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dimanche 26 avril 2026

12.90 - MON AVIS SUR LE FILM KODACHROME DE MARK RASO (2017)

 


Vu le Film Kodachrome de Mark Raso (2017) avec Ed Harris Jason Sudeikis Elizabeth Olsen Gethin Anthony Bruce Greenwood Dennis Haysbert Rob Stewart 

 

 Benjamin Ryder, photographe de renom, est atteint d'un cancer du foie. Il ne parle plus à sa famille. N'ayant plus que trois mois à vivre, il demande à son fils de l'accompagner au Kansas jusqu'au dernier laboratoire traitant encore du film Kodachrome (Dwayne's Photo, à Parsons), avant qu'il n'arrête le développement de ce type de film, faute de chimie plus produite , afin d'y faire développer ses pellicules Kodachrome datant de plusieurs dizaines d'années. 

Kodachrome, c’est d’abord une histoire de fin. Fin d’une vie, fin d’un lien, fin d’une époque aussi. Celle d’un certain rapport à l’image, au temps, à la patience. Le grand photographe Benjamin Ryder, interprété par Ed Harris, apprend qu’il est condamné par un cancer. Pas de pathos inutile, pas de violons dégoulinants : il décide simplement de faire un dernier voyage. Direction le Kansas, vers l’un des derniers laboratoires capables de développer des pellicules Kodachrome. 

Et pour ce voyage, il traîne avec lui son fils, joué par Jason Sudeikis. Un fils avec qui il n’a plus vraiment de relation. Et ça se sent. Dès les premières scènes, le passif est là, lourd, installé, presque poisseux. Pas besoin de surligner, on comprend vite que ces deux-là ne se sont pas beaucoup aimés. Ou mal. 

Le film fonctionne comme un road movie classique : voiture, paysages, silences, confrontations. Sauf qu’ici, tout tourne autour de cette idée simple mais forte : développer une pellicule avant qu’il ne soit trop tard. Une quête presque dérisoire à l’heure du numérique et de l’IA, mais justement, c’est là que le film trouve son sujet. La mémoire, le tangible, ce qu’on peut encore toucher avant que tout ne disparaisse dans des pixels. 

Ed Harris, lui, est impeccable. Fatigué, dur, cassant, mais jamais caricatural. Il impose une présence, une autorité naturelle. Même quand il ne dit rien, il raconte quelque chose. C’est un acteur qui habite ses silences, et ici, il en a beaucoup. 

En face, Jason Sudeikis me laisse plus dubitatif. Il fait le job, mais ça reste un peu en surface. On sent l’effort, mais pas toujours la profondeur. Là où Harris creuse, Sudeikis effleure. Le déséquilibre est évident, et pas forcément voulu. 

Mark Raso fait un film  propre. Trop propre peut-être. Ça roule, ça cadre bien, c’est lisible, mais ça manque de relief. On aurait aimé plus d’aspérités, plus de folie, quelque chose qui déborde un peu comme le personnage de Ryder. Là, tout est contenu, maîtrisé, presque sage. Un peu comme si le film n’osait jamais vraiment se salir les mains. 

Tout suit une trajectoire attendue. Les étapes du voyage, les tensions, les rapprochements… rien de surprenant. Ça coche les cases du genre sans jamais les bousculer. Et c’est là que le bât blesse : il y avait matière à aller plus loin, à creuser cette relation père-fils avec plus de brutalité ou de sincérité. 

Parce que l’émotion, elle est là, en filigrane. Mais elle ne déborde jamais. Elle reste coincée entre deux répliques, deux regards. On la devine plus qu’on ne la ressent pleinement. 

Et pourtant, il y a de belles choses. Des moments suspendus, des idées justes sur la photographie, sur ce que ça signifie de capturer un instant. Cette obsession de vouloir figer le temps avant qu’il ne vous échappe, ça parle. 

Mais voilà, “souriez pour la photo”, sauf qu’ici, le sourire reste un peu figé. Comme une image bien exposée, mais à laquelle il manquerait un peu d’âme. 

Kodachrome n’est pas un mauvais film. C’est un film frustrant. Parce qu’il avait tout pour être grand : un sujet fort, un acteur immense, une vraie mélancolie en toile de fond. 

Mais il reste au bord de quelque chose. Sans jamais vraiment plonger

NOTE :12.90

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Mark Raso
  • Scénario : Jonathan Tropper
  • Musique : Agatha Kaspar
  • Production : Leon Clarence, Ellen Goldsmith-Vein, Dan Levine, Shawn Levy, Eric Robinson, Jonathan Tropper
  • Sociétés de production : 21 Laps Entertainment Gotham Group
  • Société de distribution : Netflix
  • Pays de production : Drapeau des États-Unis États-Unis

DISTRIBUTION

 

lundi 13 avril 2026

13.90 - MON AVIS SUR LE FILM PATERNO DE BARRY LEVINSON (2017)


 Vu le Film Paterno de Barry Levinson (2017) avec Al Pacino Riley Keough Kathy Baker Greg Grunberg Annie Parisse Peter Jacobson Tess Frazer Faith Logan 

Voilà un film plutôt intéressant sur la notion de culpabilité, et dont la mort rôde partout, la mort physique, ou la mort par mise en lumière, celle qui détruit une réputation en quelques gros titres. 

Joe Paterno, incarné par un Al Pacino toujours habitén’est plus vraiment un homme, c’est une institution. Ancien joueur devenu entraîneur mythique des Nittany Lions de Penn State, il aligne les victoires comme d’autres respirent. Tout va bien dans le meilleur des mondes… pas vraiment. À 85 ans, il découvreallongé sur une table de scanner, qu’il est condamné par un cancer irrévocable. 

Et comme si la maladie ne suffisait pas, la réalité le rattrape. Dans l’ombre du programmel’adjoint Jerry Sandusky est accusé de viols et d’agressions sexuelles sur mineurs pendant plus de quinze ans. , le film bascule. On quitte le terrain pour entrer dans quelque chose de plus trouble, plus sale, plus silencieux. 

Levinson ne cherche jamais le choc frontal. Il installe, il distille, il observe. La caméra reste à distance, presque froidecomme si elle refusait de juger à la place du spectateur. Pas de démonstration appuyée, pas de musique qui vient vous dire quoi ressentir. Juste des regards, des silences, et ce poids qui s’installe lentement, très lentement. 

Les médias grattent, la justice tâtonne, les victimes tentent d’exister dans un système qui les écrase. Et pendant ce temps, Paterno continue d’empiler les victoirescomme si le réel glissait sur luiC’est presque irréelpresque indécent. 

Mais forcémentça fissure. Et ce qui semblait extérieur devient intime. Ce n’est plus une affaire, c’est une contamination. Le récit avance alors comme une plongée intérieure, une sorte d’enquête morale  chaque information n’est pas une preuve de plus, mais une couche de plus qui s’effondre. On n’est pas dans un film de tribunal classiquemême si l’ombre de la justice plane constamment, on est dans quelque chose de plus dérangeant : la responsabilité silencieusecelle qu’on porte sans parler. 

Et c’est  que le film touche juste. Parce qu’il ne hurle jamais. Il laisse pourrir. 

Pacino, lui, est monumental sans en faire des caissesFatiguéusébuté, il donne à Paterno une humanité dérangeante. Ce n’est pas un monstre, et c’est bien ça le problème. Il incarne un homme qui a laissé faire, qui a choisi de ne pas voir. Son jeu est tout en retenue, avec ce côté bourrupresque fermé, et cette culpabilité qui suinte sans jamais exploser. 

À ses côtés, Riley Keough en Sara Ganim apporte une énergie différente. Elle n’est pas  pour faire jolielle incarne la persévérance journalistiquecelle qui gratte  où ça fait mal. Une présence discrète mais essentiellepresque dans la lignée de Spotlight, sans chercher à singer. 

La chute est inévitable. Paterno est démissionné en 2011. L’image se fissure, puis s’effondre. L’homme suit. Et quand il finit par reconnaître qu’il savaitdepuis des années, tout prend une autre dimension. 

Ce qui est fort, c’est que le film ne cherche jamais à excuser. Il observe. Il montre. Il laisse le spectateur juger, et c’est bien plus inconfortable. 

J’ai bien aimé cette justesse, sans trop en faire, sans tomber dans le sordide gratuit. Les personnages secondaires ne sont pas transformés en coupables faciles, le film reste accroché à Paterno et à sa famille, notamment son fils, lui aussi entraîneurcomme une transmission qui devient presque une malédiction. 

Et cette idée est terrible : la chute d’un éducateur, d’un modèle, fait encore plus mal que celle d’un simple homme. 

Un film froid, posé, presque sec, mais qui laisse une trace. Parce que derrière la légende du coach, il y a un silence. Et parfois, le silence est pire que tout. 

NOTE : 13.90

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION