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mercredi 19 août 2026

17.20 - MON AVIS SUR LE FILM LE DERNIER METRO DE FRANCOIS TRUFFAUT (1980)


 Vu le Film Le Dernier Métro de François Truffaut (1980) avec Catherine Deneuve Gérard Depardieu Heinz Bennett Jean Poiret Jean Louis Richard Andréa Ferréol Paulette Dubost Maurice Risch Richard Bohringer


Le Dernier Métro est un des chefs-d’œuvre du cinéma français des années 80, et pourtant Truffaut nous plonge dans une période où les Parisiens n’avaient guère le temps de boire un verre après le cinéma ou le théâtre : il fallait regarder sa montre pour ne pas louper le fameux dernier métro vers une heure du matin, même quand il n’est pas sur l’Île de la Cité… private joke !

En 1942, dans un Paris occupé, on rentre donc vite chez soi, à travers les rues sombres, et si l’on peut rester au chaud au théâtre , c’est encore mieux.

C’est justement ce que propose Truffaut avec ce théâtre de Montmartre, véritable petit monde où l’intrigue se joue autant sur scène que dans les coulisses et jusque dans la cave, presque à la hauteur du souffleur.

Marion Steiner (Catherine Deneuve), grande comédienne de théâtre, prépare la nouvelle pièce de son mari Lucas Steiner (Heinz Bennent), officiellement absent parce que juif et obligé de se cacher.

Mais Lucas n’est pas bien loin : il vit dans la cave du théâtre, où il dirige la pièce en secret, connu seulement de trois personnes.

Et Truffaut s’amuse merveilleusement avec ce décor, passant d’une pièce à l’autre, d’une porte à une fenêtre, de la scène aux coulisses, comme si tout le théâtre était une immense machine à raconter des histoires.

Pendant ce temps, au-dessus de lui, un autre drame se joue, beaucoup plus sentimental celui-là.

Bernard Granger (Gérard Depardieu), grande gueule, hâbleur, un peu escroc et surtout très sûr de lui, débarque dans la troupe et décroche le premier rôle.

Mais Bernard ne veut pas seulement être le premier sur scène : il veut aussi être le premier auprès des femmes.

Il court après Arlette, la costumière, qui le rejette pour d’autres amours interdites, puis s’intéresse à Marion, qui le repousse, se rapproche, puis le repousse encore.

Ah, l’amour entre cour et jardin n’est décidément pas simple !

Et puis il y a Daxiat (Jean-Louis Richard), l’abominable critique antisémite qui traque les Juifs avec une ferveur qui lui ferait presque oublier de regarder les spectacles.

Ah, s’il savait !

Il finira par recevoir une belle correction de Bernard Granger, intermède qui rappelle d’ailleurs une histoire bien réelle vécue par Jean Marais, qui avait lui aussi cogné un critique pendant cette période.

Tout est parfait dans ce film : l’atmosphère, les dialogues, les décors, les personnages et cette manière de parler de l’Occupation sans jamais transformer le film en leçon d’Histoire.

Catherine Deneuve y est royale, d’une beauté presque irréelle, une beauté de théâtre.

Depardieu est bourrin comme on l’aime, Poiret précieux à souhait, Jean-Louis Richard délicieusement machiavélique, et Maurice Risch, en régisseur, apporte ses bonnes saillies verbales et son efficacité indispensable.

Truffaut mélange avec une intelligence rare le théâtre, l’amour, la peur, la jalousie, le mensonge et la survie.

Le Dernier Métro obtiendra dix César, véritable Grand Chelem, et franchement, difficile de trouver cela immérité.

Car le film est à la fois une joie et une souffrance, un film sur une époque terrible mais traversé de vie, d’humour, de désir et de théâtre.

Le Dernier Métro, c’est tout simplement du grand Truffaut.

Une joie, une souffrance, mais surtout un plaisir et une joie.

NOTE ; 17.20

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

vendredi 17 juillet 2026

12.10 - MON AVIS SUR LE FILM LA MORT EN DIRECT DE BERTRAND TAVERNIER (1980)


 Vu le Film La Mort en Direct de Bertrand Tavernier (1980) avec Romy Schneider Harvey Keitel Harryd Dean Stanton Max Von Sydow Thérèse Liotard Caroline Langrishe William Russel Eva Maria Meineke Bernhard Wicki Robbie Coltrane


Il y a des films dont on reconnaît les qualités sans jamais réussir à les aimer. La Mort en direct fait partie de ceux-là. J'ai toujours eu du mal avec ce film de Bertrand Tavernier, et pourtant je comprends parfaitement son ambition.

Peut-être que Tavernier, en réalisant un film en langue anglaise alors qu'il s'agit d'une coproduction franco-allemande, m'a un peu perdu. Le mélange fonctionne sur le papier, mais j'ai toujours eu le sentiment que le réalisateur était moins à l'aise que dans ses grandes œuvres françaises. Diriger des acteurs américains, notamment Harvey Keitel, adepte de l'Actors Studio et de la Méthode, face à une Romy Schneider plus instinctive et impulsive, donne un résultat qui me paraît parfois déséquilibré.

Adapté du roman de science-fiction The Continuous Katherine Mortenhoe, or The Unsleeping Eye de David Guy Compton, le film abandonne une partie de la science-fiction du livre pour privilégier l'anticipation. Ce choix est loin d'être inintéressant. Il rend même le propos plus crédible.

Dans un futur proche, Katherine Mortenhoe (Romy Schneider) apprend qu'elle est condamnée par une maladie incurable. Une chaîne de télévision décide alors de transformer ses derniers jours en événement médiatique. Pour cela, Roddy (Harvey Keitel), journaliste auquel on a greffé des micro-caméras dans les yeux, est chargé de la suivre à son insu afin de filmer chaque instant de son agonie.

L'idée est brillante.

Contrairement au Prix du danger d'Yves Boisset, où la télévision transforme la mort en spectacle, Tavernier fait exactement le chemin inverse. Grâce à ces micro-caméras implantées dans les yeux de Roddy, il supprime le spectaculaire pour aller dans l'intime. Ce n'est plus un jeu télévisé mortel, c'est une intrusion permanente dans la vie d'une femme qui ne demande qu'une chose : mourir en paix.

Le film annonçait déjà ce que deviendrait la télévision-réalité et tous ses effets pervers. À une époque où ce thème paraissait encore futuriste, Tavernier avait vu juste. Aujourd'hui, son regard est presque prophétique.

Mais voilà...

Autant j'admire le sujet, autant la manière de le filmer me laisse froid.

J'ai toujours l'impression que le récit s'étire inutilement. Les scènes prennent leur temps, parfois beaucoup trop, et ces deux heures me semblent interminables. Là où d'autres films d'anticipation entretiennent une tension permanente, celui-ci adopte un rythme contemplatif qui finit par m'endormir plus qu'il ne me captive.

Oui, je sais, certains y verront une manière de nous faire ressentir l'attente de la mort. Personnellement, j'y vois surtout un film bavard qui manque d'élan.

Heureusement, il y a Romy Schneider.

Elle est absolument éblouissante. Son interprétation de Katherine est d'une sincérité bouleversante. Sans jamais forcer l'émotion, elle donne au personnage une humanité qui traverse chaque plan. Elle porte littéralement le film sur ses épaules.

Harvey Keitel est également très investi dans le rôle de Roddy, ce journaliste devenu voyeur malgré lui, partagé entre sa mission et sa conscience. Harry Dean Stanton apporte comme souvent une présence singulière, tandis que Max von Sydow compose un Vincent Ferriman glaçant, incarnation d'une télévision prête à tout pour gagner de l'audience.

Le casting est irréprochable.

C'est sans doute ce qui me frustre le plus. Tous les ingrédients sont réunis : un grand réalisateur, des acteurs immenses, une idée visionnaire et un sujet toujours d'actualité.

Et pourtant, la mayonnaise ne prend jamais chez moi.

Je reste spectateur, jamais réellement impliqué.

Je regarde le film avec intérêt, mais sans émotion véritable.

Je reconnais volontiers son importance dans le cinéma d'anticipation européen et son incroyable lucidité sur les dérives médiatiques qui allaient suivre.

Mais il me manque ce souffle qui emporte.

Cette mise en scène qui fait battre le cœur.

À force de vouloir privilégier l'intime, Tavernier finit, à mes yeux, par anesthésier son propre récit.

Ce n'est tout simplement pas trop mon truc... exactement comme la télévision-réalité d'ailleurs.

NOTE : 12.0

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION