Vu le Film La Ville Abandonnée de William A.Wellman (1948) avec Grégory Peck Richard Widmark Ann Baxter James Barton John Russell Charles Kemper Harry Morgan Robert Arthur Chie Yowlachie
Après avoir braqué une banque, des hors-la-loi s’enfoncent dans le désert de sel pour échapper à leurs poursuivants. Exténués, ils échouent dans une ville fantôme, Yellow Sky, où vivent un vieux chercheur d’or et sa petite-fille. L’appât de l’or divise la bande de hors-la-loi qui finit par s’entretuer, à l’exception de ceux qui ont pris le parti du grand-père et de sa petite-fille.
. Nouveau terrain de jeu pour Wellman, le western, et autant le dire tout de suite : le monsieur s’y promène avec une aisance confondante. Lui qu’on associe au film de guerre, au film noir, au cinéma viril et tendu, trouve ici un genre poreux, idéal pour ses obsessions.
Car La Ville abandonnée est un western qui regarde franchement du côté du film noir, un western sec, nerveux, presque claustrophobe malgré l’immensité du décor. Tout commence comme un polar des années 30 : des hors-la-loi en fuite, un casse qui a mal tourné, une cavale désespérée.
Sauf qu’au lieu de ruelles sombres et de bars enfumés, Wellman nous balance ses gangsters dans un désert de sel, la Vallée de la Mort, un endroit qui porte bien son nom et qui donne soif rien qu’à l’écran.
La fuite les conduit dans une petite ville abandonnée, fantôme de civilisation, décor parfait pour un huis clos étouffant où les masques vont tomber. À la tête de cette bande, Richard Widmark, sadique, nerveux, dangereux à chaque regard, et Gregory Peck, plus droit, plus retenu, presque déjà rongé par une culpabilité qui ne demande qu’à émerger.
Transposez l’action dans une ville américaine des années 30 et vous avez un pur film de gangsters ; ici, le décor western ne change pas la nature des hommes, il la met à nu. Et comme toujours chez Wellman, le scénario avance au couteau : l’arrivée d’un chercheur d’or, simple grain de sable, suffit à faire exploser l’équilibre précaire du groupe, révélant les tensions, la paranoïa, la violence latente.
La mise en scène est d’une précision remarquable, chaque plan enferme un peu plus les personnages dans cette ville morte qui devient une prison à ciel ouvert. Widmark est glaçant, animal, imprévisible, probablement l’un de ses rôles les plus venimeux ; Peck, le beau Gregory Peck, le “gendre idéal”, joue justement contre son image, dans la retenue et le repentir progressif, et c’est cette opposition qui fait tout le sel du film.
Et comme dans tout bon western, il y a la femme, Constance Mae, incarnée par Ann Baxter : garçon manqué mais pas trop, forte sans être caricaturale, figure féminine qui dérange l’ordre masculin et agit comme un révélateur moral. Wellman dirige ses acteurs avec une autorité tranquille, sans effets inutiles, laissant la tension monter naturellement, soutenue par la musique d’Alfred Newman, maître du genre, qui nous rappelle à chaque note que nous sommes bien dans un western, même si celui-ci sent la poudre froide et la fatalité.
La Ville abandonnée est du grand cinéma classique, intelligent, tendu, parfaitement maîtrisé, un western noir avant l’heure, où la violence n’est jamais gratuite et où les personnages comptent plus que les balles. Wellman prouve une fois de plus qu’il n’y a pas de “nouveau genre” pour lui, seulement des terrains où exercer son sens du récit, de la mise en scène et de l’humain. Du cinéma sec, tendu, adulte. Du cinéma, tout simplement.
NOTE : 13.80
FICHE TEHCHNIQUE
- Réalisation : William A. Wellman
- Scénario : Lamar Trotti, d'après une histoire originale de W. R. Burnett
- Photographie : Joseph MacDonald
- Musique : Alfred Newman
- Montage : Harmon Jones
- Production : Fox
- Pays de production :
États-Unis - Durée : 94 minutes
- Gregory Peck (VF : Marc Valbel) : James "Carcasse" Dawson (dit "Stretch" dans la VO)
- Richard Widmark (VF : Jean Daurand) : le Gandin (Dude dans la VO)
- Anne Baxter (VF : Claire Guibert) : Constance Micheline dite "Miche" (Constance Mae dite "Mike" dans la VO)
- James Barton : le grand-père
- John Russell (VF : Roger Tréville) : l'Échalas (Lengthy dans la VO)
- Charles Kemper (VF : Marcel Lestan) : Marsouin (Walrus dans la VO)
- Harry Morgan : P'tite monnaie (Half Pint dans la VO)
- Robert Arthur : Poupard (Bull Run dans la VO)
- Chief Yowlachie (non crédité) : Colorado

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