Vu le Film La Cuisine au Beurre de Gilles Grangier (1963) avec Fernandel Bourvil Andrex Michel Galabru Anne Marie Carrière Claire Maurier Evelyn Sélena Henri Vilbert Henri Bon
Après quelques années passées en captivité durant la Seconde Guerre mondiale, puis en liberté auprès de Gerda en Autriche jusqu'au retour du mari de celle-ci, Fernand Jouvin, restaurateur marseillais rigolard et menteur, revient à Martigues pour retrouver son épouse Christiane. Mais il découvre que cette dernière, le croyant mort, s'est remariée avec André, un cuisinier normand, qui a transformé son petit restaurant en une table réputée. Fernand s'incruste dans son ancienne maison, et la rivalité s'installe entre le Normand travailleur et rigide et le Marseillais paresseux et bon vivant.
La Cuisine au beurre est l’un de ces classiques de la comédie française dite “intelligente”, celle qui faisait rire sans hausser la voix, sans cligner de l’œil au public, et surtout sans avoir besoin d’un smartphone allumé dans la salle. Un cinéma populaire au sens noble, généreux, savoureux, et profondément humain.
Aux fourneaux, Gilles Grangier, chef cuistot discret mais redoutablement efficace, spécialiste du genre, artisan solide d’un cinéma qui connaît ses acteurs, ses rythmes, et son public. Grangier ne cherche jamais à briller, il fait monter la sauce doucement, laissant les ingrédients faire le travail.
Et quels ingrédients.
En maître queue, deux monstres sacrés : Fernandel et Bourvil.
Deux régions, deux tempéraments, deux visions du monde.
L’accent marseillais contre le calme normand.
L’exubérance contre la retenue.
Le soleil contre la brume.
Fernandel, égal à lui-même, cabotin magnifique, mythomane attendrissant, s’invente des récits héroïques comme on ajoute du piment dans une bouillabaisse déjà bien relevée. Son personnage parle beaucoup, trop peut-être, mais c’est précisément là que réside le plaisir : Fernandel est un conteur né, même quand il ment.
Face à lui, Bourvil, toujours “énervé” dans sa tranquillité normande, incarne la rigueur, le savoir-faire, la méthode. Un homme qui cuisine comme il vit : proprement, sans fioritures, avec une escalope bien nappée de sauce normande. Son calme est une provocation permanente pour le Marseillais.
Tout se joue dans l’antagonisme, dans le choc des régions, des goûts, des habitudes. Et surtout dans ce lieu hautement symbolique : la cuisine d’un restaurant à Martigues, dirigée par un Normand, tenue avec l’ex-femme (Claire Maurier, parfaite de justesse) de Fernandel. Rien que ça, c’est déjà du cinéma.
Le scénario, simple en apparence, est d’une efficacité redoutable. Pas besoin d’artifices, tout repose sur les caractères, les dialogues, les situations. On passe du poisson aux piments, des herbes et odeurs provençales à la crème et au beurre normand, et le mélange fonctionne à merveille.
La mise en scène de Grangier accompagne les acteurs sans jamais les enfermer. Il sait quand les laisser jouer, quand couper, quand observer. Le rythme est celui d’un bon repas : on prend son temps, on savoure, on reprend une part de rigolade.
On se régale, littéralement.
Et s’il reste de l’humour, on le finit avec plaisir.
On notera la présence savoureuse de Michel Galabru, toujours juste, et ce parfum de cinéma publicitaire à la Andrex, typique des films avec Fernandel, qui ancre encore plus le film dans une époque où le cinéma populaire assumait sa gourmandise.
La Cuisine au beurre, c’est le cinéma de notre enfance, celui où l’on allait en salle pour partager, rire ensemble, sans distraction, sans écran parasite. Un cinéma de transmission, de plaisir simple mais jamais simplet.
Et cette dualité, pour notre plus grand bonheur, se termine tranquillement, on peut le supposer, autour d’un trou normand.
Histoire de faire passer le beurre… et de mieux revenir au dessert
NOTE : 13.90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Gilles Grangier
- Scénario : Jean Manse, Pierre Lévy-Corti, Jean Levitte
- Dialogues : Raymond Castans
- Assistants à la réalisation : Serge Piollet, Jean Pourtalé
- Décors : Rino Mondellini
- Coiffures : Carita pour Claire Maurier
- Photographie : Roger Hubert
- Son : Jean Bertrand
- Effets spéciaux et générique : Jean Fouchet
- Montage : Madeleine Gug, Ginette Boudet
- Musique : Jean Marion
- Production : Robert Dorfmann
- Directeur de production : Claude Heymann
- Sociétés de production : Les Films Corona (France), Films Agnès Delahaie (France), Dear Film Produzione (Italie
- Sociétés de distribution : Valoria Films (distributeur d'origine pour la France[]), Les Acacias[] (France), Tamasa Distribution[3] (France), StudioCanal Films Limited[] (vente à l'étranger)
- Réalisation : Gilles Grangier
- Scénario : Jean Manse, Pierre Lévy-Corti, Jean Levitte
- Dialogues : Raymond Castans
- Assistants à la réalisation : Serge Piollet, Jean Pourtalé
- Décors : Rino Mondellini
- Coiffures : Carita pour Claire Maurier
- Photographie : Roger Hubert
- Son : Jean Bertrand
- Effets spéciaux et générique : Jean Fouchet
- Montage : Madeleine Gug, Ginette Boudet
- Musique : Jean Marion
- Production : Robert Dorfmann
- Directeur de production : Claude Heymann
- Sociétés de production : Les Films Corona (France), Films Agnès Delahaie (France), Dear Film Produzione (Italie)
- Sociétés de distribution : Valoria Films (distributeur d'origine pour la France[]), Les Acacias[] (France), Tamasa Distribution[ (France), StudioCanal Films Limited[] (vente à l'étranger)

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