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samedi 26 septembre 2026

14.00 - MON AVIS SUR LE FILM LES CANONS DE NAVARONNE DE JACK LEE THOMPSON (1961)


 Vu le Film Les Canons de Navaronne de Jack Lee Thompson (1961) avec Grégory Peck Irène Papas Anthony Quinn Anthony Quayle David Niven Stanley Baker James Darren Gia Scala James Robertson Justice


Vu Les Canons de Navarone de J. Lee Thompson, un film que j’avais découvert dans une salle de quartier dans ma jeunesse, trop jeune pour l’avoir vu à sa sortie. C’est exactement le genre de film qui nous fait aimer le cinéma, celui qui vous embarque dès les premières images et vous donne envie de croire pendant deux heures que l’aventure existe encore.


Et il faut dire qu’à l’époque, le casting avait de quoi faire rêver : Gregory Peck, Anthony Quinn, David Niven, Irene Papas, accompagnés de seconds rôles particulièrement efficaces. Du beau monde devant la caméra, avec des personnalités qui n’avaient pas besoin d’effets numériques pour remplir l’écran. Le film est adapté du roman d’Alistair MacLean et nous entraîne en 1943, en pleine Seconde Guerre mondiale, dans une mission presque impossible au cœur de la mer Égée.


L’armée allemande tient le détroit de Navarone grâce à deux énormes canons installés dans une forteresse pratiquement imprenable, capables de contrôler le passage maritime et d’empêcher une flotte alliée de venir évacuer des milliers de soldats britanniques bloqués sur une île. Il faut donc envoyer un petit groupe d’hommes pour détruire ces fameux canons. Une mission confiée à un commando composé de soldats britanniques et grecs, avec à sa tête le capitaine Keith Mallory, interprété par Gregory Peck, ancien alpiniste devenu officier.


À ses côtés, le caporal Miller, joué par David Niven, spécialiste des explosifs, le redoutable Andrea Stavros incarné par Anthony Quinn, ainsi que le colonel Andrea, le lieutenant Groves et Maria, interprétée par Irene Papas. Chacun possède son caractère, ses compétences et surtout ses blessures, et c’est cette complémentarité qui donne au groupe toute sa force.


Car la mission est loin d’être une simple promenade touristique dans les îles grecques. Il faut débarquer clandestinement, escalader des falaises, échapper aux soldats allemands, affronter les trahisons et les désaccords au sein même du commando avant de parvenir jusqu’à la forteresse où se trouvent les canons.


Et c’est passionnant de bout en bout. À l’époque, le spectacle est égal à l’héroïsme. On ne disposait pas des effets numériques d’aujourd’hui, alors on faisait avec des décors, des maquettes, des cascades et surtout avec des acteurs qui donnaient une véritable présence humaine à cette aventure. Et forcément, en 2026, certains effets visuels ont sacrément vieilli. Mais ce n’est pas grave.


Il faut parfois garder nos yeux d’enfants et regarder le spectacle pour ce qu’il est, sans demander à un film de 1961 de rivaliser avec les ordinateurs d’aujourd’hui. Sinon, autant reprocher à une locomotive à vapeur de ne pas aller aussi vite qu’un TGV.


Et puis il y a cette formidable galerie de personnages, avec Gregory Peck en chef de commando, élégant et déterminé, David Niven qui apporte son humour et son flegme britannique, et Anthony Quinn qui semble avoir été fabriqué spécialement pour jouer les hommes capables de vous faire passer un mur à coups de poing. Irene Papas apporte quant à elle une présence exceptionnelle et une véritable dimension dramatique à cette aventure.


J. Lee Thompson signe un grand film d’aventures et de guerre, généreux, spectaculaire et terriblement efficace, qui sait prendre son temps pour installer ses personnages avant de les jeter dans l’action. On s’attache à cette équipe parce que le film nous laisse le temps de la connaître, et chaque danger rencontré prend alors une véritable importance.


Aujourd’hui, certains effets peuvent prêter à sourire, mais l’aventure, elle, n’a pas pris une ride. Les Canons de Navarone appartient à cette époque où Hollywood savait encore fabriquer de grandes histoires avec des hommes, des décors, quelques explosions et beaucoup d’imagination.


C’est aussi pour cela que ce film me rappelle pourquoi j’aime le cinéma. Celui qu’on découvrait dans une salle de quartier, avec des yeux émerveillés, sans se demander combien de millions avaient été dépensés en effets numériques. On venait voir une histoire, des acteurs et du spectacle, et quand le rideau se refermait, on avait passé un grand moment.


Alors oui, les canons ont peut-être un peu vieilli, mais le film, lui, continue de tirer à boulets rouges sur notre nostalgie. Et cette prise de guerre-là, je la regarde encore avec mes yeux d’enfant.

NOTE : 14.00

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

mercredi 26 août 2026

12.10 - MON AVIS SUR LE FILM TIRE AU FLANC 62 DE CLAUDE DE GIVRAY ET FRANCOIS TRUFFAIT (1961)


 Vu le film Tire au Flanc 62 de François Truffaut et Claude de Givray (1961) avec Jacques Balutin, Christian de Tillière , Pierre Maguelon, Ricet Barrier, Bernadette Lafont, Cabu, Jean Marie Rivière, Robert Lachenay (le copain de Truffaut) Serge Davri Pierre Etaix où Jean Claude Brialy


Au pitch de Tire-au-flanc 62, on se serait plutôt attendu à un film de Philippe Clair, Claude Zidi ou Max Pécas qu'à une œuvre sortie tout droit des Cahiers du cinéma !

Et pourtant, nous sommes bien en 1961, deux ans après Les 400 Coups, et derrière la caméra on trouve François Truffaut, associé à Claude de Givray, autre fidèle des Cahiers, qui signe ici sa première réalisation. Truffaut produit également le film et participe à l'adaptation avec de Givray et André Mouëzy-Éon.

Le matériau de départ est pourtant loin d'être nouveau : la pièce Tire-au-flanc, écrite par André Mouëzy-Éon et André Sylvane en 1904, avait déjà connu plusieurs adaptations au cinéma, notamment celle de Jean Renoir en 1928, avec Michel Simon. Celle de Truffaut et de Givray constitue donc la cinquième version !

L'histoire est celle de Jean Lerat de la Grignotière, jeune aristocrate précieux, oisif et franchement pas préparé à la grande aventure militaire. Son passage à la caserne va être un véritable cauchemar.

Et comme si cela ne suffisait pas, il retrouve dans le même régiment Joseph Vidauban, son ancien chauffeur devenu lui aussi appelé.

Le bourgeois et son domestique se retrouvent donc à égalité devant l'armée.

Enfin… en théorie !

Parce que Jean n'est pas franchement fait pour la discipline militaire. Lui qui était habitué au confort, au golf, aux bonnes manières et à une existence de petit aristocrate va découvrir les joies du réveil au clairon, des exercices, des corvées et surtout des supérieurs qui n'en ont absolument rien à faire de son nom de famille.

Et là commence une succession de saynètes où notre précieux Jean va accumuler les maladresses, les incompréhensions et les ennuis.

Il va même finir au trou, avant que Joseph ne trouve une solution assez géniale pour lui permettre de sortir de cette mauvaise passe : monter une représentation théâtrale de Tire-au-flanc à l'occasion d'une journée portes ouvertes.

Autrement dit, les soldats vont jouer… la pièce dont leur propre aventure est déjà une adaptation !

Et c'est probablement l'un des plaisirs du film : cette manière qu'ont Truffaut et de Givray de jouer avec le théâtre, le cinéma et leur propre matériau.

Le jeune Christian de Tillière est très drôle dans le rôle de Jean Lerat de la Grignotière. Il joue ce garçon précieux avec juste ce qu'il faut de ridicule sans jamais tomber dans la caricature lourde.

Face à lui, Ricet Barrier est formidable en Joseph Vidauban, tandis que Jacques Balutin, en caporal Bourrache, semble avoir été fabriqué spécialement pour ce film.

Et le plus drôle, c'est que Bourrache n'est pas franchement plus réglementaire que ses recrues !

On a donc un aristocrate qui ne comprend rien à l'armée, un ancien chauffeur qui doit maintenant obéir aux ordres, un caporal qui semble parfois aussi perdu que ses soldats et tout ce petit monde qui tente de survivre au service militaire.

Bref, les réformés des films comiques peuvent aller se rhabiller : ceux-là auraient probablement obtenu leur réforme au bout de trois jours !

Mais ce qui rend surtout Tire-au-flanc 62 savoureux aujourd'hui, c'est son casting.

Parce qu'on croise une quantité assez incroyable de futurs noms du cinéma, de la télévision, de la chanson et de la presse.

Bernadette Lafont apparaît ainsi brièvement, Jean-Claude Brialy joue un capitaine, Pierre Étaix fait le chef de gare, François Truffaut lui-même apparaît en taulard passionné de lecture, tandis que Robert Lachenay, son copain des débuts, participe également au film.

Et puis il y a Cabu !

Le futur dessinateur de Charlie Hebdo joue un soldat présenté comme un « as du dessin » et met évidemment son talent à contribution. Ce n'est pas seulement une apparition de circonstance : les dessins font partie du personnage.

On retrouve également Serge Korber, qui appartient à cette petite galaxie artistique autour de Truffaut et de la Nouvelle Vague. Il deviendra ensuite réalisateur et collaborera encore avec Claude de Givray.

Et justement, impossible de parler de cette équipe sans évoquer Suzanne Schiffman.

Elle est la scripte de Tire-au-flanc 62. Elle n'est pas encore la figure majeure qu'elle deviendra dans le cinéma de Truffaut, mais elle fait déjà partie de son entourage professionnel le plus proche. Elle avait travaillé avec lui sur Tirez sur le pianiste et continuera ensuite une collaboration extraordinaire avec Truffaut, notamment sur Jules et Jim.

Schiffman deviendra progressivement bien plus qu'une simple scripte : une collaboratrice essentielle de Truffaut, jusqu'à participer à l'écriture et à la mise en scène de plusieurs de ses films.

C'est donc assez amusant de revoir Tire-au-flanc 62 avec le recul : on a presque l'impression d'assister à une réunion de famille de la Nouvelle Vague avant que tout le monde ne devienne célèbre !

Et derrière cette joyeuse bande, il y a également Raoul Coutard à la photographie, autre immense nom de cette génération.

Le film est tourné en noir et blanc et bénéficie d'un montage vif qui donne à cette succession de gags une belle énergie.

Alors évidemment, tout ne fonctionne pas.

Certaines plaisanteries ont pris un petit coup de poussière et quelques saynètes sont nettement moins drôles que d'autres.

Mais ce n'est jamais vulgaire.

Et surtout, le film ne cherche pas à faire dans la grosse farce militaire à la Bidasses en folie avant l'heure.

Il y a derrière les plaisanteries une véritable tendresse pour ces jeunes types qui découvrent l'absurdité de l'institution militaire.

Truffaut, qui n'est pourtant pas spécialement connu pour son goût du comique troupier, trouve ici une façon très personnelle de filmer cette petite troupe.

Et il ne faut surtout pas chercher dans Tire-au-flanc 62 le Truffaut de Jules et Jim, de La Nuit américaine ou du Dernier Métro.

Ce film est une pochade.

Une parenthèse.

Une récréation.

Et c'est précisément pour cela qu'elle est sympathique.

Il y a même quelque chose d'assez savoureux à voir l'un des futurs grands cinéastes français participer à une comédie de caserne où Cabu dessine, Pierre Étaix passe dans un coin, Bernadette Lafont apparaît, Brialy joue les supérieurs et Truffaut finit lui-même derrière les barreaux !

On pourrait presque croire à une bande de copains qui se sont dit :

« Et si, pour une fois, on faisait les cons ? »

Et ils l'ont fait.

Avec suffisamment de talent pour que cela reste regardable plus de soixante ans après.

TIRE-AU-FLANC 62* n'est certainement pas le chef-d'œuvre de François Truffaut.

Mais ce n'est pas ce qu'on lui demande.

C'est une charmante comédie, légère, parfois inégale, souvent drôle, toujours curieuse, et surtout un formidable petit morceau de l'histoire de la Nouvelle Vague.

Un film où l'on vient pour Truffaut et où l'on finit par s'amuser à reconnaître tous ceux qui vont faire le cinéma français des décennies suivantes.

Une pochade ? Oui.

Une œuvre mineure ? Certainement.

Mais une œuvre sans intérêt ? Absolument pas.

Parce qu'entre deux grands films, les génies ont parfois aussi le droit de faire les imbéciles.

Et franchement, avec Truffaut, Cabu, Étaix, Brialy, Lafont, Balutin et Ricet Barrier dans la même caserne, même le service militaire devient presque une partie de plaisir !

NOTE : 12.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION



14.90 - MON AVIS SUR LE FILM LES DESAXES DE JOHN HUSTON (1961)



Vu le Film Les Désaxés (The Misfits) de John Huston (1961) avec Marilyn Monroe Clak Gable Montgommery Clift Eli Wallach Thelma Ritter James Baretn Estelle Winwood Kevin McCarrthy


Reno dans le Nevada, la ville des mariages expéditifs et celle des divorces rapides. C'est la raison de la présence de Roslyn à Reno, accompagnée d'Isabelle, à la fois son amie et sa logeuse.

Sur place, Roslyn rencontre Guido, un garagiste qui, à la suite de la panne de sa voiture, la conduit au tribunal pour son divorce.

Les Désaxés est un film crépusculaire dans tous les sens du terme. Crépusculaire pour ses personnages, pour un certain rêve américain, pour le western traditionnel, mais aussi pour ses interprètes. Dernier film achevé de Clark Gable, dernier film terminé de Marilyn Monroe avant sa disparition, et l'un des derniers grands rôles de Montgomery Clift, le film semble hanté par la fin d'une époque.

Dans ce Reno encore loin des néons triomphants de Las Vegas, on vient se marier à la hâte, divorcer tout aussi vite et tenter de recommencer une vie. C'est un décor de transition, peuplé d'êtres perdus qui refusent d'admettre que leur monde disparaît. Roslyn, récemment divorcée, croise la route de cow-boys modernes qui ne trouvent plus leur place dans l'Amérique des années 1960. Leur mode de vie agonise, remplacé par le progrès, les voitures et l'urbanisation.

La grande force du film de John Huston réside dans son humanité. Sous une intrigue finalement assez simple, il filme des êtres cabossés, incapables d'aimer correctement mais incapables également de vivre seuls. Le scénario de Arthur Miller, écrit spécialement pour Marilyn Monroe, porte un regard d'une rare tendresse sur ces marginaux magnifiques.

Et puis il y a cette célèbre chasse aux mustangs, moment central du film. Au-delà de sa puissance visuelle, elle agit comme une métaphore : ces chevaux sauvages représentent une liberté condamnée, tout comme ces hommes qui s'accrochent désespérément à un passé qui n'existe plus. C'est là que Les Désaxés rejoint les grands westerns crépusculaires qui seront plus tard magnifiés par Sergio Leone et Clint Eastwood.

Ce qui frappe aujourd'hui, c'est l'impression que les acteurs jouent presque leur propre destin. Gable apparaît usé mais toujours charismatique, Monroe semble fragile derrière son sourire, Clift porte sur son visage toutes ses blessures. Cette dimension involontaire donne au film une émotion supplémentaire : on ne regarde pas seulement des personnages en fin de parcours, mais des légendes qui s'apprêtent à quitter la scène.

Les Désaxés n'est peut-être pas le film le plus spectaculaire de Huston, mais il est sans doute l'un des plus émouvants. Un chant du cygne magnifique et mélancolique sur la fin des mythes américains, où les derniers cow-boys errent dans un monde qui n'a plus besoin d'eux.

NOTE : 14.90

FICHE TECHNIQUE