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jeudi 22 octobre 2026

11.40 - MON AVIS SUR LE FILM MORLAIX DE JAIME ROSALES (2025)

 


Vu le film Morlaix de Jaime Rosales (2025) avec Melanie Thierry Samuel Kircher Aminthe Audiard Alexis Keruzore Àlex Brendemühl Balthazar Delville Eden Kerdoncuff


On a parfois l’impression que Jaime Rosales s’est perdu un jour dans cette ville de Bretagne, que j’ai moi-même visitée, et qu’il en est revenu avec une idée fixe : est-ce pour me punir ou par amour que je vais faire un film pour parler de désespoir et d’ennui ? La question mérite d’être posée, car si Morlaix possède un charme certain, son utilisation comme décor d’une jeunesse tourmentée donne parfois envie de prendre le premier train pour aller voir si le soleil existe ailleurs.


Gwen (Aminthe Audiard), une jeune fille originaire de cette ville, revient sur les lieux de son passé, marquée par la tristesse d’une perte, tandis que nous découvrons une histoire sentimentale qui va nous occuper, enfin un peu, avec son amoureux Thomas (Alexis Kuruzore) et l’arrivée de Jean-Luc (Samuel Kircher), un nouveau venu qui va la magnétiser d’amour. Il faut reconnaître que Kircher possède quelque chose de sacrément magnétique, comme une boussole qui se dérègle dès qu’on le regarde, et que son personnage apporte une présence troublante à cette histoire de cœur. Gwen se retrouve alors devant un cruel dilemme : choisir entre deux garçons, l’un qu’elle connaît déjà et l’autre qui vient bouleverser son existence. Cruel dilemme, hein, pourquoi ne pas choisir les deux ? Mais Jaime Rosales n’est manifestement pas venu à Morlaix pour tourner une comédie sur les avantages du partage amoureux.


Le réalisateur a d’autres préoccupations en tête, puisqu’il décide de raconter une histoire dans l’histoire, en faisant cohabiter le réel et la fiction dans un jeu de miroirs qui finit par nous perdre autant que ses personnages. La couleur appartient au réel, tandis que le noir et blanc accompagne la fiction que les protagonistes découvrent sur un écran de cinéma, mais les deux univers se mélangent progressivement, changent de format et brouillent les frontières entre ce que nous voyons, ce que les personnages vivent et ce qu’ils imaginent. On se retrouve ainsi dans une construction narrative assez étrange, où un film raconte leur histoire vingt ans plus tard, avec une autre temporalité et d’autres perspectives, comme si le réalisateur voulait nous rappeler que les souvenirs ne sont jamais tout à fait fidèles à ce que nous avons vécu.


Ce retour dans le passé possède quelque chose d’intrigant, même si l’on se demande parfois où Rosales veut nous emmener, tant son récit semble avancer au rythme des états d’âme de ses personnages. Le film demande de l’attention et de la patience, car il ne faut pas s’attendre à une succession de rebondissements capables de nous réveiller en sursaut. Il y a des silences, des regards, des hésitations, des interrogations sentimentales et beaucoup de cette mélancolie propre à une jeunesse qui cherche encore sa place dans le monde, avec la sensation que le bonheur se trouve toujours ailleurs.


La confrontation entre Thomas et Jean-Luc apporte heureusement un peu de tension à cette histoire, car les deux garçons ne possèdent ni le même tempérament ni la même manière d’exprimer leurs sentiments. L’un se montre plus provocateur que l’autre, et leur rivalité finit par dégénérer sur le célèbre pont de Morlaix, un décor qui offre au film un cadre autrement plus spectaculaire que certaines de leurs longues interrogations intérieures. Il faut dire que le viaduc est magnifique et que la ville possède une véritable personnalité visuelle, même si ses pierres et ses paysages ne suffisent pas toujours à dissiper la torpeur qui s’installe à l’écran.


Ce qui reste intéressant, c’est cette fascination pour une jeunesse qui rêve d’un paradis blanc, d’amour absolu et de vide, comme si l’avenir était une page vierge sur laquelle on pourrait tout écrire, à condition de savoir quoi y mettre. Les sentiments sont intenses, les désirs contradictoires et les choix semblent définitifs alors que la vie n’a pas encore commencé à distribuer toutes ses cartes. Le film observe cette période avec une certaine distance, sans chercher à rendre ses personnages immédiatement sympathiques, et c’est sans doute là que réside une partie de son intérêt.


La présence de Mélanie Thierry, qui interprète Gwen vingt ans plus tard, ajoute une autre dimension à ce récit, puisque le temps transforme les visages, les regrets et la manière de regarder ses propres souvenirs. Comme dirait Hugo, le temps passe, mais les histoires d’amour continuent de laisser des traces, même lorsque ceux qui les ont vécues ont changé de vie et de visage.


Le casting permet également de découvrir de jeunes comédiens, notamment Aminthe Audiard et Samuel Kircher, dont la présence apporte une véritable curiosité à cette chronique sentimentale. Kircher, en particulier, possède cette capacité à attirer le regard sans avoir besoin d’en faire des tonnes, ce qui n’est déjà pas si mal dans un film où les personnages passent beaucoup de temps à chercher ce qu’ils ressentent.


Morlaix est donc une œuvre littéraire, exigeante et très intrigante, qui oscille entre l’ennui provoqué par une intrigue où il ne se passe finalement pas grand-chose et la fascination pour ces personnages qui se débattent avec leurs émotions, leurs rêves et leurs souvenirs. La construction en abyme, les changements de format et les allers-retours entre passé et présent donnent au film une singularité indéniable, même si cette ambition formelle finit parfois par prendre le dessus sur l’histoire elle-même.


Je reste partagé devant cette confusion des sentiments, entre l’envie de suivre ces jeunes gens dans leurs tourments et celle de leur conseiller de sortir prendre l’air, histoire de vérifier que la vie ne se résume pas à un triangle amoureux filmé en noir et blanc. Heureusement, il nous reste la beauté de Morlaix, ses rues, son viaduc et cette Bretagne que j’ai moi-même parcourue, avec le plaisir de retrouver une ville qui mérite mieux que d’être uniquement le théâtre du désespoir amoureux.


Un film qui intrigue, qui divise et qui ne laisse pas complètement indifférent, même si, par moments, on aurait aimé que les personnages cessent de réfléchir à leur existence pour commencer à la vivre. À force de chercher le paradis blanc, ils risquent surtout de nous faire regretter la couleur !

NOTE : 11.40

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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