Vu le film Hope de Na Hong-jin (2026) avec Hwang Jeong-min Michael Fassbender Jo In-sung Jung Ho-yeon Alicia Vikander Taylor Russell Cameron Britton
On attendait impatiemment le retour de Na Hong-jin, ce réalisateur sud-coréen qui nous avait offert trois chefs-d’œuvre du thriller ultra-violent avec The Chaser, The Murderer et The Strangers. Autant dire qu’après une telle trilogie, on l’attendait au tournant avec Hope, son incursion dans la science-fiction et ses extraterrestres qui ne sont manifestement pas venus pour nous apporter des fleurs.
Tout commence à Hope, un village portuaire où des entités extraterrestres ont décidé de prendre leurs quartiers, peut-être pour profiter d’un petit bain de soleil, sauf que leurs principales activités consistent plutôt à terroriser les autochtones. Les habitants découvrent rapidement que leurs nouveaux voisins ne sont pas du genre à respecter le règlement de copropriété, et que la cohabitation risque de tourner au cauchemar. Face à ces créatures aux intentions franchement peu serviables, chacun va tenter de sauver sa peau dans un déchaînement de violence, de courses-poursuites et de situations qui échappent rapidement à toute logique raisonnable.
Na Hong-jin ne nous ment ni sur le budget ni sur ses ambitions, puisqu’il nous embarque pendant deux heures quarante dans un délire de science-fiction absolument insensé, où des humains tentent de survivre à des choses poisseuses, gluantes et manifestement peu disposées à retourner d’où elles viennent. Le réalisateur ne nous lâche pas une seconde, nous faisant passer de l'effroi à l'incrédulité, avec cette manière de faire monter la tension jusqu'à nous donner envie de vérifier si notre fauteuil est toujours entier.
Impossible de résumer Hope sans lui faire perdre une bonne partie de sa folie, tant le scénario multiplie les situations improbables, les rebondissements et les visions hallucinées. C'est bordélique, frapadingue, ahurissant, mais d'un bordel jouissif qui donne le sentiment d'assister à quelque chose que l'on n'avait encore jamais vu. Les extraterrestres sont baveux, gluants, terrifiants et désespérément accrochés à notre monde, sans la moindre intention de rentrer à la maison comme dans le film de Spielberg. Non, ceux-là restent collés à nous, et leur conception de la visite amicale ressemble davantage à une séance de torture qu'à un échange de civilités intergalactiques.
La première partie est peut-être la meilleure, avec une tension remarquable, des personnages inquiétants et une atmosphère qui rappelle parfois le cinéma de Tarantino, lorsque les psychopathes prennent le contrôle de la situation et que l'on comprend que personne ne sortira indemne de la rencontre. Mais Na Hong-jin ne se contente pas de reproduire les recettes de ses précédents films, puisqu'il change complètement de terrain de jeu pour nous entraîner dans une aventure où la science-fiction devient le prétexte à toutes les audaces.
Le scénario est admirable, à condition d'accepter de rentrer dans le délire du réalisateur, qui mélange créativité, émotion et humour sans demander la permission à personne. Ce monde est fou, mais il est admirablement filmé, à l'ancienne, ai-je envie de dire, avec des travellings saisissants, des mouvements de caméra qui semblent ne jamais vouloir s'arrêter et une photographie de dingue. Les compositions sont parfois presque manichéennes, les images possèdent une puissance folle et la mise en scène donne une ampleur exceptionnelle à ce chaos organisé, même lorsque l'on se demande sérieusement où le cinéaste veut nous emmener.
Le casting participe pleinement à cette aventure, les interprètes devant affronter des situations qui semblent parfois relever du cauchemar éveillé plutôt que d'un tournage ordinaire. Les personnages ne sont pas là pour faire de la figuration devant des monstres numériques, mais pour essayer de comprendre ce qui leur arrive, de résister et, si possible, de ne pas finir en pièces détachées. On s'attache à ces êtres humains ballotés dans un univers qui ne leur laisse guère de répit, et l'émotion parvient à se frayer un chemin au milieu de cette débauche de violence et de visions hallucinantes.
Na Hong-jin réussit surtout à maintenir une tension presque permanente, sans nous laisser le temps de reprendre tranquillement nos esprits, et les deux heures quarante passent à une vitesse folle. On souffle, on respire, on expire, avant de repartir de plus belle dans une succession de scènes qui semblent vouloir tester les limites de notre résistance. Quant à nos ongles, ils risquent de laisser quelques traces sur les accoudoirs, car il devient difficile de rester tranquillement installé devant pareil spectacle.
On pourra rester frustré par une conclusion qui ne répond pas nécessairement à toutes les questions et laisse le spectateur avec son lot d'interrogations, mais ce serait presque reprocher à un tel film de ne pas nous avoir fourni le mode d'emploi avant de nous envoyer dans l'espace. Hope est un film qui se vit autant qu'il se comprend, et il faut accepter de se laisser emporter par son univers plutôt que de chercher à tout prix une explication rationnelle à chaque image.
Du grand cinéma, généreux, démesuré et complètement déjanté, qui prouve que Na Hong-jin n'a pas perdu la main depuis ses précédents chefs-d'œuvre, même s'il a décidé de troquer les tueurs en série contre des visiteurs venus d'ailleurs. Après trois thrillers qui nous avaient déjà sérieusement secoués, le voilà qui s'attaque aux extraterrestres avec une ambition folle et une inventivité visuelle qui laisse sur le carreau bien des productions plus conventionnelles.
Et si l'on ressort de Hope avec quelques frustrations et la désagréable impression que ces bestioles ne sont pas près de nous lâcher, on aura au moins vécu une expérience de cinéma aussi insensée qu'inoubliable. Quant à savoir ce que signifie réellement tout ce cirque, comprenne qui pourra, mais une chose est certaine : pendant deux heures quarante, Na Hong-jin nous aura fait oublier le monde extérieur, et ce n'est déjà pas si mal.
NOTE : 16.30
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation et scénario : Na Hong-jin
- Musique : Michael Abels[]
- Décors : Lee Hwo-kyoung[]
- Costumes : Jo Hee-ran
- Photographie : Hong Kyung-pyo[]
- Son : Kim Chang-sub[]
- Montage : Kim Sun-min[Production : Chae Ji-woong[], Kim Sae-mi[] et Na Hong-jin[]
- Production déléguée : Joo Seung-wan[]
- Coproduction : Son Seung-hyun
- Sociétés de production : Forged Films[], en coproduction avec Plus M Entertainment[]
- Sociétés de distribution : Plus M Entertainment[] ; Universal Pictures International France (France)[]
- Budget : 70 à 100 milliards de won[]
- Pays de production :
Corée du Sud
- Hwang Jeong-min : Ko Beom-seok, chef de la police de Hope Harbor[]
- Jo In-sung : Ko Seong-ki, jeune chasseur]
- Jung Ho-yeon : Im Sung-ae, officière de police[]
- Michael Fassbender : Ma'veyyo, un extraterrestre]
- Alicia Vikander : J'aur, une extraterrestre]
- Taylor Russell : Ai'dovor, un extraterrestre]
- Cameron Britton : Va'migere, un extraterrestre[]
- Lee Sang-hee : Ahn Nak-yeon, un colonel à la retraite]
- Im Hyun-sik : M. Hae-sul, un habitant âgé[]
- Eum Moon-suk : Yang-bae, un charpentier excentriqu

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