Pages

Affichage des articles dont le libellé est FILMS 2020. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est FILMS 2020. Afficher tous les articles

mardi 13 octobre 2026

13.80 - MON AVIS SUR LE FILM UN VRAI BONHOMME DE BENJAMIN PARENT (2020)


 Vu Le Film Un Vrai Bonhomme de Benjamin Parent avec Benjamin Voisin Thomas Guy Tasnim Jamlaoui Guillaume Arnault Sami Outalbali Laurent Lucas Isabelle Carré Nils Othenin Girard


Tom, un adolescent timide et sensible, s'apprête à faire sa rentrée dans un nouveau lycée. Pour l'aider à s'intégrer, il peut compter sur les conseils de Léo, son grand frère qu'il considère comme son mentor. Léo va s'employer à faire de Tom un homme, un vrai, mais son omniprésence va rapidement se transformer en une influence toxique. Pourtant, derrière la bienveillance fraternelle de Léo, se cache un tempérament destructeur. Tom va devoir batailler pour s'affranchir de son emprise.

Je me rappelle avoir vu Un Vrai Bonhomme juste avant le confinement, dans les salles du Publicis, loin de mes bases habituelles, mais j’avais tellement envie de le découvrir que je n’ai pas regretté le déplacement, pas plus que de le revoir aujourd’hui. Il y a des films qui vous laissent un bon souvenir et d’autres qui confirment, plusieurs années plus tard, que votre première impression était la bonne. Celui de Benjamin Parent appartient à la deuxième catégorie.

Ce premier long métrage possède une fraîcheur incroyable alors qu’il aborde des sujets qui n’ont rien de réjouissant, entre le deuil et la perte d’un proche, les humiliations permanentes au lycée, la responsabilité que l’on doit assumer en grandissant et la toxicité de celui dont on attend justement qu’il nous protège. Un cocktail qui pourrait facilement plomber l’atmosphère, mais le réalisateur trouve le ton juste pour nous embarquer dans cette histoire sans nous donner l’impression de subir une leçon de morale.

Benjamin Parent nous conduit là où il veut nous emmener, sans esbroufe ni effets appuyés, en laissant l’histoire se construire progressivement comme un puzzle dont les pièces s’assemblent les unes après les autres. Le récit avance avec une belle fluidité, sans avoir besoin de multiplier les coups de théâtre pour retenir notre attention, car on s’habitue peu à peu aux personnages, à leurs contradictions et à leurs secrets, jusqu’à comprendre ce qui se joue réellement derrière les apparences. C’est intelligent, maîtrisé et particulièrement emballant.

Le scénario témoigne d’une vraie finesse d’écriture, qualité que Benjamin Parent avait déjà montrée en coécrivant Mon Inconnue de Hugo Gélin et en créant la série pour adolescents Les Grands sur OCS. Il confirme ici qu’il sait raconter une histoire, observer les adolescents sans les caricaturer et parler de leurs difficultés avec une sensibilité qui ne verse jamais dans la mièvrerie.

Reste à savoir si Tom parviendra à couper les liens qui l’enchaînent à son frère et à trouver sa propre voie, pour enfin vivre libre. Toute la force du film se trouve dans cette question, qui dépasse largement le cadre du lycée et nous renvoie à ces relations parfois étouffantes dont on ne sait pas toujours comment se libérer.

Et puis il y a les comédiens, une sacrée bande de jeunes talents dont certains ont de bonnes chances de faire parler d’eux dans la décennie à venir, car le talent, ici, il y en a au mètre carré ! On commence par Thomas Guy, qui avait 19 ans au moment du film et porte cette histoire avec une justesse remarquable, lui que l’on avait déjà aperçu dans L’Heure de la sortie de Sébastien Marnier, véritable vivier de jeunes comédiens à suivre.

Nils Othenin-Girard, remarqué notamment dans Simon et Théodore, et Guillaume Arnault, que l’on a pu voir dans Interrail et la série Marseille, complètent cette distribution prometteuse. Ils apportent à l'ensemble cette spontanéité qui évite au film de ressembler à une démonstration fabriquée sur les tourments de l'adolescence.

Mais il y a aussi celui qui fut bien davantage qu’une révélation en 2020 : Benjamin Voisin, déjà aperçu dans Été 85 et La Dernière Vie de Simon, qui dévoilait ici plusieurs facettes de son talent, passant de l’amusement à quelque chose de franchement inquiétant. À 24 ans, il avait déjà cette présence qui ne laisse pas indifférent et cette capacité à rendre un personnage aussi fascinant que dérangeant.

Depuis, il a gravi les échelons un à un, jusqu’au César du meilleur espoir masculin pour Illusions perdues, une consécration qui n’avait rien d’usurpé. On aurait également aimé le voir récompensé pour L’Étranger, tant son parcours confirme qu’il ne s’agit pas d’un feu de paille, et son incarnation prochaine du jeune Johnny Hallyday constitue une nouvelle étape à suivre. Un diamant pur, ce Benjamin Voisin, et je ne crois pas que nous ayons fini d’en entendre parler.

Un Vrai Bonhomme est une formidable découverte, un film qui aborde des thèmes douloureux avec une légèreté de ton qui n’enlève rien à leur gravité, bien au contraire. Benjamin Parent réussit son entrée dans le long métrage avec une histoire solidement construite et une distribution qui mérite tous les encouragements.

Comme quoi, pour parler sérieusement de sujets difficiles, il n'est pas nécessaire de sortir l'artillerie lourde ni de nous plomber le moral pendant deux heures. Voilà un premier film qui donne envie de suivre son réalisateur, et une belle poignée de comédiens dont certains n'ont manifestement pas fini de grimper les marches !

NOTE : 13.80

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

jeudi 23 avril 2026

13.90 - MON AVIS SUR LE FILM PARIS CALLIGRAMMES DE ULRIKE OTTINGER (2020)


 Vu le Film Documentaire Paris Calligrammes de Ulrike Ottinger (2020) 

Paris Calligrammes n’est pas un documentaire, c’est une malle qu’on ouvre et dont s’échappent des odeurs de tabac froid, de café serré et de pellicule chauffée par les projecteurs. Et dès les premières images, une phrase nous revient comme un refrain : « il est cinq heures, Paris s’éveille ». Sauf qu’ici, ce n’est pas une chanson, c’est une mémoire. 

Ulrike Ottinger filme Paris comme on feuillette un carnet intime. Elle y est arrivée au début des années 60, jeune allemande débarquant dans une ville qui, à l’époque, n’avait pas encore décidé de devenir une carte postale. De Saint-Germain-des-Prés à Montparnasse, elle capte ce moment fragile où tout semble encore possible, où les artistes refont le monde entre deux verres, où la culture n’est pas un produit mais une respiration. 

Et là, surgissent les visages. Les vrais. Ceux qui ne jouent pas, ou alors leur propre rôle. On croise Simone Signoret derrière une vitre des Les Deux Magots, comme une apparition presque irréelle. On imagine Juliette Gréco hanter encore les nuits de Saint-Germain. Ce ne sont pas des « acteurs » au sens classique, mais ils incarnent une époque mieux que n’importe quel scénario écrit. 

Car le scénario, ici, c’est le temps. Et quel scénariste… Il déroule les années 50, 60, 70 sans jamais forcer le trait. Ottinger ne raconte pas, elle assemble. Des photos, des archives, des fragments. Et dans ce montage, il y a une mise en scène invisible mais précise : chaque image répond à l’autre, chaque rue devient un personnage. 

Les cinémas de quartier, aujourd’hui disparus, revivent comme des fantômes bienveillants. Le Odéon-Théâtre de l'Europe devient un phare culturel. Les bars enfumés, élégants sans le savoir, respirent une liberté qu’on a un peu oubliée. Oui, Paris était sale, bruyant, imparfait… donc vivant. 

Et puis arrivent les années 70. Le décor change, les gares de Gare de l'Est et Gare du Nord deviennent des carrefours humains. Les populations venues d’ailleurs des protectorats Français apportent des couleurs, des sons, des visages nouveaux. Paris se transforme sans demander la permission. Et c’est très bien comme ça. 

La grande idée du film, c’est ça : Paris ne s’efface pas, il se superpose. Chaque époque laisse une trace, comme une calligraphie justement. D’où le titre, magnifique, presque littéraire. 

Et au-dessus de tout ça, il y a une voix. Celle de Fanny Ardant. Une voix qui ne commente pas, qui caresse. Elle enveloppe les images comme une écharpe en hiver. Certains diront que c’est trop, moi je dis que c’est exactement ce qu’il fallait. 

Alors oui, certains trouveront ça lent. Mais on n’est pas dans un montage TikTok, on est dans la mémoire. Et la mémoire, ça prend son temps. Comme un amour de passage, comme vous le dites si bien. Ça se vit, ça ne se consomme pas. 

Ce que j’aime surtout, c’est que le film ne cherche jamais à dire « c’était mieux avant ». Il montre. Et c’est encore plus cruel. Parce qu’en regardant ces images, on se surprend à penser que le bonheur, effectivement, n’était pas loin… il fallait juste être patient. 

Et puis cette punchline qui reste : Paris restera Paris. Oui. Mais pas le même. Et c’est peut-être ça, au fond, le vrai sujet du film. 

Un documentaire précieux, imparfait parfois, mais profondément sincère. Une capsule temporelle, comme vous le dites, mais surtout un regard. Et un regard, quand il est juste, ça vaut tous les discours du monde. 

Il est Cinq Heures et je m’éveille dans ce Paris de mon Adolescence 

NOTE / 13.90


samedi 18 avril 2026

13.90 - MON AVIS SUR LE FILM LA FAMILLE ASADA DE RYOTA NAKANO (2020)


Vu le Film
La Famille Asada de 
Ryôta Nakano (2020) avec Maho Nomani Masaki Suda Kazurani Ninomiya Satoshi Tsumabuki Taro Suruga Makiko Watanabe 

Dans la famille Asada, chacun a un rêve secret : le père aurait aimé être pompier, le grand-frère pilote de formule 1 et la mère se serait bien imaginée en épouse de yakuza. Masashi, lui, a réalisé le sien : devenir photographe. Grâce à son travail, il va permettre à chacun de réaliser que le bonheur est à portée de main. 

Toujours cette petite résistance chez moi à entrer dans un film japonais, surtout quand il touche au social. Question de culture, d’us, de retenue aussi. Et pourtant, La Famille Asada vient doucement fissurer cette barrière, sans jamais forcer la porte. 

Masashi  est le centre de tout. Interprété avec une justesse désarmante par Kazunari Ninomiya, il porte ce mélange d’enfance prolongée et de regard ultra précis sur le monde. Sa passion pour la photographie n’est pas un hobby : c’est une clé, presque une baguette magique. Grâce à elle, il permet à sa famille de vivre ce qu’elle ne vivra jamais. 

Un père pompier le temps d’un cliché, une mère épouse de yakuza — rien que ça — un frère pilote de Formule 1. On pourrait croire à une fantaisie, mais non, c’est plus profond : c’est une manière de réparer le réel, de le rêver sans le nier. 

Le scénario avance par touches, comme un album qu’on feuillette. Pas de grands effets, pas de démonstration. Juste des instants. Et cette idée magnifique que la photographie peut figer non pas le réel, mais le désir. Là-dessus, le film est d’une intelligence rare. 

La mise en scène de Nakano épouse cette douceur. Il filme comme on regarde une photo qu’on aime : avec patience. Les cadres sont soignés sans être ostentatoires, et chaque composition raconte quelque chose. On sent presque l’influence directe du vrai Masashi Asada dont l’histoire est tirée. 

Et puis il y a cette bascule. Le film quitte doucement le terrain du jeu pour entrer dans quelque chose de plus grave, de plus collectif. Le Japon, la catastrophe, la reconstruction. Là encore, la photographie devient essentielle : non plus pour rêver, mais pour recoller les morceaux du réel. 

C’est peut-être là que le film me touche le plus. Parce qu’il parle d’un pays où l’on montre peu, mais où tout passe autrement. Par les gestes, par les silences, par ces images qu’on garde. 

Les acteurs sont tous à leur place. Jun Fubuki apporte une chaleur discrète, Satoshi Tsumabuki une retenue touchante. Personne n’en fait trop, et c’est précisément ce qui fonctionne. 

Alors oui, j’ai encore cette distance avec le cinéma japonais. Mais ici, elle devient presque un atout. Elle me force à regarder autrement, à ressentir différemment. 

Un film comme un album de famille qu’on n’a pas vécu, mais qu’on comprend. 

Un film qui me fait sourire, m’émeut, me fait rêver comme Masashi. 

Et surtout, un film qui rappelle que la photographie n’est pas seulement un souvenir. 

C’est une manière d’exister autrement. 

NOTE : 13.90

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Ryōta Nakano (ja)
  • Scénario : Ryōta Nakano et Tomoe Kanno (ja)
  • Musique : Takashi Watanabe
  • Décors : Michitoshi Kurokawa
  • Photographie : Hironori Yamasaki
  • Montage : Sōichi Ueno (ja)
  • Société de distribution : Art House Films (France)
  • Pays de production : Drapeau du Japon Japon

DISTRIBUTION