Vu le Film Ratatouille de Brad Bird (2007)
Rémy n'est pas un jeune rat comme les autres. Il a un véritable don, celui de cuisiner, marier les saveurs, découvrir de nouveaux arômes et un rêve : devenir un grand chef et le premier rat de goût. Il est prêt à tout pour vivre sa passion, notamment venir s'installer avec sa famille sous les cuisines d'un des plus grands restaurants parisiens : celui d'Auguste Gusteau, la star des fourneaux.
Devenu une attraction de Disneyland , je trouve que c’est l’une des plus réussies
Si l’on est d’humeur manichéenne, on pourra toujours voir Ratatouille comme un gigantesque pied de nez adressé aux touristes américains : Paris serait sale, ses cuisines infestées, ses restaurants au bord de l’implosion sanitaire. Mais ce serait passer à côté de l’essentiel. Car le film est avant tout un enchantement, une déclaration d’amour paradoxale, et surtout une vision de Paris que le cinéma contemporain n’ose plus trop filmer : un Paris rêvé, intemporel, légèrement jauni comme une carte postale oubliée dans un tiroir, avec ses toits humides, ses ruelles qui sentent la soupe à l’oignon et le beurre noisette, et ses cuisines où la vapeur monte comme un opéra.
Après Les Indestructibles, manifeste survitaminé du super-héros très « Made in USA », Brad Bird confirme qu’il est bien la nouvelle star de Pixar, mais aussi un cinéaste bien plus subtil qu’on ne veut parfois l’admettre. Ici, il exploite à merveille le charme rétro d’un Paris désuet, presque fantasmé, un Paris qui semble sorti d’un film de René Clair passé au mixeur numérique. Attention toutefois à ne pas se méprendre : baguettes sous le bras et bérets en option, oui, mais le cœur du récit reste profondément américain. Ratatouille est un film sur l’American Dream, sur la réussite individuelle, sur l’idée que le talent peut surgir de n’importe où, même des égouts.
Le message est limpide, presque scandé comme une devise : « Tout le monde peut cuisiner. » Remy, rat doté d’un odorat hors norme et d’un palais plus affûté qu’un critique Michelin sous caféine, va le prendre au pied de la lettre. Et c’est là que le film devient une magnifique leçon de tolérance. Choisir un rat comme héros, animal historiquement associé à la saleté, à la peste, à la peur, relève d’un geste presque politique. Pixar avait déjà osé l’araignée héroïque avec Le Petit Monde de Charlotte ; ici, Brad Bird pousse le curseur plus loin. Certes, le rat version Pixar a le museau rose, le poil propre et les yeux brillants, mais il reste un rat, bien loin des souris anthropomorphiques et bien élevées de Souris City.
Et puis il y a Paris vu par l’odeur. Rarement un film d’animation aura autant sollicité l’imaginaire olfactif du spectateur. On sent presque la ratatouille mijoter, l’ail écrasé au couteau, le thym qui crépite, la tomate confite qui fond doucement comme un souvenir d’enfance. Brad Bird filme la cuisine comme d’autres filment une scène d’amour, avec sensualité, précision et gourmandise. La représentation des aliments est tout simplement admirable : textures, couleurs, vapeur, gras, tout semble comestible, presque dangereux pour le spectateur affamé.
Côté personnages humains, on pourra encore tiquer. Ils restent parfois un peu raides, un peu caricaturaux, comme si Pixar n’avait pas totalement réglé son rapport au corps humain. Mais qu’importe : les véritables stars sont les rats, animés avec une vitalité, une expressivité et une inventivité remarquables. Remy est un héros magnifique, Linguini un anti-héros maladroit touchant, et Anton Ego, critique gastronomique spectral, est une trouvaille géniale. Sa représentation expressionniste, digne d’un Nosferatu en costard noir, rappelle que Brad Bird aime jouer avec l’histoire du cinéma.
La mise en scène est d’une richesse folle. Le film passe sans prévenir de poursuites burlesques à la Buster Keaton à des séquences quasi expressionnistes, jonglant avec les genres et les références avec une aisance confondante. L’humour est parfois moins corrosif qu’un Shrek, le message peut sembler naïf, mais l’inventivité visuelle, la générosité du récit et l’intelligence du scénario emportent tout.
Ratatouille est un film qui donne faim, qui donne envie de croire au talent, et qui rappelle qu’un grand film d’animation peut être à la fois populaire, cinéphile et profondément sensoriel. Une réussite éclatante, parfumée au beurre, au courage et à l’imaginaire. Un Pixar majeur, tout simplement.
NOTE : 16.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation et scénario : Brad Bird
- Co-réalisation : Jan Pinkava
- Histoire : Brad Bird, Jan Pinkava, Jim Capobianco
- directeur d'écriture : Mark Andrews
- Story-boards : Brian Fee ; Josh Cooley ; Ronnie del Carmen ; Peter Sohn ; Enrico Casarosa ; Teddy Newton
- Animation : Patrick Delage (directeur d'animation), Adrian Molina, Dave Mullins, Mark Walsh (supervision), Teddy Newton, John Kahrs et James Ford Murphy
- Photographie : Robert Anderson et Sharon Calahan
- Décors : Harley Jessup
- Son : Randy Thom ; Michael Silvers (montage)
- Montage : Darren T. Holmes
- Musique : Michael Giacchino
- Production : Brad Lewis (producteur) ; John Lasseter et Andrew Stanton (producteurs exécutifs) ; Galyn Susman (producteur associé)
- Sociétés de production : Pixar Animation Studios, Walt Disney Pictures
Voix originales
- Patton Oswalt : Rémy
- Lou Romano : Alfredo Linguini
- Janeane Garofalo : Colette Tatou
- Ian Holm : Skinner
- Peter Sohn : Émile
- Brian Dennehy : Django
- Brad Garrett : Auguste Gusteau
- Peter O'Toole : Anton Ego
- Will Arnett : Horst
- Julius Callahan : Lalo / François
- James Remar : Larousse
- John Ratzenberger : Mustafa
- Teddy Newton : Talon Labarthe
- Tony Fucile : Pompidou / le contrôleur sanitaire
- Jake Steinfeld : Git
- Brad Bird : Ambrister Minion
- Joe Ranft : Patron Walter
- Stéphane Roux (en) : le narrateur
Voix françaises
- Guillaume Lebon : Rémy
- Thierry Ragueneau : Alfredo Linguini
- Camille Dalmais : Colette Tatou
- Julien Kramer : chef Skinner
- Pierre-François Martin-Laval : Émile, le frère de Rémy
- Michel Dodane : Django, le père de Rémy et chef des rats
- Jean-Pierre Marielle : Auguste Gusteau
- Bernard Tiphaine : Anton Ego
- Igor de Savitch : Horst
- Diouc Koma : Lalo
- Thierry Kazazian : François
- Jacques Bouanich : Larousse
- Michel Papineschi : Mustafa
- Pierre-François Pistorio : Talon Labarthe
- Yves-Henri Salerne : Pompidou
- Mouss Diouf : Git
- Jérémy Prévost : Ambrister Minion
- Jean-Philippe Puymartin : Patron Walter
- Christophe Hondelatte : le narrateur
- Julien Sibre, Xavier Fagnon, Guy Savoy, Cyril Lignac : voix additionnelles

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