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mercredi 8 juillet 2026

15.30 - MON AVIS SUR LE FILM LE RECIDIVISTE DE ULU GROSBARD (1978)


 Vu le Film Le Récidiviste de Ulu Grosbard (1978) avec Dustin Hoffman Theresa Russel Harry Dean Stanton Gary Busek M.Emmet Walsh Sandy Baron Kathy Bates


Voir Dustin Hoffman en salaud, braqueur et tueur sans vergogne, ce n'est franchement pas courant. Lui que l'on associe souvent à des personnages attachants, fragiles ou idéalistes, le voilà ici en véritable prédateur. Et le plus étonnant, c'est qu'il y est absolument formidable. Le Récidiviste est un film trop méconnu d'Ulu Grosbard qui mériterait largement de sortir de l'ombre tant il représente l'un des meilleurs polars américains de la fin des années 70.

Max Dembo (Dustin Hoffman) sort une nouvelle fois de prison. Une récidive de plus, une habitude presque administrative. Cette fois pourtant, il aimerait sincèrement tourner la page. Trouver un travail, un appartement, vivre normalement et oublier les barreaux. Mais entre les bonnes résolutions et la réalité, il y a un monde. Son contrôleur judiciaire lui met des bâtons dans les roues à la moindre occasion, un policier le surveille comme le lait sur le feu — mais, rassurez-vous, il ne lui tire pas dessus... sic ! À croire que certains préfèrent voir un ancien détenu replonger plutôt que réussir sa réinsertion.

À force d'être considéré comme un voyou irrécupérable, Max finit par péter un plomb. Puisque tout le monde le voit déjà retourner au crime, autant leur donner raison. Il reprend alors les braquages avec son fidèle complice Jerry Schue, formidable Harry Dean Stanton, autre immense gueule du cinéma américain. Les deux hommes enchaînent les coups avec un professionnalisme froid, sans jamais tomber dans le spectaculaire hollywoodien. Ici, les braquages sentent la sueur, la peur et l'improvisation. Rien n'est glamour, tout paraît crédible.

Peu à peu, leur cavale prend des allures de Bonnie et Clyde modernes, avec une pointe de Butch Cassidy et le Kid. Deux hommes qui savent parfaitement que la route qu'ils empruntent ne mène nulle part, mais qui continuent malgré tout à foncer. Les frontières terrestres n'ont pas de barrières pour ceux qui n'ont déjà plus grand-chose à perdre. Dans cette Amérique de feu et de sang, chaque kilomètre parcouru ressemble davantage à un compte à rebours qu'à une véritable fuite.

Dustin Hoffman est tout simplement impressionnant. Avec ses cheveux longs, son regard constamment sur le qui-vive et son énergie animale, il impose une présence incroyable. Malgré sa petite taille, il dégage une autorité et une violence qui feraient passer certains géants du cinéma pour des amateurs. Il ne cherche jamais à rendre Max sympathique. Il en fait un homme dangereux, impulsif, parfois même inquiétant, mais toujours profondément humain. C'est précisément cette ambiguïté qui rend son interprétation si fascinante. Pour moi, c'est tout simplement l'un des plus grands rôles de toute sa carrière.

Face à lui, Harry Dean Stanton compose un Jerry tout en retenue, fidèle jusqu'au bout, tandis que Theresa Russell apporte une fragile lueur d'espoir dans un univers où les secondes chances semblent n'exister que dans les discours. Même les personnages secondaires sonnent juste, sans jamais donner l'impression de jouer un rôle.

Le réalisme du film ne doit rien au hasard. Il est adapté d'un roman d'Edward Bunker, qui connaissait son sujet mieux que personne. Bunker a passé une grande partie de sa vie derrière les barreaux avant de devenir écrivain. Son livre est presque une réhabilitation personnelle, une manière de prouver qu'il savait faire autre chose que cambrioler des banques. Cette authenticité transpire dans chaque scène. Les dialogues, les comportements, la façon dont les anciens détenus sont perçus par la société, tout semble vécu. On est à mille lieues des polars où les gangsters sont des super-héros en costume.

L'histoire du tournage est d'ailleurs presque aussi passionnante que le film. Dustin Hoffman souhaitait initialement réaliser lui-même Le Récidiviste. Mais au bout d'une quinzaine de jours, il s'aperçoit que cumuler la mise en scène et un rôle aussi exigeant lui demande une énergie considérable. Il a alors l'intelligence de passer le relais à son ami Ulu Grosbard, tout en restant très impliqué dans le projet. Une décision qui s'avérera payante, tant le film conserve une cohérence et une intensité remarquables.

Ce que j'aime surtout dans Le Récidiviste, c'est qu'il refuse les jugements simplistes. Il ne dit jamais que Max est innocent, il ne demande jamais qu'on lui pardonne. Il montre seulement qu'à force de fermer toutes les portes à quelqu'un, il ne faut pas s'étonner qu'il retourne ouvrir celles des banques avec un pied-de-biche. Le film n'excuse rien, mais il explique beaucoup.

Pas de fusillades interminables, pas d'effets de manche, pas de héros invincibles. Juste des hommes qui courent après une liberté qu'ils ont déjà perdue depuis longtemps. C'est du grand spectacle sans esbroufe, du cinéma adulte qui fait confiance à son histoire, à ses personnages et à ses acteurs.

Pour moi, Le Récidiviste reste l'un des grands polars américains injustement oubliés, porté par un Dustin Hoffman monumental, à contre-emploi, qui signe ici une performance d'une intensité rare. Un film qui mérite largement d'être redécouvert, tant il frappe juste du début jusqu'à sa dernière image.

NOTE : 15.30

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