Vu le Film Le Tour du Monde en 80 Jours de Michael Anderson (1956) avec David Niven Cantinflas Robert Newton Shirley MacLaine Frank Sinatra Fernandel Finlay Curie Trevor Howard Robert Morley
S'il ne devait rester qu'une seule adaptation du roman de Jules Verne, ce serait sans hésiter celle-ci. Le Tour du monde en 80 jours de Michael Anderson demeure, à mes yeux, la meilleure version jamais portée à l'écran. Une fresque d'aventure comme Hollywood savait en fabriquer, où le spectacle ne se limite pas aux décors, mais invite véritablement le spectateur à voyager.
Cette fois, on ne part pas sur la Lune avec Jules Verne, mais aux quatre coins du globe. Et quel guide ! Le très britannique Phileas Fogg, incarné avec une élégance folle par David Niven, un gentleman dont chaque geste respire la distinction, le flegme et la classe. À ses côtés, son nouveau valet Passepartout, interprété par l'immense star mexicaine Cantinflas, apporte toute la fantaisie, l'humour et l'énergie nécessaires pour transformer cette expédition en véritable épopée.
Tout commence par un pari. Un pari aussi absurde que typique de ces riches oisifs qui passent leur temps dans leur club londonien à discuter du monde sans le voir. Convaincu qu'il peut faire le tour de la planète en quatre-vingts jours, Phileas Fogg engage sa fortune et sa réputation. Accompagné de Passepartout, il quitte Londres pour une course contre le temps qui les mènera à travers les continents, affrontant retards, catastrophes, imprévus et rencontres improbables.
Le plaisir du film réside autant dans l'aventure que dans le voyage lui-même. On traverse des paysages magnifiques, on grimpe au-dessus des montagnes en ballon — même si Jules Verne n'avait jamais imaginé cette scène dans son roman —, on découvre des monuments célèbres, des villes lointaines, des traditions, des coutumes et des cultures différentes. Le cinéma devient ici une véritable invitation au dépaysement.
Aujourd'hui, il faut reconnaître que certaines séquences ont vieilli. Non pas sur le plan de la qualité, bien au contraire, mais dans certains dialogues ou comportements. Notre cher Phileas Fogg apparaît parfois raciste, misogyne ou même homophobe. Mais il faut replacer cela dans son contexte historique. Comme on pourrait le dire avec une pointe de nostalgie : c'est un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître. Il serait absurde de juger un film de 1956 uniquement avec les critères de 2026.
En revanche, ce qui n'a absolument pas pris une ride, c'est le charme de cette immense production. Les décors sont somptueux, les costumes magnifiques, la photographie éclatante et la musique accompagne parfaitement cette incroyable odyssée.
Il y a aussi un détail que j'adore et qui fait tout le sel du film : cette incroyable galerie de vedettes venues faire un simple caméo. Une scène, parfois quelques secondes seulement, mais quelle idée brillante ! Elles apparaissent au détour d'une rencontre avec Phileas ou Passepartout. Souvent, on les voit d'abord de dos avant qu'elles ne se retournent pour dévoiler leur visage. D'autres n'ont même que quelques mots à prononcer.
Frank Sinatra, Martine Carol, Fernandel, Buster Keaton, Victor McLaglen, Peter Lorre, Charles Boyer, José Greco, Trevor Howard et bien d'autres viennent ainsi saluer le spectateur. C'est presque un jeu de piste où l'on s'amuse à reconnaître les stars qui surgissent à chaque étape du voyage. Cette idée donne un charme supplémentaire à cette relecture du roman de Jules Verne.
David Niven est absolument parfait. Il compose un Phileas Fogg dont le sérieux permanent contraste merveilleusement avec les facéties de Cantinflas. Ce dernier vole souvent la vedette tant son Passepartout déborde de malice, de bonne humeur et d'acrobaties. Leur duo fonctionne à merveille.
Shirley MacLaine apporte beaucoup de fraîcheur dans le rôle de la princesse Aouda, tandis que Robert Newton incarne avec son exubérance habituelle l'inspecteur Fix, persuadé que Fogg est un dangereux voleur de banque.
Michael Anderson signe ici un immense film d'aventure, un de ceux qui donnent envie de faire ses valises dès le générique terminé. À une époque où les effets numériques n'existaient pas, tout repose sur les décors, les acteurs, les paysages et le sens du spectacle. Et cela fonctionne encore admirablement.
On ressort avec l'impression d'avoir réellement fait le tour du monde, d'avoir pris le train, le bateau, l'éléphant, le ballon et tous les moyens de transport imaginables. Peu de films procurent encore aujourd'hui une telle sensation de voyage.
C'est un film d'un autre temps, dans le plus beau sens du terme. Une œuvre qui rappelle que le cinéma d'aventure savait faire rêver sans chercher à en mettre plein la vue toutes les cinq minutes. Le roman de Jules Verne reste la pierre fondatrice du film d'aventure avec un grand A, et cette adaptation en demeure l'un de ses plus beaux ambassadeurs.
Un classique absolu, élégant, drôle, spectaculaire et profondément dépaysant. Voilà le genre de cinéma qui donne envie de partir... même si le pari, lui, reste complètement stupide !
NOTE : 14.80
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Michael Anderson.
- Scénario : James Poe, John Farrow, S.J. Perelman d'après le roman de Jules Verne
- Musique : Victor Young
- Direction artistique : James W. Sullivan
- Décors : Ross Dowd, Ken Adam (non crédité)
- Costumes : Miles White
- Photographie : Lionel Lindon et Ellis W. Carter (seconde équipe)
- Son : Ted Bellinger
- Montage : Gene Ruggiero, Paul Weatherwax, Howard Epstein
- Maquillage : Tom Smith (non crédité)
- Production : Mike Todd ; Kevin McClory, William Cameron Menzies (associés)
- Société de production : Michael Todd Company
- Société de distribution : United Artists
- David Niven (VF : Jacques Berthier) : Phileas Fogg (membre du Reform-Club)
- Cantinflas (VF : Henri Allegrier-Ebstein) : Jean Passepartout, valet de Phileas Fogg
- Robert Newton (VF : Camille Guérini) : l'inspecteur Fix de Scotland Yard
- Shirley MacLaine (VF : Sophie Leclair) : la princesse Aouda
- Finlay Currie (VF : Georges Chamarat) : Andrew Stuart, un partenaire au whist (membre du Reform-Club)
- Trevor Howard (VF : Roger Tréville) : Denis Fallentin, un partenaire au whist (membre du Reform-Club)
- Ronald Squire (VF : Pierre Morin) : John Sullivan (membre du Reform-Club)
- Basil Sydney (VF : Georges Saillard) : Thomas Flanagan (membre du Reform-Club)
- Robert Morley (VF : Richard Francœur) : Gauthier Ralph, le gouverneur à la Banque d’Angleterre et partenaire au whist (membre du Reform-Club)
- A.E. Matthews : Sir Wilmott, le gentleman irascible « Queue de billard » (membre du Reform-Club)
- Walter Fitzgerald (VF : Jean Toulout) : le Lord qui refuse de la glace (membre du Reform-Club)
- Harcourt Williams (VF : Paul Villé) : Hinshaw, le serveur âgé du Reform-Club
- Ronald Adam : Foswhite, l'intendant du Reform-Club
- Richard Wattis (VF : Pierre Gay) : l'inspecteur Hunter de Scotland Yard
- Noël Coward (VF : Jean Davy) : Roland Hesketh-Baggott, le directeur de l'agence de placement
- John Gielgud (VF : Marc Valbel) : Mr. Foster, l'ex-valet de Phileas Fogg
- Fernandel (VF : Lui-même) : le cocher du fiacre à Paris
- Martine Carol : une touriste à la gare du Nord à Paris
- Evelyn Keyes : la dragueuse passant devant Passepartout à Paris
- Charles Boyer (VF : Lui-même) : Monsieur Gasse, l'employé de l'agence Thomas Cook and Son à Paris
- José Greco : le danseur de flamenco
- Luis Miguel Dominguín : le matador
- Gilbert Roland (VF : Roger Tréville) : Achmed Abdullah
- Cesar Romero (VF : Jacques Varennes) : l'aide de camp d'Achmed Abdullah
- Alan Mowbray (VF : Fernand Fabre) : le consul britannique à Suez
- Walter Kingsford : le capitaine du Mongolia
- Reginald Denny (VF : Serge Nadaud) : le chef de la police de Bombay
- Cedric Hardwicke (VF : Jacques Berlioz) : Général Sir Francis Cromarty
- Ronald Colman (VF : Jean Berton) : le fonctionnaire au terminus de la ligne de chemin de fer
- Robert Cabal : le guide-conducteur d'éléphants
- Melville Cooper (VF : Stéphane Audel) : Mr. Talley, le capitaine du Rangoon
- Charles Coburn (VF : Jean Toulout) : le responsable de l'agence de voyage à Hong Kong
- Peter Lorre (VF : Raymond Rognoni) : le garçon de cabine du Carnatic
- Marlène Dietrich (VF : Lita Recio) : l'hôtesse du saloon
- George Raft (VF : Jean Martinelli) : le patron du saloon
- Red Skelton (VF : Jacques Dynam) : l'homme ivre au saloon
- Frank Sinatra : le pianiste du saloon
- John Carradine (VF : Fernand Rauzéna) : Colonel Proctor Stamp
- Buster Keaton (VF : Jean Clarieux) : le contrôleur du train
- Tim McCoy (VF : Abel Jacquin) : le colonel de la cavalerie américaine
- Joe E. Brown (VF : Maurice Pierrat) : le chef de gare de la station
- Jack Oakie (VF : Léon Larive) : Mr. Speedy, le capitaine de l'Henrietta
- Andy Devine (VF : Jacques Dynam) : le premier matelot de l'Henrietta
- Victor McLaglen (VF : Raymond Destac) : l'officier-timonier de l'Henrietta
- Edmund Lowe (VF : Louis Arbessier) : l'ingénieur-mécanicien de l'Henrietta
- Hermione Gingold : Cora, la prostituée anglaise
- Glynis Johns (VF : Rolande Forest) : la jeune prostituée, ami de Cora
- Beatrice Lillie : l'évangéliste à Londres
- John Mills (VF : Maurice Porterat) : le cocher du fiacre à Londres
- Frank Royde (VF : Raymond Rognoni) : le révérend Samuel Wilson à Londres
Felix Felton (VF : Raymond Rognoni) : Mr. McArish, un membre du Reform-Club
- Cameron Hall (VF : Raymond Rognoni) : Mr. Carmichael, le vice-président du Lloyd's of London
- Leslie Phillips (VF : René Blancard) : Mr. Vermillat, le premier parieur au Lloyd's of London
- Michael Trubshawe (VF : Maurice Pierrat) : le deuxième parieur au Lloyd's of London
- Frederick Leister : un membre du Reform-Club
- Richard Loo : le directeur du bar hong-kongais
- Philip Ahn (VF : Henri Crémieux) : le citoyen hong-kongais qui renseigne Phileas Fogg
- Dick Wessel : le conducteur du train
- Casey MacGregor : l'ingénieur du train
- Larry Duran : un figurant
- Minta Durfee : une figurante
- Edward R. Murrow : le narrateur du prologue
- Oscars 1957 :
- Meilleur film : Michael Todd.
- Meilleur scénario adapté : James Poe, John Farrow, S. J. Perelman.
- Meilleure photographie : Lionel Lindon.
- Meilleur montage : Gene Ruggiero, Paul Weatherwax.
- Meilleure partition pour un film dramatique ou une comédie : Victor Young (à titre posthume).
- Golden Globes 1957 :

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