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lundi 21 septembre 2026

11.30 - MON AVIS SUR LE FILM LE MEPRIS DE JEAN LUC GODARD (1963)


 Vu le film Le Mépris de Jean Luc Godard (1963) avec Brigitte Bardot Michel Piccoli Jack Palance Fritz Lang Giogia Moll Raoul Coutard Jean Brassas Linda Veras


« Et mes fesses, tu les aimes mes fesses ? » Voilà peut-être ce qui reste de Le Mépris soixante ans plus tard, une réplique de Brigitte Bardot allongée nue devant Michel Piccoli, quelques images qui sont entrées dans la mémoire collective et surtout cette incroyable Villa Malaparte plantée sur l’île de Capri comme si elle avait été posée là par un architecte qui avait décidé de jouer à Tetris avec une montagne.


Que reste-t-il donc de Le Mépris aujourd’hui ? Pour moi, beaucoup moins que ce que sa réputation laisse entendre, et surtout quelques images beaucoup plus que son histoire. Je n’ai jamais été un grand fan de Jean-Luc Godard, ni dans le cinéma ni à l’extérieur du cinéma, et j’ai toujours eu cette impression qu’il avait parfois davantage de mépris pour les spectateurs que de désir de leur raconter une histoire.


Ici, Godard adapte pourtant le roman d’Alberto Moravia et raconte la désagrégation du couple formé par Camille, incarnée par Brigitte Bardot, et Paul Javal, joué par Michel Piccoli. Paul est scénariste et accepte de retravailler le scénario de L’Odyssée pour un producteur américain, Jerry Prokosch, joué par Jack Palance, sous la direction de Fritz Lang qui joue ici son propre rôle. Paul pense notamment à l’argent qui lui permettrait d’acheter un appartement, mais cette décision professionnelle va progressivement provoquer le mépris de Camille et faire exploser leur couple.


Voilà pour l’histoire, parce qu’après, avec Godard, il faut s’accrocher aux branches. On passe du couple qui se délite aux discussions sur le cinéma, de Paul à Camille, de Prokosch à Fritz Lang, puis au tournage de L’Odyssée, avec un réalisateur de Metropolis qui se retrouve à tourner l’épopée d’Homère avec des moyens qui, vu ce que l’on nous montre, semblent parfois plus proches de ceux d’un ciné-club que de Christopher Nolan.


Fritz Lang est d’ailleurs l’une des meilleures idées du film, parce que voir le véritable Fritz Lang jouer Fritz Lang apporte une présence et une légitimité cinématographique que Godard ne pouvait évidemment pas inventer. Le vieux maître se retrouve face à Jack Palance et à ses exigences de producteur américain, pendant que Michel Piccoli tente de sauver son couple au milieu de ce grand cirque du cinéma.


Mais Godard déconstruit tout, ou plutôt détruit la narration classique à coups de dialogues, de silences, de déplacements et de scènes qui semblent parfois davantage conçues pour montrer qu’il est Godard que pour raconter quelque chose au spectateur. On peut difficilement parler de scénario au sens traditionnel du terme, même si le film raconte bel et bien la chute d’un couple.


Et pourtant, il faut reconnaître une chose : quand Godard pose sa caméra, il sait fabriquer des images. Raoul Coutard derrière l’objectif fait merveille et le CinémaScope donne à Capri une beauté absolument incroyable. La Villa Malaparte, avec ses escaliers monumentaux et cette terrasse ouverte sur la mer, devient presque un personnage à part entière, avec ses lignes géométriques et son horizon bleu qui donne parfois envie de regarder le paysage plutôt que les personnages.


Et puis il y a Bardot. Soyons honnêtes, Godard peut bien nous expliquer pendant deux heures la mort du cinéma, la littérature, Homère, le couple, la création artistique ou la condition humaine, lorsque Brigitte Bardot apparaît dans cette lumière et devant ces décors, la caméra sait parfaitement où regarder. Les producteurs eux-mêmes avaient insisté pour davantage exploiter son image, et Godard avait ajouté la fameuse scène d’ouverture autour de son corps.


BB possède ici une aura particulière qui attire le feu de la caméra, même lorsque Godard semble vouloir faire autre chose avec son film. Michel Piccoli est excellent dans ce rôle de scénariste pris entre son travail, son producteur et une femme qu’il ne comprend plus, tandis que Jack Palance fait du Jack Palance, ce qui est déjà un programme à lui tout seul.


Mais personnellement, je reste à distance de cette mécanique godardienne où le réalisateur semble constamment vouloir rappeler qu’il est en train de faire du cinéma. Chez certains cinéastes, je peux me laisser embarquer par l’histoire et oublier la caméra ; chez Godard, j’ai souvent l’impression que la caméra vient me taper sur l’épaule pour me dire : « Regarde comme je suis intelligente ! »


Alors oui, il reste Bardot, Piccoli, Fritz Lang, Jack Palance, les superbes images de Capri, la Villa Malaparte et quelques scènes qui ont largement survécu au film lui-même dans la mémoire collective. Et quand je regarde Le Mépris aujourd’hui, je comprends parfaitement pourquoi ces images sont devenues célèbres, même si je ne ressens toujours pas l’enthousiasme que certains vouent à Godard.


Un Godard sous Tranxène, avec BB, Piccoli, Palance, Fritz Lang et une villa de rêve au milieu de Capri, cela pouvait sembler prometteur sur le papier. Mais après avoir traversé les méandres du couple Javal et les réflexions de Godard sur le cinéma, mon expérience est terminée.


Godard or not BB, il me reste surtout les fesses de BB et la Villa Malaparte. Et franchement, pour une fois, je ne suis pas certain que le spectateur ait été le plus mal loti.

NOTE : 11.30

FICHE TECHNIQUE



DISTRIBUTION

lundi 24 août 2026

13.20 - MON AVIS SUR LE FILM UN DROLE DE PAROISSIEN DE JEAN PIERRE MOCKY (1963)

 


Vu le Film Un Drôle de Paroissien de Jean Pierre Mocky (1963) avec Bourvil Jean Poiret Jean Tissier Francis Blanchel Marcel Perès Jean Yonnel Véronique Nordey Jean Galland Rudy Lenoir


Du pur Mocky ! Anticlérical, anti-bourgeois, anti-société surtout, le cinéaste met les pieds dans le plat où il faut, quand il faut, et surtout là où personne n’a envie qu’on les mette. Avec Un drôle de paroissien, il s’attaque à la religion, à la police, à la bourgeoisie, aux institutions et à cette bonne vieille morale bien rangée qui permet surtout à ceux qui la défendent de dormir tranquillement. Bref, Mocky est chez lui et il ne va certainement pas demander la permission avant de tout envoyer valser.

L’histoire est déjà un petit bijou de provocation : Georges Lachaunaye, interprété par un Bourvil totalement à contre-emploi, appartient à une famille bourgeoise ruinée mais qui continue de vivre comme si le patrimoine était encore intact. Seulement voilà, l’argent ne tombe plus du ciel, alors Georges va trouver une solution pour renflouer les caisses : il se lance dans le pillage des troncs d’église ! Et pas question de devenir un vulgaire voleur de grand chemin : chez Mocky, même le cambriolage possède ses petites manies, ses règles et son organisation.

C’est là que le film devient irrésistible. Georges n’est ni un gangster, ni un voyou, ni même véritablement un révolté. C’est un homme qui transforme son désespoir financier en véritable entreprise artisanale, avec le sérieux d’un fonctionnaire et la discrétion d’un agent secret. Il connaît les églises, les habitudes, les horaires, les troncs et les combines. Le paroissien devient donc un spécialiste du prélèvement ecclésiastique !

Et Bourvil est extraordinaire parce que Mocky lui demande exactement l’inverse de ce qu’on attend de lui. On connaît le Bourvil gentil, naïf, tendre, parfois lunaire, celui qui semble incapable de faire du mal à une mouche. Ici, il devient presque méthodique dans la délinquance. Il s’amuse comme un fou à casser son image, et cette innocence apparente rend finalement le personnage encore plus drôle. Bourvil ne joue pas au méchant : il joue un homme parfaitement convaincu que ce qu’il fait est finalement une solution comme une autre.

Et cette histoire de casting mérite d’être racontée parce qu’elle est assez savoureuse. C’est Jean Gabin qui aurait proposé Bourvil à Mocky. Fernandel, qui était proche et ami de Gabin, avait refusé le rôle : le côté curé, semble-t-il, il en avait ras le bol ! Bourvil, lui, accepte, mais avec son flair habituel, il ne va pas simplement se contenter de signer pour un cachet. Il demande à être payé au pourcentage. Bien lui en prend : son contrat prévoyait environ 60 000 francs, mais grâce au succès du film il en touchera finalement autour de 600 000. Dix fois plus ! Comme quoi, parfois, il vaut mieux croire au film qu’au banquier.

Et le film va justement connaître un succès considérable pour une production Mocky, avec près de deux millions et demi d’entrées. À tel point que la sortie de Cléopâtre en France fut retardée, le distributeur préférant éviter de mettre face à face son énorme superproduction et le petit film de Mocky qui continuait de remplir les salles. Comme quoi, le petit paroissien avait fini par marcher sur les plates-bandes des pharaons !

L’argent, justement, c’est une question essentielle chez Mocky. Ses films sont souvent fabriqués avec des budgets modestes et une imagination qui doit compenser ce que le portefeuille ne peut pas fournir. Et cela se sent dans Un drôle de paroissien : Mocky ne cherche jamais à faire riche, il cherche à faire efficace. Il préfère une idée, un gag, un décor trouvé et quelques acteurs extraordinaires à des tonnes de décors et de machineries.

Il avait d’ailleurs pensé à Louis de Funès pour interpréter le policier finalement joué par Francis Blanche. Imaginez un peu : Bourvil et De Funès réunis dans un film de Mocky ! On aurait presque pu croire à une reconstitution sauvage de La Grande Vadrouille, mais De Funès demandait trop cher. Mocky a donc fait avec les moyens du bord et Francis Blanche a hérité du rôle. Et franchement, difficile de regretter le résultat tant Blanche est parfaitement dans son élément.

Parce que Mocky sait surtout s’entourer. Et quel casting ! Une véritable réunion de la fine fleur du cinéma et du théâtre français des années 60, avec notamment Jean Poiret, Francis Blanche, Jean Tissier, Roland Dubillard, Jean Yonnel, René-Louis Lafforgue et toute une galerie de tronches et de personnalités qui semblent avoir été convoquées pour participer à une gigantesque farce nationale.

Et puis il y a Jean Tissier, génial, qui vient apporter cette touche de folie supplémentaire. Tissier, avec sa diction, sa silhouette, son visage, son extraordinaire capacité à rendre grotesque le moindre personnage, est exactement dans l’univers de Mocky. Le réalisateur aime les acteurs qui ont une personnalité immédiatement identifiable et qui peuvent faire exister un personnage en quelques secondes.

Mocky, lui, ne cherche surtout pas à raconter une belle histoire morale. Il s'en fout. La morale n'est pas son problème. Les curés et les flics étant parmi ses cibles favorites, ici il fait carrément un combo des deux ! Et il n'y va pas avec le dos de la cuillère. La religion en prend pour son grade, la police aussi, la bourgeoisie également, et la société tout entière se retrouve passée à la moulinette.

La scène des SDF qui passent devant le soupirail du commissariat pour récupérer les poubelles des policiers est à cet égard un morceau de bravoure. C'est tellement énorme que cela en devient irrésistible, justement parce que la scène flirte avec la limite du possible. Mocky adore ce genre de situation : on se dit que c'est impossible, puis on se rappelle que dans son cinéma, l'impossible est précisément ce qui l'intéresse.

Et c'est là toute la force du film. Mocky ne cherche pas le réalisme, il cherche la logique du délire. Il prend une situation suffisamment banale, pousse le curseur jusqu'au bout et regarde ce qui se passe quand tout le monde accepte de jouer le jeu. Les institutions deviennent des caricatures, les bourgeois des pantins, les policiers des personnages de farce et les religieux des cibles toutes désignées.

Mais derrière le rire, il y a quand même quelque chose de profondément Mocky : une méfiance absolue envers les institutions et les gens qui prétendent détenir la vérité. Chez lui, personne n'est vraiment respectable et personne n'est totalement innocent. Les voleurs peuvent avoir davantage de sympathie que ceux qui les poursuivent, les bourgeois peuvent être plus ridicules que les pauvres et les représentants de l'ordre peuvent se retrouver eux-mêmes au bord du ridicule.

C'est parfois énorme, souvent méchant, toujours irrévérencieux et surtout terriblement libre. Ce n'est pas moral, mais on s'en fout : on ne demande pas à Mocky de faire du Yourcenar ! On lui demande de mettre le feu aux conventions et de regarder les flammes avec un grand sourire.

Et Bourvil est le complice idéal de cette entreprise. Le voir ainsi détourner son image de brave type est un vrai bonheur. Il possède cette extraordinaire faculté de rendre sympathique même un personnage qui, sur le papier, pourrait passer pour un fieffé malhonnête. Il ne cherche jamais à forcer le trait : il reste Bourvil, avec sa douceur, son sérieux et cette manière unique de dire les choses, et c'est précisément ce décalage qui fait exploser les situations.

Un drôle de paroissien, c'est donc du Mocky à l'état pur : un film sans complexes, sans garde-fou, sans volonté de plaire à tout le monde et surtout sans la moindre envie de respecter les convenances. Il tape sur les curés, les flics, les bourgeois, les institutions et la société avec la même gourmandise. Et comme Bourvil est là pour porter tout ce petit monde sur ses épaules, la charge devient franchement jubilatoire.

Un film qui rappelle surtout ce qu'était Mocky lorsqu'il était totalement libre : un empêcheur de tourner en rond, capable de faire rire avec trois bouts de ficelle, une bande d'acteurs extraordinaires et une idée suffisamment folle pour faire trembler les soutanes.

Un drôle de paroissien n'est pas seulement une comédie : c'est un coup de pied dans la porte de la sacristie, donné avec le sourire et sans demander pardon. Et venant de Mocky, c'est probablement la meilleure façon de dire bonjour.

NOTE : 13.20

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION



dimanche 10 mai 2026

12.80 - MON AVIS SUR LE FILM LANDRU DE CLAUDE CHABROL (1963)

 


Vu le Film Landru de Claude Chabrol (1963) avec Charles Denner Danielle Darrieux Michèle Morgan François Legagne Stephane Audran Denise Provence Mary Marquet Mario David 

Ce film retrace la vie du tueur en série Henri Désiré Landru. Pendant la Première Guerre mondiale, il séduit des femmes seules et riches. Ayant réussi à leur faire signer une procuration, il les assassine dans sa maison de campagne, puis fait disparaître leurs corps en les brûlant dans un fourneau. Il est arrêté, jugé lors d'un procès retentissant, où il persiste à se dire innocent, et est condamné à mort. 

Avec Landru, Claude Chabrol ne filme pas seulement un tueur en série, il semble surtout régler ses comptes avec cette bourgeoisie qu’il n’a cessé d’étriller tout au long de sa carrière. En prenant la figure de Henri Désiré Landru, un des assassins les plus célèbres de France, Chabrol préfère la satire sociale au véritable portrait psychologique. Et c’est peut-être ça qui surprend le plus. On s’attend à entrer dans la tête du monstre, à comprendre ses mécanismes, ses pulsions, sa folie froide. Mais non. Pendant les trois quarts du film, Landru drague, parade, embobine ses veuves esseulées avec un bagout presque banal. Des scènes parfois très longues où le charme remplace presque le suspense. 

Et pourtant, ce choix finit par devenir intéressant. Parce que Chabrol montre surtout une époque. Une France d’après-guerre où la misère affective, la solitude et surtout l’argent ouvrent la porte au pire. Landru est un salopard vivant, évidemment, mais le film n’épargne jamais non plus les familles de victimes, souvent montrées comme avides, hypocrites ou obsédées par les héritages. Une cupidité presque honteuse qui transforme le procès final en grand théâtre bourgeois où chacun essaye de sauver sa façade. 

Et franchement, même si les beautés de l’époque n’étaient pas les mêmes, quand on voit les photos du vrai Landru, on ne ressemblait déjà pas à Brad Pitt. Et Charles Denner non plus d’ailleurs. Mais justement, cela tombe bien et sans effort. Denner apporte quelque chose de parfaitement terne, presque administratif, qui rend le personnage encore plus inquiétant. Pas un séducteur flamboyant, non. Un petit homme gris, poli, méthodique, capable de séduire par fatigue du monde plus que par beauté réelle. 

Le grand mérite du film arrive surtout dans toute la partie du procès. Là, le masque tombe enfin. Denner devient extraordinaire de froideur contenue. Son regard vide, son calme glacial, sa manière de répondre sans émotion donnent enfin au personnage une dimension effrayante. On comprend alors que Chabrol ne voulait pas faire le portrait d’un fou spectaculaire mais celui d’un homme ordinaire capable de l’horreur absolue. Et c’est peut-être encore plus dérangeant. 

La mise en scène reste typiquement chabrolienne : élégante, discrète, presque clinique. Pas de musique qui force l’émotion, pas de démonstration hystérique. Tout repose sur les dialogues, les regards et cette ironie permanente qui flotte sur le film. Le scénario prend son temps, parfois trop, notamment dans toutes les scènes de séduction qui peuvent donner une impression de répétition. Mais cette lenteur sert aussi à montrer la mécanique infernale du personnage. 

Autour de Denner, le casting féminin est remarquable, avec notamment Stéphane Audran, muse glacée de Chabrol, qui apporte comme toujours cette élégance distante presque fantomatique. Chaque femme semble chercher un peu d’amour ou de sécurité dans une époque détruite par la guerre, et tombe face à un homme qui transforme leurs espoirs en comptabilité macabre. 

Landru n’est pas le film psychologique attendu sur un serial killer. C’est plutôt une radiographie venimeuse d’une société où tout le monde semble avoir quelque chose à vendre : son cœur, sa dignité ou ses morts. Et Chabrol, derrière son humour noir, semble prendre un plaisir immense à observer ce petit monde s’enfoncer dans le ridicule pendant que Landru, lui, continue tranquillement son commerce de la mort.

NOTE : 12.80

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