Vu le film The Dog Stars de Ridley Scott (2026) avec Jacob Elordi Jeff Bridges Margaret Qualley Allison Jeanney Guy Pearce Samù Spruell Ewen Bremmer Benedict Wrong
Voir un film de Ridley Scott était devenu, depuis quelque temps, une affaire qui ressemblait davantage à un parcours semé de déceptions qu'à une véritable fête de cinéma, mais voilà que le bonhomme semble avoir retrouvé sa patte avec The Dog Stars, adaptation du roman de Peter Heller, qui nous offre un film certes plus intimiste que ses grandes fresques habituelles, mais qui n'en demeure pas moins une belle réussite. Avec un budget annoncé de 110 millions de dollars, on reste dans le modeste chez Scott, même si beaucoup de réalisateurs se contenteraient volontiers d'une pareille somme pour financer toute leur carrière.
Après une pandémie de grippe qui a décimé une grande partie de l'humanité, Hig, ancien mécanicien et pilote de Cessna, survit dans une base militaire abandonnée du Colorado en compagnie de Bangley, un ancien Marine aussi méfiant que lourdement armé, et de son chien Jasper. Dans ce monde où les survivants se font rares et où la confiance est devenue une denrée aussi précieuse que les provisions, les deux hommes ont organisé leur existence autour de la défense de leur territoire, chacun apportant ses compétences à cette étrange communauté réduite à trois êtres vivants.
Hig, interprété par Jacob Elordi, conserve pourtant une part d'humanité et de sensibilité que son compagnon d'infortune semble avoir depuis longtemps rangée au fond d'un placard. La mort et le deuil pèsent sur lui, tandis que son goût pour le pilotage lui permet de s'évader au-dessus de cette terre dévastée, où les paysages magnifiques contrastent avec la solitude des derniers survivants. Lorsqu'une transmission radio laisse entrevoir la possibilité de retrouver d'autres êtres humains, Hig décide de partir à leur recherche, au risque de bouleverser un équilibre déjà fragile.
Ridley Scott prend le temps d'installer son univers et de nous faire partager le quotidien de ces hommes qui n'ont plus grand-chose à attendre de l'existence, si ce n'est de survivre un jour de plus. La première partie, consacrée à leur cohabitation, à leurs habitudes et à cette méfiance permanente envers le monde extérieur, fonctionne particulièrement bien, avec une tension qui naît moins des affrontements que de la difficulté à continuer de vivre lorsque toute civilisation semble avoir disparu.
Le cinéaste retrouve ici un véritable sens de l'espace, magnifié par une photographie superbe, des plans aériens impressionnants et ces grands paysages qui donnent à la nature une présence presque aussi importante que celle des personnages. Le tournage réalisé en Italie parvient à recréer les étendues du Colorado, tandis que la musique d'Harry Gregson-Williams accompagne admirablement cette histoire de solitude, de perte et d'espoir, sans chercher à nous tirer les larmes à chaque changement de plan.
Jacob Elordi se montre excellent dans le rôle de Hig, avec une sensibilité et une fragilité qui donnent de l'épaisseur à cet homme partagé entre son instinct de survie et son besoin de retrouver une raison de vivre. Bon, il faut quand même reconnaître que sa grande carcasse semble parfois avoir du mal à se déplacer, notamment lorsqu'il se met à courir, et que l'on se demande un instant si le pilote n'aurait pas été plus à l'aise dans son Cessna que sur ses deux jambes, mais cela n'enlève rien à sa prestation.
Le véritable numéro un du film reste toutefois Josh Brolin, absolument remarquable dans le rôle de Bangley, cet ancien Marine qui semble avoir trouvé son bonheur dans un monde où les règles ont disparu et où l'on peut enfin se méfier de tout le monde sans passer pour un paranoïaque. Son personnage cynique, pragmatique et parfaitement adapté à ce désordre général apporte une présence formidable au récit, avec cette manière de considérer la survie comme un travail à plein temps plutôt que comme une occasion de philosopher sur la fin du monde. Brolin donne au film une solidité et un caractère qui font merveille, et ses échanges avec Elordi constituent l'un des grands plaisirs de cette première moitié.
Quant à Jasper, le chien de Hig, il apporte une touche de douceur dans cet univers de brutes où les hommes ont parfois bien du mal à se comporter comme des êtres humains. Sa présence rappelle que l'affection et la fidélité n'ont pas complètement disparu de la planète, même si l'humanité semble avoir fait tout son possible pour mériter son extinction.
L'arrivée d'autres survivants, notamment incarnés par Margaret Qualley et Guy Pearce, élargit ensuite le récit et modifie quelque peu son équilibre, car le film perd une partie de la tension qui faisait la force de ses débuts. Cette ouverture vers d'autres personnages disperse un peu l'attention et rend l'histoire moins urgente, sans pour autant détruire les qualités d'un ensemble qui préfère s'intéresser aux relations humaines plutôt que de transformer chaque rencontre en prétexte à une nouvelle bataille.
Ridley Scott retrouve ainsi une forme de simplicité narrative que l'on avait plaisir à revoir chez lui, avec une mise en scène qui laisse respirer les images et des personnages auxquels on finit par s'attacher. Pas besoin ici d'aligner les explosions et les effets numériques pour nous tenir en haleine, car il suffit parfois d'un homme, d'un chien, d'un avion et d'un horizon immense pour raconter quelque chose de profondément humain.
The Dog Stars n'est peut-être pas le plus grand film de Ridley Scott, mais c'est une œuvre généreuse, maîtrisée et passionnante qui nous rappelle que le réalisateur de Alien, Blade Runner et Gladiator sait encore nous offrir du grand cinéma lorsqu'il prend le temps de raconter une histoire plutôt que de vouloir conquérir la planète entière. Après plusieurs rendez-vous qui m'avaient laissé sur ma faim, je retrouve enfin un Ridley Scott qui me donne envie de le suivre à nouveau, et c'est déjà une excellente nouvelle.
Un film de survie contemplatif et profondément humain, porté par un Josh Brolin au sommet et un Jacob Elordi convaincant, même si ce dernier ferait peut-être mieux de prendre son avion plutôt que de courir après les survivants
NOTE : 13.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Ridley Scott
- Scénario : Mark L. Smith et Christopher Wilkinson, d'après le roman La Constellation du chien de Peter Heller
- Musique : Harry Gregson-Williams
- Décors : Chris Seagers
- Costumes : Janty Yates
- Photographie : Erik Messerschmidt
- Montage : Sam Restivo et Claire Simpson
- Production : Michael Pruss, Cliff Roberts, Ridley Scott et Mark L. Smith
- Producteurs délégués : Lily Brooks-Dalton, Peter Heller et Brandon Scott Smith
- Société de production : Scott Free Productions
- Sociétés de distribution : 20th Century Studios (Etats-Unis), The Walt Disney Company France (France)
- Budget : 110 millions de dollars
DISTRIBUTION
- Jacob Elordi (VF : Jim Redler) : Hig
- Josh Brolin (VF : Philippe Vincent) : Bangley
- Margaret Qualley (VF : Kelly Marot) : Cima
- Guy Pearce (VF : Philippe Valmont) : Jack, dit « Pops », le père de Cima
- Allison Janney (VF : Marie Vincent) : Darlene
- Sam Spruell (VF : Jérôme Pauwels) : John
- Ewen Bremner (VF : Jean-François Vlérick) : le chasseur à l'arbalète
- Benedict Wong (VF : Enrique Carballido) : Aaron, un mennonite
- Sebastian Rokison-Woodall : Ben, un jeune mennonite
- Sai Bennett : Melissa

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