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jeudi 14 mai 2026

16.10 - MON AVIS SUR LE FILM ACCORDS ET DESACCORDS DE WOODY ALLEN (1999)


  Vu le Film Accords et Désaccords de Woody Allen (1999) avec Sean Penn Samantha Morton Uma Thurman Ben Duncan Daniel Okrent Tony Darrow Woody Allen Molly Price Anthony LaPaglia Gretchen Moll John Waters 

Dans les années 1930, Emmet Ray est le deuxième meilleur guitariste de jazz au monde, seulement devancé par Django Reinhardt, qu'il ne peut pas écouter sans pleurer, voire sans s'évanouir. Comme lui, il est fantasque, joueur de billard, inconstant, ce qui lui vaut l'ire des directeurs de club qui l'emploient. Il fait la connaissance d'une jeune muette, jouée par Samantha Morton, qui tombe amoureuse de lui… Incapable de s'engager, il finira par la quitter, puis par rencontrer une journaliste mondaine (Uma Thurman), qui l'épouse. Ce mariage est condamné d'avance, et il va se terminer à la suite d'un épisode légendaire dont chaque spécialiste a sa propre version... 

Il y a des films où Woody Allen parle de psychanalyse, d’amour, de New York… et puis il y a ceux où il parle de sa véritable religion : le Jazz. Et un film de Woody Allen sans Jazz n’est pas vraiment un Woody Allen. Avec Accords et désaccords, il signe une merveille discrète, un faux biopic qui ressemble à une improvisation de clarinette dans un club enfumé à trois heures du matin. Un petit bijou. 

La grande idée de génie du film est là : rendre hommage à une immense figure du jazz… qui n’existe pas. Emmet Ray, guitariste prétendument légendaire, roi des caves enfumées, des nuits alcoolisées et des amours ratées, serait selon les spécialistes “le deuxième meilleur guitariste du monde”. Le premier ? Django Reinhardt évidemment. Et c’est là que Woody Allen est brillant : à travers ce personnage fictif, il rend hommage à tous les grands noms du jazz, à cette époque où les musiciens vivaient entre génie absolu et autodestruction permanente. 

Emmet Ray est un escroc sentimental, un dragueur pathétique, un type capable de jouer comme un dieu puis de fuir en courant dès qu’il entend parler de Django tant il est terrorisé par son talent. Woody fait même l’impossible : créer une rencontre mythologique entre le fantasme et la réalité. Comme si le cinéma pouvait offrir au jazz sa propre légende arthurienne. 

Et puis il y a Sean Penn. À contre-courant total de ses rôles habituels, il entre dans le costume d’Emmet Ray avec une facilité déconcertante. On dirait qu’il a toujours vécu dans ces bars enfumés, une guitare à la main et une bouteille dans l’autre. Il est arrogant, drôle, minable, brillant, touchant. Sean Penn joue ici comme un musicien improvise : sans jamais donner l’impression de forcer. Un immense acteur dans un immense rôle. 

Face à lui, Samantha Morton est bouleversante dans le rôle d’Hattie, femme muette dont le regard dit davantage que tous les dialogues du film. Woody Allen, souvent accusé de trop faire parler ses personnages, trouve ici une émotion incroyable dans le silence. Chaque scène entre eux possède une tendresse maladroite, presque fragile, qui donne au film son cœur véritable. 

Et comme Emmet Ray, le véritable guitariste qui sublime le film reste Howard Alden. Car derrière les doigts de Sean Penn se cache ce musicien prodigieux qui donne au film toute son authenticité musicale. Chaque morceau semble sortir directement d’un club des années 30. On sent la fumée, l’alcool, la sueur et le génie. Quand le Jazz est là, Woody Allen devient presque imbattable. 

Visuellement, le film est superbe. Les décors et costumes recréent une Amérique fantasmée, élégante et mélancolique. Woody Allen filme cela avec une simplicité désarmante, sans jamais chercher l’esbroufe. Sa mise en scène paraît légère, presque invisible, mais elle est vivante du début à la fin. Ça swingue dans chaque plan. Même les silences ont du rythme. 

Ce qui rend le film si beau, c’est qu’il parle autant de musique que des artistes incapables d’être heureux. Emmet Ray touche parfois le sublime avec sa guitare mais reste perdu dans sa propre vie. Woody Allen filme ce paradoxe avec beaucoup d’humour mais aussi une vraie mélancolie. Derrière les vannes et les fanfaronnades, il y a toujours cette idée terrible : certains génies savent jouer l’amour sans jamais savoir le vivre. 

Et pourtant le film reste incroyablement drôle. Les mensonges absurdes d’Emmet Ray, sa lâcheté permanente, son narcissisme ridicule… Woody Allen transforme ce type odieux en personnage profondément humain. On rit souvent, mais avec une pointe de tristesse au coin des lèvres. 

Accords et désaccords est finalement un film qui ressemble au Jazz lui-même : libre, mélancolique, virtuose et imprévisible. Un faux biopic plus vrai que beaucoup de vrais. Une déclaration d’amour à Django Reinhardt, aux musiciens oubliés, aux losers magnifiques et aux artistes qui brûlent leur vie en quelques notes. 

Un Woody qui jazz. Et quand le Jazz est là… Woody Allen joue à domicile. 

NOTE : 16.10

FICHE TECHNIQUE


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mercredi 25 mars 2026

12.90 - MON AVIS SUR LE FILM PAN TADEUSZ DE ANDRZEJ WAJADA (1999)


 Vu le Film Pan Tadeusz : Quand Napoléon traversait le Niémen (Pan Tadeusz) d'Andrzej Wajda (1999)P avec Andrzej Seweryn  Grażyna Szapołowska  Henryk Baranowski Bogusław Linda Daniel Olbrychski Jerzy Trela Michał Żebrowski 

C'est l'adaptation du poème Messire Thadée (Pan Tadeusz) d'Adam Mickiewicz. 

La scène se déroule en Lituanie en 1812, alors que la Pologne est rayée de la carte. Deux familles s'affrontent, l'une alliée aux Russes, l'autre indépendantiste. En juin 1812, Napoléon marche sur Moscou et franchit le Niémen. 

Wajda, qu’on a connu plus frontal, presque militant, sur les secousses sociales de la Pologne, déserte ici les barricades contemporaines pour aller fouiller du côté des guerres napoléoniennes. Mais qu’on ne s’y trompe pas : ce détour historique n’est pas une fuite, c’est un miroir. Une Pologne rayée de la carte, déchirée entre influences étrangères, où les familles elles-mêmes se retrouvent dans des camps opposés… difficile de ne pas penser à des conflits plus récents, où l’histoire bégaie sans demander la permission. 

Le film adapte le grand poème national de Adam Mickiewicz, et ça se sent. Pan Tadeusz, c’est à la fois un personnage et un symbole : un jeune noble un peu naïf, pris dans les querelles d’héritage, les rivalités familiales et les illusions patriotiques. Il revient dans son domaine avec l’idée d’un ordre à restaurer, mais il tombe sur une société fracturée, où chacun joue sa partition, parfois contre son propre sang. Autour de lui gravite toute une galerie de figures, nobles, juges, soldats, dont les liens sont… disons-le franchement, pas toujours limpides. 

Et c’est là que le bât blesse. Une première partie bavarde, presque engluée dans ses dialogues et ses présentations de personnages. On cherche les liens, on s’accroche, mais ça reste parfois obscur. Wajda filme un monde qui se délite, mais le spectateur doit faire un effort pour ne pas décrocher. On est plus dans le salon que sur le champ de bataille, et ça discute beaucoup pour pas toujours grand-chose. 

Mais dès que Napoléon entre dans le cadre – ou plutôt dès que son ombre plane – Wajda change de braquet. Là, il passe la vitesse supérieure, et ça se voit. L’avancée vers Moscou, la traversée du Niémen, tout cela prend une ampleur visuelle impressionnante. La mise en scène devient flamboyante, presque lyrique. Les costumes, les décors, les foules : on sent le soin, le respect de l’époque, une vraie ambition de reconstitution. 

Henryk Baranowski campe un Napoléon presque fantomatique, figure plus symbolique que réellement incarnée, comme une promesse ou un mirage pour ces Polonais en quête de salut. Autour de lui, les acteurs polonais tiennent la baraque avec sérieux, parfois un peu trop d’ailleurs : on sent le poids du texte, de l’héritage littéraire, ce qui donne des personnages un peu figés, moins incarnés que récités. 

Fidèle à l’œuvre d’origine, privilégie les intrigues familiales et les tensions internes à la grande fresque historique. Du coup, on peut avoir l’impression d’un déséquilibre : d’un côté une chronique presque intime, de l’autre une épopée nationale qui ne demande qu’à exploser. Et quand elle explose, le film devient enfin ce qu’il promettait. 

Wajda signe une œuvre inégale mais habitée. Un peu bavarde, oui. Par moments obscure, clairement. Mais portée par une mise en scène qui, dès qu’elle quitte les salons, retrouve un souffle impressionnant. Et surtout, un hommage vibrant à une Pologne qui n’existait plus sur les cartes mais qui continuait à vivre dans les têtes et les cœurs. 

Un film pour les amateurs d’histoire, clairement. Les autres risquent de rester sur le bord du chemin… surtout dans la première partie. Mais quand ça décolle, ça a de la gueule.

NOTE : 12.90

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