTE : 11.80
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Hélène Médigue
- Scénario : Hélène Médigue et Stéphane Cabel
- Musique : Philippe Kelly
- Décors : Cyril Gomez-Mathieu
- Costumes : Rebecca Renault
- Photographie : George Lechaptois
- Son : Baptiste Boucher et Alexandre Fleurant
- Montage : Thomas Fernandez
- Production : Christophe Rossignon
- Production associée : Philip Boëffard et Pierre Guyard
- Production déléguée : Ève Machuel
- Société de production : Nord-Ouest Films et France 3 Cinéma
- Société de distribution : Diaphana Distribution
- Budget : 3,5 millions d'euros
- Grégory Gadebois : Pierrot
- Marie Gillain : Camille, la sœur de Pierrot
- Patrick Mille : Gino, le patron du restaurant Chez Gino
- Mathilde Labarthe : Emma, la fille de Camille
- Vincent Elbaz : Adrien, l'ex de Camille et père d'Emma
- François Vincentelli : Jean
- Marianne Basler : Mathilde
- Hélène Médigue : Nina
- Atmen Kelif : Ahmed, le cuisinier du restaurant Chez Gino
- Vincent Winterhalter : Alexandre
- Nicolas Briançon : Vincent, le patron du cabinet d'avocats de Camille
- Jack Claudany : le président du tribunal

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