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dimanche 8 février 2026

13.80 - MON AVIS SUR LE FILM LA VILLE ABANDONNEE DE WILLIMAM A.WELLMAN (1948)

 


Vu le Film La Ville Abandonnée de William A.Wellman (1948) avec Grégory Peck Richard Widmark Ann Baxter James Barton John Russell Charles Kemper Harry Morgan Robert Arthur Chie Yowlachie 

Après avoir braqué une banque, des hors-la-loi s’enfoncent dans le désert de sel pour échapper à leurs poursuivants. Exténués, ils échouent dans une ville fantôme, Yellow Sky, où vivent un vieux chercheur d’or et sa petite-fille. L’appât de l’or divise la bande de hors-la-loi qui finit par s’entretuer, à l’exception de ceux qui ont pris le parti du grand-père et de sa petite-fille. 

. Nouveau terrain de jeu pour Wellman, le western, et autant le dire tout de suite : le monsieur s’y promène avec une aisance confondante. Lui qu’on associe au film de guerre, au film noir, au cinéma viril et tendu, trouve ici un genre poreux, idéal pour ses obsessions.  

Car La Ville abandonnée est un western qui regarde franchement du côté du film noir, un western sec, nerveux, presque claustrophobe malgré l’immensité du décor. Tout commence comme un polar des années 30 : des hors-la-loi en fuite, un casse qui a mal tourné, une cavale désespérée.  

Sauf qu’au lieu de ruelles sombres et de bars enfumés, Wellman nous balance ses gangsters dans un désert de sel, la Vallée de la Mort, un endroit qui porte bien son nom et qui donne soif rien qu’à l’écran.  

La fuite les conduit dans une petite ville abandonnée, fantôme de civilisation, décor parfait pour un huis clos étouffant où les masques vont tomber. À la tête de cette bande, Richard Widmark, sadique, nerveux, dangereux à chaque regard, et Gregory Peck, plus droit, plus retenu, presque déjà rongé par une culpabilité qui ne demande qu’à émerger.  

Transposez l’action dans une ville américaine des années 30 et vous avez un pur film de gangsters ; ici, le décor western ne change pas la nature des hommes, il la met à nu. Et comme toujours chez Wellman, le scénario avance au couteau : l’arrivée d’un chercheur d’or, simple grain de sable, suffit à faire exploser l’équilibre précaire du groupe, révélant les tensions, la paranoïa, la violence latente. 

 La mise en scène est d’une précision remarquable, chaque plan enferme un peu plus les personnages dans cette ville morte qui devient une prison à ciel ouvert. Widmark est glaçant, animal, imprévisible, probablement l’un de ses rôles les plus venimeux ; Peck, le beau Gregory Peck, le “gendre idéal”, joue justement contre son image, dans la retenue et le repentir progressif, et c’est cette opposition qui fait tout le sel du film.  

Et comme dans tout bon western, il y a la femme, Constance Mae, incarnée par Ann Baxter : garçon manqué mais pas trop, forte sans être caricaturale, figure féminine qui dérange l’ordre masculin et agit comme un révélateur moral. Wellman dirige ses acteurs avec une autorité tranquille, sans effets inutiles, laissant la tension monter naturellement, soutenue par la musique d’Alfred Newman, maître du genre, qui nous rappelle à chaque note que nous sommes bien dans un western, même si celui-ci sent la poudre froide et la fatalité.  

La Ville abandonnée est du grand cinéma classique, intelligent, tendu, parfaitement maîtrisé, un western noir avant l’heure, où la violence n’est jamais gratuite et où les personnages comptent plus que les balles. Wellman prouve une fois de plus qu’il n’y a pas de “nouveau genre” pour lui, seulement des terrains où exercer son sens du récit, de la mise en scène et de l’humain. Du cinéma sec, tendu, adulte. Du cinéma, tout simplement. 

NOTE : 13.80

FICHE TEHCHNIQUE


DISTRIBUTION


mercredi 14 mai 2025

13.20 - MON AVI SUR LE FILM ENTRE ONZE EHURES ET MINUIT DE HENRI DECOIN (1948)

 


Vu le film Entre Onze Heures et Minuit de Henri Decoin (1948) avec Louis Jouvet Madeleine Robinson Robert Arnoux Léo Lapara Monique Mélinand Simone Sylvestre Gisèle Casadesus Jean Meyer Jacques Morel 

À Paris, le commissaire Carrel (Louis Jouvet) est appelé dans la même journée sur deux affaires de meurtre : un avocat radié du barreau a été assassiné chez lui et un trafiquant, habitué des non-lieux, a été tué de trois balles dans le tunnel de la porte des Ternes. 

Le premier meurtre a été commis en fin d'après-midi et le second entre onze heures et minuit. Cette dernière victime, un nommé Vidauban ressemble tellement au policier, que ce dernier décide de mener l'enquête en prenant sa place. À la fois circonspect et habile à donner le change, il rencontre successivement les truands, les collaborateurs, les employés et les maîtresses de la victime. Une seule de ces personnes devine la substitution. L'enquête se complique quand les témoignages sur le second assassinat divergent. Le policier comprend plus tard que les deux meurtres sont liés. En effet, plusieurs bandes de malfrats concurrentes sont à la recherche de la même valise de Vidauban contenant 20 millions en dollars. 

Entre onze heures et minuit (1949) de Henri Decoin est un polar typiquement français d’après-guerre, porté presque exclusivement par l’immense Louis Jouvet. Le début, un peu poussif, avec une voix-off mal intégrée, laisse craindre un film scolaire, mais tout change dès l’entrée en scène de Jouvet. Son personnage d’inspecteur Léonard Ménard, confronté à un sosie inquiétant, donne au film son vrai souffle. L’intrigue, certes capillotractée – difficile de croire à cette histoire de double dont l’inspecteur ignorerait l'existence – n’en reste pas moins plaisante grâce à une écriture vive, des dialogues savoureux et une galerie de seconds rôles pittoresques qui respirent le Paris populaire. 

Le charme désuet de l’ensemble fonctionne à condition d’accepter les conventions du polar à la française des années 40, avec ses plans fixes, ses rues sombres recréées en studio, et une narration volontiers alambiquée. Henri Decoin ne brille pas spécialement par sa mise en scène, assez plate, mais laisse tout l’espace à ses comédiens. Jouvet, lui, vampirise l’écran : chaque regard, chaque intonation, chaque réplique assassine ("Imbécile !") redonne vie à des scènes parfois anecdotiques. Il transforme une simple conversation téléphonique en morceau d’anthologie. En son absence, le film tomberait sans doute dans l’oubli. Grâce à lui, il devient un spectacle curieux, daté mais savoureux, à redécouvrir. 

NOTE : 13.20

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

Non crédités

mardi 15 avril 2025

16.90 - MON AVIS SUR LE FILM LA CORDE DE ALFRED HITCHCOCK (1948)


 Vu le film La Corde de Alfred Hitchcock (1948) avec James Stewart John Dall Farley Granger Cedric Hardwicke Constance Collier Douglas Dick Edith Evanson Dick Hogan Joan Chandler 

Brandon Shaw et Philip Morgan sont deux étudiants. Dans leur appartement de New York, par un soir ordinaire, ils étranglent un de leurs camarades, David, avec un bout de corde. Ils ont accompli ce meurtre pour mettre en pratique la théorie nietzschéenne de leur professeur Rupert Cadell, qui reconnait aux êtres supérieurs le droit de tuer les êtres inférieurs. Puis, comble du cynisme, ils préparent un dîner auquel sont conviés le soir même, sur le lieu du crime, la famille de la victime, sa petite amie ainsi que Rupert Cadell. Ce dernier observe le comportement étrange des jeunes gens au cours de la soirée. Brandon est sûr de lui et persuadé que le crime restera impuni, alors que Philip est nerveux et apeuré par cette mise en scène macabre. Peu à peu, Cadell va commencer à soupçonner l'impensable. 

La Corde (Rope, 1948) est un film audacieux d’Alfred Hitchcock, remarquable non seulement par son innovation formelle, mais aussi par la provocation morale et philosophique qu’il suscite. Adapté de la pièce éponyme de Patrick Hamilton — elle-même inspirée du véritable crime commis par Nathan Leopold et Richard Loeb en 1924 — le film propose une plongée vertigineuse dans les tréfonds de l’âme humaine, entre arrogance intellectuelle, pulsion de mort et perversion du savoir. 

Tout commence un soir ordinaire dans un appartement cossu de New York. Brandon Shaw et Philip Morgan, deux étudiants à l’allure policée, étranglent froidement leur camarade David avec un simple bout de corde. Ce meurtre, loin d’être passionnel ou crapuleux, est un acte prémédité, exécuté pour tester une théorie : celle de leur ancien professeur Rupert Cadell, qui, s’inspirant de Nietzsche, prétend que certains êtres "supérieurs" peuvent légitimement transgresser les lois morales communes, y compris tuer. 

Mais les deux jeunes hommes ne s’arrêtent pas là : ils cachent le corps de David dans un coffre au centre du salon, recouvert d’une nappe, puis organisent un dîner juste au-dessus du cadavre. Sont conviés : les parents de la victime, sa fiancée, et bien sûr, Rupert Cadell lui-même. Brandon, l’architecte du crime, se montre arrogant, provocateur, presque euphorique ; Philip, plus fragile, vacille sous le poids de la culpabilité. Ce dîner morbide devient alors le théâtre d’un suspense oppressant, où la vérité rôde à chaque regard, à chaque réplique. 

Ce qui frappe d’emblée, c’est la forme du film. Tourné comme une expérience de style, La Corde donne l’illusion d’un plan-séquence ininterrompu, chaque bobine de dix minutes étant raccordée habilement à la suivante. Hitchcock joue ici avec l’espace et le temps en confinant toute l’action à l’intérieur de l’appartement, en temps réel. Le spectateur devient ainsi prisonnier de la scène, tout comme les invités, captif du mensonge et de la tension croissante. Ce procédé accentue l’asphyxie morale du récit, tout en soulignant le génie technique du cinéaste. 

Mais La Corde ne se résume pas à un exercice de style. Il s’agit aussi d’une œuvre profondément subversive, notamment par les relations ambiguës qu’elle dessine entre Brandon et Philip. Dans un Hollywood de 1948 encore gouverné par le code Hays, Hitchcock parvient à insinuer — sans jamais l’affirmer — une relation homosexuelle entre les deux jeunes hommes. Le pouvoir de Brandon sur Philip, leur intimité trouble, la gestuelle parfois suggestive, tout évoque une dynamique de couple marquée par la domination et la soumission. Ce sous-texte, d’une audace folle pour l’époque, renforce la complexité psychologique des personnages. 

Brandon, incarné par John Dall, est un véritable dandy de l’horreur : froid, élégant, suffisant, convaincu de sa supériorité. À l’inverse, Philip (Farley Granger) est fébrile, rongé par la peur, constamment sur le point de craquer. Leur duo, aussi fascinant que dérangeant, incarne une jeunesse pervertie par une lecture dévoyée du savoir. Leur crime est une œuvre, disent-ils — une affirmation qui glace le sang. C’est une jeunesse sans conscience, pour qui la vie humaine devient un prétexte intellectuel. 

James Stewart, dans un contre-emploi brillant, incarne Rupert Cadell, le professeur qui voit peu à peu les pièces du puzzle s’assembler. Son personnage est lui-même ambivalent : il a, autrefois, professé des idées dangereuses sur l’élitisme moral, sans mesurer leur portée. Quand il comprend que ses propres paroles ont été prises au pied de la lettre, le choc est immense. La scène finale, où il confronte ses anciens élèves, est d’une rare intensité : Stewart y exprime à la fois la honte, la colère, et le désespoir. C’est un moment de bascule, où l’intellectuel est rattrapé par la réalité, brutalement. 

Ce film est aussi une réflexion glaçante sur les conséquences du relativisme moral. Peut-on tout justifier au nom de la pensée ? Où s’arrête la liberté intellectuelle, et où commence la monstruosité ? À travers cette expérience dramatique, Hitchcock met en garde contre l’arrogance des idées déconnectées de l’humain. Le mal, ici, n’est pas bruyant ou monstrueux — il est poli, cultivé, bien mis. Et c’est ce qui le rend d’autant plus terrifiant. 

Enfin, pour les amateurs du célèbre caméo hitchcockien, il faut être attentif : le réalisateur ne se montre pas directement dans La Corde. Son profil apparaît subtilement sur une enseigne lumineuse visible par la fenêtre de l’appartement. Un clin d’œil discret mais significatif, comme pour rappeler que le maître est toujours là, dans l’ombre. 

 La Corde est un film rare, qui mêle virtuosité technique, tension psychologique et audace thématique. Il interroge le spectateur bien au-delà de son intrigue policière, et laisse une impression durable d’inconfort et de fascination. À travers ce crime intellectuel, Hitchcock signe une œuvre à la fois clinique et passionnée, un huis clos brillant qui continue, près de 80 ans plus tard, de déranger et de captiver. 

NOTE : 16.90

FICHE TECHNIQUE



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