Vu le film Chacun pour Soi de Giorgio Capitani (1968) avec Van Heflin Gilbert Roland Klaus Kinski George Hilton Sarah Ross Teodoro Corrà
Chacun pour soi de Giorgio Capitani est typiquement le genre de western européen de la fin des années 60 qui devait être produit à la pelle pour alimenter les salles de quartier, avec ses chevaux, ses colts, ses gueules patibulaires et son histoire d’or qui finit forcément par faire disparaître quelques copains en cours de route. Celui-là, pourtant, aucun souvenir, comme quoi même les westerns spaghettis ont parfois droit à leur trou de mémoire.
Dans cette coproduction entre l’Italie et l’Allemagne, on retrouve un casting assez étonnant, avec une majorité d’acteurs italiens dans les seconds rôles, mais aussi deux Américains venus probablement chercher quelques dollars supplémentaires : Gilbert Roland et surtout Van Heflin, qui en est ici à l’une de ses dernières apparitions au cinéma. On sent d’ailleurs que le temps a passé et qu’il paraît bien fatigué, mais il conserve cette présence de vieux routier du western qui lui permet de s’en sortir plus que bien.
Au milieu de tout ce beau monde, il y a évidemment Klaus Kinski, incontrôlable comme toujours, qui n’a pas besoin de beaucoup d’efforts pour jouer une ordure puisque le costume lui va comme un gant. L’histoire tourne autour d’un trésor et d’un partage qui va évidemment très mal se terminer, puisque lorsqu’il y a de l’or à prendre, la notion de camaraderie devient rapidement une vieille plaisanterie. Chacun commence donc à penser à soi, et les copains deviennent progressivement des concurrents, voire des cadavres potentiels.
Le film lorgne ouvertement du côté du Trésor de la Sierra Madre, mais il ne faut surtout pas s’attendre à retrouver le chef-d’œuvre de John Huston. Le remake n’en a finalement que le principe général : quelques hommes, de l’or, la cupidité qui s’installe et l’amitié qui part en morceaux. Pour le reste, Capitani, dont ce sera d’ailleurs le seul western, n’a pas le quart de la moitié du talent de Huston pour transformer cette chasse au trésor en véritable descente aux enfers humaine.
La musique, elle, essaie visiblement de marcher sur les traces d’Ennio Morricone et de Sergio Leone, mais elle ressemble davantage à quelqu’un qui aurait regardé les partitions de Leone par-dessus son épaule. Ça fonctionne parfois, mais sans jamais retrouver cette classe et cette puissance qui faisaient immédiatement reconnaître un grand western italien.
Van Heflin reste donc la bonne surprise, malgré son état physique qui donne parfois l’impression qu’il pourrait avoir davantage besoin d’un fauteuil que d’un cheval. Gilbert Roland, lui, arbore un bronzage impeccable et une gomina tellement disciplinée qu’on pourrait presque lui confier la surveillance d’une frontière : pas une mèche qui dépasse, pas un poil de travers.
Quant à Kinski, il fait du Kinski, c’est-à-dire qu’il joue l’ordure avec cette inquiétante facilité qui lui était propre. On ne sait jamais vraiment s’il joue un personnage ou s’il vient simplement de quitter sa journée de travail.
On regrettera surtout que le film manque de souffle et de personnalité, malgré quelques scènes qui rappellent ce que pouvait produire le western européen à cette époque. Mais entre les ambitions affichées, la référence évidente au film de Huston et une réalisation qui reste très loin du compte, Chacun pour soi demeure surtout un western de série parmi tant d’autres, de ceux qui ont probablement fait les beaux jours des salles de quartier avant de disparaître des mémoires. Même les spectateurs avaient fini par avoir leur rôle dans le décor, toujours en train de bouger et, à l’époque, avec les vapeurs de cigarettes qui accompagnaient les séances… non, je rigole, quoique pour certaines salles de quartier, on n’en était peut-être pas si loin !
NOTE : 6.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Giorgio Capitani (crédité comme George Holloway)
- Scénario : Fernando Di Leo, Augusto Caminito
- Musique : Carlo Rustichelli
- Photographie : Sergio D'offici
- Pays de production :
Italie,
Allemagne de l'Ouest
DISTRIBUTION
- Van Heflin (VF : Henry Djanik) : Sam Cooper
- Gilbert Roland (VF : Jean-Claude Michel) : Mason
- Klaus Kinski (VF : Jacques Thébault) : Brent / "la blonde"
- George Hilton (VF : Bernard Tiphaine) : Manolo Sanchez
- Sarah Ross (VF : Michèle Montel) : Annie
- Teodoro Corrà (VF : Claude Joseph) : Le shérif
- Rick Boyd : Alfred Brady
- Sergio Doria : Al Brady
- Giorgio Gruden (VF : Claude Bertrand) : Lancaster
- Hardy Reichelt (VF : Jean-Pierre Duclos) : Slim

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