Vu le Film L’Inconnu de la Grande Arche de Stéphane Demoutiers (2025) avec Claes Bang Xavier Dolan Michel Fau Sidse Babett Knudsen Swann Arlaud Micha Lescot Cédric Appieto Olivier Marguent François Raison
L'architecte danois Johan Otto von Spreckelsen (1929-1987) est l'inconnu de la Grande Arche. Lauréat en 1983 du concours international d'architecture lancé par le président François Mitterrand, Otto von Spreckelsen va réaliser la Grande Arche. Lors de la construction de l'édifice, l'architecte est confronté aux contraintes administratives françaises, aux enjeux économiques et tensions politiques de l'époque, ainsi qu'aux protagonistes qui gravitent autour du chantier.
L’Inconnu de la Grande Arche de Stéphane Demoustier… voilà le type de film qui aurait dû rester inconnu.
On nous l’a vendu avec la hype cannoise, comme une œuvre majeure sur l’architecture, le pouvoir, la création. Franchement, je cherche encore la raison. Surtout quand, en début d’année, on découvrait The Brutalist de Brady Corbet, fresque puissante sur un architecte broyé par l’Amérique. Là, on change d’échelle. Et pas seulement en mètres cubes de béton.
Demoustier, dont je préfère nettement son Borgo, choisit de raconter l’histoire de Johan Otto von Spreckelsen, architecte danois à l’origine des plans de la Grande Arche de la Défense. Oui, ce monument que certains trouvent majestueux… et que d’autres (dont je suis) considèrent comme le monument le plus moche de Paris. Question de goût, certes, mais ça n’aide pas l’enthousiasme de départ.
Le film retrace donc la genèse du projet lancé sous François Mitterrand : concours international, victoire surprise de Spreckelsen, bras de fer administratif, contraintes techniques, pressions politiques. Sur le papier, c’est passionnant. Un créateur idéaliste face à la machine d’État. Un rêve d’architecture confronté aux compromis.
Dans les faits, le personnage est présenté comme psychorigide, fermé, intransigeant au point d’en devenir antipathique. On peut aimer les figures d’artistes tourmentés, mais encore faut-il qu’un minimum d’empathie circule. Ici, je suis resté à distance. Impossible de m’attacher. Impossible d’être embarqué.
Claes Bang incarne Spreckelsen avec rigidité assumée, regard froid, diction contrôlée. Il fait le job. Il impose une présence. Mais le scénario ne lui offre pas de respiration émotionnelle. Son architecte reste une silhouette tendue, presque abstraite.
À ses côtés, Xavier Dolan interprète Jean-Louis Subilon, personnage inventé pour les besoins dramatiques. Comme la femme de Spreckelsen, largement fictionnalisée. On sent que Demoustier manque de matière historique et comble les vides par des figures dramatiques. Le problème, c’est que ces ajouts ne changent rien au rythme général : le film reste long. Et ennuyeux.
Les scènes entre politiques et conseillers tournent à l’entre-soi feutré. On discute. On argumente. On tergiverse. Mais la tension ne décolle jamais. Tout semble contenu, presque anesthésié.
La mise en scène est élégante, propre, appliquée. Les cadres sont soignés, les bureaux ministériels bien éclairés, les maquettes filmées avec respect. Mais où est le souffle ? Où est la grandeur du projet ? Où est la folie créatrice ?
On assiste à une succession de réunions, de conflits administratifs, de frustrations. L’idée d’un affrontement titanesque entre l’artiste et l’État est là… mais elle ne prend jamais feu.
Et puis cette fin. L’Arche ne s’écroule pas. Pas de catastrophe. Pas de catharsis. On se demande : tout ça pour ça ? (lol)
Comme son prédécesseur biblique — oui, l’Arche de Noé, je sais c’est nul — on a fait monter tout le monde dans le projet. Les politiques. Les conseillers. Les architectes. Les acteurs. Sauf moi. Resté en bas à regarder cet ennui.
Je voulais une épopée architecturale. J’ai eu un dossier administratif filmé avec sérieux.
Un film appliqué, respectable sans doute, mais qui ne m’a jamais emporté.
Et face à un monument déjà discutable, ça fait beaucoup.
NOTE : 11.10
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Stéphane Demoustier
- Scénario : Stéphane Demoustier, d'après le roman La Grande Arche de Laurence Cossé
- Musique : Olivier Marguerit
- Décors : Catherine Cosme
- Costumes : Camille Rabineau
- Photographie : David Chambille
- Son : Julien Sicart Tan-Ham, Sarah Lelu, Eddie Simonsen, Johannes Rasmus Rose
- Montage : Damien Maestraggi
- Production : Muriel Meynard
- Sociétés de production : Ex Nihilo, avec Zentropa, France 3 Cinéma, Le Pacte et 4 SOFICA
- Sociétés de distribution : Le Pacte (France)[ Camera Film (Danemark)
- Budget : 6,5 millions d'euros
- Claes Bang : Johan Otto von Spreckelsen
- Sidse Babett Knudsen : Liv von Spreckelsen
- Xavier Dolan : Jean-Louis Subilon
- Swann Arlaud : Paul Andreu
- Michel Fau : François Mitterrand
- Micha Lescot : Leloup
- Villbjørk Malling Agger : l'étudiante en architecture
- Cédric Appietto : Tavelli le grutier
- François Raison : l'huissier
- Olivier Marguerit : Jean Dewasne
- Jean des Forêts : Alain Juppé
- Ilaria Cabras : la fille du marbrier
- Alessandro Bressanello : le marbrier
- Patrick Sobelman : Saint-Germain
- Axelle Bossard : la secrétaire de Subilon
- Jiang Hong Chen : Ieoh Ming Pei
- Benjamin Cléry : le gardien
- Guillaume Foresti
- Cécile Ducrocq

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