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mardi 27 octobre 2026

7.80 - MON AVIS SUR LE FILM THE LAST REFUGE DE DESTRY ALLYN SPIELBERG (2024)


 Vu le Film The Last Refuge de Destry Allyn Spielberg (2024) avec Zoe Colletti Michelle Dockery Giancarlo Esposito Andrew Liner Vernon Davis


Pour son premier film, Destry Allyn Spielberg, fille de Steven Spielberg, a au moins le mérite de ne pas chercher à imiter le cinéma de papa, même si l’on retrouve ici des gosses qui semblent parfois plus proches de l’univers de J.J. Abrams que de celui de leur célèbre grand-père cinématographique. Être la fille du plus grand réalisateur vivant ne garantit pas le talent, pas plus que celle du forgeron ne devient automatiquement une maîtresse en fer forgé.

Avec The Last Refuge, Destry Allyn Spielberg s’attaque au cinéma post-apocalyptique en imaginant un monde ravagé par une pandémie et un virus mortel, dans lequel survivre devient une préoccupation quotidienne et où les rapports humains peuvent rapidement se transformer en cauchemar. L’idée de départ avait de quoi retenir l’attention, d’autant que le contexte permettait d’installer une atmosphère étouffante, avec des personnages enfermés dans une situation dont ils ne maîtrisent plus les règles. Le huis clos pouvait devenir particulièrement stressant, à condition de savoir entretenir la menace et de donner à chaque événement une véritable conséquence.

Malheureusement, les bonnes idées ne manquent pas seulement d’oxygène dans ce monde en perdition, elles finissent aussi par manquer de suite dans le scénario. On nous attire avec cette pandémie, ce virus mortel et la perspective d’une humanité au bord de l’effondrement, avant de laisser progressivement tomber une partie de ce qui faisait l’intérêt du contexte. On a parfois l’impression que le film ouvre plusieurs portes sans jamais se décider à franchir le seuil, comme si chaque nouvelle piste devenait trop coûteuse à exploiter une fois qu’il fallait lui donner une véritable consistance.

Le manque de moyens est peut-être en cause, mais encore faudrait-il que l’imagination ne soit pas, elle aussi, victime des restrictions budgétaires. Avec un sujet pareil, il y avait pourtant matière à construire une tension durable, à jouer sur la peur de la contamination, sur l'incertitude et sur la méfiance envers les autres, sans avoir besoin de dépenser des fortunes pour faire trembler le spectateur. Encore faut-il savoir exploiter ce que l’on a entre les mains, plutôt que de laisser le virus scénaristique contaminer les bonnes intentions du départ.

Le film possède néanmoins une idée intéressante dans sa manière de faire du chaos ambiant le prolongement de la folie humaine, car lorsque le monde s'écroule, les survivants ne deviennent pas nécessairement meilleurs et certains trouvent même dans cette nouvelle liberté l’occasion de laisser libre cours à leurs pires instincts. L'antagoniste devient ainsi une incarnation de cette instabilité, un individu dont la folie s’exerce sur des victimes qui n’ont désormais plus qu’un objectif : lui échapper. Le chaos d’un monde en perdition s’incarne dans l’instabilité d’un antagoniste qui expurge sa folie sur des victimes n’ayant désormais pour but que de lui échapper. Une formule qui résume assez bien ce que le film aurait pu devenir s’il avait poussé ses idées jusqu’au bout.

Car c’est bien là que le bât blesse, les situations s’enchaînent sans toujours parvenir à installer une véritable progression dramatique, et ce qui devrait nourrir l’angoisse finit trop souvent par se dégonfler avant d’avoir produit son effet. La menace existe, les personnages sont confrontés à des dangers réels et le décor post-apocalyptique offre un terrain de jeu prometteur, mais l’ensemble manque de cette construction qui permettrait de transformer une succession d’épreuves en véritable récit.

Et puisque nous parlons de cinéma, il faudrait également que Destry arrête de poser sa caméra sur l’épaule sous prétexte que cela ferait plus vrai. Non, cela ne marche pas forcément mieux, et le spectateur n’a pas besoin d’avoir l’impression de regarder le résumé filmé avec un téléphone d’une manifestation X ou Y pour croire à ce qu’il voit. Le mouvement de caméra n’est pas une garantie d’authenticité, pas plus que l’image tremblotante ne remplace une mise en scène. Le cinéma peut être nerveux sans donner le mal de mer, et le réalisme n’oblige personne à confondre une fiction avec une vidéo récupérée sur les réseaux sociaux.

On aimerait pourtant que la réalisatrice trouve sa voie, car il ne s’agit pas de lui reprocher de ne pas être son père, ni de lui demander de refaire Les Dents de la mer, Jurassic Park ou La Guerre des mondes pour prouver qu’elle appartient à la famille. Ce serait même une drôle d’idée que de lui demander de vivre éternellement dans l’ombre d’une filmographie qui a marqué plusieurs générations de spectateurs. En revanche, regarder attentivement les films de Steven Spielberg pourrait lui être utile, ne serait-ce que pour comprendre comment construire un scénario, développer des personnages et maintenir une tension sans abandonner en chemin les éléments qui avaient donné envie de suivre l’histoire.

Car le talent de papa ne se transmet pas par héritage, comme un compte en banque ou une collection de DVD, et le nom Spielberg ne peut pas servir éternellement de scénario de secours. Le cinéma demande du travail, de la patience et une certaine maîtrise de la narration, même lorsque l’on dispose d’un sujet prometteur et d’une équipe prête à le défendre.

Avec The Last Refuge, Destry Allyn Spielberg livre donc un premier film imparfait, dont les ambitions se heurtent à une exécution trop hésitante, mais qui ne condamne pas pour autant la suite de sa carrière. Il faudra voir ce que cette réalisatrice nous proposera plus tard, lorsqu’elle aura davantage d’expérience et, espérons-le, les moyens de ses ambitions. Le principal sera de rester elle-même, de trouver son propre regard et de ne pas chercher à ressembler à quelqu’un d’autre, ce qui est déjà une démarche plutôt saine dans une profession où les héritiers ont parfois du mal à sortir du cadre familial.

Être la fille du plus grand réalisateur vivant ne garantit pas le talent, pas plus que la fille du forgeron ne devient une maîtresse en fer forgé. Pour l’instant, le métal est encore un peu froid, mais il reste possible de le travailler. À Destry de nous prouver que le cinéma n’est pas seulement une affaire de famille et que, derrière le nom Spielberg, il y a bien une réalisatrice qui ne demande qu’à exister par elle-même.

NOTE : 7.80

FICHE TECHNIQUE

Directed byDestry Allyn Spielberg
Written byPaul Bertino
Produced by
CinematographyShane Sigler
Edited byTodd Sandler
Music byCornel Wilczek
Production
companies
  • Perry Street Films
  • BK Studios
Distributed byTubi
Release dates
  • October 11, 2024 (Sitges)
  • June 27, 2025 (United States)
Running time
94 minutes
DISTRIBUTION

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