Vu le Film La Mort en Direct de Bertrand Tavernier (1980) avec Romy Schneider Harvey Keitel Harryd Dean Stanton Max Von Sydow Thérèse Liotard Caroline Langrishe William Russel Eva Maria Meineke Bernhard Wicki Robbie Coltrane
Il y a des films dont on reconnaît les qualités sans jamais réussir à les aimer. La Mort en direct fait partie de ceux-là. J'ai toujours eu du mal avec ce film de Bertrand Tavernier, et pourtant je comprends parfaitement son ambition.
Peut-être que Tavernier, en réalisant un film en langue anglaise alors qu'il s'agit d'une coproduction franco-allemande, m'a un peu perdu. Le mélange fonctionne sur le papier, mais j'ai toujours eu le sentiment que le réalisateur était moins à l'aise que dans ses grandes œuvres françaises. Diriger des acteurs américains, notamment Harvey Keitel, adepte de l'Actors Studio et de la Méthode, face à une Romy Schneider plus instinctive et impulsive, donne un résultat qui me paraît parfois déséquilibré.
Adapté du roman de science-fiction The Continuous Katherine Mortenhoe, or The Unsleeping Eye de David Guy Compton, le film abandonne une partie de la science-fiction du livre pour privilégier l'anticipation. Ce choix est loin d'être inintéressant. Il rend même le propos plus crédible.
Dans un futur proche, Katherine Mortenhoe (Romy Schneider) apprend qu'elle est condamnée par une maladie incurable. Une chaîne de télévision décide alors de transformer ses derniers jours en événement médiatique. Pour cela, Roddy (Harvey Keitel), journaliste auquel on a greffé des micro-caméras dans les yeux, est chargé de la suivre à son insu afin de filmer chaque instant de son agonie.
L'idée est brillante.
Contrairement au Prix du danger d'Yves Boisset, où la télévision transforme la mort en spectacle, Tavernier fait exactement le chemin inverse. Grâce à ces micro-caméras implantées dans les yeux de Roddy, il supprime le spectaculaire pour aller dans l'intime. Ce n'est plus un jeu télévisé mortel, c'est une intrusion permanente dans la vie d'une femme qui ne demande qu'une chose : mourir en paix.
Le film annonçait déjà ce que deviendrait la télévision-réalité et tous ses effets pervers. À une époque où ce thème paraissait encore futuriste, Tavernier avait vu juste. Aujourd'hui, son regard est presque prophétique.
Mais voilà...
Autant j'admire le sujet, autant la manière de le filmer me laisse froid.
J'ai toujours l'impression que le récit s'étire inutilement. Les scènes prennent leur temps, parfois beaucoup trop, et ces deux heures me semblent interminables. Là où d'autres films d'anticipation entretiennent une tension permanente, celui-ci adopte un rythme contemplatif qui finit par m'endormir plus qu'il ne me captive.
Oui, je sais, certains y verront une manière de nous faire ressentir l'attente de la mort. Personnellement, j'y vois surtout un film bavard qui manque d'élan.
Heureusement, il y a Romy Schneider.
Elle est absolument éblouissante. Son interprétation de Katherine est d'une sincérité bouleversante. Sans jamais forcer l'émotion, elle donne au personnage une humanité qui traverse chaque plan. Elle porte littéralement le film sur ses épaules.
Harvey Keitel est également très investi dans le rôle de Roddy, ce journaliste devenu voyeur malgré lui, partagé entre sa mission et sa conscience. Harry Dean Stanton apporte comme souvent une présence singulière, tandis que Max von Sydow compose un Vincent Ferriman glaçant, incarnation d'une télévision prête à tout pour gagner de l'audience.
Le casting est irréprochable.
C'est sans doute ce qui me frustre le plus. Tous les ingrédients sont réunis : un grand réalisateur, des acteurs immenses, une idée visionnaire et un sujet toujours d'actualité.
Et pourtant, la mayonnaise ne prend jamais chez moi.
Je reste spectateur, jamais réellement impliqué.
Je regarde le film avec intérêt, mais sans émotion véritable.
Je reconnais volontiers son importance dans le cinéma d'anticipation européen et son incroyable lucidité sur les dérives médiatiques qui allaient suivre.
Mais il me manque ce souffle qui emporte.
Cette mise en scène qui fait battre le cœur.
À force de vouloir privilégier l'intime, Tavernier finit, à mes yeux, par anesthésier son propre récit.
Ce n'est tout simplement pas trop mon truc... exactement comme la télévision-réalité d'ailleurs.
NOTE : 12.0
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Bertrand Tavernier
- Assistants à la réalisation : Jean Achache, Charlotte Trench, Jean-Louis Uzan
- Scénario : Bertrand Tavernier et David Rayfiel (en), d'après le roman de science-fiction The Continuous Katherine Mortenhoe, or The Unsleeping Eye de David Guy Compton[2]
- Producteurs : Gabriel Boustani, Bertrand Tavernier
- Producteurs associés : Renzo Rossellini, Sigmund Graa, Jean-Serge Breton
- Sociétés de production : Société française de production, Gaumont, Little Bear, Antenne 2, TV13 Filmproduktion, Selta Films, Sara Films
- Cadre : Jean-Claude Vicquery
- Scripte : Alice Ziller
- Musique : Antoine Duhamel
- Photographie : Pierre-William Glenn
- Ingénieur du son : Michel Desrois
- Montage : Armand Psenny
- Direction artistique : Bernd Lepel
- Décors : Anthony Pratt
- Costumes : Judy Moorcroft (en) et Monique Dury
- Budget : 11 millions de francs[3] (soit environ 6,3 millions d'euros en 2025
DISTRIBUTION
- Romy Schneider (VF : elle-même) : Katherine Mortenhoe
- Harvey Keitel (VF : Patrick Floersheim) : Roddy
- Harry Dean Stanton (VF : Alain Mottet) : Vincent Ferriman
- Thérèse Liotard (VF : elle-même) : Tracey
- Max von Sydow (VF : Jean Topart) : Gerald Mortenhoe
- Caroline Langrishe : Fille dans le bar
- William Russell : Dr Mason
- Vadim Glowna (VF : Michel Beaune) : Harry Graves
- Eva Maria Meineke : Dr Klausen
- Bernhard Wicki : Père de Katherine
- Robbie Coltrane (VF : Alain Dorval) : Le chauffeur de la Limousine

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