Vu le Film A Feu Doux de Sarah Frieldland (2024) avec Kathleen Chalfant Katelyn Nacon Carolyn Michelle Smith H Jon Banjamin Andy McQueen
Ruth Goldman, une octogénaire, emménage dans un établissement de soins pour personnes âgées, dans la section pour celles atteintes de troubles cognitifs. Sa mémoire déclinant - elle ne reconnaît plus son fils Steve -, elle ne comprend souvent pas où elle se trouve, et confond fréquemment le présent et le passé.
Touchant. Profondément touchant.
Dans À feux doux, Sarah Friedland filme le temps qui s’effiloche comme une maille trop tirée. Ruth, octogénaire à la mémoire qui flanche qui ne souvient plus très bien, est placée en EHPAD par son fils. Un cinq étoiles, propre, lumineux, presque trop parfait. Mais même dans le confort, on peut se perdre.
Ruth oublie. Les prénoms. Les dates. Les gestes. Elle regarde par la fenêtre de sa chambre comme on regarde un train qui s’éloigne. Le temps passe, doucement, cruellement. On la voit se dissoudre par petites touches, comme un souvenir qui pâlit.
Et puis il y a la cuisine.
Dès qu’elle y entre, quelque chose se rallume. À l’étonnement des cuisiniers, elle donne des ordres pour le menu du jour. Elle rectifie un assaisonnement, surveille une cuisson, parle d’un plat comme d’un vieil ami. Là, elle revit. La mémoire du corps remplace celle de l’esprit. Les gestes restent quand les mots partent.
C’est beau comme un plat qui se cuit à feu doux.
Le scénario épouse cette lenteur. Pas de grands drames tonitruants. Pas de violons appuyés. Juste des scènes simples, écrites avec pudeur et bienveillance. Friedland laisse respirer ses personnages. Elle cadre les visages, les mains, les silences. La mise en scène est délicate, presque tactile. On sent la chaleur des fourneaux, le froid du couloir, la lumière douce sur les rides.
Et au centre, formidable Kathleen Chalfant. Un jeu tout en finesse. Pas de démonstration. Pas d’effets. Un regard qui se trouble, un sourire qui vacille, une phrase interrompue. Elle ne “joue” pas la perte de mémoire, elle l’habite. Elle nous donne de la tendresse en pleine figure.
Certains pourraient reprocher que le personnel de l’EHPAD semble presque trop disponible, pas assez fatigué par la fonction. Peut-être. Mais peu importe. Le film n’est pas un reportage social. C’est une caresse. Et notre héroïne, c’est Ruth.
Même quand elle a perdu la tête, elle garde quelque chose d’essentiel : une présence. Son regard nous interroge. Et si cela nous arrivait ? Si un jour nos souvenirs se mettaient à glisser entre nos doigts ?
Le film ne juge pas. Il accompagne. Il observe la dignité dans la fragilité. Il rappelle que l’identité ne tient pas qu’aux souvenirs, mais aussi aux gestes, aux élans, aux passions.
La photo est douce, presque crémeuse. Les couleurs chaudes dans la cuisine contrastent avec la neutralité des chambres. Comme si la vie se nichait encore dans les casseroles.
À feux doux, c’est un film tendre. Un film qui ne crie pas. Qui mijote. Qui prend son temps. Et qui, sans faire de bruit, vous serre le cœur.
On en ressort avec une petite inquiétude, oui. Mais surtout avec beaucoup d’amour.
NOTE : 13.00
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Sarah Friedland
- Scénario : Sarah Friedland
- Musique :
- Décors : Stéphanie Osin Cohen
- Costumes : Nan Zhou
- Photographie : Gabe Elder
- Son : Eli Cohn
- Montage : Aacharee Ungsriwong
- Production : Matthew Thurm et Alexandra Byer
- Société de production : Go for Thurm, Rathaus Films, Artemis Rising Foundation et Simbelle Productions
- Société de distribution : Arizona Distribution
- Kathleen Chalfant : Ruth
- Katelyn Nacon : Sophie
- Carolyn Michelle Smith : Vanessa
- H. Jon Benjamin : Steve
- Andy McQueen : Brian
- London Garcia : Cynthia
- Joahn Webb : Pearl

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