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jeudi 13 août 2026

15.90 - MON AVIS SUR LE FILM GERVAISE DE RENE CLEMENT (1956)

 


Vu le Film Gervaise de René Clément (1956) avec Maria Schell François Périer Armand Mestral Florelle Suzy Delair Christian Ferez Maria Lopez Jany Holt Paul Preboist Gérard Darrieu


Voir un film adapté de Zola, on est sûr de ne pas être dans la fantaisie d’un Fantômas ou d’un Boule et Bill ! Avec L’Assommoir, René Clément s’attaque à un monument de la littérature française et à un Zola qui ne perd pas la main.
L’auteur de J’Accuse, Nana et Germinal ne cherche certainement pas à nous raconter une jolie histoire. Il nous plonge directement dans la misère, la boue, l’alcool et la déchéance.
Gervaise (Maria Schell) est une petite blanchisseuse qui tente simplement de vivre et d’élever ses enfants. Mais son mari Lantier l’abandonne, la laissant avec ses deux enfants et une existence déjà bien compliquée. Elle finira par se retrouver avec Coupeau, ouvrier zingueur alcoolique, coléreux et violent. Et là, franchement, François Périer est formidable ! Pour moi, c’est même l’un de ses meilleurs rôles. Il compose un Coupeau à la fois inquiétant, pitoyable et profondément humain dans sa déchéance. Un homme qui s’enfonce dans l’alcool et entraîne avec lui ceux qui ont eu le malheur de l’aimer. À ses côtés, Florelle incarne sa mère, une marâtre qui ne laisse personne dire du mal de son chérubin. Même lorsque le chérubin en question se comporte comme un véritable salaud ! Gervaise aura avec Coupeau une fille : Nana. Oui, cette Nana-là, celle qui deviendra l’héroïne du célèbre roman de Zola. Et quand on connaît son destin, on se dit qu’ils auraient peut-être pu réfléchir deux minutes avant d’agrandir la famille ! Mais chez Zola, les malheurs arrivent rarement seuls. Ils se reproduisent même avec une régularité presque industrielle. Gervaise, elle, essaie pourtant de s’en sortir. Elle travaille, elle veut monter sa blanchisserie et offrir une vie meilleure aux siens. Mais autour d’elle, chacun semble davantage préoccupé par son propre intérêt que par celui du voisin. Lantier, Coupeau, Virginie Poisson et les autres ne sont pas vraiment là pour distribuer de la tendresse. Suzy Delair, en Virginie, apporte elle aussi cette dose de méchanceté et de rancœur qui finit de pourrir l’existence de Gervaise. Armand Mestral est un Lantier parfaitement à sa place dans cet univers sans pitié. Et derrière lui, il y a aussi Etienne, son fils, qui deviendra le héros de Germinal. Avec L’Assommoir commence donc l’une des grandes sagas de Zola, celle des Rougon-Macquart. Une immense fresque où les destins se croisent, se répondent et souvent se fracassent. Zola photographie une époque où la misère est à tous les coins de rue. Pas la misère joliment éclairée pour faire pleurer dans les chaumières. La vraie, celle qui sent le linge humide, la sueur, l’alcool et les lendemains qui déchantent. C’est peut-être ce qui distingue Zola de Flaubert ou de Balzac. Il est moins flamboyant, mais beaucoup plus terre à terre. Il colle à son époque, aux gens, aux corps et aux petites tragédies quotidiennes. Et surtout, il ne cherche pas à rendre ses personnages plus beaux qu’ils ne sont.
Dans Gervaise, à part Gervaise, peu de personnages attirent véritablement l’empathie. La majorité pense à elle-même et tant pis pour les dégâts !
Il y a aussi chez Zola une constante terrible : les femmes sont battues, abandonnées, humiliées. Et les enfants ne sont guère mieux lotis, condamnés à subir les fautes des adultes.
C’est une photographie sociale d’une époque où la misère n’épargnait personne.
René Clément réussit parfaitement à retranscrire cette époque et surtout l’atmosphère étouffante du roman. Il ne fait pas de L’Assommoir une simple illustration littéraire.
Il en restitue la noirceur, la violence et la lente descente aux enfers.
Et il est magnifiquement aidé par des comédiens exceptionnels de la grande époque de notre cinéma. Maria Schell est bouleversante en Gervaise, femme courageuse qui voit peu à peu ses espoirs partir en morceaux.
François Périer est impressionnant en Coupeau, véritable bombe à retardement humaine. Florelle, Suzy Delair et Armand Mestral complètent admirablement cette galerie de personnages peu recommandables.
Gervaise est donc un grand film populaire, mais surtout un film profondément humain et social. René Clément respecte Zola sans l’adoucir et sans transformer sa misère en spectacle confortable. Une œuvre dure, sombre, magnifique, qui rappelle que chez Zola, quand on ouvre la porte, il y a rarement quelqu’un qui vient apporter des fleurs !

NOTE : 15.90

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mardi 14 juillet 2026

15.90 - MON AVIS SUR LE FILM L'INVRAISEMBLABLE VERITE DE FRITZ LANG (1956)


 Vu le Film L'Invraisemblable Vérité de Fritz Lang (1956) avec Dana Andrews Joan Fontaine Sidney Blackmer Philip Bourneuf Robin Raymond Ed Binns Arthur Franz Rusty Lane Dan Seymour Joyce Taylor Carleton Young Barbara Nichols William F.Leceister Joe Kirk Wendell Niles William Boyet Trudy Wroe


Un journaliste, Tom Garrett, et son directeur de journal imaginent une expérience aussi brillante que suicidaire. Pour dénoncer les failles de la justice et démontrer qu'un innocent peut être condamné à mort, ils fabriquent de toutes pièces des preuves destinées à faire accuser Garrett d'un meurtre qui passionne déjà l'opinion publique. Tout est prévu : une fois le verdict rendu, le directeur révélera la supercherie et exposera au grand jour les faiblesses du système judiciaire. Mais le destin s'en mêle. Le directeur meurt accidentellement avant de pouvoir parler, laissant Garrett seul face à une condamnation qu'il croyait impossible.

Ce point de départ est absolument fascinant. Fritz Lang ne signe pas seulement un film de procès, il construit un piège dont nous sommes les premières victimes. Nous croyons maîtriser les règles du jeu, mais c'est lui qui les écrit.

Le principe de celui qui nous raconte une histoire qui parle de lui-même tout en omettant soigneusement la vérité m'a immédiatement rappelé le roman d'Agatha Christie Le Meurtre de Roger Ackroyd. Comme le docteur Sheppard, Tom Garrett guide notre regard, choisit ce qu'il nous montre et, surtout, ce qu'il nous cache. Nous croyons être en terrain connu alors que nous marchons sur un champ de mines.

Conseillé par un ami connaisseur, je me suis laissé prendre avec un immense plaisir à ce jeu de dupes. Au départ, on suit ce journaliste fourbe et manipulateur, utilisant son bagout et son aisance de bel homme pour séduire tout le monde. Il joue avec la crédulité de l'opinion publique, avec la justice, et même avec nous, uniquement pour satisfaire son ambition et sa propre gloire.

Et c'est là toute la force du scénario. Comme il nous manipule, on ne voit rien venir. On doute parfois, une petite voix nous souffle que quelque chose ne colle pas, mais un petit truc nous empêche de croire à cette vérité, persuadés que notre vérité est la bonne.

On pense avoir tout compris, comme devant un épisode de Columbo. On croit connaître le coupable, anticiper le moindre rebondissement... mais comme dans Columbo, le héros meurtrier fera une petite erreur qui va le condamner. Cette mécanique est d'une précision remarquable.

Jouer avec le feu, à force, on se brûle. Cette phrase résume parfaitement le destin de Tom Garrett.

Le scénario est digne d'Agatha Christie. Les personnages semblent tout droit sortis d'un Hitchcock. Et Lang, metteur en scène du grandiose, prouve qu'il n'a pas besoin d'immenses décors ou de spectacles monumentaux pour captiver son public. Avec un simple procès, quelques bureaux, une cellule et des regards, il crée une tension qui ne retombe jamais.

Chaque scène fait monter l'angoisse. Ce qui devait être une brillante démonstration intellectuelle devient progressivement un piège infernal dont personne ne maîtrise plus les conséquences.

Dana Andrews, que j'ai toujours adoré, est absolument remarquable. Il compose un manipulateur hors pair, aussi séduisant qu'inquiétant, capable de convaincre n'importe qui... jusqu'à se convaincre lui-même qu'il contrôle encore les événements.

Face à lui, Joan Fontaine est bouleversante. Magnifique victime collatérale, elle succombe au charme de Tom Garrett sans imaginer un seul instant qu'elle est entraînée dans une machination qui la dépasse totalement. Son émotion apporte une véritable humanité à ce thriller psychologique.

Le film pose également une question qui reste d'une modernité saisissante : combien d'hommes ont pu être condamnés uniquement parce que les apparences semblaient suffisantes ? Lang ne cherche jamais à donner une réponse facile. Il oblige simplement le spectateur à réfléchir.

Chaque pièce du puzzle trouve sa place avec une logique implacable. Rien n'est gratuit, rien n'est laissé au hasard, et lorsque la vérité éclate, elle frappe avec une force redoutable.

Peter Hyams en réalisera un remake en 2009 avec Michael Douglas, preuve que cette histoire possède une puissance intemporelle. Mais l'original de Fritz Lang conserve une élégance, une noirceur et une intelligence qui en font un véritable modèle du thriller judiciaire.

Un film qui manipule son spectateur avec un plaisir presque sadique, qui joue avec nos certitudes jusqu'à la dernière minute, et qui rappelle qu'en matière de justice comme de vérité, les évidences sont souvent les plus dangereuses. Un immense Fritz Lang, tout simplement.

NOTE : 15.90

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lundi 13 juillet 2026

14.80 - MON AVIS SUR LE FILM LE TOUR DU MONDE EN 80 JOURS DE MICHAEL ANDERSON (1956)

 


Vu le Film Le Tour du Monde en 80 Jours de Michael Anderson (1956) avec David Niven Cantinflas Robert Newton Shirley MacLaine Frank Sinatra Fernandel Finlay Curie Trevor Howard Robert Morley 


S'il ne devait rester qu'une seule adaptation du roman de Jules Verne, ce serait sans hésiter celle-ci. Le Tour du monde en 80 jours de Michael Anderson demeure, à mes yeux, la meilleure version jamais portée à l'écran. Une fresque d'aventure comme Hollywood savait en fabriquer, où le spectacle ne se limite pas aux décors, mais invite véritablement le spectateur à voyager.


Cette fois, on ne part pas sur la Lune avec Jules Verne, mais aux quatre coins du globe. Et quel guide ! Le très britannique Phileas Fogg, incarné avec une élégance folle par David Niven, un gentleman dont chaque geste respire la distinction, le flegme et la classe. À ses côtés, son nouveau valet Passepartout, interprété par l'immense star mexicaine Cantinflas, apporte toute la fantaisie, l'humour et l'énergie nécessaires pour transformer cette expédition en véritable épopée.


Tout commence par un pari. Un pari aussi absurde que typique de ces riches oisifs qui passent leur temps dans leur club londonien à discuter du monde sans le voir. Convaincu qu'il peut faire le tour de la planète en quatre-vingts jours, Phileas Fogg engage sa fortune et sa réputation. Accompagné de Passepartout, il quitte Londres pour une course contre le temps qui les mènera à travers les continents, affrontant retards, catastrophes, imprévus et rencontres improbables.


Le plaisir du film réside autant dans l'aventure que dans le voyage lui-même. On traverse des paysages magnifiques, on grimpe au-dessus des montagnes en ballon — même si Jules Verne n'avait jamais imaginé cette scène dans son roman —, on découvre des monuments célèbres, des villes lointaines, des traditions, des coutumes et des cultures différentes. Le cinéma devient ici une véritable invitation au dépaysement.


Aujourd'hui, il faut reconnaître que certaines séquences ont vieilli. Non pas sur le plan de la qualité, bien au contraire, mais dans certains dialogues ou comportements. Notre cher Phileas Fogg apparaît parfois raciste, misogyne ou même homophobe. Mais il faut replacer cela dans son contexte historique. Comme on pourrait le dire avec une pointe de nostalgie : c'est un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître. Il serait absurde de juger un film de 1956 uniquement avec les critères de 2026.


En revanche, ce qui n'a absolument pas pris une ride, c'est le charme de cette immense production. Les décors sont somptueux, les costumes magnifiques, la photographie éclatante et la musique accompagne parfaitement cette incroyable odyssée.


Il y a aussi un détail que j'adore et qui fait tout le sel du film : cette incroyable galerie de vedettes venues faire un simple caméo. Une scène, parfois quelques secondes seulement, mais quelle idée brillante ! Elles apparaissent au détour d'une rencontre avec Phileas ou Passepartout. Souvent, on les voit d'abord de dos avant qu'elles ne se retournent pour dévoiler leur visage. D'autres n'ont même que quelques mots à prononcer.


Frank Sinatra, Martine Carol, Fernandel, Buster Keaton, Victor McLaglen, Peter Lorre, Charles Boyer, José Greco, Trevor Howard et bien d'autres viennent ainsi saluer le spectateur. C'est presque un jeu de piste où l'on s'amuse à reconnaître les stars qui surgissent à chaque étape du voyage. Cette idée donne un charme supplémentaire à cette relecture du roman de Jules Verne.


David Niven est absolument parfait. Il compose un Phileas Fogg dont le sérieux permanent contraste merveilleusement avec les facéties de Cantinflas. Ce dernier vole souvent la vedette tant son Passepartout déborde de malice, de bonne humeur et d'acrobaties. Leur duo fonctionne à merveille.


Shirley MacLaine apporte beaucoup de fraîcheur dans le rôle de la princesse Aouda, tandis que Robert Newton incarne avec son exubérance habituelle l'inspecteur Fix, persuadé que Fogg est un dangereux voleur de banque.


Michael Anderson signe ici un immense film d'aventure, un de ceux qui donnent envie de faire ses valises dès le générique terminé. À une époque où les effets numériques n'existaient pas, tout repose sur les décors, les acteurs, les paysages et le sens du spectacle. Et cela fonctionne encore admirablement.


On ressort avec l'impression d'avoir réellement fait le tour du monde, d'avoir pris le train, le bateau, l'éléphant, le ballon et tous les moyens de transport imaginables. Peu de films procurent encore aujourd'hui une telle sensation de voyage.


C'est un film d'un autre temps, dans le plus beau sens du terme. Une œuvre qui rappelle que le cinéma d'aventure savait faire rêver sans chercher à en mettre plein la vue toutes les cinq minutes. Le roman de Jules Verne reste la pierre fondatrice du film d'aventure avec un grand A, et cette adaptation en demeure l'un de ses plus beaux ambassadeurs.


Un classique absolu, élégant, drôle, spectaculaire et profondément dépaysant. Voilà le genre de cinéma qui donne envie de partir... même si le pari, lui, reste complètement stupide !


NOTE : 14.80

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 Felix Felton (VF Raymond Rognoni) : Mr. McArish, un membre du Reform-Club