Vu le Film La Cage de Pierre Granier Deferre (1975) avec Lino Ventura Ingrid Thulin Dominique Zardi William Sabatier Jean Turlier Sophie Sam
Julien, la cinquantaine, est promoteur immobilier. Il se rend, un soir, dans une villa isolée de banlieue. Son ex-femme, Hélène, qu'il n'a pas vue depuis deux ans, l'y attend, seule. Son intention: vendre cette maison qu'il lui avait offerte en guise de cadeau de séparation.
La Cage est un thriller des années 70, quasi huis clos, adapté d’une pièce de Jack Jacquine, qui repose sur une idée forte mais mal exploitée : la séquestration par amour. Sur le papier, le concept intrigue. À l’écran, il interroge… sans jamais vraiment répondre.
Pierre Granier-Deferre, cinéaste habituellement solide (Le Chat, La Veuve Couderc), enferme ici son film — et son spectateur — dans une cave, au sens propre comme au figuré. Le dispositif est simple : Julien, interprété par Lino Ventura, se retrouve piégé par son ex-femme Hélène, incarnée par Ingrid Thulin, qui l’enferme dans la cave de sa propre maison. Le piège se referme très vite, presque trop vite, comme si le film craignait déjà sa propre stagnation.
Voir Lino Ventura en position de faiblesse est rare, presque dérangeant. Lui, le roc, le taiseux, le taulier du polar français, devient ici une proie passive. Et le problème est là : Julien n’est pas McGyver, certes, mais il ne tente pas grand-chose non plus. Peu d’élan, peu d’ingéniosité, peu de rage. On attend un sursaut, une étincelle… qui ne vient jamais.
Face à lui, Ingrid Thulin impose une présence froide, distante, presque clinique. Elle joue Hélène comme une énigme permanente. Trop permanente. On ne sait jamais vraiment ce qu’elle veut : se venger ? aimer encore ? punir ? retenir ? Et le film ne tranche pas. Ce flou, au lieu de nourrir le malaise, finit par l’épuiser.
La mise en scène de Granier-Deferre est fonctionnelle, sans audace particulière. Le huis clos pourrait étouffer, oppresser, faire monter une tension psychologique digne d’un Polanski. Mais ici, la cave devient vite monotone, et la caméra semble aussi prisonnière que son personnage principal.
Le scénario, pourtant prometteur, tourne en rond. Les reproches d’Hélène à Julien sont bien le cœur du film, son moteur dramatique, mais ils restent abstraits, jamais pleinement incarnés. Séquestrer quelqu’un par amour est une idée forte, presque fascinante — mais comme je ne suis pas psy, je laisserai la science y répondre… le film, lui, n’y répond pas.
Le rythme démarre bien, puis s’enlise. Et cela dure jusqu’à une fin bâclée, expédiée, frustrante. On regarde jusqu’au bout en espérant un dénouement qui nous collerait une gifle. Mais non. Le générique arrive. Rideau. Circulez.
La Cage n’est clairement ni le meilleur Granier-Deferre, ni un grand Lino Ventura. Mais on lui pardonne. Par respect. Par affection. Par fidélité à une époque où même les faux pas avaient une certaine tenue.
Un film qui enferme plus qu’il ne libère. Et qui laisse son spectateur dans la cave, lumière éteinte.
La Cave se rebiffe
NOTE : 11.40
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Pierre Granier-Deferre
- Scénario : Pierre Granier-Deferre et Pascal Jardin, d'après une pièce de Jack Jacquine
- Assistant réalisateur : Jacques Santi
- Production : Ralph Baum et Charles Gérard pour UGC, Lira Films et Parme Productions
- Photographie : Walter Wottitz
- Décors : Jacques Saulnier
- Montage : Jean Ravel
- Musique : Philippe Sarde
- Lino Ventura : Julien Dartel
- Ingrid Thulin : Hélène
- William Sabatier : Bernard, l'ami
- Dominique Zardi : le facteur
- Jean Turlier : le gros homme
- Patrice Melennec : un pompier

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire