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jeudi 19 février 2026

12.80 - MON AVIS SUR LE FILM LE SALON DE MUSIQUE DE SATYAJIT RAY (1958)


 Vu le Film Le Salon de Musique de  Satyajit Ray (1958) avec Chhabi Biswas   Padam Dedvi Pinaki Sengupta  Begum Aktar 

Inspiré du roman éponyme de Tarasankar Bandyopadhyay (en), le film est une étude détaillée et dramatique des derniers jours de Biswambhar Roy, de la caste des zamindar, noble propriétaire terrien et mécène du Bengale sur le déclin : sacrifiant sa fortune et sa famille à sa passion pour les arts en donnant de splendides réceptions de musique et de danse dans son salon de musique, Biswambhar Roy n'a que mépris pour Mahim Ganguli, un voisin parvenu aux attitudes grossières, usurier dont la richesse s'affirme aux fil des ans à ses dépens. 

Je l’avoue sans détour : mon inculture sur le cinéma indien est presque abyssale, et donc sur Satyajit Ray aussi. Je découvre totalement, sans les clés historiques, sociales ou culturelles. Et pourtant, malgré ce manque de repères, le film m’a happé. Comme quoi le cinéma traverse les frontières, même quand on n’a pas la boussole. 

Le Salon de Musique (1958) raconte la lente agonie d’un aristocrate bengali, Huzur Biswambhar Roy, un zamindar – grand propriétaire terrien – interprété par Chhabi Biswas. L’homme vit reclus dans son palais qui tombe en ruine, vestige d’une splendeur passée. Autour de lui, tout s’effondre : sa fortune, son statut, son monde. Ne restent que ses souvenirs, son orgueil… et son salon de musique. 

Ce salon, c’est son royaume intérieur. Sa fierté. Son dernier bastion. Là où il convoque les musiciens, les danseuses, où il expose encore une grandeur qui n’existe déjà plus. Là où il se persuade que le temps n’a pas prise. Ce n’est pas seulement une pièce : c’est un mausolée vivant. 

Ray ne filme pas seulement un homme, il filme la fin d’une époque. Celle d’une aristocratie balayée par la modernité. Le voisin enrichi, plus pragmatique, représente ce monde nouveau. Roy, lui, reste figé. Il préfère se ruiner plutôt que de céder un pouce de dignité. Orgueil sublime ou aveuglement tragique ? Sans doute les deux. 

Ce qui me frappe, c’est le mystère qui enveloppe le film. Ce vieil homme reclus, ce château délabré, ces immenses pièces presque vides… On est dans une atmosphère quasi onirique. Comme si le palais flottait hors du temps. Ses deux seuls véritables compagnons semblent être son cheval – symbole d’une noblesse archaïque – et ce salon de musique. Les humains passent, la musique reste. 

La mise en scène de Ray est d’une précision chirurgicale. Les cadres sont composés avec une élégance rare. Chaque plan semble réfléchir à la décrépitude : les lustres poussiéreux, les murs fissurés, les regards perdus dans le vide. La photographie en noir et blanc sublime la décadence. On sent la chaleur, l’humidité, le poids du silence. 

Le scénario est simple en apparence : un homme refuse de voir le monde changer. Mais cette simplicité est trompeuse. Tout repose sur l’observation, sur les gestes, sur les silences. Ray se concentre presque exclusivement sur son zamindar, oubliant quelque peu les autres personnages qui ne sont pas réellement développés. Mais est-ce un défaut ? Peut-être pas. Car tout passe par lui. Par son regard. Par sa solitude. 

Chhabi Biswas est monumental. Son port altier, son mépris à peine voilé, son entêtement presque pathétique… Il donne au personnage une profondeur fascinante. Il n’est jamais caricatural. Il est à la fois ridicule et tragique. Grand et minuscule. C’est un rôle d’orgueil et de ruine. 

Les séquences musicales sont hypnotiques. Elles ne sont pas de simples interludes : elles sont le cœur du film. La musique devient refuge, affirmation de statut social, dernière étincelle d’un monde bourgeois qui se meurt. Roy ne vit plus que pour ces instants suspendus. Il ensevelit sa réalité sous les notes. 

Je découvre ce cinéma, et je découvre une autre manière de raconter. Plus lente, plus contemplative, moins démonstrative. Je n’ai peut-être pas toutes les clés culturelles, mais l’émotion passe. Le film parle universellement de la peur du déclassement, du refus du changement, de l’illusion du prestige. 

La fin, presque hallucinée, renforce cette dimension onirique. Comme si l’homme se dissolvait dans ses souvenirs, incapable d’habiter le présent. On assiste à l’extinction d’une lumière, sans éclat, mais avec une immense dignité tragique. 

Oui, je découvre. Oui, je n’avais pas les repères. Mais je ressors marqué. Le Salon de Musique n’est pas un film spectaculaire, c’est un film qui s’installe en vous. Une élégie. Une méditation sur le temps. Et une très belle porte d’entrée vers un cinéaste que je dois désormais explorer davantage. 

NOTE : 12.80

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