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jeudi 23 juillet 2026

18.10 - MON AVIS SUR LE FILM UN PROPHETE DE JACQUES AUDIARD (2009)


 Vu le Film Un Prophète de Jacques Audiard (2009) avec Tahar Rahim Niels Arestrup Reda Kateb Adel Benchrif Leïla Bekhti Hichem Yacoubi Karim Leklou Jean Philippe Ricci Gilles Cohen Pierre Leccia Antoine Bassler


Il y a des films sur la prison, et il y a Le Prophète. Pour moi, c'est tout simplement le thriller carcéral parfait, maîtrisé de bout en bout par Jacques Audiard, digne héritier de son père Michel Audiard, mais avec une identité qui lui est propre. Un film qui ne cherche jamais à impressionner par des effets de style inutiles : il montre, il observe, il fait monter la tension jusqu'à l'étouffement.


Sorti en 2009, Le Prophète remporte le Grand Prix du Festival de Cannes avant de décrocher neuf César, dont ceux du Meilleur film, du Meilleur réalisateur et du Meilleur acteur pour Tahar Rahim. Une consécration amplement méritée pour un film devenu une référence du cinéma français.


Audiard nous plonge dans un univers carcéral où les surveillants ne font finalement qu'une chose : distribuer les plateaux-repas. Pour le reste, ce sont les détenus qui font la loi. Les clans règnent, imposent leurs règles, rendent leur justice. Mais comme dans certains quartiers, un chef peut en remplacer un autre du jour au lendemain lorsque les intérêts changent. Rien n'est jamais acquis.


Le maître des lieux s'appelle César Luciani, chef du clan corse. À l'extérieur comme à l'intérieur des murs, c'est lui qui décide de tout. Niels Arestrup, parfait comme très souvent dans ce registre, compose un personnage aussi charismatique que terrifiant. Il n'a jamais besoin d'en faire trop pour imposer son autorité.


Sous sa coupe arrive un jeune détenu de dix-neuf ans : Malik El Djebena. Il est beau gosse, illettré, perdu, sans véritable protection. Luciani pense en faire un simple exécutant au service de ses intérêts. Grave erreur.


Car Malik est peut-être illettré, mais il sait surtout survivre. Il apprend vite, très vite. Il évite les pièges, traverse les violences, le racket, les humiliations , les viols et transforme peu à peu chacune de ses faiblesses en force. Jusqu'au moment où les cartes sont totalement rebattues.


Et dans ce rôle, le cinéma français découvre un phénomène : Tahar Rahim. Premier grand rôle... et déjà immense. Ce qu'il réalise ici est hallucinant de facilité. Son évolution physique, son regard, son silence, sa manière de prendre progressivement le pouvoir sans jamais perdre sa crédibilité sont tout simplement bluffants.


Cette performance lui vaut le César du Meilleur acteur et celui du Meilleur espoir masculin. Une double récompense qui donnera naissance à une nouvelle règle de l'Académie : on ne pourra plus cumuler ces deux distinctions la même année. La jurisprudence Tahar Rahim, ou comment  on ne peut pas être jeune et talentueuxêtre tellement au-dessus des autres que l'on change les règles. N'est-ce pas Benjamin ?


Et contrairement à tant de jeunes espoirs qui ne font que passer, lui a confirmé. Au plus haut niveau international. Il appartient à une autre catégorie d'acteurs.


Autour de lui, le casting est exceptionnel. Niels Arestrup impressionne, Reda Kateb marque déjà les esprits, Leïla Bekhti apporte beaucoup de sensibilité à son personnage et, dans un petit rôle, on aperçoit déjà Karim Leklou, futur grand nom du cinéma français. À bien y regarder, c'est une véritable pépinière de talents césarisés qui défile devant la caméra.


C'est également sur ce tournage que Tahar Rahim rencontre celle qui deviendra son épouse : Leïla Bekhti. Comme quoi, certains films changent aussi la vie de ceux qui les tournent.


Visuellement, Stéphane Fontaine signe une photographie d'un réalisme saisissant. Chaque couloir, chaque cellule, chaque promenade semble respirer l'humidité, la peur et l'enfermement. La musique d'Alexandre Desplat, discrète mais toujours juste, accompagne cette montée permanente de la tension sans jamais l'écraser.


Jusqu'à la dernière seconde, on tremble pour Malik. Audiard ne relâche jamais son étreinte. On sent que tout peut basculer à chaque instant.


Ce qui me fascine surtout, c'est la précision avec laquelle le film décrit le fonctionnement de la prison. On dépasse largement le simple film de genre. Sans être un documentaire, Le Prophète capte des moments de tension, des rapports de force, des mécanismes de pouvoir avec une authenticité sidérante. On a l'impression d'assister à quelque chose de vécu.


Jacques Audiard confirmait ici que chacun de ses films allait plus loin que le précédent. Il avançait crescendo, jusqu'à devenir l'un des plus grands cinéastes français contemporains. La  polémique allait lui subsituer plusieurs Oscars plusieurs années plus tard  mais cela est une autre Histoire ;


Pour moi, Le Prophète reste tout simplement le film de référence sur l'univers carcéral. Un thriller d'une intelligence rare, porté par une mise en scène magistrale, un casting exceptionnel et la naissance d'un immense acteur.


Du grand cinéma. Du vrai. Celui qui marque une carrière... et parfois toute une génération de spectateurs.

NOTE : 18.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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