Vu le Film Documentaire It's Never Over d'Amy Berg (2025) avec Mary Guibert Rebecca Moore, Joan Wasser, Ben Harper, Susan Silver, Michele Anthony, Aimee Mann and Chris Cornell.
Amy Berg est l'une des plus grandes documentaristes du cinéma américain. De West of Memphis à son magnifique portrait de Janis Joplin, elle a toujours eu ce talent rare de faire parler les absents sans jamais les trahir. S'attaquer aujourd'hui à la vie de Jeff Buckley relevait presque de l'impossible. Comment raconter un artiste devenu une légende avec un seul album studio, disparu à seulement 30 ans, non pas dans les excès de la drogue comme Jim Morrison, Jimi Hendrix ou Janis Joplin, mais emporté accidentellement en pleine jeunesse ? Le pari était immense. Amy Berg le relève avec une grâce qui n'appartient qu'aux très grands documentaires.
Et c'est gagné. Berg signe tout simplement l'un des plus beaux documentaires musicaux de ces dernières années. Il faut dire que Jeff Buckley aide beaucoup à cette magie. Dès qu'il ouvre la bouche, les frissons parcourent tout le corps. Il y a des chanteurs, il y a des interprètes... et il y avait Jeff Buckley. Pour moi, la plus belle voix du rock. Un immense musicien, un guitariste exceptionnel et surtout un showman capable de retourner une salle entière en quelques minutes.
Le documentaire revient sur son enfance, ses débuts difficiles, son rapport compliqué à l'héritage de son père, le chanteur Tim Buckley, et cette quête permanente de sa propre identité. Grâce aux témoignages bouleversants de sa mère, de ses proches, de Rebecca Moore, qui partagea une partie de sa vie, ainsi que de nombreux musiciens, Amy Berg construit patiemment le portrait d'un homme écorché vif, d'une sensibilité presque douloureuse.
Pendant plus d'une heure trente, on comprend comment quelques mots, une guitare et surtout une voix hors du commun ont réussi à s'emparer de nos cerveaux et de nos cœurs. Berg filme Buckley comme une figure presque christique, adorée par ceux qui croisent son chemin. Des petites salles où quelques dizaines de spectateurs découvrent un phénomène jusqu'aux concerts qui attirent toujours davantage de monde, la fascination devient contagieuse. Même les plus grandes stars de la musique tombent sous son charme.
Et moi aussi.
J'avoue même redécouvrir aujourd'hui son unique album, Grace, avec encore plus d'admiration. On comprend pourquoi cet album est devenu une pierre angulaire de l'histoire de la musique moderne. Jeff Buckley fut, et demeure à mes yeux, le plus grand chanteur et l'un des artistes les plus influents — et donc les plus copiés — de ces quarante dernières années. Folk, rock, pop, soul, jazz... peu importe le style, son ombre plane encore partout.
Puis arrive Hallelujah. La chanson de Leonard Cohen était déjà immense. Mais lorsque Buckley l'interprète, les frissons s'emparent de chaque poil de votre corps pour ne plus jamais le lâcher. Cohen, c'était le génie de l'écriture ; Buckley, lui, transforme cette œuvre en moment de grâce absolue. On n'écoute plus une chanson, on assiste à quelque chose qui touche presque au sacré.
C'est toute la réussite du film. Amy Berg ne cherche jamais à fabriquer une légende artificielle : elle montre simplement un artiste d'une sincérité désarmante, dont le destin s'est arrêté beaucoup trop tôt, alors qu'il semblait n'avoir encore rien montré de l'immensité de son talent.
It's Never Over est un hommage superbe, bouleversant et profondément humain. Un documentaire qui rappelle que certaines voix ne disparaissent jamais vraiment. Elles continuent de résonner longtemps après que le silence est tombé. Jeff Buckley n'a enregistré qu'un seul album, mais il lui aura suffi pour entrer dans l'éternité.
NOTE: 16.80

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire