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mercredi 15 juillet 2026

15.90 - MON AVIS SUR LE FILM LE KID DE CINCINNATI DE NORMAN JEWISON (1965)

 


Vu le Film Le Kid de Cincinnati de Norman Jewison (1965) avec Steve McQueen Edward G.Robinson Tuessay Weld Kark Malden Ann Margret Rip Thorn Cab Calloway Joan Blondel Jack Weston


La carte est-elle un sport ? La question peut prêter à sourire, mais devant Le Kid de Cincinnati, on finit par se dire que oui. Un sport où l'on ne court pas, où l'on ne saute pas, mais où chaque battement de cœur, chaque goutte de sueur et chaque regard valent un sprint de cent mètres. Norman Jewison transforme une simple table de poker en véritable arène.

Eric Stoner, surnommé le Kid de Cincinnati, incarné par un Steve McQueen au sommet de son charisme, ne rêve que d'une chose : devenir le meilleur joueur du monde. Mais pour être champion, il faut battre le champion. Et ce champion s'appelle Lancey Howard, magistralement interprété par Edward G. Robinson, véritable maître en la matière. La première leçon du film est limpide : ne jamais croire qu'on est arrivé avant même d'avoir joué.

Le Kid est finalement le cousin de L'Arnaqueur de Robert Rossen. Comme Eddie Felson, Stoner est persuadé que son talent lui ouvrira toutes les portes. Et comme Eddie, il découvre que le talent ne suffit pas toujours.

Au début, Stoner gagne grâce aux combines du distributeur de cartes incarné par Karl Malden. La triche simplifie beaucoup de choses quand les cartes semblent toujours vouloir vous sourire. Mais face à Howard, il refuse cette facilité. Cette fois, il veut gagner seul, honnêtement. Et là, comme on dit, la main passe.

Le poker pratiqué est le Stud à cinq cartes, au point que beaucoup le surnommeront ensuite le « Cincinnati Kid ». Jewison filme ces parties comme d'autres mettraient en scène une course automobile ou un duel au revolver.

Les parties deviennent passionnantes. Les tendons des jambes se crispent. La sueur suinte sur la peau. Le cœur — surtout celui d'Howard — donne des signes de fatigue. Chaque carte retournée ressemble à une balle tirée dans un western.

Le réalisateur comprend parfaitement que le suspense ne naît pas uniquement des grands événements, mais des petits détails. Une hésitation. Une respiration. Un regard. Une main qui tremble imperceptiblement.

Comme dans une partie d'échecs, tous les coups sont permis… à condition d'être le premier à les jouer.

Steve McQueen est tout simplement fascinant. Pas un cil ne bouge. Pas une mèche de cheveux ne dépasse. Il reste impassible, sûr de lui, presque arrogant, avec cette présence naturelle qui faisait de lui une star unique. Il possède cette faculté incroyable d'occuper l'écran sans jamais en faire trop.

Et soyons honnêtes : McQueen est exactement l'acteur qu'on a envie de voir dans un film pareil. Parce que regarder une partie de poker au cinéma, c'est un peu comme regarder un match de foot sans but. Heureusement, il y a Steve McQueen. Et pour ceux que cela intéresse, il y a aussi la beauté de Tuesday Weld et d'Ann-Margret qui viennent illuminer l'écran.

Face à lui se dresse un monument : Edward G. Robinson. Une légende du cinéma. Son Lancey Howard est extraordinaire de retenue. L'homme semble au bord de l'épuisement, son cœur paraît prêt à lâcher, mais ses neurones continuent de fonctionner comme une mécanique de précision. Chaque décision est pesée, chaque geste calculé.

Le duel entre Robinson et McQueen dépasse largement le simple poker. C'est l'affrontement de deux générations, de deux philosophies, de l'expérience contre l'ambition.

Norman Jewison ne cherche jamais les effets inutiles. Il laisse le silence, les regards et les cartes construire une tension presque insoutenable. Peu de réalisateurs auraient réussi à rendre aussi captivant un film où l'essentiel consiste à distribuer des cartes et attendre.

Bien sûr, l'issue paraît écrite d'avance. En même temps, soit il perd, soit il gagne. Difficile d'imaginer une troisième solution.

Et pourtant…

Il y a ce doute permanent qui s'installe. Même lorsque l'on croit savoir comment tout cela va finir, Jewison réussit le tour de force de nous faire hésiter jusqu'à la dernière carte. Et instaurer le doute chez le spectateur, voilà sans doute la plus belle victoire d'un cinéaste.

La confrontation finale est un immense moment de cinéma, aussi intelligent qu'anxiogène. On vérifie presque sa propre main en même temps que les joueurs.

Le Kid de Cincinnati est bien plus qu'un film sur le poker. C'est un film sur l'orgueil, l'apprentissage, le respect de l'adversaire et la quête de l'excellence. Un film où chaque carte devient un morceau de destin et où chaque silence fait davantage de bruit qu'un coup de feu.

Norman Jewison signe ici une œuvre d'une élégance rare, portée par un Steve McQueen magnétique et un Edward G. Robinson impérial. Une partie de poker qui se transforme en véritable duel de western, en combat psychologique et en magnifique leçon de cinéma. Une main mémorable… et un film qui ne se couche jamais.

NOTE : 15.90

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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